Parosmie
« Tu l'avoueras, il y a tout de même un monde entre des crevettes et des brocolis vapeur, non ? Même si ça pue tous les deux, je veux dire. »
« Ce n'est pas moi qui vais dire le contraire » se borna à commenter Raphaël, le nez dans son dernier rapport d'analyses.
Il pouvait sentir le poids contrarié du regard de son cadet immédiat peser sur sa nuque.
« Raaaaph » geignit Gabriel, traînant délibérément sur l'unique voyelle de son diminutif. « C'est sérieux, là. Enfin, peut-être pas, je suis pas en train de mourir, mais je suis en train de confondre les odeurs et c'est pas bien marrant. »
« Et à part te rincer le nez matin, midi et soir, je ne vois pas ce que je peux faire pour toi » riposta le médecin des anges. « S'il te plaît, il faut que je bosse, j'en ai par-dessus la tête. »
Son cadet ne pipant mot, l'Archange brun crut qu'il allait partir – seulement pour que le Messager aille se poster derrière lui, le prenant dans ses bras et lui posant le nez au creux situé pile à la jonction du cou et de l'épaule.
« … Je peux savoir quelle lubie te prend ? »
« Tu as besoin d'un câlin » décréta Gabriel, « et moi, j'ai besoin d'un parfum agréable. Comme ça, on est contents tous les deux. »
Il y avait un tas de choses que Raphaël aurait pu exprimer sur le sujet. Au bout du compte, il garda le silence.
La peste soit de son cadet pour toujours lui donner ce dont il ne voulait pas se débarrasser, ça rendait tellement plus dur de râler après lui.
