Moustiques et morsures

« Franchement, Raphaël, tu peux m'expliquer ça ? Je dégage une odeur qui rend les bestioles complètement zinzin ou quoi ? »

Il fallait reconnaître que la pauvre Sophie n'avait guère été épargnée par les meutes vampiriques ailées qui constituaient l'inévitable fléau des étés ensoleillés : son visage était orné d'une bonne demi-douzaine de boutons bien rouges et gonflés, répandus depuis sa tempe jusqu'à son menton.

Rien qu'à regarder le spectacle, le médecin des anges se sentait l'envie de se gratter.

« Est-ce que tu mets un diffuseur de citronnelle dans ta chambre quand tu vas te coucher ? » se borna-t-il à interroger.

La fille roula des yeux.

« J'ai une moustiquaire et j'ouvre la fenêtre seulement après avoir fermé les volets, mais je trouve quand même moyen de me réveiller piquée de partout. Pourtant, c'est pas sensé pouvoir passer à travers les objets, les moustiques ! Seulement vous empêcher de dormir en vrombissant juste à côté de votre oreille. »

« Ou-i » reconnut l'Archange en farfouillant dans un des innombrables tiroirs de son armoire, finissant par mettre la main sur un pot bleu pâle décoré d'une tapette rose bonbon. « Tartine-toi généreusement avec ça, tu veux ? C'est anti-démangeaison. Mais pour éviter de t'en servir, commence par éviter de te faire mordre. »

« J'aimerais bien t'y voir » ronchonna la donzelle en s'emparant du pot qu'elle ouvrit sans se gêner pour plonger les doigts dans la crème odorante dont elle se mit à badigeonner les boutons. « Ils te mordent à quelle fréquence, dis ? »

« Ils ne me mordent pas » asséna Raphaël candidement, s'attirant un regard ahuri. « Il faut croire que se frotter les bras et les jambes avec de la menthe fraîche matin et soir, ça ne te fait pas juste sentir bon. »

En guise de réponse, sa vis-à-vis émit un grognement quelque peu dégoûté.