Épilogue
Lorsque Kurogane ouvrit les yeux, sa première pensée fut qu'il faisait décidément trop chaud, dans ce pays. Il était un allongé sur un lit confortable, au bout duquel une fenêtre laissait entrer la lumière du jour, tamisée par un rideau de lin qui se balançait doucement au gré de la brise. Il reconnut les fresques des murs et comprit qu'on l'avait ramené au palais. S'il faisait jour, cela signifiait-il qu'il avait dormi toute la nuit ? Machinalement, il tâta son abdomen et constata qu'il n'éprouvait plus aucune douleur, mais lorsqu'il effleura sa peau, il sentit nettement une longue cicatrice : il n'avait donc pas rêvé. Il tourna la tête et découvrit alors le mage, assis sur un lit parallèle au sien. Il l'observait en silence de ses grands yeux bleus, un sourire fatigué sur les lèvres. Malgré la nuit harassante qu'ils avaient vécu, le blond n'avait visiblement pas beaucoup dormi ; avait-il attendu qu'il se réveille ? Le ninja avait du mal à le croire. Il se redressa lentement et les deux hommes se dévisagèrent, chacun sur un lit.
Dans le regard du mage, Kurogane décela un étrange mélange d'émotions contradictoires : d'un côté, Fye semblait soulagé de le voir revenu à lui ; d'un autre, il paraissait éprouver des remords, des remords qui rendaient son regard incertain et l'empêchait d'être complètement serein. Regrettait-il de lui avoir sauvé la vie ? D'avoir utilisé sa magie ? Était-il en colère à son encontre ou contre lui-même ? Le ninja n'aurait su le dire, et comme d'habitude, il aurait voulu lui poser mille questions. Pourquoi avait-il finalement choisi d'utiliser ses pouvoirs, alors qu'il lui avait fait clairement comprendre un peu plus tôt qu'il n'en avait pas l'attention ? Comment avait-il pu générer un sort de guérison dont il se croyait incapable ? Pourquoi avait-il choisi de le sauver, alors qu'il voulait manifestement ne s'attacher à personne, et que personne ne s'attache à lui ? Oui, il y aurait eu tant de choses que le ninja aurait aimé savoir. Cependant, il devina à l'ombre qui voilait le regard de Fye qu'il ne lui dirait rien. Alors, il ne posa aucune question ; ce n'était pas encore le bon moment. Il hésita un instant, ne sachant pas trop quoi dire pour rompre ce drôle de silence, et aussi parce que les remerciements, ce n'était pas trop son fort. Il finit par relever la tête dans sa direction, avec un petit hochement de tête, il dit simplement :
– Merci.
Le mage sourit, de ce sourire énigmatique où il semblait à la fois heureux et triste, et répondit :
– De rien.
Ils n'échangèrent aucune autre parole. Ils se levèrent et entreprirent de remettre leurs vêtements d'origine, que les servantes de Sawa-Isis leur avaient rapportés. À présent qu'ils avaient retrouvé la plume de la princesse, il était temps qu'ils quittent ce pays.
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– Shaolan-kun, comment vous sentez-vous ? Vous n'avez plus mal nulle part ?
Sakura avait revêtu la robe qu'elle portait en arrivant au pays d'Atoum et que les domestiques de Sawa-Isis avaient lavée de toute la boue qui la tâchait. Shaolan souleva le rideau de la pièce adjacente où il s'était changé et lui sourit :
– Ne vous en faîtes pas, je ne sens plus rien. Et vous, pas trop fatiguée ? Je me suis rendue compte que vous êtes restée moins longtemps endormie après avoir récupéré votre plume, cette fois-ci.
– Oui, c'est vrai. Peut-être était-ce parce que j'ai senti que Kurogane-san et Fye-san avaient besoin de nous.
Les adolescents se dévisagèrent et les images défilèrent à nouveau dans leur tête : Kurogane était passé très près de la mort, mais jusqu'au bout, ils avaient continué d'espérer. Cependant, jamais ils n'auraient cru que Fye pouvait déployer une magie aussi puissante.
– Mokona aussi était là ! chantonna le manjuu en se perchant sur l'épaule de la princesse.
– C'est vrai, tu étais là, Moko-chan, acquiesça Sakura. Tu nous as bien aidés, toi aussi.
– Allons les rejoindre, proposa Shaolan.
Dans le patio d'entrée du palais, Sawa-Isis les attendait. Les adolescents la remercièrent encore une fois pour son hospitalité, et elle leur répondit en riant que c'était bien peu par rapport à ce qu'ils avaient fait pour son pays.
À ce moment, Fye et Kurogane entrèrent à leur tour dans le patio. Quand le ninja croisa le regard du double de sa mère, il vit une expression d'immense soulagement se peindre sur son visage : elle s'était visiblement inquiétée pour lui. Il lui sourit, d'un sourire doux, comme ses compagnons avaient rarement l'occasion d'en voir. Il avait réussi à la protéger et finalement, il n'avait pas dû donner sa vie pour le faire ; c'était mieux comme ça. Il avait encore un homme à retrouver, un homme avec lequel il devait parler sérieusement, et puis, il avait aussi une princesse à sermonner. Sawa-Isis dévisagea tour à tour les cinq voyageurs avec une immense gratitude.
– Merci à vous tous. Vous avez lavé la mémoire de mon mari et révélé au grand jour les crimes d'Atsuya-Seth. Grâce à vous, tout le monde sait désormais que la malédiction n'était qu'un mensonge et notre peuple est débarrassé de ce souverain perfide. Les gens blonds aux yeux bleus de notre pays vont pouvoir vivre en paix, désormais.
Fye sourit et baissa les yeux vers le sol.
– Tant mieux …
– Cependant, il y a encore quelque chose qui m'intrigue, dit Sawa-Isis.
– Quoi donc ? demanda Sakura.
La dame fronça les sourcils et se tourna alors vers Shaolan.
– Comment avez-vous réussi à tenir tête si longtemps à Atsuya-Seth, pendant que nous étions occupés avec Ânkhou ?
L'adolescent cilla et cligna de l'œil droit.
– Tout comme Atsuya tirait sa force du dieu Seth, j'ai été moi aussi aidé par un dieu, qui est apparu d'un seul coup à côté de moi. Je ne sais pas comment il a pu accéder à ma conscience, et au début, j'ai eu du mal à croire à cette étrange apparition. Il m'a dit qu'il s'appelait Horus et qu'il était l'ennemi du dieu Seth.
– Horus, souffla Sawa-Isis, bouche bée. C'est incroyable …
– J'ignore comment, mais il m'a transféré une partie de son pouvoir au travers de mon œil droit. Grâce à lui, j'ai non seulement retrouvé la vue, mais ma vision possédait une précision déroutante, semblable à celle d'un faucon. Cette faculté m'a permis de distinguer les mouvements d'Atsuya au ralenti, de les anticiper et donc de les contrer.
– Eh ben, lâcha Kurogane, surpris. Mais comment ce dieu a-t-il pu communiquer sa vision à ton œil, s'il est normalement aveugle ?
– Il m'a dit que mon œil contenait une grande magie et que … l'accès lui avait été accordé. Mais je ne sais pas ce qu'il entendait par là.
Fye dévisagea intensément le jeune homme, une ride de peine creusant son front. Shaolan était encore si innocent ... si seulement il pouvait ne jamais découvrir la vérité. Sawa-Isis joignit les mains et déclara :
– Horus est un dieu très puissant. S'il a choisi de vous aider, Shaolan, c'est qu'il vous considérait digne de sa force. Vous étiez visiblement celui annoncé par la prophétie, même si, finalement, vous n'étiez pas seul. C'est vous et tous vos compagnons de voyage qui ont permis d'apporter la paix au pays d'Atoum.
La dame égyptienne adressa un sourire aux cinq voyageurs, qui le lui rendirent. À cet instant, la perle rouge sur le front de Mokona se mit à briller : Sawa-Isis, bouche bée, vit le manjuu s'élever dans les airs, tandis que des ailes immenses et duveteuses se déployaient dans son dos.
– Qu'est-ce que …
– C'est l'heure pour nous de partir, lui dit Shaolan. Merci de tout ce que vous avez fait pour nous.
– Merci, princesse Sawa-Isis, ajouta Sakura en s'inclinant. J'espère que vous serez heureuse, à présent.
Les quatre voyageurs se placèrent sous Mokona, tandis qu'un cercle magique crépitant apparaissait sous leurs pieds. Un vent frais souffla et des volutes magiques semblables à des rubans multicolores commencèrent à les envelopper. Sawa-Isis se rapprocha d'eux et dévisagea intensément Kurogane.
– Merci, dit-elle. Qui que soit la personne qui me ressemblait et que vous n'avez pas pu sauver, moi, vous m'avez protégée … je ne l'oublierai jamais.
Le ninja sourit.
– Prenez soin de vous.
Sawa-Isis se tourna alors vers Fye.
– Vous avez vaincu la malédiction d'Atoum et lancé un sort dont vous vous croyiez incapable … il n'y a donc rien d'impossible, vous ne croyez pas ?
Fye cilla, troublé, et pendant quelques secondes, il voulut croire aux paroles de la princesse égyptienne. À ce moment, Mokona aspira les quatre voyageurs dans sa bouche devenue démesurée, puis replia ses ailes. Dans une rafale douce comme la brise et scintillante comme le soleil, il disparut. Sawa-Isis demeura de longues minutes à contempler le ciel dégagé de tout nuage, en priant pour que ces étrangers trouvent le bonheur.
Et ... voilà, c'est fini ! Ça me fait tout drôle de dire ça, et j'avoue que j'ai un petit pincement au cœur en voyant que cette fic arrive déjà à son terme.
J'espère que l'histoire vous a plu, vous aura fait voyager, vous évader, rire et pleurer devant les aventures de la Tsubasa Team. Merci à vous d'avoir suivi cette fic, et si le cœur vous en dit, n'hésitez pas à me laisser un petit mot pour me dire ce que vous en avez pensé !
