Chapitre 2

La princesse Sawa-Isis était remontée dans sa chaise à porteurs et les quatre voyageurs l'avaient suivie à pied, Mokona caché sous la cape de Shaolan. Ils traversèrent toute la ville de terre battue, poursuivis par des regards peu amènes. Ils arrivèrent bientôt en vue d'une allée bordée de deux obélisques gravés de hiéroglyphes, qui ouvraient la voie vers le palais. Shaolan observait Kurogane à distance : le ninja avait gardé le silence depuis qu'ils s'étaient remis en marche. Il fixait de loin l'habitacle où le sosie de sa mère avait disparu et même s'il paraissait calme, l'adolescent avait remarqué que ses poings ne cessaient de se serrer et de se desserrer dans un geste nerveux. Son pas se faisait également un peu plus saccadé que d'habitude. Il s'approcha de son ami et lui souffla à voix basse :

– Kurogane-san, est-ce que ça ira pour vous ?

Le ninja détourna le regard de la chaise à porteur et dévisagea le gamin. Son regard généreux, si peiné, si grave, lui rappelait celui qu'il lui avait adressé après avoir découvert son passé au pays de Rekord. Le petit s'inquiétait vraiment pour lui. D'ailleurs, il s'inquiétait toujours trop, pour son âge. Kurogane posa une main affectueuse sur sa tête :

– Je t'ai déjà dit de ne pas t'en faire pour moi. Tu n'as pas à porter ma tristesse. Alors arrête de te faire du mouron et occupe-toi plutôt de la princesse !

Shaolan eut un petit sourire. Kurogane était vraiment quelqu'un de gentil, même s'il n'aimait pas se l'entendre dire. Le jeune homme acquiesça, puis rejoignit Sakura qui marchait plus avant. À quelques pas derrière eux, Kurogane jeta un œil en direction de Fye : le magicien n'avait pas dit un mot depuis l'altercation qui les avait opposés aux villageois. Il marchait sans vraiment regarder devant lui, l'esprit ailleurs. Il faut dire qu'arriver dans un pays où l'on vous jette des pierres à la figure n'était pas le meilleur accueil qui soit. Mais tout de même, pourquoi paraissait-il accorder autant d'importance à cette histoire de malédiction ? En temps normal, il aurait écarté l'incident d'un sourire, aussi vite qu'on chasse une mouche d'un revers de la main. Il n'aurait rien laissé paraître, comme d'habitude. Pourtant, en cet instant, Fye ne souriait pas. Il n'arrivait pas à conserver son masque et cela intriguait le ninja. Le magicien releva la tête et croisa son regard ; Kurogane détourna aussitôt le sien en grommelant. Fye fronça les sourcils : Kurogane agissait vraiment de manière étrange. Des tics nerveux agitaient ses mains, son regard paraissait plus fébrile que de coutume et il pouvait presque voir flotter au-dessus de sa tête toutes les questions qui se bousculaient dans son esprit. C'était cette femme, Sawa-Isis, qui était la cause de son trouble. Il était maintenant évident pour le mage que son compagnon avait connu un double d'elle dans son monde d'origine. Et qu'ils avaient été très proches. Shaolan avait semblé la reconnaître, lui aussi. Ce devait donc être une femme qui appartenait au passé du ninja. Elle était trop âgée pour avoir été sa sœur. Dans ce cas, peut-être que …

– Cette architecture est vraiment impressionnante ! lâcha Shaolan en levant la tête.

Ils étaient arrivés au pied du palais. De près, l'édifice en imposait par ses dimensions écrasantes : ses immenses murs ressemblaient à des remparts de craie dont les deux pylônes de l'entrée seraient les sentinelles, armées d'une lance qu'évoquait le mât supportant une oriflamme arrimé à leur structure. Ces géants les dominaient de toute leur hauteur, comme pour juger s'ils étaient dignes de pénétrer dans la résidence du pharaon. Des fresques où se détachaient des dieux aux couleurs exaltées ornaient leurs parois et un cartouche contenant des hiéroglyphes légendait chaque scène. Shaolan fronça les sourcils : il devinait que ces symboles représentaient une écriture, mais il était incapable de la lire. Un passage couvert soutenu par des colonnes peintes reliait les pylônes entre eux. Ils passèrent sous le colossal portique et pénétrèrent dans une cour intérieure rectangulaire, elle aussi entourée de colonnes. Des serviteurs sortirent aussitôt accueillir Sawa-Isis : tandis que des hommes s'occupaient d'aller ranger la chaise à porteurs, des femmes entourèrent la princesse. Lorsqu'elles aperçurent Fye, la peur s'éveilla dans leurs yeux. Sawa-Isis les rassura aussitôt :

– N'ayez aucune crainte. Dans le palais, nous sommes protégés par les dieux et ces voyageurs ne sont pas dangereux. Ce sont mes invités. Je vous demande de les traiter avec autant de respect que s'il s'agissait de membres de la famille royale.

Les jeunes femmes inclinèrent la tête en signe d'obéissance, un peu surprises de l'ordre de leur maîtresse. Sawa-Isis se tourna vers ses hôtes :

– D'après ce que j'ai compris, vous avez fait une chute dans le Nil ?

– Le Nil ? répéta Sakura. C'est le nom de votre fleuve ?

– Oui. Ses eaux sont troubles et les crocodiles qui y vivent peuvent dévorer un homme, mais sa crue dépose sur nos champs un limon qui fertilise nos terres et nous permet d'avoir de bonnes récoltes.

– C'est pour ça qu'il y avait autant de boue ! comprit Shaolan.

– Et que Mokona était tout noir ! ajouta la boule de poils en pointant le bout de son nez.

Les servantes de Sawa-Isis bondirent en arrière en voyant apparaître le manjuu.

– Mais … mais qu'est-ce que c'est ?

– Mokona, c'est Mokona ! répondit fièrement l'intéressé.

– Oh, ça parle !

Sawa-Isis eut un sourire et dit aux femmes :

– N'ayez pas peur de lui, je suis sûre que c'est un cadeau des dieux.

– Non, Mokona est un cadeau de Yuko !

La princesse égyptienne rit, et ce rire fit se serrer le cœur de Kurogane. Elle avait exactement le même timbre qu'elle. Son visage était, lui aussi, en tout point identique : doux, altier, rempli de bienveillance. Mais, se répéta-t-il encore une fois, cette femme n'était pas celle qu'il avait connue. Cependant, plus il tentait de s'en convaincre, moins il parvenait. Sawa-Isis déclara :

– Vous devez avoir envie de vous changer et de laver vos vêtements. Mes domestiques vont s'occuper de vous. Moi, je dois avertir Pharaon de votre venue.

– Ce Pharaon, c'est le roi de votre pays ? demanda Fye.

– Oui. C'est le titre que nous donnons au souverain d'Atoum. Bon, je vous laisse. Nous nous retrouverons pour le dîner.

– À tout à l'heure ! lui lança joyeusement Mokona.

Dès qu'elle eut disparu, les femmes s'approchèrent des voyageurs. Tandis que quatre d'entre elles emmenaient Shaolan, Kurogane et Fye dans une direction, deux autres s'avancèrent vers Sakura pour la conduire dans le sens opposé.

– Mais … princesse …, protesta Shaolan en voyant qu'on la séparait d'eux.

– Ne vous inquiétez pas, lui dit l'une des domestiques. Nous conduisons votre amie dans les appartements réservés aux femmes. Vous la reverrez dès sa toilette terminée.

– Mais …

– Ne te fais pas de sang d'encre, Shaolan, tout ira bien, lui dit Fye en lui posant une main sur l'épaule. Sakura va seulement prendre un bain. Quand tu la reverras, elle sera encore plus jolie qu'avant !

– Fye-san …, balbutia Shaolan en se sentant rougir.

Sans laisser à l'adolescent le temps de discuter davantage, les domestiques le conduisirent lui et ses compagnons dans l'aile réservée aux hommes. Shaolan eut tout de même le temps de remarquer que de magnifiques peintures ornaient aussi l'intérieur du palais, tel un gigantesque parchemin déroulé sur les murs et les plafonds. La violence des rouges tranchait avec l'éclat des bleus cobalts et des verts émeraude. L'adolescent se demanda avec quelles plantes les gens de ce pays fabriquaient leurs pigments. Et puis, qui étaient ces étranges personnages à tête d'animal qui se détachaient des parois avec une expression féroces ? Des démons ? Des rois ? Des dieux ? Il n'eut guère le loisir d'approfondir sa réflexion, car les servantes de Sawa-Isis les poussèrent dans une pièce au sol recouvert d'un carrelage en mosaïque. Les minuscules tesselles s'assemblaient, tel un puzzle, pour révéler l'envol d'une sauvagine entre des branches de roseaux. Ses pattes palmées emportaient une traînée de gouttelettes du Nil qui avait été patiemment représentée grâce à un alignement de petites mosaïques bleutées. Des fresques illustrant la faune et la flore locales égayaient les murs dans un dégradé de turquoises et de bruns. Une porte communicante donnait accès à une seconde pièce en enfilade, elle aussi carrelée, où une grande cavité avait été creusée dans le sol. Des domestiques se relayèrent pour apporter des seaux d'eau afin de remplir cette vaste baignoire.

– Voici, messieurs, dit la servante lorsque le bain fut prêt. Vous pouvez ôter vos vêtements et les laisser dans cette chambre. Nous les récupèrerons quand vous aurez terminé et nous les laverons. Nous avons accroché des serviettes dans la salle de bains et nous allons vous apporter des habits de notre pays. Il y a du savon sur le rebord de la baignoire.

Les domestiques s'inclinèrent, puis se retirèrent. Mokona bondit sur l'épaule de Shaolan en s'écriant :

– Chouette, un bain ! Mokona veut se laver avec quelqu'un !

– Certainement pas avec moi, en tout cas, décréta Kurogane.

– Pyuuu, Kurogane est méchant !

– Ne t'occupe pas de ce râleur, dit Fye en prenant le manjuu dans ses mains. On ira tous les deux !

– Wiii !

– Gamin, dit alors Kurogane, passe le premier, tu dois t'occuper de ta blessure.

– Merci beaucoup, Kurogane-san.

L'adolescent disparut derrière le rideau qui séparait la salle de bain de la chambre. Il profita de l'eau savonneuse pour laver correctement sa plaie et refit un bandage après s'être séché. Puis, ce fut au tour de Fye et de Mokona. Rapidement, on entendit le manjuu faire des bulles de savon et accompagner Fye qui s'était mis à chanter. Quand ils entonnèrent leur refrain pour la quatrième fois, Kurogane soupira. Allons bon. Apparemment, cet abruti de mage allait mieux. Mais il savait que laisser la boule de poils prendre un bain avec lui n'était pas une bonne idée. Il lança à travers le rideau :

– Dis donc, c'est pas bientôt fini tout ce raffut ? Fye, si tu continues, il va pleuvoir !

– Impossible Kuro-chan, ce pays est bien trop sec ! Et puis, il faut que je m'entraîne, je pensais bientôt présenter le concours de l'opéra !

– Le concours de quoi ?

– Non, laisse tomber !

– Mokona aussi chante ! Mokona aime chanter !

– Comme une casserole, marmonna Kurogane entre ses dents. Bon aller, magnez-vous !

– On sooort ! répondirent en chœur les joyeux lurons.

Kurogane passa à son tour dans la salle de bain. Un quart d'heure plus tard, les trois compagnons étaient propres et vêtus à la mode du pays d'Atoum. Kurogane sortit de la salle de bain en s'observant d'un air dubitatif :

– C'est moi ou le terme « habillé » n'a pas le même sens pour les gens d'ici que pour moi ? On est à moitié à poil, là !

Fye glissa de derrière un paravent où il s'était changé et rigola doucement :

– C'est une tenue adaptée à la canicule qu'il fait ici !

– N'exagères pas, c'est pas la canicule, c'est juste que tu supportes pas la chaleur …

Les deux hommes étaient vêtus d'une longue jupe de lin plissé qui leur arrivait aux chevilles. Elle était retenue à leur taille par une ceinture ornée de motifs géométriques qui retombait en deux longs pans en forme de pointe. Celle de Kurogane était rouge brodée d'or, celle de Fye bleue brodée d'argent. Un pectoral de tissu et de perles de la même couleur couvrait le haut de leur thorax, sous lequel leur torse était nu. Des sandales de cuir complétaient le tout.

– Non mais regarde ça, dit Kurogane, c'est n'importe quoi ! Le buste et les bras à découvert, on n'est absolument pas protégés ! Imagine qu'on doive se battre, c'est mâcher le travail à l'ennemi !

– Pourtant, il va falloir s'y faire, les servantes de la princesse Sawa-Isis sont parties avec tous nos vêtements, dit Fye tranquillement.

À cet instant, Shaolan sortit à son tour de derrière un paravent. Il portait une jupe plissée semblable à celle de ses amis, une ceinture verte brodée de cuivre et un pectoral en tissu de même couleur. Les bras serrés contre son buste, il balbutia, gêné :

– Vous croyez que c'est convenable que je me présente comme ça devant Sakura ?

– Je suis sûr que Sakura sera contente ! intervint Mokona. Comme ça, Sakura pourra voir combien Shaolan est fort !

– Mokona ! s'exclama le jeune homme en rougissant plus encore.

On toqua à leur porte : les domestiques de Sawa-Isis venaient les chercher pour les conduire dans la salle où serait servi le dîner. Les quatre compagnons les suivirent. On les introduisit dans une pièce rectangulaire toute en longueur. Des nattes de jonc tressé tapissaient le sol et dégageaient une odeur d'herbe séchée. Dans un coin de la salle, de moelleux coussins aux motifs chamarrés et de petits tabourets aux pieds très courts invitaient à la langueur et à la détente. Au centre de la pièce avait été dressée une table ronde, sur laquelle on avait placée des assiettes de schiste bleu ornées d'arabesques noires. Une série de ployants, dont l'assise en tissu était rayée de lignes fauves, ne semblaient plus qu'attendre les convives. Des effluves alléchants s'élevaient de la nourriture posée sur la table : pain, fruits sucrés, viande séchée. En lieu et place du mur qui aurait dû se trouver face à eux, la pièce s'ouvrait sur un jardin auquel on accédait par trois petites marches. Une rangée de colonnes créait une séparation symbolique entre l'intérieur et l'extérieur, sans empêcher les parfums des fleurs de monter jusqu'aux narines des voyageurs. Leur chapiteau s'ornait de neuf feuilles de palmier sculptées, légèrement recourbées vers l'extérieur dans leur partie haute et peintes de vert. Des lampes à huiles suspendues au plafond diffusaient une lumière tiède et dansante sur les murs clairs. Il régnait dans cette salle chaleureuse une douceur d'été et un calme qui apaisait immédiatement l'esprit. Dehors, le ciel déclinait en tons pastel tous les degrés de l'arc-en-ciel, à mesure que le soleil s'enfonçait de plus en plus profondément sous l'horizon.

– Mettez-vous à votre aise, la princesse Sawa-Isis va bientôt arriver, leur dit une femme.

Les trois compagnons hésitèrent à s'asseoir sur les coussins ou prendre place à table. Puis, déduisant que la cuisine avait sûrement été préparée à leur attention, ils s'installèrent sur les ployants. Quelques minutes plus tard, des pas résonnèrent dans le couloir. Cependant, ce ne fut pas la princesse Sawa-Isis qui entra dans la salle, mais Sakura, accompagnée de deux domestiques. Shaolan sentit son cœur s'accélérer : la princesse portait une légère robe de lin sans manche, dont les plis soulignaient élégamment les courbes de son corps. Elle était resserrée à la taille par une fine ceinture dorée dont les pans retombaient en pointe. Un collier coloré couvrait la partie supérieure de sa poitrine ; au centre de cette parure se détachait une pierre ronde et polie de cornaline rouge. Des bracelets ornaient ses bras et ses chevilles. Shaolan ne put détacher son regard d'elle, fasciné.

– Hyuuuu, Sakura ! s'exclama Fye. Les habits de ce pays te vont à ravir !

– Sakura est trop jolie ! renchérit Mokona.

– Vrai… vraiment ? Ça me va bien ? demanda-t-elle en rougissant.

Elle releva alors la tête et posa son regard sur Shaolan. Elle parut d'abord surprise par ces habits qui découvraient tout son torse et ne put s'empêcher de rougir davantage. Shaolan, lui, ressemblait déjà à une écrevisse trop cuite. Néanmoins, la princesse lui sourit, de ce sourire doux qu'elle seule savait esquisser en toute circonstance.

– Vous ressemblez vraiment à quelqu'un de ce pays, Shaolan-kun. Cela vous va très bien.

– Mer … merci. Vous êtes très belle aussi, princesse, et … vous sentez très bon.

– C'est un parfum que les suivantes de Sawa-Isis m'ont proposé d'essayer.

Les adolescents se sourirent timidement.

– Pyuu, Sakura et Shaolan sont tout mignons ! s'exclama Mokona avec sa discrétion habituelle.

Heureusement pour eux, ils n'eurent pas à répliquer, car des pas résonnèrent à nouveau dans le couloir : la princesse Sawa-Isis entra dans la salle à manger, aussi élégamment vêtue que Sakura. Les voyageurs se levèrent et s'inclinèrent respectueusement. Elle sourit en avisant la nouvelle tenue de ses hôtes.

– Je vous en prie, asseyez-vous, dit-elle en leur désignant les ployants.

Les quatre voyageurs s'installèrent autour de la table et Mokona sauta directement entre les plats. Une domestique s'approcha, une cruche calée contre sa hanche. Elle servit à Kurogane un gobelet de liquide ambré. Le ninja porta le verre à ses lèvres ; avant même d'en reconnaître le goût, il identifia l'odeur maltée : de la bière. Il arrêta immédiatement la femme qui allait servir Shaolan et Sakura.

– Vous n'avez pas de l'eau, plutôt ?

– Euh … si, excusez-nous. Normalement, nos hôtes préfèrent la bière, car l'eau n'est pas toujours très salubre dans notre pays, mais ici, nous avons de bons puits. Nous vous apportons cela immédiatement.

– Oh, Kuro-papa fait attention à la santé de ses enfants ! s'exclama Fye. Que c'est mignon !

– Que c'est mignon ! répéta Mokona.

– J'ai surtout pas envie de leur courir après quand ils auront trop bu et qu'ils courront partout comme des débiles en miaulant …

– Tu dis ça, mais en vrai, tu t'inquiètes pour eux, le nargua le magicien.

– Pyuuu, Kuropi s'inquiète !

– La ferme, tous les deux !

– Ils ont raison, intervint Sawa-Isis à l'intention de Kurogane, c'est tout à votre honneur de vouloir prendre soin de vos jeunes amis.

Le ninja se tourna vers Sawa-Isis : il n'y avait aucun sarcasme dans sa voix, juste de la douceur. Il n'y avait rien à faire, dès qu'il la regardait, il avait réellement l'impression d'être devant sa véritable mère … celle pour laquelle il avait voulu devenir fort. Celle qu'il avait voulu protéger. Il la fixa longuement ; elle soutint son regard en silence. Pendant quelques secondes, le temps sembla se réduire à un murmure. Shaolan, Sakura et Fye, immobiles, sentirent qu'il se passait quelque chose entre eux. Sawa-Isis cilla, puis détourna finalement la tête vers ses autres compagnons.

– Je suis désolée de l'accueil que vous ont réservé les habitants du pays d'Atoum. Nous sommes normalement un peuple accueillant.

– Nous vous remercions de votre hospitalité, votre altesse, dit Shaolan en inclinant la tête.

Ils se servirent en nourriture : Kurogane attaqua la viande séchée, Fye et Sakura préférèrent les figues, Shaolan coupa du pain et Mokona mangea à tous les râteliers. Finalement, au bout d'un moment, Sakura releva la tête vers Sawa-Isis :

– Votre altesse, puis-je vous poser une question ?

– Je t'en prie.

– Lorsque les habitants nous ont encerclés, l'un des enfants a dit à Fye et à ce petit garçon qu'ils portaient malheur. Pourquoi ont-ils dit une chose pareille ?

Sawa-Isis pinça les lèvres, comme si elle hésitait à répondre. Elle adressa un regard d'excuse à Fye, puis murmura d'une voix sourde :

– Parce que c'est vrai.

Malgré la tiédeur du soir, Fye sentit sa peau se couvrir de chair de poule.

– Dans notre pays, poursuivit leur hôtesse, les personnes blondes aux yeux bleus sont considérées comme portant malheur.

– Pourquoi une telle croyance ? demanda Shaolan.

Le front de Sawa-Isis se creusa de peine.

– C'est à cause de mon époux.