Bla Bla de l'auteur.
Auteur: Uasti
Disclaimer: La fic est à moi, mais pas la plupart des persos…c'est le principe de la fan fiction…
Reviews : Sincèrement, merci beaucoup pour les reviews, car en relisant vos encouragements, ça m'a redonné pas mal de courage quand je manque d'inspiration. Donc, ce chapitre est dédicacé à tous ceux qui ont pris le temps de me laisser un commentaire.
Dans ce chapitre : Kanon frappé, Camus dégelé, Ishtar maltraitée, Athéna dépassée, sans oublier un tigre à qui on va faire la morale.
Bonne lecture ! Et merci à ma bêta lectrice…
Chapitre 10 – Innocences
Quatre chevaliers d'or entravés : c'est l'image qui apparut à Ishtar lorsqu'elle se matérialisa près des portes de la salle du trône, accompagnée de Mu et de Shaka. Une vision de violence et de confusion qui contrastait furieusement avec la grandeur empreinte de majesté du lieu.
Salle du trône du domaine sacré d'Athéna, moins d'une heure plus tôt.
La nouvelle était tombée, accueillie dans un silence de mort. L'urne de Poséidon avait été volée. Habillée de l'une de ses éternelles robes blanches à la pureté virginale, assise sur son trône, la réincarnation de la Déesse grecque de la sagesse avait bien du mal à prendre une décision. Debout derrière elle, le grand Pope restait silencieux. Kanon se tenait agenouillé devant elle, attendant une réaction de Saori après avoir raconté toute l'histoire sans omettre de détail.
« Il faut faire vérifier si l'urne a bien disparu. » Finit-elle par articuler, s'adressant à Shion du ton le plus neutre qu'elle fut capable d'adopter. Pendant que l'atlante contactait Mu mentalement, la jeune fille se perdit dans ses pensées, regardant sans le voir l'homme agenouillé à quelques mètres devant elle. Lui voler l'urne, et le lui faire annoncer par l'un de ses propres chevaliers, que tout accusait de trahison malgré ses dénégations : la vengeance est un plat qui se mange froid et Poséidon avait pris un soin particulier à refroidir le plat qu'il lui servait. Même si Kanon affirmait qu'en aucun cas Poséidon ne voulait lui déclarer la guerre, elle ne savait que faire. Elle avait envie de croire le Dragon des mers, mais elle savait qu'elle risquait de se heurter aux protestations du Pope et des chevaliers d'or. Fermant les yeux, elle pria intérieurement pour se réveiller de ce mauvais rêve.
Au bout de quelques minutes d'un silence pesant, Mu apparut dans la salle du trône, revêtu de l'armure d'or du Bélier. La simple vue de son visage confirmèrent à Shion et à Athéna que le Dragon des Mers avait dit la vérité. L'atlante raconta avoir trouvé un coffre vide là où aurait dû reposer l'urne sacrée. Non seulement celle-ci avait disparu pensa Shion, mais l'endroit de la salle où elle était enfermée était un secret connu seulement des chevaliers d'or. Isaak avait certainement bénéficié de complicités ou tout du moins de fuites.
« Réalises-tu que tu risques la peine de mort ? » Demanda le Pope « Malgré tes dires, il pèse sur toi de fortes accusations de trahison chevalier des Gémeaux. »
« Je suis tout autant le général du Dragon des Mers, que cela vous plaise ou non. » Dit Kanon en se relevant, quelque peu agacé. « Et je vous ai déjà dis que je n'étais pas au courant. » Etonné, le regard de Mu passa d'un acteur de la scène à l'autre.
« Grand Pope » Commença-t-il « Ce… c'est sérieux ? Kanon a volé l'urne ? Il ne peut pas nous avoir trahis… »
« Ce n'est pas moi mais Isaak. » Le coupa Kanon. Pensif, Shion contempla quelques instants le visage de Mu. Habituellement sereins, ses traits reflétaient la plus totale incompréhension. Il ne semblait faire aucun doute pour le Bélier que son collègue n'avait rien à se reprocher.
« Fais venir ici les autres chevaliers d'or Mu. Cela se décidera au vote. Qu'en pensez-vous Déesse ? »
« Oui, c'est la meilleure solution. » Murmura-t-elle d'une voix presque inaudible. Depuis qu'elle avait donné la possibilité à Mu de se téléporter au sanctuaire, les rassemblements étaient beaucoup plus aisés et rapides. Saori avait trouvé le moyen de donner cette capacité à Mu en consultant le journal que tenait chaque réincarnation d'Athéna, elle y avait elle-même beaucoup écrit ces derniers temps. Ce vieil ouvrage était une sorte de mémoire collective, traitant aussi bien des faits que des états d'âme de toutes les jeunes filles ayant précédé Saori. Depuis qu'elle avait eu enfin le temps de lire ce livre, elle apprenait un peu mieux à accepter et appréhender sa charge, même si pour une adolescente, tout cela était souvent dur à supporter. Elle se voyait mal juger Kanon et dans le fond, la solution du vote lui permettait de se décharger quelque peu de sa responsabilité.
Attendant le retour de Mu, elle se mit à pianoter nerveusement sur l'accoudoir de son trône, tandis que Shion restait impassible, le visage caché par son masque. Debout, les bras croisés sur la poitrine, Kanon défiait le Pope du regard.
Dans cette ambiance tendue se matérialisèrent bientôt les silhouettes des chevaliers d'or, seuls manquant à l'appel Shaka et Dohko : la Balance était partie aux Cinq Pics pour rendre visite à Shunreï. Mu s'éclipsa de nouveau pour aller chercher le vieux maître, tandis que les chevaliers d'or présents s'inclinaient pour saluer Athéna et le Grand Pope, une lueur curieuse dans le regard de certains. Il n'était pas dans les habitudes de Saori de les convoquer pour rien.
Inquiet, Saga examina le visage fermé de son frère, qui d'ailleurs, semblait vouloir éviter son regard. Avait-il des choses à se reprocher ? Ou bien était-ce une mauvaise nouvelle venant de Poséidon… Pourtant, son jumeau ne portait pas son écaille des mers, mais un simple pantalon avec une chemise noire. Ce n'était donc pas une mission officielle. Kanon arborait le sourire méprisant qui lui servait déjà de carapace avant même son enfermement au cap Sounion. Le sourire qu'il avait toujours en cas de crise…
Saga en était à ce point de ses réflexions lorsque les cosmoénergies de Dohko et Mu apparurent dans la pièce. La Balance portait de simples habits traditionnels chinois et son visage reflétait clairement la curiosité. Le chevalier posa rapidement un genou à terre avant de se relever et de briser le silence.
« Grand Pope… ? » Il fut coupé par la voix de Kanon, qui fixait Shion du regard, comme pour le défier d'essayer de le condamner.
« L'urne de Poséidon a été volée et elle est actuellement au sanctuaire sous-marin. » Il eut un rictus. « Et vous allez devoir voter pour savoir si je suis un traître ou pas. »
Saga chancela légèrement. Angelo haussa un sourcil ironique, tandis que Milo observait le visage tendu à l'extrême de Camus, dont les poings s'étaient violemment refermés. Aldébaran, Shura et Dohko restèrent neutres, tandis que le Sagittaire et son frère arboraient des expressions choquées.
Mu s'était immobilisé sur place, comme paralysé par la tension ambiante. Sans savoir pourquoi, il pressentait que la situation risquait de dégénérer d'un instant à l'autre. Observant Camus d'un air inquiet, Milo se risqua à poser une question, espérant détourner quelque peu l'attention générale du choc de la révélation.
« Déesse Athéna… il s'agit d'une grande perte, mais n'est-il pas possible d'enfermer Poséidon dans une autre urne si jamais il déclarait la guerre à nouveau ? »
« Cette urne est imprégnée de l'essence même de Poséidon : il est mort à l'intérieur, il y a bien longtemps. » Saori frissonna. « C'est ce qui me serait arrivé en Elision lors de la dernière guerre. Lorsque l'une des incarnations d'un dieu meurt dans ce type d'objet maudit, il est possible à un autre dieu de sceller l'objet avec son sang. Cela lui permet ensuite de pourvoir renvoyer à l'intérieur de l'urne l'esprit de celui qui y est mort, et cela, même si des siècles se sont écoulés. » Elle marqua une pause. « En essayant de me tuer avec une urne maudite, Hadès n'a pas fait autre chose que d'essayer de créer une arme qui aurait pu servir contre les incarnations suivantes d'Athéna. Alors pour répondre à ta question Milo : recréer un tel objet demanderait d'arriver à plonger Poséidon dans une urne sans qu'il ne se débatte et les pouvoirs de Poséidon étant presque équivalents à ceux de Zeus, cela relève quasiment de l'impossible. Si je n'avais pas eu l'urne en ma possession lors de notre dernier affrontement, j'aurais certainement été vaincue... »
Ses paroles furent accueillies dans un silence glacial, aussi bien au sens figuré que littéral. L'aura de Camus refroidissait la pièce de seconde en seconde.
« Qui a volé l'urne ? » Demanda-t-il en serrant les dents, tandis que Milo priait intérieurement pour qu'il ne perde pas son calme. Il ne l'avait vu qu'une seule fois en colère : lorsqu'il avait appris l'assassinat du chevalier cristal, sans pour autant savoir qui en était l'auteur. Dés que l'on touchait à ses disciples, le froid Verseau se révélait impulsif et impitoyable.
« Selon les dires de Kanon… » Répondit Shion « C'est Isaak qui l'aurait volée la nuit d'avant son départ. »
« Sale menteur ! » Hurla Camus en se jetant sur Kanon pour le frapper. Déstabilisé, le Dragon des Mers fut violemment projeté à terre avant que personne n'ait pu réagir. « Je ne te laisserai pas salir Isaak ! » Kanon se releva avec un sourire ironique et essuya du revers de la main le sang qui coulait de sa lèvre coupée. Camus allait le frapper de nouveau, mais son poing fut retenu par Saga.
« Si tu choisis de t'attaquer à mon frère, je te prie d'attendre qu'il porte une armure. »
« Calmez-vous chevaliers ! » Ordonna le Grand Pope, tandis que le regard de Camus jetait des éclairs.
« J'aurais du m'en douter, la traîtrise est de famille chez vous… » Souffla-t-il assez fort pour que seulement Saga l'entende. La réaction fut violente et immédiate, le chevalier des Gémeaux envoyant son poing directement dans le ventre du Verseau. Aussitôt la scène devint confuse, Milo se précipitant pour défendre Camus tandis que Saga se mettait aux côtés de Kanon, et que Dohko, Aiolia, Aioros, Aldébaran, Shura et Mu tentaient de séparer les combattants, qui se lançaient des insultes. Aphrodite regardait la scène en humant une rose, tandis qu'Angelo s'était contenté de hausser les épaules et d'admirer le spectacle, restant tranquillement debout près du Poisson.
- Va chercher Shaka ! Ordonna mentalement Shion à Mu, qui hocha la tête et se dématérialisa aussitôt. Le Grand Pope regarda le Bélier partir avant de s'avancer vers ce qu'il convenait d'appeler le champ de bataille.
« Crystal net ! » Leur attention étant entièrement portée vers leurs opposants, les combattants se retrouvèrent pris au dépourvu et furent immobilisés par le cosmos de Shion. Celui-ci les contempla en silence, son masque cachant l'expression de son visage, attendant qu'ils se calment.
Shaka, Ishtar et Mu apparurent à cet instant dans la pièce. La Vierge haussa un sourcil en réalisant la situation, tandis qu'Ishtar regardait sans comprendre Kanon et les trois autres collés dans une espèce de toile d'araignée. Le Bélier resta impassible, admirant simplement la capacité de son maître à immobiliser quatre chevaliers d'or.
« Puis-je vous relâcher chevaliers ou désirez-vous continuer à donner ce spectacle affligeant à Athéna ? » Finit par demander Shion. N'attendant pas de réponse et les jugeant suffisamment calmés, l'atlante relâcha sa prise mentale, libérant ainsi les jumeaux, Camus et Milo.
« Pourrais-je savoir ce qu'il se passe ici ? » Finit par demander Shaka, rompant le silence. Le Pope se tourna vers lui pour répondre. Il regarda quelques secondes les yeux clos de la Vierge, qui ne portait d'ailleurs pas son armure, mais un col roulé noir et un pantalon.
« L'urne de Poséidon a été volée. J'ai rassemblé ici les chevaliers d'or afin de voter de ce que nous devons faire concernant Kanon. »
« Je n'ai rien fait. Je n'étais pas au courant. »
« Voilà le débat » Souffla le Pope. « Il affirme qu'il ne savait rien et que c'est Isaak qui a volé l'urne…cependant, seuls les chevaliers d'or et la déesse savaient où nous avions enfermé l'urne. »
« Il n'y aura pas besoin de voter. » Répondit calmement Shaka. « Si Kanon l'accepte, ainsi qu'Athéna, je peux lire dans son esprit s'il dit ou non la vérité. »
« Je n'ai rien à cacher. » Répéta Kanon, souriant à son frère. Il avait été profondément ému que Saga prenne sa défense contre Camus. Il avait eu tort d'appréhender la réaction de son jumeau, leur lien était redevenu aussi puissant qu'avant. Saga le lui avait dit après leur réconciliation, quand l'un sombrait dans la folie, il y avait aussi la folie dans le cœur de l'autre. Et inversement. Malgré leur séparation, ils avaient toujours évolué dans des trajectoires parallèles.
« J'ai pleine confiance en toi Shaka. » Dit Saori « Je croirai ce que tu diras. » Aux paroles de la déesse, Kanon s'avança vers l'indien pour lui faire face. Vu le niveau et la puissance mentale de Kanon, la Vierge fut contrainte d'ouvrir les yeux.
« Par respect pour toi, je ne vais pas lire dans ton esprit chevalier, mais sache que je saurai si tu mens. » Expliqua-t-il lentement. Kanon se contenta de hocher la tête, frissonnant malgré lui lorsque le regard de Shaka se fixa au sien.
« Savais-tu que Poséidon voulait voler l'urne ? »
« Non, il ne m'en a jamais parlé. »
« Est-ce Isaak qui l'a dérobée ? »
« Oui »
« Comment Isaak a t-il su où se trouvait l'urne ? »
« Je n'en sais rien. » Shaka ferma les paupières, détachant Kanon de son emprise psychique par la même occasion.
« Il dit la vérité. » A ces mots, Camus sortit aussitôt de la salle sans attendre une quelconque autorisation. Milo regarda la silhouette du français s'éloigner, se doutant bien qu'il devait être profondément choqué par la trahison d'Isaak. Il avait été jusqu'à l'héberger, alors que le Kraken se jouait de lui et de Hyoga.
« Je suppose qu'il n'y a plus besoin de voter, puisqu'il apparaît que Kanon ne nous a pas trahis. » Dit finalement le Scorpion au Pope, qui hocha la tête. « Dans ce cas, ma présence n'est plus nécessaire. » Il s'inclina légèrement, puis s'en alla lui-même afin de retrouver le Verseau. Aphrodite l'observa partir, mordillant pensivement la tige d'une rose rouge, qu'il avait fait apparaître par réflexe.
« On fait quoi pour Kanon alors ? » Demanda Angelo. Non pas qu'il commençait à s'ennuyer, mais il n'avait pas que ça à faire…
« Rien, on ne lui fera rien, il n'a rien fait ! » S'énerva Saga. « Laissez-le tranquille. »
« Ce n'est pas aussi simple. » Objecta Aioros « La double allégeance de Kanon pose problème. »
« Evidemment, tu n'as rien à te reprocher toi. Toujours si brillant et parfait… » Le regard aigue-marine du chevalier des Gémeaux brillait d'une colère grandissante tandis qu'il crachait ses paroles.
« Calmez-vous chevaliers ! » Ordonna le Pope à nouveau. « Nous nous en remettrons à la décision d'Athéna. » Saori se crispa légèrement lorsque tous les regards se tournèrent vers elle. Il y eut un silence pesant.
« Je suis désolée Saga, mais le fait que Kanon soit un général des mers posera à nouveau problème tôt ou tard. » Elle regarda Kanon droit dans les yeux. « Jusqu'à nouvel ordre, j'interdis l'accès du sanctuaire à toi et aux autres marinas… Cela peut sembler cruel, mais il s'agit de la décision la plus sage. » A peine eut-elle fini de parler que le poing de Saga s'abattit sur le sol, créant une crevasse.
« C'est injuste ! Kanon s'est sacrifié pour vous plusieurs fois ! » Il tomba à genoux, prenant sa tête entre ses mains. « Sale garce ! »
« Comment oses-tu ? » Hurla Aiolia. Il s'avançait pour châtier Saga, mais fut retenu par la voix de Shaka.
« Eloignez-vous de lui, ce n'est plus Saga ! »
Ecarquillant les yeux, Kanon contempla son frère, à genou, dont les cheveux viraient au gris. Saga semblait souffrir atrocement, serrant sa tête entre ses mains. Il n'avait jamais vu son jumeau faire de crise de schizophrénie et le résultat était tout particulièrement impressionnant. Alors que les autres reculaient d'autour de son frère, il s'avança vers lui pour s'agenouiller à ses côtés, serrant le dos de Saga contre son torse, prenant ses mains dans les siennes, l'empêchant ainsi de se faire du mal ou d'essayer de lui échapper.
« Calme-toi Saga, je te jure que personne ne nous séparera. » Il murmurait à son oreille « Je serais toujours là Saga. » L'autre tremblait légèrement, comme un animal sauvage qui entendrait pour la première fois la voix de l'homme. Il se débattit quelques instants, mais finit par s'apaiser peu à peu, ses cheveux retrouvant leur belle couleur bleutée, sa colère se changeant lentement en détresse, malgré les paroles rassurantes de son autre lui-même. Saga se retrouva bientôt à pleurer dans les bras de son frère, qui le tenait toujours fermement contre lui.
Mal à l'aise, les autres chevaliers présents ne savaient pas s'ils devaient intervenir ou non, comprenant tout autant la décision de leur déesse que la douleur qu'elle pouvait provoquer chez les jumeaux. Ishtar s'était mordu les lèvres pour ne pas intervenir, sachant qu'il serait mauvais de contredire ouvertement Athéna devant ses propres chevaliers, mais l'olympienne ne perdait rien pour attendre. Celle-ci sembla d'ailleurs lire en partie ses pensées, puisqu'elle se leva pour parler.
« Mes chevaliers sont cependant libres d'aller au sanctuaire sous-marin s'ils le souhaitent. » Saori posa un regard attristé sur les deux frères enlacés, puis sourit doucement à Kanon. Elle se détestait elle-même en cet instant. Sans ajouter un mot de plus, elle quitta la salle du trône afin de regagner la solitude réconfortante de ses appartements. Souhaitant mettre fin à cette réunion pénible, Shion fit alors un signe de la main pour ordonner aux chevaliers présents de sortir.
Le petit garçon soupira, regardant les feuilles qui s'étalaient devant lui. Comme tous les matins, il était resté à étudier, traçant avec application les caractères du sanskrit. C'était une langue très peu pratiquée en Inde depuis la colonisation anglaise et n'était plus que l'apanage d'une certaine élite sociale. Mais comme le sanskrit demeurait la référence en ce qui concernait les textes religieux, l'ancien avait tenu à ce que Shakyamuni l'apprenne, et cela, même si les moines parlaient anglais entre eux.
Le blondinet s'appliqua encore quelques instants puis sourit en réalisant qu'il avait enfin fini d'écrire sa traduction. Il la relut une dernière fois, avant de l'apporter à son maître. Dés que celui-ci le congédia, l'enfant se précipita à l'extérieur pour retrouver son tigre, qui s'était cassé une patte quelques jours plus tôt. Le félin était allongé dans le jardin à l'extérieur du monastère et ses yeux verts semblaient regarder avec envie deux de ses congénères qui se battaient en jouant entre eux. Radjah ronronna cependant en sentant la présence à ses côtés de l'enfant. Celui-ci lui caressa la tête entre les deux oreilles avant d'examiner avec soin sa patte cassée.
« Quel idiot aussi… ça t'apprendra à essayer de voler de la nourriture » Murmura l'enfant. Pour toute réponse, le tigre ferma les yeux, comme pour nier l'affaire, puis posa sa tête entre ses pattes. Il avait réussi à s'introduire dans les cuisines du Vihara, mais un moine étant entré, il avait voulu s'enfuir en bondissant par la fenêtre et avait raté son atterrissage, escalier comme piste d'atterrissage oblige.
Shaka s'assit dans l'herbe près de Radjah, savourant l'ombre apportée par les arbres. La forêt était toute proche et bien souvent, les tigres du monastère y partaient avant de revenir plusieurs jours après. Au loin, un ou deux moines allaient et venaient, s'occupant des tigres ou du potager. L'enfant se mit bientôt à méditer, son cosmos l'entourant doucement. Le Bouddha lui avait appris à maîtriser cette énergie en lui et désormais, elle se déployait instinctivement lorsqu'il était en méditation.
Sa sérénité naissante fut cependant brisée par l'approche d'un cosmos puissant qu'il ne connaissait pas. Le garçon fronça les sourcils. L'inconnu était dans la forêt, se croyant sans doute caché. Au bout de plusieurs minutes, Shaka se décida à parler.
« Je sais que vous êtes ici. » Le tigre endormi à ses côtés se réveilla, puis donna un léger coup de queue à l'enfant, comme pour le punir de l'avoir tiré de sa sieste. Il fixa bientôt son regard sur une ombre émergeant de la forêt, puis renifla l'air comme pour juger de son agressivité.
« Tu es très impressionnant jeune homme. Cela fait plusieurs semaines que ton cosmos a été ressenti dans la région, mais nous avons eu beaucoup de mal à te trouver. » La voix était douce, teintée d'un léger accent. « Comment m'as-tu repéré ? »
« Votre cosmos bien sûr. » Répondit simplement Shaka, comme si cela coulait de source. Jugeant que l'intrus n'était pas agressif, Radjah détourna son attention de lui pour lécher son pelage, faisant attention à ne pas prendre appui sur sa patte blessée.
« Quel âge as-tu jeune homme ? »
« Je vais avoir sept ans demain et je m'appelle Shaka. » Répondit poliment l'enfant.
« La Vierge, oui, il a le potentiel d'un or. » Murmura l'homme pour lui-même avant de répondre plus haut. « A sept ans, je n'avais jamais encore ressenti le cosmos en moi et pourtant, je m'entraînais déjà à le faire depuis plus d'un an. »
« Vous méditez vous aussi ? » Demanda Shaka, curieux.
« Pas exactement, je me sers de mon cosmos pour défendre la justice et Athéna. » L'enfant sentit l'homme s'approcher mais ne détecta aucune agressivité de sa part. « C'est un très beau tigre. Je vois que sa patte est cassée, je peux le soigner si tu veux. »
« Il est déjà soigné. »
« Je peux le guérir. »
Shaka sentit le cosmos de l'autre se concentrer et entendit Radjah se mettre à ronronner. Surpris, il ouvrit les yeux. Le tigre s'était levé et s'étirait, sa patte semblant complètement guérie. Le garçon jeta un regard intrigué à l'inconnu, qui d'ailleurs était vêtu de manière étrange. Il avait une sorte de diadème gris bleuté sur la tête, portait un plastron de la même couleur avec des épaulettes, des gants couvrant les avants bras mais ses bras étaient simplement protégés par du tissu. Il avait également des jambières et une espèce de jupe courte en métal. De là où il était, Shaka voyait également que des sortes de plumes de métal pendaient élégamment derrière l'inconnu. Le tout contrastait furieusement avec les longs cheveux roses et les yeux de la même couleur de l'homme. Il devait être âgé d'une trentaine d'années, mais il était difficile de lui donner un âge précis en raison de son apparence androgyne. Il était le premier occidental à rencontrer Shaka.
« J'ai l'impression que tu en sais à la fois beaucoup et très peu sur le cosmos. » Murmura l'homme, à la fois amusé et soulagé de la réaction de l'enfant. Ce gamin de sept ans avait commencé à lui donner froid dans le dos, avec ses yeux fermés, sa beauté froide et son cosmos anormalement puissant. Mais vu la tête qu'il faisait en le regardant, il était clair que le gamin était tout autant intrigué par lui que lui-même par l'enfant.
L'homme allait ajouter quelque chose, mais tourna la tête en sentant l'approche d'une autre personne. L'ancien approchait, les bonzes travaillant dans le jardin l'ayant discrètement prévenu qu'un étranger conversait avec Shakyamuni.
« Je suis le chef de cette petite communauté étranger. » Dit l'ancien après s'être incliné légèrement pour saluer l'homme, qui lui rendit son salut. « Puis-je savoir ce qui vous amène en ce monastère isolé ? »
« Cet enfant. » Répondit calmement l'intrus, tandis que Shaka caressait doucement Radjah tout en écoutant la conversation. « Il a de grandes capacités. »
« Shakyamuni est notre guru. » Dit l'ancien, plongeant son regard dans celui de l'autre.
« Comment ce gamin peut-il être votre guide spirituel ? » Le chevalier avait beau avoir été entraîné en Inde, il avait toujours eu du mal à saisir toutes les bizarreries de ce pays.
« Ce sont des plumes de paon ? » Demanda Shaka de sa voix fluette, regardant avec intérêt la tenue de l'homme.
« Oui, je me nomme Gabriel, chevalier d'argent du Paon et je suis au service de la déesse Athéna. » Expliqua l'homme, souriant à l'enfant. Celui-ci le regardait de ses grands yeux bleus, une lueur curieuse au fond de ses prunelles magnifiques. Sans qu'il comprenne pourquoi, le chevalier n'arrivait plus à en détacher le regard.
« Je n'ai pas envie de quitter le vihara. » Affirma soudain le gamin, le regardant toujours « Vous avez des pensées bizarres… » Le vieux bonze ne put s'empêcher de sourire légèrement en voyant le visage consterné de l'homme.
« Jeune maître, il me semble vous avoir déjà dis que lire dans les pensées d'une personne sans son accord n'est pas respectueux. »
« Pardonnez-moi. » Rougit l'enfant, baissant le regard, libérant ainsi de son emprise le chevalier du Paon. Gabriel sentit un frisson glacé descendre le long de sa colonne vertébrale, typiquement le genre de frisson que l'on ressent en présence de phénomènes inexplicables. Ce gamin avait quelque chose de non humain.
« Il me semble, monsieur le chevalier, que vous venez d'obtenir en partie la réponse à votre question. » Conclut le moine.
Ishtar marchait dans les jardins du Palais d'Athéna. Cette immensité de verdure couvrait tout l'espace entre la demeure de la déesse et le Mont Etoilé. Contrairement au reste du sanctuaire, la végétation y était luxuriante et une petite rivière y serpentait même. De nombreuses fleurs, des arbres fruitiers, des buissons de roses non taillés, cela ressemblait au jardin d'Eden. Quelques ruines parsemaient l'endroit et au loin, on pouvait apercevoir le Mont Etoilé.
Examinant les alentours, elle décida de s'asseoir à l'ombre d'un olivier, qui penchait ses branches au-dessus du mince cours d'eau. Elle aimait beaucoup cet endroit, tout comme il la rendait mélancolique. Elle observa l'onde, écoutant son doux murmure, tout en faisant délicatement tourner une rose entre ses doigts. Elle appréciait d'autant plus la douce chaleur de cette fin d'après-midi qu'elle savait qu'elle retournerait en Asgard dans la soirée.
Perdue dans ses pensées, Ishtar respira longuement le parfum de la rose qu'elle avait cueillie. Elle n'était pas très loin de l'endroit où elle avait discuté avec Kanon de son passé. Cela lui semblait si lointain, elle n'avait pas encore récupéré ses souvenirs à l'époque. Les jumeaux avaient décidé de partir ensemble au domaine sous-marin. Dés que Saga s'était relevé, il avait demandé au Pope l'autorisation de quitter le sanctuaire. C'était aussi bien pour se retrouver entre eux que par pure provocation. Mais Shion les avait laissé faire.
Ishtar avait ensuite eu une belle explication avec Saori, en privé. Finalement, elle n'était pas revenue sur sa décision, mais avait accepté que Kanon puisse accompagner Ishtar lorsque celle-ci était au sanctuaire. La babylonienne sourit légèrement, Saori avait été presque hystérique en sa présence, à croire que son baiser lui avait fait de l'effet. Plus elle la voyait et plus Ishtar avait de la peine concernant Saori. Une gamine qui n'était pas à sa place, voilà l'effet qu'elle lui faisait. De la colère aussi, non pas contre Saori, mais contre Athéna, qui laissait ses pouvoirs et ses responsabilités à des personnes incapables de les gérer. Quant à Shaka, il s'était absenté, profitant de son retour inattendu pour aller voir comment se passait l'entraînement de ses disciples.
« Quel charmant tableau Ishtar... » Le son de cette voix familière, grave et profonde, suffit à la faire frissonner. Son emprise sur la rose se resserra légèrement. Elle eut un mal fou à contrôler une brusque montée de stress. « Une déesse de l'amour une rose à la main, assise au pied d'un arbre dans un jardin d'Eden. On pourrait presque croire que tu cherches à séduire quelqu'un... »
« Si je suis en Eden, je suppose que tu es le serpent Zeus ? »
L'olympien ne répondit rien, se contentant de la fixer de ses yeux gris, rendus presque bleus par la lumière grecque. Malgré la haine qu'elle lui vouait, elle ne pouvait pas nier qu'il était d'une incroyable beauté. Il portait une ample toge blanche rehaussée d'une cape noire, qui lui retombait jusqu'aux pieds. Ses courts cheveux noirs contrastaient avec son teint pâle, retombant en petites mèches sur son front et sa nuque. Ishtar baissa le regard, commençant à paniquer légèrement en réalisant que Zeus cachait son cosmos. Personne ne viendrait l'aider. Elle leva à nouveau les yeux vers lui, il la scrutait, un sourire ironique aux lèvres. Elle soutint son regard, haussant un sourcil, parfaitement consciente de le provoquer. Elle ne devait surtout pas trahir sa peur.
« Je suppose que tu n'es pas venu ici pour essayer encore de me violer ? »
« Non, tu es beaucoup plus efficace et intéressante lorsque tu participes. » Souffla-t-il.
« Quand j'y repense, j'aurais mieux fait de mourir que de me donner à toi cette nuit-là. »
« Allons, ce n'est pas ma faute si tu as été assez idiote pour tomber dans mon piège et assez... brillante pour que je souhaite te garder en vie. »
« Je ne suis pas un trophée ou un jouet. Et je n'y peux rien si tu n'as pas été assez doué pour que je n'aie aucune envie de recommencer. »
Les paroles étaient sorties toutes seules. Le visage de Zeus s'assombrit dangereusement. Il s'approcha pour s'agenouiller à côté d'elle, elle crut qu'il allait la frapper mais à son grand étonnement, il saisit la rose qu'elle avait entre les doigts pour la glisser dans sa chevelure ivoire. Paralysée, elle ferma brièvement les yeux, des scènes de son enfermement au palais céleste envahissant son esprit. Elle sentit son souffle s'accélérer.
« Je peux reprendre ta liberté à n'importe quel moment et ni Athéna, ni Poséidon ou Hadès n'y trouveront rien à redire. » Dit-il doucement, les lèvres presque collées à son oreille. « Tu n'es pas un jouet très coopératif, mais c'est ce qui fait ton charme. Je me demande ce que l'on ressent lorsque l'on est responsable de la mort de toute sa famille et de tout son peuple. »
« C'est toi qui les as tués. »
« Parce que tu as été assez bête pour me laisser t'approcher. » Elle recula légèrement, appuyant plus lourdement son dos contre le tronc de l'olivier où elle était adossée. Le visage de Zeus n'était qu'à quelques centimètres du sien.
« Je ne savais pas qui tu étais. Tu avais changé d'apparence et masqué ton cosmos. » Elle baissa le regard, essayant de chasser ces souvenirs douloureux.
« Tu n'oserais pas essayer de m'échapper n'est-ce pas ? »
« T'échapper ? » Elle sentit la main de Zeus lui enserrer l'arrière de la nuque, la forçant à relever le visage vers lui. Il avait un sourire de prédateur. Ses yeux gris, presque d'un bleu métallique dans la lumière, lui faisaient peur.
« Je peux savoir quelles sont tes occupations en Asgard ? » Ishtar se sentait au bord des larmes, complètement paniquée désormais. Il savait, il savait sûrement. Il allait tuer Shaka.
« Je dois ramener les guerriers divins… »
« Mais encore ? » La voix de Zeus était toujours très douce, trop douce.
« Rien, rien d'autre… » Balbutia-t-elle. Il passa lentement l'index de sa main libre le long de l'angle de la mâchoire d'Ishtar.
« Tu mens très mal ma jolie petite déesse. Tu ne crois pas que je suis conscient de ce que tu fais avec lui ? Tu te moques de moi en osant me mentir. Je te rends ton cosmos et ton identité, je te laisse même avoir des chevaliers et voilà comment tu me remercies : je devrais te punir… »
Il saisit les poignets d'Ishtar, qui ne chercha même pas à se débattre, elle savait par expérience qu'elle ne faisait pas le poids. Avoir passé mille ans enfermée avec Zeus comme seul visiteur avait au moins eu le mérite de lui apprendre comment réagir face à lui. Il la plaqua violemment contre le tronc de l'arbre, prenant possession de ses lèvres. Ishtar ferma les yeux, essayant de penser à tout sauf à ce qui était en train de se produire, essayant de ne pas réagir. Au bout de ce qui lui sembla une éternité, il rompit le contact. Elle tremblait de tout son corps, des larmes coulant sur son visage. Elle fixa obstinément le sol, penchant la tête de côté. L'humilier, la dominer, c'est tout ce qu'il cherchait. Elle se frotta les poignets, qu'il venait de libérer de son emprise.
« Nous n'avons rien fait. » Souffla-t-elle. « Laisse-le tranquille. »
« Tu n'es pas en position de me donner des ordres. Peut-être bien que je devrais te ramener avec moi au palais céleste. Tu sais bien qu'il y a une jolie chambre qui t'y attend. »
« Non, pas ça ! » Elle releva les yeux vers lui, terrorisée. Plus jamais l'enfermement, elle préférait mourir. Il lui saisit doucement le menton, immobilisant son visage.
« Implore moi et je saurais me montrer clément. »
Il souriait, narquois, observant les sillons humides qui parcouraient le visage de sa compagne. Elle était magnifique quand elle pleurait. Des yeux d'un vert à se damner, des lèvres encore rougies par le baiser qu'il venait de lui voler, des traits fins bouleversés. Il voyait clairement le conflit en elle : la peur de l'enfermement et le refus de perdre sa fierté. Il n'y avait rien de plus fier qu'un dieu, si ce n'est une déesse.
« Je vois, tu choisis le silence. Alors en attendant que tu implores mon pardon, pourrais-tu m'expliquer ce que tu lui as fait pour qu'il t'aide ? » Ishtar eut un hoquet de surprise, l'espoir revenant peu à peu dans son esprit. Se pouvait-il qu'il parle d'Odin depuis le début et non de Shaka ?
« Je ramène ses guerriers divins, je te jure que je n'ai rien fait de plus. »
« Cet insolent m'empêche de me téléporter en Asgard, tout comme il m'empêche d'user de mon cosmos pour voir ce que tu y fais. Car tu sais que je t'observe souvent ma douce. »
« Je … » Le refuge, c'était ça le refuge du message d'Odin réalisa-t-elle. « Je te jure que je ne savais rien de cela. Il doit vouloir te contrarier à cause de son exil. Je ne suis pas la seule à avoir des raisons de t'en vouloir. »
« Odin a de la chance de m'être utile. » Souffla Zeus, relâchant Ishtar. « Si son pouvoir de geler les pôles ne m'était pas précieux, cela ferait bien longtemps qu'il aurait rejoint l'autre monde. » Le dieu se releva, s'éloignant de quelques pas. Il finit par s'immobiliser, la toisant du regard. « Alors, t'es-tu décidée à demander ma clémence, en bonne déesse bien docile, où préfères-tu m'accompagner en Olympe ? »
Ishtar se raidit, elle devait céder sa fierté si elle voulait rester avec Shaka, pourtant les mots avaient du mal à sortir de ses lèvres. Elle aurait voulu lui cracher à la figure et le déchirer avec ses propres ongles.
« Je m'excuse. » Dit-elle d'une voix à peine audible.
« Hum, tu n'as pas compris. Oublierais-tu ce que je t'ai longuement appris ? » Ishtar se leva, la mort dans l'âme, avant de venir s'agenouiller devant lui. Tout plutôt que d'être enfermée à nouveau.
« Je… » Elle se mordit la lèvre inférieure, humiliée de revivre ça. « Je suis une traînée et… » Elle déglutit péniblement. La seule autre fois où elle avait accepté de prononcer ses paroles, c'était pour l'empêcher de tuer une servante qui avait osé répondre à des questions qu'Ishtar lui avaient posées alors que Zeus avait ordonné à tous de ne jamais parler à la déesse. « … et tu es mon maître. »
« Voilà qui est sage de ta part Ishtar. Je suppose que je peux me passer de toi au palais céleste encore quelque temps. Relève-toi. » Elle obéit docilement, évitant son regard où elle était sûre de trouver une lueur de triomphe. « Embrasse ton maître pour lui dire au revoir. » Elle resta immobile, se sentant envahie par une bouffée de haine.
« Même si je me donnais à toi, tu ne me laisserais pas tranquille n'est-ce pas ? Pourquoi est-ce que tu t'acharnes ? Est-ce que je n'ai pas assez souffert ? » Elle releva le visage vers lui, les yeux brillants de larmes et de colère.
« Fascinant, même désespérée, tu as toujours eu de la répartie. » Il sourit légèrement, une lueur amusée passant dans ses yeux gris bleus. « Je n'ai pas à me justifier, on fait faire ce que l'on veut à ses pions. C'est la loi du plus fort, elle est vieille comme le monde… » Il passa une main dans la chevelure d'Ishtar, récupérant la rose qu'il y avait mise, puis approcha la fleur de son visage pour en respirer le parfum délicat. « Sois une gentille poupée en mon absence. » Souffla-t-il avant de disparaître en une multitude de particules dorées. A bout de nerfs, Ishtar se laissa tomber sur les genoux, s'appuyant avec les mains contre le sol pour ne pas s'effondrer.
« Profite bien de ta supériorité » Elle se mit à rire d'un rire sans joie. Si elle avait encore des scrupules à être avec Shaka, Zeus venait de lui ôter toutes ses dernières hésitations. Tant qu'elle serait en Asgard, elle pourrait faire ce qu'elle voudrait sans qu'il n'en sache rien. « Pauvre Zeus, tu vas voir à quel point elle va être sage ta poupée. »
Assis dans les gradins du Colisée, qui servait d'arène d'entraînement aux chevaliers d'argent et de bronze, Shaka suivait avec attention le combat que menaient entre eux ses nouveaux apprentis. Il se contentait de leur apprendre à développer leur cosmos et dominer leur esprit, via la méditation, mais avait décidé de laisser un chevalier d'argent veiller à leur développement purement physique, en tout cas, pour les premiers temps de leur formation. Il leur fallait déjà atteindre la vitesse du son, alors de là à égaler la lumière. Pourtant, Shaka sentait du potentiel chez ces enfants, tous deux du signe de la Vierge. Peut-être bien que l'un d'eux serait son futur successeur, mais pour l'instant, ces enfants étaient pressentis pour les armures d'argent du Paon et du Lotus. Shaka fronça légèrement les sourcils, sentant approcher un cosmos qu'il ne connaissait que trop bien.
« Chevalier Phœnix, je ne pensais pas que tu te trouvais au sanctuaire. »
« Bonjour Shaka. » Le blond hocha la tête pour toute réponse, gardant les paupières closes. « Je ne suis ici que pour quelques heures. Je dois retrouver mon frère et les autres, Athéna nous a ordonné de prendre des vacances et nous avons rendez-vous ce soir au sanctuaire. » Le Phœnix haussa les épaules à ces mots. Shun était ravi de passer du temps avec lui, quant aux autres, la perspective de partir deux semaines sous les cocotiers pour des vacances de rêve les avait totalement enthousiasmés.
« C'est original comme ordre. » Souffla Shaka, gardant son attention portée sur le combat en contrebas. Il était assis en plein soleil, toujours vêtu de ses vêtements d'hiver. La forte température ne semblait pas l'incommoder.
« Ce sont tes disciples ? » L'indien sentit le regard intéressé du chevalier de bronze peser sur lui. Il était surpris de son intérêt soudain. Les deux hommes s'étaient à peine parlé depuis leur combat lors de la bataille des douze maisons.
« Ne t'inquiètes pas, ils sont encore trop jeunes pour que je puisse essayer de t'assassiner avec. » Finit par répondre le blond, mi-figue, mi-raisin. Sa semi-défaite face à un simple bronze était tout de même restée en travers de sa gorge. Ainsi que son aveuglement concernant le Pope.
« C'est toi qui as gagné ce jour-là. Tu aurais pu revenir tout seul, mais tu m'as sauvé la vie. » Répondit simplement Ikki, observant le profil insondable de l'autre. « Dans le fond, mon sacrifice n'aurait servi à rien, si ce n'est à te retarder un peu. » Le chevalier d'or resta silencieux, semblant être absorbé par l'entraînement de ses apprentis. Si son visage ne le reflétait pas, Shaka était tout de même surpris par l'aveu soudain du Phœnix.
« Pourquoi venir me voir chevalier ? » Demanda-t-il au bout de longues secondes.
« Je ne sais pas vraiment. » Ikki passa une main dans ses courts cheveux bleus, plongé dans ses pensées.
Même s'il essayait de le masquer, Shaka sentait clairement du doute dans le cosmos de son interlocuteur. Il sourit légèrement, comprenant ce qui amenait le Phœnix. Son cosmos serein attirait toujours ceux qui se posaient des questions. Il arrivait souvent que Mu ou Aiolia viennent le voir lorsqu'il méditait ou non, tout simplement pour sentir son aura paisible, comme si son calme pouvait déteindre sur eux. En silence, Shaka invita d'un signe Ikki à prendre place sur les marches à ses côtés. Le bronze obéit, le remerciant d'un sourire, il était persuadé que le blond était capable de deviner l'expression du visage de ses interlocuteurs, malgré ses paupières closes.
« En fait, j'ai des questions Shaka…tellement de questions. »
« Et tu viens me voir… »
« Tu es censé posséder la sagesse et la sérénité du Bouddha… » A ces mots, Shaka eut un sourire, que lui rendit bientôt Ikki. L'ironie était trop amusante.
« C'est toi qui m'avais ouvert les yeux à l'époque, en brisant mon monde de certitudes. Je t'aiderais aujourd'hui si j'en suis capable, que puis-je pour toi ? » Phœnix resta silencieux un petit moment avant de répondre.
« Lorsque tu m'as plongé dans une illusion, celle où je portais Shun enfant… est-ce que c'était bien une illusion ? Depuis que Hadès est revenu à la vie, mon frère a beau le cacher, je le sens profondément perturbé. »
« C'était une illusion Ikki, mais je me suis appuyé sur des souvenirs réels. J'avais perçu dans ta conscience des souvenirs douloureux profondément enfouis. Je ne sais pas ce qu'ils veulent dire, je les avais juste utilisés contre toi. »
« Alors, j'ai vraiment été en enfer avec Shun ? »
« Il n'y a que toi qui puisses répondre à cette question et peut-être aussi Hadès. »
« Peut-être est-ce à ce moment là que Shun avait été choisi pour être l'incarnation d'Hadès… Peut-être bien, qu'en refusant de lâcher mon frère, j'ai empêché l'âme d'Hadès de s'incarner en lui peu après sa naissance… »
« Hadès est dans son véritable corps désormais, Shun ne lui est plus d'aucune utilité. » Constata sobrement Shaka. « Tu n'as plus à t'inquiéter pour ton frère. »
« Est-ce que toute notre souffrance a été inutile ? » Surpris de la question soudaine, Shaka ouvrit les yeux, plongeant son regard dans celui du Phœnix, qui sentit un frisson glacial lui remonter le long de la colonne vertébrale.
« Même moi, je suis incapable de tout expliquer et de tout connaître. Le monde est éphémère, même la mort est éphémère. Il y aura toujours une succession de guerres, tant que les dieux seront en vie, et pourtant… »
« Et pourtant ? »
« Ne faut-il par garder espoir malgré tout ? Si nous ne rêvons pas d'un monde meilleur en continuant à vivre et espérer, à quoi tout cela pourrait-il servir ? Je crois que la vie n'a aucun sens et qu'elle est profondément absurde… » Shaka sourit doucement, levant les yeux vers le ciel, ayant totalement oublié le combat entre ses disciples. Ikki écoutait attentivement ses paroles, attendant la fin de la phrase que le blond avait laissée en suspend. « C'est pour cela que le Bouddha a quitté le cycle des réincarnations. »
« Alors la vie ne vaut pas la peine d'être vécue ? »
« Bien sûr que non Ikki, je n'ai pas dit cela. Le point de vue du Bouddha est quelque peu… » Shaka fronça les sourcils, cherchant le mot approprié. « …extrême. » Il ramena son regard vers le Phœnix, qui le regardait avec des grands yeux surpris. « Ce que je souhaite te faire comprendre, c'est que malgré le non-sens ou plutôt à cause de lui, c'est à chacun d'entre nous d'agir en essayant de construire un monde meilleur. A mes yeux, la vie n'est rien d'autre que cela, et peut-être qu'un jour, les valeurs de paix et de justice triompheront… »
« Et alors, nos combats n'auront pas été vains. » Termina le Phœnix. Shaka ne répondit rien, se contentant de fermer les paupières à nouveau. Il y eut un silence, seulement brisé par le bruit du combat un peu plus bas et par la rumeur des voix d'autres chevaliers qui s'entraînaient un peu plus loin.
« Tu m'accorderas une revanche ? » Shaka sourit à la question.
« Tu aimes donc tellement te faire massacrer chevalier ? » Ikki se mit à rire de la remarque.
« Oui, je crois que j'aimerais bien arriver à te mettre en difficulté au moins une fois et cela, sans en arriver à faire une attaque suicide. Pendant tout le combat, tu m'avais largement dominé. »
« Tu as déjà eu beaucoup de mérite en tenant aussi longtemps face à moi. »
« Ca me console à moitié. » Marmonna le Phœnix en haussant les épaules.
Son interlocuteur ne répondit rien, lui offrant pour toute réponse la vision de son profil impassible. Ikki observa longuement Shaka, il y avait quelque chose de changé chez le chevalier d'or, sans qu'il ne puisse précisément définir de quoi il s'agissait. Il ressentait toujours en sa présence ce mélange insidieux de peur et d'admiration qu'il lui avait toujours inspiré. Parfois, le Phœnix avait honte en repensant à sa tentative de fuite en plein combat. Le singe dans la paume du Bouddha, voilà ce qu'il avait été.
« Chevalier Phœnix, tu n'as pas à t'en vouloir. » Le murmure de Shaka tira Ikki hors de ses pensées. Comment le blond pouvait-il savoir ce qu'il pensait ? Etait-il vraiment omniscient ? « Je serais ravi de me battre contre toi à nouveau. » Termina Shaka en souriant, pensant qu'à peine un an plus tôt, l'idée de se battre amicalement contre un bronze lui aurait semblé être une insulte à son rang de chevalier d'or.
« Merci. »
« Athéna vous a donné l'ordre de partir en vacances ce matin n'est-ce pas ? »
« C'est exact. Pourquoi cette question Shaka ? »
« Je suppose qu'elle ne vous a pas avertis des évènements récents… » Shaka haussa légèrement un sourcil. Athéna avait la manie de vouloir protéger ses chevaliers de bronze en les éloignant. Elle voulait toujours protéger ses protecteurs quitte à les mettre encore plus en danger. Si elle l'avait laissé tuer Shun, les chevaliers d'or n'auraient pas eu besoin de se sacrifier pour poursuivre Hadès en Elision…
« De quoi parles-tu ? » La voix du Phœnix le ramena à la réalité.
« L'urne de Poséidon a été volée et en théorie seuls les chevaliers d'or savaient où elle était cachée. »
« Il y a un traître au sanctuaire ? »
« Je ne sais pas. C'est Isaak du Kraken qui a volé l'urne, peut-être a-t-il découvert son emplacement grâce à une indiscrétion. Après tout, il a vécu plusieurs jours avec Camus et Hyoga. » Shaka marqua une pause « Passe de bonnes vacances chevalier, nous en rediscuterons certainement à ton retour. Tu es libre de choisir le moment de notre futur combat. » Shaka se leva, puis salua Ikki d'un hochement de tête avant de descendre dans l'arène parler à ses disciples. Pensif, le Phœnix observa la silhouette élégante du chevalier d'or s'éloigner, avant de se lever lui-même pour aller à la rencontre de Shun, dont le cosmos venait de se manifester aux portes du sanctuaire.
