Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Disclaimer: Comme d'habitude, les persos de Saint Seiya ne sont toujours pas à moi, par contre… les autres persos sont tous droits issus de mon interprétation tordue de la mythologie.

Reviews : Je les adore !

Dans ce chapitre : Un chapitre mi-sérieux mi-drôle, où vous verrez apparaître des revenants, notamment trois jeunes garçons peu traités dans les fics. Vous trouverez également la suite des aventures de nos « quatre apprentis James Bond version plaquée or » (copyright Demoness Lange pour l'expression), et surtout…un Kanon plus manipulateur que jamais…et plein d'autres trucs, comme le Cancer et sa finesse habituelle ou même…la grippe aviaire…

Et comme d'habitude, merci à ma fidèle bêta, qui décline toute responsabilité concernant le contenu de cette fic (histoire d'éviter de se faire maltraiter par poupée vaudou interposée.) Pas de poème pour elle cette fois-ci, mais en êtes-vous vraiment déçus ?

Bonne lecture et amusez-vous autant que moi sur ce chapitre !


Chapitre 7 – Quand le vin est tiré…


A l'Est du sanctuaire d'Athéna, quatre silhouettes se faufilaient dans l'obscurité, cachant leur cosmos afin de ne pas être détectées. C'était dans ce genre de situation qu'un passé d'assassin ou d'espion pouvait se révéler utile.

Temple du Cancer, quelques minutes plus tôt…

« Vu l'heure à laquelle nous allons agir, nous n'avons que deux possibilités pour nous emparer de cinq masques. » Contre son gré, Camus avait pris le commandement des opérations. Au moins, mettre en place une stratégie minimiserait le nombre de chances de se faire prendre. En plus, il hébergeait en ce moment dans son temple les disciples de son ancien élève, le chevalier cristal. Ce n'était pas le moment de se faire pincer dans une telle situation, où l'information remonterait très vite aux oreilles de Hyoga et Isaak. « Soit nous pénétrons dans les dortoirs et nous nous servons, ce qui est le plus risqué… soit … »

« Mais il n'y a aucun risque » Sourit Aphrodite, humant doucement une rose rouge qu'il tenait entre ses doigts délicats. « Mes protégées vont s'occuper de les empêcher de s'éveiller. Je vais leur faire un magnifique lit de roses, pas mortel bien sûr. » Camus haussa un sourcil, puis jeta de nouveau un regard vers le plan du camp réservé aux femmes chevaliers.

« Dans ce cas, le mieux serait que tu arrives à t'introduire dans le bâtiment en passant par les thermes qui jouxtent les dortoirs. Il y a une grille qui permet l'arrivée de l'eau, tu ne devrais pas avoir de mal à la déplacer et à cette heure là, tu ne devrais croiser personne. »

« On fait quoi si on croise quelqu'un ? » Demanda Angelo, « On ne va quand même pas les agresser pour un pari…en plus, ce sont des femmes… »

« Oui, et si on voit leur visage ? » Continua Milo.

« Il n'y a qu'à ne pas se faire prendre. » Coupa Aphrodite.

« Il faudra improviser je suppose. » Conclut Camus.

« Et imaginez qu'on ne voit pas que leur visage… » Angelo souriait largement.

« Oh pitié » Souffla le Poisson, levant les yeux au ciel.

Camus préféra ignorer la remarque du Cancer avant de poursuivre, foudroyant du regard Milo qui avait toutes les peines du monde à ne pas s'étouffer tellement il riait. Le regard glacial du Verseau calma quelques secondes le Scorpion, avant de redoubler son hilarité. Camus secoua la tête, résigné.

« Bien, pendant qu'Aphrodite s'introduit dans les dortoirs en arrivant par les thermes, il va falloir que l'un d'entre nous fasse le guet en veillant à ce que personne ne pénètre le bâtiment, et particulièrement les gardes. Je le ferai tout en gardant le plan à proximité. Nous communiquerons via notre cosmos et je pourrai vous guider. Il faudra également un autre guetteur ici. » Milo et Angelo jetèrent un regard à Camus, tandis que celui-ci pointait du doigt la seconde entrée du bâtiment.

« Poule mouillée » Grogna le Cancer « Monseigneur le Glacier reste dehors pendant qu'on s'introduit dans les bâtiments. »

« C'est là que tu te trompes mon ange » Répliqua Camus, le surnom enlevant tout de suite des lèvres de l'italien le sourire qui les ornaient. « Toi, tu es l'homme de main, et moi, le cerveau. »

« Toi le cerveau, mais je rêve… »

« Tu veux une preuve ? » Souffla Camus avec un sourire ironique. « Rappelle-moi ce que nous faisons ce soir ? »

« On vole des masques. »

« Oui, donc nous devons être discrets. Alors maintenant, pourrais-tu observer nos tenues ? » Angelo détailla Camus, Aphrodite et Milo, tout de noir vêtus, avant de réaliser où était le problème.

« Crétino » Souffla-t-il. Il était le seul à porter son armure de chevalier d'or.

« On fait quoi alors ? » Demanda finalement Milo, une fois le Cancer revenu dans une tenue plus appropriée à une mission d'infiltration.

« L'un de vous deux part avec Aphrodite et le second devra faire le guet. » Milo et Angelo se regardèrent en silence. Ils avaient le choix entre faire le pied de grue ou accompagner le Poisson…dans les vestiaires des femmes chevaliers…

« Très bien, ce sera Angelo. » Trancha Camus, coupant net les réflexions du Scorpion, qui jeta un regard penaud au Verseau.

« Vous êtes mignons tous les deux… » Susurra Aphrodite, mordillant négligemment la tige de la rose qu'il avait portée à sa bouche.

« Toi la morue, tu ferais mieux de t'occuper de tes affaires. » Gronda le Scorpion. Cela ne démonta pas le Poisson, qui lui souriait en coin, une lueur amusée dans le regard.

« Bien. » Conclut Camus « J'espère que vous êtes conscients que nous nous apprêtons à violer une bonne dizaine de lois du sanctuaire et pas des moindres. Rien que le fait de nous introduire dans le camp des femmes pourrait nous valoir une belle correction de la part du Pope. »

« Oui, mais si on ne le fait pas, on va devoir supporter indéfiniment les moqueries de Saga et Shura, entre autres. » Soupira le Cancer.

« En plus, c'est moi qui ai lancé ce pari, alors je ne vais pas me défiler. » Continua Milo.

« Dans ce cas, il n'y a rien à ajouter. » Termina Aphrodite.


La main d'Ishtar était comme suspendue dans le vide. Elle avait pris sa décision, mais en se retrouvant devant la porte de la chambre de Shaka, elle avait soudainement l'impression de faire la plus grosse erreur de sa vie. Elle ne pouvait pas reculer, plus maintenant. Il avait certainement ressenti sa présence. Elle sentait qu'il ne dormait pas, son cosmos serein était parfaitement perceptible. Si elle n'avait pas été elle-même une déesse, elle aurait aimé pouvoir prier une puissance supérieure de lui venir en aide.

Assis en position du lotus, Shaka méditait ou du moins essayait de le faire. Son cosmos doré l'entourait, soulevant en douces vagues ses longues mèches blondes. Il flottait au-dessus du sol, tel une idole. Il avait parfaitement ressenti le cosmos hésitant d'Ishtar et malgré l'apparence sereine qu'il savait avoir, il était tout aussi perturbé qu'elle. Mais il n'avait aucune envie de lui faciliter la tâche. Non, aucune envie. Il avait sa fierté malgré tout. Il n'allait pas ouvrir la porte. Il n'avait même pas envie d'interrompre sa méditation. Il espérait vaguement qu'elle s'en aille, tout en sachant qu'il serait déçu qu'elle le fasse. Alors il attendait.

Sans qu'elle le décide, sa main s'abaissa doucement pour frapper légèrement la porte. Pas de réponse. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il réponde. Mais il fallait qu'elle s'explique, elle le devait. Elle prit une profonde inspiration avant de poser sa main sur la poignée. Elle était déjà morte plusieurs fois, elle tenait tête à Zeus, ce n'était pas Shaka qui allait l'intimider…

La pièce était plongée dans la pénombre, seulement éclairée de son cosmos doré. S'il avait voulu lui faire preuve de sa supériorité, il n'aurait pas agi autrement. Ce n'était pas le Shaka qu'elle connaissait en face d'elle. Non, c'était celui qu'elle avait vu à leur première rencontre. Un être de lumière. Rayonnant, suspendu dans les airs, les yeux clos sur son monde intérieur. Une idole intouchable, dont l'aspect irréel était renforcé par l'éclat de son armure d'or. Elle comprit aussitôt qu'il ne ferait rien pour lui faciliter la tâche.

Elle resta silencieuse face à lui pendant un long moment. Rien dans son attitude ne trahissait une quelconque émotion, comme s'il était trop loin dans son monde pour savoir qu'elle était là, à moins de deux mètres. Mais ils savaient tous les deux que personne n'était dupe. Il l'ignorait délibérément. S'il attendait qu'elle s'excuse platement en se mettant à ses pieds, c'était mal la connaître. Le Bouddha et son disciple n'avaient pas le monopole de la fierté songea Ishtar. Ignorer une femme n'est jamais une bonne idée… surtout quand il s'agissait d'elle.

« Tu comptes m'ignorer encore longtemps ou nous pouvons discuter ? » Sa voix était plus agressive qu'elle ne l'aurait voulu. Shaka se contenta d'ouvrir les yeux pour toute réponse, la contemplant d'un regard insondable. Au bout de longues secondes, il consentit finalement à poser ses pieds au sol, quittant ainsi sa position de méditation. En touchant le plancher, son cosmos cessa de l'entourer, plongeant la pièce dans l'obscurité. Seule la lueur du feu à moitié éteint dans la cheminée apportait désormais un faible éclairage rougeoyant.

Il enleva son casque pour le poser sur une table toute proche. Il la fixa de nouveau. Dans la pièce, la tension était palpable.

« Je ne suis même pas en colère Ishtar. Que veux-tu que je te dise ? Je crois que tu es parfaitement consciente de la portée de tes actes. » Une gifle n'aurait pas eu un effet pire que la froideur de son ton. Mais le pire, c'est qu'elle avait perçu dans sa voix de la tristesse, de la déception. Que pouvait-elle lui répondre ? Elle ne répondit rien, il n'y avait rien à répondre. Elle sentait que sa gorge était atrocement sèche. « Je ne veux même pas essayer de comprendre. » Termina-t-il.

« Je suis sincèrement désolée et je comprendrais que ... » Elle baissa les yeux, incapable de supporter plus longtemps son regard. Impassible, Shaka l'observait en silence, attendant qu'elle termine sa phrase. « … tu es libre de retourner au sanctuaire si tu le souhaites. » Elle lui tourna le dos pour s'éloigner, elle refusait de pleurer devant lui.

« Attend. » Il l'avait retenue par le poignet, comme si son bras avait agi de sa propre volonté. Elle avait tourné le visage vers lui mais fuyait son regard. Il avança doucement vers elle, ne libérant son poignet que pour écarter du bout des doigts les mèches ivoirines qui balayaient le visage d'Ishtar. Elle leva son visage vers lui, les yeux luisants de larmes. Elle ne comprenait plus. Il essuyait ses larmes ? Lui souriait ? Lui-même ne savait plus très bien où il en était, ni pourquoi il l'avait rattrapée. « Je t'aime. »

« Shaka? … » Il la fit taire d'un doigt sur ses lèvres, ne détachant pas son regard du sien. En silence, elle leva sa main pour glisser ses doigts entre les siens, à moitié recouverts par le gant de l'armure de la Vierge. Il pencha lentement son visage vers elle, s'arrêtant cependant à quelques centimètres de celui d'Ishtar, leurs souffles se mêlant. Tacitement, il attendait son accord. Ils s'observèrent ainsi jusqu'à ce qu'elle passe sa main libre derrière sa nuque, l'attirant à elle pour l'embrasser avec douceur. Ses lèvres étaient toujours aussi pures, Ishtar frissonna en sentant sa main descendre lentement dans son dos, tandis que le baiser devenait plus profond. Elle était plaquée contre lui, son corps épousant l'armure de la Vierge. Caresse froide et sensuelle du métal, désormais mêlée à celle beaucoup plus électrisante des lèvres de Shaka dans son cou. Elle sentait ses doigts se perdre peu à peu dans la soie dorée de sa chevelure, tandis qu'elle-même se laissait aller, grisée par son contact, son odeur. Elle réalisa soudain qu'il tirait légèrement sur la fine chaîne passée autour de son cou. La chaîne… le médaillon d'Hadès… ce fut comme une douche froide.

« Non, je t'en prie… » Elle s'écarta de lui, essayant de reprendre son souffle. Si elle devait s'arracher elle-même le cœur, elle avait l'impression qu'elle n'aurait pas ressenti autre chose. « Je n'ai pas le droit de te faire ça. »

« Me faire quoi ? Me séduire pour me repousser ? J'ai l'impression que c'est trop tard. » Ishtar se mit à trembler, le visage de Shaka, si passionné quelques secondes auparavant, avait repris une expression fermée, voire presque agressive. Il ne comprenait plus ce qu'elle voulait ou attendait de lui à la fin.

« Tu es injuste… » Injuste ? Il était injuste ? Il sentit un sentiment de violence l'envahir. Injuste ? Il se mettait à ses pieds pour se faire ensuite rejeter et c'est lui qui avait tort ?

« Mais je peux savoir ce qui se passe dans ton esprit ? Tu ne crois pas que tu as assez joué avec moi ? » Explosa-t-il, la saisissant par les épaules. Terrifiée, elle fut incapable d'articuler un son. Elle ressentait une incroyable colère en lui, ses doigts s'enfonçaient dans sa peau, elle sentit des larmes de douleur lui monter aux yeux.

« Tu me fais mal ! » Il fronça les sourcils et la libéra. Incapable de retrouver un visage neutre, il lui tourna le dos. Il avait du mal à comprendre ce qu'il lui avait pris, tout autant qu'il était fatigué d'essayer de déchiffrer ses actes.

« Vas-t-en. » Finit-il par articuler. Elle se mordit les lèvres pour ne pas hurler qu'elle l'aimait, qu'elle voulait le protéger. Mais c'était le protéger que de se séparer. Sans un mot, elle sortit de la pièce, où il faisait désormais aussi sombre que dans l'esprit du chevalier de la Vierge.

Elle s'était effondrée sur son lit, pleurant comme elle ne l'avait plus fait depuis des siècles. Elle sentit deux bras la serrer doucement.

« Ça va aller. » Murmura Kanon. Elle était secouée par les larmes. « Je te le promets. »


...

Pour le moment, le plan se déroulait comme prévu. Les quatre perdants du pari avaient réussi à pénétrer sans se faire repérer dans l'enceinte du camp des femmes. Milo et Camus s'étaient chacun postés aux entrées du bâtiment servant de dortoir et Angelo et Aphrodite venaient juste de déplacer la grille leur permettant l'accès aux thermes.

D'un œil inquiet, Camus scruta les environs. Il s'était posté sur le toit, s'assurant à la fois une vue imprenable et une position presque indétectable.

Il ferma brièvement les yeux pour se concentrer. A l'intérieur du bâtiment, il sentait le cosmos actif de trois femmes chevaliers, ainsi que celui d'une apprentie, dont la cosmoénergie était plus faible, bien que clairement perceptible. Il n'y avait que onze femmes chevaliers, qui formaient une dizaine d'apprenties filles. Leurs apprentis garçons dormaient bien entendu ailleurs. Sur tout ces jeunes gens, à peines quelques-uns deviendraient chevaliers.

- Hey le roi de France ! Camus fronça les sourcils. Entendre dans sa tête la voix du Cancer était déjà assez désagréable sans que celui-ci n'ait en plus besoin de l'affubler de surnoms grotesques. Angelo passait beaucoup de temps avec lui et Milo, surtout Milo. Sans que Camus puisse l'expliquer, le Cancer avait décidé de passer aux familiarités.

- Qu'y a-t-il Angelo ?

- On vient de déboucher dans les thermes, on prend quelle porte? Camus consulta brièvement le plan du regard.

- La porte de droite, vous allez déboucher sur un couloir, le dortoir sera pour vous à deux portes à droite. La porte en face est également un dortoir. Le reste, n'y faites pas attention, ce sont les dortoirs des élèves ou les cuisines. Soyez prudents, je ressens le cosmos de trois femmes chevaliers éveillées dans le bâtiment, ainsi que celui d'une apprentie.

- T'inquiète.

Camus sentit le cosmos d'Angelo se rétracter, mettant fin à l'échange. Heureusement pour eux, aucune femme chevalier ne dépassait le rang de chevalier d'argent. Ils ne devraient donc pas être détectés à leur cosmos pour peu qu'ils prennent tous soin de le masquer. Ils pouvaient même discuter grâce à leur cosmoénergie, à condition de rester prudent.

Angelo jeta un regard au Poisson. Arriver par le tunnel qui amenait l'eau aux thermes avait pour inconvénient qu'ils étaient trempés. Ils avaient été obligés de ramper dans l'eau, pour finalement atterrir dans un bassin. Aphrodite fut le premier à se hisser hors de l'eau, après avoir vérifié que les alentours étaient déserts.

- Allez le crabe, bouge-toi.

- Ah oui ? On fait comment pour y aller discrètement si on laisse des traces de flotte partout ? Aphrodite haussa un sourcil, pointant silencieusement du doigt un banc près du bassin, où étaient empilées des serviettes. Un sourire ironique flottait sur ses lèvres. Sans un mot, Angelo en prit une et lança la seconde à son compagnon, avant de commencer à frotter vigoureusement ses courts cheveux bleus.

Posté sur une branche du vieil olivier centenaire qui faisait face à l'entrée nord du bâtiment, Milo commençait à s'impatienter légèrement. Il fronça soudain les sourcils, une silhouette se dirigeait droit vers l'entrée.

- Camus ! ! !

Dans le dortoir de droite où dormaient paisiblement six femmes chevaliers, une ombre avançait, furtive, marchant sur un tapis de roses. Souriant, Aphrodite commença la récolte des masques, laissés pour la plupart sur les tables de chevet. Angelo l'attendait dans le couloir car contrairement à l'androgyne, il n'était pas immunisé contre le parfum des roses. Ca le démangeait d'aller voir ce qui se passait dans le dortoir ou bien, d'aller dans celui d'en face, histoire de savoir lui aussi si les femmes chevaliers étaient dignes des mystères qui les entouraient. Au bout de plusieurs minutes d'hésitation, il posa sa main sur la poignée

- Enlève tes pinces de là sale crabe vicieux ! Le Cancer grimaça en entendant la voix du Poisson résonner dans son cerveau. Il pouvait difficilement lui retourner l'épithète, Aphrodite étant connu pour ses goûts amoureux dignes de la Grèce Antique. Le suédois le toisait du regard, tenant dans sa main un petit sac, rempli des fameux masques.

- T'as pas laissé de pétales partout j'espère ?

- Je ne suis pas un amateur …moi… Le Cancer haussa les épaules, préférant se taire que de jouter verbalement avec le Poisson en plein territoire ennemi. Ils se mirent à marcher en direction des vestiaires.

« Tu ne trouves pas qu'il y a une odeur bizarre Marine ? »

« Je n'en sais rien, je suis enrhumée ces temps-ci. » A leur grand effroi, Angelo et Aphrodite virent la porte de la cuisine s'ouvrir, leur barrant le passage vers les thermes.

- Camus ! ! ! J'ai un intrus qui se dirige vers l'entrée. On dirait un jeune garçon.

- Et moi, j'en ai deux autres qui arrivent de mon côté, ne bouges pas pour le moment Milo. J'ai déjà Aphrodite et Angelo qui me hurlent dans la tête. Donne-moi deux minutes.

Perché sur sa branche, Milo plissa les yeux, essayant de se concentrer sur son intrus dont il pouvait suivre la frêle silhouette se glisser dans l'obscurité. Il avait désormais changé de trajectoire, longeant le bâtiment. Le Scorpion constata que la silhouette fut bientôt rejointe par deux autres ombres, sans doute celles évoquées par le français.

Marine chevalier d'argent de l'Aigle et la jeune femme brune qui l'accompagnait, habillées toutes les deux en pyjama, traversaient lentement le couloir.

« C'est marrant, je te jure qu'il y a comme un parfum dans l'air, comme une odeur de fleurs... » Marine haussa les épaules et éternua bruyamment pour toute réponse, maudissant son rhume.

Deux mètres plus haut, Angelo et Aphrodite priaient Athéna en silence pour que les deux femmes quittent rapidement le couloir. Heureusement pour eux, celui-ci était assez étroit et ils se tenaient en équilibre, collés contre le plafond. Leurs bras et jambes écartés prenaient appui contre les murs du couloir. Ils avaient sauté dés que la porte s'était ouverte. Mais si les deux femmes avaient le malheur de lever les yeux, elles auraient la surprise de découvrir deux chevaliers d'or s'échangeant en silence des insultes.

- Si t'avais été plus rapide, on ne serait pas dans ce pétrin.

- Pardon mais qui a essayé de reluquer en douce les femmes chevaliers quand elles dormaient ?

- Poisson stupide

- Italien décérébré incapable de dominer ses hormones.

- Rah ! ! Mais elles ne peuvent pas quitter le couloir les deux idiotes là ? L'italien se tut cependant en constatant que sa position surélevée lui donnait une vue imprenable sur le décolleté de la compagne de Marine.

- Milo, il nous faut une diversion, c'est urgent.

- Tu as un plan ? Seul sur le toit du bâtiment, Camus eut un sourire presque cruel en entendant la question du Scorpion.

- Nous allons profiter de nos trois invités surprise…

Quelques mètres en dessous de Milo, trois silhouettes se pressaient contre la fenêtre de l'un des dortoirs des femmes chevaliers. Trois silhouettes d'adolescents dont les muscles laissaient deviner l'entraînement caractéristique de ceux qui servent Athéna.

« On ne voit rien les mecs, c'est pourri. »

« Parle moins fort imbécile. »

« Pousse toi Daichi, je ne vois rien… »

« Mais tu vas te taire oui ? »

Sho, jeta un regard piteux à son ami, chevalier d'acier de la terre. Finalement, Ushio se poussa, son confrère Daichi n'ayant décidément pas envie de céder son point de vue, il laissa lui-même sa place au chevalier d'acier de l'air.

C'est ainsi que le Toucan, le Renard et l'Espadon jouaient les voyeurs dans le camp des femmes, activité somme toute compréhensible à cet âge adolescent. Milo eut un sourire amusé. Ces petits garnements lui rappelaient ses propres facéties. Il se laissa doucement glisser en bas du tronc torturé du vieil olivier. Si Angelo et Aphrodite avaient besoin d'une diversion, il allait les aider… Il scruta le sol, cherchant l'outil adéquat. En souriant en coin, il saisit dans sa main une pierre d'une belle taille.

- Tu peux considérer l'affaire réglée mon petit glaçon. Dans le noir, Camus écarquilla légèrement les yeux sous l'appellation. Décidément, Milo passait trop de temps avec le Cancer.

Dans le couloir, un bruit de verre brisé se fit entendre, suivi de cris étouffés. Vêtues de leurs simples pyjamas, Marine et sa compagne se précipitèrent dans le dortoir que venait de quitter Aphrodite. Celui-ci ne perdit d'ailleurs pas une seconde pour se laisser tomber en silence, et courir vers les thermes, le Cancer sur les talons. Ils avaient déjà atteint le bassin lorsque les femmes chevaliers réveillées par le vacarme commencèrent à se rendre compte de la disparition des masques.

« Trouvez tout de suite les intrus ! »

Mais cela faisait déjà bien longtemps que les quatre téméraires chevaliers d'or avaient quitté le camp des femmes…ce n'était pas le cas des trois malheureux chevaliers d'acier par contre… Le lendemain, le Pope aurait une dure journée, où trois gamins rougissant lui assureraient avoir vu passer entre eux une grosse pierre qui avait éclaté la vitre près de laquelle ils étaient…vitre près de laquelle ils n'avaient de toute façon aucune raison de se trouver…sans compter la disparition mystérieuse des masques…


...

Babylone. Un léger nuage de lumière blanche apparut dans la nuit, face au temple dédié à Ishtar. Une silhouette se matérialisa. Shamash fronça légèrement les sourcils avant de se décider à entrer. Une forte odeur d'encens saisit le dieu de la Justice aux narines tandis qu'il s'enfonçait dans l'obscurité du vaste bâtiment, éclairé par des vasques dans lesquelles brûlaient de hautes flammes, insuffisantes cependant pour éclairer complètement les rangées de basses colonnes... Dans la pénombre chargée de fumée et d'encens, seuls ses longs cheveux blonds apportaient une touche de lumière à la silhouette du dieu. Il se demandait dans quel état il allait la trouver.

Deux visiteurs inattendus s'étaient présentés à Babylone ce soir-là et la présence d'Ishtar était nécessaire. Mais bien entendu, elle n'était pas dans les jardins suspendus et avait quitté ses appartements. Shamash n'osait pas imaginer la scène dans laquelle elle se trouvait certainement. C'était comme si elle essayait de se détruire sans en être totalement consciente elle-même.

Il passa devant un groupe de prêtresses sans que celles-ci ne le voient, leurs yeux hagards dénotaient la prise de substances hallucinogènes. Elles étaient affalées sur des coussins, dans la partie intérieure du temple. Shamash soupira, avec un peu de chance, il arrivait après l'orgie, ce qui lui épargnerait le spectacle pénible de la voir avec … Il ferma les yeux, essayant de chasser cette vision. Il lui avait sauvé la vie en la ramenant de chez Ereshkigal, mais elle avait tellement changé. Sin s'était résigné, mais pas lui.

Il posa ses deux mains sur les battants de la porte richement décorée qui menait à la partie la plus secrète du temple : le lieu de résidence de la déesse lorsqu'elle s'y trouvait. Il prit une profonde inspiration avant de se décider à ouvrir. Elle était là bien sûr. Sa divine sœur. Il sentit son sang se glacer devant le spectacle qui s'offrait à ses yeux. Elle était debout, lui tournant le dos, fixant du regard le lit sur lequel reposait ce qu'il restait de ses amants. Deux hommes. Morts.

« C'est dommage, tu as raté le spectacle. » Lentement, elle se retourna, souriante, vêtue seulement de sa longue chevelure blanche, qui lui arrivait aux chevilles. Elle tenait un poignard ensanglanté à la main.

« Pourquoi est-ce que tu n'as pas répondu à mon cosmos ? Tu savais que je te cherchais. »

« Et je sais aussi que tu détestes venir ici. » Elle leva lentement son poignard pour lécher le sang sur la lame. Il plongea ses yeux verts dans les siens, ils avaient les mêmes pupilles d'un vert minéral. Que cherchait-elle ? Elle lui souriait comme si la situation l'amusait. Sans un mot, il s'avança vers elle, le regard de sa sœur le défiant. Il se figea quand il fut à ses côtés, puis leva légèrement une main, faisant briller son cosmos. Les corps des deux hommes disparurent, ainsi que toute trace de sang.

« La petite fête est terminée Ishtar. Tu rentres avec moi dans les jardins suspendus. »

« Tu es ennuyeux Shamash. » Elle s'approcha doucement de lui, collant presque ses lèvres à son oreille. « Toi mon frère, je sais que tu aurais aimé être à leur place…que dirait Sin ? Je ne crois pas que notre cher père apprécierait… »

« Tais-toi »

« Toi un être si parfait, qui rêve de choses contre nature… »

« Tais-toi tu m'entends ? » Il aurait voulu la saisir pour la forcer à se taire, mais il était incapable du moindre mouvement.

« On désire toujours ce que l'on ne peut pas avoir. » Souffla-t-elle, s'écartant de son oreille pour approcher son visage du sien. Elle leva lentement la main vers son visage, lui griffant la joue d'un doigt, faisant perler une goutte de sang. « Tu es fasciné par ton propre sang. » Elle embrassa doucement la griffure, tandis qu'il la saisissait par la taille. Elle ne fit rien pour se dégager mais sourit, fermant les yeux. Il se sentait comme hypnotisé par ses lèvres offertes. Il se pencha pour l'embrasser, mais il ne rencontra que du vide. Elle s'était téléportée dans les jardins suspendus. Il serra les poings à s'en faire pâlir les jointures.

« Garce » Siffla-t-il, parfaitement conscient cependant que dés qu'il la reverrait, il lui aurait tout pardonné. Il devait retourner aux jardins suspendus lui aussi, Sin était seul avec Odin et Völund. La proposition d'Odin était intéressante, les dieux nordiques disposaient d'un forgeron de génie, mais pas d'un guérisseur et, en échange de l'intervention d'Ishtar pour ressusciter son fils Balder, Odin leur promettait des armures… Si sa sœur ne faisait pas de caprices, ils pourraient tous tirer avantage d'un tel accord. En soupirant, Shamash concentra son cosmos pour disparaître à son tour.


« Je crois que c'est ce qu'on appelle un exploit. » Se vanta Milo. Dans le temple du Cancer, les quatre chevaliers revenus de leur mission périlleuse s'étaient affalés sur les deux canapés en cuir qui occupaient une bonne partie du salon d'Angelo.

« Bon, en attendant que les autres débarquent, je vais prendre une douche. » Aphrodite lança un regard envieux au Cancer. Pour sortir du bâtiment, ils étaient repassés par l'arrivée d'eau et ils étaient trempés de la tête aux pieds alors que Milo et Camus étaient impeccables. « Je peux savoir pourquoi tu me regardes avec des yeux de merlan frit ? » Dit Angelo en apercevant le regard d'Aphrodite.

« Mais c'est que notre poisson voudrait faire trempette lui aussi » Lança Milo. « Allez le crabe, laisse d'abord ta douche à la sirène. » Le surnom lui valut un regard interloqué de la part des trois autres.

« Je ne suis pas une sirène. »

« C'est normal, la morue préfère qu'on le traite de thon. » Grogna Angelo « Je te laisse la douche, mais je te jure que si tu traînes, j'irai t'en sortir moi-même. »

« C'est dit si gentiment. » Murmura Aphrodite avant de se lever, tandis que le Cancer jetait un œil à l'horloge qui traînait sur une des étagères de la pièce. 3h du matin. Les autres arriveraient certainement avant l'entraînement en commun, qui avait lieu à 5h.

« J'en connais qui vont souffrir devant le Pope demain… » Commença Milo, souriant au souvenir de la tête des trois gamins quand il avait lancé la pierre. Camus sourit légèrement.

« En attendant, c'est nous qui allons souffrir à l'entraînement. Entre la petite fête d'hier soir et cette nuit, je suis épuisé et les autres vont se faire un plaisir de nous pulvériser. »

« On s'entraînera ensemble. » Bailla le Scorpion.

En revenant de la douche, Aphrodite trouva le Verseau et le Scorpion endormis l'un contre l'autre sur un canapé, Angelo allongé lui-même sur l'autre sofa. Il observa en silence le couple endormi, la tête de Milo reposant sur le torse du Verseau. Personne au sanctuaire n'était capable de dire avec certitude quelle était la nature des relations que ces deux là entretenaient, ce qui avait le don d'exciter la curiosité du Poisson. Finalement, il s'arracha à sa contemplation, un grand sourire s'étirant sur ses lèvres. Il se tourna vers Angelo endormi, afin de le réveiller en lui essorant ses cheveux encore humides sur le visage, ce qui eut pour effet immédiat de faire bondir sa victime hors du canapé.

« Mais t'es malade ? ! »

« La « morue » te remercie pour la douche. Et je te prierais de parler moins fort, sauf si tu tiens à savoir si ces deux là sont de bonne humeur au réveil. » Cela dit, le saint fit apparaître une rose dans sa main avant de s'asseoir là où reposait le Cancer quelques secondes plus tôt. Pour toute réponse, Angelo examina en silence l'androgyne, qui avait réussi par miracle à trouver des vêtements à sa taille dans la garde-robe de l'italien. Finalement, il trouva plus sage de ne rien répondre et décida d'aller lui-même prendre une douche.

A 4h30 du matin, Aioros et Saga débarquèrent dans le salon d'Angelo, où les quatre perdants du pari étaient en train de contempler les masques qu'ils avaient récupérés au prix d'une belle sueur froide pour l'italien et le suédois. Aiolia et Shura arrivèrent bientôt suivis de Mu et Aldébaran. Les canapés du salon d'Angelo se révélèrent trop étroits et Aphrodite se retrouva finalement sur les genoux de Saga, tandis qu'Aiolia s'asseyait au pied du canapé, entre les jambes de son frère.

« Je crois que vous nous devez des félicitations » Commença Angelo.

« Par curiosité, qui a eu l'idée du gage ? » poursuivit Camus d'une voix parfaitement neutre. Aphrodite tourna son visage vers Saga, qui avait bien du mal à savoir où placer ses mains, le suédois s'étant installé d'autorité sur ses genoux.

« Oui Saga, Angelo avait pensé à toi… » Le Gémeau déglutit péniblement, sentant peser sur lui la menace froide d'un regard lourd de sens.

« On a décidé ça tous ensemble, même Aldébaran et Mu étaient d'accord… »

« Qui a menacé d'envoyer Kiki dans une autre dimension si je ne votais pas ? » S'exclama le Bélier.

« Et qui a menacé de me couper mon autre corne ? » Continua le Taureau tandis que l'ex Grand Pope se ratatinait sur place.

« Heu, je plaisantais … » Tenta de se justifier Saga.

« Je le savais ! » S'exclama le Cancer. « Mais vous ne valez tous pas mieux que lui. »

« Atchoum ! » Aiolia venait bien involontairement d'interrompre par un magnifique éternuement le massacre qui s'annonçait en détournant l'attention d'Aphrodite et d'Angelo.

« Mais dis-moi, le roi de la jungle a attrapé un magnifique rhume… » Commença l'italien, jetant un œil au Poisson.

« Sans doute la grippe aviaire… » Susurra le suédois avant de se mettre à rire avec Angelo sous le regard interdit du Lion. Heureusement pour Aiolia, son frère intervint en rappelant qu'il était pour eux l'heure de partir s'entraîner. Pour les autres chevaliers présents, le pourquoi de l'hilarité concernant le rhume du Lion demeura un mystère.


A cette heure matinale, le Palais d'Hilda de Polaris était encore relativement calme et seuls quelques serviteurs passaient dans les couloirs. Il sentait leurs regards curieux peser sur lui, mais n'y faisait pas vraiment attention. Il était habitué à ce que les gens le croient aveugle et soient étonnés de le voir se diriger sans aucune hésitation. Shaka trouva enfin la porte qu'il cherchait et sortit dans les jardins balayés par la neige. Il avait revêtu les habits qu'il avait trouvés dans son armoire, chauds et confortables, bien que loin de valoir selon lui ceux qu'il portait d'habitude. Mais il ne pouvait pas se promener indéfiniment en armure dans le Palais sans que cela ne paraisse être un manque de confiance, pas plus qu'il ne pouvait s'y promener en sari, sauf s'il tenait à mourir de froid. Avec son teint pâle et ses cheveux blonds, habillé ainsi de chauds vêtements d'hiver, il aurait facilement pu passer pour un natif d'Asgard.

Il enflamma doucement son cosmos pour lutter contre la température glaciale, puis continua à avancer quelques minutes avant de trouver un endroit suffisamment paisible à son goût. Indifférent à la neige qui continuait de tomber, il s'installa par terre, faisant reposer son dos contre le tronc de l'arbre dont les branches lui fournissaient un abri contre les flocons qui semblaient vouloir tomber éternellement des cieux. Shaka rejeta sa tête en arrière, l'appuyant contre le tronc. En se concentrant, il pouvait sentir au loin l'aura d'Hilda de Polaris, qui était déjà en train de prier Odin. Shaka se passa une main sur les tempes. Dire qu'il avait mal dormi aurait été un bel euphémisme. Il avait été incapable de trouver le sommeil ou même de méditer, malgré la fatigue qui commençait à s'accumuler.

C'était sans doute sa punition pour avoir doublement failli à son devoir. Non seulement il avait trahit les enseignements du Bouddha en tombant amoureux, mais en plus, de celle qu'il devait protéger. Ca faisait tellement mal de penser qu'elle se moquait de lui alors que pour la première fois, il avait eu envie de ressentir des émotions humaines. Ressentir tout ce qu'il avait appris à refouler depuis si longtemps. Il ne se souvenait même pas avoir déjà éprouvé autre chose que de la peine et de la compassion envers le reste de l'humanité. Les seules émotions que tolérait le Bouddha. Et elles étaient déjà en trop. Apprendre à se détacher, avoir conscience que tout est éphémère, même la mort. Seul le cosmos demeurait. L'infini en soi que chacun pouvait découvrir s'il le voulait vraiment. Il n'y avait pas d'autre vérité valable selon le Bouddha. Il devait retrouver cette sérénité qui lui échappait, tout comme la présence divine qui l'avait quitté il y a si longtemps. Ses pensées furent interrompues par l'approche d'un cosmos familier.

« Alors, on fait bronzette ? » Shaka ne prit même pas la peine de tourner le visage vers la voix. Il s'isolait pour faire le point et il fallait que le Dragon des Mers vienne le voir.

« Que veux-tu Kanon ? » L'agacement et la fatigue se mêlaient dans sa voix et son teint était plus pâle qu'à l'ordinaire. Kanon était persuadé qui si Shaka ouvrait les yeux, il verrait de magnifiques cernes, cachées pour le moment par ses longs cils noirs. Mais ce n'est pas pour autant qu'il allait se montrer tendre avec lui.

« La belle au bois dormant s'est levée du pied gauche on dirait » Shaka fronça les sourcils, puis décida de se lever. « A moins qu'elle n'ait pas fermé l'œil de la nuit. » Kanon haussa les épaules, contemplant les yeux clos de la Vierge. « Façon de parler bien sûr. »

« J'ignorais que nous étions si familiers mais dans ce cas, tu ne t'offenseras pas si je te dis que je n'ai pas de temps à perdre avec toi. Alors si tu veux bien m'excuser… »

« Alors ça ne t'intéresse pas de savoir que j'ai passé la nuit avec elle ? » Shaka lui tournait déjà le dos, mais la phrase du général le figea sur place. Kanon eut un sourire amusé, si Shaka était l'homme le plus proche de dieu, lui par contre, savait comment manipuler les divinités. « J'ai deux nouvelles pour toi, une bonne et une mauvaise. » Sans un mot, Shaka se retourna pour faire face à Kanon, se demandant si le général était fou ou inconscient pour le provoquer ainsi. « Allons ne t'inquiètes pas, elle a passé la nuit dans mes bras, mais en toute innocence. Je tenais juste à capter ton attention. »

« Tu as…toute mon attention, mais je te prie de ne pas jouer avec ma patience. »

« Donc, comme je le disais, j'ai deux nouvelles. La mauvaise, c'est que je rentre au domaine sous-marin, et la bonne, c'est que, malgré tes airs supérieurs, tu es un crétin. » Shaka sentit sa mâchoire se contracter dangereusement devant le ton condescendant qu'employait l'autre à son égard.

« Tu devrais revoir tes critères de classement. »

« Ca dépend comment on regarde les choses… mais comme tu ne daignes pas poser ton regard sur le monde… »

« Assez Kanon ! Dis ce que tu as à dire et qu'on en finisse. »

« Serais-tu sur les nerfs Bouddha ? C'est un jour à marquer d'une pierre blanche. » Il fallut tout son art du self-control pour empêcher Shaka de se laisser tenter par la violence. Pour toute réaction, il prit donc une longue et profonde inspiration.

« Bien, si tu n'as rien d'autre à faire qu'à m'insulter… » Shaka commençait déjà à marcher quand la voix de Kanon l'arrêta à nouveau.

« Elle voulait te protéger. »

« Je ne me souviens pas t'avoir demandé de te mêler de mes affaires… »

« Oui, mais quand les affaires en question passent la moitié de la nuit dans mes bras à pleurer, je me sens une âme de preux chevalier. » Kanon marqua une pause, fixant les longs cheveux blonds de l'autre, qui décidément, semblait ne pas vouloir lui faire face. La silhouette de Shaka ne trahissait aucune réaction, pas plus que son cosmos d'ailleurs, mais il était un maître dans l'art de le manipuler. « Tu n'as pas pensé qu'elle pouvait avoir peur pour toi concernant la réaction de Zeus ? Tu crois qu'elle a envie de te voir privé de ton cosmos toi aussi ou de te voir mort ? … »

« Et la seconde nouvelle ? » Le coupa Shaka.

« Poséidon et Athéna sont sur le point de se déclarer la guerre. Je dois retourner auprès de lui afin de jouer les médiateurs. Je pars en fin de matinée, un autre général des mers devrait me remplacer ici auprès d'Ishtar. »

« Elle le sait ? »

« Pas encore. Poséidon ne m'a contacté que ce matin et je n'ai pas voulu la réveiller. »

« Tu t'es assez défoulé où il te manque une ou deux insultes avant ton départ ? » Kanon s'avança lentement pour se mettre au niveau de l'indien.

« Je crois que j'ai fait le tour. Tu es tellement borné qu'il fallait bien te secouer un peu… » Shaka haussa un sourcil.

« De quel droit oses-tu me juger ? » Kanon sourit d'un air amusé devant le ton froid de son interlocuteur.

« Mais je ne te juge pas, je constate… Prend soin d'elle, crétin. » Souffla-t-il avant de s'éloigner. Dans son dos, Shaka eut l'ombre d'un sourire.


Les nouvelles se propageaient vite dans la petite communauté qu'était le royaume d'Asgard. Une seule ville en constituait le centre, le reste n'étant que bourgades isolées sous le contrôle de quelques familles nobles. En revenant de sa prière matinale, Hilda eut la surprise de voir une petite foule se presser contre les grilles du palais. Elle observa quelques minutes le rassemblement depuis l'une des fenêtres de la salle du trône avant de faire appeler le capitaine de la garde, un homme bourru d'une cinquantaine d'années, qui avait vu la prêtresse et sa sœur grandir au cours de toutes ses années de service au château.

« Puis-je savoir ce qui se passe Heimdall ? » Dit-elle en faisant signe à l'homme incliné de se redresser.

« Il semblerait que la rumeur de la venue de la déesse Ishtar se soit propagée. Ces gens désirent se faire soigner. »

« Je ne sais pas si la déesse sera disposée à les soigner. En attendant, qu'on les fasse entrer dans la cour intérieure du château et qu'on leur donne à manger et à boire. Je ne tiens pas à ce que ces gens meurent de froid. »

« Il sera fait selon vos ordres princesse. »

« Bien, et empêchez-les de quitter la cour intérieure. Je ne souhaiterais pas des réactions malheureuses si elle refuse. » L'homme s'inclina profondément avant de repartir. Hilda reporta son attention sur la scène qui se jouait en contrebas, au bout de plusieurs minutes, elle vit la cinquantaine de personnes passer lentement à travers les portes. Un bruit de pas résonnant dans la salle du trône la tira hors de sa contemplation. « Je n'ai pas de nouveaux ordres à vous donner Heimdall. »

« Je ne sais pas de qui vous parlez. » La voix profonde fit frémir Hilda. Elle se retourna lentement pour faire face à celui qui n'avait cessé de hanter son esprit depuis la veille. Ses longues mèches bleues et son écaille des mers étaient légèrement humides, comme s'il avait marché récemment sous la neige. Il la fixait de ses yeux aigue-marine, tenant à la main son casque de Dragon des Mers.

« Que voulez-vous ? »

« Vous informer de mon départ, sur ordre de Poséidon. Un autre général des mers devrait me remplacer le temps de mon absence. » Hilda resta silencieuse un moment, observant le visage insondable de son interlocuteur. Elle hésitait entre l'envie de lui prendre son casque pour le frapper avec ou celle plus pacifique de lui accorder le bénéfice du doute. Mais cet homme avait la réputation d'être un manipulateur, quelle confiance pouvait-elle lui accorder ? Il n'était qu'un monstre.

« Pourquoi vous ont-ils tous pardonné ? » Il ne sembla pas perturbé par son brusque changement de sujet, comme si il s'y était attendu.

« Je ne vous demande pas de le faire. »

« Votre déesse me l'a demandé. » Kanon resta silencieux, se demandant ce qu'avait raconté Ishtar à la prêtresse d'Odin la veille lorsqu'elles étaient parties ensemble après le dîner. « Savez-vous qui va vous remplacer ? » Elle sentait qu'elle ne supporterait pas de revoir Siren de Sorente, contre qui Siegfried s'était sacrifié en vain.

Kanon eut un sourire sardonique mais Hilda ne le vit pas, son attention ayant été détournée par l'arrivée d'Ishtar dans la salle, accompagnée de Freiya. Elle la salua immédiatement en s'inclinant légèrement. A sa grande surprise, Kanon n'en fit rien, se contentant de sourire à la divinité. Celle-ci était d'ailleurs très en beauté, quoiqu'un peu pâle. Non seulement Ishtar ne s'était toujours pas remise de la fatigue causée par le retour à la vie d'Hadès, trois jours plus tôt, mais passer en plus la moitié de la nuit à pleurer avait fini de la vider de ses forces. Elle avait l'air d'une apparition, sa robe blanche brodée d'argent s'harmonisant avec la couleur de sa chevelure.

« Je vous remercie de votre accueil Hilda de Polaris. Il m'a été rapporté que vous aviez besoin de mes services ? » Hilda fronça les sourcils, se demandant qui avait osé importuner la déesse sans son accord. Elle lança un regard lourd de reproche à Freiya, qui semblait soudainement être fascinée par le dallage.

« Depuis ce matin, des gens sont venus ici dans l'espoir de se faire soigner. » Finit par répondre Hilda.

« Sont-ils nombreux ? »

« Une cinquantaine. »

« Cela ne me pose pas de problème, je les soignerai. Par la suite, choisissez un jour de la semaine et je soignerai les malades ce jour-là. »

« Je vous remercie en leur nom. »

Ishtar se retint de hausser les épaules. Cela lui prendrait peu de temps et ça aurait le mérite de la distraire. Sans compter que cela lui permettrait de se débarrasser de la jeune sœur d'Hilda, qui la suivait partout depuis qu'elle lui avait sauté dessus à son réveil pour lui parler des malades…et surtout de son cher Hagen… Sans le connaître, Ishtar plaignait déjà intérieurement le guerrier divin. Même si la princesse n'osait avouer son amour, il transparaissait dans chacun de ses gestes et dans ses paroles lorsqu'elle l'évoquait, soit environ trois fois par minute. Freiya parlant de son Hagen adoré, Ishtar s'était sentie mal à l'aise. La blonde espérait le retour de son bien-aimé grâce à elle, alors qu'Ishtar avait envie de lui hurler que le bonheur des autres la rendait malade. L'image de Shaka lui disant de s'en aller lui apparaissait dés qu'elle fermait les paupières.

« Que fais-tu ici Kanon ? »

« J'annonçais à Hilda mon départ. Je dois retourner au sanctuaire sous-marin. C'est un ordre direct de Poséidon. »

« Et si je refuse ? » Ishtar n'avait aucune envie de voir s'envoler loin d'elle son seul soutien. Le Dragon des mers posa son regard sur elle, une lueur à la fois amusée et désolée y luisait.

« Ce ne serait pas très raisonnable, Poséidon doit envoyer un remplaçant. Et je dois servir de médiateur avec le sanctuaire. »

- Je ne serai pas parti longtemps… Ajouta-t-il mentalement. Je suis désolé de ne pas t'avoir prévenue, je ne voulais pas te réveiller. Je n'ai vraiment pas le choix, on risque une guerre.

- Alors Athéna a refusé... Tu vas me manquer. Tu pars quand ?

« Dans ce cas, je ne peux rien dire. » répondit-elle à voix haute.

- Dés que le remplaçant arrive. Je te ramènerai un cadeau si tu es sage.

Ishtar eut du mal à ne pas laisser transparaître son trouble. Elle n'avait aucune envie de voir Kanon s'en aller mais elle ne pouvait rien faire. Même ses chevaliers n'étaient pas vraiment à elle. Ils obéissaient en priorité à leur divinité tutélaire et bien entendu, ils servaient tout autant de garde rapprochée que d'espions au service des olympiens, même si son amitié avec le marinas estompait ce dernier point. D'où l'intérêt pour elle de choisir un guerrier divin.

Ce fut d'ailleurs cet instant précis de ses réflexions que Shaka choisit pour entrer dans la pièce. Il avait senti le trouble dans les cosmos d'Ishtar et Hilda. Il était venu aux nouvelles, craignant une dispute au sujet de Kanon. Dés qu'elle le vit entrer dans la pièce, Ishtar sentit son cœur se serrer atrocement. Il lui semblait encore plus beau que d'habitude. Il ne portait pas son armure mais un pantalon noir avec une tunique bleue à manches longues, brodée d'or.

- Ca va aller ?

- Oui, merci Kanon.

- Ne t'en fais pas, je te promets que tu vas bien rire d'ici quelques minutes…Shaka va me regretter.

- J'ai du mal à te croire…

- Fais-moi confiance, et surtout, observes bien sa tête quand il va comprendre…

Intriguée, Ishtar jeta un regard à Kanon avant de sentir une puissante aura approcher.

« Je crois que mon remplaçant arrive… » S'exclama Kanon. Pendant une fraction de secondes, Ishtar vit le visage de Shaka blêmir violemment, comme si le chevalier de la Vierge allait faire une attaque. Car il avait reconnu cette aura. Il reprit cependant rapidement contenance. Entre les deux portes d'entrées de la salle du trône, une haute silhouette se dessina…

« Hilda de Polaris, laissez-moi vous présenter Krishna de Chrysaor, général de Poséidon. »