Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Disclaimer: Les personnages de Masami Kurumada ne m'appartiennent évidemment pas.

Dans ce chapitre : Poséidon arrogant, Zeus détestable, Ishtar du côté sombre de la force, et Shaka à l'ouest… (Ça vous avance …)

Petite précision, lors de la description du trône de Zeus : « symbole du foudre » car en Grec, la foudre, c'est masculin. Le foudre est donc le symbole de la virilité de ce cher Zeus. Coureur comme nous le connaissons, nous n'oserions pas nous attirer sa colère en féminisant son symbole…

Bonne lecture lecteur adoré ! Merci à ma bêta lectrice…


Chapitre 3 – Splendeurs et Misères d'une courtisane


Cette nuit là, sur la plage, Kanon marchait lentement, l'air songeur. Il avait prouvé sa loyauté et sa fidélité envers Athéna et il était officiellement le second chevalier des Gémeaux : ombre protectrice de Saga et éventuel remplaçant. Il avait souffert pour regagner son honneur, puis avait été damné comme les autres chevaliers d'or.

Mais pourtant, le domaine sous-marin lui manquait énormément. La mer, les vagues, l'odeur de son océan, le chant marin... Là-bas, il n'était pas le remplaçant ou l'ancien traître, mais Kanon, général de Poséidon, gardien de l'Atlantique Nord. Il n'estimait pas que l'Empereur des mers fût complètement mauvais. Il poursuivait un idéal : recréer une humanité lavée de ses pêchés. Kanon huma longuement l'air marin. Le déluge. Un génocide. Un idéal bon mais les mauvaises méthodes. Ca ne le gênait pas tellement à l'époque. Mais la douleur des autres ne le gênait pas tant la sienne l'aveuglait. Il avait changé depuis.

« Kanon, je peux marcher avec toi ? » Saga s'approchait. Il y avait une sorte de gêne entre les deux jumeaux. Ils étaient à la fois si proches et si distants. Depuis leur retour à la vie, passée l'hostilité initiale ils s'étaient évités soigneusement l'un l'autre. La présence de son frère surprit donc l'ex-Dragon des Mers, mais la libération de Poséidon avait dû inquiéter son jumeau…

« Bien sûr. » Répondit-il simplement.

Ils marchèrent longtemps sous les étoiles, en silence, arpentant le domaine sacré.

« Tu sais, quoi que tu choisisses, tu seras toujours le bienvenu ici. Je… » Saga passa une main dans ses cheveux, n'osant pas regarder son jumeau dans les yeux. « … Je suis heureux que tu aies survécu au Cap Sounion. Je te demande pardon. » Kanon le regarda longuement.

« Moi aussi Saga. » Tout était dit. Lorsqu'ils rentrèrent se coucher, ils dormirent l'un contre l'autre, comme lorsqu'ils étaient enfants.


Elle n'arrivait pas à dormir. Elle devait le revoir le lendemain et elle avait peur qu'il ne revienne malgré la présence de Shaka. Elle avait encore des bleus sur les poignets. Elle n'avait pas la peau qui marquait facilement pourtant. Zeus… Il fallait arrêter d'y penser. Dormir. Impossible.

Elle se leva et entra doucement dans son antichambre. Shaka dormait paisiblement sur le canapé. L'armure de la Vierge s'était reconstituée dans un coin de la pièce, figée dans une muette supplique. Seuls les rayons de lune éclairaient l'endroit. Tout était si calme et pourtant…

Elle s'approcha doucement de Shaka pour s'asseoir sur le rebord du bras du canapé. Il dormait toujours. Sa présence la rassurait, mais lui donnait envie de pleurer en même temps. Il avait un pouvoir incroyable sur elle. Elle se demanda comment elle pouvait ressentir cela.

Pouvait-elle tomber amoureuse de lui alors qu'elle le connaissait à peine? Quelle ironie ! Elle, Ishtar, déesse babylonienne de l'amour, désirée par Zeus lui-même, elle avait réussi à tomber amoureuse du seul homme qui lui serait à jamais inaccessible : Shaka, le préféré du Bouddha. Impossible de chercher la moindre explication rationnelle à l'attirance puissante qu'elle ressentait envers lui depuis le début. Il devait penser qu'elle s'intéressait à Kanon, surtout après que Zeus eut choisi cette forme pour essayer de la séduire. Pourtant, même si Kanon était indéniablement séduisant, c'était juste un ami. Son côté rebelle l'avait vite attirée, elle pouvait plaisanter avec lui, alors qu'elle n'osait même pas se demander comment réagirait Shaka si elle lui faisait le genre de remarques qu'elle pouvait faire au Gémeau. Kanon était un écorché vif, comme elle. Ils se ressemblaient.

Instinctivement, Ishtar sentait que le calme de Shaka, mais surtout son attitude hautaine, cachaient sûrement des souvenirs douloureux. Elle avait envie de penser qu'il était profondément humain malgré tout. Il était si beau étendu ainsi, elle avait envie d'embrasser son visage, le point sur son front, sa bouche, caresser doucement, ses cheveux, sa peau. Si proche et si lointain. Inaccessible. Elle soupira légèrement.

« Ishtar ? » Il ouvrit les yeux. Il était obligé d'ouvrir les yeux en sa présence. Tout être humain avait un cosmos, mais pas elle. On aurait dit que Zeus s'était acharné à la priver de ses moindres capacités psychiques. Il se réveillait instinctivement quand un cosmos s'approchait, mais elle, elle aurait largement pu le poignarder dans son sommeil.

« Je suis désolée, je n'arrivais pas à dormir. »

« Tu as peur pour demain ? » Elle ne répondit rien mais son attitude soudain tremblante exprima sa réponse mieux qu'un discours. Sans un mot, il se leva et la prit doucement dans ses bras pour la porter vers son lit. « Ne t'inquiètes pas, je resterais ici cette nuit. » Il la berça doucement jusqu'à ce qu'elle s'endorme.

Se lever. Prendre une douche. Se coiffer. Se forcer à manger sous la menace d'un Shaka qui la surveillait comme le lait sur le feu. Toute la journée, Ishtar eut l'impression de vivre le dernier jour d'un condamné à mort. Saori aussi avait l'air sombre. Puis Hermès était arrivé dans la soirée. Le messager des dieux était la seule personne capable de se téléporter dans n'importe quel sanctuaire, avec Zeus.

Hermès avait l'apparence d'un adolescent d'une quinzaine d'années. Il portait une simple toge, digne de la Rome antique, et de fines sandales dorées qui avaient des ailes remontant à partir du haut des talons. Son regard profond démentait cependant son apparence juvénile. Il avait téléporté Athéna, Ishtar et Shaka sur le mont Olympe, puis était reparti aussi vite qu'il était venu, sans presque échanger aucune parole.

Ils étaient dans la salle du trône désormais, mais celui-ci était vide. La salle semblait irréelle. Tout y était empreint de majesté et de puissance. Deux immenses portes en or en marquaient l'entrée et deux autres portes étaient situées derrière le trône, placé sur une estrade. Le siège était majestueux, gravé du symbole du foudre. Il semblait être taillé dans du diamant. Un trône plus petit était à ses côtés, sans doute destiné à Héra.

De puissantes colonnes en verre ciselé d'or s'élevaient vers le ciel, leurs sommets se perdaient dans les nuages et le sol était en verre transparent. On pouvait voir à travers le vide, puis la terre. Une salle véritablement céleste. Le ciel y était partout, ainsi que la lumière.

« Ca ne vaut pas mon domaine » Poséidon venait d'entrer dans la salle, nullement impressionné par la beauté et la puissance émanant de l'endroit. Il s'avança devant le petit groupe et fit un baisemain à Saori et Ishtar. Habillé d'une ample toge et de parures en argent, le dieu semblait en cet instant transcender l'apparence de Jullian, qui n'avait presque plus rien d'humain, mais tout du charisme que l'on pouvait attendre de l'un des trois grands.

Les armes et armures étant interdites dans le sanctuaire de Zeus pour ses invités, Shaka portait un simple sari orange, couleur de la pureté pour les bouddhistes. Depuis qu'ils avaient pénétré dans le domaine, Ishtar se sentait mal à l'aise, comme si son corps se souvenait de choses cachées à sa conscience.

Soudain ils sentirent une puissante aura s'approcher. Majestueux, Zeus venait d'arriver dans la salle. Un nuage d'or se forma sur son trône, pour finalement matérialiser la forme du seigneur de l'Olympe. Un mince sourire s'étira sur les lèvres de la divinité, son éternité était d'un terrible ennui depuis qu'il ne guerroyait plus sur Terre. Cette entrevue promettait d'être distrayante, d'autant que son jouet était là.

Zeus était d'une incroyable beauté dans sa toge de cérémonie. Il avait le corps et le visage d'un homme d'une trentaine d'années : de courts cheveux noirs, qui retombaient en mèches rebelles sur son front, contrastaient avec son visage pâle. Ses yeux gris clair, pailletés d'or, flirtaient avec la couleur bleue selon la lumière, et dégageaient une volonté hors norme. Saori ne put s'empêcher de penser qu'il ressemblait à Hadès, en un peu plus âgé. Après tout, ils étaient frères et sous sa forme actuelle, Zeus était dans son corps mythologique, tout comme Hadès lorsqu'il avait été tué en Elision. Pourtant, Hadès était bien le plus âgé des deux, mais son air triste et mélancolique lui donnait un air plus innocent, plus jeune que l'apparence de Zeus, qui au contraire dégageait une impression de puissance implacable.

« Cela fait bien longtemps que je n'ai pas reçu autant de divinités en ce lieu. Que puis-je pour toi Athéna ? » Finit-il par dire, sachant pourtant très bien quelle était la requête qui allait être formulée devant lui.

« Père… » Saori s'inclina brièvement « La mort d'Hadès menace la Terre. Il nous faut le ramener à la vie pour qu'il cesse la destruction des Enfers. »

« Tu ne dois cette situation qu'à toi-même ma fille. Tu as rompu les règles en l'attaquant dans son corps originel. En le détruisant, tu savais que cela l'empêcherait de se réincarner immédiatement et que cela violait nos lois. » Malgré le ton empli de reproches, le visage de Zeus était impassible, presque comme un masque voilant ses pensées véritables. « Il fallait s'attendre à de telles conséquences. Toi, plus que toute autre Pallas, dois le savoir. » Athéna allait répondre mais Poséidon fut plus rapide.

« Mon frère, je ne tiens pas à pâtir des erreurs de ma nièce. Les âmes libérées par la destruction des enfers hanteront aussi bien la terre que les océans. Et déjà, certains défunts ne rejoignent plus les Enfers. Je n'ai aucune envie de voir mon royaume envahi par des spectres. Peu m'importe les humains, très honnêtement, mais tu me dois cette protection. » Le roi des dieux affronta du regard son frère, une référence obscure à une chose qu'eux seuls connaissaient semblant emplir leurs regards, puis Zeus détacha son regard avant de se mettre à rire.

« Voilà un argument égoïste qui te ressemble bien. Je suppose que tu passeras l'éternité à gémir si je ne vous aide pas. » Il demeura silencieux quelques instants, semblant réfléchir. Puis il se leva et descendit les quelques marches de l'estrade sur laquelle étaient posés les deux trônes. Il s'approcha d'Ishtar et lui retira son masque, lentement, l'observant avec une attention toute particulière, presque tendre.

« Es-tu consciente que tu risques de mourir en ressuscitant Hadès ? » Murmura-t-il avant de baisser son regard, saisissant doucement ses mains. Il fit luire son cosmos entre ses doigts, les appliquant sur les poignets d'Ishtar, faisant disparaître les bleus qu'il avait causés. « Je ne voulais pas te blesser. » Ajouta-t-il dans un murmure, semblant sincère. « Et je ne souhaite pas plus te mettre véritablement en danger. Hadès est un risque pour toi. »

« Je n'ai pas vraiment le choix, puisque l'humanité risque de disparaître. Quant à ta volonté de ne pas me blesser, permets-moi d'en douter » Elle retira ses poignets des mains de Zeus en prononçant ses mots. Il ferma les yeux brièvement. Oui, son jouet avait toujours autant d'énergie et malgré la malédiction, sa volonté était intacte. Peut-être devait-il changer de méthode… Il rouvrit les paupières, un fin sourire sur ses lèvres masculines.

« Toujours aussi belle et sauvage Ishtar, malgré ton amnésie. Je trouve cela divertissant. » Son amnésie, que voulait-il dire ? Elle se souvenait parfaitement de sa vie et de son enfance.

« Je ne vois pas ce que j'aurai oublié. » Il ne répondit rien, se contentant de faire un léger geste du bras, qui fit se matérialiser un miroir près de lui.

« Tu as l'air surprise. C'est pourtant évident, mais peut-être comprendras-tu en voyant ton propre visage. Regarde-toi…tes yeux. Tu n'es pas totalement humaine. Comprends-tu maintenant ? Tu n'es pas véritablement une réincarnation Ishtar. »

Retenant son souffle, elle finit par détacher son regard de celui de Zeus et contempla ce que reflétait le miroir en face d'elle. Elle regarda sans comprendre. Le visage reflété était familier et terriblement étranger. Depuis son anniversaire, elle percevait un monstre dans la glace, mais pourtant, ici, elle voyait tout autre chose sans pourtant que ce visage ne corresponde à ce qu'elle était avant la malédiction. Elle porta ses mains sur son visage, caressant sans y croire ses joues et ses pommettes qui ne semblaient pas être les siennes. Le plus étrange était ses yeux : immenses, d'un vert translucide, minéral…des yeux qui la distinguaient clairement du commun des mortels. Zeus était venu se placer derrière elle, les mains sur ses épaules, la forçant à faire face au reflet, alors qu'elle tremblait. Elle sentit son souffle contre son oreille, alors qu'il murmurait désormais, mais un hurlement aurait eu le même impact sur elle.

« Lorsque je t'ai forcée à te réincarner sur terre, tu apparaissais dans un corps d'enfant humain. Tu habitais le corps d'une humaine, à chaque fois... Mais le soir de tes 18 ans, à l'heure de ta naissance, tu retrouvais ton corps mythologique, celui que j'ai maudit, celui que j'ai toujours… apprécié... Tu n'es pas la réincarnation d'Ishtar et tu le sais... » A travers le miroir, il captura avec le sien le regard de la déesse. La sensation que lui procurait cette situation était pour lui un élixir puissant, jeu de désir et de domination. « Dis-moi qui tu es maintenant.» Ordonna-t-il à celle qui tremblait sous ses doigts.

« Si je suis… Ishtar… la déesse mythologique, je devrais m'en souvenir… » Il sourit, ne répondant pas immédiatement, inspirant avec satisfaction le parfum de la chevelure de la déesse. Il se moquait complètement de la présence des autres dans la salle.

« Tu m'as désobéi en essayant de t'échapper de l'Olympe, il y a bien longtemps, je n'ai fait que te punir, mais peut-être n'aurai-je pas du te priver de ta mémoire, car si l'on ne connaît pas la cause de sa punition, il n'y a pas de rédemption à obtenir non ? » Elle se retourna, le fixant droit dans les yeux.

« Tu es complètement malade. » Il l'observa, soutenant le regard courroucé de la déesse avec une délectation presque perverse.

« C'est très possible. » Oui, il était malade. Il s'ennuyait. Elle était un jouet. Et il la désirait depuis toujours, et la voir ainsi si proche de lui était une torture délicieuse. En temps normal, sans doute qu'il se serait énervé que n'importe qui s'adresse à lui sur ce ton, mais soudain, son esprit fourmillait d'idées toutes plus délectables les unes que les autres. Il avait l'impression d'avoir retrouvé de la couleur dans un monde monotone à mourir. Il détacha son regard de celui d'Ishtar à regret pour le tourner vers Athéna.

« Je suis prêt à supprimer sa malédiction en signe de bonne volonté : elle pourra de nouveau montrer son visage aux humains, elle sera de nouveau immortelle puisque elle aura le plaisir de demeurer dans son… merveilleux… corps et elle retrouvera tout ses souvenirs puisque je vais lui rendre son cosmos. »

« Merci père » S'inclina Athéna, soulagée, après s'être demandée pendant un instant si Zeus n'allait pas simplement ravir Ishtar et les laisser se débrouiller seuls avec Poséidon concernant l'écroulement des Enfers.

« Cependant, je sais que l'avoir dans votre camp lors de vos petites querelles vous intéresse. Ses pouvoirs en feraient un trop bon atout et vous pourriez même finir par me menacer. »

« Voyons, je n'oserais pas mon frère. »

« Toujours aussi hypocrite Poséidon. Mais cela prouve que tu sais où est la force. Et même si tu le voulais, je doute que tu le puisses non ? » De nouveau, un regard empli de sens caché flotta entre les deux frères, alors que Zeus souriait, narquois, comme narguant ouvertement le dieu des océans. « C'est pourquoi je veux que vous lui donniez chacun un chevalier pour la défendre, cela permettra de la rendre neutre en cas de conflit. Je veillerais à ce qu'Hadès fasse de même. » Il se tourna vers Ishtar. « Bien entendu, ces précautions ne seront nécessaires que si tu survis après avoir ramené Hadès à la vie. C'est un dieu beaucoup plus puissant que ceux que tu ramenais à la vie parmi ton peuple de dieux dégénérés. » Les yeux d'Ishtar jetèrent des étincelles de haine. La présence et le discours de Zeus la révulsaient. « Allons sois sage, je vais te rendre tes souvenirs. Mais cela risque d'être violent. Vous trois, je vous prie de ne pas intervenir. »

Shaka, Athéna et Poséidon hochèrent la tête.

« Bien. » Zeus s'approcha d'elle, concentrant son cosmos sur sa main droite, jusqu'à former une sphère brillante et dorée, qu'il finit par appliquer sur le ventre de la déesse qui perdit aussitôt conscience et s'effondrait, mais fut retenue dans sa chute par l'autre bras de l'Olympien, qui l'observa silencieusement, rappelant à lui son cosmos avant de la prendre dans ses bras et s'approcher du chevalier de la Vierge, auquel il remit son fardeau avant de s'exprimer à nouveau. « Elle va revivre ses souvenirs et comme elle a vécu presque quatre millénaires, cela risque d'être assez long. Es-tu satisfaite Athéna ? Elle sera capable d'utiliser de nouveau son cosmos à son réveil. »

« Je vous remercie père. Je vous promets de veiller sur elle. »

« J'y compte bien Athéna, je serais contrarié qu'il arrive quoi que ce soit de fâcheux à ce qui m'appartient… Tu sais à quel point elle m'est précieuse… »

Puis, d'un signe de la main, il leur fit signe que pour lui, la conversation était terminée. Aussitôt, comme appelé par un signal invisible, Hermès réapparut pour les raccompagner

...


...

Babylone, en l'an 1770 d'avant notre ère. La cité s'élève dans le désert comme un mirage. Grâce à la présence des dieux, le roi Hammourabi parvient à subjuguer les royaumes qui entourent Babylone. Le royaume devient alors la plus grande puissance politique de Mésopotamie. C'est un jour de fête, les citadins célèbrent leurs dieux, qui vivent au-dessus de la ville, dans les jardins suspendus au ciel.

Ce sont des dieux pacifiques et les guerres ont permis d'éviter des attaques plus terribles encore. Le peuple ne connaît ni la maladie, ni la faim. La déesse Ishtar, du haut des jardins, veille à ce que les récoltes soient bonnes et guérit les malades lorsqu'on la prie. Le dieu Sin, père d'Ishtar et Shamash permet au jour et à la nuit de se succéder, tandis que Shamash rend la justice. Ces trois divinités sont entourées de guerriers dont on dit qu'ils ont des pouvoirs surhumains. C'est la paix, mais les dieux sont éternels et l'ennui gagne leurs cœurs.

« Ishtar, tu devrais cesser de multiplier les amants. »

« Cela te dérange-t-il mon frère ? Mes fidèles m'honorent en pratiquant l'amour dans mes temples, il est normal que je fasse de même. Tu es fatiguant à me faire la morale Shamash. »

« Cela n'excuse pas ton mépris envers la vie des mortels. Tu joues avec eux et tu tues tes amants. C'est le troisième cette semaine. »

Ishtar regarde Shamash. Son frère est d'une grande beauté et il a les mêmes yeux qu'elle. Il est un peu plus vieux et a de longs cheveux blonds qui encadrent ses traits fins. Il y a de la tristesse dans son regard, malgré son aura sereine de dieu de la justice. Elle se rapproche de lui et l'embrasse. Ils sont dans les jardins suspendus.

« Tu es jaloux ? Tu es beaucoup plus beau que n'importe quel mortel pourtant. » Elle lui fait un sourire charmeur. Elle sait qu'il la considère comme une femme plus qu'une sœur. Ca ne manque pas, il est amadoué par son regard.

« Sin te gâte trop et moi aussi. » Il la prend dans ses bras, respirant le parfum d'encens de ses cheveux.

« C'est une sorcière, il faut la tuer. » La fille à la chevelure blanche court dans les rues de l'Angleterre moyenâgeuse, elle ne comprend pas. C'est son anniversaire. Et puis, d'un coup, on la poursuit. Elle s'effondre au sol. Une épée l'a traversée.

« Je m'ennuie Shamash, c'est ennuyeux quand tu rends la justice. Et tout ces gens passent leur vie prosternés. » Shamash écoute sa sœur, elle n'a jamais eu beaucoup de patience. Les nobles de Babylone sont prosternés face à eux. L'un d'entre accuse un autre d'avoir violé et tué sa fille. Ils ont peur, les dieux parlent mais ils ne les comprennent pas.

« Tu veux rendre la justice pour t'amuser ? Tu n'as qu'à décider de la sentence. »

« Tu veux bien ? » Elle lui entoure le cou de ses bras, elle est debout derrière son frère assis sur un trône. Deux félins à visage d'ange face à un troupeau d'humains intimidés.

« C'est celui en bleu qui ment. Il cherche à nuire à la réputation de l'autre. Il a tué lui-même sa fille, je l'ai lu dans son esprit. Fais de lui ce que bon te semble, c'est un monstre qui a sacrifié sa propre famille pour son profit… »

Ishtar ne répond pas mais s'avance gracieusement vers les hommes agenouillés devant leurs dieux. Elle passe derrière l'homme en bleu. Il a peur mais reste immobile. C'est si agréable de sentir sa proie être paralysée. Elle lui tire la tête en arrière et l'égorge avec les écailles du peigne qu'elle avait dans les cheveux. Le sang coule et son odeur âcre s'élève dans l'air. Shamash a beau s'en défendre, il aime beaucoup cet aspect cruel et sauvage chez sa sœur.

New York, dans les années 50. « Dépêche-toi chérie, on va être en retard. » « J'arrive Papa. » Elle descend les escaliers. « Tu me trouves comment ? » Elle tourne dans sa nouvelle robe. Des mains lui serrent le cou, puis le noir.

« On nous attaque Ishtar ! » Sin apparaît dans la chambre de sa fille. Elle le suit et s'installe au centre des jardins suspendus. Elle tend les bras et déploie son cosmos. Shamash l'observe tandis que Sin part se battre avec leurs guerriers. Les armées de Zeus ont beau les blesser, leurs blessures régénèrent. L'aura d'Ishtar les protège. Babylone ne tombe pas cette nuit là, et l'olympien bat en retraite. Ishtar ressuscite l'un des guerriers de Zeus. Shamash lit dans son esprit que son maître veut conquérir la Terre. Ils savent qu'il reviendra. Elle est en colère, elle torture l'homme puis soigne ses blessures pendant des semaines, jusqu'à le rendre fou.

Elle est seule dans une chambre du palais céleste. Elle n'a plus son cosmos et elle pleure. Elle ne sait plus depuis combien de temps elle est là. Au début, elle avait des servantes, elle jouait de la musique et elle dessinait, pour tromper son ennui. Mais chaque nuit, il venait, et chaque nuit, elle se refusait à lui. Lui qui a tué Shamash et Sin. Lui qui a détruit tout ce qu'elle connaissait. Il est en colère. Il l'a privée de tout loisir. Elle ne voit plus personne hormis lui. Des siècles qu'elle n'a pas parlé à un autre être vivant. Ce serait simple de le faire arrêter. Il veut qu'elle se donne à lui et pas la prendre de force. Mais elle refuse, il a tué sa famille et rasé Babylone. Elle voudrait mourir, mais elle est immortelle. Et il lui refuse même son droit à cesser de vivre.

Après sa défaite, Zeus a compris qu'il ne triomphera pas tant qu'il n'aura pas neutralisé leur satanée déesse. Elle est la plus dangereuse des trois. Mais il faut se méfier du père aussi, il domine le temps et peut ralentir le plus rapide des guerriers. Mais il a une idée. Babylone sera bientôt à lui. Il se déguise et passe pour un serviteur. Ses ennemis ne savent pas qu'il peut changer de forme. Il s'introduit dans le palais, mais la vue d'Ishtar le trouble. Il ne veut plus la tuer. Il la séduit et passe la nuit avec elle. Dans son sommeil, il la prive de son cosmos. Ca l'amuse de faire d'une déesse si fière son jouet. A l'aube, ses troupes attaquent. Shamash arrive dans la chambre pour chercher sa sœur, mais Zeus l'attaque. Trahie, Ishtar essaie de le ranimer, mais il est déjà mort. Sans son cosmos, impossible de le ramener à la vie.

Pour la première fois depuis sa naissance, des larmes coulent de ses yeux de déesse capricieuse.

Pour la première fois, elle ressent une perte, elle qui pouvait ramener les morts. Une part d'elle-même meurt avec Shamash, puis avec Babylone.

Héra pénètre dans la chambre où son époux garde Ishtar prisonnière. Elle est jalouse de cette femme, qui rend fou de désir son mari en se refusant à lui. Cependant, elle ne peut pas lui nuire, Zeus ne tolérerait pas une telle action. Alors elle décide d'aider Ishtar à quitter le Palais céleste. Si Zeus la retrouve, il sera en colère et la tuera avec un peu de chance, sinon, elle, Héra, aurait au moins le plaisir de ne plus devoir la supporter sous son toit.

Ishtar s'enfuit, mais Zeus la retrouve rapidement. Il est lassé de son jouet. Il décide de la punir. Il l'envoie sur terre, maudite. Elle vivra comme ces misérables humains, puis à ses 18 ans, elle sera tuée, encore et encore, lors du réveil de la malédiction, jusqu'à ce qu'il s'en lasse peut-être...


Sa tête la faisait atrocement souffrir et soulever les paupières lui demanda un effort surhumain. Une silhouette, des traits fins, des cheveux blonds. « Shamash? »

« Ishtar, c'est Shaka. Tu t'es évanouie. Nous sommes au sanctuaire. » Il lui parlait d'une voix douce, comme à une enfant. Elle avait l'air complètement perdue. Ishtar fronça les sourcils. Oui, ça lui revenait maintenant. L'entretien avec Zeus et ses souvenirs. Elle se souvenait de tout : sa vie de déesse, sa déchéance, l'emprisonnement, la malédiction et puis la multitude de vies et morts qu'elle avait vécues en se croyant humaine, privée de ses souvenirs de déesse. Elle se redressa, complètement réveillée cette fois.

Plus réveillée qu'elle ne l'avait été depuis des siècles.

Elle s'assit dans son lit.

Quand son regard balaya la pièce, elle vit Kanon et Shaka, assis à côté du lit. Apparemment, l'indien avait décidé de tolérer la présence du Dragon des Mers. Ils avaient l'air soulagés de la voir reprendre conscience. Elle les regarda en silence, c'était incroyable à quel point Shaka ressemblait à Shamash, seul les yeux étaient différents si l'on faisait exception de la marque sur le front de la Vierge. Par habitude, elle posa sa main sur son visage, cherchant un masque qui n'avait plus de raison de la cacher.

« Je suis restée inconsciente combien de temps ? » Finit-elle par demander.

« 4 heures. » Kanon lui fit un sourire. « Tu vas mieux ? »

« Aller mieux… » Elle articula lentement et doucement les syllabes, puis secoua la tête. Il y avait trop de choses dans son cerveau. Presque quatre mille ans de souvenirs qu'elle avait revécus et qui la blessaient comme s'ils ne dataient que de la veille. Et pourquoi tout d'un coup, le fait qu'un humain la tutoie lui semblait-il bizarre ?

« Si tu as revécu tes vies antérieures, c'est normal d'être confuse. Cela va te mettre un peu de temps avant de mettre de l'ordre dans tes idées. »

« Tu parles d'expérience Shaka ? Dans ce cas, tu devrais savoir que j'ai besoin d'un énorme cachet d'aspirine. Je ne suis même plus sûre d'être vraiment moi. Si j'ai… un moi. Je sens que ma tête va exploser. »

« Ne t'inquiètes pas, la schizophrénie, je connais par cœur. » Plaisanta Kanon. « Est-ce que tu te souviens comment contrôler ton cosmos ? » Il la regardait attentivement « Moi et Shaka ressentons qu'il s'est éveillé en toi. »

Elle avait presque oublié la raison de son déplacement au Mont Olympe. Elle se leva du lit et fit quelques pas vers la fenêtre, la nuit était déjà tombée.

Elle fit apparaître son aura, dos aux deux hommes. Elle avait l'impression de renouer avec une part intime d'elle-même. Son mal de tête s'était envolé. Elle s'amusa à faire couler son cosmos d'une main à l'autre. Il avait une magnifique teinte argentée, qui paraît de milles reflets sa longue chevelure ivoire.

Kanon et Shaka l'observaient en silence. L'aura d'Ishtar était à l'image de la déesse : une grande douceur, mélancolique, mais teintée en même temps d'un sentiment de rébellion, de passion. Une aura qui donnait envie de se sentir vivant, de vivre même au prix de se brûler les ailes. L'exact opposé du cosmos empreint de sérénité de Shaka.

Ishtar se tourna vers eux, elle avait quelque chose d'étrangement résolu dans son regard, qui était désormais emprunt d'une dureté presque métallique, faite de souvenirs millénaires.

« Kanon, Poséidon doit me donner un chevalier sur ordre de Zeus. Je veux que ce soit toi. »

« Quoi ? »

« Et bien, je ne connais pas d'autres marina. Et je sais que jamais l'armure de Dragon des Mers ne t'aurait choisi si tu devais abandonner Poséidon. En plus, en cas de conflit, tu n'aurais pas à combattre contre le sanctuaire, et donc contre tes amis et ton frère puisque le fait de me servir te rend neutre. » Elle lui fit son sourire le plus charmeur. « Et je t'aime beaucoup. »

Shaka haussa un sourcil à ces mots, le pauvre Kanon n'avait aucune chance de résister, surtout s'ils étaient ensemble, comme le prétendaient les rumeurs courant au sanctuaire. Maintenant qu'il pouvait voir le visage d'Ishtar sans crainte… Shaka passa une main dans ses cheveux, tant qu'ils n'attiraient pas la colère de Zeus ça ne le concernait pas après tout. Et puis, depuis quand croyait-il les rumeurs ? Kanon se contenta de hocher la tête. Elle avait raison.

« Parfait, dans ce cas, ma plaisanterie va devenir réalité. Tu vas enfin pouvoir parader dans le Palais du Pope avec l'armure de Poséidon sur le dos. » Elle et Kanon se mirent à rire, sous le regard surpris de Shaka, auquel il manquait apparemment une référence. Pour toute réaction, il ferma les paupières alors que la déesse, faisant disparaître son cosmos, sentit soudain qu'elle avait de nouveau un terrible mal de tête. Elle retourna s'asseoir sur le lit.

Mu entra dans la pièce à ce moment précis, portant un plateau avec une théière et des tasses.

« Heureux de te voir réveillée. J'ai eu raison de prendre quatre tasses. » Le Bélier souriait doucement. Il vint s'asseoir à côté d'elle.

« Vous aviez décidé de me veiller toute la nuit on dirait. » Elle souriait, elle n'avait encore jamais eu le plaisir d'avoir en même temps autour d'elle les trois chevaliers qui comptaient le plus pour elle au sanctuaire. Ils étaient ceux qu'elle connaissait le mieux, elle se sentit un peu réconfortée de savoir qu'ils veillaient ainsi sur elle.

« Tu te souviens de tout ? » Elle but un peu de thé avant de répondre à Kanon. Elle leur devait bien des explications. Ils étaient ses amis ou du moins ce qu'elle en avait de plus proche.

« Pour donner la version brève… Je n'étais pas quelqu'un de très fréquentable avant que Babylone ne soit rasée. J'ai passé plus de 1000 ans à m'amuser avec les humains. » Elle n'osa pas relever les yeux de sa tasse, ils l'écoutaient en silence. « Quand Zeus m'a capturée, il m'a gardée enfermée pendant plusieurs siècles, complètement isolée. J'avais l'impression d'être morte, il avait tué mes proches, et j'étais incapable de sentir à nouveau mon cosmos. Après une tentative d'évasion, il m'a maudite et rejetée parmi les humains. J'ai passé mon temps à me faire tuer à chaque fois que j'atteignais mes 18 ans. En fait, je n'ai réussi à survivre que deux fois : actuellement, et lorsque Athéna m'avait recueillie au sanctuaire, où j'ai été tuée par le chevalier de la Vierge. Mais cette première fois là, je savais encore qui j'étais... C'est suite à cette première mort que j'ai commencé à me réincarner sans me souvenir de qui j'étais... » Elle fixait le liquide brun dans sa tasse, perdue dans ses souvenirs. « J'ai été un véritable monstre pendant si longtemps… »

« Mais ce n'est plus vraiment toi non ? »

« Je ne sais pas Mu. J'ai les souvenirs de ma vie et ceux de mes vies antérieures. C'est comme si c'était moi sans l'être vraiment. Et maintenant, il y certains sentiments que je ressens qui me viennent de ces souvenirs. » Elle secoua la tête : la haine envers Zeus qui l'avait traitée comme un jouet, la douleur d'avoir perdu Shamash, la honte de sa cruauté passée… Elle ne se sentait pas capable de tout leur dire.

« Tu comptes ressusciter les dieux babyloniens ? Je suppose que tu te souviens d'eux à présent. » Ishtar releva le visage. Etrange que Shaka puisse poser cette question, lui, le reflet vivant de Shamash. Elle baissa les yeux.

« A ma connaissance, ça me sera impossible. »

« Je suppose que c'est mieux ainsi, Zeus ne l'aurait pas toléré. »

« Peut-être. Mais c'est dommage que mon cosmos soit limité, j'aurais aimé régler mes comptes avec lui. »

« Ton cosmos est limité ? Il n'en avait pas l'air tout à l'heure » Kanon ne comprenait pas ce qu'elle voulait dire.

« Depuis toujours, je suis incapable d'utiliser ma cosmoénergie pour me battre. Je ne suis même pas sûre de pouvoir me défendre avec. Je ne peux que soigner, ressusciter et rendre les choses fertiles. Contrairement à Hadès, je peux rendre la vie définitivement et pas la rendre pour quelques heures. Mais je ne pourrais pas tenir cinq minutes face à un apprenti chevalier et je suis incapable de me soigner moi-même. Mes pouvoirs sont purement altruistes. Je suis à la fois puissante et extrêmement faible. »

« Dans ce cas, tes qualités font plus de toi une déesse de la vie ou de la médecine. Je ne vois pas le rapport avec l'amour. » Remarqua Mu.

« Tu as des capacités spéciales comme des recettes de filtre d'amour ? » Kanon riait en posant la question. Ishtar eut un sourire inquiétant.

« Presque ça, mon cosmos peut avoir cet effet parfois... » Elle sourit. «Vu ma grande expérience, je suis surtout capable de faire hurler de plaisir n'importe quel homme. » Comme elle s'y attendait, les réactions furent à la hauteur : le teint de Mu prit une jolie teinte pivoine, tandis que Shaka recrachait son thé après avoir failli s'étouffer. Kanon par contre était pris d'un fou rire après avoir vu la tête des deux autres chevaliers.

« Effectivement, c'est digne de ton statut. » Kanon avait un mal fou à se retenir de rire, malgré les regards que lui lançaient Mu. « Athéna était inspirée en te plaçant sous la protection de la Vierge. »

« Non, c'est logique. Je suis la déesse de la fertilité et les moissons se font en septembre d'où mon association à cette constellation. » Murmura Ishtar. Elle avait fermé les yeux, des visions de son passé lui revenaient.

« Nous devrions te laisser seule, tu dois avoir besoin de réfléchir. » Dit Shaka. Elle rouvrit les yeux et sourit.

« Oui, merci. Je dois faire connaissance avec moi-même. » Elle dut cependant attendre le départ de Saori et Shion, venu s'enquérir de ses nouvelles presque aussitôt après le retrait des trois chevaliers, pour finalement être seule.