Congé

« Alors, c'est sûr pour les deux semaines ? »

Raphaël faillit rouler des yeux et ne se retint qu'à grand-peine. Inutile d'irriter sa visiteuse.

« Oui » confirma-t-il, sans réussir à effacer totalement l'agacement de sa voix. « Ta sœur n'est pas ma seule interne, tu sais. Je peux la remplacer. »

La fille accusa le coup, mais la commissure de ses lèvres s'avachit distinctement vers le bas – pas contente d'apprendre que l'univers ne tournait pas autour de ses proches, jamais facile à digérer, ça.

« C'est quand même une de tes meilleures » rétorqua-t-elle.

« Pas faux » concéda l'Archange. « C'est bien pour ça que je la laisse partir en congé : les burn-out, ça handicape la performance, tout le monde sait ça. »

Il regretta ces mots à l'instant où ils quittèrent sa bouche : pas étonnant que les Sept Cieux le considèrent comme un salopard à sang froid, il ne se faisait guère de faveurs avec une publicité pareille…

Bah, qu'est-ce que tu en a à foutre ? Tu es un Archange. Tu les aurais mis sur les nerfs pour une autre raison, si tu n'avais pas eu tendance à causer trop vite pour que ton cerveau suive.

Elle ne parut pas se vexer. Probable qu'elle s'y attendait. Ou alors, elle savait encore mieux dissimuler que Gabriel – le petit vaurien réussissait à paraître blanc comme la neige même lorsqu'on le prenait la main dans la boîte à cookies.

« Bon, ben, j'imagine que je dois te remercier, alors. Pour te soucier de tes internes. »

Le médecin céleste renifla. Ah, la bonne blague. Il doutait franchement de sa bienveillance en tant que patron, surtout quand la journée s'annonçait longue et que sa réserve de café ou de cigarettes s'amenuisait.

Enfin, les gens adoraient croire les foutaises les plus invraisemblables. Comme ce type persuadé que ses plumes étaient un organisme indépendant qui vivaient sur ses ailes parce que celles-ci leur paraissaient confortables.

« Tu fais comme tu veux » déclara-t-il d'un ton plat. « Mais tu le fais vite, j'ai des papiers à ranger. »

« Ça court vraiment dans tous les sens, un docteur, hein ? »

« Quoi, ta sœur ne t'a pas dit ça ? »

« On parle jamais boulot à la maison. Déjà qu'on en fait bien assez au bureau, on va pas en plus en ramener chez soi. »

« Pas bête comme raisonnement » commenta Raphaël.

Si seulement lui pouvait avoir ce luxe. Rien que partir une semaine et laisser le patron se dépêtrer tout seul. Le truc, c'était qu'il était son propre patron. Bonne chance pour se tourner le dos, c'était un coup à choper des personnalités multiples, ça.

Et puis, il n'était pas du genre à prendre une pause prolongée. C'était malheureux, mais au bout de deux jours, il devenait dingue d'ennui et grimpait aux rideaux. Il avait fait l'expérience, il pouvait vraiment pas tenir plus longtemps, putain de tuile.

Il aurait aimé pourtant. Mais tant pis.

Comme ce sera écrit : c'est reparti pour un tour.

Et il repartait. Toujours.