Bla Bla de l'auteur.
Auteur: Uasti
Disclaimer: Comme d'habitude, les persos de Saint Seiya ne sont toujours pas à moi, par contre…l'idée de l'effondrement des Enfers et le coup des saphirs d'Odin (vous comprendrez)…je dépose un brevet :) . Petite remarque : selon la légende, Völund est effectivement le véritable forgeron créateur de l'épée de Balmung et de l'armure… par contre, Kurumada et moi inventons le reste.
Reviews : Elles me plaisent toujours autant, d'ailleurs, je viens juste de comprendre que par défaut, les reviews anonymes étaient refusées. Ce n'est désormais plus le cas, vous pourrez me laisser une review même sans être inscrit sur le site. Désolée pour ceux que ça avait gênés. Mais dans ce cas, laisser votre mail pour que je puisse vous répondre (si vous souhaitez une réponse bien sûr)…
Dans ce chapitre : … vous aurez envie de tuer l'auteur, c'est à dire moi. Sinon, vous trouverez des disputes et les conséquences inattendues d'un pari.
Merci également à ma bêta lectrice, qui ne s'est toujours pas remise de ce chapitre… je lui dédie le poème suivant :
O toi ma fidèle bêta
Toi qui sur cette fic rigola et pleura
Tu n'as pas fini de souffrir et tu vas me haïr
Mais je te l'ai promis, en beauté tout sera fini
Quoi ce n'est pas poétique ? Tss, mauvaises langues… Ne vous inquiétez pas, ma bêta a des chapitres d'avance, la fin d'Ishtar est encore loin d'être publiée. Tiens au passage, rappelez-moi un jour de faire une ode pour les lecteurs anonymes qui ne laissent pas de reviews… allez, je vous pardonne…
Bonne lecture !
Chapitre 6 – Faits et méfaits
Ils n'avaient pas échangé une parole supplémentaire et étaient restés immobiles, elle ne savait pas vraiment combien de temps. Et puis elle s'était dégagée doucement pour partir et il ne l'en avait pas empêchée. En atteignant enfin sa chambre, Ishtar ressentait un curieux mélange d'émotions, un savant dosage de joie, de stress mais surtout de peur. Apparemment, elle allait avoir ce qu'elle voulait, alors pourquoi éprouvait-elle un tel malaise?
Dés que celle-ci fut refermée, elle s'assit doucement à terre contre la porte. Libres, ses longs cheveux s'étalèrent autour d'elle sur le sol dallé. Elle faisait doucement tourner entre ses doigts le médaillon d'Hadès, perdue dans ses pensées, regardant sans vraiment la voir la pièce qui lui servait de boudoir. Elle n'était arrivée que depuis deux mois au sanctuaire, mais elle avait l'impression que cela faisait des années. Elle avait plus changé en quelques semaines qu'elle ne l'avait fait en plusieurs siècles. C'était profondément perturbant. Pourquoi tout semblait si facile en sa présence ? Elle se sentait stupide, si faible. Shaka ne méritait pas qu'elle lui fasse courir des risques et puis… Elle avait envie de croire, mais cela faisait longtemps qu'elle ne croyait plus aux contes de fées. Il y avait un tel conflit entre sa vie de déesse, ses souvenirs d'humaine et ce qu'elle ressentait désormais, un tel trouble.
Devant ses yeux, la pièce semblait disparaître doucement, laissant place à un décor disparu depuis longtemps déjà. Elle ne sentait plus qu'à peine le médaillon entre ses doigts. En fermant les yeux, elle pouvait presque respirer à nouveau l'air chaud et sec de Babylone.
C'était un jour comme les autres pour la jeune déesse qu'elle était à l'époque. Si jeune et naïve, elle n'avait pas plus de vingt ans. C'était il y a si longtemps, elle avait quitté les jardins suspendus pour se promener chez les humains, dans leurs cultures rendues si verdoyantes par sa main. Elle avait été intriguée par un son de flûte, à la fois mélancolique et joyeux et s'était approchée d'un champ où était rassemblé un petit troupeau de brebis. Il était là, jouant avec habileté, simple berger, si humain et éphémère.
Si beau et si faible, elle ne comprenait que maintenant ce qu'elle avait ressenti pour lui. Ce n'était pas de l'amour, mais peut-être bien de la fascination, l'adoration naïve de la jeune fille pas encore femme. Il ne savait pas qui elle était et il s'était approché, osant lui voler en riant un baiser. Bien sur, Shamash et Sin n'apprécièrent pas, mais cela faisait déjà longtemps qu'ils cédaient aux moindres caprices d'Ishtar et c'est ainsi que son premier amant devint bientôt le nouveau roi de Babylone.
Ishtar serra le collier avec lequel elle jouait, souriant légèrement au souvenir de la tête de son père. Pauvre Sin, élever une déesse pour la donner à un humain, elle l'avait désespéré lorsqu'elle lui avait annoncé sa décision, mais Shamash l'avait soutenue. A l'époque, elle n'avait pas encore de relations ambiguës avec lui.
Une guerre avait fini par opposer Ishtar à sa propre sœur. A croire que les dieux de la vie et de la mort sont voués à une haine éternelle. Sans l'intervention de Shamash, Ereshkigal aurait vaincu. Ishtar détestait faire couler le sang à l'époque. Sa sœur aînée accepta de la laisser quitter les Enfers, à condition qu'elle lui fournisse une personne en échange. Une vie contre une autre. Ishtar était revenue, anéantie. Et puis elle l'avait vu. Les mortels sont si naïfs, si aisément corrompus par le pouvoir, par les autres hommes qui les envient ou tout simplement par le temps qui passe. Et il n'était qu'un homme Il la croyait morte et paradait, pensant garder à lui seul le pouvoir, pensant être l'égal d'un dieu, mais surtout, ne la pleurant pas alors que tous la croyaient morte. Pour la première fois de sa vie, elle avait ressenti l'impression d'avoir été utilisée et bafouée.
La main d'Ishtar libéra le pendentif donné par Hadès, la fine chaîne retomba contre sa peau. Elle comprenait désormais qu'elle avait bien plus été blessée dans son orgueil que dans ses sentiments amoureux. Mais à l'époque, seul le sang l'avait apaisée. Ereshkigal voulait un échange, la vie d'Ishtar contre un mort… Ishtar regarda ses mains, fines et dorées. Il y avait eu tellement de sang. Son premier meurtre… Le guérir pour le blesser à nouveau, jusqu'à ce qu'elle s'en lasse. Sans doute qu'en arrivant aux Enfers, il prit Ereshkigal pour une reine de bonté. Pour Ishtar, la trahison avait entraîné la méfiance et la violence.
Jusqu'à la chute de Babylone, elle fut un paradoxe vivant : une déesse de l'amour désabusée ne croyant pas à l'amour, si ce n'est charnel. Elle tuait ses amants avec une cruauté incroyable, mais continuait à séduire, elle guérissait ses sujets, assurait les récoltes, mais ses colères étaient légendaires. Lorsque l'on devenait son serviteur, on était tout autant honoré qu'empli de crainte. Seuls Shamash et Sin trouvaient grâce à ses yeux, et encore… Elle jouait avec son frère, alors qu'il était sans doute l'une des seules personnes à continuer à l'aimer sincèrement, malgré ses agissements.
Ishtar prit sa tête dans ses mains, profondément perturbée. Elle resta dans cette position, assise au sol, adossée contre la porte. Elle pressait ses mains sur ses tempes comme pour calmer le flot de pensées qui s'élevaient dans son esprit. Elle était folle d'y repenser, alors que pour la première fois depuis des jours, elle avait atteint un certain recul. C'était comme d'attendre que la boue tombe au fond de l'eau d'une mare, puis de donner un grand coup de pied dans la vase une fois que l'onde était redevenue cristalline. Elle se sentait si sale.
Des coups frappés discrètement la tirèrent de ses pensées et si elle n'avait pas été assise adossée contre la porte, elle ne les aurait peut-être même pas entendus. Elle se releva lentement, essayant de se composer un visage neutre avant d'ouvrir. Elle ne s'attendait pas à une telle visite, et surtout, ce n'était pas vraiment le moment.
« Bonjour. Je peux entrer? »
« Je ne vais pas te refuser l'entrée dans une partie de ton propre palais Athéna. » Elle s'effaça pour laisser passer la réincarnation, vaguement inquiète de savoir ce qu'elle lui voulait. Sa longue robe blanche flottant gracieusement autour d'elle, Saori entra dans la pièce, légèrement hésitante.
Le trouble de la déesse ne fit qu'augmenter celui d'Ishtar, qui commençait à se demander si, par un quelconque malheur, on l'avait surprise en compagnie de Shaka. La déesse aux yeux pers la fixa quelques secondes, semblant attendre quelque chose. Elle ne voulait tout de même pas des aveux ? La babylonienne commençait à paniquer quand la solution s'offrit à ses yeux... évidente. S'asseoir, Saori attendait juste la permission de s'asseoir, en bonne déesse bien éduquée qu'elle était. Ishtar soupira, heureusement, son visage ne reflétait pas son trouble. Sauf en présence de Shaka, mais ça, mieux valait ne pas y penser pour le moment. Elle fit donc signe à la jeune fille de s'asseoir sur le canapé, avant de faire de même.
«Que me vaut la visite d'Athéna en personne ? »
Saori gardait le silence, semblant réfléchir. Ses cheveux violets caressaient doucement son profil pur. Athéna savait choisir des hôtes d'une grande beauté lorsqu'elle se réincarnait pensa Ishtar. Quand Athéna l'avait recueillie la première fois au sanctuaire, sa réincarnation était une jeune adolescente d'une beauté presque divine, une méditerranéenne aux longs cheveux bruns et bouclés avec des yeux de biche. La babylonienne fronça les sourcils, puis passa une main dans ses cheveux. Le mouvement eu pour effet de sortir Saori de la contemplation du sol, qu'elle fixait pour ne pas regarder Ishtar dans les yeux.
« Ce n'est pas en tant qu'Athéna que je suis venue te rendre visite, » Commença Saori, « même si je devais te saluer avant ton départ du sanctuaire. » Ishtar ne répondit rien, fixant le profil de son interlocutrice. La voix de Saori tremblait légèrement. « J'ai reçu ceci. » Elle tendit une lettre à Ishtar, qui déplia la missive en silence avant de la lire.
« En quoi cela me concerne t-il ? » Finit par répondre l'intéressée. Elle rendit la lettre à Athéna, s'efforçant de paraître détachée. Elle avait trop de problèmes pour s'occuper de ceux des autres, même si Saori n'était pas vraiment n'importe qui.
« Nous sommes dans la même situation. » Ishtar eut toutes les peines du monde à ne pas sursauter à cette phrase. « Tu connais la prédiction que fit Ouranos à mon père sur sa première femme, Métis ? »
« Que le fils qu'elle enfanterait monterait sur son trône. »
« Oui, c'est pourquoi selon la légende, Zeus avala Métis alors qu'elle était enceinte et Athéna sortit de la tête de Zeus quelques temps plus tard. »
« Et alors ? » Ishtar ne voyait pas où Saori voulait en venir avec son récit. D'autant qu'elle était bien placée pour savoir que ce que racontait la mythologie était souvent parfaitement faux.
« Et bien, même si Métis n'a pas eu de fils, elle a eu une fille, Pallas Athéna. Et Zeus a toujours pensé qu'un fils d'Athéna pourrait le détrôner. »
« Je… » Ishtar soupira, commençant à comprendre. Décidément, Zeus n'était jamais fatigué de pourrir la vie des gens. « Il a interdit à Athéna et à ses réincarnations d'avoir des enfants n'est-ce pas ? C'est pour cela qu'elle est une déesse vierge ? » Malgré la forme interrogative, le ton de sa voix n'était pas celui d'une question. Elle ne savait pas vraiment quoi dire, ne comprenant que trop bien le problème.
Les yeux de Saori brillaient doucement. Ishtar sentit de la pitié l'envahir, non pas pour la déesse Athéna mais pour toutes les jeunes filles qui lui avaient servi d'incarnation. A chaque fois qu'elle se réincarnait, Athéna privait son hôte d'une vie normale. Elle donnait son cosmos et ses pouvoirs, mais l'esprit qui demeurait était celui de la jeune fille choisie. Saori n'avait que 13 ans lors de la bataille du sanctuaire, et à peine presque 15 ans aujourd'hui. Une adolescente forcée de grandir trop vite et à laquelle on enlevait même le droit de rêver au prince charmant.
« Es-tu amoureuse de quelqu'un Saori ? » La jeune fille secoua la tête. Elle aimait bien Seiya mais lui, ce n'était pas Saori qu'il aimait ou sauvait, mais c'était ce qu'elle représentait. Cela avait été douloureux de se l'avouer. Elle était dans une situation bien ironique, choyée dans un sanctuaire rempli de chevaliers dévoués, elle était seule, sans aucun véritable ami. Respectée mais isolée, placée sur un piédestal. Pour Jullian Solo, c'était différent, son esprit avait cédé la place à celui de Poséidon. Parfois, elle aussi aurait aimé être anéantie par l'esprit d'Athéna, plutôt que de devoir vivre en luttant toujours contre son humanité.
« Et Poséidon, il connaît cette prédiction ? » Continua Ishtar.
« Oui mais il est presque aussi puissant que Zeus et avec mon aide, il pense pouvoir le détrôner. »
« Que vas-tu répondre à sa lettre ? »
« Que ferais-tu à ma place ? »
« Si tu t'allies à Poséidon, ce sera la guerre avec Zeus et tu n'es pas certaine de vaincre. Si tu refuses de l'épouser, et bien, ce sera certainement Poséidon qui t'attaquera. J'ai ramené ses généraux et il forme de nouvelles troupes. Tu risquerais de t'affaiblir, sans compter qu'Hadès pourrait essayer d'en profiter de nouveau. » Ishtar marqua une pause. « Mais la question principale est : que penses-tu de Poséidon ? Il te plait ? »
« Il est arrogant, têtu et trop sûr de lui. »
« Hum… Il est également plutôt pas mal, et encore, tu n'as pas vu son corps mythologique. Il est également galant et très cultivé. Sans compter sa grande expérience des femmes. »
« Ce n'est pas fait pour me rassurer… »
« Désolée, je voulais juste dire que quitte à prendre une décision pénible, sois un peu égoïste… »
« Pardon ? Si je dis oui, non seulement je risque la guerre, mais en plus, ça forcera toutes les incarnations suivantes d'Athéna à se marier à Poséidon » Saori regardait Ishtar avec des yeux ronds.
« De toute façon, tu peux toujours aimablement lui rappeler ton âge et lui dire de revenir dans 4 ou 5 ans. Et puis, il y a de fortes chances qu'il ne te fasse cette proposition que pour te tester, en tout cas pour la partie mariage, par contre, vous pourriez très bien mettre en place un rapprochement de vos sanctuaires, notamment pour l'entrainement.» Elle sourit en coin. « Vu ta réaction, tu aurais tendance à apprécier Poséidon non ? Tu te défends trop… »
« Je… » Saori se tut, troublée. Elle se mordit la lèvre inférieure pour ne pas se mettre à pleurer. Toute cette situation était de la pure folie. Si au moins le sacrifice de sa vie personnelle en valait la peine. Les guerres saintes avaient déjà eu lieu et tout risquait de recommencer… Ishtar l'observait en silence. Ses 4000 ans de cynisme n'étaient pas vraiment utiles pour réconforter la pauvre adolescente. Des larmes coulaient désormais doucement sur les joues de Saori, cachées en partie par le voile de ses cheveux.
Hésitante, Ishtar la prit doucement dans ses bras, essayant de réconforter la pauvre réincarnation. Celle-ci trembla légèrement en sentant les bras d'Ishtar se nouer autour d'elle. Personne n'avait osé la prendre ainsi dans ses bras depuis la mort de son grand-père. Elles restèrent ainsi quelques minutes, assises l'une contre l'autre sur le canapé. Seul le bruit des sanglots de Saori brisait le silence qui était tombé dans le boudoir. Ishtar caressait doucement les cheveux de sa compagne.
Saori s'était calmée à présent et elle leva son visage vers Ishtar, après avoir essuyé ses larmes. Elle lui lança un sourire timide, un brin mal à l'aise. Ishtar sourit en retour. Drôle de couple qu'elle formait ainsi avec la fille de son pire ennemi. A peine cette pensée fut-elle formée dans son esprit qu'elle ressentit soudain comme une envie folle de vengeance, de liberté.
« Je vais te faire un cadeau Saori, d'autant que je ne t'ai pas encore remerciée de m'avoir aidée lorsque je ramenais Hadès à la vie » Souffla-elle. L'adolescente en face d'elle la regarda avec de grands yeux étonnés. « Ton premier baiser. » Sur ces mots, Ishtar se pencha doucement vers Saori, qui restait immobile, à la fois effrayée et fascinée. Ishtar effleura doucement de ses lèvres celles de Saori. Elle la libéra finalement, souriant légèrement de la confusion de sa jeune compagne. Embrasser la fille pour faire enrager le père, cela était assez plaisant dans le fond.
« On vous dérange j'ai l'impression. » Ishtar n'eut pas besoin de se retourner pour reconnaître la voix de Kanon. Mais le « on » la perturbait profondément. Elle prit une profonde inspiration, se doutant bien de ce qu'elle allait trouver. Shaka se tenait avec Kanon sur le pas de la porte.
« Tu as tapé très fort là… » Commenta simplement Kanon, regardant d'un œil vague l'arène réservée aux chevaliers d'or. Elle était vide, à l'exception de sa présence et de celle d'Ishtar, assisse dans les gradins à côté de lui. Ils étaient à moitié cachés par un pilier et s'étaient isolés pour pouvoir parler.
« Je ne serais pas dans cette situation si tu avais appris à frapper aux portes. » Ishtar secoua la tête, parfaitement consciente que toute la faute était bien évidemment sa responsabilité, mais elle n'avait pu s'empêcher de lancer une pique. Kanon ne releva pas la remarque.
« Si je comprends bien, deux heures avant tu étais dans ses bras, et là, il te trouve en train d'embrasser Saori ? Mais tu imagines…une fille…Athéna en plus. Et lui que tu avais réussi à sortir de sa coquille…»
« Arrête s'il te plait… je sais que je n'ai pas d'excuse. De toute façon, ce n'est pas comme si …» Elle ferma les yeux, incapable de finir sa phrase.
« Comme si quoi ? Comme si c'était un vrai baiser ? Ou comme si tu étais avec Shaka ? Parce que je te rassure, tu n'es plus avec lui… » Ishtar déglutit péniblement, s'il n'avait pas été prévu de partir en Asgard dans la soirée, elle se serait volontiers plongée dans l'alcool ou tout autre stupéfiant, histoire de fuir la réalité. Réalité que Kanon semblait prendre un malin plaisir à lui renvoyer à la figure.
« J'apprécie ton …tact. » Finit-elle par articuler ironiquement. Le dragon des Mers haussa les épaules.
« Les amis sont là pour ça. Alors, elle embrasse bien ? »
Ishtar n'eut pas le temps de répondre. Plusieurs silhouettes étaient entrées en contrebas dans l'arène. Milo, Camus, Angelo et Aphrodite parlaient à voix basse, ne semblant pas avoir remarqué la présence de Kanon et Ishtar en haut des gradins. Ils semblaient chercher ou attendre quelque chose. Finalement, Milo trouva une sorte de petite enveloppe à moitié cachée dans le sable de l'arène. Il la déplia pour la lire, puis il fut pris d'une crise de fou rire.
« Chevaliers, vous avez perdu le pari et comme convenu, voici votre gage… votre mission si vous l'acceptez (et vous n'avez guère le choix) est de vous introduire cette nuit dans le camp des femmes chevalier et de ramener cinq de leurs masques, sans vous faire prendre. Dans le cas contraire, nous nierons toute responsabilité… » Camus fronça dangereusement les sourcils tandis que Milo finissait de lire le message à haute voix, entre deux éclats de rire.
« Ils se moquent de nous. » Commenta le français. « Je refuse ce genre d'idioties. »
« Il ne fallait pas parier dans ce cas. » Constata Aphrodite. « On n'a pas misé sur le bon cheval. Dommage. »
« Ne m'en parle pas, quand je pense que c'est moi qui ai eu l'idée de ce pari. » Dit Milo après avoir repris son souffle. « Je me demande quand même qui a bien pu avoir une idée de gage pareil. Ils ont mis du temps pour se mettre d'accord, mais il faut avouer que c'est amusant. »
« Sans doute le côté obscur de Saga. » Marmonna Angelo « Quand je pense qu'il a parié sur Shaka et ça, contre son propre frère, il est vraiment malade. »
« Enfin, il n'avait pas tort, il a joué la prudence. J'aurai mieux fait de ne pas parier sans que le gage des perdants n'ait été précisé auparavant. » Répondit Camus, qui avait retrouvé son froid détachement. « C'est la dernière fois que je te suis sur un truc pareil Milo. » Le Scorpion lui lança un sourire. Le gage allait être très amusant, ne serait-ce qu'à cause de la tête du Verseau lorsqu'ils seraient dans le camp des femmes.
« Mais non, tu adores ça ! » dit Milo, obtenant pour seule réponse un haussement de sourcil mi-froid, mi-exaspéré.
« Bien, si nous devons agir cette nuit, nous ferions mieux de nous renseigner sur le camp des femmes. Un plan des bâtiments nous serait utile. » Pour Camus, plus vite cela serait fini, et plus vite il pourrait oublier ce regrettable incident. Eux, des chevaliers d'or, l'élite de la chevalerie, faire une chose pareille…
« Je m'en occupe » Murmura Aphrodite. « Il doit y avoir les plans dans les archives du palais. »
« Dans ce cas, on se retrouve dans mon temple à 23h » Conclut Angelo. « Au fait, ils sont complètement stupides, on garde la lettre…avec une telle preuve, si on se fait prendre, on ne sera pas les seuls à se faire passer un savon par le Grand Pope. Ca m'étonnerait qu'ils puissent continuer à nier leur implication. » Aphrodite et Camus sourirent tandis que Milo et Angelo riaient. L'opération « mission impossible » pouvait débuter.
Les quatre chevaliers d'or se séparèrent et quittèrent l'arène, sous le regard d'Ishtar et Kanon, qui n'avaient pas perdu une miette de la conversation.
« Il se passe vraiment de drôles de trucs au sanctuaire aujourd'hui… Ils ont encore la gueule de bois ou quoi ? » Ishtar posa son regard sur Kanon, qui venait de penser à haute voix. « Non mais… » Explosa le Dragon des Mers « Saga a parié contre moi quand je me battais avec Shaka ! »
« Il semble bien. » Sourit ironiquement Ishtar « Chacun ses problèmes hein ? »
« Je me suis réconcilié avec Saga, mais là, je suis vexé de ne même pas avoir été soutenu par mon propre jumeau. En plus, il ne m'a rien dit sur le pari ce traître… »
« Kanon ? Tu as fini ? » Soupira Ishtar, s'attirant le regard surpris du Dragon des Mers. « Tu m'enfonces, mais là, tu es pire qu'un gamin. »
« Oui c'est vrai, mais n'essayes pas de détourner la conversation. » Sourit finalement Kanon. « Alors, elle embrasse comment ? »
« Tu es lourd… »
« Je ne vais pas pleurer, tu t'es créé toute seule tes problèmes cette fois-ci… Tu vas faire quoi pour Barbie ? »
« Ca m'étonnerais qu'il apprécie ce surnom. « Barbie » et moi, c'était déjà mort avant même de commencer. Alors je vais pleurer, me saouler et tout faire pour l'éviter. J'ai mal agi avec lui, mais même s'il me pardonnait, ce serait de la folie de nous remettre ensemble. Je n'ai aucune envie que Zeus l'attaque. »
« Ah oui ? Moi je dis que tu es lâche. » Ishtar sursauta.
« Pardon ? »
« Il a le droit à des explications et toi, tu essaies de fuir tes responsabilités. Peu importe le danger qui plane sur toi Ishtar, il a autant le droit que toi de décider s'il veut ou pas risquer sa peau. Excuse-moi, mais il ne m'avait jamais semblé être jusqu'à présent du genre à embrasser qui que ce soit, alors, s'il l'a fait pour toi, tu ne devrais pas le sous estimer. » Ishtar mordit sa lèvre inférieure, serrant les poings.
« Quand tu auras vécu 4000 ans, on en reparlera. » Elle se leva. « Zeus a tué sous mes yeux des êtres aussi puissants que Shaka, voire plus. Et l'amour est un sentiment qui n'amène que des problèmes. » Kanon haussa les épaules.
« Fais ce que tu souhaites, Déesse », il insista sur le mot. « J'ai des choses à faire, nous nous reverrons ce soir pour partir en Asgard. » Il se leva à son tour, puis commença à descendre les gradins de l'arène, ses longs cheveux bleus flottant derrière lui.
« Attend ! » Il s'immobilisa mais ne se retourna pas. « Pas toi Kanon, s'il te plait. Je ne veux pas me disputer avec toi. Je te demande pardon. »
« A ce soir Ishtar » Finit-il par répondre doucement avant de repartir.
La pierre s'enfonça doucement dans les vagues, bientôt suivie par une autre. Du haut de la falaise, on entendait la mer venir s'écraser en gémissant contre les rochers. Shaka lança une troisième pierre dans les flots. Il s'était assis au bord de la falaise, ses longues jambes suspendues dans le vide. Une quatrième petite pierre rejoignit bientôt les précédentes. Il n'arrivait pas à croire sérieusement qu'il puisse y avoir quoi que ce soit entre Ishtar et… Mais pourquoi précisément elle ? Il avait fallu en plus qu'elle choisisse Athéna.
Il fronça les sourcils, profondément perturbé. Il n'était pas triste, mais juste… Il n'arrivait pas à trouver le mot exact. Il avait juste eu envie de s'isoler, abandonnant son propre temple, trop imprégné de sa présence à elle. Etait-il possible de se tromper à ce point sur une personne ? Saga l'avait dupé pendant des années, mais son cosmos ne le trahissait pas. Pour Ishtar, c'était différent. Il était certain qu'elle ne mentait pas. Pourtant, il avait beau percevoir ses émotions dans son cosmos, ses réactions et ses actes demeuraient complètement imprévisibles. Elle avait toujours un certain mystère, voir une certaine pointe de folie.
Shaka sourit légèrement, le vent jouant avec les mèches folles balayant son front. Il avait fallu qu'il soit attiré par son exact contraire. Même leurs cosmos étaient opposés. Il n'arrivait pas à comprendre. Pour la seconde fois de sa vie, il se sentait complètement perdu… La première fois, il avait cru mourir…
« Shaka ? » L'interpellé eut toutes les peines du monde à ne pas sursauter. Il était tellement perturbé qu'il n'avait pas senti le cosmos de Mu s'approcher. Encore une preuve de faiblesse selon lui. Il ferma les yeux, contrarié de s'être laissé surprendre les yeux ouverts, des cailloux dans les mains, à jeter des pierres dans l'eau. Mu ne dit rien et s'assit à côté de Shaka. En silence, il lui prit un caillou des mains avant de le lancer lui-même dans la mer.
« Mu… »
« Kanon m'a dit que tu n'allais sûrement pas bien, mais sans rentrer dans les détails. Tu veux en parler ? » L'atlante posa un regard empli d'empathie sur Shaka. Hormis sa mâchoire légèrement contractée, le visage de l'indien ne reflétait aucun trouble. Pourtant, son cosmos serein était comme teinté d'une imperceptible mélancolie et pour que Shaka ne soit pas capable de le dissimuler, cela devait être relativement grave.
« C'est si compliqué. » Shaka se tut. Malgré leur longue amitié, on ne pouvait pas vraiment les qualifier d'extrêmement proches. Chacun admirait et respectait l'autre et Mu était l'un des rares à avoir réussi à apprivoiser le chevalier de la Vierge. Cependant, ils étaient loin de se raconter leurs secrets respectifs. De plus, communiquer et sortir de son isolement étaient pour Shaka des choses complètement nouvelles. Il n'était pas sûr de vouloir tout raconter, ni même de le pouvoir.
« Je peux essayer de deviner » Sourit le Bélier. Shaka resta silencieux. « Tu es triste et je ne sais pas pourquoi, cela ne te ressemble pas. »
« Aucun sentiment humain ne me ressemble vraiment a priori… »
« Ca concerne Ishtar n'est-ce pas ? » Le blond tourna son visage vers Mu, ouvrant les yeux pour plonger son regard bleu dans celui du Bélier, qui tressaillit légèrement mais réussit à soutenir le regard. C'était comme si les yeux azur de Shaka l'absorbaient, comme si… Mu comprit que l'indien était en train de sonder son esprit pour savoir s'il pouvait avoir confiance ou non. Mu aurait pu interrompre ce sondage mental, Shaka le laissait libre de s'y soustraire, il n'avait qu'à fermer les yeux. Mais il ne résista pas, se payant même le luxe de sourire. Le chevalier de la Vierge finit par détourner le regard, pour le poser sur la mer, offrant son profil à la vision de l'atlante.
« Tu es un être très pur Mu de Jamir. Que ferais-tu si tu te sentais complètement perdu ? »
« J'essaierais de méditer. »
« Et si même cela t'était impossible ? » Mu se tut, se demandant ce qui pouvait bien perturber Shaka au point de l'empêcher de méditer.
« Alors je parlerais à une personne de confiance, ça force à faire le point. » Le Bélier marqua une pause, ses traits fins marquant une hésitation. Il se demandait s'il pouvait réellement poser la question qui venait de germer dans son esprit. Il observa Shaka à la dérobée, cherchant à distinguer un quelconque signe sur son visage. Mais il demeurait silencieux, comme perdu dans ses pensées depuis la réponse de Mu. Finalement, celui-ci posa la question qui lui brûlait les lèvres. « Est-ce que tu l'aimes ? »
Shaka passa une main dans les mèches de son front, à peine surpris de la question. Presque inconsciemment, l'un de ses doigts effleura la marque rouge entre ses sourcils. Il était parfaitement conscient de l'ironie d'une telle situation. Lui…amoureux… Il n'était même pas capable de discerner exactement depuis quand. Elle s'était infiltrée en lui aussi insidieusement qu'un poison, une drogue délicieuse.
« C'est l'enfer Mu » Souffla-t-il, fermant les yeux. « Et je ne suis même pas sûr de vouloir m'en libérer. » Il avait dit cela si calmement, comme l'on prononce une sentence. Le Bélier observa de nouveau Shaka, se demandant s'il pouvait vraiment faire quoi que ce soit pour lui, sachant que la Vierge n'en dirait certainement pas plus pour aujourd'hui. Mu était à la fois surpris et pas étonné, il avait toujours ressenti une certaine tension lorsque Ishtar et Shaka se trouvaient ensemble, mais de là à imaginer…
« Kanon m'a prévenu de votre départ en Asgard. Je serais là si tu ressens le besoin de parler. » Il est vrai que la distance n'existait pas vraiment lorsque l'on est capable de se téléporter.
« Merci… mon ami. »
Dans la salle du trône du palais d'Asgard, Hilda de Polaris attendait, assise, l'arrivée de ses trois visiteurs : Ishtar et ses deux chevaliers. La réponse du Grand Pope l'avait contrariée. Elle pouvait comprendre que la déesse puisse avoir besoin de temps. Le problème résidait plutôt dans son escorte. Elle allait devoir héberger le responsable de la guerre d'Asgard, celui qui, dans l'ombre, avait poussé Poséidon à lui faire commettre des atrocités. Indirectement, c'était à cause de lui que les guerriers divins étaient morts, Siegfried et Hagen, ses deux plus chers amis. Elle fronça les sourcils. Kanon, général de Poséidon, elle se demandait à quoi pouvait ressembler un tel monstre.
Elle sentit une main se poser sur son épaule.
« Je sais ce qui te contrarie ma sœur, mais pense que nous pourrons peut-être bientôt sourire à nouveau à nos amis. » Hilda leva le regard vers Freiya. Depuis la guerre, elle était devenue plus sage, plus belle aussi.
« Puisses-tu dire vrai. »
Leurs invités arrivèrent quelques minutes plus tard dans la salle et Hilda se leva pour les accueillir, tout en les détaillants du regard. La femme lui ressemblait un peu, à cause de sa longue chevelure blanche, mais ses étranges yeux d'un vert translucide la distinguaient, lui donnant une allure, un charme, qui ne pouvaient pas être humains. Les deux hommes derrière elle la dépassaient d'une bonne demi-tête. Ils étaient tous les deux d'une grande beauté, mais extrêmement différents. L'un avait une beauté mystique, quasi-divine, renforcée par ses paupières closes, l'autre un charme et un charisme presque animal. Ses yeux d'un bleu vert profond la fixaient intensément.
« Bienvenue en Asgard. Je suis Hilda de Polaris, grande prêtresse d'Odin et je règne en son nom sur ce royaume. » Elle se leva pour les accueillir. « Et voici ma sœur, la princesse Freiya. » La déesse avait fixé ses étranges yeux verts sur elle.
« Je vous remercie princesse Hilda. Puisse Odin continuer à vous protéger, ainsi que votre royaume. »
« Déesse Ishtar, je vous remercie d'avoir accepté de ramener à la vie les guerriers divins d'Asgard et en attendant que vous soyez en mesure de le faire, je vous offre avec plaisir l'hospitalité, à vous et vos chevaliers. »
« Je suppose que le Pope vous a fait part de mes exigences. » Hilda regarda la déesse, celle-ci lui souriait.
« Oui, et nous les acceptons. »
« Bien, permettez-moi de vous présenter mes chevaliers : Shaka de la Vierge et Kanon du Dragon des Mers. » Hilda serra légèrement les dents. Se pouvait-il qu'il éprouve réellement des regrets, comme l'avait mentionné dans sa lettre le Pope ? Il n'avait pas vraiment l'air d'être troublé. Il se contenta de s'incliner légèrement en enlevant son casque. Cette créature avait la beauté du diable.
« Je vais vous faire conduire à vos appartements, afin que vous puissiez vous reposer. Vous êtes invités à ma table ce soir. »
« Merci. » Sourit Ishtar. Hilda de Polaris les regarda quitter la salle, suivant un serviteur. Elle était étrangement contrariée et soulagée.
Il ne serait pas dit que le royaume d'Asgard ne savait pas recevoir ses invités. La chambre d'Ishtar était immense, deux hautes cheminées réchauffaient la pièce où le sol de pierre était couvert de fourrures. L'une était proche d'un canapé, l'autre était en face du lit. Une armoire énorme, remplie de robes qu'on lui offrait gracieusement, un balcon avec une vue magnifique sur un paysage enneigé et cerise sur le gâteau, une baignoire qui flirtait avec l'appellation « piscine. »
Dés que le serviteur lui faisant visiter fut parti, Ishtar s'assit doucement sur le lit, essayant de remettre ses idées en place. Depuis « l'incident » avec Saori, Shaka ne lui avait pas adressé un seul mot, pas un regard. Kanon avait raison, elle lui devait une explication, mais dans le fond, cela ne valait-il pas mieux ? Ce serait plus simple d'en finir là. Elle se mordit la lèvre inférieure. Se forcer à jouer la comédie allait être le plus difficile. Se forcer à tenir son rang de déesse, à l'éviter lui et surtout arriver à cacher sa peine à elle.
« Tu es une imbécile, tu assumes. » Souffla-t-elle. Pour couronner le tout, elle avait réussi à se mettre en mauvais termes avec Kanon. Avec le décalage horaire, on en était qu'à la fin de l'après-midi au royaume d'Asgard, peut-être pouvait-elle essayer de se réconcilier avec Kanon avant le dîner ? Elle se leva, les chambres de ses deux chevaliers étaient dans le même couloir que la sienne. Elle devait aller le voir, avec un peu de courage, elle irait peut-être aussi parler à Shaka ensuite.
Elle frappa doucement avant d'entrer. Il avait retiré son armure et portait un col roulé noir sur un pantalon de la même couleur, mais il avait surtout une lueur triste dans le regard, qu'elle nota dés qu'il leva le visage vers elle. Il avait l'air surpris de la voir là.
« Ishtar, il y a un problème ? »
« Je voulais voir si ça te plaisait ici. »
« C'est très joli. » Dit-il d'une voix morne.
« Tu dis ça avec un bel enthousiasme. » Elle marqua une pause. « Pour être honnête, je voulais te demander pardon. » Elle baissa les yeux, cachant de ses longs cils son regard vert. Il se passa une main dans les cheveux, puis lui jeta un regard, elle avait l'air sincèrement peinée.
« C'est déjà oublié. » Elle releva le visage pour observer son chevalier. Elle se demandait ce qui pouvait bien lui donner un air aussi sombre.
« Tu as l'air triste. Tu t'es disputé avec Saga ? » Kanon resta silencieux de longues secondes avant de répondre.
« Non, on a fini par rire ensemble du pari idiot de Milo. Ce n'est pas le problème. Hilda de Polaris me hait. J'ai déclenché la guerre qui a conduit au massacre de ses guerriers. C'est déjà incroyable qu'elle n'ait pas réclamé ma tête. »
« Kanon… » Elle lui caressa doucement la joue. « Regarde-moi. » Ses yeux vinrent se fixer aux siens. « Je ne laisserai personne te salir. Tu as fait des erreurs, mais tu en as payé le prix très cher, et si Athéna t'a pardonné, ainsi que Poséidon, ce n'est pas la prêtresse d'Odin qui va changer les choses. Tu es le même homme, mais tu regrettes et c'est cela le plus important. » Il sourit doucement.
« Je crois que Shaka et sa croyance dans l'humanité déteignent sur toi. » Elle frissonna légèrement à l'évocation du chevalier de la Vierge.
« Je ne crois pas en l'humanité, je crois en toi Kanon. » Finit-elle par répondre en soupirant. « Ne m'oblige pas à le répéter. » Elle s'éloigna gracieusement de lui, enlevant sa main de son visage. « Au fait, tu ne connais pas mon drame ? » Il lui jeta un regard interrogateur. « Je rêve de vêtements modernes et j'ai une armoire pleine à craquer de robes de princesse. » Dit-elle en faisant la moue.
« Tu es folle. » Il sourit. « Au fait pourrais-tu m'expliquer les exigences dont tu as parlé à Hilda ? »
« Et bien, nous étions trois dieux à Babylone. Trois est un chiffre sacré. Je me disais que je lui piquerais bien un guerrier divin pour avoir trois chevaliers, comme ma garde personnelle à Babylone. »
« Je plains le malheureux numéro trois qui va devoir te supporter. » Plaisanta le Dragon des Mers.
« Ne t'inquiètes pas, je le choisirais mignon et névrosé, comme ça, vous ferez la paire. »
« Le trio plutôt… »
« Shaka est loin d'être névrosé. »
« C'est de toi que je parlais. »
« Kanon…tu vas payer. »
« Ah oui ? » Blam ! Il reçut un grand coup d'oreiller sur le visage, ce qui effaça son sourire narquois. Le temps qu'il se saisisse d'un oreiller pour répliquer, elle avait déjà filé à l'autre bout de la pièce en riant. Il souriait lui aussi. La bataille s'acheva avec la mort de l'oreiller de Kanon, qui expira dans une belle envolée de plumes.
« Il y en a partout, les serviteurs d'Hilda vont croire des trucs là… » Soupira le Dragon des Mers. Des centaines de plumes étaient retombées un peu partout sur le sol. Ishtar sourit, imaginant la tête de la pauvre femme de ménage qui passerait par-là.
« Surtout si tu te promènes comme ça… » Elle leva doucement sa main pour enlever une plume qui s'était accrochée dans la chevelure de Kanon. Contrairement à lui, elle avait eu la bonne idée d'attacher ses cheveux. Le général fronça les sourcils avant de sourire.
« J'ai compris le message, tu m'as emplumé, manque le goudron… » Elle ne répondit rien, se contentant de regarder la plume blanche qu'elle tenait entre ses doigts, la faisant tourner. Elle avait l'air ailleurs. Elle frémit en sentant la main de Kanon se poser sur son épaule. Elle releva les yeux vers lui, surprise.
« Va lui parler… c'est un ordre. »
« Hiérarchiquement parlant, tu es mal placé pour me donner des ordres. Mais tu as raison. J'ai juste besoin d'un peu de temps, pour savoir quoi lui dire. » Elle lui tendit la plume. « Je te la confie. »
« Quel honneur… »
« Oui, je sais. » Elle sortit gracieusement de la pièce.
« A chaque fois que les guerriers divins sont appelés à défendre Asgard, ils doivent recevoir la bénédiction du seigneur Odin dans l'année qui suit leur réveil. » Hilda posa son regard bleu acier sur Kanon avant de poursuivre. « Malheureusement, ils sont morts avant que cette cérémonie n'ait eu lieu. Le lien entre Odin et les armures divines risque donc d'être rompu. »
« De quel lien s'agit-t-il ? » Demanda Ishtar, forçant ainsi Hilda à détourner son regard du général de Poséidon.
« Les armures divines sont faites dans un métal ordinaire, elles tiennent leur grande résistance du saphir d'Odin qui est situé sur chacune d'elles. Chaque saphir est béni d'Odin et recèle un peu de sa cosmoénergie. D'où le nom d'armure « divine. » C'est ce saphir qui fait de chaque armure l'équivalent d'une armure d'or. » Shaka haussa un sourcil.
« Je ne comprends pas, imaginez une armure d'or à laquelle on ajouterait un saphir… Pourquoi aucun autre dieu n'utilise-t-il de telles méthodes ? C'est potentiellement un avantage énorme. » Freiya prit la parole pour lui répondre.
« Selon la légende, lors de la guerre où Zeus soumit Odin à son pouvoir, le créateur des saphirs, le dieu Völund, fut tué. Il était un forgeron de génie, et c'est lui le créateur de l'armure et de l'épée de Balmung. Le secret de la fabrication des saphirs s'est perdu à sa mort. La cérémonie à laquelle doivent être présents les guerriers divins permet de recharger en cosmos les saphirs. »
Ishtar regarda d'un air rêveur les bougies qui scintillaient sur la table, éclairant les plats, faisant des reflets avec les verres. Des visions de la guerre de Babylone lui revenaient à l'esprit, Zeus avait fait des ravages dans tout les panthéons divins. Völund… elle l'avait déjà rencontré il y a bien longtemps. Il avait accepté de créer des armures pour chacun des trois dieux vivant à Babylone, en échange d'un service. Mais une armure ne servant à rien à Ishtar, elle avait demandé une autre protection… finalement, elle avait eu les deux… Elle chassa ses souvenirs, réalisant que le silence était tombé sur la table. L'ambiance n'était évidemment pas joyeuse, Shaka et elle s'ignoraient et Hilda fixait Kanon comme si elle désirait lui planter son couteau dans le ventre…
« Je suppose qu'Odin est le seul survivant de son peuple. » Finit par dire Ishtar doucement, brisant le silence. Hilda regarda la déesse, dont le visage semblait légèrement attristé.
« Oui, afin de protéger le peuple d'Asgard, il a été obligé de prêter serment de fidélité aux olympiens. En échange de la clémence de Zeus, il a accepté de quitter la Terre. Depuis son exil, ce sont les prêtresses d'Odin qui assurent le lien entre le cosmos du dieu et la Terre, permettant ainsi d'éviter la fonte des glaces. »
Ishtar ne répondit rien et baissa le regard vers le contenu de son assiette. Le reste de la conversation se porta sur les guerriers divins. Certains, comme Hagen ou Siegfried, semblaient avoir une importance particulière aux yeux des deux asgardiennes. Kanon se contenta de rester silencieux pendant tout le dîner, répondant par une froide indifférence à l'hostilité à peine déguisée de l'attitude d'Hilda.
Dans la soirée, la prêtresse partit seule avec Ishtar auprès de la statue monumentale d'Odin, qui avait été reconstruite. A ses pieds reposaient l'armure et l'épée de Balmung, posées sur un autel. Sans qu'elle ne le comprenne, Ishtar se sentit comme bienvenue auprès de la statue, qui lui semblait étrangement sympathique. Odin et elle avaient des destinées similaires, des êtres bafoués et déchus par le même ennemi. Si seulement les dieux s'étaient unis contre les olympiens au lieu de rester divisés. Elle eut un pincement au cœur en voyant l'armure de Balmung, elle lui rappelait les armures babyloniennes. Elles semblaient venir de la même matière. La voix d'Hilda la tira hors de ses pensées, la neige tombait doucement autour d'elles.
« Pourquoi vouloir un guerrier divin à votre service ? » La prêtresse d'Odin savait être directe, la babylonienne posa ses yeux verts sur elle. Quand elle avait parlé à Shion dans la salle du trône, elle avait eu comme une inspiration subite, relativement inexplicable.
« J'en ai besoin. » Se contenta-t-elle donc de répondre laconiquement. « Mais je ne sais pas encore lequel choisir. » Il y eut un silence, elle observa le profil fermé d'Hilda. « J'éviterai Hagen et Siegfried, si cela peut vous rassurer, en échange, essayez de pardonner à Kanon, il n'est plus le même homme. » Hilda ne répondit rien. Elle demeura silencieuse plusieurs minutes avant de s'incliner légèrement devant Ishtar, puis elle partit, laissant la déesse seule face à la statue d'Odin.
Le vent et la neige entouraient la statue d'une sorte d'aura évanescente et balayaient doucement les cheveux d'Ishtar. Elle s'avança vers l'armure, l'effleurant rêveusement du bout des doigts. Le métal blanc bleuté, quasi-translucide, était étrangement doux et chaud au toucher. Odin n'aurait sans doute jamais plus l'occasion de revêtir cette protection étincelante, tout comme Shamash ne pourrait jamais revêtir son armure à nouveau. Zeus avait supprimé le cosmos des membres de sa famille avant de les tuer. Elle ne pouvait ressusciter que les personnes avec un cosmos développé, ce qui rayait de la liste les humains ordinaires, ainsi que son père et son frère. Elle déglutit péniblement. Ishtar serra le poing, des larmes luisaient dans ses yeux. Le récit du destin d'Odin avait remué beaucoup de souvenirs en elle. Il avait dû souffrir en se soumettant. L'humiliation et l'impuissance sont les pires choses qui puissent arriver aux dieux. Tant que Zeus serait dans les cieux, l'éternité d'Ishtar ne serait que crainte et violence. Shaka ne méritait pas qu'elle l'entraîne dans sa chute. Des larmes roulèrent doucement le long de ses joues et elle les essuya rageusement du revers de la main.
« Il peut nous soumettre, mais pas nous briser » Dit-elle à haute voix à la statue. « Je t'aiderai à garder tes guerriers Odin, en espérant qu'un jour, tu seras capable de te rebeller à ma place. » Seule la morsure du vent froid lui répondit. Sous ses doigts, l'armure de Balmung lui transmettait une douce chaleur.
