Comfort food

« Je ne vois pas ce qui fait râler maman » déclara Hael, les lèvres plissées en une moue boudeuse. « Ce n'est pas comme si je m'ouvrais les poignets ou que j'allais sniffer de la glue ! »

« Voyons le problème sous l'angle financier : est-ce que tu apprécierais de faire les courses tous les jours parce que ta protégée mange tout ce qu'elle trouve dans le réfrigérateur ? » interrogea placidement Raphaël.

La fille coucha les ailes.

« Quand même pas tout… »

« Oui, pardonne-moi, les quatre cinquièmes du contenu » rectifia le guérisseur. « Depuis bientôt deux mois que ça se produit, ça constitue un joli magot… »

Hael poussa un grognement et laissa sa tête retomber en arrière.

« C'est pourtant pas ma faute s'ils font des paquets de biscuits aussi petits ! Manges-en deux à peine, et c'est déjà vide. »

« Tu es sûre que c'est le paquet qui est en faute et pas plutôt ton appétit ? »

« Faudrait déjà que j'aie faim. »

Les yeux marron s'étrécirent. L'adolescente s'agita sur son siège.

« Quoi ? Toi aussi, tu va me faire la leçon sur le grignotage ? »

« Non » répondit l'Archange. « C'est plutôt que comme je suis du type qu'il faut forcer à manger, je ne comprends pas trop bien qu'on mange sans avoir faim. »

Hael porta son pouce à ses lèvres pour se mordre l'ongle.

« Je sais, c'est ridicule. Mais qu'est-ce que ça peut calmer… Surtout si c'est des trucs qui croquent. »

« Les examens sont fixés à la fin du mois, c'est ça ? » glissa machinalement Raphaël.

« Les examens » soupira l'adolescente. « Et après, tout le monde te tanne sur tes projets d'avenir, et tu veux faire quoi pendant tes week-ends, décide-toi ou il ne restera plus rien de bien, décide-toi tout de suite tout de suite ! »

Elle s'arrêta pour reprendre haleine.

« Au moins, le chocolat n'essaie pas de te faire grimper la tension. »

« C'est grâce aux endorphines, si tu veux mon avis. Tu as essayé une balle antistress ? » suggéra le guérisseur.

La jeune fille tordit la bouche en une moue boudeuse.

« Aller te promener, peut-être ? »

« Quand je veux sortir, j'ai maman sur le dos » rétorqua la donzelle. « Elle veut toujours savoir où je vais. »

« Et tu lui réponds quoi ? »

« Que je pars en boîte de nuit pour me prostituer, bien sûr. Et elle m'engueule parce que je fais l'insolente. »

« Ben, comment veux-tu qu'elle réagisse autrement, si tu la provoques comme ça ? »

« Mais elle est tout le temps sur mon dos ! Et elle prend toujours tout au tragique ! Le sarcasme, c'est pas juste un mot, bon sang de Père ! »

L'Archange se frotta le front. Il détestait vraiment les problèmes de famille.

« Tu veux que je lui en parle ? »

Hael renifla.

« Essaie mais je te préviens, tu pisses dans un violon. Question entêtement, les femmes de ma famille, on fait pas mieux. »

« Je te crois » soupira le médecin.

Il détestait vraiment les problèmes de famille.