Bouleversements capillaires

« Je me demandais, est-ce qu'il y a un gène qui pousse les cheveux à se comporter bizarrement ? »

Raphaël darda un regard aussi vide que la boîte à cookies après le passage de son cadet sur son interlocutrice. Pauline se trémoussa sur son siège et renifla, avant de saisir une mèche de ses longs cheveux bruns entre deux doigts.

« Tu te rappelles quand j'étais petite, ils étaient raides genre baguette de tambour. J'arrive à la puberté, bam, je me retrouve couverte de frisettes et d'acné, tout le monde me demande où je me suis fait faire la permanente et je dois répondre que c'est naturel, et maintenant ils sont repartis à raide comme une planche... »

« Question d'hormones » répondit placidement l'Archange. « Quand tu entres dans la puberté, ton corps traverse toute une série de bouleversements radicaux. Mais quand les choses se tassent, beaucoup de ces changements s'atténuent ou disparaissent. »

Bien sûr, il y en a qui refusent de partir… Pourquoi faut-il que ce soit l'acné de Lucifer qui persiste à s'incruster ?

Cependant, la donzelle ne paraissait guère convaincue.

« Et ma sœur de nichée, alors ? Regarde ses photos de quand elle était petite, c'est une vraie rouquine. Genre, carotte râpée. Mais là ? Elle est devenue blonde ! Heureusement qu'elle a gardé son intelligence, ceci dit... »

« C'est pas si rare non plus. En vieillissant, on peut avoir les cheveux qui foncent ou qui deviennent plus clairs. Ou bien elle a trop pris le soleil, et ça lui a tout décoloré » ajouta le médecin des anges en faisant une petite grimace, se rappelant une idiote qui s'était infligé un beau coup de soleil parce qu'elle voulait devenir blonde sans teinture.

Pauline avait l'air d'avoir reçu une révélation, mais sans le chœur de trompettes.

« C'est aussi bête que ça ? »

« Tu sais, les choses sont rarement très compliquées. Pas besoin d'aller chercher des zèbres pour expliquer des bruits de sabots quand des chevaux suffisent. »

Ce que Raphaël s'abstint d'ajouter, c'était que cette explication valait principalement pour les faits. En ce qui concernait les gens, rien n'était jamais simple.