Épidermes et assortis
« Dis, Raph, comment ça se fait que Luce puisse pas bronzer sans se retrouver à imiter un homard ? » interrogea Gabriel, l'air de ruminer la Grande Question sur la vie, l'univers et tout le reste comme s'il soupçonnait la réponse de ne pas être 42 après tout.
Le médecin des anges ne leva pas les yeux de son crochet – il avait besoin d'une nouvelle pochette pour ranger ses crayons et autres feutres, et il avait usé son quota de tasses fracassées pour la décennie.
« Parce qu'il a une peau qui prend des coups de soleil, voilà. »
Cette affirmation ne parvint pas à satisfaire la curiosité du minuscule Archange, lequel plissa ses lèvres roses en une moue dubitative.
« Mais c'est un brun. Si quelqu'un dans la famille est sensé se prendre des coups de soleil, c'est moi, non ? »
Et d'agripper l'une de ses longues mèches rouge grenat pour l'agiter comme preuve.
« C'est comme ça, il y a des peaux plus sensibles que d'autres. Luce a une peau de roux, et toi, tu as une peau de brun. »
« Comment ça marcherait, une inversion pareille ? » rêvassa le Messager à voix haute. « Je veux dire, on n'est pas nés à la même époque. »
« C'est un grand mystère sur lequel Luce se lamente beaucoup. Ça et ses ennuis de peau » déclara le guérisseur avec un reniflement méprisant, n'ayant aucune patience pour le derme de son aîné après une éruption acnéique de trop.
« C'est pour le coup qu'il serait jaloux de la tienne » fit remarquer Gabriel.
Avantage d'un système immunitaire plus que parfait, Raphaël avait un teint absolument dépourvu de défauts, d'un grain café au lait totalement lisse. Même Gabriel avait souffert d'un accès ou deux d'eczéma, sans parler des taches de rousseur saupoudrant ses épaules et sa nuque.
D'un autre côté, s'il lui fallait renoncer au chocolat et fumer comme une cheminée pour obtenir un teint comme ça, le dernier-né des Archanges préférait garder ses taches de son, merci beaucoup.
