Contagion

S'il y avait bien quelque chose que détestait Raphaël, c'était une grande réunion alors qu'un virus traînait en liberté, ce pour la bonne et simple raison que le virus sauterait joyeusement sur l'occasion de se répandre.

En d'autres termes, l'occasion de donner encore plus de travail au médecin des anges alors que celui-ci en voyait déjà beaucoup trop pour une journée de vingt-quatre heures seulement. En toute sincérité, personne n'aurait été enthousiasmé par cette perspective.

Mais voilà, à chaque hiver, il fallait qu'il y ait un rassemblement de jeunes ou une conférence littéraire ou même une séance générale de tricots, enfin bref un tas de gens qui se retrouvaient les uns sur les autres et ça ne manquait jamais : deux ou trois jours plus tard, bonjour les patients. En passant, bonjour aussi les nuits blanches et les migraines – malheureusement pour un guérisseur de profession, Raphaël souffrait d'une très faible tolérance aux plaintes, récriminations et autres jérémiades.

Enfin, que pouvait-il y faire exactement si ce n'est se résigner ? À force, peut-être atteindrait-il une forme de détachement que le Bouddha lui-même ne saurait manquer d'admirer comme le pinacle de l'art…

Ouais, et peut-être que Lucifer déciderait d'être un parfait petit frère, que Gabriel se lasserait des blagues douteuses et que Michel désobéirait à un ordre direct de Père. On pouvait toujours rêver.