Ordonnance

« Bien sûr que ça ne s'est pas arrangé ! » tempêta Raphaël. « Si tu te sers de fluconazole plutôt que de quinine, comment veux-tu soigner tes troubles cardiaques ? »

Nicola rentra la tête dans les épaules, tirant une expression mi-grimace mi-moue boudeuse.

« Quand j'allais voir Sachiel à la pharmacie, c'est ça qu'il me donnait, pardon ! Et il lisait ton ordonnance et tout ! »

« Mon ordonnance ? Mais il est bigleux à quel point, Sachiel ? Lire quinine, c'est pourtant pas compliqué ! »

Un sourcil blond décoloré se haussa, dubitatif.

« Ben, t'as quand même une de ces écritures… »

« Quoi, mon écriture ? » se vexa le médecin céleste.

« Regarde toi-même ! T'arrive à lire quinine ? »

L'Archange se pencha au-dessus du morceau de papier jeté sans ménagement sur son bureau.

« Là, regarde. Quinine, au bout de mon doigt. Vraiment, on peut pas se tromper. »

Moue guère convaincue côté patient.

« Je sais pas… L'a une drôle de forme, ton q… La boucle en haut, elle s'étire un peu trop, tu vois ? »

« Bon, d'accord, mais… »

« Et pis après ! Nan, c'est pas un mot, c'est une ligne droite ! Râle pas, c'est la vérité. Comment tu peux écrire aussi plat ? »

« Tu préférerais des pâtés, peut-être ? » grinça le brun. « Le genre qui salope les doigts même après avoir laissé sécher l'encre deux heures ? »

« Peut-être que ça serait plus lisible, un pâté ! Nan, franchement, faut que t'apprennes à écrire, là. Ou alors, achète une machine à écrire. »

« Tiens, j'aurais pas l'air neuneu avec ça sur mon bureau. Genre médecin des Âges Obscurs. Faut que je sorte les sangsues et les seringues à lavements, aussi ? »

« Sors si tu veux, mais moi, je veux pas risquer de crever parce que j'aurais pris le médoc qu'y faut pas. Mes palpitations, elles s'arrangent pas. »

Raphaël poussa un soupir de la taille d'une baleine repue et entreprit de refaire son ordonnance.