Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Disclaimer: Comme d'habitude, les persos de Saint Seiya ne sont toujours pas à moi, par contre… les autres persos sont tous droits issus de mon interprétation tordue de la mythologie. D'ailleurs, je continue à m'amuser à réinterpréter la mythologie et à inventer l'histoire de certains objets de Saint Seiya…après les saphirs, je m'attaque à…vous verrez bien dans le chapitre.

Reviews : Comme d'habitude, je réponds aux reviews par mail… Merci à toutes des commentaires, toujours autant appréciés !

Dans ce chapitre : Kanon, Kanon, Kanon, Kanon…

Bonne lecture et gros bisous à ma bêta !


Chapitre 8 – Libre arbitre.


L'immense salle du trône du sanctuaire sous-marin était une véritable prouesse architecturale. Comme à chaque fois qu'il y entrait, Kanon se sentit empli d'un sentiment indéfinissable mêlant fierté, crainte et respect. Après avoir monté un imposant escalier, le visiteur accédait à l'esplanade où était installé le trône du dieu. Hormis l'esplanade et l'allée y menant, le sol était un immense bassin et une eau cristalline coulait le long des murs et des colonnes qui soutenaient la salle, l'eau ruisselant d'ailleurs plus ou moins fort selon l'humeur du dieu. Le trône de Poséidon était en nacre, dont les reflets irisés mettaient en valeur les sculptures le décorant. Derrière le siège, la salle était ouverte, donnant vue sur le cœur de l'empire sous-marin : le pilier central, réputé indestructible, mais qu'Athéna avait réussi à détruire lors de la dernière guerre sainte. Pourtant, le pilier se dressait désormais fièrement, baigné par la lumière irréelle si particulière à ce lieu enfoui sous les océans.

« Seigneur Poséidon. » Kanon posa un genou à terre devant le trône où était assis l'empereur des sept mers. Vu l'agitation de l'eau qui coulait aux alentours, le dieu était de fort mauvaise humeur, malgré la présence à ses côtés de son favori, le fidèle Siren de Sorente. Celui-ci était agenouillé aux côtés du Dragon des Mers.

L'olympien se leva, majestueux. Il tenait son trident de la main droite, son ample toge lui tombait jusqu'aux pieds en des plis gracieux et ses bras étaient recouverts par de larges bracelets en argent.

« Je t'ai convoqué ici pour une raison bien précise, général du Dragon des Mers. Il semblerait que toute sage qu'elle soit, Athéna manque de bon sens. Non seulement elle refuse l'alliance que je voulais sceller, mais de plus, son inaction est une menace. »

« Seigneur, Athéna vous menace ? » Kanon avait du mal à imaginer Saori faire autre chose que se défendre. Après tout, elle passait son temps à se faire attaquer, à tel point qu'elle ne semblait pas vraiment pouvoir être offensive.

« Elle refuse de comprendre que nous sommes menacés par Apollon et Artémis. Mes espions m'ont informé qu'ils levaient actuellement des troupes et entraînaient leurs chevaliers. » S'il n'avait pas été agenouillé, Kanon en serait tombé à la renverse. Depuis quand Poséidon était-il d'un avis différent des jumeaux ? Après tout, ils souhaitaient tous les trois rayer de la carte l'humanité, qu'ils jugeaient pervertie. Apparemment, Sorente était aussi surpris que le Dragon des mers.

« Pardonnez-moi, mais pourquoi vous menacent-ils ? » En entendant la question de son fidèle gardien de l'Atlantique sud, les traits fins de la divinité se crispèrent légèrement.

« Ils croient que je suis allié à Athéna depuis qu'elle m'a libéré, en outre, Artémis a toujours convoité la terre, et Apollon les mers. Je ne sais de combien de temps nous disposons, sans doute encore quelques années, les chevaliers qu'ils entraînent sont encore jeunes… Ces deux jeunes idiots ne sont pas vraiment une menace, mais Hadès risquerait de profiter de l'occasion pour nous laisser nous affaiblir et attaquer. » Kanon sentit vaguement un début de migraine poindre, mais le qualificatif « jeunes idiots » concernant Apollon et Artémis le faisait sourire. Décidément, Poséidon avait du mal à s'entendre avec les enfants de Zeus.

« Qu'attendez-vous de moi seigneur ? »

« Comme je te l'avais annoncé ce matin par télépathie, je veux que tu retournes au sanctuaire afin de transmettre un message à Athéna. Une fois cela fait, tu reviendras ici afin de choisir les sept marinas qui constitueront ta future troupe. Chacun de mes généraux aura sous ses ordres sept lieutenants, ce qui me fera en tout une centaine de marinas, dont 49 lieutenants et 7 généraux des Mers. Julian Solo a commis l'imprudence de déclarer en mon nom une guerre alors que nos troupes n'étaient pas prêtes. » Poséidon omit de préciser que la guerre était tout autant la faute de Kanon « Je ne ferai pas la même erreur, d'autant qu'Hadès est en train de ressusciter ses spectres. »

Plus Poséidon parlait et plus Kanon se sentait mal à l'aise. Décidément, les dieux n'en finiraient jamais d'essayer de s'entretuer. Pour le moment, selon son analyse de la situation, un précaire équilibre des forces régnait entre Hadès, Poséidon et Athéna, si une guerre se déclarait entre deux divinités, la troisième en profiterait pour achever le survivant. Mais l'intervention d'Artémis et Apollon risquait de changer la donne. Cependant, Zeus étant intervenu pour empêcher le dieu soleil de s'en prendre à une Athéna très affaiblie après que celle-ci eut réussi à fuir, le dernier affrontement entre Athéna et Apollon était resté sans suite.

« Disposons-nous d'armures pour ces nouvelles recrues ? » Finit par demander Sorente.

« Bien entendu. Les sept généraux ont toujours eu sept lieutenants sous leur commandement. Leurs armures reposent actuellement sous le palais, certaines sont d'ailleurs déjà attribuées, comme l'écaille des mers que porte Thétis. » Le dieu se tut quelques instants, semblant réfléchir.

« Comment se porte notre protégée ? » Kanon mit quelques secondes à réaliser que la question lui était adressée.

« Elle se remet du choc causé par le retour à la vie d'Hadès. Elle doit ramener à la vie les guerriers divins d'Odin d'ici deux mois au plus tard. »

« Pourquoi Zeus tolère-t-il cela ? » S'enquit Sorente, dont le souvenir de Siegfried venait de ressurgir.

« Odin est utile à Zeus, il gèle les pôles. Conserver une partie de ses guerriers fait partie de l'accord qu'il a passé avec mon frère avant de devoir s'exiler dans son palais d'or à Gladsheim. C'est un palais situé dans une autre réalité, près duquel repose le Valhalla. Ais-je répondu à ta question ? »

« Oui, merci seigneur. Pardonnez-moi de ma curiosité. » S'excusa Sorente. Poséidon eut un sourire en coin.

« Voyons, vous savez tout les deux que la curiosité est un trait de personnalité que j'apprécie chez mes généraux… » Kanon eut brusquement la vision de sa propre main s'avançant lentement vers l'urne sacrée contenant l'esprit du dieu.

« Bien, vous pouvez disposer. Une dernière chose cependant. Sorente, tu accompagneras Kanon au sanctuaire et une fois que celui-ci aura choisi ses lieutenants, tu les entraîneras avec les tiens. » Poséidon plongea son regard dans les yeux de Kanon. « Ta priorité est la protection d'Ishtar. Il n'est pas question qu'Hadès ou un autre dieu s'empare d'elle afin de bénéficier de ses pouvoirs de guérison, est-ce clair ? »

« Limpide. » Cela n'empêchait pas le Dragon des Mers de se sentir légèrement frustré de ne pas pouvoir s'occuper lui-même de ses recrues.

« Bien. »

« La vie n'est pas trop dure en Asgard ? » Kanon se tourna vers Sorente, qui venait de lui poser la question. Ils étaient sortis de la salle du trône et descendaient les marches situées devant l'entrée du Palais.

« Depuis quand mon sort t'intéresse-t-il ? » Le grec savait pertinemment que Sorente ne lui avait pas pardonné sa trahison envers Poséidon. Il le regardait toujours comme s'il s'attendait à ce qu'il le morde d'une minute à l'autre, tel une vipère cachée.

« Mais depuis longtemps mon cher Dragon des mers ou dois-je dire Kanon des Gémeaux? »

« Kanon suffira. »

« Bien sûr… Mais ne te fais pas d'illusions, tu ne pourras pas cacher bien longtemps ta véritable allégeance. Tu n'es pas du genre à supporter d'avoir un maître... Quel que soit ton camp, tu seras toujours un traître mon pauvre dragon... »

« C'est une menace ? »

« Un avertissement…profite des derniers jours de paix que tu auras au sanctuaire. »

« Que veux-tu dire ? Tu me caches quelque chose ? » Sorente esquissa un sourire mystérieux.

« Rendez-vous ici dans une heure pour partir chez Athéna… » Fut sa seule réponse. Déjà, il s'éloignait, laissant un Kanon inquiet.


Ishtar regretta vaguement le temps où elle pouvait soigner non pas par contact, mais par simple déploiement de son cosmos. Ce temps reviendrait sans doute, mais elle ne pouvait pas prendre de risques. Ce qui lui aurait pris auparavant quelques secondes avait duré une heure. Elle avait été obligée de s'occuper individuellement de chaque malade et de répondre à leurs remerciements. Elle posa ses yeux sur la femme devant elle. Elle respirait la crainte et l'espoir. Les hommes ont toujours peur de ce qu'ils ne comprennent pas. Cette femme était la dernière qu'Ishtar devait soigner pour aujourd'hui, et dans la pièce où se pressait auparavant la foule, seuls demeuraient la déesse, ses deux chevaliers, Freiya et la femme.

Ishtar se sentait le cœur léger : Kanon était parti, mais la présence de Krishna avait ses avantages et notamment celui de mettre Shaka mal à l'aise. C'était mesquin, mais ça soulageait beaucoup la babylonienne. Ishtar sourit légèrement au souvenir d'une plaisanterie que lui avait fait Kanon. Dommage qu'il ne soit pas là pour entendre cette réplique… Elle posa ses mains sur le visage de la femme, assise dans un fauteuil roulant. Ishtar se mordit la lèvre pour ne pas rire…oserait-elle le dire ?

« Lève-toi et marche. » Et voilà, elle sombrait dans la mégalomanie…merci à Kanon et ses plaisanteries. La femme la regarda d'un air ahuri puis se mit sur ses pieds, pour aussitôt se laisser tomber à genoux devant Ishtar en pleurant de reconnaissance.

« Quel est ton nom ? »

« Gudrun »

« Tu as une nouvelle vie désormais, sois-en digne. »

« Merci noble déesse. »

Ishtar ne répondit rien, se contentant de lui sourire. Elle commençait à se sentir fatiguée et il était à peine 16h. Elle regarda partir la femme, accompagnée par un garde. Elle éprouvait une sensation de malaise à soigner ainsi les gens. Pourquoi eux et pas d'autres ? Ils avaient tous autant le droit de guérir, mais elle ne pouvait pas passer toute sa vie à aider l'humanité entière, même si c'était pour se racheter.

« Déesse ? » Freiya venait de la tirer de ses pensées. Ishtar avait vaguement espéré qu'elle la laisserait tranquille pendant qu'elle guérirait les malades, mais contre toute attente, la princesse l'avait accompagnée, ainsi que Shaka et Krishna d'ailleurs…

« Oui ? »

« Est-ce que vous allez bien ? » La babylonienne fut surprise de la question. « Vous êtes très pâle. »

« Ca va aller, j'ai juste besoin d'un peu de repos. Excusez-moi auprès d'Hilda, je ne pense pas vous tenir compagnie ce soir. »

« Bien sûr. Je vous raccompagne ? »

« Cela n'est pas nécessaire, j'ai déjà deux dévoués protecteurs. » Ironisa Ishtar malgré elle, jetant un œil aux deux protecteurs en question, qui étaient quelques mètres plus loin. Shaka ignorait royalement le général de Poséidon et semblait réfléchir, adossé à une colonne. Krishna avait essayé d'attirer son attention en se mettant à méditer, mais sans résultat. Heureusement pour lui, Shaka avait les yeux fermés et ne pouvait voir les regards enamourés lancés par le général… regards qui étaient d'ailleurs loin de bien aller à la tête du gardien de l'océan indien. C'était un peu comme d'imaginer un barbare cueillir des fleurs. Ishtar aurait presque eu pitié du pauvre prétendant, s'il n'avait pas été aussi hautain avec le reste du monde…et moche ajouta-t-elle mentalement… et en train de draguer mon Shaka…Ishtar fronça les sourcils…même si on n'est plus ensemble.

« J'en ai marre. » Maugréa-t-elle, faisant sursauter Freiya qui observait sans comprendre le visage de la déesse s'assombrir peu à peu.

« Pardon ? »

« Désolée, c'est juste mon mal de tête. Je suis fatiguée. » Plantant là Freiya, Ishtar se décida à quitter la salle pour regagner ses appartements, rester trop longtemps en présence de Shaka et Freiya la rendrait folle… La princesse la saoulait de paroles et lui, il l'ignorait. Le chaud et le froid. Kanon n'était parti que depuis une demi-journée et elle priait déjà pour son retour.

Elle quitta la salle en silence, pressée de pouvoir se retrouver seule. Shaka n'esquissa pas un geste, la laissant partir. Krishna fut donc confronté à un choix cornélien : suivre la déesse ou rester auprès de l'élu du Bouddha…et de son cœur. Au grand soulagement de Shaka, il choisit finalement de suivre Ishtar.

Pendant qu'elle soignait les malades, Shaka n'avait pas arrêté de réfléchir. Les paroles de Kanon le hantaient. Il était confronté à un choix, en rester là ou bien prendre des risques. Non pas que cela le dérange pour lui-même, mais si jamais Zeus s'en prenait à elle… Il ne savait absolument pas quoi faire et commençait à s'en vouloir pour son attitude de la veille envers elle. Mais avec Krishna sur les talons, il lui était impossible de lui parler en privé. D'ailleurs, à cette dernière pensée, Shaka estima plus sage de quitter la pièce et de camoufler son aura, afin de trouver une retraite paisible où le collègue de Kanon n'irait pas le chercher.

Apparemment, le général de Poséidon prenait très au sérieux sa mission de garde du corps par intérim. A la grande surprise d'Ishtar, il avait décidé de se mettre à méditer dans le couloir, afin de pouvoir observer tout mouvement suspect. En fermant la porte de sa chambre, Ishtar se demanda ironiquement s'il la prenait pour l'équivalent de son pilier ou bien s'il guettait le retour de Shaka dans sa chambre, située dans le même couloir. Elle avait senti le cosmos de Shaka disparaître et ne doutait pas que Krishna l'avait aussi ressenti. Elle eut un vague sourire en imaginant le chevalier de la Vierge caché dans un placard à balai pour échapper à son poursuivant. Ishtar aurait presque eu envie de lui venir en aide si elle n'avait pas été en froid avec lui. Ou plus exactement pensa-t-elle, il était en froid avec elle et elle ne faisait rien pour démentir la fausse opinion qu'il s'était faite d'elle. Ce serait plus simple pour lui de l'oublier s'il la prenait pour une … Ishtar fronça les sourcils, préférant ne pas mettre d'adjectif.

Elle s'étira doucement puis se dirigea vers son lit, avec l'envie profonde de pouvoir tout oublier pendant les quelques heures que durerait son sommeil. Elle ne prit même pas la peine de se dévêtir et s'affala sur la couverture.

Elle était presque dans les bras de Morphée lorsqu'elle entendit un bruit léger venant de l'extérieur. Ishtar se redressa sur les coudes pour observer ce qu'il se passait sur le balcon. Deux oiseaux noirs l'observaient, leurs sombres plumages contrastant avec la blancheur de la neige qui recouvrait la rambarde du balcon sur laquelle ils étaient posés.

« Odin ? » Souffla-t-elle dans un murmure. Elle reconnaissait ces deux oiseaux : Hugin et Munin, Pensée et Mémoire. Selon la légende, ces deux corbeaux se perchent sur les épaules d'Odin : ils volent chaque jour à travers le monde et lui rapportent ce que font les hommes. Ils étaient ses yeux et ses oreilles. Quand il était venu à Babylone, Odin ne s'était pas séparé d'eux une minute.

En silence, elle se leva, cherchant à faire le moins de bruit possible afin de ne pas attirer l'attention de Krishna de Chrysaor, qui campait toujours devant sa porte. Elle grimaça en entendant grincer la porte-fenêtre qui donnait sur le balcon, mais fut bientôt à côté des deux oiseaux, qu'elle flatta sur le haut de la tête.

« Vous avez un message ? » Demanda-t-elle, leur parlant comme à un être pensant. Les deux oiseaux s'ébrouèrent doucement, puis l'un d'eux traça un signe dans la neige avec son bec.

« Refuge ? Qu'est-ce que cela signifie ? » Les corbeaux restèrent immobiles la fixant de leurs yeux brillants. « Refuge » Répéta-t-elle à nouveau… « Contre Zeus ? Je suis protégée en Asgard ? Je ne comprends pas. » L'un des oiseaux s'ébroua et dessina avec son bec une constellation dans la neige. « C'est lui que je dois choisir alors ? Le guerrier divin… » Elle resta silencieuse, essayant de se rappeler à quel guerrier correspondait cette constellation, elle en oubliait presque le vent glacial qui lui fouettait le corps. « Odin m'accorde sa protection n'est-ce pas ? » Les deux oiseaux coassèrent doucement, ébrouant leurs ailes. « Je vous remercie, transmettez ma gratitude à votre maître. » Les deux corbeaux s'envolèrent majestueusement. Elle les regarda s'éloigner, jusqu'à ce qu'ils ne soient plus que deux points indistincts perdus dans les flocons de neige qui continuaient à tomber.

Une bourrasque de vent lui rappela soudain qu'elle était dehors, habillée seulement de sa robe, d'ailleurs gelée par la neige qui était tombée dessus. Ishtar rentra gracieusement dans sa chambre, puis se dirigea dans la salle de bain. Cette fois-ci, ce n'était plus son lit, mais un bain chaud qui l'attirait plus que tout. Et ça lui permettrait de réfléchir à ce message mystérieux.


Cela était étrange de réapparaître devant la maison du Bélier et de devoir attendre d'obtenir l'accord du maître des lieux pour passer. Mais Kanon n'était pas seul, et si sa présence ne posait pas de problème, celle de Siren de Sorente à ses côtés éveillait la méfiance. Kanon se demandait pourquoi celui-ci était venu d'ailleurs. Le Dragon des Mers n'avait pas souhaité contredire Poséidon, mais il estimait que cette mission se serait mieux déroulée s'il avait été seul et cela, même si Sorente avait fini par aider les chevaliers d'Athéna lors de la dernière guerre contre Poséidon, dés qu'il s'était rendu compte que celle-ci était la volonté de Kanon et non de son maître.

« Bonsoir Mu. » Le Bélier venait d'émerger de la pénombre du temple et il contemplait avec calme les deux généraux. Il faisait encore jour en Asgard, mais en Grèce, le soleil venait juste de se coucher. Mu eut un sourire amusé. Ils étaient envahis ces jours-ci. Isaak vivait avec Camus et Hyoga dans le temple du Verseau et voilà que deux généraux de plus arrivaient au sanctuaire. Sachant qu'un autre était en Asgard, Poséidon n'avait plus auprès de lui que trois généraux sur sept. Mais il est vrai que le dieu était très bien capable de se défendre seul, contrairement à Athéna.

« Bonsoir Kanon. Je suis au courant de votre venue » Finit-il par répondre calmement. « Athéna vous attend. Je vais vous téléporter directement auprès d'elle. »

« Je te remercie. »

Sans un mot de plus, l'atlante s'approcha pour les entourer de son cosmos. Quelques secondes plus tard, Kanon et le musicien se retrouvaient dans la salle du trône où les attendait Saori, derrière laquelle se tenait le Pope. Plus il y réfléchissait et plus Kanon trouvait que quelque chose clochait. Pourquoi Poséidon l'avait-il envoyé lui et Sorente plutôt que de faire appel à Hermès ? Après tout, ils ne devaient remettre qu'une simple lettre…

Dés qu'ils virent Athéna, les trois hommes qui venaient d'apparaître s'inclinèrent, puis Mu se téléporta à nouveau pour regagner son temple. Ils étaient seuls dans la salle du trône.

« Déesse Athéna. »

« Il me semble que vous avez un message à me remettre. » A ces mots, Sorente sortit une lettre cachetée et s'avança respectueusement vers Athéna afin de la lui remettre.

« Suis-je censée vous remettre une réponse de vive voix ? »

« Non déesse, si vous le permettez, nous attendrons au sanctuaire jusqu'à ce que vous nous remettiez une réponse écrite. » Termina Sorente.

« Très bien, vous pouvez disposer dans ce cas. Revenez dans une heure. » Tandis que les deux hommes lui tournaient le dos et sortaient de la salle, la déesse rompit le sceau de l'enveloppe, afin de prendre connaissance de ce que Poséidon voulait lui communiquer.

Les deux marinas quittèrent la salle en silence. Sorente avait un air impassible sur la figure, mais Kanon n'était pas dupe. Son instinct le trompait rarement et il avait clairement l'impression qu'il lui manquait plusieurs pièces du puzzle. Ses pensées furent cependant interrompues par la vision au bout du couloir d'une chevelure bleue qu'il aurait reconnue entre mille.

« Saga ! » L'intéressé se retourna, une lueur surprise dans le regard. Il ne tarda pas à avancer vers son frère afin d'aller à sa rencontre.

« Kanon ? Je n'avais pas senti ton cosmos. Mais, tu n'es pas supposé être en Asgard ? »

« Mais oui j'y suis, ça se voit non ? » Plaisanta le Dragon des Mers. « Je devais amener un message à Athéna. » Son frère plongea son regard aigue-marine dans le sien avant de regarder d'un œil curieux son compagnon, ce qui eut pour effet de rappeler à Kanon les bonnes manières.

« Désolé. Je te présente Siren de Sorente, général de Poséidon. Siren, voici mon frère, Saga des Gémeaux. »

« Ravi de vous rencontrer » Commença Saga. Siren se contenta de hocher la tête pour toute réponse, observant avec attention les traits du chevalier d'or. La ressemblance avec Kanon était stupéfiante et pourtant, les deux hommes ne dégageaient absolument pas la même aura. Kanon avait la noblesse d'un félin, d'un prédateur, tandis qu'il se dégageait de son frère un sentiment de mélancolie, mêlé cependant à une calme impression de puissance.

« On a une heure à tuer. Tu faisais quoi ? »

« J'étais venu chercher des documents, tu veux m'accompagner ? »

« Dans ce cas, » Intervint Sorente, « je vais rendre visite à Isaak si cela ne vous dérange pas. Le temple du Verseau est très près d'ici. »

« Je n'y vois pas d'objection » Répondit Saga avant que son jumeau n'ait pu dire quoi que ce soit. Il héla un garde pour qu'il escorte Sorente. « J'ai pas mal de choses à te raconter Kanon. » Dit-il dés que le gardien de l'Atlantique sud fut hors de portée de voix.

« Alors, ils se sont fait déchiqueter par les femmes chevaliers ? »

« Pire, ils ont fait accuser des victimes innocentes. » Saga et Kanon échangèrent un sourire complice.

« Je crois qu'on va trouver un endroit tranquille pour que tu me parles de tout ça. » Conclut le Dragon des Mers.

« Isaak, je suis ravi de te voir, mais j'ai le regret de t'annoncer que Poséidon a besoin de toi auprès de lui. Tu as des lieutenants à recruter et à former. Je suis également enchanté de te revoir dans des conditions moins dramatiques chevalier du Cygne. » Siren de Sorente venait d'arriver dans le temple du Verseau. Ayant senti approcher son aura, Isaak et Hyoga étaient venus à sa rencontre, tandis que Camus était resté dans son appartement, plongé dans un livre.

- As-tu réussi ta mission ?

« Moi de même. C'est vraiment dommage que tu doives partir si vite. Tu n'es resté que trois jours. » Murmura Hyoga.

- J'ai agi cette nuit.

« Oui, mais je ne peux désobéir à un ordre direct de Poséidon. Et c'est déjà une chance que j'ai pu être ici, au sanctuaire, moi, un marinas... » Répondit à haute voix le Kraken.

- Parfait, Poséidon sera satisfait.

« Tu vas former des marinas ? Tu ne m'avais rien dis. » S'exclama Hyoga.

« Je t'avoue que je ne voulais pas parler de ma vie au sanctuaire sous-marin. Nous avions pas mal de choses à rattraper et avec la rencontre de Camus, qui m'a si gentiment hébergé, ça m'était sorti de l'esprit. »

« C'est normal, je comprends. »

- Tu es un bel hypocrite Isaak. Je n'aimerais pas te compter parmi mes amis.

- Les sentiments ne doivent pas interagir avec la mission. Je respecte Hyoga et Camus, mais je recommencerais si nécessaire.

- N'oublie pas de le répéter à Poséidon, c'est tout à fait le genre de discours qu'il aime entendre.

« Tu vas être fier de former des disciples. » Continua Hyoga, qui ne se doutait absolument pas de la conversation mentale qui avait lieu entre les deux généraux tandis qu'il parlait.

« Hein ? Oh oui bien sûr, mais je ne les formerai pas tous moi-même. Bien, je ferais mieux de faire mes adieux à Camus. »

« Très bien, je te laisse, je dois retourner auprès d'Athéna pour récupérer sa réponse. Je te rejoindrai ici dans 20 minutes avec Kanon afin de quitter le sanctuaire. »

« Très bien. »

« Non, si vous voulez, je peux demander à Mu de vous raccompagner, ça évitera à Isaak de transporter ses affaires tout le long du sanctuaire et puis, il fait déjà nuit. » Sorente et le Kraken échangèrent un regard. Les gardiens d'Athéna étaient vraiment trop naïfs.

« Ce sera avec plaisir mon ami. » Répondit Isaak, la proposition de Hyoga le faisait se sentir vaguement coupable. Mais le devoir passait avant tout et cela on l'apprenait dés le début de la formation de chevalier.

Une demi-heure plus tard, Sorente, Kanon et Isaak quittaient le domaine sacré, avec sur le dos du Kraken un sac de bagages plein de souvenirs et dans la poche du Dragon des Mers, une lettre pour Poséidon.


Ishtar sortit lentement de l'eau du bain, devenue froide. Elle saisit une large serviette et commença à sécher sa peau ruisselante. Elle était persuadée qu'une partie du message d'Odin lui avait échappé, sans savoir exactement quoi. C'était extrêmement frustrant. Elle ne regrettait absolument pas de ne pas assister au dîner en présence d'Hilda et Freiya, elle n'en avait ni le courage, ni la force.

Une fois sèche, elle enroula la serviette autour d'elle puis détacha sa longue chevelure, retenue par un nœud. Elle grimaça en voyant son reflet dans la glace. Malgré sa peau dorée, son visage était très pâle, et ses yeux étaient comme agrandis par la fatigue. Son apparence éthérée était complétée par sa longue chevelure blanche, qui lui arrivait aux chevilles. Elle resserra doucement la serviette autour d'elle avant de sortir pour aller chercher une chemise de nuit.

« Shaka ? » Le chevalier de la Vierge était assis face à la cheminée, installé sur le canapé. Il leva les yeux vers elle, avant de fermer aussitôt les paupières en réalisant qu'elle était à moitié nue. Interdite, elle le contempla un moment, puis sans ajouter un mot, Ishtar haussa les épaules avant de se diriger vers la porte de sa chambre, qu'elle entrouvrit.

« Krishna ? » Le général de Poséidon ouvrit les yeux, sortant de sa méditation. « Vous n'êtes pas obligé de rester ici et puis, cela me gêne pour vous. Je ne suis pas en danger immédiat. »

« Déesse, cela ne me dérange pas, je vous assure. » Krishna baissait les yeux.

« J'y tiens. Vous n'allez pas passer votre vie ici jusqu'au retour de Kanon. » Devant le visage de l'autre, elle décida d'employer l'arme ultime. « Vous devriez aller faire un tour dans les jardins, je crois d'ailleurs que c'est là que s'est rendu le chevalier de la Vierge. Peut-être pourriez-vous méditer ensemble ? » Sourit-elle.

« Très bien. Je vous remercie. » Il s'inclina devant elle avant de quitter le couloir. Au niveau manipulation, elle n'avait rien à envier au Dragon des Mers. Elle ne referma la porte que lorsqu'il fut hors de son champ de vision.

Shaka n'avait pas bougé de là où il était assis et bien évidemment, son expression était indéchiffrable, même s'il n'avait pu s'empêcher de sourire légèrement en entendant Ishtar envoyer son prétendant dans le froid polaire des jardins du palais. La babylonienne observa le profil de Shaka, il avait les paupières fermées et ses traits délicats semblaient sereins. Sa tunique bleue s'harmonisait parfaitement à sa chevelure dorée et à son teint pâle.

« Pourquoi es-tu ici ? » Finit-elle par demander du ton le plus neutre possible. « Je ne pensais pas que tu viendrais me voir après ce qu'il s'est passé hier soir… » Il hésita légèrement.

« C'est à mon tour de te présenter des excuses Ishtar. » D'après sa voix, il avait clairement l'air d'être mal à l'aise. Ishtar sourit en coin, comprenant que le malaise de Shaka était autant causé par la situation que par sa tenue, très peu habillée. Elle s'approcha de lui par derrière, assis sur le canapé, il lui tournait le dos. Shaka sursauta en sentant un tissu s'abattre sur sa tête. Vu le parfum et l'humidité du tissu en question, il n'y avait qu'une conclusion possible. Elle avait recouvert sa tête avec sa serviette.

« Si tu veux sauvegarder ta pudeur, je te déconseille fortement d'enlever cette serviette. » L'entendit-il murmurer près de son oreille, ce qui eut pour effet immédiat de le faire rougir violemment, ce qu'Ishtar ne put voir, trop occupée à chercher de quoi se vêtir dans son armoire. « Je peux savoir comment tu es arrivé ici alors qu'il y avait Krishna devant la porte ? » demanda-t-elle en s'habillant.

« Le balcon. »

« Hum. » Il y eut un silence où il ne perçut que des bruits de froissement de tissu. Finalement, il la sentit tirer la serviette d'un coup sec. « Tu peux ouvrir les yeux. »

Elle se tenait face à lui, cheveux légèrement en bataille, vêtue d'un débardeur en coton et d'un fin pantalon en lin. Ses yeux verts, à moitié cachés par les mèches blanches lui balayant le visage, reflétaient la curiosité, l'amusement, et en même temps, une certaine tristesse. Ils s'observèrent en silence, elle attendant qu'il dise ce qu'il avait à dire et lui essayant de se souvenir de qu'il voulait lui dire. Mais plus il la regardait, et plus il sentait les mots lui échapper. Il eut soudain la gorge serrée en constatant que sa peau était marquée sur les épaules. Il se leva doucement, puis effleura d'un doigt l'un des bleus avant de remonter le regard vers le sien.

« C'est moi qui… »

« Ca n'a pas d'importance. »

« Bien sûr que si ça en a Ishtar. » Elle resta silencieuse, baissant les yeux. Ils n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. « Je voudrais tellement que tu me fasses confiance. » Dit-il a mi-voix.

« J'ai confiance… »

« Non, tu es prête à fuir. » Il marqua une pause, elle gardait le visage tourné vers le sol. « Regarde-moi et ose me dire que tu n'as pas peur. » Elle resta immobile, ils savaient tout les deux qu'elle était incapable de lui mentir.

« Je ne risque rien, Zeus peut me priver de mon cosmos ou m'emprisonner à nouveau, mais il n'est pas assez fou pour tuer la seule personne capable de ramener les morts à la vie. Je te l'ai déjà dit il y à un moment, je n'ai pas peur pour moi. »

« Tu as peur pour moi ? Ce n'est pas à toi de me protéger. » Elle releva le visage vers lui, une lueur étrange dans le regard.

« Je peux savoir ce qui s'est passé depuis hier soir pour que tu deviennes si perspicace ? » La question le fit sourire.

« Disons que depuis la bataille du sanctuaire, je croyais m'être guéri de mon orgueil, mais j'ai constaté qu'il me restait encore beaucoup de chemin à faire. Je suis désolé d'avoir agi comme le dernier des imbéciles. »

« Je n'ai rien à te pardonner Shaka. Tu… » Elle baissa le regard. « Ce serait plutôt le dernier des imbéciles qui n'aurait pas tendance à s'enfuir en courant non ? Ce n'est pas très sage comme choix… »

« Sage ? … » Il s'éloigna de quelques pas, fermant les yeux à nouveau, comme s'il voulait sonder son propre esprit. « Cela fait longtemps que la sagesse ne m'habite plus. » Il y avait une pointe de mélancolie dans sa voix, ce qui n'échappa pas à Ishtar.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » Il y eut un silence. Elle sentait clairement qu'il hésitait à répondre.

« Te souviens-tu de ce que je t'ai répondu lorsque tu m'as demandé si j'étais la réincarnation du Bouddha ? » Finit-il par demander. Ishtar le fixa quelques secondes, cela lui ressemblait bien de répondre à des questions par une autre question.

« Que tu étais son disciple en quelque sorte, qu'il t'avait élu pour te donner son enseignement. »

« En quelque sorte… » Répéta-t-il comme pour lui-même. « Je n'y arrive plus. » Murmura-t-il au bout de plusieurs minutes de silence.

« Shaka ? » Elle se rapprocha de lui pour poser sa main sur sa joue. « Regarde-moi. » Il souleva lentement ses paupières. Ses yeux si purs brillaient comme des joyaux.

« Je peux méditer, mais il ne me parle plus. »

« Tu pleures ? » Elle était sous le choc. « Shaka, tu essaies de me dire qu'il t'a abandonné ? Le Bouddha ? » Elle essuya doucement les larmes qui roulaient le long des joues de la Vierge.

« Depuis que j'ai décidé d'être chevalier, il a disparu. Et maintenant, je ressens des choses que je ne comprends pas. »

« Shaka... » Elle le prit dans ses bras, nichant sa tête contre son épaule, le serrant contre elle, caressant doucement l'arrière de sa nuque, attendant qu'il s'apaise.

« Est-ce que c'est mal de vouloir défendre la justice en défendant Athéna, est-ce que c'est mal de tomber amoureux de toi ? » Il avait l'air perdu.

« Bien sûr que non Shaka. Tu es un être profondément bon et pur et le fait qu'il ne te parle plus ne change rien à ce que tu es. Je suis sûre qu'il y a une bonne raison à ce que le Bouddha t'ignore. Peut-être y a-t-il certaines choses que tu ne peux apprendre que par toi-même. »

Il ne répondit rien, se contentant de resserrer son étreinte. Elle pouvait sentir sa chaleur à travers ses vêtements et espérait juste pouvoir le réconforter suffisamment.


Il ne faisait jamais nuit au sanctuaire de Poséidon. Lorsque les étoiles s'étendaient sur l'un des océans, les rayons du soleil se déversaient tout de même sur les autres mers. Le domaine sous-marin étant situé sous les sept mers, il lui était donc impossible de connaître l'obscurité. Passer en un instant de la nuit noire de la Grèce à la clarté aurait pu être quelque peu déstabilisant, mais les trois hommes qui venaient de pénétrer le sanctuaire ne semblèrent pas affectés. Comme tous les serviteurs de Poséidon, ils étaient habitués à cette particularité.

Ils marchèrent en silence jusqu'à arriver devant l'immense porte marquant l'entrée de la salle du trône. Celle-ci était ornée d'un gigantesque trident doré, symbole du maître des lieux. Malgré l'heure tardive, le dieu les attendait. Debout près d'un bassin, il observait l'eau coulant le long d'une colonne, l'air absorbé dans ses pensées. Il se tourna pour faire face aux trois hommes en armure, les observant en silence de ses yeux d'un beau bleu clair tandis qu'ils s'agenouillaient respectueusement.

Il n'avait pas besoin de poser de question pour savoir qu'Isaak avait réussi sa mission. Il sentait parfaitement la présence de la chose dans le sac de voyage du Kraken. Il se demandait quelle serait la réaction du Dragon des Mers. Il lui en voudrait certainement. Les traits fins de l'olympien se crispèrent légèrement à cette pensée, Kanon lui était précieux malgré sa précédente trahison. Mieux valait commencer par le sujet le plus aisé.

« M'avez-vous rapporté le message d'Athéna ? »

« Oui seigneur. » Kanon se leva afin de remettre le parchemin à la divinité, qui le remercia du regard après avoir pris la lettre. Sans attendre, il brisa le sceau afin de lire la réponse immédiatement. Ainsi, non seulement Athéna refusait toute alliance, mais en plus, elle lui annonçait avoir passé un pacte avec Zeus. Celui-ci empêcherait toute attaque d'Apollon ou d'Artémis contre elle.

De frustration, Poséidon froissa le parchemin avant de le brûler en enflammant son cosmos. Sous les yeux quelque peu intimidés des généraux, l'eau coulant dans la salle se mit à bouillonner, reflétant la soudaine colère du frère de Zeus. Athéna se moquait de lui. Elle avait même pris le plaisir de lui rappeler que si elle était protégée des attaques, lui par contre, restait vulnérable. Sans que personne ne puisse l'expliquer, sa maudite nièce avait toujours largement bénéficié des faveurs de Zeus. De frustration, Poséidon envoya une décharge de cosmos dans les colonnes, détruisant ainsi la moitié de la salle du trône. A sa grande surprise, il sentit une main s'abattre doucement sur son épaule.

« Seigneur, je vous en conjure, apaisez votre courroux. La réussite de la mission d'Isaak devrait vous satisfaire. » A ces mots, la colère de Poséidon se calma instantanément. Il observa quelques instants Siren de Sorente, qui avait osé le toucher. Le fidèle général le fixait de ses yeux roses, attendant une punition pour l'acte d'irrespect qu'il venait de commettre. Il s'était agenouillé à nouveau. Deux mètres plus loin, le Dragon des Mers et le Kraken retenaient leur souffle. Poséidon leva lentement une main, puis la posa sur le haut de la tête du gardien de l'Atlantique sud. Celui-ci ferma les yeux, s'attendant à souffrir.

« Je te bénis Siren de Sorente. J'ai de la chance d'avoir un serviteur tel que toi. » De surprise, le général rouvrit les yeux pour constater que le dieu le regardait en souriant avec sincérité. L'instant ne dura cependant que peu de temps. L'olympien retira rapidement sa main avant de se détourner pour aller s'asseoir sur son trône.

« Bien. Siren et Isaak, vous serez récompensés, mais en attendant je vous prie de sortir. » Les deux généraux s'en allèrent, laissant Kanon seul avec le dieu. Le Dragon des Mers se demandait bien ce qui lui valait un tel tête-à-tête.

En silence, Poséidon ferma les yeux puis fit luire son cosmos. La portion de salle qui avait été détruite quelques secondes plus tôt se reconstruisit immédiatement. L'instant de vérité était venu. Il souleva les paupières pour contempler le visage insondable du Dragon des Mers : sans doute son général le plus puissant avec Sorente, mais aussi le plus instable. Il lui avait pardonné sa trahison alors qu'il méritait la mort. Lorsqu'il l'avait libéré de son urne, un lien s'était créé entre eux et cela même si le général ne semblait pas en être conscient. En outre, il avait choisi l'écaille du Dragon des Mers, tout autant que celle-ci l'avait choisie, c'était un signe indéniable. Alors pourquoi pouvait-il revêtir l'armure des Gémeaux ? Poséidon y avait beaucoup réfléchi sans vraiment trouver de réponse. Peut-être Kanon symbolisait-il l'espoir d'une future union entre Athéna et lui-même ?

« Seigneur ? » Kanon venait de briser le silence qui était tombé dans la vaste salle. Il était bien conscient qu'il n'avait pas vraiment le droit de parler en premier, mais depuis plusieurs minutes, le dieu le regardait sans le voir, complètement perdu dans ses pensées. L'olympien plongea son regard dans celui aigue-marine du général, ne semblant pas se formaliser.

« Que ferais-tu si tu devais choisir entre moi et Athéna? Réponds sincèrement, je ne me mettrai pas en colère. »

« Je choisirais le camp de celui qui me semblera le plus juste. »

« La justice… voilà une notion bien belle mais très vague. » Kanon ne répondit rien. « Ouvre le sac d'Isaak je te prie. » Le Dragon des Mers fronça légèrement les sourcils avant de se relever, essayant de masquer sa surprise. Il ne comprenait pas où voulait en venir le dieu. Il s'agenouilla à nouveau, mais cette fois-ci près du sac afin d'en tirer la fermeture éclair. Il ne vit qu'un tas de vêtements.

« Seigneur Poséidon ? »

« Dans les vêtements… »

Hésitant, Kanon glissa ses mains dans le sac, puis sentit un contact dur et froid. Terrifié à l'idée de comprendre, il retira sa main comme s'il venait de se brûler. Se pouvait-il que Poséidon ait prévu dés le départ d'envoyer Isaak en mission au sanctuaire afin de… ? Et le pari… Il avait certainement profité de la nuit précédente pour se déplacer tranquillement jusqu'au palais d'Athéna, les maisons du Poisson et du Verseau ayant été désertées par leurs gardiens.

« Nom de dieu… Saga… » Murmura Kanon, réalisant toutes les implications de l'affaire. Ils allaient tous le prendre pour un traître désormais. Jamais il ne regagnerait la confiance d'Athéna et des chevaliers d'or, ni surtout, celle de son frère… Il sentit des larmes couler le long de ses joues, jamais ils ne croiraient qu'il n'était pas au courant. Et pourtant, pouvait-il en vouloir à Poséidon ? Dans un contexte de guerre imminente, son acte ressemblait à de la légitime défense.

Comme dans un rêve, il vit le dieu se lever lentement de son trône avant de s'avancer vers lui et s'agenouiller à ses côtés. Ses longs cheveux bleu-clair frôlèrent l'épaule du général. Sans que celui-ci ne s'y oppose, la divinité glissa lentement ses mains dans le sac, sortant avec délicatesse l'objet de la discorde. Décorée d'un cœur rouge et d'arabesques dorées, ses deux anses fines et élégantes fièrement dressées, l'urne en porcelaine dans laquelle avait si longtemps été emprisonné Poséidon brillait doucement entre les mains du dieu.

A la fois fasciné et désespéré, Kanon fixait l'urne. Poséidon la regardait lui aussi, comme envoûté par l'objet dérobé à la déesse de la sagesse.

« Seigneur non ! » La main du Dragon des Mers se referma sur celle du dieu, qui s'était abattue sur le couvercle pour l'ouvrir. L'Olympien, agenouillé près du général, tressaillit légèrement avant de plonger son regard dans celui de l'autre.

« Tu veux me protéger, malgré ce que je viens de te faire ? Tu vas passer pour un traître auprès de tes amis et de ton frère… » La voix du dieu était calme et posée, son regard semblait évaluer les réactions du gardien de l'Atlantique Nord.

« Je sais que vous n'aviez pas le choix même si je désapprouve d'avoir été impliqué contre mon gré et je… »

« … suis incapable de choisir entre Athéna et moi n'est-ce pas ? » Termina le dieu. « Cela fait partie de toi et je l'accepte. Tout comme ton frère, tu es double, sauf qu'au lieu d'être scindé en permanence entre le bien et le mal, toi tu oscilles entre deux allégeances contradictoires. » Le général ne dit rien mais libéra le poignet de la divinité. Sans un mot, celle-ci ouvrit le couvercle de l'urne.

« Mais ? » Kanon regardait le dieu sans comprendre. Etait-il suicidaire ?

« Seule Athéna peut me forcer à retourner à l'intérieur. Sinon, ce n'est qu'un objet sans valeur, à cela près que malgré sa délicate apparence, cette urne est indestructible, pour tous sauf la déesse. »

Pour prouver ses dires, Poséidon saisit l'urne par une anse avant de la projeter avec violence contre son trône. L'objet se contenta de rebondir puis de rouler doucement contre le sol. La divinité leva sa main vers le visage du Dragon, essuyant les traces humides laissées par ses larmes. Surpris autant par le geste que l'attitude du dieu, Kanon le regardait sans comprendre.

« Je ne suis pas le dieu cruel que l'on pourrait croire. » Sa main quitta comme à regret le visage de l'autre avant qu'il ne se relève, puis s'éloigne de quelques pas pour ramasser l'urne et la refermer. « Oh bien sûr, je suis quelque peu égocentrique mais… » Le dieu haussa les épaules, tournant le dos à Kanon. « Tu sais parfaitement que je ne pouvais pas laisser cet objet entre ses mains. Cela fait bien longtemps que les frontières de nos empires respectifs ont été définies et je ne désire pas la combattre à nouveau, mais je ne pouvais lui laisser un tel avantage. Libre à toi de me croire, mais je ne souhaitais pas non plus te manipuler, même si c'est ce que j'ai fait. » Il marqua une pause, puis s'avança vers son trône pour s'y asseoir, posant l'urne à ses pieds. « Il n'y a qu'une seule chose que je puisse faire pour toi. Tu vas retourner au sanctuaire et annoncer à Athéna que j'ai pris possession de l'urne. Ta capacité à la convaincre de ta fidélité ne dépendra que de toi. Mais je te préviens, ce ne sera sans doute pas une tâche aisée… »

« J'accepte. »

« Alors il ne me reste plus qu'à te souhaiter bonne chance Dragon des Mers. » Il regarda Kanon s'éloigner, avant d'élever à nouveau la voix, le faisant s'immobiliser. « Pourquoi continuer à me servir Kanon ? Contrairement à Athéna, je ne représente pas la justice. » Le Dragon des Mers ne se retourna pas pour répondre.

« Vous rêvez d'un monde meilleur vous aussi et j'en ai profité auparavant pour vous manipuler. Je ne pense pas que vous soyez mauvais. » Sans un mot de plus, il se remit en marche et sortit de la salle. Poséidon l'observa disparaître hors de son champ de vision avant de se perdre lui-même dans ses souvenirs, regardant avec tristesse l'objet à ses pieds…

Sanctuaire sous-marin, lors de la troisième guerre sainte opposant Athéna à Poséidon.

Dans ses appartements, le dieu fronça les sourcils, quelque chose n'allait pas. Amphitrite le regardait, souriante. Petite fille d'Océan le titan, elle était également la femme de l'olympien. La réincarnation du dieu des océans porta ses mains à son ventre, il souffrait atrocement tout à coup. Il s'effondra au sol, ses longs cheveux aigue-marine se répandirent à terre.

« Alors mon cher époux, il semblerait que tu ne supportes plus le vin. » Amphitrite le fixait de ses yeux dorés, moqueuse. Elle était incroyablement belle et froide à la fois.

« Tu…tu m'as empoisonné ? » Il essaya de se redresser, mais d'une secousse, elle le renvoya à terre.

« On ne peut se fier à personne n'est-ce pas ? » Elle s'agenouilla près de lui, contemplant son visage avec un mélange de haine et d'amour dans le regard.

« Pourquoi ? » Souffla-t-il. « Pourquoi ? Tu ne peux pas me tuer…»

« Je sais, contrairement à moi, tu n'es pas dans ton véritable corps. Tu pourrais te réincarner à nouveau et venir te venger. »

« Amphitrite… pourquoi…me trahir ? » Sa vision se brouillait. Le corps de son hôte humain n'allait pas tarder à cesser de vivre.

« Tu veux une réponse n'est-ce pas ? Alors apprends avant de mourir que malgré notre mariage, je suis avant tout la descendante d'Océan, dont tu as pris la place. C'est sa vengeance que j'accomplis en aidant Athéna. » Il ne comprenait pas, ne lui avait-elle pas juré qu'elle lui avait pardonné il y a bien longtemps déjà…

« Athéna ? Tu… » Il essaya à nouveau de se lever, mais elle le frappa d'un coup de pied au ventre. Il ne put retenir un hurlement de douleur, des éclairs dansaient devant ses yeux. « Je ne mourrais pas seul. » Souffla-t-il. Dans un dernier sursaut de conscience, il enflamma son cosmos pour la frapper de son énergie. Il eut la satisfaction de la voir s'effondrer avant qu'il ne sombre lui-même dans l'inconscience.

La seule chose dont il se souvenait ensuite était d'avoir senti un puissant cosmos l'envelopper, celui d'Athéna. Il avait été transporté dans une urne, trop faible pour se débattre. L'objet maudit avait lentement aspiré son sang et son énergie, le privant du peu de vie qui lui restait. C'était une mort étrange, atroce et douce à la fois.

Gorgée de son sang divin, elle dissolvait son corps. Lorsqu'il ne resta bientôt plus que le cosmos de Poséidon à l'intérieur, l'urne rétrécit doucement jusqu'à prendre la taille d'un simple vase, puis fut scellée par Athéna. C'est ainsi que fut crée l'urne servant de prison au dieu des océans.