Cryothérapie
« Tu ne voudrais pas plutôt faire la sieste dans un lit ? »
Pour un ange au tempérament anormalement asocial, Raphaël éprouvait une affection assez inattendue pour Zorah, principalement due au fait qu'elle occupait dans sa vie le rôle d'assistante-associée au lieu de celui trop répandu de casse-pieds. En raison de cela, il s'abstenait de toute démonstration d'abattement chaque fois qu'elle prouvait que oui, elle souffrait autant que le reste de la race d'idiosyncrasies sans queue ni tête.
Mais se coucher en petite culotte et soutien-gorge sur le carrelage glacé de sa salle de bains, c'était du jamais vu.
Alors que l'Archange la fixait d'un œil abattu, Zorah leva péniblement son visage de ses bras repliés, lesquels faisaient office de coussin entre son nez et les dalles blanches.
« Besoin du froid » articula-t-elle avec la voix pâteuse de qui s'est shooté au sommeil. « Mes ragnagnas me tuent. »
Ah. Raphaël arqua un sourcil – effectivement, l'application de froid ou de chaud sur la partie douloureuse aidaient avec les crampes relatives à cette période du mois, mais les bouillottes, ça existait.
Minute. Période du mois. On était le combien, déjà ?
« Tu n'étais pas supposée les avoir eues deux semaines avant ? »
Zorah laissa retomber sa tête dans un bruit mou.
« Et ben elles sont pas venues. Commençait à attendre l'arrivée de ton petit frère, m'annoncer une immaculée conception. »
Le reniflement émit par le guérisseur contenait autant de dégoût que d'amusement.
« Veux-tu un anti-douleur ? »
« Déjà pris. Juste… dodo. S'te plaît. »
Dans un état d'abrutissement pareil, insister reviendrait à pisser dans un violon. Tant pis, il pouvait laisser les papiers à mettre à jour sur sa table à café, elle s'en occuperait une fois mieux. Ceci étant, il n'allait pas la laisser comme ça.
Zorah glapit légèrement lorsqu'il souleva sa tête pour glisser une large serviette repliée en quatre dessous, et remua alors qu'une autre serviette était déployée sur son corps.
« Si tu vires ça, tu attraperas la pneumonie » menaça Raphaël, « et je refuses de t'ouvrir pour remettre tes poumons en place quand tu les auras crachés, c'est clair ? »
Zorah ne répondit pas verbalement, mais elle ne fit pas mine de rejeter la serviette alors c'était déjà ça.
