Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Disclaimer: Je continue à m'amuser à réinterpréter la mythologie et à inventer l'histoire de certains objets de Saint Seiya…après les saphirs et l'urne, vous croyiez en avoir fini ? Et bien non…je persiste et signe, même si l'objet en question ne révèle pas encore tout ses mystères.

D'ailleurs, concernant l'urne de Poséidon, il est défendable que ce soit toujours la même qui ait servi à l'emprisonner. Dans l'anime, Phœnix fait avouer à Kanon que celui-ci a caché l'urne dans le pilier central, afin de la rendre inaccessible. Si Athéna pouvait renfermer Poséidon dans n'importe quelle boîte, Kanon n'aurait pas prit de telles précautions. Enfin, c'est mon point de vue personnel.

Ah, et tant que j'y suis, à la fin du chapitre, je réinterprète certains dialogues de la partie Hadès de l'anime. Les connaisseurs reconnaîtront, en tout cas je préviens, histoire qu'on ne m'accuse pas de plagiat. Mais comme vous êtes d'adorables lecteurs, il n'y aurait bien sûr eu aucun problème… De toute façon tout le mérite revient au Sieur Kurumada!

Reviews : Merci pour les commentaires. Et à tous les autres lecteurs, même s'ils n'osent pas se déclarer.

Dans ce chapitre : Un tigre, un dragon en colère (ah ouais, tigre et dragon, j'ai raté un titre de chapitre là…), des dents de lait, une sirène, une vierge aux abois et des proverbes indiens, qui d'ailleurs, existent réellement…car oui, je pousse le vice à chercher des proverbes existants.

Merci à ma bêta lectrice, sans qui cette fic aurait autant de saveur qu'un poulet au curry sans curry…

Bonne lecture !


Chapitre 9 – L'homme le plus proche de dieu


- Ainsi, tu as fait ton choix... Ceci te sera sans doute utile dans ce que tu recherches.

Le petit garçon assis par terre ouvrit les yeux, sentant qu'une chose était apparue dans sa main. Il regarda sans comprendre le chapelet gris, terminé par deux cordons bleus. Il ne s'attendait pas à une telle réaction après avoir annoncé sa décision.

« Maître ? »

- Sais-tu quel est cet objet Shaka ?

« C'est un mala, le rosaire du bouddhiste. » Le jeune garçon ferma les paupières, essayant de se concentrer afin de se souvenir de ce que lui avait un jour dit un moine à ce sujet. « Il est constitué de 108 perles, symbolisant les 108 épreuves subies par le Bouddha avant l'illumination, mais plus généralement elles représentent aussi les 108 passions que le fidèle doit surmonter pour atteindre la sérénité. »

- C'est exact. Mais celui-ci est un mala particulier. Il se nomme le chasseur de démons.

« Le chasseur de démons ? »

- Oui Shaka. Les perles de ce mala changent de couleur. Lorsque les 108 spectres d'Hadès reviendront à la vie, les perles passeront de gris à ambre, et inversement lorsque les spectres mourront. Cet objet te revient désormais, à toi qui portes mon nom, puisque tu as décidé de servir Athéna, et à travers elle, la justice. Mais souviens-toi toujours que toute vie est précieuse.

Le silence se fit dans la vaste salle, sombre et froide. Shaka sentit que la présence de la divinité avait quitté son esprit. Il posa lentement une main sur le sol de pierre, ses yeux le brûlaient. Il leva les yeux vers la statue géante du Bouddha qui lui faisait face.

« Pardonnez-moi maître. » Murmura-t-il, des larmes roulaient le long de ses joues enfantines. « Je ne pouvais pas ignorer la souffrance des hommes, même si je sais qu'en intervenant, c'est vous que je trahis. » Seul le silence lui répondit. C'était la dernière fois que le Bouddha s'était adressé à lui. Pour le petit garçon, c'était la fin du monde qu'il avait toujours connu jusque là.

Le lendemain, Shaka fêtait ses huit ans et partait pour le bassin du Gange avec un maître envoyé par le sanctuaire afin de commencer son entraînement de futur chevalier.

« Shaka … Ca va mieux ? » Il ouvrit les yeux, chassant les fantômes de son passé. Il sentait de l'inquiétude dans la voix d'Ishtar. Elle était là, contre lui, elle l'avait patiemment laissé s'apaiser, se contentant de le prendre dans ses bras. C'était si étrange. Il se sentait comme calmé, alors que normalement, il s'en serait voulu de s'être laissé aller ainsi. Il se dégagea légèrement pour la regarder dans les yeux.

« Oui, je crois. »

Elle lui sourit, ses yeux verts l'observaient avec tendresse. C'était si déstabilisant. Il n'avait jamais été considéré comme un être humain ordinaire : l'enseignement du Bouddha lui avait conféré une place à part dans le monastère où il avait grandi. Ensuite, lors de son entraînement de chevalier, puis encore plus tard, après avoir obtenu son armure, il avait toujours été considéré comme un être étrange, les rumeurs concernant sa proximité avec Bouddha l'ayant suivi. Lui-même n'avait rien fait pour sortir de son isolement ou démentir les rumeurs, se murant dans la méditation, mais aussi l'orgueil…et dire qu'on le croyait même la réincarnation du Bouddha, quelle folie…

« Tu crois… » Elle caressa doucement son visage. Il n'arrivait pas à détacher son regard du sien. « Sans vouloir te vexer, tu as l'air encore plus perdu que moi… » Il sourit, elle avait noué ses mains derrière sa nuque.

« C'est … » Il marqua une pause, cherchant ses mots. « C'est un peu le monde à l'envers, et je suis loin d'être vexé… » Il s'interrompit, elle avait rejeté sa tête en arrière et le regardait d'une manière qui aurait fait fondre le cœur d'Hadès en personne.

« Moi je suis vexée Shaka… » Il sentit sa gorge se serrer tandis qu'un mince sourire s'étalait sur les lèvres de la déesse… Il commençait à bien la connaître et elle avait typiquement le regard qu'elle arborait lorsqu'elle avait une idée derrière la tête.

« Qu'est-ce que j'ai fait ? » Ne put-il s'empêcher de demander, ce qui ne fit qu'accroître le sourire d'Ishtar. Cette fois, il lisait de l'amusement dans son cosmos et aussi une pointe d'une émotion qu'il n'arrivait pas vraiment à définir.

« Je dirais plutôt, qu'est-ce que tu n'as pas fait… » La gorge déjà sèche de Shaka lui sembla d'un coup encore plus aride, tandis qu'Ishtar se mit à rire doucement. Il préférait clairement ne pas comprendre ou avoir mal compris. Il sourit finalement, reprenant contenance, il la serra un peu plus contre lui et plongea son visage dans son cou, respirant son parfum enivrant, fragrance mêlée de l'odeur de sa peau et du parfum du bain dont elle sortait.

« Disons que la dernière fois que je t'ai embrassée, tu t'es enfuie… » Souffla-t-il, la remarque fit faire la moue à la déesse, ce qu'il ne put voir, trop occupé à l'embrasser tendrement dans le cou.

« Hum, pas faux… Je pourrais me rattraper tout de suite… » Il releva le visage vers le sien, elle le regardait avec un sourire en coin. « … Tu as remarqué ? » Demanda-t-elle.

« Remarqué quoi ? »

« Le soleil vient de se coucher… » Elle haussa légèrement un sourcil tandis que lui se sentait tout d'un coup très mal à l'aise. Il se maudit en sentant ses propres joues rougir. « Ne t'inquiètes pas, j'aurais du mal à faire quoi que ce soit sans ton accord. » Elle l'embrassa doucement sur le front, se mettant sur la pointe des pieds. Il ferma les paupières, se laissant faire. « Shaka, j'ai tout mon temps, mais j'ai envie de dormir dans tes bras cette nuit…juste dormir, s'il te plait. » Il commit alors l'immense erreur d'ouvrir les yeux pour la regarder… ses grands yeux verts, ses mèches ivoire balayant son visage, cet air si… innocent ? Oui, elle avait l'air pur, aussi étrange que cela puisse paraître. Il caressa lentement son visage du bout des doigts, lui souriant.

« C'est d'accord. »

...


Kanon enleva son écaille des mers avant de s'allonger sur son lit, perdu dans ses pensées. Il était dans son temple du Dragon des mers. Le domaine sous-marin était en forme d'étoile à sept branches. Le Palais de Poséidon était au centre, les temples des généraux entouraient le palais de Poséidon : ils étaient tous placés au début de la branche menant à leurs piliers respectifs. La demeure était luxueuse, bien plus que les temples du Zodiaque. Poséidon traitait avec largesse ses soldats et plus encore l'élite de sa garde.

La chambre de Kanon était richement décorée, le sol en marbre blanc contrastait avec le bleu sombre des tentures en velours qui couvraient les murs. Son large lit reposait sur un bloc de marbre sculpté de bas reliefs. Pourtant, le général n'avait pas touché à la décoration de base du temple. La précédente destruction du sanctuaire sous-marin avait détruit et emporté tout les souvenirs qu'il avait pu accumuler pendant les 13 années où il avait dirigé le sanctuaire …comme si les eaux elles-mêmes avaient voulu purifier le lieu de toute chose rappelant l'homme rempli de haine qu'il avait été. Depuis la reconstruction, il n'avait eu ni le courage ni l'envie de personnaliser son intérieur. Il avait d'ailleurs passé la plus grande partie de son temps au domaine sacré d'Athéna.

Mais ce soir, Kanon était loin d'apprécier le luxe qui l'entourait. Il avait décidé d'attendre. Le jour ne se lèverait en Grèce que dans six heures. Il pouvait bien attendre un peu avant d'aller voir Athéna… attendre avant de courir vers une disgrâce certaine… rien ne pressait. Il ferma les yeux, essayant de se concentrer sur le cosmos de son frère. Depuis qu'ils s'étaient réconciliés, leur lien psychique était redevenu aussi puissant que lorsqu'ils étaient encore enfants. Il ne ressentit rien de particulier, Saga semblait calme, peut-être dormait-il. Comment allait réagir son frère le lendemain ? Allait-il le renier à nouveau, alors qu'il était redevenu une partie intégrante de lui-même ?

« Saga… je préfèrerais mille fois qu'Athéna me renie, plutôt que toi…» Murmura-t-il. Il avait vécu treize ans sans son jumeau, la haine au ventre. Il en avait voulu au monde entier de ce que Saga lui avait fait, non seulement il l'avait enfermé au Cap Sounion, mais à cause de lui, il avait toujours été obligé de vivre dans l'ombre durant son enfance. Il avait été si seul, contraint à l'anonymat. Il n'avait eu aucun ami pour l'épauler lors de l'entraînement, personne hormis Saga, et la haine qui le rongeait un peu plus chaque jour. Par la suite, il avait dirigé le sanctuaire sous-marin au nom de Poséidon, s'autoproclamant général en chef. Lorsqu'ils étaient apparus, les autres généraux n'avaient rien trouvé à y redire, pas même Sorente. Le sort était ironique, pendant treize années, Saga et lui avaient dirigé le monde : le premier en dirigeant le sanctuaire au nom d'Athéna et le second en gouvernant les mers au nom de Poséidon. Il avait toujours su comment manipuler les êtres, sans soi-même se dévoiler. Et maintenant, alors qu'il avait créé des liens sincères de respect et de confiance, tout risquait d'être brisé…Ce serait la solitude, à nouveau.

« Le manipulateur manipulé, tu ne trouves pas ça poétique ? » Kanon ouvrit les yeux, puis s'assit sur son lit, à peine surpris de l'intrusion.

« Que veux-tu Thétis ? » La jeune femme blonde émergea de l'ombre, le fixant de ses yeux bleus.

« Je trouve que c'est un beau surnom non ? C'est Sorente qui te nomme ainsi… Je l'ai croisé tout à l'heure. » Continua-t-elle, ignorant sa question.

« Je ne suis pas d'humeur. » Dit-il d'un ton sec avant de se rallonger sur le côté, lui tournant délibérément le dos.

« Je t'ai connu plus aimable. » Elle s'approcha et s'assit près de lui, caressant doucement la longue chevelure bleue du général. Avant qu'elle ne puisse réagir, elle se retrouva allongée sur le lit, avec un Dragon des mers furieux à cheval sur elle, ses poignets emprisonnés dans une poigne d'acier.

« Qu'est-ce que tu cherches ? C'est fini entre nous. Je me moque complètement de toi tu comprends ? Alors c'est « vous » et « seigneur Dragon des mers » pour toi. » Gronda-t-il.

« Je veux faire partie de tes lieutenants. »

« Quoi ? » De surprise, il relâcha les poignets de la jeune femme, mais ne bougea pas de sa position dominante.

« Je veux que tu me choisisses. » La voix de Thétis tremblait légèrement.

« Aucune chance. Tu n'as pas compris ce que je viens de te dire ? Choisis donc Sorente, il sera ravi de bénéficier de tes … services. » Il attrapa la main de Thétis, l'empêchant de le gifler. Les yeux de la sirène étaient remplis de larmes, mais elle le défiait malgré tout du regard.

« Tu n'as pas le droit de m'insulter Kanon. Tu sais très bien que tu as été le seul… » La voix de la sirène s'était brisée. « Je t'aime. »

« Pas moi et je ne t'ai jamais laissé de doutes sur mes intentions. »

« Je sais. » Elle se redressa pour s'asseoir, Kanon toujours installé sur ses genoux. Ils se firent face. « Je te demande de m'accepter comme lieutenant, pas de m'aimer. » Il ne répondit rien, la scrutant de ses yeux turquoise. « Je suis suffisamment puissante et tu sais bien que tu pourras avoir confiance en moi. » Elle baissa le regard, incapable d'affronter la lueur moqueuse dans les yeux de celui qu'elle avait la folie d'aimer.

« Très bien, mais ce n'est pas gratuit. » Elle leva le regard vers lui, sans pour autant arriver à déchiffrer l'expression qu'il avait sur le visage. Elle sentit les deux mains de Kanon la prendre par les épaules, la forçant à s'allonger à nouveau. « En fait, tu tombes très bien Thétis. » Il enleva sa propre tunique. « J'avais besoin de distraction. »

« Je ne suis pas un objet dont tu peux disposer à ta guise ! » Il s'écarta, lui libérant les jambes.

« Alors tu peux partir dans ce cas… » Elle hésita. Sa fierté lui hurlait de partir, mais elle se sentait incapable de le quitter, même s'il se moquait d'elle.

« Je reste. » Elle posa sa main sur le visage de Kanon. « Tu es une belle ordure. »

« Tu n'es pas la première à me le dire, lieutenant … »


Cette nuit-là, le Gange clapotait doucement contre les marches en pierre à côté du vihara. Le monastère était perdu dans la jungle, au Nord-ouest de l'Inde, et à ses pieds coulait le fleuve sacré. Les gens des villages alentour venaient s'y baigner, profitant de l'esplanade en pierre et de la volée de marches que les moines avaient construite pour accéder plus facilement à l'eau.

Mais l'endroit était désert, le calme nocturne contrastant avec l'agitation des pèlerins qui venaient ici le jour. Près de l'eau, la silhouette élégante d'un félin se fraya un passage dans l'obscurité. Attiré par une odeur inhabituelle, un majestueux tigre s'approcha souplement des marches.

« Radjah ? Radjah où es-tu ? » Un jeune bonze d'une dizaine d'années appelait le fauve. Les moines du vihara élevaient ces félins durant leur temps libre, communiant à travers eux avec la nature. Ils avaient apprivoisé ces animaux et les laissaient en liberté. Le jeune garçon en sari apparut bientôt près de la berge, cherchant l'animal du regard. Un feulement le renseigna bientôt sur sa position. L'apprenti bonze crut avoir une vision en apercevant le tigre, dont la tête était penchée au-dessus d'un bébé. Celui-ci souriait et tendait sa petite main vers l'animal, qui se laissait toucher sur le museau en ronronnant.

Le petit garçon écarquilla les yeux, oubliant toutes les notions de sérénité qu'on lui avait inculquées jusqu'alors. Il se mit à courir à toutes jambes vers le monastère, situé un peu plus haut, afin d'aller chercher l'ancien. C'est ainsi que l'on nommait le chef de la petite communauté. Il n'existait pas de hiérarchie entre les bonzes, mais les évènements importants étaient toujours rapportés en premier au vieil homme, qui passait pour être le plus sage parmi eux.

« Maître ! Maître ! » Le vieux moine, en pleine méditation malgré l'heure tardive tomba brutalement au sol, sa concentration ayant violemment été interrompue. Il était l'un des rares au monastère à réussir à s'élever, aussi bien littéralement que métaphoriquement, lorsqu'il méditait.

« Qu'y a-t-il jeune homme ? » Demanda-t-il, sa voix restant sereine malgré la chute qu'il venait de subir.

« Près de l'eau, mon tigre a trouvé un bébé ! Ce n'est pas un bébé normal, il a les cheveux en or et il est tout blanc ! » Le bonze sourit et se leva.

« Il faut que tu saches que l'apparence des êtres humains varie selon les pays. Ici en Inde, nous avons la peau sombre et les cheveux noirs, mais il existe d'autres couleurs de peaux et de cheveux. Mais comme tu n'es encore jamais sorti d'ici, je peux comprendre que tu l'ignores. Guide-moi jusqu'à cet enfant je te prie. »

« Je l'ai laissé avec Radjah, il lui faisait un câlin. »

Le vieux moine fronça légèrement les sourcils, ils avaient beau apprivoiser les tigres, il fallait vraiment être un enfant pour croire qu'un bébé serait en sécurité avec un félin. Il hâta le pas. Se pouvait-il que cet enfant soit celui dont-il avait eu l'image en méditant ?

Il marcha en silence jusqu'à arriver auprès du tigre, qui s'était couché près de l'enfant pour lui apporter sa chaleur. Le bébé dormait paisiblement sur les marches en pierre, enveloppé simplement d'un linge blanc. Le vieux moine s'agenouilla près du dormeur, puis effleura du doigt le tika sur le front pâle. Ce point de couleur appliqué sur le front entre les yeux est le symbole de la présence du divin. Pour vérifier son intuition, le bonze frotta légèrement la marque avec son doigt, mais celle-ci ne s'effaça pas. Se pouvait-il que cet enfant soit l'élu du Bouddha, dont-il avait eu la vision voilà déjà de longues années ? Comme pour répondre à son interrogation muette, le bébé ouvrit lentement les yeux, posant son regard azuré sur le vieil homme.

« Cela fait longtemps que nous vous attendions jeune maître. » Murmura le bonze, profondément ému, tandis que le tigre endormi ronronnait faiblement.

« Bah, c'est un bébé, pas un maître ! » S'exclama le jeune.

« Bien souvent, les apparences sont trompeuses. » Souffla le vieil homme, prenant dans ses bras le petit être, âgé d'à peines quelques heures et déjà marqué du sceau de la divinité. « Et puisque tu es l'élu et que tu seras notre guide… » Reprit-il, regardant l'enfant dans les yeux, « … nous te nommerons Shakyamuni en l'honneur du Bouddha. » Shakyamuni sourit doucement, avant de refermer ses paupières. Il serait bientôt connu sous le diminutif de Shaka.


Ishtar entrouvrit les yeux, elle sentait un poids sur son épaule droite, légèrement engourdie. Elle sourit faiblement en réalisant que le poids en question était la tête de Shaka, dont le bras droit était d'ailleurs posé en travers de sa taille. Elle ferma les yeux, se concentrant sur la sensation de son souffle sur sa peau, essayant de respirer et de graver en elle chaque nuance de son parfum. Et dire qu'ils n'avaient fait que dormir dans les bras l'un de l'autre… il fallait vraiment qu'elle soit amoureuse pour se retenir d'attenter fortement à sa pudeur et à sa vertu.

Elle rouvrit les yeux, penchant légèrement la tête de côté pour observer le visage endormi du saint de la Vierge. Dans la pénombre, la pâleur de sa peau lui donnait une apparence presque irréelle. Ses traits fins dégageaient un calme incroyable et ses longs cheveux dorés, cachant à moitié son visage, semblaient caresser amoureusement le front et la joue du chevalier. Des sourcils fins, des cils interminables, des lèvres d'un rose pale, si douces et pourtant si masculines et attirantes… elle n'arrivait plus à en détacher le regard. Elle mourrait d'envie de l'embrasser à nouveau, mais il n'était pas question de le réveiller.

Elle détourna le regard pour observer les baies vitrées donnant sur le balcon. Le jour se lèverait d'ici une heure environ, mais la nuit était claire, malgré les nuages qui déversaient leurs flocons. Asgard était vraiment un pays trop froid pour elle, Babylone ou la Grèce, c'était déjà nettement plus ensoleillé…heureusement que Shaka la réchauffait. Elle sourit légèrement à cette pensée, et reporta son regard sur son visage. Il l'observait, les yeux mi-clos.

« Tu souris toujours à ton réveil ? »

« Peut-être… Tu as toujours l'air aussi serein dans ton sommeil ? »

« Peut-être. » Il lui sourit d'un air amusé, puis enleva sa main d'autour de la taille d'Ishtar, avant de se placer au-dessus d'elle, une main de chaque côté du visage de la déesse, qui pour le coup, leva un sourcil d'incompréhension. Non pas qu'elle n'apprécie pas le fait d'avoir Shaka au-dessus d'elle, bien au contraire…

« Le chevalier de la pucelle renoncerait-il à sa vertu ? » Elle observa son expression amusée, la remarque ne semblait pas vraiment le choquer. Ses cheveux retombaient comme un voile doré autour de son visage.

« J'avais surtout envie de t'embrasser en fait… » Elle fit une moue tragique, suivie d'un soupir.

« L'espoir fait vivre… mais la déesse t'autorise à l'embrasser quand même. » Il se pencha pour l'embrasser dans le cou, remontant lentement vers sa bouche tout en éveillant en elle de délicieux frissons. Il s'arrêta cependant à quelques millimètres de ses lèvres, plongeant son regard dans le sien.

« Merci. » Elle fronça légèrement les sourcils, surprise.

« Mais de rien. Je n'ai rien fait. »

« Je ne m'étais jamais confié à personne avant hier soir. »

« Ca veut dire que tu me raconteras ta vie un jour ? »

« Ce sera seulement contre ton histoire, tu es pleine de mystères toi aussi. »

« Un jour alors… » Elle caressa doucement sa joue avant de l'attirer à elle, rompant l'espace les séparant. Leurs lèvres se frôlèrent d'abord doucement en un baiser chaste, qui devint peu à peu beaucoup plus profond et langoureux, tandis que les mains d'Ishtar se perdaient dans la chevelure et le dos de son compagnon. Qui finit finalement par se détacher, protestant faiblement.

« Si ça continue comme ça, ce ne sera plus un simple baiser, je ferais mieux… »

« Partir ? Pas question. » Sans qu'il ne comprenne comment, Shaka se retrouva sous Ishtar, à cheval sur lui et arborant un grand sourire. « Tu es supposé passer toute la nuit ici et il ne fera jour que dans une heure. » Tandis que les joues de la Vierge s'empourpraient sous l'allusion, son sourire s'élargi.

« Ce n'est pas… » Elle le coupa en lui mettant un doigt sur les lèvres.

« Ce que tu veux ? Je sais, mais tu es adorable quand tu rougis. Tu le savais ? » Il sourit à nouveau, amusé.

« Décidément, tu es bien cruelle avec moi… Peut-être que je devrais laisser une chance à Krishna… »

« Hum, ça…c'est vexant… très vexant » Elle haussa un sourcil. « Je vais te faire oublier jusqu'au nom de cet idiot. » Elle fit lentement glisser ses mains le long de son torse, suivant les arabesques brodées sur sa tunique, ne le quittant pas des yeux. Il avait la sensation déstabilisante d'être une proie sur le point de se faire dévorer. Ishtar l'observait en souriant, voir Shaka avec un regard presque craintif était une chose très rare, mais aussi très stimulante. Dommage ou heureusement selon que l'on se trouvait respectivement au-dessus ou en dessous, elle n'avait aucune envie de le brusquer. Ca ne l'empêcha pas de dévorer des yeux le chevalier de la Vierge, qui n'avait d'ailleurs jamais aussi bien porté son nom.

« On va faire un jeu. » Murmura-t-elle en l'embrassant dans le cou après avoir écarté ses longues mèches blondes.

« … Ishtar ? » Il avait soudainement peur de comprendre, malgré les frissons qu'elle commençait à faire naître en lui.

« Je ne te laisserai partir qu'au lever du soleil, d'ici là, interdiction d'enlever nos vêtements… »


Kanon se réveilla avec un goût amer dans la bouche. Sans faire de bruit, il se leva afin d'aller prendre une douche, laissant dans le lit la silhouette endormie de Thétis. Le contact de l'eau le ramena peu à peu à la réalité : le choc de la trahison de Poséidon, la peur de la réaction d'Athéna mais surtout de Saga, sa propre brutalité envers la sirène… Il ferma les paupières, essayant de chasser de son esprit les images de la nuit précédente. Il avait le dos couvert de griffures mais ne les sentaient qu'à peine. Si ce n'était pas un viol, sa brutalité et sa rage l'y faisaient fortement ressembler. Il laissa longuement le jet tiède couler sur lui, ses longs cheveux prenaient une nuance plus foncée sous l'effet de l'eau.

Est-ce qu'il était un monstre ? Saga était clairement schizophrène, oscillant d'une personnalité à l'autre. Mais pour lui, c'était bien plus compliqué, il n'avait pas d'excuse. Il avait voulu et souhaité tout le mal qu'il avait fait, tout autant qu'il souhaitait se racheter aujourd'hui. Il ne rouvrit les paupières que de longues minutes plus tard, alors que toutes traces de savon ou de shampoing avaient depuis longtemps disparu de son corps.

Dans un état second, il ferma le robinet de la douche, avant de se sécher et s'habiller, toutes ses pensées tournées vers la confrontation qui aurait lieu dans quelques heures. Pas la peine de mettre son écaille des mers, cela pourrait passer pour une trahison supplémentaire. Il irait sans protection vers son destin et sa sentence. Il observa quelques instants son reflet dans le miroir de la salle de bain. Le regard triste qu'il y croisa lui fit détourner les yeux. C'était comme si son reflet transformé en Saga le jugeait. Il serra le poing. Quel que soit le sort qu'on lui réserve, il n'avait rien à se reprocher. Il vendrait chèrement sa peau et tant pis si son jumeau le rejetait.

Il rentra dans la chambre, observant quelques secondes son écaille des mers. Le Dragon semblait luire faiblement, comme pour l'inciter à l'emmener avec lui. A son côté reposait l'écaille rouge de la sirène. Le général posa son regard sur le lit. Thétis dormait toujours. De là où il était, il ne voyait pas son visage, juste ses longs cheveux blonds et bouclés. Elle était folle de l'aimer, il était incapable de ressentir ce genre de sentiment. Il s'approcha doucement puis leva une main pour effleurer une boucle blonde. Pauvre fille, il n'avait fait que profiter d'elle depuis le début.

« Je suis sincèrement désolé. » Murmura-t-il avant de sortir de la chambre. Seule dans le lit, Thétis resserra doucement le drap autour d'elle, ses yeux brillaient de larmes contenues.

Quelques minutes plus tard, Kanon se matérialisait aux portes du sanctuaire. La mort dans l'âme, il pénétra le domaine sacré, indifférent à la chaleur cuisante de la fin de matinée grecque, dissimulant sa présence aux gardes afin de ne pas être importuné.

Il demanderait à Mu de le téléporter au palais du Pope, cela lui éviterait de croiser Saga dans le temple des Gémeaux. Le chevalier du Bélier étant le premier gardien sur le parcours du Zodiaque, lui seul parmi les chevaliers bénéficiait de la possibilité de se téléporter au sanctuaire, afin d'éviter aux éventuels dignitaires visitant Athéna de devoir effectuer la lente ascension du Zodiaque. Kanon pria intérieurement pour que l'atlante ne lui demande pas d'explications sur sa venue.


En Asgard, le soleil s'était désormais levé depuis deux longues heures. Dans la bibliothèque du Palais d'Hilda de Polaris, Ishtar, accompagnée de ses deux chevaliers, était à la recherche de tous les éléments capables de lui fournir de l'aide concernant l'explication du message envoyé par Odin. Elle n'avait cependant pas informé les deux hommes du pourquoi de sa recherche, jugeant qu'il valait mieux que le marinas ne rapporte pas à Poséidon la possibilité d'une alliance entre Odin et elle. Quant au pauvre Shaka, elle n'avait pas vraiment pensé à lui communiquer l'information lorsqu'ils étaient en tête-à-tête et puis, il ne lui aurait pas été d'une grande utilité dans une bibliothèque, sachant qu'il refusait d'ouvrir les yeux en présence du commun des mortels et de Krishna en particulier. Vagabondant entre les rayonnages en bois, elle eut un petit sourire ironique en se rappelant l'état dans lequel ils s'étaient séparés. Le chevalier de la Vierge avait sûrement été obligé de prendre une sacrée douche froide histoire de se calmer. Après tout, ce n'était que justice, elle était relativement frustrée de sa chasteté forcée.

« Hum, la vie d'Odin… » Elle lança un regard désespéré à l'étagère, entièrement remplie de biographies du dieu. Ca allait être compliqué… Elle choisit un ouvrage au hasard et le feuilleta rapidement sans rien trouver d'intéressant. Elle se doutait bien que la réponse n'était certainement pas dans un livre, mais elle n'avait pas arrêté de réfléchir sans trouver de solution. Elle poussa un léger soupir avant d'en saisir un autre, qui avait non pas le mérite d'être plus instructif, mais qui au moins était illustré. Qu'était-ce donc que ce satané refuge ? Dés qu'elle serait seule avec Shaka, il faudrait qu'elle pense à lui demander son avis.

Pendant ce temps, Krishna de Chrysaor observait d'un œil intéressé le chevalier de la Vierge. L'aura de celui-ci était réapparue au lever du jour et le gardien de l'océan indien se demandait ce qu'avait pu faire le chevalier d'or pendant tout le temps où il n'avait plus ressenti sa présence. Certes, les voies de dieu sont impénétrables… Mais sa curiosité était tout de même piquée à vif, d'autant que dans l'espoir de le retrouver, il avait passé une bonne partie de la soirée précédente à marcher dans le froid polaire des jardins. Debout, appuyé contre un rayonnage, il observait la silhouette élégante de l'élu du Bouddha, qui contrairement à Krishna, ne portait pas son armure. Il était vêtu d'un large pantalon crème et d'un pull noir, qui faisait ressortir l'or de sa chevelure.

Indifférent au regard qu'il sentait peser sur lui, Shaka buvait à petites gorgées le thé apporté par des serviteurs. Il s'était installé confortablement, jambes croisées, dans l'un des fauteuils servant à la lecture qui parsemaient la vaste bibliothèque. Sur une table basse près de lui reposait un plateau avec une théière et des tasses. Puisque Ishtar semblait vouloir rester là pour une durée indéterminée, il avait décidé de prendre ses aises. L'attitude de Krishna, qui restait bras ballants à l'observer d'un air curieux, mais surtout l'amusement à peine dissimulé dans le cosmos d'Ishtar finirent cependant par l'agacer légèrement. Il se décida donc à adresser la parole à son admirateur, qui n'avait d'ailleurs plus rien tenté de déplacé depuis « l'incident » au sanctuaire sous-marin. Krishna sentit son cœur battre à tout rompre lorsque, pour la première fois depuis son arrivée en Asgard, l'objet de son adoration daigna lui parler.

« Voulez-vous du thé ? » Demanda aimablement Shaka, faisant signe à l'autre de s'asseoir dans le fauteuil en face de lui. N'en croyant pas sa chance ni ses oreilles, le marinas s'assit de bonne grâce, faisant légèrement craquer le fauteuil sous son poids. Tout comme les armures d'or, les écailles des mers étaient particulièrement lourdes.

« Avec plaisir. » En silence, Shaka se saisit de l'une des tasses vides sur le plateau et la remplit, avant de la tendre à Krishna, qui n'en revenait pas d'être servi par dieu en personne. Sa superbe et son arrogance s'en trouvèrent ragaillardies. Il osa donc exprimer une idée qu'il jugea intelligente. « Nous avons au moins un point commun chevalier de la Vierge, nous portons tout les deux le nom de divinités puissantes. »

« Krishna, le dieu suprême de l'hindouisme, dont le savoir n'a pas de limite… » Commenta simplement Shaka, l'air ailleurs. « Je ne tire aucun orgueil de mon nom. » Termina-t-il avant de boire une nouvelle gorgée de thé. Krishna le contempla, un peu refroidi. Mais il en fallait plus pour décourager le fier général, qui pensa soudain avoir le moyen de faire ouvrir les yeux à son interlocuteur. Car il n'en connaissait toujours pas la couleur…

« Connaissez-vous ce proverbe indien ? « Le monde semble sombre quand on a les yeux fermés » » Shaka haussa un sourcil, estimant qu'à côté de la « finesse » du général, la brutalité de Kanon était pleine de tact…

« Il n'a d'égal que cet autre proverbe : « Parler de ce que l'on ne connaît pas, c'est vouloir jouer aux échecs sans échiquier. » » Où comment rétorquer élégamment de se mêler de ses affaires… mais apparemment, la répartie était trop subtile puisque le sens à peine caché de la phrase ne sembla pas prendre forme dans le cerveau du marinas.

« Pourquoi gardez-vous les yeux fermés, êtes-vous aveugle ? » Shaka fixa le général, ce qui était en soi une prouesse avec les paupières closes, puis bu lentement une gorgée de thé.

« Je ne suis pas aveugle. » Répondit-il simplement, évitant de répondre à la première partie de l'interrogation. Il n'avait aucune envie de s'expliquer là-dessus avec qui que ce soit.

Même enfant, il gardait les yeux fermés, vivant ainsi dans un monde seulement partagé par le Bouddha. Il avait cru mourir lorsque celui-ci l'avait quitté et en signe de repentance, il avait décidé de continuer à vivre en se privant d'un sens. Cela lui permettait aussi d'aiguiser ses autres perceptions et d'établir une certaine distance avec le reste du monde, distance qui lui convenait parfaitement. Cependant, lors de son entraînement de chevalier, il avait réalisé que son attaque la plus puissante nécessitait qu'il mobilise toutes ses facultés et tout ses sens. C'est pourquoi il ouvrait les yeux pour exécuter le trésor du ciel, ainsi que pour sonder l'esprit de ses adversaires. Ishtar était un cas particulier. Au début, lorsqu'elle n'avait pas encore de cosmos, il n'arrivait à la détecter qu'avec les sens normaux, et donc, en ouvrant les yeux. Et puis, quand il avait vu son visage, il avait été profondément ému. En sa présence, il mourrait d'envie de contempler ses traits, alors, il avait fini par céder définitivement, gardant toujours les yeux ouverts lorsqu'ils étaient seuls.

Krishna regarda le visage serein de l'autre, décidant de ne pas insister. Le Bouddha était bien rêveur, sans doute réfléchissait-il au destin du monde. Le général se cala dans son fauteuil, savourant le thé que lui avait versé Shaka. Dans un silence mystique, il observa avec adoration le visage aux traits fins de l'autre, se demandant quelle pouvait être la couleur des yeux d'un dieu.

Ils étaient dans la bibliothèque depuis plus d'une heure lorsque Shaka sentit l'approche d'un cosmos familier. Devant un général des mers médusé, l'élégante silhouette du chevalier d'or du Bélier se matérialisa dans la pièce, aux côtés du chevalier de la Vierge, dont il avait repéré le cosmos afin de savoir où se téléporter.

« Mu ? Que se passe-t-il ? » Demanda calmement Shaka en se levant, tandis qu'Ishtar, ayant senti le cosmos de l'atlante, quittait les rayonnages obscurs pour s'approcher.

« Il faut que vous reveniez d'urgence au sanctuaire… c'est Kanon. »

« Et moi qui allais dire que j'étais ravie de te revoir… » Murmura Ishtar.


On aurait facilement pu prendre la fragile silhouette pour celle d'une fillette. Des traits fins, des cheveux blonds mi-longs, un corps trop maigre, des paupières fermées en permanence, closes sur un univers intérieur déjà beaucoup trop riche et mature. Un contact prolongé dans son dos força l'enfant à quitter sa position allongée sur le sol, où il avait fini par s'endormir après avoir longtemps pleuré. Il se releva, séchant les traces de larmes sur ses joues avant de lever une main pour flatter la tête de l'animal qui l'avait dérangé.

Il faisait déjà nuit, mais dans la salle sans fenêtre, qui était devenue son lieu de méditation favori, rien ne venait marquer le passage du temps. L'immense statue du Bouddha, seule décoration de l'endroit, était en permanence éclairée de bougies.

« Comment es-tu arrivé ici Radjah ? » Le vieux tigre répondit à la voix fluette par un ronronnement. Puis il s'écarta légèrement pour laper l'eau contenue dans un bol en bois posé à même le sol. « Ne te gênes pas surtout… » Murmura l'enfant, réalisant que le tigre buvait son eau. Il ne fit cependant rien pour l'écarter, lui caressant gentiment les flancs. D'aussi loin qu'il se souvienne, le fauve l'avait toujours suivi, comme s'il l'avait adopté. Le félin arrêta de boire et se coucha sur le côté, léchant son pelage. Pensif, Shaka s'assit sur le sol près de l'animal, réfléchissant à l'amère leçon qu'il avait reçue aujourd'hui…

Il s'était assis par terre, drapé dans un sari blanc trop grand, profondément perturbé par ce qu'il avait vu dans la matinée. A nouveau, des pèlerins étaient venus aujourd'hui près du vihara, et à nouveau, Shaka avait assisté à un spectacle qui le faisait souffrir. Il s'était alors réfugié près de la statue du Bouddha. Il avait eu besoin d'entendre la voix de celui qui l'avait toujours guidé depuis la naissance. Et bien sûr, la voix de son maître avait résonné dans son esprit.

- Shaka…Shaka …Qu'est-ce qui te rend triste ? Un enfant de six ans, restant assis comme cela tous les jours… Qu'est-ce qui te trouble à ce point ?

Les images de la matinée réapparurent à l'enfant sous ses paupières closes. « Aujourd'hui encore j'ai vu de nombreuses dépouilles flotter sur le Gange. Sur les berges, il y avait des pèlerins qui étaient venus se baigner. » Le petit garçon hésita, cherchant le moyen de dire le plus clairement possible ce qui le troublait. « J'ai eu l'impression qu'ils avaient envie de mourir plutôt que de vivre. Pourquoi le pays dans lequel je suis né est-il aussi pauvre ? On dirait que les gens ne viennent au monde que pour connaître la douleur et la peine. » Il serra dans ses mains le tissu de son sari, attendant une réponse.

- Shaka ? Est-ce cela qui te semble triste ? Demanda la voix avec une patience infinie.

« Bien sûr. » L'enfant marqua une pause, cherchant ses mots à nouveau. « Qui aurait envie d'une vie faite seulement de souffrance ? »

- Cela n'est pas vrai. S'il y a de la souffrance, il y aussi du bonheur. L'inverse est vrai également. Une belle fleur s'épanouit, puis fanera. Toute chose vivante en ce monde ne se fige jamais, ne serait-ce que pour un instant. Tout bouge et change perpétuellement. C'est le principe de l'impermanence. Il en va de même pour la vie des hommes. Malgré les explications de son maître, l'enfant sentit ses yeux lui brûler les paupières. Il ne comprenait pas…

« Mais, à partir du moment où l'on sait que c'est la mort qui terminera toujours la vie, n'est-ce pas la peine qui domine la vie de chacun ? Et même si une personne essaye de surmonter ses peines pour trouver l'amour et le bonheur, la mort anéantira tout ses efforts. Alors pourquoi les hommes naissent-ils en ce monde ? » Ses larmes coulaient désormais librement le long de ses joues pales. « Nous ne pouvons pas défier la mort, complète et éternelle… »

- Shaka, tu oublies une chose…

« Oublier ? »

- Tu oublies ceci… La mort n'est pas la fin de tout, la mort n'est qu'un simple changement. Incapable de retenir son chagrin, l'enfant se laissa tomber en avant, face contre terre. C'était comme si les larmes ne cesseraient jamais. La leçon était trop dure, comment était-il possible de renoncer à tout ?

Shaka ne l'oublies pas… reprit le Bouddha afin d'être bien compris de son jeune disciple, qui continuait à pleurer… la mort n'est pas la fin de tout, tous ceux qui ont vu le jour sur cette terre et qui ont été reconnus comme des saints, ont surmonté l'épreuve qu'est la mort. Shaka, si tu peux appréhender cela dans ta méditation c'est que malgré ta nature d'être humain, tu dois être l'homme le plus proche de dieu.

« Ainsi vous êtes encore ici jeune maître… » La voix tira l'enfant hors de ses souvenirs. L'ancien était entré, ayant suivi le tigre qu'il avait vu se diriger vers le lieu de méditation de Shaka. « Il fait déjà nuit, vous devriez manger et vous reposer, afin de reprendre des forces… vous ne mangez presque rien… » Toujours assis sur le sol, l'enfant leva son visage vers le vieil homme. A ses côtés, le tigre continuait à lécher son pelage.

« Comment peut-on surmonter la mort ? » Demanda-t-il calmement, ignorant la remarque de l'homme. Celui-ci ne se formalisa pas, il avait l'habitude ces derniers temps que le jeune garçon lui pose des questions sur le sens de l'existence.

« Que percevez-vous lorsque vous avez les yeux fermés ? Je vous l'ai déjà expliqué… Vous avez un don… »

« Le cosmos ? »

« C'est exact. »

« Alors… il est possible de surmonter la mort par le cosmos ? »

« Chacun a la possibilité de saisir l'infini qui est en lui, à condition qu'il le veuille suffisamment… » Le vieil homme sourit doucement. Du haut de ses six ans, Shakyamuni posait des questions que lui-même ne s'était posées qu'une fois sa vie déjà bien avancée. Il remerciait chaque jour le Bouddha de lui avoir confié son héritier, ce fameux soir où il avait trouvé l'enfant sur les marches au bord du fleuve.

« Le cosmos… » Répéta le garçon, pensif.

« Bien, la nuit porte conseil jeune maître. Vous devriez m'accompagner. » Le bonze sortit de la pièce. Shaka se leva pour le suivre, bientôt imité par Radjah, qui faillit le faire tomber en lui léchant le visage. L'enfant sourit largement, révélant une bouche où il manquait quelques dents de lait, puis serra le tigre contre lui.

« Tu viens Radjah ? Toi au moins, tu ne te poses pas des questions qui font pleurer. » Pour toute réponse, le tigre feula doucement. Trois mois plus tard, guidé par le Bouddha, le jeune Shakyamuni découvrait le huitième sens au cours d'une méditation, découverte aussitôt suivie de celle des six mondes de la métempsycose.

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NDA : les six mondes de la métempsycose, concept bouddhiste. Ce sont les six mondes où l'âme humaine se réincarne selon les actions qu'elle a commises lors de ses vies précédentes. Pour rappel, selon l'anime…les six mondes sont : l'enfer, l'enfer de la famine, le monde des bêtes (où l'on est changé en fauve et où règne la loi du plus fort), Azura, (rempli de meurtriers et de mécréants, où l'on se bat pour l'éternité… vient de « asura », les divinités guerrières), le monde des humains (où règne l'incessante torture des émotions) et le paradis (où la moindre mauvaise pensée fait retomber le fautif en enfer.)

Les trois derniers mondes sont ceux dans lesquels on se réincarne lorsque l'on a bien agi… On peut comprendre en voyant le tableau que le Bouddha ait souhaité se retirer du cycle des réincarnations… même le Paradis n'est pas très réjouissant…

Amis lecteurs, je vous prie de ne voir aucune propagande religieuse dans mes écrits, je ne fais que développer le point de vue de l'anime… Ca se trouve…je suis membre d'une secte…ou athée…ou bouddhiste…ou folle…à vous de choisir. Mais je ne suis ici que pour le plaisir d'écrire.

D'ailleurs, je le rappelle…je ne suis pas payée pour écrire cette fic, alors n'hésitez pas à laisser un commentaire, quelle que soit sa longueur… ;)