Bonsoir ! Voici la suite ! Étant donné que la dernière fois j'ai mis Shaolan, Fye et Kurogane à l'honneur, aujourd'hui, on commence avec Sakura et Mokona, comme ça, pas de jaloux :) Au programme, encore de l'action, il faut trouver la plume !

Bonne lecture.


Chapitre 15

– Sakura, à droite !

La princesse obéit à l'injonction de Mokona et bifurqua aussitôt.

– On est encore loin, Moko-chan ?

– Non, tout près ! Maintenant à gauche !

La jeune fille s'exécuta. Elle s'efforçait de courir le plus vite possible et de ne se concentrer que sur la mission qu'elle devait accomplir : retrouver sa plume. Si elle s'écartait mentalement de cet objectif, ne serait-ce qu'une seconde, elle savait qu'elle penserait à Shaolan et que la panique l'envahirait à l'idée qu'il se batte seul contre Atsuya-Seth. Le pharaon maîtrisait une magie terrifiante, contre laquelle le jeune homme ne pourrait pas résister éternellement. Pendant qu'elle parcourait ce dédale à vive allure, peut-être avait-il déjà subi plusieurs revers, peut-être était-il blessé … Non, elle ne devait pas penser à cette éventualité. Sur l'ordre de Mokona, elle tourna encore à droite. À cet instant, elle se figea : au bout du couloir se découpait une clarté orangée, une porte de lumière à la fin de l'obscurité. Une douce chaleur en émanait, bien différente de l'humidité glaciale de la pyramide. La chambre funéraire du pharaon ! Enfin, ils l'avaient trouvée !

– Bien joué, Moko-chan !

Sakura traversa le couloir à la hâte et pénétra dans la chambre. Lorsqu'elle fut à l'intérieur, elle s'immobilisa et écarquilla les yeux, bouche bée.

De l'or. Partout, de luxueux objets sur lesquels les torches accrochées aux murs faisaient glisser une lueur fugace. Jamais Sakura n'avait vu, au cours de son existence, une telle concentration de richesses. Des sièges sculptés aux pieds en pattes de lion côtoyaient des chars de course dorés jusqu'aux roues, des paravents de toile peinte à la main, des coffres de bois incrustés de pierres précieuses et des statuettes en ivoire. Trois lits au sommier tressé dressaient des montants en têtes de fauve qui semblaient prêts à rugir. De la vaisselle miroitante, des vases en verre soufflé et des étoffes de soie faisaient ondoyer leurs reflets dans la semi-obscurité. À la somptuosité des présents dispersés sur le sol répondaient les centaines de hiéroglyphes qui ornaient les murs, ne s'interrompant pour que laisser se dérouler de grandes fresques historiées représentant les divinités d'Atoum. Dans des alcôves creusées à intervalles réguliers se dressaient des statues, telles des sentinelles muettes veillant sur la tombe. Leurs cheveux, peints en noir, retombaient sur leurs épaules et encadraient un visage où des yeux aussi brillants que l'obsidienne luisaient intensément. Sakura déglutit : la puissance de leur regard, souligné par un trait de khôl, pouvaient presque faire croire à des êtres vivants. Malgré le silence absolu qui régnait dans le sépulcre, les objets semblaient se mouvoir à chaque oscillation des torches, comme s'ils se réveillaient après des années de sommeil pour chuchoter entre eux.

– Cet endroit est incroyable, souffla Sakura.

– Mokona n'aurait jamais cru que les gens feraient autant de cadeaux à un pharaon qu'ils croyaient maudit …

– Justement, peut-être redoutaient-ils la colère des dieux s'ils se montraient avares. Il y a tellement d'objets, je me demande où se cache ma plume …

– Rappelle-toi ce que nous a dit dame Sawa-Isis : ce n'est pas dans cette chambre que le pharaon est vraiment enterré, il est dans une autre salle pour qu'Atsuya-Seth ne puisse pas le trouver. Ta plume est forcément là-bas !

– C'est vrai, et Sawa-Isis a dit que cette seconde chambre se trouve sous la première. Donc, elle est sous nos pieds !

– Oui, d'ailleurs c'est de là que viennent les ondes que sent Mokona. Il faut trouver un moyen de descendre.

Sakura repéra alors au fond de la salle une haute statue du dieu Osiris.

– Peut-être que c'est comme dans le temple de Seth ? émit la jeune fille. Peut-être y a-t-il un passage derrière cette statue qui mène à la deuxième chambre ?

– Allons voir !

Sakura traversa la chambre aux mille trésors et arriva au pied de la statue. Vêtu de blanc, le dieu portait une haute couronne en forme de quille et sa peau présentait une surprenante couleur vert d'eau. Était-ce parce qu'il s'agissait du dieu des morts ? Sakura remarqua qu'il tenait un fouet et un sceptre, croisés sur sa poitrine. Elle fronça les sourcils : de l'énergie émanait de l'un des deux sceptres, elle l'aurait juré. Elle approcha sa main de celui de droite, en forme de crochet, et tira lentement dessus.

À cet instant, les deux dalles qui étaient sous ses pieds s'inclinèrent vers le bas, telle une trappe qui s'ouvrirait vers l'intérieur. Sakura, paniquée, sentit qu'elle perdait pied, chercha une prise à laquelle se raccrocher, en vain. Elle glissa sur les pierres lisses et inclinées et se sentit partir en arrière, dans le vide, sans qu'elle ne puisse rien faire, quand soudain …

… une main la rattrapa in-extremis. Le cœur battant à tout rompre, elle releva la tête.

– Shaolan-kun !

– Princesse ! Ne vous inquiétez pas, je vous tiens !

Mokona, toujours accroché à l'épaule de Sakura, jeta un œil vers le gouffre qui s'était ouvert sous eux : il paraissait circulaire, à la manière d'un puits, et ne disposait d'aucun éclairage. Les ténèbres absolues qui s'en dégageaient donnaient l'impression que sa profondeur était sans fin.

Gloups, fit le manjuu. Ce trou noir fait très très peur … pourtant, Mokona sent que les ondes de la plume viennent de là …

Shaolan fronça les sourcils.

– Alors, il faut aller voir.

– Pas si vite, l'interrompit une voix grave.

Shaolan tourna vivement la tête et sentit son cœur s'accélérer : Atsuya se tenait sur le seuil de la chambre funéraire, bras croisés et un tic d'agacement agitant le coin de sa bouche. Il avait visiblement mis un certain temps à trouver le bon hiéroglyphe pour que les murs qui lui barraient la route se soulèvent et ce contretemps avait augmenté son désir d'en finir au plus vite avec son adversaire. Le halo indiquant que le dieu Seth habitait toujours son corps fit frémir l'adolescent ; au même moment, son œil le picota et Horus réapparut auprès de lui. Shaolan cligna de l'œil droit : il voyait toujours avec une précision surhumaine. Avec une telle faculté, il aurait pu tenir tête au pharaon pendant plusieurs dizaines de minutes, cependant, il ne pouvait pas lâcher la princesse.

D'un pas décidé, Atsuya avança dans cette direction tout en tendant le bras devant lui. De sa paume jaillit une rafale d'énergie qui frappa Shaolan de plein fouet : le jeune homme cria et se courba, tout son corps trembla mais il garda la main de la princesse fermement serrée dans la sienne. Quand il releva la tête, les membres crispés, il vit qu'Atsuya-Seth ne se trouvait plus qu'à quelques mètres de lui. Sa main grésillait de nouveau, cette fois d'électricité. Shaolan savait que dans sa position, il ne pouvait rien faire : s'il lâchait Sakura, elle mourrait, et tant qu'il la tenait, il ne pouvait pas se défendre. Alors il ferma les yeux, prêt à encaisser l'impact … mais à sa grande surprise, la douleur ne vint pas. Il se redressa, stupéfait, et découvrit qu'un champ-de-force protecteur crépitait devant lui. Il distingua alors, derrière le pharaon, les silhouettes de Kurogane, Fye et Sawa-Isis. La dame égyptienne avait les mains tendues et des filaments de lumière s'échappaient de ses doigts : il comprit qu'elle venait de lui sauver la vie.

– Fye, Kurogane, dame Sawa-Isis ! Vous arrivez juste à temps !

– Va chercher la plume de la princesse ! lui lança le ninja. On s'occupe du pharaon !

– D'accord !

Atsuya-Seth se tourna vers Kurogane, Fye et Sawa-Isis. Avec un rictus, il déclara :

– Si vous êtes ici, j'imagine qu'Ânkhou n'est plus de ce monde.

– Exact, acquiesça Kurogane. Et je te réserve le même sort.

Le ninja leva son sabre et se précipita vers le pharaon, lame pointée vers sa poitrine. Atsuya saisit sa propre épée et para : le fer des deux armes crissa. Kurogane tenta de faire un croche-pied à son adversaire, mais celui-ci recula et se mit hors de sa portée, tout en tendant une main vers Shaolan. De l'électricité brilla de nouveau dans le creux de sa paume et fusa vers l'adolescent. Fye se précipita entre le pharaon et le jeune homme et voulut parer l'attaque en faisant tournoyer sa lance. Hélas, l'attaque était si puissante qu'elle lui arracha littéralement son arme des mains et le fit tomber à la renverse. Les filets d'électricité passèrent au-dessus de sa tête et se dirigèrent droit vers Shaolan, qui tentait de tirer Sakura du puits.

– Shaolan, attention !

L'éclair s'abattit sur l'adolescent avec violence : la douleur irradia ses membres, il cria et sentit la main de Sakura glisser dans la sienne.

– Princesse !

Il tenta de la retenir, mais les doigts de la jeune fille lui échappèrent : elle tomba dans le gouffre, entraînant Mokona avec elle.

Sakura hurla ; son estomac fit un tel bond qu'elle le sentit au bord de ses lèvres. Le vent sifflait à ses oreilles et elle s'imagina avec terreur l'instant où elle se briserait les os, au fond du puits. Cependant, à sa grande surprise, une surface dure arrêta brusquement sa chute. Son dos heurta la pierre, lui coupant le souffle pendant une brève seconde. Stupéfaite, elle se redressa et regarda autour d'elle : partout, elle ne voyait que le vide et les ténèbres. Elle tâta alors la surface sur laquelle elle était assise, perplexe.

– On dirait de la pierre …

– C'est sans doute un sortilège ! s'exclama Mokona, qui avait atterri près d'elle. Il rend invisible le sol !

Shaolan soupira de soulagement. Sakura se releva et s'appuya contre la paroi du gouffre, puis, elle avança précautionneusement un pied pour estimer jusqu'où cette plateforme s'étendait. Soudain, elle ne toucha plus que du vide, puis sentit presque aussitôt une nouvelle surface solide quelques centimètres plus bas.

– C'est un escalier ! comprit-elle. Il mène forcément à la seconde chambre funéraire !

– Il faut y aller, décréta Mokona.

– J'arrive ! leur lança Shaolan.

L'adolescent se saisit de l'une des torches accrochées au mur et sauta dans le puits. Il se réceptionna souplement à côté de la princesse et leva sa flamme devant lui : les marches étaient belles et bien invisibles.

– Allons-y.

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Fye se releva et ramassa sa lance, que l'attaque d'Atsuya avait envoyé contre un mur ; par chance, elle ne s'était pas rompue. Pendant ce temps, Kurogane attaqua le pharaon de front : ce dernier para de sa propre lame, puis tenta un coup au niveau des jambes du ninja. Kurogane sauta: si le roi croyait l'avoir aussi facilement, il se trompait ! Lui aussi, il avait des réflexes, acquis par des années d'entraînement. Il essaya d'atteindre ses épaules et son cou, mais le pharaon leva le bras pour bloquer sa lame. Les deux hommes reculèrent d'un bond, se toisèrent d'un regard assassin, puis reprirent le combat. Profitant de l'offensive de son compagnon, Fye contourna le pharaon afin de l'attaquer sur le côté. S'ils pouvaient le prendre en tenaille comme il l'avait fait avec Ânkhou, alors le tout serait joué. Hélas, le pouvoir du dieu Seth ne décuplait pas seulement les aptitudes physiques d'Atsuya : elle aiguisait également sa vue et affutait ses réflexes. Lorsque le mage s'élança contre lui, le pharaon projeta dans sa direction une rafale d'énergie qui l'arrêta net et l'envoya s'écraser contre des pièces de mobilier du trésor. Les objets dégringolèrent dans un vacarme assourdissant, assommant à demi le mage. Kurogane releva la tête et vit que le blond ne bougeait plus, groggy. La colère envahit ses veines et il fonça de nouveau vers le roi, tenta plusieurs feintes, tout en restant à distance. Puisqu'il ne pouvait pas vaincre Atsuya en force pure, il devait d'abord l'épuiser. La question était de savoir s'il y parviendrait avant d'atteindre lui-même ses limites, car contrairement au pharaon, aucune divinité n'intensifiait ses forces.

Malheureusement, Atsuya comprit rapidement son objectif et ne lui laissa pas la possibilité de l'affaiblir. D'un bond, il mit deux ou trois mètres entre eux, rengaina son épée et ramena ses deux mains devant lui. Très bien, puisque ces gêneurs l'y obligeaient, il allait mettre à profit toute la puissance que lui offrait le dieu Seth. Au même moment, Fye reprit conscience et se redressa entre les objets qui s'étaient effondrés sur lui : sa tête lui tournait, il avait des bleus partout et saignait par endroits, mais ne détecta aucune blessure grave. Kurogane avait besoin d'aide, il devait se secouer. Il se remit sur ses pieds, chercha sa lance du regard mais comprit rapidement que c'était peine perdue : au milieu des monceaux d'objets éparpillés sur le sol, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Il retrouva néanmoins le sabre qu'il avait dérobé au garde du pharaon, l'attacha à sa ceinture puis s'empara d'un bâton qui s'était visiblement détaché d'une chaise à porteur. À cet instant, Atsuya fit jaillir de sa paume droite des langues de feu qu'il dirigea vers Sawa-Isis. Les yeux de Kurogane s'écarquillèrent, il se précipita devant le double de sa mère, leva Souhi et s'écria :

Hama Ryu-o Jin !

La vague de lumière bloqua les flammes et les désintégrèrent en volutes de fumée rougeâtre. Le ninja, haletant, se redressa : c'était la troisième attaque spéciale qu'il lançait cette nuit : s'il continuait sur cette lancée, il n'allait pas tarder à subir les conséquences d'une telle dépense d'énergie ; d'ailleurs, il sentait déjà ses muscles s'alourdir. Derrière lui, Atsuya sourit : il avait forcé le ninja à faire exactement ce qu'il souhaitait. En l'obligeant à recourir à une attaque puissante, il le fatiguait. Il pouvait maintenant tranquillement lancer son deuxième assaut : il tendit donc une main vers lui, de laquelle jaillirent des volutes de sable à une vitesse déconcertante en tourbillonnant et sifflant sur elle-même. Kurogane se plaça devant Sawa-Isis et se prépara à lancer une quatrième attaque spéciale. S'il voulait protéger sa mère, il n'avait pas le choix. Tout du moins, c'était ce qu'il pensait jusqu'à ce soudain une silhouette bondisse devant lui : Fye ! De son bâton, qu'il faisait tournoyer devant lui, le blond repoussa les vagues de sable.

– Allons, allons Kuro-chan, il ne faut pas gaspiller toutes tes forces comme ça !

– T'en as de bonnes, toi, comment veux-tu que je fasse pour repousser ce type ? Il faut qu'on l'achève !

– Une idée ?

– Hum … peut-être bien, ouais.

Le ninja lança quelque chose à Fye et le mage sentit un sourire étirer ses lèvres. Oui, c'était une bonne stratégie. Après tout, cette technique avait déjà fonctionné dans l'un des précédents mondes qu'ils avaient visité. Il acquiesça, raffermit son emprise sur son bâton et cessa brusquement de repousser les volutes de sable. Le nuage de particule les enveloppa et ils durent à moitié fermer les yeux pour ne pas être aveuglés. Fye fonça droit devant lui, bâton tendu. Atsuya, déstabilisé par ce brusque passage à l'offensive, fit disparaître le nuage pour contrattaquer avec une magie plus mortelle. Mais sa réaction fut trop lente et pendant le laps de temps où il se concentrait, ses adversaires profitèrent du brouillard poussiéreux que leur offrait le sable en suspension pour agir. Aussi, le pharaon vit à peine Fye se baisser pour mettre un genou à terre, pas plus qu'il ne distingua les contours de la silhouette de Kurogane lorsque le ninja prit appui sur le dos du blond pour s'en servir comme d'un tremplin et se propulser dans les airs. Quand la nuée se dissipa, Kurogane retombait déjà vers lui, sabre brandi. Atsuya n'eut que le temps de lever sa propre lame pour tenter de parer le coup, et le guerrier lui tomba dessus de tout son poids. Les deux hommes roulèrent à terre, et cette fois, Kurogane fut persuadé qu'il allait enfin pouvoir faire taire définitivement ce salaud.

C'était sans compter les pouvoirs de Seth, qui n'avait pas dit son dernier mot. Alors qu'il approchait dangereusement son arme du cou du pharaon, Kurogane perçut une vague d'énergie émaner d'Atsuya, une énergie qui ne lui appartenait pas, et il fut brusquement repoussé par une vague plus puissante que toutes celles qu'il avait essuyées. Il tenta de résister, mais il ne pouvait pas lutter. Emporté comme un fétu de paille, il alla heurter un autre coin de la salle tandis que les trésors de la chambre funéraire volaient, balayés par la magie du pharaon. Fye évita une assiette en or et un bouclier de métal avec un rictus : ce massacre archéologique n'aurait pas plu à Shaolan, heureusement qu'il était occupé dix mètres plus bas. Kurogane, de son côté, se redressa en haletant. L'attaque qui l'avait fait traverser la salle était redoutable. D'où le pharaon tenait-il une telle puissance ? Et où diable était son point faible ? Il remarqua alors un étrange halo qui flottait autour du corps du pharaon. Qu'est-ce que c'était que ça ? Il accompagnait Atsuya dans chacun de ses mouvements, comme une ombre claire. D'un bond, Fye le rejoignit et à la tête qu'il faisait, le ninja comprit qu'il voyait ce curieux nimbe, lui aussi.

– Qu'est-ce que c'est que ce truc ?

– Si je ne m'abuse, cette lumière matérialise la force d'un dieu. Je parierais qu'il s'agit de Seth, le dieu tutélaire d'Atsuya.

– Tu veux dire qu'il l'a invoqué pour qu'il lui prête sa force ?

– Ça m'en a tout l'air.

– Comment on va pouvoir le tuer, alors ?

Fye fronça les sourcils : c'était une excellente question.

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Shaolan et Sakura descendaient l'escalier invisible aussi vite qu'ils le pouvaient. Au-dessus d'eux, le combat de leurs amis contre Atsuya faisait rage. Parfois, des pièces du trésor d'Ushio-Osiris étaient propulsées dans le puits et s'écrasaient au fond du gouffre avec un bruit métallique. Enfin, ils parvinrent au bas des marches. Des torches s'enflammèrent alors par magie et une vaste salle rectangulaire, tout en longueur, se dévoila à eux. À la différence de la première chambre, celle-ci était entièrement vide. À l'autre extrémité se dressait une statue du dieu Osiris.

– C'est sans doute l'entrée du tombeau de l'époux de Sawa-Isis, souffla Sakura.

– Oui, les ondes viennent de là ! confirma Mokona.

– Allons-y ! s'exclama la jeune fille.

Mais Shaolan la retint par le bras.

– Attendez, princesse.

Le jeune homme ramassa une pierre qui avait dégringolé dans le gouffre et la lança au milieu de la salle. Au moment où le caillou toucha le sol, des meurtrières s'ouvrirent sur les murs latéraux et des flèches jaillirent en sifflant. Une autre salve se déclencha derrière la première, puis une troisième, de l'autre côté de la salle. Chaque vague se répétait à un intervalle régulier, l'une après l'autre, empêchant tout être vivant de traverser la pièce sans être criblé de pointes de fer.

– Eh ben, murmura Mokona, encore plus blanc que d'habitude. Si on avait avancé, on serait déjà pleins de trous …

– Encore un mécanisme de protection, marmonna Shaolan.

– Cette tombe est vraiment bien gardée, dit Sakura.

– Oui, mais il faut trouver un moyen de passer.

Le jeune homme serra les dents : les flèches n'étaient pas des êtres vivants, elles ne possédaient aucune énergie vitale qu'il aurait pu ressentir – et donc anticiper – comme le lui avait appris Kurogane. Pourtant, il devait absolument parvenir jusqu'à la statue d'Osiris. À cet instant, il sentit un souffle frais près de lui. Il leva les yeux et vit un corps évanescent à la tête de faucon se matérialiser à ses côtés : Horus ! La voix du dieu résonna dans sa tête : « Avec ma vision, tu pourras traverser cette salle, Shaolan. » L'adolescent battit des cils et reporta son attention sur les flèches : son œil droit voyait toujours avec une acuité surhumaine. Doté d'une telle capacité, il était en effet capable de discerner le vol des flèches au ralenti et se rendit compte qu'entre chacune des trois salves successives s'écoulait trois petites secondes pendant lesquelles, s'ils étaient rapides, ils pouvaient passer. Oui, avec l'aide d'Horus, cela pouvait marcher. Il jeta un œil à Sakura : celle-ci ne semblait pas voir le dieu, ce qui était étonnant, car d'habitude, elle pouvait ressentir la présence de toutes sortes d'êtres inanimés et même d'esprits des morts. Il prit sa main :

– Princesse, avez-vous confiance en moi ?

La jeune fille cligna des yeux, surprise qu'il puisse encore douter de sa réponse à une telle question.

– Shaolan-kun … oui, bien-sûr que j'ai confiance en vous.

L'adolescent sourit, puis observa à nouveau la trajectoire des flèches. La première jaillit, puis le jeune homme compta, une, deux, trois secondes, et la deuxième salve fusa, une, deux, trois secondes, et enfin la troisième. C'était juste après la fin de cette dernière volée qu'ils devaient se mettre à courir, avant que la première ne se déclenche à nouveau. Il serra la main de Sakura dans la sienne :

– Alors, ne me lâchez pas !

Shaolan s'élança à travers la salle, la princesse derrière lui, et Mokona s'accrocha à l'épaule de la jeune fille. Leur course résonna sur les dalles de pierre et au moment où il franchissait la première partie de la pièce des flèches sifflèrent dans leur dos. Ils traversèrent la deuxième partie, et à nouveau, les flèches furent tirées après leur passage. Cependant, au moment où ils entamaient leur traversée du dernier tronçon, le cœur de Shaolan manqua un battement. Grâce à la précision de la vision d'Horus, il savait qu'ils venaient de perdre une brève seconde : si était certain de pouvoir échapper au prochain tir, la princesse, qui était derrière lui, risquait d'être blessée. Il saisit son sabre et se retourna à la vitesse de l'éclair. À cet instant les meurtrières s'ouvrirent et les pointes fusèrent. Shaolan abattit son sabre sur les hampes qui menaçaient Sakura tout en tirant la princesse à lui : les flèches se brisèrent net et les deux adolescents roulèrent jusqu'aux pieds de la statue d'Osiris, intacts. Shaolan se redressa, le souffle court : ils l'avaient échappé belle.

– Merci … merci, Shaolan-kun.

Il baissa les yeux vers la princesse et se rendit compte qu'elle avait rougi. Il fallait dire qu'il la tenait toujours serrée contre lui et que dans ce monde, aucun vêtement ne couvrait son torse. À son tour, il sentit ses joues s'empourprer et relâcha immédiatement son étreinte. Ils se relevèrent et s'approchèrent de la statue d'Osiris. Une porte se dressait derrière elle, exactement comme dans le temple du dieu Seth. Mais ils eurent beau essayer d'écarter les battants avec leurs mains, Shaolan eut beau frapper la pierre avec son sabre, elle demeura hermétiquement fermée. Sakura fronça les sourcils.

– Dans la première chambre funéraire, les dalles qui donnaient accès au puits se sont ouvertes quand j'ai tiré sur l'un des sceptres de la statue. Peut-être faut-il à nouveau répéter ce geste pour ouvrir la porte ?

– Sur quel sceptre avez-vous tiré, là-haut ?

– Sur celui avec un crochet. Mais … si j'étais l'architecte de cette pyramide, je n'utiliserais pas deux fois la même clé. Donc, je pense qu'il faut plutôt tirer sur le fouet, cette fois-ci.

– Vous avez raison.

L'adolescent leva la main vers la statue et abaissa le sceptre qu'elle tenait dans sa main gauche, le fléau. Un grondement s'éleva des profondeurs de la pyramide et les battants de pierre coulissèrent en grinçant, révélant l'entrée du tombeau d'Ushio-Osiris. Lorsque les adolescents y pénétrèrent, des torches s'enflammèrent toutes seules, mues par un sortilège. Alors, ils se figèrent.

Beaucoup plus petite que toutes les salles qu'ils avaient traversée jusqu'à présent, la chambre funéraire évoquait un coffre-fort, un somptueux écrin destiné à abriter le corps du souverain pour lequel il avait été construit. La pièce était entièrement décorée de hiéroglyphes qui recouvraient toute la surface disponible, du sol au plafond. Au centre de la salle trônait un sarcophage à forme humaine, dont le corps était décoré de reliefs évoquant des plumes, des écailles et des frises géométriques qui alternaient le rouge, l'ocre, le lapis-lazuli et l'émeraude. Le visage de la sculpture avait été doré à la feuille et était encadré d'une coiffe rayée de bleu et d'or ; sur sa poitrine, la silhouette en bois croisait ses bras dans une position mortuaire. Derrière ce tombeau se dressait une grande chapelle portative entièrement dorée et sur laquelle avaient été ciselées des centaines de hiéroglyphes. Elle était surmontée d'un dais de bois couronnée de plumes aux couleurs exotiques. Une statue de chacal à la pierre d'un noir de jais semblait monter la garde devant cet édifice.

– C'est le dieu Anubis, comprit Shaolan.

– Le dieu Anubis ? répéta Sakura.

– Oui, il protège les embaumeurs et les morts. C'est Djar qui me l'a appris.

– La plume est dans la chapelle, Mokona en est sûr ! s'exclama la boule de poils.

Les adolescents contournèrent le sarcophage et s'approchèrent du haut monument doré. Shaolan passa une main sur les hiéroglyphes taillés dans l'or : le relief était si fin, si régulier ; la fabrication et l'ornementation de cette chapelle avait dû demander un travail colossal. Et la plume de la princesse se trouvait à l'intérieur de cette merveille. Comment la prendre sans utiliser son sabre et détruire cette œuvre d'art ? À cet instant, Sakura s'exclama :

– Shaolan-kun, regardez !

Elle désignait une curieuse forme creusée dans le bois de la chapelle, au centre des hiéroglyphes. Cette forme leur rappelait à tous les deux vaguement quelque chose, mais quoi ? Shaolan passa un doigt sur les contours mats et lisses de l'emplacement, quand soudain la lumière se fit dans son esprit.

– Je sais ! Mokona, est-ce que tu peux faire apparaître l'amulette que vous aviez trouvée avec les plans de la pyramide ?

– Bien-sûr !

La petite boule blanche ouvrit grand la bouche et le talisman en jaillit. Les yeux de Sakura s'écarquillèrent.

– L'œil oudjat ! Vous pensez qu'il peut servir de clé ?

L'adolescent sourit :

– Le pharaon Atsuya a volé un œil à son demi-frère pour faire croire que sa dépouille avait été maudite par les dieux. Sans le savoir, il a reproduit le crime que son dieu tutélaire, Seth, avait déjà commis en volant un œil au dieu Horus. Cependant, l'œil d'Horus fut reconstitué et la magie qu'il contenait lui permit de vaincre Seth. L'œil oudjat rappelle ce mythe et la victoire d'Horus sur Seth. Alors, il est parfaitement logique que l'œil oudjat qui accompagnait les plans de la pyramide serve de clé pour protéger votre plume, princesse.

– Shaolan-kun … comment savez-vous tout cela ?

L'adolescent eut un sourire mystérieux.

– Peut-être parce que j'ai rencontré Horus lui-même …

Sakura lui adressa un regard intrigué, tandis qu'il prenait délicatement l'œil oudjat dans sa main et le posa dans la cavité, au centre de la chapelle. Un rayon clair l'entoura aussitôt d'une lueur magique et un volet se souleva lentement, révélant une petite alcôve : elle irradiait de lumière.

– Mekyo ! s'écria Mokona.

Dans la niche reposait, pure et éclatante, l'une des plumes de Sakura. Un sourire éclaira le visage de Shaolan.

– Votre plume, princesse … nous l'avons trouvée.

À cet instant, toute la pyramide trembla et l'écho d'une violente explosion leur parvint. D'autres pièces du trésor d'Ushio-Osiris tombèrent dans le gouffre et s'écrasèrent sur le sol de pierre avec un éclat de bois. Shaolan serra les dents : ils avaient trouvé la plume, mais Atsuya n'était pas encore vaincu. Kurogane et Fye avaient besoin d'aide.

– Il faut remonter ! Princesse, prenez votre plume et réintégrez-la, vite !

– Mais, Shaolan-kun, si je m'évanouis, vous serez moins libres de vos mouvements …

– Je sais, mais si nous remontons avec votre plume, nous courons le risque qu'Atsuya s'en empare.

Sakura dévisagea Shaolan, hésitante. Finalement, elle se saisit délicatement de la plume et l'approcha de son cœur. Elle était si douce, si légère … et entra en elle comme un souffle réconfortant. À cet instant, la jeune fille sentit ses paupières s'alourdir, ses jambes cessèrent de la porter et elle s'effondra dans les bras de Shaolan. Le jeune homme se redressa, la princesse contre lui, et se tourna vers Mokona :

– Dépêchons-nous.

– Oui !

Ils ressortirent de la tombe. En arrivant devant la vaste salle aux flèches, Shaolan s'immobilisa : son œil droit à la vision affûtée ne détectait plus le moindre mouvement. Sans doute le mécanisme s'était-il arrêté, une fois que la plume avait réintégré le corps de Sakura. Il traversa la pièce en courant, Sakura dans ses bras, et s'engagea sur les marches invisibles.