De Profundis Morpionibus

Quand on disposait d'une longévité infinie, on finissait forcément par voir tout un défilé de bizarreries plus ou moins affligeantes, surtout quand on se frottait souvent aux gens. La médecine, c'était le domaine parfait pour ça.

Comme il existait depuis pratiquement l'aube des temps (à peine quelques secondes après le Big Bang) et s'occupait de sa fratrie depuis presque autant de temps, Raphaël tombait parfois dans le piège de croire que plus rien ne pouvait le surprendre, jusqu'à ce que l'un de ses cadets vienne irrémédiablement le détromper.

Là, il avait vraiment atteint des sommets.

« Tu es en train de me dire que ce sont des morpions qui t'ont coupé dans l'entrejambe ? » lâcha-t-il de la voix creuse de qui s'apprête à se jeter par la fenêtre.

Les plumes de Théophile se hérissèrent.

« Ne sois pas ridicule, voyons. Les coupures, ça vient du rasoir. Parce que les morpions, ils se planquent dans la broussaille intime, non ? Donc plus de peluche en bas, plus de morpions. L'ennui, c'est que j'ai dérapé avec le rasoir, maintenant ça me pique, et je vois pas comment faire tenir des pansements dans le slip... »

Ouais, quand on pratiquait la médecine, il fallait définitivement renoncer prétendre à avoir tout vu, parce que l'Univers se ferait une joie malsaine de vous coller le nez dans votre erreur.

Si vous voulez lire le poème De Profundis Morpionibus écrit par Théophile Gautier, soyez prévenus : c'est TRÈS égrillard, joyeusement vulgaire et une admirable parodie des poèmes épiques...