Bonsoir à tous ! Me revoilà pour la suite ! Maintenant que Fye et Sakura ont bien joué les montes-en-l'air et qu'ils ont récupéré les plans de la pyramide, vont-ils pouvoir retrouver la plume ? Ou bien ... Atsuya-Seth va-t-il contrarier leurs plans ? Un peu de baston dans ce chapitre, il était temps ! Bonne lecture :)
Chapitre 10
Lorsque la compétition sportive s'acheva, Kurogane, Shaolan et Sawa-Isis furent parmi les premiers à quitter l'arène. Atsuya-Seth, occupé à défier les participants aux jeux, ne semblait pas avoir remarqué la disparition de Fye et de Sakura. Le ninja et l'adolescent espéraient quant à eux que la mission de leurs amis s'était déroulée sans encombre. Lorsqu'ils arrivèrent au palais, deux domestiques leur apprirent que leurs compagnons les attendaient dans la salle à manger. Surpris, ils prirent la direction indiquée et découvrirent que leurs amis les avaient effectivement devancés et s'étaient visiblement offert une récompense pour leurs efforts. Sakura avait rompu un morceau de pain qu'elle trempait dans du lait, Fye se balançait sur sa chaise, un verre de bière à la main, et Mokona picorait des dattes. Leur apparente décontraction consterna Kurogane : lui et le gamin venaient de passer près de quatre heures sous la cagne, sans rien pouvoir faire d'autre que de regarder les jeux, et eux, ils prenaient une collation ?
– Ça va, la vie est belle ?
– Impecc ! confirma Fye, une lueur amusée dans les yeux. Voyons, Kuropi, ne fais pas cette tête, on t'a gardé de la bière !
– J'espère bien, tiens !
– Princesse, tout va bien ? demanda Shaolan.
– Oui ! Tout s'est bien passé !
– On a fait une équipe du tonnerre ! renchérit Mokona.
– Et il semblerait que nous ayons été plus rapides que vous, constata Fye.
– Facile, c'est pas toi qui as dû te taper toutes les épreuves de cette foutue compétition ! rétorqua Kurogane.
– Bah alors, Kuro-toutou, qu'est-ce qui te met en rogne comme ça ? Je croyais que tu aimais le sport ! C'est le fait de ne pas avoir pu y participer qui t'a frustré ?
– Pas du tout. Je n'en pouvais juste plus de l'arrogance d'Atsuya-Seth. À chaque épreuve, il bombait le torse comme un crétin, histoire de montrer à tout le monde que c'est bien lui le plus fort …
– C'est vrai que c'est une attitude que toi, Kuro-chan, tu n'adopterais jamais … se vanter de sa force, allons bon …
– Parfaitement.
– Mais oui, mais oui … et est-ce qu'Atsuya-Seth a remporté la victoire à tous les jeux auxquels il a participé ?
– Ouais. Parfois, j'ai soupçonné les autres concurrents de le laisser gagner … mais bon, il est indéniable qu'il a de la force et une vue plutôt correcte d'après ce que j'ai pu constater pendant l'épreuve de tir à l'arc. Par contre, il n'est pas très rapide en course. Là, c'est sûr, il y a eu de la triche pour qu'il réussisse à être premier.
– Moi, ce qui m'a frappé, intervint Shaolan, c'est son attitude pendant la course de chars. Son regard exprimait une telle … rage.
– Rage ? répéta Sakura.
– Oui, c'était la dernière épreuve, et à ce moment-là, il ne désirait pas seulement gagner. Il y avait dans ses yeux une volonté d'écraser, de soumettre tous les autres participants. Ça m'a fait froid dans le dos.
– Oui, Atsuya-Seth a toujours eu un désir de pouvoir, acquiesça sombrement Sawa-Isis.
Un silence de malaise tomba sur les cinq voyageurs. Fye, qui se balançait toujours, laissa sa chaise retomber sur ses quatre pieds et frotta ses mains l'une contre l'autre :
– En tout cas, nous avons ce que nous cherchions : les plans de la pyramide d'Ushio-Osiris sont à nous !
– C'est vrai ? s'exclama Shaolan. Vous n'avez pas eu de difficultés à entrer dans la maison ?
– Il a fallu faire quelques acrobaties, mais on s'en est tiré. N'est-ce pas, Sakura-chan ?
– Oui ! Et grâce aux hiéroglyphes que vous m'aviez appris, Shaolan-kun, j'ai pu trouver le bon papyrus !
Shaolan dévisagea la princesse, un sourire aux lèvres : finalement, il s'était inquiété pour rien. La princesse était revenue saine et sauve de leur opération de cambriolage ; mieux, elle paraissait heureuse d'avoir réussi à identifier le papyrus qui allait leur permettre de retrouver sa plume. Shaolan se rendit alors compte combien cette fierté et cette assurance la rendait belle, plus encore que de coutume. Son cœur s'accéléra et ses joues prirent une légère teinte rosée.
– Moko-chan, peux-tu faire apparaître les plans, s'il te plaît ? lui demanda Sakura.
– Tout de suite !
La boule de poils ouvrit grand la bouche et le papyrus ainsi que la boîte qui contenait le talisman en jaillirent. Sakura tendit le rouleau à Sawa-Isis.
– Est-ce bien la pyramide de votre mari ?
– En effet, confirma-t-elle en déroulant le papyrus sur la table. Regardez, la chambre funéraire initialement prévue se trouve ici, au centre. Mais après que j'aie demandé à déplacer la momie de mon époux, elle a été transféré dans une salle plus petite, qui se trouve juste sous la première. Il faut d'abord trouver la chambre initiale pour accéder à la seconde. Les couloirs qui permettent d'y accéder ne cessent de se dédoubler et de se réunifier pour dérouter les pilleurs de tombes … des pièges ont également été disposés pour empêcher quiconque d'approcher. Ta plume, princesse Sakura, se trouve dans cette seconde chambre funéraire.
– Et que pouvez-vous nous dire de ceci ? demanda Fye en ouvrant la boîte qui contenait l'amulette en forme d'œil.
– Oh … vous l'avez trouvée avec le papyrus ?
– Oui.
– C'est un œil oudjat.
– Un œil oudjat ? répéta Shaolan, intrigué.
– Oui. Après la mort de mon époux, ces amulettes sont devenues très prisées car on pensait qu'elles représentaient l'œil arraché par les dieux à mon mari. Porter l'œil oudjat, c'est accepter la malédiction lancée à Ushio-Osiris et s'incliner devant le pouvoir des dieux. On pense qu'il éloigne le mauvais sort.
– C'est une sorte de porte-bonheur ? comprit Kurogane.
– Oui, c'est ça. Mais j'ignore pourquoi cet œil se trouvait avec les plans de la pyramide de mon mari.
– Le nom d'Ushio-Osiris est écrit sur la boîte qui le contient, dit Sakura.
– Il est possible que cette amulette protège des sorts qui entourent sa tombe, réfléchit Fye.
– Il faut la garder, décréta Shaolan. Nous en auront peut-être besoin dans la pyramide.
Les quatre voyageurs contemplèrent les plans et le talisman. Kurogane sourit et déclara :
– Bon, maintenant qu'on a tout ce qu'il faut pour devancer cet Atsuya-Seth, qu'est-ce qu'on attend pour y aller ?
– Vous ne pouvez pas partir tout de suite, les avertit Sawa-Isis en levant les yeux vers le jardin. Le soleil est à son zénith et la pyramide se trouve en plein désert. À cette heure de la journée, les températures doivent frôler les 60°C là-bas. Mieux vaut que vous attendiez la fraîcheur de la nuit, cela vous laissera le temps de trouver des montures.
– Des montures ? répéta Shaolan.
– Oui, personne ne traverse le désert à pied.
– Mais … nous n'avons pas d'argent de ce pays, dit alors Sakura.
– Je vais vous en donner.
– Vous êtes sûre ? demanda Fye.
– Certaine. Car je compte venir avec vous.
Les yeux de Kurogane s'écarquillèrent. Il s'en doutait.
– Pas question, décréta-t-il en croisant les bras. C'est beaucoup trop dangereux, votre altesse.
– La princesse Sakura vous accompagne, elle. Pourquoi serait-ce plus dangereux pour moi que pour elle ?
– La princesse n'a pas le choix, elle doit nous suivre pour récupérer sa plume. Mais vous, c'est différent. Vous n'avez aucun raison de prendre autant de risques.
– Ma magie vous sera utile.
Kurogane soupira. Décidément, les princesses étaient vraiment toutes aussi têtues, même lorsqu'il s'agissait de sa propre mère. Fye se leva et déclara :
– Dame Sawa-Isis a raison. Sa magie est puissante, elle pourrait nous aider à contrer les sortilèges qui entourent la tombe d'Ushio-Osiris.
– Mais utiliser la magie affaiblit beaucoup Dame Sawa-Isis, dit Shaolan avec inquiétude. L'emmener avec nous ne risque-t-il pas de la mettre en danger ?
– Je pense que Dame Sawa-Isis ne subira plus jamais de crise après avoir utilisé sa magie, dit Fye.
En prononçant ses mots, le mage coula un regard vers Kurogane et le ninja sut immédiatement qu'il avait compris. Sawa-Isis ne présentait plus aucun symptôme de sa maladie depuis deux jours ; depuis la nuit où elle avait soigné Shaolan. Pourtant, lorsqu'ils l'avaient rencontrée, sa santé était beaucoup plus fragile, même lorsqu'elle n'employait pas la magie. Il n'y avait qu'une seule explication pour que son état se soit miraculeusement amélioré et Fye l'avait devinée. Kurogane émit un grognement :
– D'accord. Vous pouvez venir avec nous.
– Merci.
– Princesse Sawa-Isis, dit alors Shaolan, je voudrais vous demander une dernière chose.
– Laquelle ?
– La connaissance des hiéroglyphes peut-elle nous être utile dans la pyramide ?
– Oui, sans doute. Mais c'est une écriture difficile, vous ne pourrez pas l'apprendre en si peu de temps.
– Je me suis exercé avec des papyrus que m'a donnés votre scribe, Djar. Si vous pensez que ce savoir peut nous servir, alors je vais continuer de l'étudier en me concentrant sur les hiéroglyphes les plus importants jusqu'à ce que nous partions.
– Bon, alors il ne nous reste plus qu'à trouver des chevaux, décréta Kurogane.
– Il y a un marché aux animaux, en ville, les informa Sawa-Isis.
– Parfait, j'y vais.
– Je viens avec vous, Kurogane-san ! déclara Sakura.
– Euh … si tu veux. Et toi, le mage ?
– Je vais rester avec Shaolan pour étudier les plans de la pyramide.
– Et toi, Moko-chan ? demanda Sakura.
– Mokona veut rester avec Shaolan pour déchiffrer les dessins !
– Ça m'étonnerait que tu y comprennes grand-chose, Blanche-Neige, se moqua Kurogane.
– Puuu ! Mokona est très intelligent, d'abord ! Mokona peut faire plein de choses que Kurogane ne sait pas faire !
– Ah ouais, comme quoi ?
– Comme la super-aspiration !
– C'est pas un talent, ça, c'est une bizarrerie. Bon, aller, assez discuté, on y va !
Le ninja quitta la pièce, Sakura sur ses talons. Sawa-Isis les accompagna et leur donna l'argent nécessaire pour acheter des chevaux. Quand elle revint dans la salle à manger, Shaolan était penché sur un papyrus couvert de hiéroglyphes, tandis que Fye, le menton appuyé dans le creux de sa main, étudiait en détail les plans de la pyramide.
– Si vous me le permettez, messieurs, dit-elle, je vais me retirer dans le temple consacré à Isis, la déesse dont je porte le nom. C'est d'elle que je tire mes pouvoirs et je voudrais lui adresser mes prières afin qu'elle me soutienne si je dois utiliser ma magie pour vous aider.
– Bien-sûr, acquiesça Fye. Nous n'avons qu'à nous retrouver à la tombée de la nuit près de la sortie du palais, si cela vous convient.
– C'est parfait pour moi.
Sawa-Isis quitta le palais en direction du temple d'Isis. Lorsqu'elle passa le seuil, elle remarqua à peine le prêtre vêtu d'une peau de léopard, qui se dirigeait, lui, vers les appartements royaux.
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– Comment as-tu pu laisser ces étrangers te voler les plans ?
Atsuya-Seth saisit l'architecte par le col de sa tunique et approcha son visage du sien. Sous le regard impitoyable du pharaon, l'homme se mit à trembler de tous ses membres.
– Je … je n'ai sais rien, majesté. J'avais posté des gardes devant ma porte et la seule fenêtre de ma maison est grillagée. Je ne vois pas comment ils ont pu entrer …
– Idiot ! Ils ne doivent pas parvenir à entrer la chambre funéraire d'Ushio-Osiris avant moi ! Serais-tu capable de t'orienter dans la pyramide sans les plans ?
– Eh bien … pour être honnête, altesse, j'ai construit cette pyramide il y a dix ans et sans les plans, je crains d'avoir, disons … quelques trous de mémoires.
– Raah, tu m'es vraiment inutile !
Atsuya-Seth rejeta en arrière l'architecte qui s'effondra mollement au sol. À cet instant, son prêtre-espion entra dans ses appartements.
– Je suis de retour, majesté, dit-il en s'inclinant.
– Ah, Ânkhou, dit Atsuya-Seth avec un accent de satisfaction. As-tu suivis les étrangers ?
– Oui. Ils sont dans les appartements de Sawa-Isis, avec les plans de la pyramide.
– Ils nous les ont donc bien volés, ces misérables insectes. Ils ont profité que je participais à la compétition sportive pour échapper à ma vigilance. Pourtant, le garçon borgne n'a pas bougé des gradins, lui : je l'ai vérifié à plusieurs reprises.
– Je crois plutôt que c'est l'homme blond et la fille qui se sont emparés de vos plans, majesté.
– Voyez-vous ça … ils me le paieront. Tu dis qu'ils sont dans les appartements de Sawa-Isis ? Ma belle-sœur est avec eux ?
– Non, elle est sortie. Je l'ai vue se diriger vers le temple d'Isis.
– Elle va sans doute prier la déesse dont elle porte le nom … mieux vaut agir pendant qu'elle est absente. Ânkhou, tu es un prêtre au service de Seth : tout comme moi, tu tires tes pouvoirs magiques de ce dieu. Nous allons unir nos forces et capturer les étrangers.
– Bien, majesté.
Atsuya-Seth se tourna vers l'architecte et posa sur lui un regard assassin.
– Toi, tu vas nous accompagner. Tu nous guideras dans la pyramide une fois que nous aurons récupéré les plans.
– Ou … oui, majesté.
Ânkhou remonta la peau de léopard sur son épaule et se dirigea vers la porte.
– Dois-je prendre des hommes avec moi, votre altesse ?
– Oui. Même si notre magie devrait être suffisante pour maîtriser les étrangers, mieux vaut être prudents. Ils ne doivent pas nous échapper une deuxième fois.
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Shaolan frotta ses yeux afin de rester concentré : cela faisait près d'une heure qu'il étudiait les papyrus que Djar lui avait laissés. Depuis qu'il était arrivé dans le pays d'Atoum, il avait mémorisé près d'une cinquantaine de hiéroglyphes ; il était persuadé que ce savoir pourrait lui être utile s'il venait à être séparés de ses compagnons dans la pyramide. Les pièges qui entouraient la tombe d'Ushio-Osiris étaient probablement dangereux et il voulait être capable de s'orienter, même seul. Quoi qu'il arrive, il devait retrouver la plume de Sakura. Assis sur la table à ses côtés, Mokona observait les hiéroglyphes comme un enfant regarde un livre d'images. De son côté, Fye mémorisait les plans de la pyramide.
Soudain, une brise glacée pénétra dans la salle à manger et souleva le papyrus que Shaolan était en train de déchiffrer. Il releva la tête et échangea un regard avec Fye : dans un pays aussi chaud que celui d'Atoum, un tel vent ne pouvait pas être naturel. Ils se redressèrent, en alerte.
À cet instant, des soldats armés d'épées et de lances surgirent des couloirs du palais et se ruèrent vers eux. Fye bondit et serra les plans de la pyramide contre lui : les poches de sa jupe n'étaient pas assez grandes pour qu'il puisse y cacher les papyrus sans les déchirer. Il allait devoir se battre d'une main et protéger les plans de l'autre. Shaolan s'empara d'une chaise et arrêta les épées qu'un soldat abattait dans sa direction, puis, il sauta et décocha un coup de pied à son adversaire.
– Vite, enfuyons-nous par le jardin ! lança Fye à Shaolan.
Ils coururent vers les murs d'enceinte du palais. Alors qu'ils s'apprêtaient à les escalader, des soldats apparurent en haut des parois et se laissèrent tomber face à eux ; d'autres arrivaient par la salle à manger. Shaolan et Fye reculèrent, le cœur battant : ils étaient cernés.
– Vous êtes en état d'arrestation, déclara une voix dans leur dos.
Ils se retournèrent et découvrirent un homme aux épaules couvertes d'une peau de léopard. Son crâne rasé luisait sous le soleil et ses yeux noirs et ronds comme un animal nocturne leur donna la chair de poule.
– Qui êtes-vous ? lui lança Shaolan abruptement.
– Comment ? s'étonna l'homme avec un sourire narquois. Depuis quatre jours, vous n'aviez pas encore remarqué ma présence ? Je suis celui qui vous espionne depuis votre arrivée dans ce palais. Je m'appelle Ânkhou, je suis prêtre au service du dieu Seth, dit-il en s'inclinant. Je suis aussi celui qui a déclenché l'incendie dans lequel vous as failli perdre la vie.
Les yeux de Fye se plissèrent.
– Est-ce le pharaon Atsuya-Seth qui vous a ordonné de provoquer cet incendie ?
– Effectivement, acquiesça une seconde voix.
Atsuya-Seth se détacha du groupe de soldats et s'avança eux. Ses sourcils se haussèrent en constatant qu'ils n'étaient que deux.
– Ânkhou, ne m'avais-tu pas dit que tous les étrangers se trouvaient ici ?
– Si, votre majesté, mais … deux d'entre eux ont dû quitter le palais pendant mon absence. Je suis désolé votre altesse, je vous présente mes plus humbles excuses …
– Ça va, ça va … le guerrier ne m'intéresse pas et je me chargerai de la fille plus tard. Celui que je désirais le plus capturer … est là.
Atsuya-Seth posa un regard aussi froid qu'un serpent sur Shaolan. L'œil droit de l'adolescent recommença à le faire souffrir, mais il ne détourna pas la tête. Atsuya-Seth croisa les bras et déclara avec hauteur :
– J'avoue avoir été déçu que mes serpents n'aient pas réussi à te tuer, jeune homme. Mais finalement, tu vas peut-être m'être utile. Tu t'appelles Shaolan, c'est ça ? Ou plutôt, devrais-je dire … Ushio-Osiris ?
Shaolan serra plus fermement les poings.
– Vous vous trompez. Je ne suis pas la réincarnation de votre demi-frère !
– Ah bon ? Si tu me le permets, j'aimerais le vérifier par moi-même. De plus, vous m'avez volé des plans dont j'ai besoin.
– Attrapez-les ! ordonna Ânkhou aux soldats.
Tous les hommes d'Atsuya-Seth s'élancèrent en même temps. Shaolan et Fye bondirent ; au moment où l'adolescent redescendait vers le sol, il envoya un puissant coup de pied dans la tête de l'un des soldats. Il atterrit, bloqua une lance avec sa jambe et envoya un coup de poing dans la mâchoire de son assaillant. L'homme s'effondra en grognant.
– Mokona, passe-moi mon sabre !
– Tout de suite !
Le manjuu ouvrit la bouche et le sabre en jaillit. Shaolan le saisit au vol et fondit sur ses adversaires. Il taillada le dos du premier, la jambe droite du second, le bras gauche du dernier. Il vit une épée s'abattre sur sa gauche et la para avec sa lame. Il ressentait l'énergie vitale de chacun des soldats, comme Kurogane le lui avait appris. Avant même de les voir, il perçut sur sa droite deux silhouettes qui chargeaient dans sa direction. Shaolan fronça les sourcils et se concentra. Il sentait l'énergie des deux hommes qui se précipitaient vers lui, il devinait le mouvement de leurs lances … À l'instant où les pointes allaient s'enfoncer dans sa poitrine, il lâcha son sabre, sauta et leva les bras : les deux armes passèrent le long de ses flancs sans le blesser et se croisèrent dans son dos. L'adolescent baissa alors les bras et coinça les hampes sous ses coudes, puis effectua un salto arrière. Ses jambes tendues allèrent frapper ses adversaires à la mâchoire tandis que les lances, emportées par le mouvement de rotation de son corps, se brisèrent net. Shaolan se réceptionna avec agilité au sol et ramassa prestement son sabre. Les hommes gisaient à terre, les débris de leurs armes éparpillés au sol. Il recula et leva sa lame, prêt à riposter.
Pendant ce temps, Fye esquivait avec souplesse toutes les épées avec lesquelles les soldats essayaient de l'embrocher. Tenant toujours les plans de la main gauche, il parvint à saisir une lance de la main droite avant d'éjecter son propriétaire d'un coup de pied. Il leva son arme et avec un sourire féroce repoussa ceux qui voulurent l'approcher. Agacés de sa résistance, huit soldats se liguèrent contre lui. Le magicien haussa les épaules : ils pouvaient s'y mettre à huit, dix ou vingt, ça ne changerait rien, ils ne représentaient pas une menace pour lui. Il les vit se ruer dans sa direction, attendit la dernière seconde et bondit : tous ses adversaires se rentrèrent dedans. Ouh, ça devait faire mal ! Fye atterrit à l'écart des soldats et jeta un œil à Shaolan : le petit avait déjà mis à terre un grand nombre d'hommes à lui tout seul. Il maniait son sabre chaque jour un peu mieux ; Kuro-sama avait vraiment été un bon professeur. Le mage se servit de la hampe de sa lance comme d'un bâton et arrêta un nouveau soldat. Puis, il fit un croche-pied au dernier qui courait vers lui et l'homme alla se rompre les dents sur un arbre tout proche. Quand il se retourna, tous les soldats d'Atsuya-Seth gisaient à terre.
– Vite, Shaolan, fichons le camp d'ici !
Ils coururent vers les murs d'enceinte mais Atsuya-Seth et Ânkhou s'interposèrent.
– Pas si vite, déclara le prêtre. Je vois que vous savez vous battre. Mais serez-vous de taille contre ça ?
Ânkhou et Atsuya-Seth levèrent leurs mains au-dessus de leur tête et des colonnes de fumées jaillirent de leurs doigts. Elles se tordirent sur elles-mêmes en produisant un son aigu abominable et prirent alors la forme d'immenses cobras noirs. Fye et Shaolan reculèrent, les yeux écarquillés. Ces serpents étaient aussi grands que les murs du palais et pouvaient les dévorer d'une bouchée. Les reptiles dardèrent sur eux leurs yeux rouges en faisant siffler leur langue bifide. Shaolan leva son sabre, Fye resserra son emprise sur sa lance. À cet instant, les cobras se jetèrent sur eux.
L'adolescent et le magicien s'élancèrent chacun d'un côté. Shaolan abaissa son sabre et tenta de trancher le cou du serpent. Cependant, au moment où la lame toucha la peau du reptile, celle-ci se retransforma brièvement en fumée et le sabre passa au travers de son corps sans le blesser. Fye tenta d'atteindre l'autre serpent avec sa lance, sans plus de succès. Le magicien fronça les sourcils : ces créatures n'étaient pas naturelles, ils allaient avoir du mal à les vaincre avec des armes normales. Cependant, il s'était promis de ne plus utiliser la magie et il avait déjà failli à son serment au pays de Reckord. S'il l'employait de nouveau dans ce pays, le roi Ashura ne tarderait pas à se réveiller et il le retrouverait. Et s'il le retrouvait, il serait obligé de … non, il ne devait pas penser à ça dans un moment pareil.
– Que dîtes-vous de notre magie ? demanda Ânkhou avec un sourire mauvais. Le cobra de Pharaon est plus puissant que le mien, mais en tant que prêtre de Seth, j'ai également obtenu de grands pouvoirs à force de prières … vous ne pourrez pas nous échapper.
Ânkhou et Atsuya-Seth tendirent le bras devant eux et les serpents attaquèrent à nouveau. L'un d'eux fondit sur Shaolan et parvint à le désarmer d'un grand coup de queue. L'adolescent fut projeté en arrière et s'écrasa contre l'un des murs d'enceinte avec une telle brutalité qu'il en eut le souffle coupé. Alors qu'il tentait péniblement de se relever, il sentit des colonnes de fumées s'enrouler autour de ses membres comme des chaînes : le cobra se transformait lentement en sortilège pour l'emprisonner. Avant que les liens autour de ses poignets l'empêchent totalement de bouger, il réussit à plonger la main dans les plis de sa jupe et à en extirper un petit objet : l'œil oudjat qu'ils avaient trouvé avec les plans de la pyramide. Il se contorsionna sur lui-même, parvint à tendre le bras et cria :
– Mokona ! Attrape ça et donne-le à Kurogane et Sakura !
Il lança l'œil de toutes ses forces et le manjuu bondit.
– Non ! cria Atsuya-Seth.
Le pharaon leva la main pour attirer l'œil à lui grâce à la magie, mais Mokona fut plus rapide. Il ouvrit grand la bouche et aspira l'œil oudjat tout rond. Avant qu'Atsuya-Seth n'ait le temps de revenir de sa surprise, la petite boule blanche sauta par-dessus les murs du palais et disparut. Le pharaon sentit la rage l'envahir et se retourna vers Shaolan :
– Toi !
Il tendit une main menaçante vers l'adolescent et replia ses doigts sur sa paume. À cet instant, une colonne de fumée s'enroula autour du cou de Shaolan et commença à l'étouffer.
– Shaolan-kun ! s'écria Fye.
Le mage sentit la panique l'envahir. Si cette fumée continuait de se resserrer sur le cou de Shaolan, elle allait l'étrangler. Il fallait qu'il intervienne. Il se concentra, pinça les lèvres : un sifflement aigu et cristallin s'éleva dans les airs. Le son se transforma presque aussitôt en spirales bleutées qui fusèrent vers la fumée qui asphyxiait Shaolan. Le sortilège s'enroula autour des volutes infernales comme un étau et commença à les désintégrer. Shaolan reprit son souffle, haletant. À cet instant, le serpent matérialisé par Ankhoû se dressa derrière Fye et lui asséna un coup de queue en pleine figure. Il alla s'écraser contre un mur avec violence. Lorsqu'il rouvrit les yeux, à demi-sonné, un terrible mal de tête lui vrillait les tempes, tout son corps tremblait et un filet de sang coulait le long de sa bouche. Il sentit alors des volutes de fumées emprisonner ses bras et ses jambes.
– Alors comme ça, tu utilises la magie ? dit Ânkhou en s'approchant de lui d'un air moqueur. Qu'est-ce que tu comptais faire avec ce sifflement pitoyable ? Sauver ton ami ?
Le magicien releva la tête vers Shaolan : Atsuya-Seth avait resserré son emprise sur l'adolescent. Ils étaient tous les deux complètement immobilisés. Le pharaon s'avança vers Shaolan et le toisa de toute sa hauteur :
– Tu te défends bien, je l'admets. Mais tu n'es pas de taille contre ma magie.
Il se tourna alors vers Fye avec un rictus malveillant :
– Et toi non plus, d'ailleurs. Comment as-tu osé croire que ta magie pouvait vaincre la mienne, sale étranger ? Je t'avais pourtant dit que la couleur de tes cheveux et de tes yeux te porterait malheur ...
Fye lui adressa un regard noir.
– Majesté, dois-je retrouver la créature qui a pris le talisman ? demanda Ânkhou.
– Ce n'est pas la peine. Ce sont les plans dont nous avons besoin.
Le Pharaon avança vers Fye et lui arracha les papyrus qu'il tenait toujours dans la main gauche.
– Il paraît que c'est toi qui as volé ça dans la maison de l'architecte ?
Fye dévisagea sans ciller le pharaon : cet homme était dangereux, il venait de le leur prouver. Si l'envie lui en prenait, il pouvait faire du mal à Shaolan. Fye planta son regard dans celui d'Atsuya-Seth et déclara, avec un sourire provocateur :
– Oui, et c'était très amusant. Vous auriez dû choisir un autre jour pour parader à la compétition sportive, vous auriez été moins distrait.
Atsuya-Seth fixa le magicien et sentit sa colère croître. Comment osait-il ? Non content de le voler, ce misérable blond le narguait. S'il s'était écouté, il l'aurait tué sur le champ. Mais une autre idée germa dans son esprit, une idée qui éveilla une lueur mauvaise dans son regard noir. Cet étranger allait regretter de l'avoir défié. Fye soutint son regard, sans cesser de sourire : c'est ça, que le pharaon s'énerve sur lui. Si cela pouvait détourner son attention de Shaolan, il était prêt à en assumer les conséquences. Atsuya-Seth resserra sa main sur les plans et se tourna vers le prêtre :
– Nous pouvons partir pour la pyramide d'Ushio-Osiris, le soleil est en train de décliner. Ânkhou, pars devant avec l'architecte, je vous rejoindrai là-bas. Emmène ce garçon avec toi, lui dit-il en lui désignant Shaolan, et demande à quatre hommes de vous accompagner. Ne relâche pas ta vigilance : à la moindre minute d'inattention, ce gosse pourrait nous filer entre les doigts.
– Bien. Et que devons-nous faire de celui-là ? demanda le prêtre en désignant Fye.
– Mets-le dans le sous-sol secret sous le temple de Seth, et installe-le bien, s'il te plaît. Son insolence m'a fatigué, j'aimerais avoir une petite discussion avec lui avant de partir.
