Bla Bla de l'auteur.
Auteur: Uasti
Disclaimer: Les personnages de Masami Kurumada ne m'appartiennent évidemment pas…
Reviews : N'hésitez pas à laisser des reviews, j'y réponds par mail… Ca évite de spoiler en début de chapitre avec les réponses aux reviews. De toute façon, j'avoue que je ne spoil pas beaucoup en répondant… même ma bêta lectrice est soumise à la loi du suspense… mais ça permet de commenter librement certains points. Merci encore pour ta review Sharleen-Rose, ça m'a fait très plaisir.
Dans ce chapitre : Le fond des océans, l'enfer, la Grèce, vous allez voir du pays. Bon voyage… Egalement en bonus une méthode pour ressusciter les morts, mais je vous déconseille d'essayer, si vous pensez avoir le cosmos suffisant, vérifiez d'abord quelles substances se baladent dans votre sang…
Bonne lecture !
Merci à ma bêta lectrice, à laquelle je transmets les bons baisers de Krishna… Ok, je sors…
Chapitre 4 – Le chant des morts
Ishtar ferma les yeux, respirant l'air si particulier du sanctuaire de Poséidon. Une atmosphère chargée d'embruns et où les rayons du soleil semblaient irréels, filtrés par les océans qui occupaient la place du ciel. Un lieu féerique où l'on pouvait entendre au loin la rumeur incessante des Mers. Elle détestait faire cela. Elle rouvrit les yeux, fixant le poignard en or qu'elle tenait dans la main droite.
Poséidon aurait intérêt de lui donner une sacrée récompense. Elle voulait bien aider à sauver le monde, mais il y avait des limites à l'abnégation. Elle n'avait récupéré son cosmos que depuis deux jours, mais l'effondrement des Enfers ne permettait pas de prendre des vacances. Les armures des généraux des Mers défunts étaient réunies autour d'elle, en cercle. Les armures gardaient toujours une trace du cosmos de leur ancien propriétaire, ça allait l'aider. Elle se trouvait dans une sorte de bassin, l'eau lui montait aux genoux et recouvrait à moitié les armures. Le bout de sa chevelure ondulait sur l'eau.
« Qu'attend-t-elle ? » Poséidon regardait Saori d'un air curieux. La réincarnation d'Athéna haussa les épaules. Elle n'en savait pas plus que lui. Ishtar s'était contentée de donner une liste d'instructions : un bassin, les armures et une dague en or.
Plus en retrait, Shaka et Kanon observaient la scène, accompagnés des chevaliers de Bronze, qui avaient insisté pour venir quand ils avaient appris que Saori se rendait dans le sanctuaire sous-marin. Hyoga était particulièrement nerveux. Il avait avoué à Shun craindre le retour d'Isaak.
Ishtar leva lentement la dague. Elle détestait avoir mal et elle savait qu'elle allait souffrir. Elle se mordit les lèvres, puis trancha ses veines d'un coup sec. Des larmes lui vinrent aux yeux, mais elle devait continuer. Elle se trancha les veines de l'autre poignet. Le sang ruisselait le long de ses bras nus. Elle prit la dague et la serra contre sa poitrine de ses deux mains. Le sang tachait sa longue robe blanche avant de tomber dans l'eau du bassin. Les armures des marinas se mirent à luire faiblement.
Elle devait désormais concentrer son cosmos. Son aura se déploya doucement autour d'elle, puis recouvrit bientôt le bassin d'une brume argentée. Elle commença à chanter une chanson oubliée depuis l'ère babylonienne : le chant qui guidait les âmes des morts selon la tradition babylonienne, un chant qui l'aidait surtout à se concentrer, et à ne pas perdre connaissance malgré la perte importante de sang qu'elle devait subir dans ce genre de rituel. A ses pieds, l'eau se teintait peu à peu d'une douce couleur rosée.
« Elle va se vider longtemps de son sang ? Comment sait-on si ça marche ou pas ? » Shaka tourna la tête vers Kanon en entendant la question. Cela ne lui servait pas à grand chose d'ailleurs, puisqu'il avait les paupières closes.
« Il suffit de lui faire confiance. Si elle a été capable de ramener des dieux à la vie, les généraux de Poséidon ne devraient pas poser problème. »
« J'admire ton calme Shaka, mais on est censé la protéger et elle se vide de son sang. »
« Tu n'as qu'à prier Poséidon ou Athéna, je suis sûr qu'ils entendront tes prières, ils sont à moins de cinq mètres. » Kanon haussa les épaules. Par moment, Shaka ne pouvait s'empêcher d'utiliser une ironie blessante. D'un autre côté, son statut spécial « d'homme le plus proche de dieu » l'avait toujours isolé au sanctuaire. Ca pouvait expliquer sa sociabilité limitée et son orgueil. Le général des Mers reporta son attention sur Ishtar, elle chantait toujours doucement.
« Le chant d'une sirène » Murmura le Dragon des Mers.
« Oui et non, elle attire les âmes des morts pour les ramener à la vie. C'est l'opposé des sirènes. » Malgré sa réponse, Shaka comprenait ce que voulait dire Kanon. On se sentait comme envoûté par ces paroles et ce langage, que même lui ne pouvait comprendre.
Elle commençait à faiblir et le son de sa voix était moins fort : cela faisait plusieurs minutes que son sang coulait abondamment. Mais son cosmos brillait toujours, soulevant de longues mèches de sa chevelure ivoire. Son sang avait atteint les armures à présent. Elle devait tenir, ils allaient bientôt lui répondre.
Et soudain, elle les perçut. Les cosmos des généraux entraient doucement en résonance avec le sien, ils lui répondaient. C'était le moment. Elle déploya tout le cosmos dont elle était capable, chantant les paroles du dernier couplet comme un mantra, luttant pour ne pas perdre pied. A la dernière note, elle perdit connaissance, tombant dans l'eau.
« Elle va se noyer ! » Kanon bondit mais Shaka le retint par le bras, déployant son cosmos.
« Tu ne dois pas entrer dans le bassin tu m'entends ! Ce n'est pas fini. Tu ne peux rien faire tant qu'ils ne sont pas revenus. »
Un silence pesant tomba sur la petite assemblée. Au bout de quelques minutes, les corps d'hommes inanimés apparurent dans l'eau. Cette fois, Kanon se précipita sur place pour sortir de l'eau le corps exsangue d'Ishtar, tandis que Poséidon se levait pour accueillir ses généraux fraîchement revenus à la vie. Déjà, leurs écailles des Mers s'étaient détachées pour les recouvrir.
« Ravi que vous soyez de retour parmi nous Marinas. » Les marinas en question regardaient leur dieu avec des yeux ronds, incrédules. Ils se souvenaient tous être morts. « Votre présence va permettre de rendre la Terre moins vulnérable lors du retour d'Hadès. »
Bian de l'Hippocampe gardien du pilier du Pacifique nord, Io de Scylla gardien du Pacifique sud, Krishna de Chrysaor de l'Océan indien, Kassa des Lyumnades de l'Antarctique et Isaak de Kraken gardien de l'océan Arctique s'inclinèrent devant leur dieu, tout en regardant d'un œil méfiant les chevaliers d'Athéna et en se demandant ce qu'Hadès venait faire dans cette histoire, du moins, autant que leurs sentiment de stupeur après avoir été ressuscité le leur permettait. Dés que Poséidon reporta son attention sur Saori, Hyoga s'avança timidement vers Isaak.
« Elle est morte ? » Shun regardait Ishtar d'un air inquiet.
« Non, mais elle ne respire plus. Il va falloir faire du bouche-à-bouche. » A ces mots, Shaka haussa légèrement un sourcil avant de répondre à Kanon.
« Tu m'as l'air d'être le mieux placé. »
« Mais pourquoi tout le monde croit-il qu'on est ensemble ? » Le Dragon des Mers était excédé par le sous-entendu, mais là, il n'avait pas le temps d'argumenter avec Shaka sur sa relation avec Ishtar. Il la posa au sol et commença à lui insuffler de l'air dans les poumons. Après plusieurs tentatives, la babylonienne se mit à cracher de l'eau.
« Poséidon a intérêt à me filer tout ce que je veux » Elle se sentait vidée à la fois de son cosmos et de son sang. Sa voix était très faible.
« Allons ce n'est pas un langage pour une déesse » Plaisanta Kanon, soulagé de la voir reprendre conscience.
« Et puis-je savoir ce que je dois te donner ? » S'enquit l'Empereur des Océans.
« Kanon, rappelle-moi de lui préparer une liste. » Poséidon s'agenouilla auprès d'Ishtar et fit luire son cosmos.
« En attendant cette fameuse liste, permets-moi de soulager ta douleur. » Il posa une main sur le visage d'Ishtar, qui s'endormit aussitôt alors que ses entailles aux poignets se refermaient.
L'odeur du thé au jasmin lui chatouillait les narines. Ishtar ne fut qu'à moitié surprise de trouver Mu et Kanon à son chevet en se réveillant.
« Ca va devenir une habitude » Sourit-elle, regardant d'un air curieux la vaste chambre dans laquelle ils étaient. « Nous sommes toujours chez Poséidon ? »
« Oui, comme tu étais affaiblie, Athéna a décidé de repartir seule au sanctuaire pour parler à Rhadamanthe. Il avait un message urgent, apparemment, ils ont réussi à retrouver le corps d'Hadès. » Devant le visage d'Ishtar, Mu anticipa la question. « Ne t'inquiètes pas, tu n'as dormi que quelques heures. Mais comme le gros des travaux dans les maisons du zodiaque est fini, Athéna m'a autorisé à venir te voir. »
« Et les généraux ? »
« Ils vont parfaitement bien. D'ailleurs, tu as rendu son œil à Isaak, qui était borgne. » Kanon la regardait comme une mère inquiète « Comment te sens-tu ? »
« Mieux. Ca me soulage pour Hadès, ce sera moins de sang à verser. J'espère juste avoir suffisamment récupéré avant de devoir le ressusciter. Il reste encore un peu moins de trois semaines. » Les deux chevaliers avaient une mine sombre. Même si elle devait perdre moins de sang, son organisme, tout divin qu'il fut, n'aurait certainement pas le temps de se remettre en si peu de temps.
« Il y a une salle de bain dans le coin ? Je suis couverte de sang, j'ai les cheveux roses. » Ishtar tenait dans sa main l'une de ses longues mèches, sa chevelure blanche était imprégnée de sang. « Je suis affreuse, c'est indigne de moi. »
« Continues comme ça et je t'appelle Aphrodite… » Plaisanta Mu. D'un air menaçant Ishtar plongea son regard vert dans les yeux du Bélier avant de se retourner vers Kanon.
« C'est chez toi ici, alors montre-moi. »
« Là-bas » répondit-il en pointant une porte du doigt. « Tu trouveras des peignoirs dedans. Je pense que Poséidon ne va pas tarder à te faire apporter une autre tenue. »
« Ok », Elle se leva lentement, sa tête tournait. Elle du prendre appui sur le lit pour éviter de s'effondrer, ses jambes refusant de la soutenir.
« Ca va aller ? Tu veux que je te porte ? »
« Sans façons, tu risquerais d'en profiter » Fit Ishtar en plaisantant.
« Je t'ai fait du bouche-à-bouche si tu veux tout savoir. De toute façon, tu n'as pas le choix, je n'ai pas envie que tu t'effondres. » Kanon souleva Ishtar et la plaça en travers de son épaule, la transportant comme un sac de patates.
« Mu, arrête-le ! » Mais le Bélier était d'accord avec Kanon et s'était levé pour faire couler l'eau dans la baignoire. Ishtar fut bientôt déposée sur le rebord de celle-ci.
« Bon dehors maintenant, je n'ai pas non plus envie que vous me grattiez le dos. » Gronda-t-elle.
Les deux chevaliers la laissèrent en fermant la porte.
« Ah les femmes, quel caractère de cochon! »
« Je t'entends Kanon ! » Cria Ishtar à travers la porte d'une voix étonnamment forte eu égard à sa faiblesse physique.
« Encore une tasse de thé ? » Proposa Mu, ignorant la furie dans la salle de bain.
« Avec plaisir. »
Ils dégustaient leur tasse de thé, assis sur le lit, lorsque Shaka entra dans la pièce, sa cape volant élégamment derrière lui.
« Elle est dans la salle de bain. » Dit Mu avant même qu'il n'ait pu poser une question.
« Shaka ? Shaka où êtes-vous ? » Kanon et Mu eurent la surprise de voir le chevalier de la Vierge blêmir violemment lorsqu'il reconnut la voix.
« S'il vous plaît, vous ne m'avez pas vu. » Il se mit derrière une colonne à la vitesse de la lumière, tout en essayant de cacher son aura.
« Kanon, tu n'aurais pas vu le chevalier de la Vierge ? » Krishna de Chrysaor venait d'entrer. Son teint sombre et sa crête blanche lui donnaient une mine patibulaire.
« Pourquoi ? » Demanda prudemment le Dragon des Mers.
« Poséidon m'a apprit qu'il est la réincarnation du Bouddha. » Krishna avait des étoiles dans les yeux. « Il est légendaire parmi mon peuple, on dit qu'il a des pouvoirs psychiques très puissants. Je pourrais apprendre beaucoup de lui. »
« C'est un chevalier d'Athéna, ça m'étonnerais qu'il accepte de t'apprendre ses techniques secrètes. »
« J'ai passé ma vie à apprendre à méditer et à m'imprégner de spiritualité et quand il m'a parlé tout à l'heure, j'étais très impressionné. Si tu le vois, dis-lui que je le cherche et que j'aimerais le revoir pour discuter de nouveau. » Il sortit de la pièce.
Mu referma la porte avec son pouvoir de télékinésie, tandis que Shaka sortait de derrière son pilier et prenait la tasse de thé de Kanon des mains de celui-ci pour la boire d'un trait.
« Heu, c'est mon thé Shaka. »
« Désolé, mais là, j'en avais besoin. »
« Sans vouloir te vexer Shaka, tu as beau être le Bouddha, tu n'es pas connu pour ta grande humilité. Je peux savoir pourquoi tu fuis un fan ? » Demanda Kanon.
« D'autant que c'est un guerrier qui pourrait t'apprendre certaines techniques. » Poursuivit doucement Mu. Shaka s'assit élégamment sur le lit, son visage reprenant peu à peu des couleurs.
« Quand Poséidon nous a présentés, Krishna avait l'air ravi et m'a proposé de visiter le sanctuaire sous-marin. Il se sentait honoré de rencontrer le représentant du Bouddha. »
« Et ? » Demanda Mu « Pourquoi tu le fuis ? » Shaka but une nouvelle tasse de thé brûlant avant de répondre à son ami.
« S'il vous plait, je préfèrerais que ça reste entre nous. » Il avala une troisième tasse de thé avant de poursuivre : « Dés qu'on a été isolé, il a essayé de m'embrasser, déclarant que j'étais le seul être assez pur pour être digne d'être aimé. » Mu et Kanon éclatèrent de rire.
« Ce n'est pas possible, Krishna le coincé ? » Kanon pleurait de rire. Mu reprit son sérieux devant la tête de Shaka, il était rare de le voir perturbé.
« C'est si grave ? » Demanda l'atlante, tandis que le Dragon des Mers était plié en deux.
« Je l'ai repoussé, mais il a l'air persuadé que je suis son âme sœur. Je lui aurais bien enlevé un ou deux sens, mais c'est un général de Poséidon et ça ferait un incident diplomatique. Alors j'ai pris la fuite. »
« Ah! Ah! Ah ! Shaka, le noble et terrible chevalier qui prend la fuite comme une vierge effarouchée ! » Mu fut obligé de sortir Kanon de la pièce avant que le général de Poséidon ne s'étouffe, faute de pouvoir respirer tout en riant.
Deux jours plus tard, Mu, Shaka et Ishtar quittaient le sanctuaire sous-marin, laissant derrière eux Kanon, Hyoga et le cœur brisé de Krishna, pour retrouver le climat grec.
Ce matin-là, Ishtar marchait tranquillement dans le sanctuaire, seule, le long de la côte. Elle allait un peu mieux, mais était toujours très faible depuis qu'elle avait ramené à la vie les généraux de Poséidon. Rendre la vie n'était pas un acte anodin et le rituel la privait pendant longtemps de son énergie, aussi bien physique que psychique.
L'air de la Grèce était parfait pour une petite convalescence, mais elle s'ennuyait depuis leur retour du sanctuaire sous-marin, il y a trois jours. Mu supervisait les derniers travaux dans les temples zodiacaux, Kanon devait rester auprès de Poséidon pendant une semaine, et Shaka avait encore disparu Bouddha savait où. Elle ne l'avait pas revu depuis leur retour. Elle en avait profité pour lire les livres qu'elle avait empruntés aux archives du palais. Retrouver la mémoire était peut-être finalement pire que la malédiction infligée par Zeus. Elle avait besoin d'occuper son esprit pour éviter de penser à tous les crimes qu'elle avait commis.
Elle s'arrêta. Il était là, nimbé de sa sérénité quasi divine, sa cosmoénergie dorée rehaussant son air angélique. Il méditait, en position du lotus, entouré de cinq jeunes disciples qu'elle voyait de dos. Ishtar était surprise, elle n'avait jamais pensé qu'il pourrait avoir des disciples. Les six hommes étaient immobiles, seul le vent venant de la côte balayait doucement leurs chevelures. Avec une telle concentration, elle était certaine qu'ils étaient conscients de sa présence, même si rien ne le montrait.
Elle s'approcha doucement du petit groupe. Ils respiraient une telle sérénité. Elle s'assit à côté des disciples, sans que cela ne provoque la moindre réaction. Elle ferma les yeux et essaya juste de vider son esprit, d'atteindre ce qu'elle avait ressenti lorsque Shaka l'avait consolée après la venue de Zeus. Elle se concentra sur sa respiration et se détendit peu à peu, chassant les visions de sang et de meurtre que sa mémoire lui présentait.
« Ishtar ? » Elle ouvrit les yeux, Shaka lui souriait, debout devant elle, les paupières closes.
« Où sont tes disciples ? »
« Partis, tu médites depuis deux heures. » Elle fronça les sourcils, elle n'avait pas vu le temps passer.
« J'espère que je ne vous ai pas dérangés. »
« Au contraire. Je suis heureux que tu sois venue. Mais j'avais dis à Mu de ne pas te quitter des yeux. »
« Il avait du travail, c'est moi qui l'ai supplié de me laisser me promener. » Elle essaya de se lever, mais faillit tomber sans le secours des bras de Shaka. Elle rougit violemment, mais heureusement, son sauveur ne la voyait pas. Intérieurement, elle ne put s'empêcher de se moquer d'elle-même : elle avait eu un nombre incalculable d'amants et elle rougissait comme une gamine. D'un autre côté, elle n'avait jamais été amoureuse avant. Un démon amoureux d'un ange. Une fois que tout serait réglé, elle ferait mieux de s'enfuir.
« Tu n'es pas habituée à la position du lotus, tu ferais mieux de rester assise avant d'essayer de te relever. C'est normal que ton corps soit épuisé. » Il s'assit face à elle, jambes dépliées. Très jolies jambes, Ishtar se rappela mentalement de remercier plus tard par une prière l'inventeur des saris. Surtout que Shaka portait apparemment ses saris de manière à laisser une épaule libre et donc une bonne partie de son torse avec. Elle ne sut comment elle arriva à formuler une question cohérente.
« Tu as des disciples depuis longtemps ? »
« J'avais formé des chevaliers auparavant mais ils sont morts par ma faute lors de la bataille du sanctuaire. Je dois donc former de nouveaux apprentis pour prendre la suite de Shiva du Paon et Agora du Lotus. Il y a également certains maîtres qui m'envoient leurs élèves pour méditer. »
« Je suis désolée. »
« Ce n'est pas grave. » Il passa doucement une main dans ses cheveux, la main du côté où son sari ne couvrait pas sa peau, ce qui lui permit d'observer avec fascination le jeu des muscles roulant sous la peau du bras et des épaules de la Vierge, qui continua à parler sans apparemment se rendre compte du trouble de son interlocutrice. « J'aurais du t'avertir que je devais former des disciples et que je ne pourrais pas te voir pendant quelques jours. »
« Tu n'as pas de comptes à me rendre. »
Ils restèrent silencieux pendant plusieurs minutes, Ishtar se contentait de masser ses jambes à travers son pantalon afin de les dégourdir doucement après s'être finalement détachée de la contemplation du chevalier en face d'elle. Ce n'était pas un silence pesant. Il y avait une sensation de calme et de paix apportée par les effets de la méditation et le bruit de la mer qui venait s'écraser en contrebas sur les falaises.
« Tu pourras revenir si tu en as envie. » Elle leva les yeux, surprise.
« Je te remercie. Mais je ne crois pas que je serais capable de parler à Bouddha avant longtemps. » Il ouvrit les yeux et la regarda étrangement, avec…tristesse. Ishtar se mordit les lèvres, elle devait se faire des idées.
« Bouddha … ne me parle pas toujours. L'important est de vider son esprit et de ressentir la part d'infini qui est en soi. »
« C'est ce que tu ressens en méditant ? Tu as l'air d'être en paix avec l'univers. »
« Le plus important est de commencer à être en paix avec soi-même. » Il la regardait d'un air énigmatique.
« C'est une allusion à mes regrets ? » Elle plongea son regard dans le sien.
« Ton cosmos reflète ton âme. Il est torturé, empli de mélancolie, mais plein d'espoir malgré tout. »
« Il y a beaucoup de choses que tu peux deviner au cosmos des gens ? »
« Presque tout. S'ils sont troublés, tristes ou joyeux ou bien s'ils mentent ou sont sincères. J'ai même une technique qui me permet d'effacer les souvenirs de mes adversaires. »
« Tu dis ça avec un tel calme. Est-ce pour cela que tu as peu d'amis au sanctuaire ? Ils ont peur de toi ? »
« Aurais-tu envie de vivre à proximité de quelqu'un qui peut lire dans ton esprit ? La solitude ne me dérange pas, j'ai toujours vécu ainsi. »
« Je ne te connais pas beaucoup Shaka, mais suffisamment pour savoir que tu n'es pas du genre à profiter de tels pouvoirs. Et puis, tu ne lis pas dans les esprits en permanence non ? » Il sourit.
« Sois rassurée, je ressens le cosmos en permanence et les émotions qui le parcourent, mais pour atteindre les souvenirs et les pensées d'une personne, je dois utiliser une technique. »
Elle le regarda, il avait l'air calme. C'était assez rare qu'il parle de lui. Le soleil était haut dans le ciel désormais, et ses rayons donnaient à ses cheveux de magnifiques reflets dorés.
« Tu es triste. » Ce n'était pas une question.
« Ravie d'être transparente. »
« Tu es loin d'être transparente. »
« J'éprouve des regrets pour ma vie passée, et puis… » Elle se mordit la lèvre.
« Tu es amoureuse ? » Elle sentit son cœur rater un battement.
« C'est de la folie, je sais très bien que Zeus me considère comme sa chose. Je n'ai aucun intérêt à provoquer sa colère. »
« Tu es libre, ce sont d'abord tes propres peurs et tes doutes qui te retiennent. » Elle leva les yeux vers lui.
« Je n'ai pas peur pour moi. Tu ne doutes jamais ? »
« Tu oublies à qui tu parles. » Il souriait.
« Parce que le Bouddha en armure c'est normal ? »
« Pas vraiment. Ca m'arrive de douter, souvent. »
« Tu ne devrais pas pourtant. »
« Moi aussi j'ai fait des erreurs, alors même que je pensais suivre la bonne voie. Je suis loin d'être parfait. »
« C'est rassurant dans un sens. »
« Je suppose que cette conclusion vient de ce que l'on nomme l'intuition féminine ? »
« Tu oses te moquer de ta déesse ? » Fit-elle faussement offensée.
« Tu l'es quand ça t'amuse. » Le sourire de Shaka s'était élargi.
« Tu n'as pas tort. Drôle d'ironie que ce soit toi qui doives me protéger. Le disciple du Bouddha qui défend la passion. »
« Tu représentes surtout la vie. »
« Déesse ! » Ishtar se retourna, un garde courrait vers eux. « Pardonnez-moi de vous interrompre mais un apprenti s'est gravement blessé durant son entraînement. » Elle sourit doucement à Shaka
« Le devoir m'appelle. » Elle partit avec le garde.
La semaine s'était écoulée paisiblement. Le matin, Ishtar méditait et l'après-midi, elle lisait ou allait rejoindre Mu, Aiolia et Aioros qui terminaient de raccorder l'électricité et l'eau courante aux temples. Elle apprenait peu à peu à accepter son passé. Il était prévu que les chevaliers d'or regagnent tous leurs temples la semaine suivante. Le cœur d'Ishtar se serra en y pensant. Le lendemain, elle devait ramener Hadès et elle n'était pas sûre d'être là pour les voir emménager.
« Tiens ça au lieu de rêvasser » Kanon lui tendit un paquet, il était revenu le matin même au sanctuaire.
« C'est quoi ? »
« Un truc pour Mu » Il continua à fouiller dans son sac de voyage. Ils étaient dans la chambre du palais qu'il partageait avec Saga. « Et ça, c'est de Poséidon. » Il lui tendit une enveloppe.
« Pour moi ? »
« Vu qu'il y a ton nom dessus… » Il lui sourit en se moquant gentiment. « Tu sais où est Mu ? »
« Sûrement dans sa maison, il passe pas mal de temps dans son atelier à apprendre des trucs obscurs à Kiki. Aux dernières nouvelles, ils retapaient une armure d'or. Il n'avait pas vraiment eu le temps de les réparer depuis votre retour à la vie. »
« Je vais le voir, tu viens ? »
« D'accord. Mais tu reprends ton truc pour Mu, ça m'encombre. »
« Ca ne t'intéresse pas ce que te raconte Poséidon ? » Elle haussa les épaules puis ouvrit la lettre tout en marchant.
« Jolie écriture. C'est un chèque avec plein de zéros. »
« Pardon ? »
« Tu te souviens de ma fameuse liste ? Finalement, je lui ai demandé de l'argent. Je voudrais créer des écoles. » Elle sourit. « Et je vais pouvoir me refaire une garde robe parce que j'en ai marre d'avoir les vêtements de princesse donnés par Saori. »
« Je savais bien que tu avais une motivation profonde. » Ils se mirent à rire. Plaisanter avec Kanon lui avait manqué et puis, il lui servait de confident.
« Tu as l'air d'aller mieux. Tu as fait quoi cette semaine ? »
« Pas grand chose hormis m'apitoyer sur mon sort. Mais toi, j'ai l'impression que ça va mieux avec ton frère non ? »
« Oui, on s'est réconciliés, je crois même qu'il est heureux pour moi. Poséidon m'autorise à aller souvent au sanctuaire et je peux toujours me servir de toi comme prétexte pour y venir. »
« Ravie de t'être utile. » Ils venaient de traverser la neuvième maison. En cette fin d'après-midi, le soleil paraît les murs blancs des temples d'une jolie teinte dorée.
« Tu as l'air triste tout à coup, ça va ? »
« Tu peux garder un secret ? Ne le dire à personne, même pas à Mu ou Saga. »
« Bien sûr. C'est grave ? »
« Je suis amoureuse. »
« C'est plutôt joyeux non ? Tu fais une tête d'enterrement. »
« Amoureuse de Shaka. »
« Oublie ce que je viens de dire sur le côté joyeux. »
« Je sais, c'est impossible. Non seulement c'est le petit préféré du Bouddha, mais en plus, avec Zeus sur mon dos, je ne pourrais rien faire de toute façon. Et puis, lui et moi, c'est le jour et la nuit. Ne m'enfonce pas je t'en prie. »
« Tu comptes faire quoi ? »
« Si je survis demain je vais quitter le sanctuaire. Je suis recherchée pour meurtre dans mon pays et je dois régler ça. Après, je pensais voyager et soigner les gens. De toute façon, tu pourras toujours venir me voir en localisant mon cosmos. »
« Avec leurs relations, tu devrais demander à Saori ou Poséidon de t'arranger avec la justice. »
« Je verrais. Tout ce que je sais, c'est que j'ai besoin d'air. »
« Je suppose que tu ne lui as rien dit. »
« Non, mais il sait que je suis amoureuse. Mais je pense qu'il croit que c'est de toi. » Kanon se tapa une main contre la tête en repensant à son dernier entraînement avec Shaka.
« Heu, tu sais qu'il est possessif ton chevalier. Il m'a donné une belle coupure à l'arcade à cause des rumeurs. »
« Quoi ? » Cette fois ci, c'est Ishtar qui n'en revenait pas.
« A l'entraînement, peu de temps avant la libération de Poséidon. Tu ferais mieux de clarifier les choses avec lui, au moins pour m'éviter d'autres belles bosses. »
« Je suis désolée. Je te promets de lui dire qu'on n'est pas ensemble. »
« Tu feras bien, je sens son cosmos dans son temple, tu n'as qu'à le faire tout de suite. »
« Hein ? » Elle ne pensait pas être confrontée au chevalier de la Vierge aussi vite. Ils entrèrent dans la sixième maison.
« Je te laisse, je file voir Mu. Tu transmettras à Shaka les bons baisers de Krishna. »
« Extrêmement drôle chevalier. » L'homme le plus proche de dieu revenait du jardin des twin sals. Il portait son armure et avait les yeux fermés, mais les sourcils froncés. Apparemment, l'humour du Dragon des Mers le laissait froid. Kanon haussa les épaules et reprit sa route vers la première maison, non sans dire à Shaka qu'il commençait à ressembler de plus en plus à Camus, tandis qu'Ishtar se mordait les lèvres pour ne pas rire.
« Tu voulais me parler ? » Demanda Shaka, constatant que la destination de la déesse était apparemment son temple.
« Oui, mais j'aimerais autant être au soleil. Tu veux bien aller dehors ? »
« Suis-moi. » Il se tourna et repartit vers le jardin. Elle le suivit et contempla en silence la vue. C'était un endroit secret, elle n'avait jamais remarqué les arbres jumeaux en passant près de la maison de la Vierge, et ce, même lorsqu'elle était en ruines. Seul le sol aride et caillouteux témoignait du combat qui avait eu lieu ici. La folie de la guerre n'avait épargné que les deux arbres et les fleurs qui poussaient à leur pied, tendant leurs pétales vers le soleil. Comme si rien au monde n'était capable de briser le calme et la sérénité de ces deux gardiens centenaires.
« Il va falloir du temps pour que tout repousse. » Shaka avait ouvert les yeux et regardait l'endroit d'un air mélancolique.
« Je peux tout faire repousser, c'est mon métier. » Il se tourna vers elle.
« Ton métier ? »
« Déesse de l'amour et de la fertilité, pour te servir. » Elle sourit avant d'exécuter une rapide révérence. « Ca inclut les plantes. Mais il faudrait que tu me dises à quoi ça ressemblait auparavant, pour éviter de faire pousser n'importe quoi. »
« Etrange pouvoir, mais ne te fatigues pas. Tu dois être en forme pour demain. »
« Ca ne changera pas grand chose. » Elle avait prononcé cette phrase dans un souffle, c'était à peine s'il avait pu l'entendre. Elle regardait les arbres jumeaux. Il sentait quelque chose de triste dans son cosmos.
« Est-ce qu'il y des choses que je devrais savoir ? » Il lui souleva doucement le menton et l'obligea à le regarder. « Je te préviens que je saurais si tu mens. »
« C'est déloyal. » Elle le regardait, si près, il avait l'air inquiet. « Je ne peux ramener que des personnes avec un cosmos équivalent ou plus faible que le mien. Si je ne réussis pas, c'est son cosmos qui entraînera le mien. C'est pour cela que Zeus était inquiet pour moi. »
« J'ai confiance. » Le visage de Shaka était dangereusement proche. Elle avait peur qu'il ne puisse deviner ce qu'elle ressentait.
« De toute façon, je mérite la mort. Elle ne me fait pas peur. J'ai été pire qu'un démon à Babylone. »
« Il n'y a pas que ça. » Ses yeux bleus semblaient lire dans son esprit, pourtant, elle savait qu'il n'oserait jamais lire dans ses pensées sans son accord.
« C'est un interrogatoire ? »
« De qui es-tu amoureuse ? » Sa main avait lentement glissé derrière la nuque d'Ishtar. Elle se demanda brièvement s'il avait envie de l'embrasser ou de l'étrangler. Mais son visage était toujours étrangement calme.
« Pas de Kanon en tout cas. C'est mon ami et tu sais que je ne te mens pas, alors évites de lui sauter dessus aux entraînements. » Elle posa doucement une main sur le bras de Shaka pour qu'il la libère. Elle baissa les yeux. « De toute façon, je n'ai pas le droit de tomber amoureuse, Zeus me le ferait payer cher. » Il la laissa s'écarter de lui, en silence. Ils regardèrent tous les deux les arbres jumeaux pendant de longues minutes.
« J'aime beaucoup le jasmin. » Murmura-t-il. Elle le regarda, surprise, puis sourit. Elle ferma les yeux et concentra son cosmos dans une main, qu'elle posa sur la terre desséchée. Peu à peu, le sol devint vert, couvert d'herbe, et de nombreuses fleurs apparurent. Un pied de lierre vint enserrer amoureusement les colonnes du temple de la Vierge, décorant le flanc de la maison d'un joli feuillage.
Ishtar se releva et contempla son œuvre. Le jardin était méconnaissable et ressemblait à un Eden depuis longtemps disparu. Il lui rappelait ses chers jardins suspendus. La douce odeur des fleurs commençait à disséminer sa fragrance dans l'air. L'endroit était redevenu paisible et les plantes semblaient avoir été là de toute éternité. Toute trace de mélancolie avait disparu. Les fleurs chatoyaient en harmonie dans ce lieu poétique et un brin sauvage.
Elle se tourna vers Shaka pour voir sa réaction. Il venait d'enlever son casque et ébouriffait de sa main libre ses cheveux aplatis par sa protection, ses mèches folles retombèrent gracieusement sur son front. Si son âme lui avait encore appartenu, Ishtar aurait eu le coup de foudre à cet instant précis. Il sentit certainement son regard car il se tourna vers elle en souriant. Il avait une lueur mystérieuse au fond de ses yeux bleus.
« C'est très beau Ishtar. » Il ferma les paupières. « Je crois que Mu et Kanon viennent par ici. Nous ferions mieux d'aller les rejoindre. » Ils marchèrent vers l'intérieur de la sixième maison afin d'aller à la rencontre des deux chevaliers. Ceux-ci marchaient en discutant paisiblement. « Au fait… » Murmura Shaka sans qu'ils ne puissent l'entendre « J'ai ma réponse. » Le temps que l'information parvienne au cerveau d'Ishtar, Mu et Kanon les avaient déjà rejoints.
Elle n'avait pas beaucoup dormi et comme toujours face à la menace, elle s'était repliée sur elle-même. Depuis le matin, même Kanon n'avait pu lui arracher un mot ou un sourire. Elle semblait être comme morte vivante, ses beaux yeux verts étaient vides et le décor qui s'ouvrait devant leurs yeux n'allait pas arranger les choses.
« Bienvenue en Enfer ou du moins ce qu'il en reste. » Rhadamanthe les accueillit devant le Styx. S'il devait un jour décrire l'apocalypse, Kanon se dit que sa vision ressemblerait beaucoup à ce qu'il avait sous les yeux. Le ciel des Enfers était noir et des bruits d'explosions, des cris et des plaintes semblaient venir de toutes les directions. Seules les torches portées par le juge et ses serviteurs apportaient un éclairage rougeoyant sur les ruines qui les entouraient.
« Nous n'avons plus beaucoup de temps, je vais vous mener là où repose le corps d'Hadès. » Le juge commença à marcher, suivi d'Ishtar et d'Athéna munie de son sceptre, ainsi que de tous les chevaliers d'or. Saori avait envoyé les bronzes au Japon en vacances et leur avait caché son départ pour les Enfers. Poséidon était venu au sanctuaire pour y veiller en l'absence de la déesse : un dieu devait veiller sur la terre afin d'y limiter l'arrivée des morts. Shion était resté sur place.
Ils arrivèrent bientôt devant une crypte. « Tout a été ordonné selon vos instructions. » Dit Rhadamanthe. Ishtar le regarda comme s'il était transparent, ne donnant pas l'impression de l'avoir entendu. Elle avança sur le pas de la porte.
« Personne ne doit pénétrer ici, mort ou vivant, tant que je ne serai pas sortie. » Sa voix était blanche. Sans un mot de plus, elle s'enfonça dans l'obscurité.
« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » Aiolia n'avait pas l'habitude d'attendre.
« On attend et on empêche les gens d'approcher. C'est clair. » Dit Angelo. Le chevalier du Lion allait répliquer mais il fut coupé par le son d'une chanson. Celle-ci semblait résonner dans tout le monde sous-terrain. Une mélodie douce et envoûtante, un chant d'espoir.
« Ce silence. » Shaka fronça les sourcils, il sentait une menace. « Préparez-vous à combattre. » Ses homologues se tournèrent vers lui, surpris.
« Tu débloques ? » Milo le regardait avec des yeux ronds.
« C'est le chant des morts. Vous n'entendez pas ? Plus de plaintes ni de cris. Les âmes des morts vont essayer de la rejoindre. » Kanon sentit un frisson descendre lentement le long de sa colonne. Shaka avait raison, hormis la chanson et le bruit des enfers qui s'effondraient, plus aucun son ne leurs parvenait. Comme si tous les morts étaient bercés par cette étrange mélodie.
« Et merde ! » Grogna Angelo. De tous les côtés, une marée grise d'âmes humaines avançait lentement vers eux.
Son sang teintait lentement l'eau qui lui montait jusqu'à la poitrine. Elle était si froide. Ishtar était agenouillée dans le bassin, tenant la tête d'Hadès sur ses genoux, sous l'eau. Il avait l'air de dormir et son corps, vêtu de son surplis, ne portait aucune trace de décomposition. Il semblait incroyable qu'un être d'une telle beauté puisse vouloir faire le mal. Tandis qu'elle chantait ses longs cheveux ivoire dansaient dans l'onde, se mêlant à la chevelure de jais du dieu des morts. Dans l'obscurité, le cosmos argenté de la déesse baignait la scène d'une lumière irréelle.
« Je ne sais pas si on peut les tuer, mais on peut toujours les retarder. » Aioros sourit à ses frères d'armes. « Je suis heureux de combattre avec vous de nouveau. » Tous les chevaliers d'or lui sourirent. Puis la bataille commença.
Mu se plaça auprès d'Athéna devant la porte de la crypte tandis que les autres essayaient de retenir la déferlante des morts, irrésistiblement attirés par l'espoir de revenir à la vie. Tout en attaquant, Rhadamanthe se promettait de faire payer à toutes ces âmes stupides leur tentative d'évasion. Saga sentit de la pitié l'envahir envers elles, tous les chevaliers d'or ne savaient que trop bien ce qu'était le désespoir de la mort, mais ils n'avaient pas le choix.
« Nom de dieu Saga, envoie-les dans une autre dimension ! » Vociféra Kanon avant de commencer lui-même à appliquer ce judicieux conseil.
« Lightning plasma » Hurla Aiolia. Il eut le plaisir de voir une bonne vingtaine d'âmes tomber, avant que celles-ci ne se relèvent. « On ne peut pas les tuer ! » Cria-t-il.
« J'avais remarqué » Répondit Milo, enviant Camus qui transformait à tour de bras ses adversaires en statues de glaces. Au moins, ceux-là ne se régénéraient pas.
Quant à Shaka, il était debout, immobile, les mains posées l'une contre l'autre. Il immobilisait les âmes aux alentour, comme il l'avait fait pour Ikki lorsqu'il lui avait envoyé ses disciples Shiva et Agora afin de le tuer. Aldébaran et Shura faisaient un carnage, « Great horn » et « Excalibur » étant particulièrement dévastatrices. Mais comme les âmes ne pouvaient mourir une seconde fois, ils ne faisaient que retarder leur progression.
« Par les cercles d'Hadès ! » Angelo se débarrassa d'un coup d'une centaine de zombis, avant que ceux-ci ne retombent en pluie sur le groupe. « Crétino! » Il s'insulta lui-même, ils étaient déjà dans les Enfers, son attaque ne servait à rien. Il n'était pas le seul dont les attaques étaient inutiles ici. Les roses piranhas d'Aphrodite ne pouvaient pas priver les morts de leur énergie vitale. Le Poisson allait donc se décider à regret à combattre à main nues quand Dohko lui tendit une masse d'armes en souriant. Bientôt, les têtes tourbillonnaient dans de grandes éclaboussures de sang tandis que le chant des morts résonnait dans les airs.
Son corps tremblait. L'eau la glaçait, le sang versé était autant de chaleur perdue. Mais elle continuait à chanter. Le cosmos d'Hadès était incroyablement puissant. Leurs cosmos étaient en résonance depuis déjà plusieurs minutes et il résistait. Elle se sentait comme un pêcheur qui, au lieu de ramener le poisson qui aurait mordu, serait entraîné par sa proie au fond de l'eau. Elle n'était pas capable de plus, son corps était épuisé et son cosmos était poussé au maximum. Il éclairait d'une lumière aveuglante tout l'intérieur de la crypte. Elle allait céder, Hadès l'attirait vers le néant.
Shaka perdit sa concentration. Il avait sentit le cosmos d'Ishtar faiblir dangereusement, mais il ne pouvait pas l'aider pour le moment. « Athéna ! » Cria-t-il tout en s'attaquant aux spectres que sa perte momentanée de concentration avait libérés.
« Crystal Wall ! » Mu empêcha les spectres qui avaient réussi à percer les défenses d'avancer plus loin. Athéna avait fermé les yeux, tenant son sceptre d'une main, elle tendit l'autre main en position de prière. Le doux cosmos doré de la déesse inonda bientôt le champ de bataille. Elle avait compris le cri de Shaka et allait prêter main forte à Ishtar.
