Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Disclaimer: Les personnages de Masami Kurumada ne m'appartiennent évidemment pas, et j'ai essayé de les faire évoluer dans une cohérence vis à vis de l'œuvre originale, même si je prends quelques libertés çà et là. Par contre : Zeus m'appartient, et j'ai pris un grand plaisir à le rendre détestable. Ishtar est également à moi, ainsi que Shamash et Sin.

Dans ce chapitre : Vous trouverez un dragon apprivoisé puis malmené, un olympien enragé et un autre libéré…

Bonne lecture !


Chapitre 2 – Rivalités


« Le domaine sacré d'Athéna peut être divisé en quatre parties : au Sud, l'entrée du sanctuaire est le lieu d'entraînement des apprentis chevaliers, à l'Ouest se trouve l'accès à la mer, caché par un petit bois, il y a de nombreuses criques sur cette côte, où restent des ruines de l'ancien temple mythologique de Poséidon, dont les souterrains ont été reconvertis en prison. » Kanon chassa de ses pensées la vision du Cap Sounion qui lui apparut immédiatement. « Il s'y trouve également une arène où s'entraînent les chevaliers d'or. A l'Est se trouve le village où vivent les chevaliers de Bronze et d'Argent, il y a également une arène, qu'ils se partagent et une zone réservée, où vivent les femmes chevaliers. Enfin, au Nord, se trouvent les douze maisons du Zodiaque, protégeant l'accès au palais du grand Pope, qui sert de demeure à Athéna lorsqu'elle se réincarne. Au-delà du palais, le Mont étoilé et de nombreuses ruines, tout cela bordé de montagnes.»

Ishtar écoutait attentivement les explications de Kanon tout en marchant à ses côtés. Ils se trouvaient en bas du Palais, dont-ils venaient de terminer la visite. Tout en lui décrivant le domaine sacré, l'ex général de Poséidon montrait de la main les endroits évoqués, bénéficiant du panorama que l'altitude du palais donnait sur le sanctuaire.

« Combien de personnes vivent-elles ici ? » Kanon sembla réfléchir.

« Il y a en théorie 88 chevaliers, toutes catégories confondues, et environ une cinquantaine d'aspirants chevaliers. Mais tous ne demeurent pas en permanence au sanctuaire et la plupart finiront gardes. De plus, toutes les armures n'ont pas encore été attribuées. Il y a également des artisans et quelques marchands. Nous devons donc être entre 100 et 150 ici, mais sans doute beaucoup plus en prenant en compte les camps d'entraînement extérieurs. Il faut également compter les serviteurs. » Il eut soudain une sorte de rictus et un pli amer se dessina sur son front. « Autant dire que dans ce monde clos, les nouvelles se propagent très vite. » Il en avait souffert à une époque, tout comme Aiolia. Il se tut et fit signe à la déesse le suivre. Ils marchèrent en silence.

Ils arrivèrent au niveau du temple des Poissons. Celui-ci était l'une des rares maisons que la guerre avait laissée intacte, mais certaines colonnes s'étaient fissurées lors du choc entre les deux Athéna exclamations, pourtant lancées relativement loin. Quelques chevaliers de bronze s'affairaient à l'intérieur, remplaçant les pierres fragilisées.

« Personne ne vit-ici ? » La voix d'Ishtar tira Kanon hors de ses souvenirs.

« Non, pour le moment, tous les chevaliers d'or vivent au Palais, même ceux qui pourraient vivre dans leur maison. Nous attendons que tous les temples soient rebâtis pour y retourner. A cause du secret régnant autour de l'existence du sanctuaire, nous ne pouvons pas faire venir beaucoup d'ouvriers de l'extérieur, mais depuis que Mu s'est mis au travail avec Kiki, cela va beaucoup plus vite. »

« Kiki ? Pourquoi ? » Ishtar se demandait ce que ce petit garçon roux, qu'elle avait rencontré le soir auparavant, pouvait avoir de si extraordinaire.

« Je te laisse la surprise de le découvrir. »

La jeune femme ne comprit la phrase mystérieuse de son compagnon que plusieurs dizaines de minutes plus tard, en arrivant au niveau de la sixième maison. Le cratère qui avait englouti la demeure de Shaka était déjà rebouché et plusieurs colonnes s'élevaient déjà, comme une ébauche du bâtiment qui se tiendrait bientôt là. Ishtar pensa avoir des visions en voyant d'énormes blocs de pierre voleter ça et là, se soulevant pour aller se poser sur un mur ou une colonne.

« Impressionnant Mu, c'est très rapide » Ishtar réalisa alors que c'était le chevalier du Bélier qui faisait mouvoir ces blocs.

« Merci Kanon, mais Kiki m'aide beaucoup. » Au même instant, un cri de douleur s'éleva un peu plus loin. Le Bélier se précipita sur place, suivi par Ishtar et Kanon. L'apprenti de Mu avait la jambe coincée sous un énorme bloc de pierre et pleurait à chaudes larmes.

« Allons Kiki, si tu veux devenir chevalier, il faut supporter la douleur » Dit le Bélier avec douceur tout en soulevant la pierre pour la poser un peu plus loin avec son pouvoir de télékinésie. « Je t'avais dis de ne pas soulever de pierres trop lourdes, ton pouvoir n'est pas encore complètement développé. » Continua-t-il, examinant la jambe du garçon. Elle était cassée. Prise d'une inspiration subite, Ishtar posa sa main sur l'épaule de Mu

« Laisse-moi faire chevalier. » Elle s'agenouilla à ses cotés. Comme elle l'avait fait pour Seiya, elle se contenta de poser les mains sur la peau de Kiki, effleurant de ses doigts le bras du garçon.

« Heu, j'ai plus mal ! Il est super ton pouvoir Princesse ! »

Kiki se releva d'un bond, alors qu'Ishtar n'avait rien ressenti. C'était étrange, ça ne la fatiguait même pas, pas de lumière blanche ou quoi que ce soit, et les plaies se refermaient. Rien de vraiment conscient dans l'acte de guérison. Elle secoua doucement la tête, elle n'était pas habituée à ça, et était-il seulement possible de s'habituer à une chose si étrange ? Mu et Kanon étaient restés silencieux en observant les plaies de Kiki se refermer instantanément.

Le Bélier se demanda intérieurement jusqu'à quelle limite elle pouvait réparer un corps : pouvait-elle faire repousser une main ou une jambe ?

« S'il vous plaît, ne me regardez pas avec une tête pareille, pour moi, c'est tout aussi bizarre de voir Kiki soulever des choses avec son esprit » Mu et Kanon sourirent, Ishtar se sentit soulagée.

« Merci pour sa jambe » Finit par répondre sincèrement le gardien du premier temple. Sans le savoir, Ishtar venait de gagner le respect des deux hommes.

« Ce n'est rien » Elle se tourna vers son protecteur. « Il vaudrait mieux continuer la visite non ? J'aimerais que tu m'emmènes à l'hôpital du sanctuaire quand nous aurons terminé. Je crois que je pourrais y être utile. »

« Très bien. » Après avoir salué Kiki et son maître, ils reprirent leur route vers la cinquième maison.


Lorsqu'après avoir visité le sanctuaire, Kanon et Ishtar se rendirent à l'hôpital durant la soirée, ils y trouvèrent Seiya, qui y passait quelques examens, accompagné de sa sœur Seika. Les médecins s'assuraient qu'il n'avait gardé aucune séquelle de son coma. Il avait l'air remis de son émotion du soir précédent. Il sourit en reconnaissant la jeune femme.

« Je n'ai même pas pu vous dire merci à cause de l'agitation d'hier soir Déesse. Je ne sais vraiment pas comment vous remercier. »

« Hum et bien, il y aurait un moyen » Kanon lui jeta un regard intrigué, tandis que Seiya était suspendu à ces lèvres. « Cesse de m'appeler Déesse et tutoie-moi chevalier. Honnêtement, avant d'arriver au sanctuaire, j'ai vécu comme une vagabonde, alors j'estime que c'est plutôt moi qui devrais montrer du respect aux chevaliers que vous êtes. »

« Heu, je… »

Kanon se mordit les lèvres pour ne pas éclater de rire devant la tête du Pégase. Sans doute aurait-il préféré qu'elle lui demande de combattre un monstre plutôt que de s'adresser à la déesse qu'elle était comme à une personne normale.

Un bruit de voix et de rires entrant dans la pièce attira leur attention. Les quatre autres chevaliers de Bronze venaient rendre visite à leur ami. Instinctivement, Ishtar recula derrière son protecteur en reconnaissant l'un d'entre eux.

« Ishtar, je vous présente » Seiya rougit « Je TE présente Shiryu du Dragon, Hyoga du Cygne, Shun d'Andromède et son frère, Ikki du Phœnix. » L'ex Dragon des Mers ne put s'empêcher de passer un bras autour des épaules de la jeune femme en voyant que celle-ci tremblait comme une feuille. Il eut à peine le temps de se rappeler que c'était le chevalier Phœnix qui avait agressé Ishtar que celui-ci était déjà à genoux devant elle. Il l'avait reconnue instantanément à sa chevelure ivoire.

« J'implore votre pardon Déesse, pour le mal que je vous ai causé » Les quatre autres bronzes eurent le souffle coupé de voir Ikki s'agenouiller devant quelqu'un d'autre que lui-même. En réalité, celui-ci souffrait terriblement car ce qu'il avait fait avait réveillé la douleur et la rage causées par la mort d'Esméralda.

La jeune femme retenait difficilement ses larmes. Elle n'arrivait pas à croire que l'effet de la malédiction avait pris fin quand il avait cru qu'elle était morte. Kanon exerça une légère pression réconfortante sur son épaule. Elle rassembla ses esprits, mais sa voix tremblait lorsqu'elle parla.

« Tu n'as rien à te reprocher Ikki, tu as été victime autant que moi de ma malédiction et je n'ai rien à te pardonner. D'ailleurs, je suis toujours vivante alors relève-toi je t'en prie. »

Ils discutèrent quelques minutes, puis Ishtar prit congé, prétextant qu'elle devait soigner les blessés, ce qu'elle fit sous l'œil médusé du médecin du sanctuaire et de ses deux infirmières. Cela ne manqua pas d'amuser Kanon. Celui-ci se demandait d'ailleurs cruellement s'ils faisaient de telles têtes à cause des guérisons miraculeuses ou bien parce qu'ils avaient peur de perdre leur emploi. Ishtar ne remarqua pas son sourire mi-cruel, mi-amusé, trop occupée à soigner et à essayer de reprendre le contrôle de ses nerfs, décidément mis à rude épreuve ces jours-ci. La rencontre avec le Phœnix l'avait éprouvée. Elle soupira en guérissant le dernier malade. Sa journée l'avait épuisée, physiquement et nerveusement.

« Pitié Kanon, dis-moi qu'il y a un ascenseur ! » Elle n'avait pu empêcher ce cri du cœur en arrivant devant la première maison du Zodiaque, ce qui fit sourire le chevalier.

« C'est dommage que tu n'aies pas ton cosmos, tu aurais peut-être été capable de te téléporter. »

« Hum, ça ressemble à de la provocation de remuer le couteau dans la plaie comme ça. D'ailleurs, ce n'est pas possible de se téléporter au sanctuaire, tu l'as dis tout à l'heure. » Sa voix était à la fois amusée et fatiguée. Elle était découragée à l'idée de devoir remonter toutes les marches menant au Palais du Pope. Kanon la regarda d'un air étrange. Elle avait du mal à distinguer son expression dans la pénombre. La nuit était déjà tombée lorsqu'ils étaient sortis de l'hôpital.

« Monte sur mon dos. »

« Quoi ? ! »

« Nous sommes seuls, il fait nuit et tous les chevaliers d'or sont au Palais. Personne ne nous verra. » Dit-il « Ne m'oblige pas à répéter. » Elle ne se fit pas prier, trop soulagée d'éviter de monter les marches. Cependant, elle rougit violemment lorsque Kanon posa ses mains sur ses jambes nues, d'autant que dans cette position, sa jupe lui remontait à mi-cuisse.

« Jolies jambes ! » Elle lui donna une petite tape en haut du crâne en représailles et passa ses bras autour de son cou. C'était troublant de sentir ce corps si puissant contre le sien. Tandis qu'il commençait à monter les marches, elle blottit sa tête contre son cou et fut enveloppée par le parfum de ses cheveux, rappelant les embruns et le sel de l'océan.

« Merci Kanon » Murmura-t-elle. Il ne répondit pas. Il essayait de se concentrer sur les marches, et d'oublier qu'il portait une femme sur le dos. Il avait l'impression de ne pas avoir tenu quelqu'un dans ses bras depuis une éternité. Il fallait dire qu'étant une déesse vierge, Athéna ne facilitait pas la vie à ses chevaliers de ce côté là, contrairement à Poséidon, beaucoup plus laxiste.

Lorsqu'ils arrivèrent en haut des marches, elle s'était endormie. Il la prit dans ses bras et alla la poser délicatement sur son lit. Il sortit de la pièce, puis quitta le Palais pour aller se baigner dans la Méditerranée.


Une semaine s'était écoulée depuis la venue de Rhadamanthe. Au sanctuaire, on entendait désormais parler de revenants, que certains auraient vus en plein jour à Athènes. Le domaine sacré était protégé des apparitions par la présence d'Athéna, mais cela n'empêchait pas ses habitants de ressentir une certaine angoisse. La tension montait lentement, tandis que la réponse de Zeus se faisait attendre.

Ishtar était assise dans les jardins du Palais sur une colonne effondrée, seule. C'était l'un des rares endroits du sanctuaire où la végétation semblait pouvoir survivre. Il y avait bien des oliviers près du bord de mer, du côté du Cap Sounion, mais ça n'avait rien à voir avec la vue qui s'offrait à ses yeux : des arbres fruitiers qui semblaient être perpétuellement en fleurs, projetant leur ombre sur une rivière qui émettait le bruit apaisant caractéristique aux mouvements de l'eau. Ca et là quelques ruines apportaient une touche mélancolique. Au sol, pas de terre visible, mais de l'herbe et de nombreuses fleurs. C'était à se demander comment un tel enchantement était possible sous le climat grec. Ishtar regarda le ciel, les étoiles commençaient à apparaître.

Elle avait passé la semaine avec Mu et Kanon. Elle les appréciait beaucoup, mais c'était le chevalier de la Vierge qui hantait ses nuits, alors qu'elle ne l'avait pas revu depuis le jour où elle avait appris qu'il était son chevalier. Soit il faisait entièrement confiance à Kanon pour sa sécurité, soit il l'évitait. A cette pensée, la jeune femme sentit son cœur lui faire mal. Avait-il eu pitié d'elle le jour où il lui avait dit la trouver belle ? Pourquoi ne l'avait-elle pas revu ? Elle savait qu'il n'avait pas quitté le sanctuaire, Mu lui avait dis l'avoir vu.

« Je te cherchais, j'ai cru que tu étais perdue. Ces jardins sont particulièrement vastes. » Elle releva la tête, Kanon approchait en souriant. Elle fut heureuse de le voir, ses pensées devenaient beaucoup trop mélancoliques.

« Malgré ton air grognon, tu es une vraie mère poule. » Répliqua-t-elle. Il ne répondit pas et s'allongea dans l'herbe, le visage tourné vers les étoiles. Il avait l'air détendu. Peut-être pouvait-elle en profiter pour lui poser quelques questions sur lui.

« Kanon ? »

« Hum ? »

« Pourquoi ne portes-tu pas d'armure ? Tu es un chevalier d'or pourtant. » Il soupira et tourna son visage vers elle. Il la contempla quelques instants, son masque et sa chevelure blanche lui donnaient une apparence surnaturelle.

« Il n'y a qu'une seule armure des Gémeaux et c'est mon frère Saga qui la possède. Cependant, j'avais l'armure de Dragon des Mers lorsque je servais Poséidon. J'étais son général… » Il ne se sentait pas capable de plus lui parler de son passé, il avait sa fierté et son passage au Cap Sounion était pour lui un souvenir encore trop douloureux.

Ishtar se leva, quittant la colonne abattue sur laquelle elle était assise, et vint s'asseoir dans l'herbe à côté de lui. Sans comprendre pourquoi, elle sentait la mélancolie cachée derrière ses paroles. Etait-ce ce qu'avait évoqué Rhadamanthe en disant qu'il n'avait pas de leçons à recevoir d'un traître ? Ca pouvait expliquer pourquoi Saga et lui s'entendaient si mal. Elle avait constaté plusieurs fois des tensions entre les jumeaux au cours de la semaine.

« Remarque ça pourrait être amusant de te voir parader dans le palais d'Athéna avec une armure de Poséidon sur le dos. » Dit-elle en plaisantant. Il sourit, cette idée était complètement saugrenue.

« Que faisais-tu avant ? »

« Avant ? » La question la surpris. Ce n'était pas le genre de Kanon de poser des questions, ou du moins, il ne lui avait pas semblé du genre à avoir très envie de s'intéresser à autrui.

« Tu as un léger accent. Je suppose que tu n'as pas passé toute ta vie à vagabonder. Et c'est à mon tour de poser une question, puisque j'ai répondu à la tienne. » Nota son garde du corps.

« Je suis française, mais mes parents adoptifs m'avaient adoptée en Grèce. Ils y étaient en vacances quand ils m'ont trouvée près d'un buisson, je n'avais pas plus de quelques heures. Quand… » Elle prit une inspiration. « Quand ma malédiction est apparue, le jour de mes 18 ans, j'ai du fuir en me cachant au maximum. J'étais terrifiée que l'on voit mon visage. J'ai erré près de trois mois, après avoir décidé de fuir en Grèce, ça semblait logique, puisque j'y étais née. Tu connais la suite. » Il essaya de la réconforter, il avait senti de la tristesse dans sa voix.

« Saga et moi aussi sommes orphelins, comme la plupart des chevaliers d'Athéna. Mais c'est une chance que tu puisses avoir bénéficié d'une famille adoptive non ? » A ces mots, elle éclata en sanglots. Pris au dépourvu, Kanon quitta sa position allongée et s'assit pour la prendre dans ses bras. Il ne comprenait pas ce qu'il avait pu dire pour la mettre dans un état pareil, son corps entier était secoué par les larmes. Elle mit plusieurs minutes à retrouver un semblant de calme.

« Je n'ai plus de famille Kanon » Il y eut un long silence, il sentait qu'elle avait besoin de se confier. « Je … le soir de mon anniversaire. A l'heure de ma naissance, enfin, c'est ce que j'en ai déduis. Mon père, il…il m'a regardée, puis m'a brusquement entaillé le bras avec un couteau. Il a essayé de me tuer J'ai couru auprès de ma mère, mais elle a eu l'air pétrifiée en voyant mon visage et elle a eu la même lueur monstrueuse dans le regard. Elle a commencé à me poursuivre. » Elle sentit les bras de Kanon se resserrer autour d'elle. « Je me suis enfermée dans le bureau de mon père, il y cachait une arme à feu. Quand il a défoncé la porte, j'ai tiré. Je … j'ai tué mes propres parents. Et puis en fuyant, dans le miroir de l'entrée, j'ai vu… j'ai vu mon visage, un visage affreux, maudit… C'est là que j'ai compris que je devais le cacher à tout prix. »

Kanon ne répondit rien, se contentant d'attendre qu'elle s'apaise. Une fois calmée, il la libéra et se rallongea dans l'herbe. Elle l'imita, ils avaient tous les deux le visage tourné vers les étoiles. Il y eut un long silence.

« Kanon, tu veux bien me montrer les constellations ? » Il sourit, et commença à lui montrer certaines étoiles avec la main, en les nommant. Cette nuit là, une sorte de lien s'était créé en eux.

Dans l'ombre, une silhouette élancée les observait. Un mince sourire s'étendit sur ses lèvres. Aphrodite aimait beaucoup se promener dans les jardins du Pope et c'était la nuit que les fleurs dégageaient leurs parfums les plus subtils. Il observa quelques minutes le couple allongé dans l'herbe avant de s'en aller. Un chevalier allongé à côté d'une déesse, la déesse de l'amour en plus… Il allait avoir beaucoup de choses à raconter le lendemain.


Le lendemain matin, Kanon était en retard pour l'entraînement qui avait lieu dans l'arène réservée aux chevaliers d'or : deux heures de retard, malgré le fait qu'il n'était que 7 heures du matin. Ishtar et lui ne s'étaient séparés que très tard et avaient passé la nuit à discuter.

Lors des entraînements en commun qu'ils pratiquaient depuis leur retour à la vie, les chevaliers d'or n'utilisaient ni leur cosmos, ni leur armure. Cela permettait de garder leurs techniques secrètes, ainsi que de développer leur force physique brute. Cela évitait aussi d'abîmer les armures ou de se blesser inutilement. Ils étaient simplement vêtus d'un pantalon en toile, pieds nus, torse nu pour la plupart. Certains portaient des bandages autour des poignets.

Dans l'arène, Shura se battait avec Aldébaran, sa vitesse lui permettant de tenir face à la force brute du brésilien. Un peu plus loin, Saga et Aphrodite combattaient également. Milo, Camus et Deathmask étaient en pleine conversation, tout en faisant des tractions. Mu projetait des pierres sur Shaka, que l'indien brisait avec les mains ou les jambes. Enfin, les Chevaliers du Sagittaire et du Lion couraient autour de l'arène. Seul Dohko manquait à l'appel, mais il n'assistait jamais aux séances communes d'entraînement.

« Te voilà enfin Kanon ! »

« Désolé du retard Saga. » Son frère lui jeta un regard de travers.

« Tu as l'air d'avoir eu une soirée épuisante... » Aphrodite arborait un petit sourire satisfait qui fit hausser un sourcil à Kanon. Qu'est-ce qu'ils avaient à être tous bizarre ce matin ?

« Laissez le tranquille. Viens t'entraîner avec moi Kanon » Milo jeta un regard lourd de sous-entendus à Aphrodite, devant un ex-Dragon des Mers interloqué. Finalement, il suivit le Scorpion et ils se mirent à combattre, tandis que les autres reprenaient leur entraînement, non sans leur jeter des regards de temps en temps.

« Tu vas en baver Kanon, je tenais à te prévenir. » Surpris, l'interpellé fut projeté à terre par le Scorpion. Il se releva d'un bond.

« Milo ? »

« Des rumeurs courent sur toi au sanctuaire. » Le Scorpion envoya un coup de pied, que réussit à bloquer son adversaire. « On raconte que tu serais un peu trop proche d'Ishtar, si tu vois ce que je veux dire… »

« Hein ? Mais c'est stupide ! Elle est maudite, elle ne peut pas avoir ce genre de relation avec un homme ! »

« Je t'aime bien Kanon… » Milo avait du respect pour lui depuis qu'il avait subi sans broncher les piqûres de l'aiguille écarlate. « Mais tout le monde ne réfléchit pas autant. Sois prudent. » Ils continuèrent à se battre en silence.

« Milo, puis-je te prendre ton partenaire ? Mu est disponible pour se battre si tu le désires. » Le Scorpion regarda la Vierge, au ton de sa voix, c'était plus un ordre qu'une réelle question.

« Très bien, à plus tard. »

Tandis que Milo s'éloignait, Kanon observa Shaka. Parfois, il se demandait s'il était vraiment humain. Malgré sa tenue, il avait toujours un air distingué, supérieur. Il ne suait même pas, alors qu'il s'entraînait depuis l'aurore et bien entendu, il avait les paupières closes. Seuls ses longs cheveux blonds étaient légèrement ébouriffés.

« Tu es prêt Kanon ? » Après que celui-ci eut hoché la tête en signe d'acquiescement, les deux hommes commencèrent à combattre. Contrairement à Milo, le chevalier de la Vierge évitait la plupart des coups de Kanon, jouant de sa vitesse, mais ratait rarement les siens. L'ex général de Poséidon eut bientôt une belle coupure à l'arcade et devant le sourire presque cruel de Shaka, il comprit que leur combat n'avait rien d'un entraînement. Cependant, comme ils n'utilisaient pas leur cosmos, il avait un léger avantage physique sur son adversaire et réussit à reprendre le dessus quelques minutes. Son erreur fut de frapper Shaka au visage, ouvrant sa lèvre inférieure. L'homme le plus proche de dieu fronça les sourcils, on ne faisait pas couler son sang impunément.

A la fois fascinés et inquiets, les autres chevaliers d'or présents s'approchèrent pour observer le combat.

« On devrait peut-être les arrêter non ? » Demanda Mu.

« Mais non, je propose de faire des paris » Dit Milo « sur le premier qui sera projeté à terre. »

« On parie quoi ? » Fut la réponse de Saga, clairement pas inquiet pour son frère.

« Ceux qui trouvent le vainqueur se mettront d'accord pour faire faire un gage aux perdants. »

« Ok » Répondirent tous les ors présents. Milo aurait fait un excellent bookmaker.

A quelques mètres de là, l'ambiance était nettement moins bon enfant et beaucoup plus violente. Les deux chevaliers enchaînaient les attaques, de plus en plus rapides. Kanon était surpris de l'attitude de Shaka, ça ne lui ressemblait pas. C'était comme s'il lui avait fait du tort. Il voulut éviter un coup de poing de l'indien, mais c'était un piège. Vif comme l'éclair, Shaka s'était laissé tomber au sol pour faucher les jambes de Kanon avec un coup de pied. Déstabilisé, le Dragon s'effondra de tout son long, dos au sol. Shaka eut un sourire : « Le combat est terminé maintenant. Tu as perdu chevalier. » Il tendit la main vers Kanon pour l'aider à se relever. Quand celui-ci fut debout, il s'approcha de son oreille et lui murmura : « Je ne veux plus te revoir seul avec elle. »

Kanon n'eut pas le temps de répondre, l'indien s'éloignant déjà, sa chevelure brillant comme de l'or sous le soleil grec. S'il n'avait pas connu la réputation de la Vierge, il aurait pu le penser jaloux.


Assise dans la grande bibliothèque du Palais, Ishtar lisait les récits de la première guerre sainte, afin de comprendre le rôle qu'elle y avait joué. La pièce était vaste et calme, les allées d'étagères, longues de plusieurs dizaines de mètres, donnaient au lieu un aspect labyrinthique.

Elle avait décidé de faire quelques recherches sur la déesse qu'elle incarnait, mais aussi sur l'histoire du sanctuaire en général. Elle alternait sa lecture entre un vieux livre poussiéreux et le carnet de mémoires d'un ancien Grand Pope. Sa table était couverte de manuscrits et elle prenait des notes sur ce qu'elle trouvait d'intéressant dans ses lectures. Elle poussa un soupir. Avoir passé la nuit à discuter avec Kanon l'avait privée de pas mal d'heures de sommeil.

Elle sentit quelque chose effleurer son épaule. « Des cheveux blonds? » A cette pensée, elle eut toutes les peines du monde à ne pas déglutir bruyamment. Shaka était penché au-dessus d'elle et regardait ce qu'elle faisait.

« Une clochette Shaka ! »

L'homme le plus proche de dieu s'écarta légèrement pour s'appuyer contre la table et lui faire face. Il avait les yeux ouverts et portait son armure, ainsi qu'une cape.

« Une clochette ? » Il haussa un sourcil.

« Oui, une jolie clochette dorée irait à merveille avec cette armure. Et ça fait du bruit. C'est bien pour ne pas prendre les gens par surprise. »

« Je ne voulais pas vous effrayer Déesse. »

« Pitié! Tu m'as vue sans mon masque, alors tutoie-moi. Après tout, tu es un dieu aussi. »

« Tu parles Atlante et Grec ancien ? » Dit-il pour changer de sujet.

« Non pourquoi ? » Shaka lui jeta un regard intrigué.

« C'est ce que tu lisais… »

« Quoi ? C'est impossible, je n'ai jamais appris ces langues. »

« Tu en es sure ? »

« Oui »

« Dans ce cas tu as le don des langues. Tu viens de me répondre en sanscrit. »

« Je… » Elle était ébahie. Comment ne s'en était-elle pas rendue compte auparavant ? Depuis son anniversaire, elle n'était jamais tombée sur un texte ou une chanson dont-elle ne comprenait pas les paroles. « Je ne le fais pas consciemment. C'est sans doute comme mon pouvoir de guérison. » Elle soupira et releva le regard vers son visage. « Je suppose que tu ne voulais pas me voir pour parler de mes dons en langue ? Je ne t'avais pas vu depuis un moment. » Sa voix sonnait comme un reproche. Elle marqua une pause en voyant la cicatrice sur la lèvre inférieure de Shaka. « Enlève ton casque s'il te plaît. »

Il s'exécuta et posa son casque sur le bureau. Il avait un bel hématome sur le front en plus de sa blessure à la bouche. Elle se leva en silence alors qu'il la regardait avec attention. Il avait une expression insondable mais elle le sentit frémir imperceptiblement quand elle effleura sa joue, réagissant presque comme un animal sauvage non encore apprivoisé et non encore habitué à un quelconque contact physique. Heureusement, le masque que portait la déesse empêchait Shaka de voir qu'elle le dévisageait. Toutes traces de blessures ayant disparu du visage de l'indien, elle se rassit.

« Je te remercie. » Finit-il par dire d'un ton neutre.

« Tu t'es battu ? » Il se pencha vers elle, jusqu'à ce que son visage ne soit plus qu'à quelques centimètres de celui d'Ishtar. Elle se sentit comme hypnotisée par ses yeux magnifiques, bordés de longs cils noirs.

« Ta sollicitude est vraiment très touchante » Malgré ses paroles et sa voix de miel, son visage avait une expression fermée. « Mais je ne me suis pas battu sérieusement ce matin. »

« Pourquoi es-tu venu ici ? » Il ne répondit pas. Lentement, délibérément, afin qu'elle soit bien consciente de ce qu'il faisait, il lui enleva son masque. Elle pouvait sentir le souffle du chevalier sur son visage. Elle réalisa qu'elle était complètement soumise à sa volonté : envoûtée, mais étrangement lucide.

« Les dieux sont des êtres possessifs » Souffla-t-il « Ils n'apprécient pas de se voir voler leurs biens par des hommes. » Ishtar fut persuadée qu'il arrivait à entendre les battements de son cœur tant celui-ci faisait des bonds dans sa poitrine. « Apprends pour ton malheur que les dieux n'ont aucune pitié et tuent ceux qui s'emparent de ce qu'ils ont ou convoitent. » Il lui remit son masque sur le visage et s'écarta. « Evite Kanon si tu ne veux pas le voir mourir. Il n'est pas officiellement un chevalier d'Athéna, Zeus ne risque donc aucune représailles s'il le tue. »

« Mais, c'est juste un ami, crois-moi ! » Ishtar était médusée.

« Je n'ai pas à le savoir, j'ai juste à te défendre. » Il remit son casque. « La réponse de Zeus est arrivée cet après-midi. Il accepte une audience dans deux jours. Athéna m'a ordonné de ne te pas te quitter d'ici là. »


Lorsqu'Ishtar et Shaka quittèrent la bibliothèque, il faisait déjà nuit depuis longtemps. Après qu'il lui eut raconté ce qu'avait appris Dohko sur son compte, elle avait recommencé ses recherches. Shaka s'était alors contenté de se mettre à méditer. Ils étaient restés ainsi pendant plusieurs heures, même si elle n'avait pu s'empêcher de l'observer à la dérobée.

« Merci d'avoir porté tout ces livres, tu peux les poser là. » Dit-elle en désignant à son compagnon une table. Ils se trouvaient dans le boudoir de ses appartements, une pièce relativement petite, mais à l'ambiance intime et chaleureuse, qui servait d'entrée. Le chevalier de la Vierge déposa la pile de livres. Ishtar grimaça en réalisant que vu leur taille et leur poids, ils devaient peser autant qu'une collection d'encyclopédies.

Il sourit en regardant les titres : « Le sanctuaire sous-marin », « Histoire de Babylone », « Les guerres saintes », mais surtout « La vie du Bouddha » et « Le bouddhisme dans le monde. »

« C'est le message ou le messager qui t'intéresse ? »

« Pardon ? »

« Si tu as des questions à poser sur moi, je suis le mieux placé pour répondre. » Il avait toujours son air serein, mais une lueur amusée illuminait son regard.

« Je pensais améliorer ma culture et en profiter pour un peu mieux cerner mon unique chevalier. Mais puisque tu le proposes, j'ai une question. » Shaka enleva son casque et s'assit sur le canapé.

« Oui ? »

« Shion m'a dis que tu étais la réincarnation du Bouddha. Est-ce que tu communiques avec lui ou est-ce que tu es lui ? Je suis la réincarnation d'Ishtar, mais je n'ai aucune indication sur elle. Il semble que j'ai ses pouvoirs, mais je n'ai jamais eu le sentiment d'être en contact avec un être supérieur. »

« La réincarnation varie selon les dieux. Poséidon, lorsqu'il est dans le corps de Jullian Solo, lui impose sa volonté. Pour Saori, c'est différent, elle a toutes les caractéristiques d'Athéna, sans pour autant avoir les souvenirs des vies précédentes de la déesse. Peut-être est-ce la même chose pour toi. Les pouvoirs de la divinité mais l'esprit de l'humain. » Il marqua une pause, tandis qu'elle restait debout, absorbée par ses paroles. « En ce qui me concerne, je ne suis pas la réincarnation de Bouddha. » Ishtar crut que ses oreilles lui jouaient un mauvais tour.

« Mais, tout le monde dans le sanctuaire en est pourtant persuadé ? »

« Il est plus correct de dire que je suis l'homme le plus proche de dieu. Par définition, le Bouddha est éveillé et son âme a quitté le cycle des réincarnations. Mais ça ne l'empêche pas de communiquer. En quelque sorte, il m'a élu depuis la naissance afin de me donner son enseignement. »

« Mais, si tu es humain, comment peux-tu aller en Olympe avec Athéna et moi ? »

« Tu vois cette marque rouge ? » Il écarta les mèches blondes qui lui balayaient le front d'un revers de la main. « C'est une tâche de naissance, une sorte de marque du Bouddha. C'est ce qui a permis aux moines qui m'ont élevé de me reconnaître comme son envoyé. »

« Tu es une sorte de demi-dieu ? »

« Si tu veux... »

Elle ne put s'empêcher de sourire, il disait cela avec un tel calme, alors que leur conversation était presque surréaliste. Elle poussa soudain un bâillement sonore, elle n'avait pas récupéré les heures de sommeil perdues de la nuit précédente. Elle s'étira comme un chat.

« Shaka, quand tu disais que tu n'allais pas me quitter pendant deux jours, ça incluait la nuit ? »

« Oui, Athéna est inquiète depuis la lettre de Zeus. » Il eut un étrange sourire « Ne t'inquiète pas, je comptais dormir sur le canapé. » Ishtar remercia mentalement son masque en sentant ses joues rougir violemment. Elle quitta la pièce pour aller chercher une couverture dans sa chambre, puis la donna à Shaka avant de lui souhaiter une bonne nuit.

Elle soupira en fermant la porte qui séparait sa chambre du boudoir. Quelques minutes plus tard, elle retirait son masque et se glissait avec volupté dans son lit.

Est-ce qu'elle rêvait ? Elle ressentait un étrange sentiment, délicieux. Elle ouvrit les yeux.

« Kanon ? » Murmura-t-elle. Il était assit sur son lit et caressait ses courbes du regard.

« Chut… », Il lui posa un doigt sur les lèvres, avant de commencer à l'embrasser dans le cou. Elle ne put s'empêcher de gémir quand il lui mordilla le lobe de l'oreille.

« Attends, je… qu'est-ce qui te prend ? Et, tu as vu mon visage… »

« Les chevaliers d'or ne sont pas affectés, laisse-toi faire. » Souffla-t-il d'une voix rauque et sensuelle. Il lui emprisonna les poignets de sa main droite, tandis qu'il remontait lentement sa main gauche le long des cuisses de la jeune fille. Mais c'était sans compter sur le doute qui s'empara d'elle.

« Non, je … c'est impossible. » Elle commença à lutter pour se libérer. Elle avait été tuée par le chevalier de la Vierge lors de la première guerre sainte lorsqu'il avait vu son visage. Il mentait, ça ne pouvait pas être Kanon. « Shaka ! » Il n'eut pas le temps de la faire taire.

« Sors d'ici ! » Shaka s'était précipité dans la pièce, le cri de la jeune femme l'ayant sorti de sa méditation. Il ne dormait que très peu. « Tu n'as pas le droit de la pourchasser au sanctuaire, c'est un accord que tu as passé avec Athéna. » L'homme libéra Ishtar et se leva, ses yeux jetaient des éclairs. Son regard n'avait rien à voir avec celui de Kanon. Il n'avait rien d'humain. Shaka décida d'ouvrir les yeux pour lui faire face, libérant son cosmos de manière agressive.

« Tu as du cran pour oser me défier. » Répliqua l'intrus avant de se tourner vers Ishtar. « Ce n'est que partie remise ma chère. Je pensais réussir en prenant la forme d'une personne de confiance, mais il semblerait que je me sois trompé. Nous nous reverrons bientôt. » Il disparut en une fine pluie d'or. Shaka resta silencieux : comment avait-il pu pénétrer au sanctuaire sans qu'il parvienne à détecter son cosmos ?

« Shaka ? Déesse Ishtar ? » Les autres chevaliers d'or accoururent dans l'appartement. L'indien eut à peine le temps de sortir de la chambre et de fermer la porte, empêchant ainsi les autres d'y pénétrer.

« Qu'est-ce qui se passe, on a senti ton cosmos … mais, tu as les yeux ouverts ? ! » Saga était le premier à avoir pris la parole. Shaka soupira et passa une main sur son front.

« Disons que Zeus a raté une tentative de séduction. »

« Quoi ? » Les autres chevaliers étaient médusés.

« S'il vous plaît, retournez dans vos chambres, elle a besoin de repos. » Kanon et Shaka restèrent seuls une fois les autres renvoyés.

« Laisse-moi la voir Shaka »

« Non, surtout pas toi. Il avait pris ta forme. » L'ex Dragon des Mers comprit et hocha la tête. Il sortit de la pièce en silence.

Une fois Kanon partit, Shaka retourna voir Ishtar. Elle ne semblait pas consciente de sa présence. Elle était prostrée sur le lit, repliée sur elle-même, les yeux fermés, serrant ses genoux avec ses mains. La peau dorée de ses poignets était devenue bleue par endroits, sous l'effet de la poigne de Zeus. Elle était complètement immobile et ne bougeait pas, ne pleurait pas. Seuls ses cheveux se mouvaient doucement, soulevés par le vent venant des fenêtres ouvertes. Il s'assit à côté d'elle sur le lit.

« Ouvre les yeux et regarde-moi s'il te plaît. » Il n'osait pas la toucher, elle avait l'air d'un animal blessé. Lentement, elle obéit. Ses yeux verts étaient emplis de tristesse, de dégoût et de honte.

« Est-ce qu'il t'a … ? »

« Non » Elle le coupa et détourna le regard. Elle était morte de honte, mais elle n'arrivait pas à pleurer. « Pourquoi est-ce qu'il s'acharne ? J'ai tout perdu à cause de lui. A cause de sa malédiction. Je ne sais même pas ce que je suis…»

Shaka resta silencieux. Elle ne pleurait toujours pas, comme s'il lui était impossible d'évacuer ses émotions. Il prit ses mains dans les siennes, paumes contre paumes.

« Ferme les yeux » Ordonna-t-il d'une voix calme. Il se concentra, libérant lentement son cosmos. Une douce brume dorée, bienfaisante et sereine les enveloppa bientôt tout les deux. Des ondes ni bonnes ou mauvaises, parfaitement neutres. Ishtar sentit une incroyable sérénité l'envahir, comme si l'aura de Shaka venait mettre du baume sur les blessures de son âme. Une sensation douce et étrange de lâcher prise. Ses sentiments semblaient être celle d'une autre. Juste la sensation d'être en paix avec l'univers.

Les yeux fermés, paumes contre paumes, l'un en face de l'autre, l'aura de Shaka voyageant paisiblement autour d'eux : ils restèrent ainsi plusieurs dizaines de minutes ou quelques secondes, elle n'aurait pas pu le dire. Il finit par ouvrir les yeux et rappeler à lui son cosmos. Ishtar ouvrit lentement les paupières à son tour, comme si elle venait de s'éveiller d'un songe. Elle semblait apaisée. Ils se regardèrent en silence pendant quelques minutes.

« Tu veux bien rester ici cette nuit ? » Il hocha la tête pour toute réponse. Soulagée, elle s'allongea près de lui, gardant l'une de ses mains dans les siennes. Elle sombra bientôt dans un sommeil sans rêves, sous le regard de son chevalier.


Saori soupira. La tournure des évènements ne lui plaisait guère. D'abord, Zeus avait tardé à répondre à sa lettre, malgré le péril que représentait l'effondrement des Enfers : une semaine de perdue. Ensuite, Rhadamanthe avait envoyé un message alarmant, les Enfers s'effondrant plus vite que prévu. Il devait leur rester deux mois, et finalement, ce serait un mois tout au plus. Pour couronner le tout, de nombreuses rumeurs courraient au sanctuaire sur Ishtar et Kanon. C'était sans doute la jalousie qui avait poussé Zeus à l'agresser hier soir.

Elle jeta un regard à Ishtar. Elle était assise sur le sable, pieds nus, se moquant totalement de savoir si cela convenait à son rang de divinité ou pas. Depuis son arrivée, accompagnée de Shaka, elle n'avait pas prononcé un mot. Elle s'était contentée de s'asseoir et de regarder la mer tout en écoutant la flûte de Siren de Sorente.

Saori se tourna vers Jullian, il avait l'air tendu. Sorente ne lui avait pas vraiment expliqué la raison de sa venue ici. Il n'avait aucun souvenir de Poséidon et la présence des Chevaliers d'or était loin de calmer ses interrogations.

« Je l'ai ! » Kanon émergea des eaux, figure sculptée par les flots digne d'un tableau mythologique. Il tenait dans ses mains l'urne sacrée scellée par le sceau d'Athéna, qui avait été replacée au Cap Sounion. Ruisselant d'eau de mer, il s'approcha et la donna à Saori.

Sans savoir pourquoi, la vue de cet objet rendit Jullian extrêmement nerveux, tout son corps s'en méfiait comme de la peste.

« Ne l'ouvrez pas… » Dit-il instinctivement, d'un ton presque suppliant, improbable venant d'un tel homme.

« Je vous demande pardon Jullian. » Les larmes brillaient dans les yeux d'Athéna en rompant le sceau. Le son de la flûte laissa place au silence de la mer.

Une vive lumière se répandit, puis entoura le corps du jeune humain.

Quand elle disparut, un puissant cosmos entourait Jullian ou plutôt Poséidon. Son visage, pourtant identique, semblait désormais comme transfiguré par une puissance et une volonté anciennes et presque sans limite. Sorente posa aussitôt un genou à terre. Après avoir examiné calmement ce qui l'entourait, le dieu se tourna vers Kanon, le contemplant quelques instants de son regard sans âge.

« Tu ne t'inclines pas ? Rejettes-tu ton armure de Dragon des Mers chevalier, ainsi que ta place dans le sanctuaire sous-marin ? »

« Pardonnez-moi seigneur, mais il m'est impossible de choisir entre vous et Athéna. »

« Nous réglerons ce problème plus tard Poséidon. Je ne t'ai pas libéré pour nous quereller sur un chevalier »

Poséidon se retourna vers Athéna. Elle était toujours aussi belle, aussi désirable. De lui ou Jullian, il ne savait pas réellement lequel était le plus attiré. Car il avait accès aux souvenirs de son hôte, même si l'inverse n'était pas vrai. « Tu n'ignores pas que j'ai combattu Hadès, et je te remercie de ton aide. » Poséidon fit un léger signe de la main, pour lui signifier d'abréger. « J'ai besoin de ton aide pour ramener Hadès à la vie et empêcher la destruction des Enfers. Si rien n'est fait, les âmes des morts regagneront la Terre. » Poséidon ne put s'empêcher de rire devant l'absurdité de la scène.

« La situation doit être bien grave pour que tu ME libère afin de sauver mon frère. Mais je crains de ne rien pouvoir pour toi. Je ne ressuscite pas les morts. »

« Moi si. » Poséidon tourna la tête vers l'origine de la voix. La femme était de profil, assise, et regardait la mer. Ses cheveux, son masque… il avait l'impression de la connaître. Elle n'avait pas daigné tourner la tête vers lui pour parler. Il reporta son attention vers Athéna avec cette fois plus aucune trace de rire dans la voix. Il avait reconnue la jeune femme. Il n'eut qu'une question:

« Depuis quand ? »

« Elle est arrivée au sanctuaire il y a un peu moins de trois semaines »

« Athéna, tu veux que je t'aide à convaincre Zeus ? »

« Exactement. Il faut aussi que tu reconstruises ton sanctuaire. Si nous parvenons à convaincre Zeus, il faudra ressusciter tes gardiens, afin que leur présence rende la Terre moins vulnérable lors du retour d'Hadès. »

« Pourquoi t'aiderais-je ? Tu sais ce que je pense de l'humanité actuelle et de sa corruption. »

« La priorité est Hadès et tu le sais. Nos différences de point de vue devront se régler plus tard. » Poséidon ne put s'empêcher de sourire. Le futur promettait d'être excitant.

« J'accepte, mais mon frère risque de ne pas être aisément influençable. »

« Bien, il nous a accordé audience pour demain. Je crois que ceci t'appartiens. » Athéna tendit ses deux mains en avant, tandis qu'un objet y apparaissait. Avec un sourire, l'Empereur des Mers saisit son trident, puis concentra son cosmos. Il ressentait le cosmos des armures de ses généraux. Elles étaient toutes dans son palais englouti, même celles de Kanon et Siren.

« Dans ce cas Athéna, je prends congé. J'ai un sanctuaire à reconstruire d'ici demain. » Il se tourna vers le Dragon des Mers, faisant peser son regard sur lui avant de reprendre la parole. « Tu y seras le bienvenu Kanon. » Sans attendre de réponse, il s'enfonça majestueusement dans les eaux de la Méditerranée, suivi de Siren de Sorente, gardien de l'Atlantique Sud.

Saori les regarda disparaître dans l'eau, à la fois soulagée et angoissée. Combattre le feu par le feu était sa seule option, mais les guerres risquaient de se rallumer une fois les Enfers sauvés de la destruction. Ses longs cheveux violets dansaient gracieusement avec le vent, flottant devant son visage. Une unique larme coula lentement le long de sa joue.