Capillo-tracté
Si Raphaël avait les cheveux longs, ce n'était pas en raison d'une préférence personnelle : plus vulgairement, il oubliait d'aller chez le coiffeur, soit parce qu'il avait la tête ailleurs, soit parce qu'il ne voyait pas l'intérêt de dépenser de l'argent pour quelque chose que vous pouviez faire chez vous, dans votre salle de bain.
Il se retrouvait donc nanti d'une crinière noire à la raideur de baguette de tambour, nattée ou attachée en queue de cheval pour ne pas lui boucher la vue, et rincée sans ménagement au vinaigre et à l'eau chaude deux fois par semaine – pourquoi s'encombrer avec des shampooings, après-shampooings et autres idioties ?
Il avait aussi quelques difficultés à comprendre les problèmes capillaires d'autrui.
« Dis, t'aurais pas un truc pour rectifier les teintures ratées ? Parce que comme tu vois, essayer de s'appliquer du henné après s'être décoloré les longueurs, ça donne des résultats pas joli joli… »
« Ils frisent pas comme je veux, j'ai essayé les bigoudis, le fer chaud, les nattes après le shampooing mais ça veut pas tenir. T'as forcément un conseil à me donner, vu que t'es Black, ça s'y connaît pas en frisettes, les gens comme toi ? »
« J'ai voulu tester le nouveau shampooing pour cheveux super gras, tu sais, celui qui sent le patchouli, parce que j'en pouvais plus de me les laver sans arrêt, mais maintenant c'est pire qu'avant, je les lave le soir et je me lève le matin avec un sac de glue sur le crâne, et en plus ça me fait des pellicules toutes jaunes… »
« Je crois que j'ai des poux. Est-ce qu'il faut que je me rase la tête ? Parce que ma gardienne dit qu'il y a que ça qui marche vraiment pour s'en débarrasser. »
« Ils me font tout le temps des nœuds, et vu que j'ai le cuir chevelu ultra-sensible, je peux pas me les démêler sans me scalper. »
« Quand je me lisse les cheveux, après ils sont tout rêches. Comment tu fais, toi ? Parce que, vu que t'es Noir et que les Noirs ça frise – comment ça, c'est naturel ? »
« Je sais pas pourquoi, ça doit être le stress ou la pluie qui veut pas s'arrêter depuis la semaine dernière, mais je perds mes cheveux par poignées. »
« Ma gardienne veut que je me les coupe, elle dit que ça leur redonnera de l'entrain, mais moi, je les trouve très bien comme ils sont. »
Et ainsi de suite, et ainsi de suite.
« Ne bouge pas, Raph. Sinon, ça va prendre encore plus de temps. »
Qu'est-ce que l'amour lui faisait faire. Père savait pourtant que servir de tête à coiffer pour Gabriel, ce n'était pas son passe-temps de prédilection.
« Encore des tresses ? » voulut savoir le médecin céleste d'un ton résigné tandis que son petit frère finissait de lui démêler les longueurs.
« Je pensais à des macarons, en fait » confessa le minuscule Archange en reposant la brosse. « Ou peut-être un demi-chignon – comme ça tu ne les as pas dans les yeux, mais tu gardes la nuque couverte ! »
« Tu as vraiment l'intention de me torturer, hein ? »
« Raaaph ! Tu va être beau. Je te jure ! »
Renonçant à émettre toute opinion, le guérisseur poussa un soupir tandis que les longs doigts agiles de son cadet commençaient à réarranger ses mèches noires.
