Bonjour à tous ! Voilà la suite ! Aujourd'hui, on continue sur la lancée du dernier chapitre, c'est-à-dire de la bagarre, une pyramide labyrinthique et ... un élément de surprise. J'espère que ça vous plaira !
Bonne lecture :)
Chapitre 14
Shaolan et Sakura couraient à toute vitesse dans les couloirs de la pyramide, leurs sandales claquant sur le pavé avec un bruit sec à chacune de leurs enjambées. À peine avaient-ils parcouru cinquante mètres que le rugissement terrifiant d'une explosion leur déchira les tympans. Un souffle brûlant balaya le couloir et de la fumée envahit l'atmosphère, les obligeant à s'immobiliser pendant quelques secondes. Ils toussèrent, chassèrent les nuages de poussière tout autour d'eux et relevèrent la tête. À cet instant, ils entendirent un pas précipité s'élancer dans leur direction. Shaolan plissa les yeux et à travers la fumée, il reconnut sans mal celui qui se lançait à leur poursuite : Atsuya-Seth ! Shaolan saisit la main de Sakura et reprit sa course. Le pharaon avait la stature et l'endurance d'un adulte ; s'ils ne forçaient pas l'allure, ils se feraient vite rattraper.
– Princesse, il faut courir plus vite !
À la première bifurcation, Shaolan repéra le hiéroglyphe d'Osiris, peint sur une paroi : il appuya sur les trois symboles et un mur s'abattit derrière eux. Cependant la clé demeurait à la portée du pharaon ; l'adolescent savait que cette diversion ne leur offrirait que quelques minutes de répit. Ils continuèrent et arrivèrent hors d'haleine à une nouvelle intersection : quatre couloirs se présentaient à eux, disposés en étoile.
– Moko-chan, par où faut-il aller ? demanda Sakura.
– À droite !
– À droite ? répéta Shaolan. Mais le couloir remonte, à droite ! Est-ce qu'il ne faut pas descendre pour trouver la tombe d'Ushio-Osiris ?
– Si, mais Mokona est sûr qu'on peut y arriver par ce couloir ! Les ondes de la plume sont de plus en plus fortes, nous ne sommes plus très loin.
À cet instant, la paroi que Shaolan avait abaissée se releva et Atsuya-Seth arriva droit sur eux : ses yeux noirs luisaient comme ceux d'un chasseur ayant débusqué sa proie. Shaolan se plaça devant Sakura, le regard déterminé.
– Alors, Ushio, tu voulais m'échapper ? lança le pharaon avec un regard mauvais à Shaolan.
– Je vous ai déjà dit que je ne suis pas la réincarnation de votre frère !
– Peu importe. Dans quelques instants je trouverai cette plume ; je pourrai alors te tuer et supprimer définitivement toute trace de mon maudit frère. Je serai le seul et l'unique pharaon d'Atoum, tu entends ?
Shaolan serra les dents et lança à Sakura :
– Princesse, partez devant. Allez chercher votre plume avec Mokona !
– Mais, Shaolan-kun, les pouvoirs d'Atsuya-Seth sont trop grands, vous ne pourrez pas …
– Je sais. Mais je lutterai quand même.
La princesse dévisagea intensément le jeune homme, le cœur battant. Une volonté inébranlable brûlait dans son regard. Elle acquiesça fermement.
– J'y vais.
Elle tourna les talons et prit le couloir de droite en courant. Shaolan s'approcha d'Atsuya-Seth, se campa sur ses pieds, bien au milieu du couloir afin de lui barrer le passage, et dégaina son sabre. Le pharaon dévoila un sourire carnassier.
– Tu sais que tu ne fais pas le poids contre moi.
Il tendit le bras et dans le creux de sa main crépitèrent des étincelles. Shaolan déglutit : de l'électricité. Il avait en effet lu que le dieu Seth contrôlait la foudre. Les rayons fusèrent vers lui à toute vitesse. Il se baissa et fit une roulade pour attaquer Atsuya-Seth au niveau des jambes, mais le pharaon était rapide : d'un bond, il se mit hors de sa portée. Il dégaina alors sa propre épée et l'abattit en direction de la tête de Shaolan. Le jeune homme leva le bras juste à temps pour parer le coup. Les lames s'entrechoquèrent en crissant. L'adolescent lutta de toutes ses forces, mais il était allongé sur le dos et Atsuya-Seth appuyait de tout son poids sur son arme. Shaolan plia la jambe et envoya un violent coup de genou dans le ventre du pharaon. L'homme toussa, mais ne lâcha pas prise. Shaolan serra les dents : s'il ne se dégageait pas rapidement, Atsuya-Seth allait lui fendre le crâne. Il roula sur la droite et la lame de son ennemi s'abattit au sol avec un bruit mat. Il se releva prestement et recula à plusieurs mètres de distance, le souffle court. Il devait rester concentré, gagner du temps pour permettre à Sakura de trouver la plume. Atsuya-Seth avait déjà fait apparaître entre ses paumes une nouvelle boule d'électricité qu'il projeta vers lui. Shaolan sauta de toute la force que ses jambes le lui permettaient pour éviter l'attaque. Alors qu'il passait au-dessus des rayons grésillants, il raffermit son emprise sur son sabre, se réceptionna au sol et courut vers le pharaon, visant ses mollets. Atsuya-Seth ne lui laissa guère le loisir de l'atteindre, et avant que son sabre ne puisse le toucher, le pharaon avait matérialisé un bouclier devant lui. La lame de Shaolan s'y heurta, et subissant le rebond de la force qu'il avait placée dans son arme, il partit en arrière. Il se redressa péniblement en serrant les dents : il ne pouvait pas lutter contre la magie du pharaon avec sa seule force physique.
– Bien, le jeu a assez duré, dit Atsuya-Seth avec un rictus.
Il leva les mains vers le ciel et cria :
– Ô Seth ! Ô toi dont je porte le nom, ô toi qui me protège, rejoins-moi et prête-moi ta puissance !
Les yeux de Shaolan s'écarquillèrent : le pharaon pouvait-il invoquer son dieu protecteur de la sorte ? Qu'allait-il se passer exactement ? Comme en réponse à sa question, un souffle aussi chaud que le vent du désert balaya le couloir. L'adolescent sentit ses poils se hérisser sur ses bras quand un hurlement lui écorcha les oreilles. Un vent chargé de poussière vint envelopper le corps du pharaon, et pendant quelques secondes, Shaolan ne distingua plus son adversaire. Quand le tourbillon ardent retomba enfin, une étrange apparition s'était matérialisée à côté d'Atsuya. Son corps était humain, mais sa tête et sa trompe rappelaient un tapir, tandis que ses oreilles tenaient davantage du chien. Shaolan se rendit compte qu'il pouvait voir à travers cette étrange créature, comme s'il s'agissait d'un fantôme.
Bouche bée, l'adolescent ne pouvait détacher son regard de l'apparition. Les fresques qu'il avait admirées au palais lui revinrent alors brusquement en mémoire. Il avait déjà vu ce corps humain à la tête de tapir et aux oreilles de chien : ce corps évanescent n'était pas une création magique, c'était le dieu Seth en personne. Il avait répondu à l'appel du pharaon, et lorsqu'il prit conscience de cette vérité, Shaolan sentit des sueurs froides lui couler dans le dos.
Le dieu Seth n'avait pas de corps physique, il n'était qu'un spectre divin, mais il se plaça derrière Atsuya et posa deux mains sur ses épaules. À cet instant, il sembla se dissoudre pour pénétrer dans le corps du pharaon. Atsuya ferma les yeux, et lorsqu'il les rouvrit, ils avaient pris la couleur dorée et reptilienne de Seth. Shaolan frémit : si le dieu fusionnait avec le pharaon, alors Atsuya devait désormais détenir une puissance redoutable. Le pharaon tendit la main avec un sourire mauvais et des bourrasques de sables jaillirent de sa paume en sifflant. Les tourbillons fusèrent à toute vitesse vers l'adolescent et lui giflèrent le visage. Aveuglé, Shaolan se sentit propulsé avec violence contre un mur. Son dos heurta durement la pierre, une douleur lancinante remonta de son mollet droit jusqu'à sa hanche. Sonné, il retomba dans les gravats. Les bris de pierre saillants blessaient ses membres, la poussière lui piquait les yeux, la tête lui tournait si fort qu'il craignait de s'évanouir. Si le dieu Seth accordait ses pouvoirs au pharaon, il n'avait aucune chance. Atsuya était déjà puissant lorsqu'il agissait seul, alors s'il recevait l'aide d'une divinité, il ne pourrait jamais le vaincre. L'adolescent sentir le désespoir l'envahir, tandis que tout son corps tremblait, que sa prise se relâchait sur la garde de son sabre. Pourtant, une image jaillit soudain des tréfonds de sa conscience : le visage de Sakura, associé à un mot, un unique mot, qui résonna dans son esprit avec une détermination qui surpassait même la douleur physique.
Non. Il n'avait pas le droit d'abandonner. Il était le dernier rempart qui protégeait la princesse : il devait tenir, même si c'était la dernière chose qu'il ferait. Malgré sa jambe gauche chancelante, il poussa sur ses mains et se redressa contre le mur. Face à lui, Atsuya esquissa un sourire sardonique :
– Eh bien, tu n'en as pas encore eu assez ? Pour t'obstiner de cette manière, tu es soit complètement idiot … soit complètement fou !
Le pharaon tendit à nouveau la main devant lui et des étincelles en jaillirent.
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Au milieu d'une salle obscure aux parois recouvertes d'idéogrammes phosphorescents, dans un grand cylindre de verre rempli d'eau, le front d'un jeune homme se plissa. Ses traits étaient les mêmes que ceux du Shaolan qui se trouvait actuellement au pays d'Atoum, tout comme ils portaient le même nom, mais ils se trouvaient dans deux dimensions différentes. Les yeux clos du Shaolan prisonnier se froncèrent : grâce au fragment de cœur qu'il avait donné à son double, il assistait en cet instant au duel qu'il menait contre Atsuya-Seth, et dans son esprit, mille sentiments contradictoires s'entrechoquaient. Le Shaolan qui se battait en ce moment n'était qu'un être artificiel, une pâle copie de lui-même, un pion dont se servait Fei Wang Reed pour mener à bien ses projets. Le véritable Shaolan savait qu'il aurait dû le haïr, qu'il aurait dû préférer qu'il perde son combat contre le pharaon. Si son double mourait, alors il récupèrerait le morceau d'âme qu'il lui avait offert et il pourrait peut-être de se libérer de l'emprise de Fei Wang.
Pourtant, il ne parvenait pas à souhaiter la disparition de son clone et cela le perturbait profondément. Se pouvait-il qu'il éprouve … de la compassion à son égard ? De la compassion pour cet être qui n'aurait jamais dû exister ? Comment cela pouvait-il être possible ? Était-ce à force de suivre son voyage, de voir sa personnalité se développer, les liens qu'il tissait avec ses amis se renforcer, la manière dont il réussissait à se tirer de situations périlleuses ? Était-ce parce qu'il ressentait les émotions de son clone avec la même intensité que si c'était lui qui les éprouvait ? Ou bien, ne désirait-il qu'il survive que parce qu'il protégeait Sakura ? Ne souhaitait-il qu'il gagne que parce qu'il lui était utile, parce qu'il pouvait le remplacer auprès de la princesse tant qu'il était prisonnier ?
Non, s'il pensait de cette façon, il ne valait pas mieux que Fei Wang. Et il savait, au fond de lui-même, que ce n'était pas la raison pour laquelle il voulait que l'autre Shaolan s'en sorte. S'il refusait de voir son double mourir, c'est parce qu'il avait choisi d'accepter son existence, dès le début, et de parier sur sa volonté. C'était dans ce but qu'il lui avait transmis un morceau de son cœur, un morceau de son âme, qu'il avait logé dans son œil droit avant que Fei Wang ne l'emprisonne. Si son clone parvenait à se forger une identité propre, il pourrait refuser d'obéir à Fei Wang. Il pourrait cesser d'être sa marionnette et alors, il pourrait devenir son allié, à lui, le Shaolan originel. Un allié pour défaire les plans de celui qui voulait s'en prendre à Sakura, de celui qui utilisait les êtres humains comme des jouets. Si le véritable Shaolan refusait de voir s'éteindre son double, c'était parce qu'il croyait en lui. Pas en tant qu'être factice, mais en tant que personne indépendante et libre.
À cet instant, le Shaolan qui se trouvait au pays d'Atoum reçut de plein fouet une attaque d'Atsuya qui l'envoya s'écraser avec violence contre un mur. Le véritable Shaolan sentit son cœur s'accélérer. Que pouvait-il faire, comment pouvait-il l'aider ? Enfermé dans cette goutte d'eau de verre géante, il n'avait aucune liberté de mouvement, ne pouvait prendre aucune initiative.
Au même moment, il devina une présence tout près de son clone, dans le labyrinthe de la pyramide. Une présence puissante, dotée de magie, et pourtant presque invisible. Son double ne semblait pas s'être aperçu de cette apparition, concentré sur son adversaire. Mais le vrai Shaolan percevait cette étrange force, tout près de lui. Il avait l'impression que le spectre voulait communiquer avec son clone. Pourquoi ? Shaolan ne sentait pas d'intention hostile émaner de ce curieux fantôme. Non, il semblait vouloir aider son double. Mais quelque chose l'en empêchait, quelque chose le freinait ; l'apparition ne réussissait pas à entrer en contact avec lui. Shaolan comprit qu'elle avait besoin d'une porte d'entrée pour accéder à la conscience de son clone. Et soudain, il sut comment l'aider : il lui suffisait d'ouvrir cette porte dont l'étrange présence avait besoin. Car même s'il était prisonnier de Fei Wang, il restait relié à l'autre Shaolan par son œil droit. Dans cet œil résidait une magie extrêmement puissante, celle de Clow. Shaolan avait scellé ce morceau d'âme et les pouvoirs qu'il contenait dans l'œil de son clone, mais s'il parvenait, pendant quelques secondes, à ouvrir le sceau, l'apparition pourrait accéder à la conscience de son double et lui venir en aide. Shaolan fronça les sourcils : allait-il y parvenir, enfermé comme il l'était, et depuis une autre dimension ? Il devait essayer. Il rassembla toutes les forces qu'il était capable de mobiliser dans son état et les concentra dans son œil droit, celui qui le reliait à son clone. Il devait ouvrir brièvement le sceau, puis le refermer, sans quoi son double perdrait le morceau d'âme qu'il lui avait octroyé … Shaolan devina que même s'il était connecté à l'autre, l'éloignement des deux dimensions dans lesquelles ils se trouvaient et les sortilèges dont Fei Wang l'avait entouré rendaient la transmission difficile. Néanmoins, il ne renonça pas, y mit toute sa volonté, toute l'énergie qui n'était pas paralysée par la magie de son ennemi, et bientôt il atteignit le cœur de son clone. Il ressentit dans son propre corps la puissance de la magie de Clow et réussit à créer une petite faille dans le sceau, très fine, mais suffisante à l'apparition. Le spectre sourit. Il fixa son clone droit dans les yeux, et pendant un bref instant, le véritable Shaolan eut l'impression que c'était lui qu'il regardait. Puis, l'apparition tendit le bras devant lui : de petits rayons diaphanes, presque imperceptibles à l'œil nu, jaillirent de sa main pour pénétrer dans l'œil de son clone. Le Shaolan originel sourit et referma aussitôt le sceau.
Il avait réussi.
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Shaolan esquiva l'attaque d'Atsuya-Seth qui alla frapper un mur de plein fouet, détruisant une partie des inscriptions qui y étaient peintes. Un nuage de mortier envahit l'atmosphère et Shaolan se remit en position, se préparant mentalement à pouvoir être attaqué de n'importe quel côté.
À cet instant, une vive douleur traversa son œil droit. Il gémit et plaqua une main dessus : la sensation état exactement la même que le soir où il avait rencontré Atsuya-Seth pour la première fois. Il avait l'impression que la douleur, diffuse et lancinante, envahissait sa tête, mais bientôt, elle s'atténua et disparut. Il décolla alors la paume de son œil et demeura stupéfait, abasourdi.
Il voyait. À travers cet œil dont il était aveugle depuis toujours, il voyait. Le plus extraordinaire n'était toutefois pas cette faculté soudaine, mais plutôt le caractère extrêmement précis de sa vision. Ce qu'il distinguait n'avait rien de commun avec ce qu'un homme peut normalement voir. Grâce à cette rétine, il percevait les mouvements d'Atsuya et du dieu Seth de manière décomposée, pouvant discerner leurs actions au ralenti. Comment était-ce possible ? Il releva la tête et distingua alors un spectre, tout près de lui : il avait une apparence humaine, à l'exception de sa tête, qui était celle d'un faucon. Un autre dieu ? Sans qu'il ne puisse expliquer d'où lui venait cette certitude, Shaolan sut que la vision aiguisée de son œil droit lui avait été transmise par cette apparition.
– Qui êtes-vous ?
Le spectre se tourna vers lui et lui sourit.
– Mon nom est Horus. Je suis le fils du dieu Osiris. Je suis venu pour t'aider, Shaolan.
Le jeune homme écarquilla les yeux. Un dieu venu pour l'aider ? Qu'est-ce que c'était que cette histoire ? À cet instant, l'enveloppe de Seth se détacha du corps d'Atsuya et observa Horus. Les deux dieux se toisèrent, aucun ne cachant l'aversion que lui inspirait l'autre. Finalement, Seth eut un rictus et cracha :
– Horus … que fais-tu ici ? Je croyais que le dieu qui donnerait sa force à cet enfant serait Osiris. Ce gamin n'est-il pas la réincarnation d'Ushio, le pharaon blond ?
– Tu te trompes, Seth, répondit tranquillement Horus. Les prêtres d'Atoum ont prophétisé qu'un jour se présenterait devant le pharaon Atsuya un homme aveugle de l'œil droit qui détiendrait la force d'un dieu. Mais ce n'était pas Osiris qui était destiné à lui donner cette puissance ; c'est moi, Horus, qui devais le faire. Sais-tu pourquoi, Seth ? Il y a fort longtemps, tu as tué Osiris, qui était ton frère, car tu étais jaloux de sa position parmi les dieux. À son tour, le pharaon Atsuya, auquel tu confères ta magie, a tué son demi-frère Ushio pour lui voler son trône. L'histoire des hommes reproduit celle des divinités, on dirait. Mais tu ne dois pas oublier, Seth, je t'ai vaincu par le passé et chassé dans le désert pour te punir du sort que tu avais réservé à mon père. Je ne serais pas surpris si tu t'étais servi d'Atsuya, qui te vénère, pour tuer Ushio et ainsi te dresser une nouvelle fois contre Osiris. Tu t'es servi d'Atsuya pour étendre de nouveau ta malfaisance sur le pays d'Atoum, mais je ne te laisserai pas faire. Tu me trouveras toujours sur ton chemin, et si tu aides un humain à semer le chaos, j'en aiderai un autre à rétablir la paix.
Seth dévisagea Horus avec rage. De son côté, Atsuya sentait l'inquiétude le gagner : il savait qu'Horus était l'ennemi de Seth, son dieu protecteur. S'il conférait sa puissance à Shaolan, il n'était pas sûr de pouvoir empêcher le gamin de prendre la plume, et ce même si Seth était de son côté. Horus acheva gravement :
– Tu ne pourras rien faire contre nous.
– C'est ce que nous allons voir !
Seth se fondit de nouveau dans le corps du pharaon et Atsuya s'élança, une boule d'électricité dans chaque main. Shaolan se redressa et grâce à sa vision ultra-développée, il esquiva sans difficulté leur attaque. Puis, il brandit son sabre et fusa vers son adversaire. Désarçonné par sa rapidité, Atsuya recula juste à temps pour ne pas être blessé. Il fronça les sourcils : en transférant sa vision à ce gamin, Horus l'avait doté d'une capacité de réaction bien supérieure à celle d'un être humain. Shaolan l'attaqua de nouveau de front. Atsuya se déroba et tenta de le frapper de sa propre épée, mais une fois encore, l'adolescent sut prévoir son mouvement et lui échappa.
Shaolan bondit en arrière, le souffle court et l'œil fixé sur Atsuya-Seth. Il entendit alors la voix d'Horus résonner dans sa tête : « Shaolan, appuie sur les caractères qui forment mon nom, sur le mur à ta droite. » L'adolescent jeta en œil en direction de la paroi. À cet instant, Atsuya-Seth leva son épée et la foudre l'entoura. Shaolan se baissa pour éviter les rayons et roula jusqu'au mur couvert de hiéroglyphes. Il se redressa et appuya sur le symbole d'Horus : un faucon couronné d'un disque solaire. Aussitôt, une double paroi s'abaissa devant lui et le sépara d'Atsuya et de Seth.
Le souffle court, le jeune homme reprit sa respiration, puis tourna la tête vers Horus.
– Pourquoi m'aidez-vous ?
– Parce que tu es venu reprendre ce qui a causé tant de troubles dans ce pays : la plume de mémoire. Grâce à toi, la paix pourra revenir sur le pays d'Atoum et les méfaits d'Atsuya seront enfin dévoilés au grand jour. Si Seth a voulu se servir de lui, il sera puni, tout comme il l'a été après avoir tué son frère, Osiris. Tu es celui que la prophétie annonçait, même si les prêtres ne pouvaient pas prévoir que tu viendrais d'un autre monde.
– Pourquoi moi, et pas l'un de mes compagnons ?
– Parce que ton œil droit recèle une grande magie.
– Mon œil droit ? Mais … je ne vois rien du tout avec lui d'habitude !
Le dieu Horus le fixa avec une bienveillance teintée de tristesse.
– Je sais, mais l'accès m'a été accordé.
– L'accès ? Par qui ? Que voulez-vous dire ?
– Un jour, tu comprendras. Moi aussi, vois-tu, j'ai perdu mon œil droit il y a longtemps.
– Vous avez perdu votre œil ? Vous, un dieu ?
– Oui, c'est Seth qui me l'a arraché lorsque je me suis battu contre lui. Par la suite, un autre dieu a réussi à me le reconstituer en lui insufflant une grande magie. Depuis, cet œil renferme une puissance incroyable, comme le tien. C'est cette similitude qui nous permet de rentrer en contact et grâce auquel j'ai pu te donner une partie de mes pouvoirs.
– C'est incroyable …
– La princesse t'attend. Hâte-toi avant qu'Atsuya et son dieu protecteur ne détruisent ces deux murs.
– Oui !
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Fei Wang Reed avait serré les accoudoirs de son trône à s'en faire blanchir les jointures. Dans l'immense miroir qui lui permettait de suivre le voyage de ses pions, il avait assisté au combat du clone de Shaolan contre le pharaon. Quand le dieu Seth avait prêté sa puissance à Atsuya, Fei Wang avait commencé à triturer machinalement sa barbe, signe que son angoisse était à son comble. Le clone était résistant, mais contre un tel déploiement de magie, il ne tiendrait pas éternellement. Où était donc ce damné mage, qu'il avait envoyé en voyage exprès pour parer à ce type d'urgence ? Jamais là quand il le fallait, celui-là !
Puis, soudain, quelque chose changea. Shaolan ferma les yeux, et quand il les rouvrit, il semblait voir à travers cet œil droit qui était normalement aveugle. Fei Wang distingua alors une étrange apparition auprès de Shaolan, un spectre qui avait transmis un peu de son pouvoir au gamin. À ce moment-là, Fei Wang comprit. Comme un éclair, la vérité lui apparut, et pendant quelques secondes, il demeura abasourdi. Puis, lentement, il se leva de son siège et passa dans la salle adjacente, celle où il retenait prisonnier le véritable Shaolan. Il s'approcha de l'immense cylindre en verre dans lequel le corps de l'adolescent flottait et le fixa longuement. Il savait que même s'il était incapable de bouger, Shaolan l'entendait. Il lui lança, avec un sourire narquois :
– Alors comme ça, tu l'as aidé ? Je n'aurais jamais cru que tu ferais une telle chose. Ces sept longues années de captivité auraient-elles donc altéré ton jugement au point de te pousser à aider un ennemi ? Ou bien … te serais-tu attaché à cette chose qui te ressemble ? Ce serait là le comble du ridicule … Ou alors, tu penses pouvoir la contrôler mieux que moi ? Si c'est le cas, tu te berces d'illusions : ce Shaolan est ma marionnette, tu ne pourras jamais le soustraire à mon influence.
À l'intérieur du cylindre de verre, flottant dans ce liquide duquel il ne sortait jamais, le véritable Shaolan ne pouvait pas ouvrir les yeux. Mais il n'en avait pas besoin pour se représenter les traits de Fei Wang. Il imaginait parfaitement ses petits yeux gris, cernés et cruels, enfoncés dans leurs orbites, qui le fixaient, ses longs sourcils qui s'arquaient méchamment, les lignes dures de son visage, sa bouche en ce moment étirée par un sourire supérieur, son menton fendu par une ride qui accentuait sa laideur. Non, il n'avait pas besoin de le voir pour se figurer son expression, et intérieurement, le véritable Shaolan sourit : il ne cherchait pas à soustraire son clone au pouvoir de Fei Wang ; il voulait seulement lui donner la possibilité d'échapper lui-même à son créateur. Il ne considérait pas son double comme une « chose », ainsi qu'en parlait Fei Wang, mais comme un être à part entière. C'était là toute la différence.
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Les deux têtes de serpent sifflaient et ondulaient, menaçantes. Soudain, l'une d'elle piqua vers Kurogane. Le ninja se baissa, évita les crocs de la bête, puis leva son sabre et sauta. Le serpent gémit, un liquide bleuâtre gicla et sa tête tomba au sol. Kurogane sourit : ce monstre ne faisait pas le poids contre lui. À présent qu'il l'avait délesté d'une de ses têtes, il ne lui restait plus qu'à couper l'autre. Cependant, à sa grande surprise, le cou sanglant de la bête qui s'était affaissé au sol se remit à bouger, d'une manière saccadée, frétillante, comme si le serpent était parcouru de spasmes. Un ultime sursaut de vie ? Non, c'était pire que ça. Sous les yeux stupéfaits du ninja, une tête repoussa soudain sur le corps décapité, s'étirant en deux narines dilatées, en une bouche pourvue d'une langue bifide et en deux yeux jaunes, fendus par une pupille noire et menaçante. Le ninja s'écarta aussitôt. Maudite bestiole ! La magie d'Ânkhou lui permettait visiblement de se régénérer ; à ce rythme-là, ça n'en finirait jamais. Il devait trouver un moyen de se débarrasser du prêtre et de ses reptiles au plus vite, car le gamin avait besoin d'aide. Il se retourna vers Fye : le mage esquivait avec agilité les morsures du second cobra, toutefois, sans arme, il était incapable de riposter.
– Il faut qu'on sorte de là !
– Non, tu crois ? fit Fye avec un sourire ironique.
– Cette bestiole magique est invincible !
– Alors, il faut attaquer le magicien !
Au même moment, l'un des serpents replia la queue et l'abattit en direction de Kurogane. Le ninja la trancha aussitôt, mais dans l'action, il ne vit pas la tête qui fusait vers lui de l'autre côté, prêt à le déchiqueter vivant. Quand il fit volte-face, il savait déjà qu'il avait une demi-seconde de retard et que les crocs allaient se refermer sur lui.
À cet instant, il vit se dresser devant lui un bouclier transparent et crépitant d'une magie dorée, un champ de force comme Atsuya-Seth en avait créé. Kurogane écarquilla les yeux : à travers le bouclier, il vit Sawa-Isis, bras tendus et mains croisées l'une sur l'autre ; de ses paumes jaillissaient des étincelles qui alimentaient le bouclier. Elle lui sourit, d'un sourire crispé par l'effort. À quelques mètres, Fye fixait lui aussi le bouclier, bouche bée. Le champ de force disparut brusquement et Kurogane chargea à nouveau : les deux têtes du cobra tombèrent. Fye sauta souplement près de Sawa-Isis et Kurogane.
– Altesse, vous pouvez nous protéger avec votre magie, Kuro-chan et moi ?
– Oui, mais seulement pendant quelques secondes. Vingt, tout au plus.
Fye et Kurogane échangèrent un regard : c'était largement suffisant. Ils tenaient le moyen d'atteindre Ânkhou. Le prêtre parut le deviner, car il lança aussitôt ses cobras vers eux. Sawa-Isis recula, Fye et Kurogane s'écartèrent d'un bond.
– Occupes-toi de la bébête de gauche, j'arrive tout de suite ! lança Fye à Kurogane.
– Qu'est-ce que tu vas faire ?
– Je vais prendre une arme … et me mettre en position. Quand tu es prêt, fais-moi signe.
Le regard du ninja coula vers Ânkhou : derrière lui se tenait le dernier soldat d'Atsuya-Seth que Shaolan n'avait pas assommé. Il tenait une lance serrée dans son poing et un sabre pendait à sa ceinture. Fye n'avait pas besoin de lui en dire plus : il voyait parfaitement le tableau. Il hocha la tête.
– Ok, grouille-toi.
Le mage sourit et se tourna vers Sawa-Isis.
– Altesse, pourriez-vous me couvrir s'il vous plaît ? Ensuite, Kuropi vous indiquera dès que nous aurons à nouveau besoin de votre aide.
La dame égyptienne acquiesça et Fye s'élança. Au moment où le serpent de droite fondait vers lui, toutes dents dehors, le bouclier de Sawa-Isis apparut au-dessus de lui. Le reptile, qui était décidément plus malin qu'il n'y paraissait, tenta de contourner le sortilège en passant sa queue en dessous. Fye, protégé par le bouclier au-dessus de sa tête, n'osa pas sauter de peur de rompre l'enchantement ; il se laissa donc tomber sur les fesses et la queue du cobra passa à un cheveu de sa tête sans l'atteindre. Emporté dans son élan, le mage glissa jusqu'au dernier soldat d'Atsuya-Seth, se remit sur ses pieds, leva la jambe et envoya un violent coup de pied dans la tête du garde. L'homme s'écroula, et Fye rattrapa sa lance avant qu'elle ne tombe au sol. Il fit volte-face vers l'une des têtes de cobras et d'un geste rapide, d'une précision redoutable, il enfonça la pointe de son arme dans son cou, au niveau de la jugulaire. Le liquide bleuâtre qui coulait dans les veines du reptile gicla et le serpent émit un sifflement aigu de douleur. Fye atterrit souplement au sol et recula, la main droite serrée sur la lance tandis qu'il se baissait pour attraper de la main gauche le sabre du soldat qu'il venait d'assommer.
De son côté, Kurogane esquivait et coupait à tour de bras l'une ou l'autre tête de la bête de gauche, qui repoussaient immédiatement. Il jeta un œil en direction de Fye : il avait récupéré des armes et venait d'affaiblir le monstre sans pour autant l'achever. Parfait, c'était le moment d'agir. Il se tourna vers Sawa-Isis et cria :
– Maintenant !
La princesse égyptienne tendit les deux mains et ferma les yeux. Un bouclier protecteur apparut aussitôt devant le ninja et le magicien. Les deux hommes, chacun d'un côté du couloir, échangèrent un regard et hochèrent la tête : ils avaient pris Ânkhou en tenaille. Cette fois, il ne leur échapperait pas. Fye sauta, rebondit sur le corps mou du serpent déjà affaibli, dont il se servit comme d'un tremplin, et embrocha les deux têtes à l'aide de sa lance. Le serpent cria et s'effondra. Le mage réatterrit au sol, saisit le sabre qu'il avait attaché à sa ceinture et fonça vers le deuxième cobra bicéphale qu'il décapita d'un geste net.
Aussitôt, et avant que les serpents n'aient le temps de se reconstituer, Kurogane fonça vers le prêtre. Protégé par le champ magique de Sawa-Isis, Ânkhou ne put pas l'atteindre. Le ninja brandit Souhi devant lui et enfonça sa lame dans sa poitrine, au niveau du sternum. Le prêtre cria, le souffle coupé, et du sang rempli sa bouche. Il demeura ainsi figé, jusqu'à ce que Kurogane retire son sabre de son corps. Alors le prêtre vacilla, avant de s'effondrer, le regard vide.
Aussitôt, les serpents magiques s'évanouirent : là où ils s'étaient dressés, quelques secondes auparavant, ne resta plus qu'une mare de sang à la couleur de plomb. Fye, qui était retombé souplement au sol, se redressa et rattacha le sabre à sa ceinture, puis ramassa la lance, pendant que Kurogane rengainait Souhi, un sourire de loup sur son visage : une bonne chose de faite. La seule pensée d'avoir éliminé ce créateur de serpents remplissait le ninja d'une sombre satisfaction. Il se tourna vers Sawa-Isis :
– Merci de votre aide.
– Je … je vous en prie, répondit-elle en évitant de s'attarder sur le cadavre ensanglanté d'Ânkhou.
Fye les rejoignit et, sans un regard pour le corps du prêtre, déclara :
– Maintenant, allons aider Shaolan !
Kurogane et Sawa-Isis acquiescèrent et tous trois s'élancèrent dans les couloirs de la pyramide.
