« Oh, je tombe mal, peut-être ? »

Enroulée dans un minimum de trois couettes, une Zora avachie sur son canapé ne se donna même pas la peine d'entrouvrir les paupières ou de pousser un grognement, se contentant de se retourner sur le flanc.

Raphaël savait parfaitement de quoi il en retournait, il travaillait avec elle après tout et il était impensable qu'il ne connaisse rien des tracas de santé d'une collègue. Comment aurait-il pu se prétendre médecin, dans le cas contraire ?

Ceci dit, il avouait que l'affliction mensuelle de Zora le laissait vaguement perplexe. Si elle avait eu des nausées comme Rachel ou des maux de tête comme Anaël, ou encore des douleurs abdominales virulentes type Sitaël, cela ne l'aurait pas étonné. Ce genre de symptômes, c'étaient pratiquement les incontournables du syndrome prémenstruel.

Mais faire la sieste ? Il avait davantage l'habitude des crises de larme ou de la vaisselle lancée à la tête du premier malheureux venu.

« Je te laisse les dossiers ici » fit-il d'une voix douce en déposant l'épaisse liasse de documents sur la table à café. « Rappelle-moi quand tu les auras consultés, d'accord ? »

Cette fois, son interlocutrice daigna lui faire l'aumône d'un marmonnement – vu l'état dans lequel elle se trouvait, c'était sans doute le maximum dont elle était capable.

Le médecin céleste autorisa la commissure de ses lèvres à se retrousser brièvement. Il jeta un dernier coup d'œil à la table à café – oui, il y avait bien un verre d'eau et une boîte de cachets antalgiques, pas besoin qu'il aille en chercher lui-même.

« A plus tard, Zora. »

Elle remonta les couvertures sur son visage tandis qu'il quittait l'appartement.