Fausse alerte
« Alors, j'ai rien ? »
C'est drôle, cette question. Au cours de toutes ses années de service aussi altruiste que mentalement éreintant, Raphaël l'a entendue sur tous les tons : soulagé parce que la douleur/la crampe/le mal de tête/les vomissements ce n'est finalement pas l'annonce de la fin, incrédule parce que c'est pas possible après tout ce que j'ai bavé il y a forcément quelque chose, terrifié parce qu'on n'ose pas franchement y croire, triomphant parce que je serais pas venu pour commencer mais mon compagnon/ma gardienne/mes protégés ne voulaient pas arrêter de me bassiner regardant mon état de santé, hargneux parce que si j'ai rien ça sert à quoi que je vienne te voir ?
Elle est drôle, cette question, mais les réponses sont tout sauf drôle.
Parfois il n'y a pas rien, et les larmes et récriminations et négations se mettent à couler. Franchement, ça le déprime mais il préfère encore les larmes à la colère, parce que se faire insulter juste pour avoir lâché la mauvaise nouvelle, on s'en lasse plutôt vite.
Parfois il y a un petit quelque chose, à surveiller parce que ça pourrait tourner de travers mais ça pourrait aussi rester tranquille ou même disparaître. Les larmes sont possible là également, mais en général c'est davantage anxiété ou décision de se réfugier dans l'optimisme béat. Là-dessus, l'Archange brun s'abstient de juger.
Et parfois, il n'y a vraiment rien du tout. Ça peut engendrer un peu de stupéfaction au premier abord, mais en général ça se dissipe vite dans le pur soulagement, la joie intacte de la bonne santé, merci de m'avoir rassuré, Raphaël, au plaisir de ne pas te revoir ou le plus tard possible.
Cette réponse-ci, c'est celle que l'Archange préfère, et de loin.
