On ne pourrait jamais assez répéter l'importance de la compartimentation, si jamais Raphaël se voyait demander son avis sur le degré qu'il fallait accorder au temps personnel et au temps de travail dans la vie de tous les jours.

Mais bien sûr, personne ne lui avait jamais posé la question, tant ses cadets étaient convaincus qu'il passait tous les jours de la semaine à trimer. Quand ce n'était pas la médecine, c'étaient ses devoirs en tant qu'Archange. Et pourquoi auraient-ils pensé le contraire, après tout ?

Apparemment, ils avaient oublié qu'au septième jour, le Créateur en personne avait eu besoin d'une pause.

Alors, du temps personnel était obligatoire. C'était délicat, ça il fallait savoir quand l'insérer, pour quelle durée, et surtout, quand on était dedans, il fallait se décrisper. Autrement, on se rongeait les sangs question boulot, si bien qu'on était pas calmé du tout mais encore plus stressé – pour ce prix-là, autant se donner un anévrisme tout de suite, ce serait moins compliqué.

Pour une nature aussi obsessionnelle que le médecin des Anges – oui, il pouvait reconnaître ses propres défauts comme un grand, inutile d'enfoncer le clou Lucifer – c'était plus facile à dire qu'à faire. Il avait mis un beau bout de temps – cinq siècles et des poussières – à maîtriser la technique, et c'était toujours compliqué de ne pas laisser sa tension s'emballer.

Mais que pouvait-il faire d'autre ? S'il se concentrait exclusivement sur sa carrière, il finirait par craquer tôt ou tard, et là il ne pourrait plus aider personne du tout.