Bonsoir à tous ! Me revoici pour la suite. Après la tempête, voici un autre chapitre d'action et je vous préviens, c'est pas près de s'arrêter ^^ Bonne lecture !


Chapitre 13

Atsuya-Seth leva une main pour imposer l'arrêt. Ânkhou immobilisa sa monture et retint la bride du cheval sur lequel était monté Shaolan ; derrière eux, l'architecte et les quatre soldats les imitèrent.

La nuit avait étendu son pinceau d'encre sur le désert immobile, gommant le relief des dunes. Dans ce paysage inquiétant, la lune jaillissait des ténèbres comme le globe lumineux d'une baudroie des abysses, diffusant une lueur blafarde sur l'étendue de sable silencieuse. Cette pâle clarté révéla à Atsuya-Seth et ses hommes les lignes d'une imposante pyramide à faces lisses, à moins d'un kilomètre de leur position. Dans la semi-obscurité, l'ombre gigantesque de la pyramide d'Ushio-Osiris paraissait encore plus impressionnante. Shaolan leva discrètement les yeux vers les étoiles : outre sa formation à l'épée, Kurogane lui avait enseigné à s'orienter et à estimer l'écoulement du temps grâce à la position des astres. Il calcula qu'ils avaient mis presque trois heures pour atteindre la pyramide, alors qu'en temps normal, Sawa-Isis leur avait dit qu'il n'en fallait que deux. La tempête de sable avait freiné leur progression, mais pas autant qu'il ne l'aurait cru. Quand les rafales étaient arrivées droit sur eux, Atsuya-Seth avait ricané.

– Mon dieu tutélaire, Seth, règne sur le désert. Aucune des tempêtes qui s'y lèvent ne peut m'empêcher d'avancer.

Il avait alors tendu un bras devant lui et fait apparaître un halo protecteur qui les avait enveloppés comme une bulle de savon ; malgré les bourrasques, leurs chevaux avaient ainsi pu poursuivre leur route. Cependant, le maintien d'un tel sort de protection demandait une énergie considérable au pharaon, ce qui avait ralenti leur progression. Quand la tempête s'était enfin calmée, ils avaient repris un rythme plus soutenu, et à présent ils se trouvaient tout près de la pyramide.

Shaolan espérait que Mokona avait rapidement pu avertir ses amis. Quand il avait quitté la capitale du pays d'Atoum, prisonnier d'Ânkhou, seuls l'architecte et quatre gardes les accompagnaient. Le pharaon ne les avait rejoints que vingt minutes plus tard, son cheval lancé au galop. Shaolan avait remarqué que du sang tâchait ses mains et il avait prié pour qu'il ne s'agisse pas de celui de Fye. Kurogane et Sakura avaient peut-être déjà réussi à le libérer et si le magicien était blessé, Sawa-Isis pourrait sans doute le soigner. Il était même possible que ses amis soient déjà en route pour le rejoindre. Cependant, il ne pouvait pas en être sûr, et en leur absence il savait qu'il ne pouvait compter que sur lui-même.

Une plume de Sakura se cachait dans cette pyramide : il devait à tout prix la retrouver avant qu'Atsuya-Seth ne s'en empare. On lui avait attaché les mains et confisqué son sabre, qui pendait à la ceinture de l'un des quatre soldats. Shaolan estima que se défaire de ses liens et mettre les quatre gardes hors d'état de nuire ne devrait pas trop lui poser de problème. En revanche, il serait plus en difficulté face à Atsuya-Seth et Ânkhou, qui disposaient de pouvoirs magiques. D'après ce qu'il avait eu le temps de voir sur les plans de l'architecte, l'intérieur de la pyramide ressemblait à un véritable labyrinthe. S'il réussissait à semer ses geôliers dans ce dédale, il aurait peut-être une chance de trouver la plume avant eux. Atsuya-Seth remit son cheval en marche et tous ses hommes lui emboîtèrent le pas. Arrivés devant la pyramide, ils mirent pied à terre. Ânkhou s'approcha de Shaolan et ordonna :

– Descend.

Shaolan s'exécuta, se laissant glisser de sa selle comme il le put malgré ses mains liées. Les soldats d'Atsuya-Seth avaient apporté des silex et allumèrent des torches. Le pharaon en saisit une, puis demanda à l'architecte :

– Es-tu prêt à nous guider ?

– Oui, altesse. Suivez-moi.

Le petit homme se dirigea vers la face nord de la pyramide, suivi du pharaon. Derrière lui avançait Ânkhou, suivi de Shaolan. Les quatre soldats fermaient la marche, bloquant toute retraite à l'adolescent. L'architecte s'immobilisa au pied de la façade et leva un doigt :

– L'entrée de la pyramide se situe là-haut, à trente mètres de hauteur.

Shaolan écarquilla les yeux : lorsqu'il avait consulté les plans de l'architecte, il ne s'était pas rendu compte que l'entrée se trouvait si loin du sol. Certes, c'était une bonne manière de dissuader les pilleurs de tombes, mais comment allaient-ils grimper jusque là-haut ?

– Il existe un escalier secret qui court le long de la façade et monte jusqu'à l'entrée, précisa l'architecte, mais il a été muré. Venez avec moi.

Il conduisit le groupe au pied de la façade et posa la main sur la pierre. Puis, il laissa courir ses doigts sur l'appareillage, tapota la pierre comme pour en tester la résonnance, et soudain, il s'arrêta.

– C'est là. L'entrée de l'escalier secret se trouve derrière ce mur.

– Très bien. Reculez, dit Atsuya-Seth.

Le pharaon tendit la main vers la paroi de pierre et concentra sa magie : une puissante attaque jaillit de sa paume et pulvérisa le mur. Shaolan, Ânkhou, l'architecte et les soldats se baissèrent juste à temps pour éviter que des éclats de pierre ne les atteignent. Un épais nuage de poussière aux relents d'humidité s'éleva de la brèche. Atsuya-Seth approcha sa torche de l'ouverture : les flammes illuminèrent les premières marches d'un escalier ; l'architecte ne s'était pas trompé.

– Allons-y.

Ils s'y engagèrent l'un après l'autre. En haut des marches, ils débouchèrent sur un grand palier. Sur leur gauche s'élevait une seconde porte murée, qu'Atsuya-Seth détruisit avec la même violence que la première. Ils se retrouvèrent alors face à un long couloir large d'environ trois mètres, qui descendait en pente douce vers les tréfonds du monument ; ses murs étaient couverts de hiéroglyphes. Un courant glacé remonta jusqu'à eux : c'était la première fois depuis dix ans que des hommes pénétraient à nouveau dans le tombeau du pharaon maudit.

– Architecte, passe devant, ordonna Atsuya-Seth d'une voix sèche.

Le petit homme obéit et ouvrit la marche.

– Nous devons d'abord atteindre la première chambre funéraire, expliqua-t-il. Une fois que nous y serons, il y aura un accès qui permet de pénétrer dans la deuxième chambre, dans laquelle se trouve la tombe d'Ushio-Osiris.

Prudemment, tout le groupe s'enfonça dans les entrailles de la pyramide. Shaolan serra les dents : à la première intersection, il agirait.

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– Mokona voit la pyramide !

Kurogane, Fye et Sawa-Isis retinrent leur monture. Sakura, en selle derrière le magicien, plissa les yeux : à un demi-kilomètre d'eux, le triangle d'obsidienne de la pyramide d'Ushio-Osiris se découpait sur la toile nocturne du ciel. Les dromadaires accélérèrent la cadence. « Shaolan-kun, tenez bon … » pensa la jeune fille en serrant les dents. Quand ils arrivèrent au pied de l'édifice, ils repérèrent immédiatement les chevaux d'Atsuya-Seth. Kurogane mit pied à terre, puis alla tâter le flanc et les pattes des bêtes.

– Leurs muscles sont encore chauds. Le pharaon et ses hommes ne sont pas arrivés depuis longtemps.

– Alors, nous pouvons encore les rattraper, dit Sakura.

– Venez, dit Fye. Si ma mémoire est bonne, l'entrée se trouve sur la face nord.

Ils contournèrent la pyramide et lorsqu'ils furent au pied de la façade, ils demeurèrent aussi perplexes que l'avait été Shaolan sur la manière dont ils allaient pouvoir atteindre une entrée située à trente mètres de hauteur. Kurogane envisageait déjà de fabriquer des cordes, quand Mokona sauta de l'épaule de Sakura et s'approcha de la pyramide. De sa petite voix acidulée, il lança :

– Sinon, on peut aussi prendre l'escalier !

Ses compagnons haussèrent les sourcils et le rejoignirent. Ils découvrirent alors les marches qui s'élevaient vers l'entrée de la pyramide.

– Bien joué, Moko-chan ! s'exclama Sakura.

Ils allumèrent des torches et s'engagèrent dans l'escalier. À mesure qu'ils gravissaient les marches, Kurogane resserrait sa main sur la garde de son sabre, Fye sentait tous ses muscles se tendre et sa colère à l'encontre d'Atsuya-Seth se raviver, Sawa-Isis se préparait à utiliser sa magie et le cœur de Sakura s'accélérait. Ils débouchèrent devant l'entrée de la pyramide qu'Atsuya-Seth avait détruite avec la même puissance que la porte murée de l'escalier. Kurogane fronça les sourcils : ce pharaon était un adversaire coriace, doté de pouvoirs magiques hors du commun ; il allait devoir se montrer prudent et recourir à toute sa force pour le vaincre. Ils pénétrèrent dans le long couloir incliné, quand soudain, l'éclat d'une explosion leur parvint. Tous échangèrent un regard et coururent.

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Au bout du couloir, le chemin se divisait en deux ramifications. L'architecte qui guidait le groupe d'Atsuya-Seth s'arrêta et hésita pendant quelques instants sur la direction à suivre, déroulant les plans pour s'assurer de prendre le bon itinéraire. « C'est le moment d'agir », songea Shaolan. Sans crier gare, il se retourna et envoya un coup de pied dans le ventre de l'un des quatre gardes derrière lui. Ânkhou lui avait attaché les mains ? Mais il n'avait pas besoin de ses mains pour se battre ! Il se débarrassa aussitôt d'un deuxième homme à l'aide d'une frappe bien placée. Atsuya-Seth et Ânkhou firent volte-face. Shaolan, qui essayait d'éviter les coups de lame du troisième soldat, ne les vit pas faire appel à leur magie, mais il sentit une source de chaleur grandir dans son dos. Il se baissa juste à temps pour éviter leurs tirs et en profita pour faire un croche-pied à son adversaire. Le garde s'écroula au sol et l'adolescent s'aperçut que c'était celui qui portait son sabre. Il fit glisser ses cordes sur la lame et coupa ses liens, puis il ramassa son sabre et le dégaina juste à temps pour parer une attaque d'Atsuya-Seth. Cependant, la puissance du pharaon était telle qu'il fut projeté en arrière. Sa tête heurta durement la pierre et des étoiles apparurent devant ses yeux. Il grimaça de douleur, se releva et raffermit son emprise sur son sabre. Il devait trouver un moyen de s'échapper. Ânkhou et Atsuya-Seth préparaient une nouvelle attaque et il savait qu'il ne tiendrait pas longtemps face à eux …

À cet instant, une paroi de pierre descendit du plafond et s'abattit devant lui, le séparant de ses adversaires. Shaolan, bouche bée, fixa le mur qui venait de lui sauver la vie et entendit, de l'autre côté, le pharaon et son prêtre se déchaîner contre la pierre. Le choc sourd de leurs attaques faisait trembler la paroi, mais contrairement à l'entrée de l'escalier, celle-ci tint bon. Au même moment, l'adolescent entendit crier :

– Shaolan !

Il se retourna et vit Kurogane, Fye, Sakura et Sawa-Isis arriver en courant. Une vague de soulagement l'envahit : ils étaient tous indemnes.

– Tout va bien, Shaolan-kun ? lui demanda Fye.

– Oui, tout va bien. Et vous Fye-san ?

– En pleine forme, comme tu peux le voir !

– Shaolan-kun, ils ne vous ont pas fait de mal ? demanda Sakura.

– Non, ne vous inquiétez pas. Grâce à ce mur qui s'est soudainement abaissé, je n'ai pas été blessé.

– Le mur est descendu tout seul ? s'étonna Kurogane.

– C'est un système de sécurité, leur expliqua Sawa-Isis.

– Cela fonctionne avec de la magie ? demanda Fye.

– Non, ce sont des systèmes de poids et contrepoids. En tombant, Shaolan a peut-être actionné un mécanisme. En revanche, les murs intérieurs de la pyramide ont été renforcés avec un sortilège afin d'être presque impossible à abattre.

– L'ennui, dit Shaolan, c'est que maintenant nous sommes bloqués : nous ne pouvons plus descendre pour trouver la plume de Sakura …

– Ce n'est pas dit, répliqua Fye. S'il s'agit d'un système de contrepoids, il doit y avoir un moyen de soulever ce mur à nouveau.

– Cela risque de prendre des heures avant de trouver la solution, marmonna Kurogane en s'adossant à une paroi.

Au moment où son dos touchait la pierre, le souterrain gronda. Cette fois, ce ne fut pas le mur au milieu du couloir qui se souleva, mais un morceau de celui qui se trouvait sur leur droite, leur donnant accès à un nouveau corridor. Fye se retourna vers Kurogane avec un grand sourire :

– Tu disais ?

– Rien, répondit-il en se redécollant du mur.

– Vite, ne perdons pas de temps ! s'exclama Shaolan.

Ils s'engagèrent à la hâte dans le couloir latéral, le traversèrent et ne tardèrent pas à arriver à une intersection.

– Faut-il aller à droite ou à gauche ? s'interrogea Sakura.

– Mokona, est-ce que tu sens les ondes de la plume ? demanda Shaolan.

– Oui, en bas !

– C'est logique, la tombe d'Ushio-Osiris se situe sous terre, dit Sawa-Isis.

– Alors, à gauche, décréta Kurogane. C'est le couloir qui descend.

Ils poursuivirent leur chemin, quand soudain ils entendirent des bruits de pas, tout près d'eux. Ils s'immobilisèrent, sur leurs gardes.

– Le pharaon nous a retrouvés ? souffla Sakura, inquiète.

Oreille tendue, poings serrés et sabre brandis, ils attendirent. Mais la cavalcade des pas s'éloigna lentement.

– Atsuya-Seth doit être dans un couloir parallèle au nôtre, remarqua Sawa-Isis.

– Vous rappelez-vous si le chemin que lui et ses hommes suivent mène à la tombe d'Ushio-Osiris ? lui demanda Shaolan.

– Je l'ignore, mais les couloirs de la pyramide comportent de nombreuses bifurcations. Ils ont encore le temps de se perdre, même si l'architecte les accompagne, et nous aussi.

Ils reprirent leur course. Leurs pas résonnaient sur les dalles de pierres du couloir avec un écho minéral et leurs torches projetaient une lueur fugitive sur les hiéroglyphes qui recouvraient les murs, dont certaines figures semblaient prendre vie et poser sur eux un regard inquisiteur. À cet instant, ils arrivèrent devant un cul-de-sac.

– Il y forcément un moyen d'ouvrir un autre passage, dit Fye.

Shaolan fronça les sourcils : la première fois, la paroi était descendue quand il était tombé au sol. Mais peut-être le mécanisme n'était-il pas dû à sa chute ; peut-être était-ce un rebond de l'attaque d'Atsuya-Seth qui l'avait enclenché. La deuxième fois, le passage s'était ouvert lorsque Kurogane s'était appuyé contre un mur. L'adolescent s'approcha de l'une des parois et observa les hiéroglyphes qui y étaient peints. Soudain, une idée traversa son esprit.

– Princesse Sawa-Isis, se pourraient-ils que certains hiéroglyphes soient les clés qui permettent d'actionner le mouvement des murs ?

Les yeux de Sawa-Isis s'agrandirent. Elle réfléchit quelques secondes avant d'acquiescer :

– Oui, c'est très possible …

– Quels seraient ces hiéroglyphes, selon vous ?

– Quelque chose qui représente un passage, une porte, une sortie … Osiris, le dieu tutélaire de mon mari, pourrait parfaitement convenir. C'est le dieu des morts, du passage vers l'au-delà et de la résurrection. Anubis, le dieu des embaumeurs, pourrait aussi faire l'affaire.

– D'accord. Essayons à la fois Osiris et Anubis. Princesse Sakura, vous savez reconnaître le hiéroglyphe qui représente Osiris, n'est-ce pas ?

– Oui, vous me l'avez appris pour voler les plans de la pyramide.

– Alors, pouvez-vous m'aider à actionner les mécanismes ?

– Tout de suite !

Shaolan s'approcha des murs et observa attentivement les symboles peints. Il avait appris à reconnaître le hiéroglyphe désignant « Anubis » grâce aux papyrus que lui avait prêtés Djar. Il finit par repérer le symbole correspondant. Il se composait de cinq idéogrammes : une plume, des vaguelettes au-dessus d'un carré, un oiseau et un personnage de profil à tête de chacal. Le jeune homme posa le pouce, l'index et le majeur de la main gauche sur les trois premiers dessins, puis l'index et le majeur de la main droite sur les deux derniers. Pendant ce temps, Sakura avait trouvé le hiéroglyphe correspondant à Osiris : un œil, un symbole en escalier et un homme de profil assis portant la coiffe du pharaon. Elle appuya à son tour sur chacun des idéogrammes.

Deux pans de murs se soulevèrent aussitôt, libérant le cul-de-sac face auquel ils se trouvaient et ouvrant un passage sur leur gauche.

– Manjuu, par où faut-il aller pour trouver la plume ? demanda Kurogane.

– Il faut continuer à descendre, dit Mokona. Tout droit.

– Dans ce cas, je referme cette issue, dit Shaolan en réappuyant sur les symboles de la paroi. Il ne faudrait pas qu'Atsuya-Seth nous tombe dessus.

Ils passèrent sous le pan de mur relevé à la hâte. Tandis que ses amis le devançaient, Shaolan se retourna alors et observa les parois de chaque côté du couloir.

– Qu'est-ce que tu fais, gamin ? l'interrogea Kurogane.

– Je veux vérifier quelque chose.

Il inspecta les hiéroglyphes qui l'entouraient et finir par dire :

– C'est bien ce que je pensais.

– Quoi donc ? demanda Sakura.

– Il n'y aucun moyen de rabattre le mur que nous venons de soulever une fois que nous sommes de ce côté-ci du couloir. Cela veut dire qu'il y a des parois qu'on ne peut actionner qu'à un seul niveau …

– … et que des personnes peuvent se retrouver coincées jusqu'à ce que quelqu'un d'autre soulève la paroi qui les bloque, comprit Fye.

– Exactement. Il va falloir faire attention aux passages que nous ouvrons.

Ils progressèrent prudemment et arrivèrent alors à un carrefour où convergeaient trois couloirs. Celui sur leur gauche remontait et était bloqué à cent mètres par une paroi. Celui devant eux était également rapidement muré. Telles qu'étaient les choses, ils ne pouvaient que rebrousser chemin. Shaolan fronça les sourcils : ils devaient avancer ! Le pharaon progressait peut-être plus rapidement qu'eux et l'adolescent ne pouvait pas le laisser trouver la plume. Aidé de ses amis, ils tentèrent d'actionner un mécanisme pour soulever l'un des deux murs, en vain. Ni le nom d'Osiris ni celui d'Anubis ne déclenchèrent d'ouverture.

– Peut-être existe-t-il d'autres hiéroglyphes servant de clés ? émit Sakura.

– C'est possible, acquiesça Shaolan.

Ils explorèrent les parois à la recherche du bon hiéroglyphe.

– Et si on appuie sur tous les symboles les uns après les autres ? fit Kurogane.

– Le seule chose que tu risques d'obtenir avec cette technique, Kuromi, c'est de te faire écraser par une dalle de pierre, dit Fye avec un sourire narquois.

Le ninja grogna et haussa les épaules. Shaolan appuya alors sur le hiéroglyphe qui désignait Rê, le dieu du soleil : la course qu'il effectuait chaque jour dans le ciel n'était-elle pas une métaphore d'un passage ? Le souterrain gronda à nouveau et la paroi qui fermait le mur de gauche se souleva.

À cet instant, Shaolan, Sakura, Kurogane, Fye et Sawa-Isis se figèrent : derrière le mur se dressaient Atsuya-Seth, Ânkhou, l'architecte et le dernier soldat que Shaolan n'avait pas assommé, leur barrant complètement la route.

– Eh bien, eh bien, fit Atsuya-Seth avec un rictus. Je ne m'étais pas trompé, j'avais bien entendu d'autres pas que les tiens, Shaolan. Tu as des compagnons très dévoués, je ne m'attendais pas à ce qu'ils nous rattrapent si vite. Bonsoir, chère belle-sœur, dit-il en tournant la tête vers Sawa-Isis. Je serais tenté de dire que je suis surpris de te voir ici, mais en fait, ça ne m'étonne pas. Tu n'as jamais eu complètement confiance en moi, et obstinée comme tu es, il n'est guère surprenant que tu aies aidé ces étrangers. Dommage pour toi, je vais être obligé de te tuer en même temps qu'eux.

– Essayez seulement de la toucher, et je vous coupe en deux, lui lança Kurogane en se plaçant devant elle.

– Oh, vous êtes le nouveau garde du corps de Sawa-Isis ? Comme c'est touchant ! Et … tiens, qui voilà ? ajouta le pharaon en se tournant vers Fye. Un survivant … tu es visiblement plus résistant que ce je croyais ; il y a quelques heures, je n'aurais pas donné cher de ta peau. Il faut croire que les blonds aux yeux bleus ne sont pas tous si faciles à tuer.

Fye ne répondit pas, mais Kurogane se rendit compte que dans son regard s'était rallumé la lueur assassine, glacée et implacable qui hantait ses prunelles dans la prison. C'était bien le pharaon qui lui inspirait une telle aversion. Pourtant, quand Fye regardait Atsuya-Seth, il semblait voir quelqu'un d'autre et c'était ce quelqu'un qui éveillait en lui une telle haine, Kurogane en aurait mis sa main à couper. Cela avait-il un lien avec le roi qu'il avait laissé endormi dans son monde d'origine ? Ou bien Atsuya-Seth lui rappelait-il quelqu'un d'autre ? Quoi qu'il en soit, le mage ne desserrait pas les lèvres ; si un seul regard avait suffi à déchiqueter un être vivant, il aurait déjà mis Atsuya-Seth en pièces. Le pharaon ricana et dit :

– Tu as de la chance que ma belle-sœur ait pu te guérir. Je me demande ce que tu aurais fait sinon.

– Tais-toi, Atsuya ! lui cria alors Sawa-Isis. Pendant toutes ces années, tu m'as menti, tu as menti à ton peuple et à nos dieux. Tu as détruit ton propre pays et tu as tué des centaines d'innocents pour que l'on croie à ta malédiction ! Comment fais-tu pour ne pas ressentir le moindre regret ?

Elle fit un pas en avant, mais Kurogane étendit un bras devant elle pour l'empêcher d'avancer. Atsuya-Seth claqua la langue avec désapprobation.

– Voyons, Sawa-Isis, ça ne te ressemble pas de t'emporter comme ça. D'habitude, tu m'offres plutôt ton charmant regard méprisant.

– Ça suffit ! lui lança Kurogane. Tais-toi un peu, espèce d'ordure, et viens te battre !

Le ninja dégaina son sabre et se mit en position : en temps normal, il commençait toujours un duel en se basant sur sa seule force physique et en attirant son adversaire dans un corps à corps où il serait presque certain d'avoir le dessus. Cependant, cette fois, la situation était différente : le pharaon et son prêtre maîtrisaient la magie et d'après ce que leur en avait dit Mokona, ses adversaires possédaient une puissance qui pouvait mettre à rude épreuve la résistance du ninja. S'il voulait les mettre hors d'état de nuire, il devait frapper fort d'entrée de jeu, afin de leur couper l'herbe sous le pied. Il n'avait pas l'habitude de recourir à ses techniques spéciales aussi rapidement, mais c'était la solution la plus sage à adopter en de telles circonstances. Il concentra donc tout son qi et la transmit à son sabre, illuminant la lame de Souhi d'une lumière dorée.

Hama Ryu-o Jin!

D'un mouvement de bras en arc de cercle, il projeta son attaque vers Atsuya-Seth. Le pharaon, qui ne manquait pas de réflexes, avait déjà levé la main droite et avait fait jaillir de ses doigts des étincelles d'un vert reptilien. Les rayons s'étirèrent à toute vitesse et créèrent un champ-de-force protecteur devant le pharaon et ses hommes. Le bouclier agit comme un miroir, sur lequel l'attaque de Kurogane se réfléchit avant d'être renvoyée vers le ninja et ses amis.

– Baissez-vous ! cria Fye.

Tous se couchèrent au sol : l'attaque passa au-dessus de leurs têtes et alla exploser contre un mur dans un vacarme épouvantable. Le dédale de la pyramide trembla, de la poussière de mortier tomba du plafond, mais les murs tinrent bon. Heureusement que de la magie les renforçait, songea Fye. Si cela n'avait pas été le cas, la pyramide aurait été capable de s'écrouler et ils auraient été enterrés vivants. Au même moment, la paroi qui fermait le troisième couloir se souleva : le rebond de l'attaque de Kurogane avait actionné le mécanisme.

– Shaolan, prend ce chemin et va chercher la plume de la princesse ! lui cria le ninja.

– Oui !

Le jeune homme bondit sur ses pieds et aida Sakura à se relever. Mokona s'agrippa à l'épaule de la jeune fille et ils s'engagèrent en courant dans le couloir.

– Ne croyez pas vous échapper si vite ! dit Atsuya-Seth.

Le pharaon emmagasina une attaque flamboyante entre ses paumes, puis, il écarta les mains, et la sphère grossit, grossit, jusqu'à atteindre plus d'un mètre de diamètre. Avec un sourire carnassier, il la projeta en direction de Kurogane, de Fye et de Sawa-Isis. Le ninja leva sa lame et retint l'attaque de toutes ses forces, tandis que Fye se plaçait devant Sawa-Isis pour la protéger. La puissance du pharaon était titanesque et les bras de Kurogane crièrent sous l'effort : il avait l'impression qu'il luttait contre un poids de plusieurs tonnes. Bientôt, il n'y tint plus : emporté par l'attaque, il alla se fracasser contre un mur. Le souffle brûlant balaya tout le couloir en rugissant. Sawa-Isis et Fye se baissèrent, un bras levé pour protéger leur visage de la chaleur et des éclats.

Ces quelques secondes leur furent fatales. Lorsqu'ils se redressèrent, Atsuya-Seth avait disparu pour se lancer à la poursuite de Shaolan et de Sakura. L'architecte du pharaon, oublié et terrifié, se terrait dans un coin ; quant à Ânkhou et au soldat restant, ils leur barraient toujours la route. Merde, songea Kurogane. Il allait d'abord devoir se débarrasser du prêtre avant de pouvoir rattraper le pharaon, et pendant ce temps, le gamin serait seul pour défendre la princesse. Il jeta un œil par-dessus son épaule : Fye n'avait aucune arme. Comme d'habitude, il allait se contenter d'esquiver, mais ce n'était pas comme ça qu'ils viendraient à bout de leur adversaire. Le mage croisa son regard et Kurogane lut dans ses yeux qu'il avait parfaitement conscience de la gravité de la situation. Les deux hommes se relevèrent, le regard déterminé. Ânkhou les toisa avec un sourire narquois, puis s'adressa à Fye :

– Mon maître a raison, je ne pensais pas te revoir avec les blessures que mon serpent t'avait infligées.

– Navré de vous décevoir, fit le mage avec un sourire qui ne transmettait aucune chaleur.

– Je vais remédier à cela.

Ânkhou écarta les mains et un fluide rouge s'y matérialisa. Kurogane brandit Souhi et d'un mouvement de bras envoya aussitôt une riposte. Les deux attaques s'entrechoquèrent dans une explosion assourdissante et se neutralisèrent mutuellement. Kurogane sentait son cœur battre à un rythme beaucoup trop effréné : deux attaques spéciales en moins de trois minutes, ce n'était pas bon. Il ne fallait pas qu'il s'épuise contre le larbin du roi, ou il ne pourrait pas aider les petits. Alors qu'il se remettait en position, Ânkhou tourna ses deux paumes vers le plafond : des colonnes de fumées en jaillirent en sifflant, puis s'enroulèrent sur elles-mêmes et donnèrent naissance à deux cobras géants … à deux têtes. Les mêmes saletés que celles qu'il avait utilisées contre le gamin et le mage. Sauf que cette fois, ils semblaient bien en chair et en os. Kurogane sourit : il y allait avoir du sport.