Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Disclaimer: Rien n'est à moi…sauf la fic…

Reviews : J'y réponds systématiquement par mail, mais j'apprécie beaucoup les reviews. Merci à Sharleen rose, Demoness Lange et Rulae pour votre soutien. Ça me fait énormément plaisir, d'autant que vous êtes de fidèles lectrices et que vos reviews sont longues et détaillées. N'hésitez pas à poser des questions s'il y en a…

Dans ce chapitre : Un Hadès mouillé, un Zeus décidé, une Athéna énervée, un Poséidon enjoué, un Pope ensanglanté, et comme promis lors du prologue, des Gold saints bourrés…

Remerciements à ma bêta lectrice, qui à nouveau, a donné de sa personne et de son temps. Remercions également les litres de thé glacé morts pour permettre l'écriture de cette fic (et non, pour ceux qui se demandent, ce n'était pas du thé au jasmin…d'ailleurs, c'est très bon le thé au jasmin.)

Bonne lecture !


Chapitre 5 - Ange et Démon


Elle allait fermer les yeux et se laisser tomber dans l'eau, mais soudain, elle ressentit une douce chaleur. Ce n'était pas fini, Athéna lui prêtait sa force. Elle pouvait réussir.

Cela faisait presque vingt minutes que les flots des morts venaient s'écraser contre le rempart formé par les chevaliers d'or. Les âmes n'étaient pas dangereuses, mais c'était leur nombre et leur capacité de régénération qui en faisaient des adversaires cauchemardesques. Les démons à la solde de Rhadamanthe se battaient ou plutôt jouaient à tourmenter les âmes. L'un d'entre eux dévorait les âmes qu'il attrapait. Dans l'horreur de cette bataille où les victimes pleuraient de ne pouvoir regagner la vie et où le bien et le mal s'étaient alliés temporairement, il était difficile de distinguer où étaient la raison et la folie.

Et soudain, les âmes cessèrent de bouger et se mirent à pleurer des larmes de sang tout en s'inclinant, tout espoir de retour à la vie envolé. Devant la crypte se tenait le dieu des morts. Hadès portait dans ses bras une Ishtar très faible, mais encore consciente. La noirceur étincelante de son surplis contrastait avec la robe blanche de sa compagne, rougie par son propre sang. Leurs vêtements et leurs cheveux détrempés collaient à leur peau. Il y avait quelque chose de fascinant et malsain dans cette vision d'une déesse de la vie qui passait ses bras autour du cou d'Hadès. Ses cheveux étaient aussi blancs que les siens étaient noirs, sa peau dorée semblait rire du teint pâle du dieu. Et pourtant, il y avait une impression de puissance qui émanait de lui, alors qu'elle était affaiblie, comme s'il l'avait vampirisée.

Sans un mot, le dieu des Enfers la déposa dans les bras de Mu, puis regarda Athéna avec un mépris et une haine presque palpable, mais plus que tout, c'était une tristesse à glacer le sang qui irradiait de son cosmos. Un silence irréel planait désormais. Il s'éloigna lentement de la crypte, majestueux malgré le sang et l'eau qui coulaient sur son visage. Les chevaliers d'or et les sbires de Rhadamanthe s'écartèrent pour le laisser passer. Il jeta un regard tout autour de lui, comme semblant évaluer les dégâts subis par son domaine. Il ne semblait pas se soucier d'être en train de tourner le dos à sa pire ennemie, et il ne lui donna à contempler que celui-ci, habillé des ailes superbes de noirceur de son armure divine, lorsque sa voix, belle mais froide et cruelle, s'éleva.

« Je ne compte pas reconstruire mon domaine Athéna. Lorsque les Enfers seront effondrés, les morts marcheront sous le soleil et la terre sera mienne. Et toute cette folie connaitra un terme. »

« Tu ne peux mélanger les morts et les vivants Hadès. » Il se retourna, faisant peser son regard sombre comme le lit d'un lac profond sur la déesse de la sagesse.

« Ne t'inquiète pas, les vivants ne le resteront pas longtemps. » Il sourit, nullement impressionné par les auras menaçantes qu'il sentait venir des chevaliers d'or. « Mais cela n'est-il pas leur accorder la miséricorde que tu leur refuses ? »

Elle ne répondit pas, Zeus venait d'apparaître dans une pluie dorée à côté de sa fille, son cosmos puissant contrastant avec son visage décontracté. Il ne portait pas d'armure. Instinctivement, aussi bien Rhadamanthe que les chevaliers d'ors s'inclinèrent à son apparition, posant un genou à terre, alors qu'Athéna se contentait de s'incliner brièvement et qu'Hadès le fixait froidement du regard, d'égal à égal.

« Elle a souillé Elision, elle ne mérite pas ton aide. » Affirma Hadès avant même que son frère ne prenne la parole.

« Mais toi non plus. Tu n'avais pas le droit d'envoyer ses propres chevaliers contre elle. » Zeus souriait comme si son frère agissait comme un enfant entêté de quatre ans. « Et dois-je te rappeler que tu es lié aux Enfers ? Tu es incapable de les détruire entièrement de ton vivant, tout comme Athéna ne pourrait détruire la terre ou moi le ciel. »

« J'exige un dédommagement… » Zeus le coupa.

« Ishtar soignera tes combattants, tout comme elle le fait pour Athéna et Poséidon. Sauf en cas de conflit bien sûr et je veux que tu t'engages à la protéger. »

Hadès ne répondit rien, mais ses yeux bleus étincelaient désormais de rage. Les deux frères se toisèrent quelques instants du regard. Hadès semblait plus jeune que Zeus, mais la ressemblance était incroyable. Zeus avait les cheveux courts, mais du même noir. Ils avaient les mêmes traits fins, et s'il avait les yeux clairs gris pailletés d'or, presque bleus, Hadès avait un regard bleu pailleté d'éclats gris.

« Tu vas reconstruire les Enfers et laisser la terre tranquille. Poséidon n'apprécierait pas ton invasion. » Le ton de Zeus ne tolérait aucune réplique.

« Poséidon ? »

« Je l'ai libéré. » Commenta simplement Athéna.

« Il semblerait que je n'ai pas le choix dans ce cas. » La terre était moins vulnérable protégée à la fois par Poséidon et Pallas.

Hadès ferma les yeux et leva les bras. Son cosmos l'entoura, tandis que les bruits d'explosion et de craquements prenaient fins. Le ciel des Enfers redevint lumineux, passant de noir à rougeoyant, tandis que tout ce qui avait été détruit par sa mort reprenait place par la seule force de sa volonté. Au loin, la brèche dans le mur des lamentations se referma dans un soupir de pierres, de poussière et de vent. Comme une torture pour toutes les âmes présentes aux Enfers, Elision reprit place, narguant de sa fière architecture et de son climat divin ceux qui ne pourraient jamais y aller.

Hadès rouvrit les yeux et regarda les âmes des malheureux vautrés à ses pieds. D'un geste négligeant de la main, il renvoya dans leurs prisons et autres salles de tortures les âmes des morts qui parcouraient librement les Enfers. Au loin, on entendait de nouveau les plaintes et les murmures de souffrance si doux à ses oreilles.

« Il faudra quelques temps pour que les âmes coincées sur terre ne viennent ici. Le puits des morts est encombré. Je te charge de veiller à cela Rhadamanthe. » Il se tourna vers son frère. « Satisfait ? »

« Pas complètement. J'ai rendu son cosmos à Ishtar. Engage-toi à la laisser neutre. »

« Pourquoi le ferai-je ? »

« Tu sais pourquoi. » A ces mots, Hadès fronça les sourcils, comme semblant réaliser quelque chose qui lui déplaisait fortement. Il pâlit, puis marcha vers celle qui venait de le ramener à la vie. Mu la tenait dans ses bras et lui avait donné sa cape pour se réchauffer. Le dieu caressa doucement le visage de la jeune femme.

« J'ai une dette envers toi. » Souffla-t-il. Il retira le médaillon qu'il portait autour du cou, identique à celui qu'avait longtemps porté Shun. Il le plaça autour du cou d'Ishtar, dont-il avait guéri les coupures au poignet avant de sortir de la crypte. « En voyant cette amulette, aucun de mes serviteurs ne te fera de mal. Tu seras toujours la bienvenue ici. » Nauséeuse, Ishtar eut vaguement un sourire ironique en réalisant qu'elle était la bienvenue en Enfer. Il s'écarta d'elle. « Bien Zeus, je n'ai qu'une parole. Tant qu'Athéna et Poséidon respecteront leurs engagements, je ferais de même. »

« Très bien, dans ce cas, nous allons te laisser. » Zeus fit un geste de la main vers les chevaliers d'or, puis se téléporta vers le palais céleste.

Quelques secondes plus tard, les chevaliers d'Athéna et leur déesse, accompagnés d'une Ishtar mal en point, eurent la surprise de se retrouver sous le soleil, à l'entrée du sanctuaire.

« Ah ! Je suis couvert de sang ! » Aphrodite regardait d'un air dégoûté son armure. Il rendit avec une grimace la massue que Dohko lui avait prêtée tandis que Saga se moquait gentiment de son manque de raffinement. Ils étaient presque tous maculés de sang.

« Bien, on est revenus de l'enfer… Normal… » Commenta Angelo. « On va prendre une douche ? »

« Plus tard chevalier, Poséidon nous attends. » Sourit Athéna.

Dans la salle du trône du palais d'Athéna, Poséidon sirotait tranquillement un verre de vin tandis que Shion tournait en rond, revêtu de sa panoplie de Grand Pope. Ils étaient accompagnés de Siren de Sorente et Isaak du Kraken, que Hyoga ne quittait plus. L'Empereur des Mers sourit lorsque la porte s'ouvrit pour laisser passage à Athéna et ses chevaliers, couverts de sang, mais arborant le sourire de la victoire. Il posa son verre et se leva pour accueillir sa nièce, très en beauté ce jour-là.

« Je te remercie d'avoir veillé sur la terre en mon absence » Dit Athéna en s'inclinant légèrement.

« Comment se porte ce cher Hadès ? »

« Comme un charme, si je puis dire » Sourit la jeune fille.

« Il me semble que tu as encore sauvé le monde. » Poséidon s'approchait doucement de Saori. « Et que comptes-tu faire désormais ? » La réincarnation releva la tête pour le regarder dans les yeux. Elle tenait fermement son sceptre.

« Défendre la terre et te laisser libre, à condition que tu ne m'attaques plus. »

« Tu proposes la paix ? » Poséidon sourit, il avait envie de s'amuser. « Je sais que tu es prête à mourir pour cela. » Il caressa doucement la joue d'Athéna, puis se pencha pour lui murmurer à l'oreille : « Mais es-tu prête à m'épouser ? » Il s'écarta lentement d'elle, tandis que la douce jeune femme fulminait sous le regard étonné de ses chevaliers, qui ne l'avaient jamais vue en colère.

« Continues comme ça et je te jure que je te remettrais dans ton urne. » Poséidon ne put s'empêcher de rire.

« Je crois qu'il est temps que je prenne congé. Je te confie mon général du Kraken. Il désirait rencontrer ton chevalier du Verseau. » Il s'éloigna gracieusement, accompagné de son fidèle gardien de l'Atlantique sud, tandis que Kanon s'inclinait à son passage et que Shion se pressait d'aller auprès d'Athéna.

« Déesse… » Hyoga s'inclina devant Saori. « Pardonnez mon incompréhension, mais pourquoi les chevaliers de bronze n'ont-ils pas été prévenus ? »

« Relève-toi Hyoga. Je ne voulais pas que vous soyez de nouveau confrontés à l'enfer. »

« Mais, et les chevaliers d'or ? Ils ont souffert plus que nous dans cette colonne maudite. » Shion toussa.

« Je dois avouer que j'ai insisté auprès de la déesse. Elle voulait partir seule avec Ishtar. » Le Pope leva les mains en voyant les visages incrédules et les murmures de réaction des chevaliers d'or. « Silence chevaliers. Tant que vous êtes tous réunis, je souhaite vous prévenir que vous pourrez regagner vos temples dans deux jours. Donc demain, les six premiers signes du zodiaque pourront quitter le sanctuaire pour acheter ce qu'ils souhaitent et le jour suivant, les six derniers signes. D'ici là, remettez vos armures à Mu afin qu'il puisse les réparer rapidement. » Shion sourit sous son masque, une lueur amusée dans ses yeux violets. « Et allez donc prendre une douche. » Ajouta-t-il après réflexion.


Ishtar poussa un soupir de bonheur. L'eau moussait tout autour d'elle et la chaleur du bain lui faisait un bien fou. Avoir ressuscité Hadès avait libéré ses épaules d'une énorme pression. Elle s'amusa à jouer avec les bulles tout en frottant doucement son corps. Elle se sentait faible, mais elle allait déjà beaucoup mieux que le jour précédent.

Mais il y avait une ombre au tableau. Un certain chevalier très attirant aux cheveux blonds. En pensant à lui, elle ne put s'empêcher de mettre sa tête sous l'eau. Elle ne l'avait pas revu en privé, et ne savait donc pas ce qu'il voulait dire par : « j'ai ma réponse. » Ou plutôt si, elle le savait trop bien. Elle ressortit sa tête pour reprendre son souffle et ramener ses cheveux en arrière. Il l'avait sûrement deviné ou vu dans son cosmos. Elle se tapa la tête avec une main. « Je suis stupide. Quatre mille ans d'expérience et complètement cruche. Et voilà que je parle seule. » Elle soupira. Fermer les yeux, ne plus penser. Elle allait quitter le sanctuaire de toute façon. Elle se donnait deux semaines pour partir.

Des coups à la porte. « Humpf » Grogna-t-elle se promettant de torturer le malheureux qui osait la tirer de son bain alors qu'il n'était que 11h du matin. Elle enfila un peignoir, ses longs cheveux gouttant librement sur le sol. Elle sortit de la salle de bain et alla ouvrir. C'est donc une Ishtar détrempée et à peine habillée qui se retrouva nez à nez avec l'objet de ses rêves. Heureusement, le dit objet avait les yeux fermés.

« Bonjour. Je te dérange visiblement. »

« Ce n'est pas grave, tu peux entrer. » Elle s'effaça pour le laisser passer. « C'est urgent ou ça peut attendre que je m'habille ? »

« Je peux attendre. » Il souriait, élégant et distingué dans son sari rouge, ce qui en soi était une prouesse. Elle sentit toute sa motivation à quitter le sanctuaire fondre comme neige au soleil.

« Hum » Fut la seule réponse d'Ishtar, qui repartait déjà vers la salle de bain. Elle revint dix minutes plus tard, habillée d'un long jupon et d'un débardeur blanc. Le médaillon d'Hadès brillait doucement sur sa peau. Shaka s'étant installé sur l'un des coussins de sol, elle s'assit sur le bord du canapé puis commença à brosser ses cheveux encore humides.

« Je t'écoute. »

« Tu vas bien ? Ou tu es encore trop faible ? »

« Ca dépend pour quoi faire, mais ça va mieux. Ne me dis pas que tu veux concurrencer Kanon dans la discipline mère poule ? »

« Non, en fait, je voudrais t'emmener en Inde. » Elle le regarda, s'il lui faisait une blague, c'était un excellent acteur. Son visage était parfaitement neutre.

« En Inde ? »

« Comme le grand Pope nous a donné la journée, je comptais y aller pour ramener certains objets. Et Mu m'a dit que tu avais besoin de prendre l'air. »

« D'accord, ce sera avec plaisir. » Après tout, elle n'allait pas se faire prier.

Moins d'une heure plus tard, l'homme le plus proche de dieu se téléportait en Inde avec elle. Ils étaient arrivés dans un vihara, un monastère bouddhiste. Apparemment, les moines présents savaient qui il était car ils se prosternèrent tous devant lui, osant à peine le regarder. Shaka leur passa devant, puis donna une liste d'instructions au chef de la petite communauté. L'entretien fut assez bref. Il se retourna vers sa compagne.

« Tu veux voir le Gange ? Ils vont faire les courses pour moi. »

« Où sommes-nous ? » C'était bizarre de le voir être traité comme un dieu vivant.

« Dans la ville de Kânpur au nord de l'Inde. »

« J'en déduis que le Gange y passe. »

« Ce n'est pas très loin. »

Ils sortirent du temple. Le calme qui y régnait contrastait avec l'agitation multicolore de la rue. Les vendeurs à la sauvette traversaient la route en slalomant entre les voitures, tandis que la foule se pressait sur les trottoirs. Les bâtiments modernes se mêlaient aux bâtisses traditionnelles, les hommes en costume se mélangeaient aux personnes en vêtements traditionnels et aux jeunes gens en jean et T-shirt. Une vache aux longues cornes effilées regardait tranquillement l'agitation humaine, indifférente à la chaleur moite de cette fin de journée.

« Tu viens souvent ici ? »

« C'est assez rare, d'habitude, je me rends là où j'ai été élevé jusqu'à mes huit ans. C'est un monastère perdu dans la jungle, au Nord-ouest. »

« Et après tes huit ans, tu as vécu où ? »

« J'ai commencé mon entraînement dans le bassin du Gange. »

Ils marchèrent en silence dans le bruit de la rue. Il arrivait parfois que l'on se retourne pour observer leur étrange couple. Avec une patience infinie, Shaka laissait Ishtar s'arrêter devant les boutiques ou lui expliquait la signification religieuse de certains autels dressés en pleine rue et où les gens qui allaient au travail s'arrêtaient pour brûler un bâton d'encens. Ils arrivèrent finalement sur la rive du fleuve sacré. L'air y était rafraîchi par le vent. Les eaux du Gange se mouvaient doucement, charriant des troncs d'arbre et des tonnes de boue. Ca n'empêchait d'ailleurs pas plusieurs dizaines de personnes de se baigner dans les eaux, afin d'y purifier leur âme. Ils s'assirent sur un banc face au fleuve. Elle observait les pèlerins.

« Tu n'es pas trop fatiguée ? »

« Ca va. Je te remercie. Je me demande comment réagiraient ces gens s'ils savaient qui tu es. Ils essaient de suivre l'exemple du Bouddha et tu n'es qu'à quelques mètres. » Il sourit.

« Ils seraient sans doute surpris, je ne ressemble pas vraiment à leurs statuettes. »

« Heureusement pour toi. » Ishtar ne put s'empêcher de rire doucement en imaginant Shaka avec un chignon et un corps grassouillet. Il ne répondit rien, mais son sourire s'élargit. Il avait l'air détendu, presque humain, abordable.

« Shaka, je me suis souvent demandé pourquoi tu as choisi d'être chevalier. C'est une vie si violente, à l'opposé de ce que tu représentes. » Il y eut un silence, le temps qu'il arrive à formuler correctement sa réponse.

« Je n'aime pas tuer ni me battre, mais j'ai l'impression d'être plus utile au sanctuaire que je ne l'aurai été dans un monastère. Je voulais aider Athéna à protéger les hommes. Nous sommes si faibles, d'esprit ou de corps. » Il y avait de la mélancolie dans sa voix, habituellement si calme.

« Pourtant, tu ne devrais pas ressentir une telle compassion non ? » Il y avait du doute dans la voix d'Ishtar. « Tu es supposé devoir te détacher du monde matériel pour atteindre l'éveil. » Shaka semblait perdu dans ses pensées. Il prit quelques minutes avant de répondre, le silence s'étirant entre eux, non pas qu'elle lui ai posé une question à laquelle il ne souhaitait pas répondre, mais c'était une question à laquelle il avait peut-être lui-même du mal à répondre.

« Je suis incapable de rester impassible face à la souffrance. Mais l'éveil peut s'atteindre de différentes manières, chacun est libre de trouver sa voie. Ce que nous enseigne d'abord le Bouddha, c'est le respect de la vie et non une froide indifférence. »

« Le respect de la vie ? Que fais-tu des criminels ? Tu crois qu'il est possible de changer, même quand on a commis des atrocités ? » Ishtar fixait le Gange, les rayons mourants du soleil le nimbaient d'une belle couleur orangée.

« Bien sûr, mais il faut se racheter en faisant le bien, c'est le principe même du karma tel que le considèrent la plupart des diverses croyances hindouistes. » Il tourna le visage vers elle. « Tu n'es plus celle que tu étais. L'Ishtar de Babylone n'existe plus, tu l'as prouvé en aidant Athéna. »

« Non, elle est toujours en moi. C'est moi, mon passé, mes erreurs. Je ne souhaite plus vivre ainsi. » Elle soupira. « Je voudrais quitter le sanctuaire et essayer de reconstruire ma vie. J'ai envie d'aider les autres. Il y a tellement de malades qui auraient besoin d'être soignés. »

« Tu n'auras jamais une vie normale, tu es une déesse. Non seulement tu ne vieilliras pas, mais tes pouvoirs vont attirer la curiosité et Zeus ne te laissera pas avoir une vie de femme. »

« Je sais tout ça » Shaka l'accablait en lui énumérant calmement tout ce qui la séparait du reste du monde. « Mais ce sera encore pire si je me coupe de l'humanité en passant mon éternité dans le sanctuaire. En fait, si Zeus ne m'avait pas forcée à vivre comme une humaine pendant tout ce temps, je ne suis même pas certaine que j'aurai éprouvé, en tant que déesse, la moindre compassion envers l'humanité. Les dieux ne sont pas mauvais, ils sont juste trop puissants et ils s'ennuient et ils sont tellement déconnectés de la réalité de ce qu'est l'humain. Si je recommence à m'ennuyer Shaka, si je retourne dans mon cocon divin, je perdrais ce qui me rend humaine. Je recommencerais à faire le mal sans même avoir conscience de mon attitude abjecte. »

« Mais tu vas souffrir. » Il avait ouvert les yeux et la regardait avec douceur. Elle n'avait rien à répondre.

Les pèlerins commençaient à quitter peu à peu les eaux sacrées tandis que le soleil se couchait. La pénombre naissante n'allait pas tarder à disparaître pour laisser place aux lumières artificielles. Les villes si grandes ne dormaient jamais. Indifférent à la mort du soleil, le Gange continuait son éternel voyage.

« Shaka, tu n'as jamais eu envie d'avoir une vie normale ? De pouvoir aimer, t'amuser, paresser des heures au soleil ou juste ouvrir les yeux et contempler la beauté de tout ce qui est… La vie des hommes n'est pas que souffrance, tu pourrais les protéger tout en partageant leurs joies. »

« Je n'ai jamais vécu ainsi, même pendant mon enfance. » Il sourit. « Ca ne me rends pas triste. Mais tu as raison, même Siddhârta a été marié, puis a repris une vie normale à la fin de son existence, lorsqu'il a donné son enseignement. Je pourrais. »

« Mais ? »

« Il n'y en a pas. C'est juste que je n'ai tout simplement jamais imaginé une vie autre que celle que j'ai actuellement. J'ai appris à me détacher de mes désirs. » Il lui sourit, ses yeux étaient incroyablement doux. Et sensuels, mais ça, Ishtar essayait de l'ignorer.

« Si jamais tu décides un jour de changer, je serai là. »

« Je m'en souviendrai. »

Il faisait nuit désormais et ils devinaient le Gange plus qu'ils ne le voyaient. Le vent apportait une fraîcheur bienfaisante après la chaleur de la fin de journée. Ils restaient assis côte à côte, leurs chevelures dansant doucement au même rythme, soulevées par la brise. Ishtar ramena doucement ses genoux contre son menton, elle se sentait privilégiée d'être avec lui. Il était plutôt solitaire en temps normal, et il lui avait parlé avec douceur et sincérité. Même si elle s'était résignée à ne pas lui révéler ses sentiments, elle avait apprécié chaque minute passée en sa présence.

Elle trembla de tout son corps quand elle sentit qu'il lui caressait doucement la joue. Surprise, elle tourna lentement le visage, le sien était si proche, elle pouvait sentir son souffle sur sa peau et respirer son parfum. Elle avait l'impression de perdre toute volonté en voyant son regard. Après quelques secondes d'hésitation, il effleura doucement ses lèvres des siennes. Il était si pur. Elle se serra doucement contre lui pour approfondir le baiser, ses mains remontant lentement le long de ses bras nus, sa langue cherchant celle de Shaka. Il se crispa légèrement, puis se détendit, répondant à son étreinte. Si c'était un rêve, elle ne voulait surtout pas se réveiller. Après de longues secondes, il mit fin au baiser en lui mordillant délicatement la lèvre inférieure, comme pour la punir d'avoir osé profaner ses lèvres si chastes. Il s'écarta doucement en lui souriant puis se leva.

« Nous ferions mieux de rentrer. Tu dois être fatiguée et les moines ont certainement déjà réuni ce que je leur ai demandé. »

Elle le suivit ayant du mal à réaliser qu'il l'avait embrassée. Il avait de nouveau les yeux fermés et une expression indéchiffrable. Il était redevenu inaccessible. Pourtant, il n'avait rien d'hostile, et elle sentait qu'il ne regrettait absolument pas ce qui venait de se produire.

Quand ils rentrèrent au sanctuaire, la journée suivante venait de commencer. Ishtar était surprise, elle avait complètement oublié le décalage horaire. Ils remontèrent doucement les maisons du Zodiaque. Il ne s'arrêta que pour déposer rapidement ses paquets dans sa demeure. Ils ne se séparèrent que dans le hall du palais d'Athéna. Ils n'avaient pas échangé un mot depuis le baiser.

« Shaka, je te remercie. » La voix d'Ishtar tremblait légèrement malgré elle. « Pour tout. »

« Tu devrais te reposer, Hadès t'as épuisée et …l'Inde aussi. » Il lui souriait. « Je dois aller auprès de mes disciples. »

Elle le regarda s'éloigner, puis remonta dans sa chambre pour se jeter comme une masse dans son lit. C'était sans compter sur Kanon qui déboula dans la pièce quelques secondes plus tard.

« Alors ? » Il avait la mine d'une lycéenne qui demande à sa meilleure amie si elle a conclu ou pas. Ce qui pour le Dragon des Mers était une attitude particulièrement déplacée.

« Alors j'ai sommeil ! » Elle lui lança un oreiller, tout en sachant pertinemment que cela ne ferait pas fuir le Dragon.

« Allez, c'est moi qui ai donné l'idée à Mu pour qu'il en parle à ton chevalier servant. » Il s'assit sur le lit, clairement ravi de son complot d'entremetteur.

« Je le savais, ça ne pouvait venir que de toi. » Maugréa-t-elle. « Et arrête de l'appeler comme ça. »

« Alors ? » demanda le Dragon tout excité.

« Il m'a embrassée. »

« Bel exploit. Honnêtement j'ai douté. Tu n'es pas la déesse de l'amour pour rien. »

« Kanon pitié. On n'a rien fait de plus et je ne crois même pas qu'on soit ensemble. Et puis, si Zeus l'apprenait… » Elle soupira. « Secret absolu s'il te plait. Et laisse-moi dormir. »

« Pas avant que tu ne me racontes tout en détail. »

« Kanon » Gronda-t-elle, ne pouvant s'empêcher de sourire malgré elle. « Dehors ! Je te promets de te raconter ça plus tard. »

« Hum » Grogna le Dragon des mers. « Je comprends pourquoi il m'avait sauté dessus aux arènes, il était jaloux. »

Poussant un soupir d'exaspération, Ishtar se leva pour escorter l'indésirable jusqu'à la porte, puisqu'il n'avait pas l'air décidé à la laisser dormir. Après cette dure mission, elle put enfin se plonger dans un sommeil réparateur.


Kanon se sentait vaguement nauséeux, mais il sourit en voyant l'état de son frère. Il allait gagner et prouver qu'il était le plus fort.

« Kanon » Disait son frère « Je…je vais…j'vais t'avoir »

Tout avait commencé par un pari stupide lancé par Milo. Les chevaliers d'or s'étaient réunis pour fêter leur retour dans les temples zodiacaux. Aphrodite avait proposé une soirée sur la plage, et appuyé par Kanon, les deux amoureux de la Mer avaient convaincu les autres. Seul Dohko et Shion manquaient à l'appel, la Balance étant partie aux cinq pics et le Grand Pope n'avait pas pu se libérer. Puisque l'autorité n'était pas là, Milo et Angelo en avaient profité pour ramener Le produit interdit au sanctuaire : de l'alcool.

C'est ainsi que Milo, les Gémeaux, Angelo et Shura s'étaient lancé le défi de voir qui tenait le mieux la boisson. Ils étaient donc autour d'un feu de camp, à boire sans soif, pour défendre leur honneur. Bientôt, les jumeaux avaient été les seuls encore capables d'articuler deux phrases, et ils devaient désormais se départager sous l'œil impartial de Camus, nommé bien malgré lui arbitre par Milo.

Mu haussa les épaules en voyant Kanon agir comme un gamin. Dés qu'il s'agissait de défier son frère, il semblait dans un état second.

« Je crois que c'est dans leur nature d'être schizo. » Murmura le Bélier. Il n'eut pour seule réponse que le sourire de Shaka. Ils étaient assis sur le sable, Aioros jouant de la guitare avec son frère. Aphrodite dansait sensuellement sur la musique, une bière à la main, accompagné d'un Aldébaran un peu moins glamour. Shura et Angelo, bien éméchés, chantaient des chansons aux paroles incohérentes.

« Camus ? Depuis quand t'as un jumeau ? » Murmura Milo, complètement saoul. « Faut me le présenter. » Dit-il. Il était allongé et avait posé sa tête sur les genoux du Verseau, qui à la surprise générale, semblait tolérer cette intrusion dans son espace.

Depuis leur retour à la vie, le fait de vivre ensemble dans le palais du Pope avait beaucoup rapproché les chevaliers d'or. Angelo avait réussi à atténuer à défaut de faire oublier son image de psychopathe, tandis que les jumeaux s'étaient réconciliés et avaient même fini par partager la même chambre. Aphrodite avait révélé une nature sensible sous son apparence superficielle. Shaka l'avait d'ailleurs autorisé à se rendre dans le jardin des Twin sals après que le Poisson eut appris la repousse miraculeuse des plantes.

« Allez debout ! » Ordonna le Poisson en s'approchant du Bélier et de la Vierge. « Vous savez danser non ? » Il fut interrompu par une exclamation de joie.

« J'ai gagné ! » Un Kanon tout fier se dressait devant un Saga ivre mort. Il se leva maladroitement pour tituber jusqu'à Mu et se laisser tomber auprès de lui, qui ne put réprimer un sourire en voyant la mine stupide mais réjouie du Dragon des mers alors que le visage de Shaka reflétait assez clairement tout le bien qu'il pouvait penser de ce genre de victoire.

Aphrodite se détourna donc pour voir l'état de Saga. Celui-ci gisait au sol et regardait les étoiles d'un œil vitreux. Le Poisson s'approcha de lui. Il n'eut pas le temps de réaliser qu'il était tombé à terre, ses beaux cheveux se mêlant au sable, que Saga se jetait sur lui pour l'embrasser. Bourré mais plein de réflexes. Ca ne l'empêcha pas de se prendre une gifle monumentale lancée par un Poisson plus furieux d'avoir du sable dans les cheveux que d'avoir été embrassé.

Aiolia avait cessé de jouer de la guitare pour pouvoir se tenir les côtes tellement il riait. Son aîné, ayant plus de maîtrise, continuait à jouer en souriant.

Les chevaliers ne se séparèrent que vers trois ou quatre heures du matin, les plus valides aidant les autres à remonter les marches jusqu'à leurs temples. Les fiers guerriers d'Athéna entameraient le lendemain leur plus dur combat : la gueule de bois.

Mu traîna Kanon, tandis que Shaka ramenait Saga avant de regagner son propre temple. Camus fut contraint de porter un Milo qui chantait de tout son cœur dans la maison du Scorpion, tandis qu'Aphrodite se chargeait de Shura aidé d'Aioros, dont le frère s'était mystérieusement éclipsé. Aldébaran soutenait un Angelo chancelant.


Le lendemain, Shaka fut contraint de soutenir Kanon pour l'aider à monter les marches séparant leurs maisons du palais du Grand Pope. Celui-ci les avait convoqués à la première heure, et le chevalier de la Vierge avait été obligé d'aller chercher Kanon dans son lit.

« Shaka, j'ai mal à la tête » Grommela le Dragon des Mers. Il n'avait pas récupéré de son exploit alcoolisé de la veille et il s'appuyait lourdement sur l'indien.

« Tu n'avais qu'à refuser le pari de Milo. Tu es le vainqueur, mais je ne vois pas l'intérêt d'être le plus grand buveur du sanctuaire. »

« Pitié, ne parles pas aussi fort. » Les tempes de Kanon le lancinaient, pourtant Shaka avait parlé d'une voix calme et mesurée. Au bout de ce qui sembla un très long calvaire au marinas, ils arrivèrent enfin devant les portes de la salle du trône.

« Kanon » Shaka murmurait pour épargner au Dragon une migraine. « Si tu te fais prendre par le Pope, tu vas souffrir, général de Poséidon ou pas. Laisse-moi parler et concentre-toi pour marcher droit. »

« Humpf. »

Ignorant le borborygme de son compagnon, Shaka fit signe aux gardes d'ouvrir les portes de la salle et s'avança jusque devant le trône, revêtu de son armure, sa cape volant élégamment derrière lui. Kanon le suivit, portant son écaille des Mers. Heureusement, il arriva à mettre un genou à terre devant le Pope en gardant l'équilibre. Normalement en tant que général de Poséidon, il n'avait pas à reconnaître son autorité, mais il avait conservé cette habitude, d'autant qu'Athéna le considérait toujours comme le second chevalier des Gémeaux.

« Je suis en retard ? » Ishtar venait d'entrer dans la pièce. Elle y reconnut immédiatement ses deux chevaliers. Elle se tourna vers Shion sans lui laisser le temps de répondre à sa première question. « Il y a un problème ? »

« Nous avons reçu une lettre venant du royaume d'Asgard. La prêtresse d'Odin Hilda de Polaris souhaite que l'on ramène à la vie ses guerriers divins. Ils sont morts lorsqu'elle était sous l'emprise du mal. » Kanon serra les dents, la voix du Pope lui vrillait les tympans.

« J'ai besoin de toute mon énergie pour les ramener. J'en suis incapable pour le moment. »

« Ils doivent assister à une cérémonie célébrant Odin dans deux mois. Pensez-vous pouvoir les ramener ? Le royaume d'Asgard n'a pas eu le temps de leur trouver des successeurs. »

« Deux mois. » Ishtar avait répété ce chiffre en murmurant. « J'ai été obligée de ramener à la vie Hadès et les généraux de Poséidon dans un très court laps de temps. Mon cosmos en est affaibli. Je ne l'avais jamais autant utilisé auparavant. » Elle soupira. « Je suis incapable de savoir de combien de temps j'ai besoin. »

« C'est ce que je craignais. Cependant, en attendant que vous vous sentiez prête, pouvez-vous aller en Asgard ? »

« Pourquoi ? »

« Déesse » Commença le Pope d'un ton empli de prudence « Poséidon voit d'un mauvais œil que vous ne restiez trop longtemps au sanctuaire d'Athéna. Vous devez être neutre. » Ishtar se demanda pourquoi Kanon ne lui avait rien dit. Il devait forcément être au courant. Elle lui lança un regard. Il était tout pâle et semblait fortement indisposé. A côté de lui, Shaka en aurait eu l'air bronzé. Elle réfléchit rapidement aux paroles de Shion.

« Très bien j'accepte. »

« Bien dans ce cas, il va vous falloir l'accompagner chevaliers. » Il avait élevé la voix. Kanon ne put s'empêcher d'émettre un grognement indistinct. Le Pope le fixa quelques secondes.

« Tout va bien ? »

« Oui, il va très bien. Il a juste un peu de fièvre depuis hier. » Kanon n'en revenait pas, ou bien Shaka mentait pour lui sauver la mise ou bien sa gueule de bois lui faisait entendre des voix.

« Vous partez ce soir. J'informerai Hilda de Polaris de votre venue. Vous pouvez disposer. » En se levant, Kanon se prit les pieds dans sa cape et s'effondra. Sans un mot, Shaka le releva pour le sortir de la salle sous le regard interdit du Pope.

Ishtar se rapprocha d'eux après être restée discuter quelques minutes avec Shion. Dés que les portes furent refermées, elle ne put s'empêcher d'éclater de rire, elle avait eu du mal à se retenir en voyant son chevalier s'étaler comme une loque.

« Tu as bu combien de litres d'alcool Kanon ? Tu m'as l'air d'avoir une belle gueule de bois. »

« Comment ? » Il s'appuyait lourdement sur Shaka.

« Tu fronçais les sourcils au moindre bruit. Je ne sais pas si le Pope a gobé votre belle excuse, surtout après ta magnifique chute. Tu mériterais que je ne te soigne pas. Ca me vengerait pour quand tu m'as empêchée de dormir. HEIN KANON ? » Elle avait délibérément crié dans ses oreilles, se délectant de sa vengeance. Le pauvre Dragon se prit la tête dans les mains. Il avait l'impression qu'une enclume lui était tombée dessus.

« Mais tu as de la chance, je suis trop bonne. » Ishtar soupira et écarta les mains de Kanon de son visage pour y poser les siennes. Instantanément, les effets de l'alcool disparurent.

« Je peux savoir pourquoi tu étais dans un état pareil ? »

« Humpf. » Grogna Kanon.

« Tu peux m'éclairer Shaka ? Je ne décode pas encore ce genre de langage. »

« Il a prouvé hier soir aux chevaliers d'or qu'il était celui qui peut boire le plus. La gloire l'inonde. » Railla la Vierge.

« Je voulais surtout battre Saga. » Avoua Kanon. « Et pour Asgard, on en a pour au moins deux mois alors ? »

« Ca va dépendre de ma capacité à récupérer. Avec un peu de chance, ça ira plus vite. Je suis désolée pour toi et Saga. Il va falloir le prévenir. » Kanon ne répondit rien. Ishtar posa doucement une main sur son épaule. « On va s'arranger j'en suis sûre. En attendant, va le voir. »

Elle le regarda partir le long du couloir. Elle avait de la peine pour lui, pour une fois que tout allait bien dans sa vie et qu'il s'était réconcilié avec son frère, il fallait qu'il en soit éloigné. Elle se mit également à marcher, accompagnée de la Vierge.

« C'est plutôt pour toi que tu devrais t'inquiéter non ? » La voix de Shaka la tira de ses pensées.

« J'ai juste besoin de temps, ça devrait aller. Tu lis encore dans mon cosmos ? »

« Je ne le lis pas, il s'impose à moi. » Il sourit avec un air angélique.

« Je sais mais c'est frustrant, avec ta capacité de déduction, je suis sure que tu pourrais presque deviner à mon cosmos ce que j'ai mangé au petit déjeuner. »

Un silence, puis sa voix calme : « Tu n'as rien mangé. »

« Quoi ? » C'était le cas. Il n'avait sûrement pas osé lire dans son esprit pourtant. Il avait les paupières closes mais souriait largement. Ishtar fronça les sourcils. Par moments, le chevalier de la Vierge était un brin inquiétant, ce qui ne faisait qu'ajouter à son charme. « Tu m'expliques ? » Il se mit à rire.

« J'ai entendu ton estomac tout à l'heure. » Elle l'aurait étranglé de l'avoir fait marcher ainsi, mais elle ne put s'empêcher de rire aussi.

« Pour me faire pardonner, je peux t'inviter à manger. »

« Avec plaisir. »


La maison de la Vierge, reconstruite à l'identique, était déjà imprégnée de la sérénité de son propriétaire. Ses murs épais lui permettaient de dispenser une fraîcheur bienfaisante. Ishtar regardait avec intérêt la demeure de Shaka. Malgré son réaménagement récent, la pièce principale de son appartement respirait la vie. Le sol était couvert de tapis et de coussins, entourant une table basse. Sur la droite, une étagère remplie de livres couvrait entièrement le mur, à l'exception d'une porte menant vers la chambre. A gauche, une ouverture en forme d'arche donnait vue sur la cuisine. Et bien sûr, chaque pièce donnait une vision somptueuse du jardin des twin sals. Le parfum enivrant des fleurs entrait pas la fenêtre entrouverte.

La pièce intriguait Ishtar, elle était dépouillée de l'essentiel, mais il y régnait un curieux superflu : pas de chaises, ni de table haute, murs nus, mais profusion de tapis et coussins, pas de rideaux aux fenêtres mais des volets en bois ciselé qui laissaient filtrer de la lumière par leurs arabesques. Une pièce aussi sereine et insaisissable que le maître des lieux.

« Je me demande pourquoi il n'y a pas d'accès direct au jardin. » Murmura-t-elle. On y accédait de la partie principale du temple, mais pas d'ici.

« Ca a toujours été ainsi, je n'ai pas eu envie de changer. » Il sourit tout en se dirigeant vers la cuisine. Elle s'approcha de la fenêtre, absorbée par la vue. La seule fois où elle y était venue, la nuit tombait. Le jardin semblait différent sous le soleil, mais était toujours aussi envoûtant.

Le repas fut simple mais délicieux, d'autant plus sachant que le cuisinier l'avait littéralement fait les yeux fermés. Ishtar se demanda quand Shaka avait eu le temps d'apprendre à cuisiner entre son entraînement de chevalier et ses années passées à méditer. Encore un mystère sur sa liste. Ils buvaient tranquillement du thé, assis sur les coussins de sol. Il avait retiré son armure pour cuisiner et portait un pantalon large avec un T-shirt. Elle réalisa que c'était la première fois qu'elle le voyait habillé à l'occidentale.

« Tu es bien silencieuse. »

« Je me demandais quand tu avais appris à cuisiner. Tu es plein de ressources insoupçonnées. »

« C'est un compliment ? »

« La cuisine est plutôt associée à Epicure et pas à une vie d'ascète. Alors oui, je suis agréablement surprise. »

« Moi et Epicure. » Il souriait. « Tu dois être la seule personne au monde à oser nous associer. » A ces mots, les souvenirs de leur baiser s'imposèrent devant les yeux d'Ishtar. Pour elle, Shaka était tout sauf un appel à la sérénité. Elle se demanda vaguement comment il réagirait si elle lui sautait dessus pour le plaquer contre les tapis et les coussins au sol.

« Comment vas-tu faire pour tes disciples ? Deux mois loin du sanctuaire, c'est plutôt long. » Changer de sujet. Bonne stratégie pensa-t-elle.

« Ca devrait aller. Pour le moment, ils ont besoin de développer leur force physique. Un chevalier d'argent pourra les y aider aussi bien que moi. » Il but un peu de thé. « Je suppose que le voyage en Asgard ne change pas ta volonté de quitter le sanctuaire ? » Elle le regarda, impossible de dire s'il se sentait concerné.

« Kanon a demandé à Poséidon de m'aider avec ses relations. Je devrais avoir réglé mes comptes avec la Justice assez rapidement. L'argent des Solo y fait beaucoup. Une fois que ce sera réglé, je partirai comme prévu. De toute façon, tu as entendu le Pope, je ne peux pas rester trop longtemps dans le sanctuaire d'un dieu particulier. »

Il ne répondit rien. Il posa doucement sa tasse de thé et s'appuya sur ses bras, inclinant légèrement la tête en arrière. Ses longs cheveux blonds tombaient en une cascade dorée dans son dos, certaines mèches s'agrippaient à ses épaules et s'enroulaient amoureusement autour de ses bras. Le pire, pensa Ishtar, c'était qu'il ne faisait même pas exprès d'être aussi attirant. Mais il avait l'air presque fragile en cet instant.

« Ca va ? » Demanda-t-elle. Il releva légèrement le visage, puis passa une main dans les mèches rebelles qui recouvraient son front.

« Je suis juste fatigué. A notre retour d'Inde, j'ai directement entraîné mes disciples sans dormir, et avec la petite fête d'hier soir, je n'ai pas récupéré. J'ai dormi trois heures en deux jours. »

« Je peux te laisser te reposer si tu veux, ce n'est pas un problème. Il faut que je prépare mes affaires pour partir. »

« Non tu peux rester. » Il sourit. « J'ai connu pire. »

Elle se leva doucement et s'approcha de lui.

« Peut-être, mais je veux que tu te reposes. Il va te falloir être en forme pour aller en Asgard… »

Il lui saisit le poignet et la força doucement à s'agenouiller à côté de lui. Il avait ouvert les yeux et la regardait. La dernière fois qu'il avait eu les yeux ouverts en sa présence… Elle sentit sa raison s'envoler loin de son cerveau. Il lui libéra le poignet, puis se pencha lentement vers elle pour libérer sa longue chevelure des pinces qui la retenaient. Elle le laissait faire, complètement troublée par le contact, bientôt ses longues mèches de la couleur de la neige retombaient jusqu'au sol, couvrant ses épaules, soulignant ses courbes, alors qu'elle avait presque inconsciemment bloquée sa respiration, douloureusement consciente de la caresse de son souffle sur sa joue, et de ses mains dans sa chevelure. Il s'écarta à peine pour contempler son œuvre.

« Tu es bien plus belle ainsi. »

« Shaka, je ne sais pas si… » Il l'empêcha de continuer en lui effleurant les lèvres des siennes. Elle pria pour que du haut de l'Olympe, Zeus regarde ailleurs. Elle pouvait résister à tout, sauf à ça. Il avait passé une main derrière sa nuque et l'attirait à lui, tandis que ses lèvres se faisaient plus insistantes. Elle passa ses bras autour de son cou, s'abandonnant complètement à l'étreinte pendant de délicieuses minutes. Elle finit par rompre le baiser pour embrasser doucement son cou, elle le sentit frissonner. Il caressait son dos et ses cheveux, lui embrassait tendrement le visage. Toutes ses caresses étaient empreintes de délicatesse et d'attention.

Elle bougea pour se blottir contre lui. Il la regarda, un peu surpris, mais passa ses mains autour de sa taille. Ils restèrent ainsi, immobiles. Elle lui caressait doucement le visage, du bout des doigts, comme s'il risquait de partir en poussière au moindre contact. Elle fit le tour de son visage d'ange, l'angle de sa mâchoire, ses lèvres fines, ses tempes, glissant les doigts dans sa douce chevelure blonde. Il la laissait faire, son regard azur plongé dans le sien.

« C'est nouveau » Murmura-t-elle enfin.

« Ce n'est pas une surprise » Il souriait, amusé.

« Non, pour moi. » Elle n'avait pas réalisé le double sens. « Tu es le premier à me regarder comme ça. Il y a tellement de douceur en toi et pas juste du désir. » Il ne répondit rien, sentant du trouble dans son cosmos, alors il la serra juste un peu plus fort pour la ramener contre lui. Elle nicha doucement sa tête contre son épaule. « Shaka, pourquoi ? Tu n'es pas censé désirer. Tu es presque un ange… »

« Je suis libre de mes choix Ishtar. Si je m'étais complètement détaché de ce monde, je ne serais pas chevalier d'Athéna. »

« Je suis un démon… » Elle sentait des larmes lui brûler les yeux.

« Tu as commencé à agir pour te racheter. Ce sont tes actes présents qui te définissent. » Il essuya doucement les larmes qui coulaient sur le visage de la déesse.

« Garde-moi contre toi s'il te plait. »