Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Disclaimer: Tout ceci n'est que pure folie de mon cerveau détraqué, mais il paraît que les chevaliers du Zodiaque ne sont pas à moi.

Reviews : N'hésitez pas à laisser un commentaire, je n'ai encore mordu personne et je réponds toujours.

Dans ce chapitre : Des frères ennemis, des tartines volantes, un Krishna sonné, un chat surpris et un tigre apeuré, un paon projeté et pour finir, des blagues idiotes et des phrases méchantes…

Merci à ma bêta lectrice et bonne lecture à tous !


Chapitre 12 – Tentatives


En cette nuit qui suivait de peu la première guerre sainte, une pluie battante couvrait le sanctuaire d'Athéna et personne, pas même Hadès lui-même, n'aurait pu savoir si l'eau qui baignait son visage était celle de la pluie ou celle des larmes que ses yeux versaient sans tarir depuis la mort de Perséphone.

L'eau était rouge à ses pieds, couverte d'un sang qui n'était pas le sien. Lentement, il tourna la lame qu'il avait enfoncée dans le ventre de la réincarnation d'Athéna, la faisant hurler, mais ses hurlements furent bientôt remplacés par des flots de sang sortant de sa bouche. Pendant quelques secondes, les yeux de biche de la jeune femme trahirent une douleur et une peur de la mort complètement humaines avant de devenir vitreux. Insatisfait, Hadès retira la lame, tandis que le corps sans vie de la réincarnation tombait au sol, face contre terre, ses longs cheveux bruns et bouclés se répandant autour d'elle comme un voile funèbre.

« Montre-toi Athéna ! » Hurla-t-il. « Vient me combattre dans ton véritable corps et qu'on en finisse ! » Il avait parfaitement senti le cosmos de la déesse quitter le corps qu'elle habitait peu avant la mort de son hôte humain. « J'en ai assez de ta lâcheté ! Viens payer la mort d'une innocente en personne au lieu de te cacher derrière tes chevaliers et ton corps humain ! »

« Tuer Athéna ne te rendra pas Perséphone. » Hadès se retourna, Zeus l'observait calmement, revêtu de son armure divine, dont les ailes majestueuses touchaient presque le sol. Absorbé par sa haine, Hadès ne l'avait même pas senti se matérialiser à quelques mètres de lui.

« Reste en dehors de ça ! Ma femme s'est suicidée à cause… » Hadès eut un haut le cœur à la vision de sa femme se faisant violer. « …du traitement que lui ont infligé les soit disant saints de ta chère fille. Je réclame le prix du sang. »

« Hadès, tes troupes ont exterminé celles d'Athéna et tu viens de tuer son incarnation, elle n'est pas assez sotte pour venir te combattre seule et dans son propre corps. »

« Dis-moi où elle cache son corps ! »

« Me croirais-tu si je te disais que même moi je n'en sais rien ? »

« Dans ce cas, puisque je ne peux pas la tuer elle, je vais détruire cette humanité qu'elle aime tant. » Répliqua sombrement Hadès, essuyant son épée sur la robe de sa victime avant de la ranger dans son fourreau.

« Je comprends ta peine, mais la colère et la douleur t'aveuglent. »

« Zeus, un jour je tuerai ta fille chérie et tu pourras venir me tuer une fois que cela sera fait, mais en attendant, hors de mon chemin ! »

« Il n'en est pas question, tu n'as fait que trop de dégâts déjà. Nous avons eu trop de mal à prendre le contrôle de la terre pour que tu décides à tout détruire pour des enfantillages ! »

« Des enfantillages ! » Hadès hurlait. « J'ai perdu tout ce à quoi je tenais et je fais des enfantillages ! Tu sais très bien que les suicidés sont condamnés à errer entre les six mondes pour l'éternité. Même moi je ne peux pas la ramener… » La voix d'Hadès se brisa, tandis que de frustration, il donna un coup de pied dans le corps sans vie de ce qui avait été l'incarnation d'Athéna. Et dire que le matin même, il tenait encore Perséphone pleine de vie dans ses bras…

« Ecoute Hadès, puisque tu es mon frère, je vais te laisser une chance d'obtenir ce que tu désires. » Le dieu des morts fixa ses yeux bleus remplis de larmes sur le visage de Zeus. « Tu sais très bien que même si tu tues Athéna dans son véritable corps, le seul moyen de s'assurer de son anéantissement serait de la priver de son cosmos et il n'y a que moi qui en soit capable. Alors nous allons passer un accord. »

« Un accord ? »

« Si tu arrives à vaincre Athéna dans son véritable corps, je la priverais de son cosmos et je te laisserais faire ce que tu veux des humains qu'elle aime tant. En revanche, si c'est elle qui arrive à te tuer, tu n'essaieras plus de détruire l'humanité. Dans les deux cas, je veux que tu me jures allégeance. »

« Pourquoi m'aiderais-tu contre ta fille adorée ? » Les yeux gris de Zeus se perdirent quelques instants dans le vague.

« J'ai mes raisons. Je veux que tu me jures fidélité sur le Styx. »

« Seulement si tu me jures en retour de tenir ta promesse, je suis le mieux placé pour savoir que les serments fait sur le Styx ne se brisent jamais. »

« Je te le jure sur le fleuve Styx. »

« Alors il en est de même pour moi Zeus, j'accepte ton marché ainsi que tes conditions. » Se fixant du regard, les deux frères demeurèrent immobiles sous la pluie battante, tandis que le sol se teintait de plus en plus du sang de la réincarnation d'Athéna. « Par le Styx. »


Encore incapable de réaliser complètement que ce n'était qu'un cauchemar et qu'elle venait de se réveiller, Ishtar sentit des larmes couler le long de ses joues. Les souvenirs de son rêve s'éloignaient déjà, mais elle gardait un sentiment d'oppression. Elle battit des paupières, puis s'assit dans son lit avant d'essuyer ses larmes. Ca ne pouvait pas être prémonitoire, c'était sans doute la conséquence de son entrevue mouvementée avec Zeus quelques heures plus tôt. Pourquoi Shaka pleurait-il dans son rêve ? A qui était donc tout ce sang ? Elle resserra la couverture autour d'elle, fixant des yeux les braises dans la cheminée.

« Ce n'était pas prémonitoire… » Murmura-t-elle « Je suis protégée… » Elle sursauta en sentant quelque chose se frotter contre elle, avant de réaliser qu'il s'agissait du chaton ramené d'Inde. Elle sourit, puis lâcha la couverture pour caresser doucement le corps élastique du félin miniature, qui venait de bondir sur le lit en entendant la voix de sa maîtresse.

« Tu as réussi ta promotion sociale toi… » Puisque Ishtar l'avait amené aux cuisines, le chaton avait été aussitôt considéré comme l'animal de compagnie de la déesse, ce qu'elle n'avait pas du tout prévu. « C'est monsieur ou madame truc ? » demanda Ishtar à mi-voix au chaton famélique, qui était en train de ronronner, le ventre encore plein à craquer de la nourriture qui lui avait été donnée dans les cuisines. « C'est pourtant la première chose à vérifier si je dois te donner un nom… » Elle le souleva, puis sourit. « Un mâle, quelle surprise, il n'y a que ça autour de moi… et d'abord, je ne t'ai pas autorisé à dormir sur le lit. » Le chat baissa la tête de côté, ronronnant de plus belle. « T'es mignon, mais tu n'es pas vraiment mon genre… sans rancune… »

Elle le saisit puis se leva pour le poser dans son panier, près de la cheminée. Mais au lieu de retourner dans son lit, elle contempla les braises quelques instants et entreprit de rallumer le feu, pensive. Elle n'avait pas vraiment froid, malgré le fait qu'elle ne portait qu'une chemise lui arrivant à mi-cuisses. Elle releva lentement une manche, puis examina quelques secondes son poignet avant de la rabaisser. Sa peau guérissait vite, les marques auraient sans doute disparu à la fin de la journée. Elle n'avait plus aucune cicatrice de l'attaque du Phœnix, alors qu'elle l'avait pourtant rendue inconsciente plusieurs jours. Tandis que le ronronnement du chaton s'éteignait, le félin s'étant endormi, Ishtar leva les yeux vers la fenêtre. Elle estima qu'il devait être trois ou quatre heures du matin.

Elle sursauta en ressentant le cosmos de Shaka exploser subitement, comme s'il avait été en train de combattre, sensation bientôt suivie d'un bruit sourd. Inquiète, elle inspira profondément avant de se relever pour sortir dans le couloir, où à sa grande surprise, elle trouva un Krishna complètement nu et assommé.

« Shaka ? » Le chevalier de la Vierge, pieds nus, torse nu, seulement vêtu d'un pantalon blanc en toile, la regarda quelques secondes en silence, notant les yeux rougis d'Ishtar, puis haussa les épaules avant de continuer à traîner Krishna, qui fut bientôt déposé sur son lit.

« Il n'est pas terrible… » A la remarque, Shaka rabattit rapidement une couverture sur la nudité de l'autre.

« Ishtar… »

« Alors, raconte… »

« Pas ici. » La déesse sourit jusqu'aux oreilles

« Laisse moi deviner, tu dormais bien tranquillement et ton admirateur transi s'est glissé tout nu dans ton lit… »

« Je ne lui en ai pas laissé le temps. » Ishtar se mit à rire, tandis que Shaka la traînait hors de la chambre. « J'avais déjà perçu sa présence à plus de dix mètres. »

« Tu n'y as pas été de main morte. Je devrais peut-être le soigner non ? » Parvint-elle à articuler une fois relativement calmée.

« Non » Répliqua aussitôt l'Indien. Cette sorte de cri du cœur eut pour immédiate conséquence un nouvel éclat de rire divin. « J'espère que cela lui permettra définitivement de comprendre qu'il n'a rien à espérer de moi. »

« Tu en es presque effrayant. » Fit-elle, essayant de se calmer en respirant lentement.

« Cet homme est… »

Il s'interrompit, puis, avant qu'Ishtar n'ait pu réaliser, il l'avait portée dans sa chambre avant de ressortir tout aussi rapidement. Ishtar comprit soudain que des gardes du château étaient apparus dans le couloir. Elle entendit Shaka les rassurer, puis leurs pas s'éloigner. Il rentra bientôt dans la pièce. Elle le regardait, assise sur le bord du lit, jambes croisées.

« Ca ne plaisante pas la sécurité ici. Sans tes réflexes, on se faisait surprendre dans une drôle de situation. Quelle excuse leur as-tu donnée ? »

« Je n'ai pas eu besoin de mentir, juste de dire que tout allait bien, ce qui est la pure vérité. »

« Tu ne mens jamais ? » Shaka la fixa, semblant réaliser quelque chose.

« C'est ma chemise ? » Ishtar baissa le regard sur ce qu'elle portait, puis releva les yeux, l'air faussement étonnée.

« Ca se pourrait bien. »

« Il me semblait bien avoir perçu ta présence dans ma chambre pendant mon sommeil, mais tu es plus discrète que Krishna. C'est d'ailleurs presque inquiétant que ta présence ne me réveille pas. »

« Il faut croire que tu t'es habitué à moi » Elle releva le col de la chemise pour en respirer le parfum. « Elle a ton odeur, et comme je n'arrivais pas à dormir... » Elle sourit, puis se leva et posa les mains sur le premier bouton du haut. « Je peux te la rendre bien sûr… » Il réalisa subitement qu'elle ne portait certainement rien sous la chemise, hormis le médaillon d'Hadès, qu'elle ne quittait que rarement.

« Attend ! » Il s'approcha pour poser ses mains sur celles d'Ishtar. « Je te la donne, aucun problème et puis le noir te va très bien à toi aussi, ça contraste avec tes cheveux. »

« Tu sais que je pourrais me vexer ? » Dit-elle, amusée, avant de se mettre sur la pointe des pieds pour embrasser tendrement le point sur le front de la Vierge. « Bonne nuit alors. » Elle fit mine de s'éloigner mais il la retint.

« Tu comptes t'en tirer aussi facilement ? »

« Pardon ? »

« Tu es perturbée depuis que nous sommes allés au Sanctuaire. »

« Je suis perturbée en permanence. »

« Je ne plaisante pas, tu sais très bien que tu ne peux pas me mentir, surtout quand je te regarde dans les yeux. Alors ne t'étonne pas si j'ai du mal à croire en ton excuse. » Elle baissa la tête, sentant une boule se former dans sa gorge, l'empêchant de formuler une quelconque réponse. « Ishtar… » Il la força à relever le visage. « Je voudrais que tu me laisses t'aider. »

« Tu ne peux… » Elle ferma les yeux brièvement, puis sourit en coin. « Bien tenté, mais je retourne dormir dans ma chambre. »

« Je suis sérieux. » Elle soupira faiblement.

« Moi aussi, n'insiste pas s'il te plait. »

« Si tu changes d'avis… » Il la libéra sans terminer sa phrase, la laissant libre de s'en aller. Elle le fixa quelques instants, le remerciant intérieurement de ne pas insister, puis lui sourit pour toute réponse avant de s'éloigner. Immobile, il la regarda quitter la pièce et refermer la porte.

...


« Bien Shaka, essaye de me frapper. »

Le Paon sourit. Jusqu'à présent, il n'avait fait qu'entraîner Shaka à porter des poids ou faire des exercices physiques, mais sans jamais encore l'initier au combat. Aujourd'hui était leur premier entraînement de ce type. Il s'abstint de demander à Shaka d'ouvrir les yeux. Le petit n'avait plus soulevé les paupières depuis son départ du monastère, sauf lorsqu'il lui était demandé de lire ou écrire, et si cela avait d'abord inquiété le Paon, il s'était vite rendu compte que l'enfant percevait toujours parfaitement son environnement, sa cécité se révélant finalement ne pas être un handicap. Sans qu'il ne se l'avoue, les paupières closes de Shaka soulageaient également le chevalier, car depuis que l'enfant avait sondé son esprit, il avait toujours eu du mal à le regarder dans les yeux.

« Hein ? Mais, maître, vous voulez dire, vous faire mal ? » Le sourire du Paon s'élargit.

« C'est exactement cela. » Ce serait un miracle si l'enfant réussissait à le toucher, puisqu'il n'atteignait même pas la vitesse du son.

« Vous êtes sûr ? » Demanda encore Shaka, quelque peu inquiet.

« Shaka, attaque-moi, c'est un ordre ! »

« Comme vous voulez… » Au grand étonnement de Gabriel, le garçon ne s'avança pas pour le frapper, mais joignit les mains devant lui, paume contre paume. « Om ! » Quelques secondes plus tard, le Paon fut projeté par une décharge d'énergie contre un arbre, tandis que le tigre, jusqu'alors endormi non loin, s'enfuyait à toutes jambes, ou plutôt à toutes pattes, vers un endroit plus sûr. « Maître, maître, vous allez bien ? » Péniblement, Gabriel se releva, vaguement terrifié par la puissance de son disciple. Sans la protection de son armure, il aurait eu bien plus que de simples contusions.

« Shaka… où as-tu appris une telle technique ? » Finit-il par articuler. Il s'était attendu à une attaque physique et il avait reçu une décharge de cosmos sans pouvoir réagir. Si Shaka n'était guère plus vaillant qu'un moucheron sur le plan physique, Gabriel était bien obligé de reconnaître que son cosmos dépassait largement le sien. Parfois, il se demandait s'il était un maître digne d'un futur chevalier d'or. Mais il n'avait pas le choix, puisqu'il n'y avait plus eu de chevalier d'or de la Vierge depuis la précédente guerre contre Hadès, personne d'autre qu'un chevalier d'argent ne pouvait entraîner l'enfant. Il en était d'ailleurs de même pour les apprentis chevaliers du Poisson, du Lion et du Cancer. Le temps venu, ce serait à eux de trouver leurs propres techniques, puisque celles de leurs prédécesseurs avaient disparues avec eux.

« Ce n'est pas une technique. » A cette réponse, le Paon haussa un sourcil, puis épousseta son armure avant de remettre de l'ordre dans sa chevelure rose. Au contact de son élève et de toutes ses bizarreries, il avait fini par devenir quelque peu philosophe, mais certaines des réponses de son disciple avaient toujours le don de l'exaspérer.

« Alors, pourrais-tu m'expliquer de quoi il s'agit ? »

« C'est la syllabe Om. Elle représente la vibration de l'univers. »

« Et alors ? »

« La réciter permet d'accéder aux forces de l'univers, ça me permet de concentrer mon cosmos. » Le Paon ferma les yeux, passant une main sur ses tempes, déjà fatigué à l'avance de la migraine que lui fourniraient les explications religieuses de son apprenti. Il maudit intérieurement le Bouddha.

« Très bien Shaka et tu as encore beaucoup d'attaques qui ne sont pas des attaques ? »

« Et bien… il y aussi la syllabe Kan, mais elle sert plutôt à se protéger… »

« Shaka... »

« Maître ? »

« On va faire simple. Tu vas m'attaquer physiquement et sans utiliser ton cosmos, est-ce clair ? »

« Avec mes mains ? Mais je… » Gabriel eut soudain la vision réconfortante d'une corde qui aurait pu lui servir à se pendre.

« Assez ! Avec tes mains, tes pieds, tes jambes, ta tête, tes coudes, ton nez, tout ce que tu veux ! » Shaka baissa la tête, sentant bien que son maître était énervé.

« Allons, ce n'est pas très compliqué. » Se radoucit le Paon, ébouriffant les mèches blondes de l'enfant. « Je sais que tu es un garçon très courageux, il faut juste que tu acceptes l'idée que ton devoir de chevalier va t'imposer certaines contraintes, à commencer par celle de devoir agir violemment quand cela sera nécessaire. Parfois, il n'est possible de combattre le feu que par le feu. Tu es bien jeune, mais je t'assure que si l'humanité est belle, il n'en demeure pas moins que sa vermine doit être écrasée sans la moindre pitié. Et pour que tu puisses en être capable ça commence par le fait de pouvoir me frapper, tu comprends ? »

« Je ne suis pas sûr, mais je veux bien essayer de vous attaquer maître. »

« Très bien. Je dois te prévenir que je vais t'attaquer et me défendre à la vitesse du son, tu risques d'avoir mal. »

« D'accord. »

« C'est bien Shaka. Tiens-toi prêt maintenant. » Tandis que le blondinet hochait la tête, le chevalier du Paon se sentit soudain très fier de son disciple. Peut-être bien qu'il était un bon maître finalement.


...

« Ouvre les yeux… »

« Hum… »

« Saga! Debout! » Kanon se mit à secouer son frère, avant de lui arracher sa couverture. Complètement réveillé pour le coup, le chevalier des Gémeaux s'étira souplement, encore allongé sur le canapé de son jumeau, sa longue chevelure bleue complètement désordonnée.

« Kanon ? » Le concerné sourit à son frère avant de lui poser sur les jambes un plateau rempli de nourriture sous son regard surpris. « Petit déjeuner au lit ? »

« Je dirais petit déjeuner au canapé, mais c'est dans le même ordre d'idée. Tu as dormi presque 24h. » Le visage de Saga se rembrunit.

« C'est toujours comme ça quand je fais une crise… » Il fut interrompu, Kanon lui ayant mis de force une tartine dans la bouche.

« C'est de l'histoire ancienne, par contre, la prochaine fois, je saurais qu'il faudra t'emmener dans un lit avant que tu ne t'endormes complètement. Reprend des forces, on a un programme chargé aujourd'hui ! »

« …Moui ?… » Marmonna Saga tout en mâchant.

« Je dois te faire visiter mon temple ainsi que le domaine sous-marin, je dois aussi tabasser Isaak pour lui tirer des informations puisque Poséidon n'a pas été bavard et dans la foulée, je dois recruter sept lieutenants, enfin, six… » Corrigea Kanon.

« Rien que ça ? »

« Je compte sur ton aide active ! »

« Par hasard tu ne serais pas en train d'essayer grossièrement de me changer les idées concernant ce qui s'est passé au Sanctuaire ? » Demanda Saga, avant de se retrouver avec une tartine de nouveau enfoncée dans la bouche jusqu'au gosier.

« Mange au lieu de poser des questions idiotes. »

« L'idiot ch'est toi ! » Répondit Saga la bouche pleine, tout en veillant à ne pas s'étouffer. « Et puis d'abord, comment tu chais quelle heure il est ichi, il ne fait chamais nuit ? »

« Même s'il ne fait jamais nuit, l'heure est fixée sur celle de la Grèce, on est chez un dieu grec ici. » Kanon eut un sourire puis pinça les joues de son frère. « Ch'est qu'il est mignon mon chentil chumeau chaga quand il parle comme cha la bouche pleine. » Incapable de répliquer, Saga fronça les sourcils, non sans enlever les mains de Kanon de ses joues.

« Idiot » Finit-il par marmonner après avoir enfin tout avalé.

« Moi auchi che t'aime. » Sourit Kanon avant de se baisser rapidement pour éviter de recevoir une tartine en pleine tête.


Dans le salon du temple de la Vierge, les rayons du soleil de fin de matinée filtraient doucement à travers les persiennes mi-closes, projetant un jeu d'ombres et de lumière dans la pièce paisible. L'air embaumait un parfum délicat, mélange de la fragrance florale venant du jardin des twin sals, sur lequel donnaient vue les fenêtres, mais aussi d'une odeur de thé un peu plus prononcée.

Assis sur le sol couvert de tapis et de coussins, Shaka tournait lentement les pages d'un livre épais, complètement absorbé par sa lecture. A contre-jour, son armure luisait faiblement autour de lui, l'auréolant de lumière. L'incident nocturne avec Krishna l'avait poussé à s'éclipser, au moins pour éviter le général quand celui-ci se serait enfin réveillé. Il avait donc jugé plus prudent de quitter Asgard pour quelques heures, sachant qu'Ishtar devait passer la mâtinée avec la prêtresse d'Odin.

Sentant qu'un cosmos s'approchait de son temple, le chevalier de la Vierge releva légèrement le visage, fermant les yeux afin de se concentrer, puis sourit en reconnaissant l'aura de Mu. Il ne fallut d'ailleurs que quelques minutes à l'atlante pour être assis en face de Shaka, auquel il était venu rendre une petite visite, surpris de son retour si rapide au domaine sacré.

« Nous n'avons pas vraiment eu le temps de parler après les évènements d'hier. Je ne pensais pas te revoir aussi vite au sanctuaire. » Commença Mu, examinant le visage insondable de l'Indien.

« Je ne vais pas rester très longtemps malheureusement. » Shaka se pencha en avant pour servir une tasse de thé au Bélier, sentant peser sur lui le regard attentif de l'autre.

« J'ai l'impression que tu vas mieux. » Finit par dire Mu, après quelques secondes de silence. Il observa les doigts de Shaka se resserrer très légèrement autour de la tasse au souvenir de leur petite conversation sur la falaise, quatre jours plus tôt.

« Oui, beaucoup de choses ont changé en peu de temps. » Il sourit mystérieusement, après avoir remis une tasse pleine de thé au tibétain.

« Ton côté expansif n'a pas changé par contre… mais le contraire m'aurait sans doute inquiété… Tu as des nouvelles de Kanon ? »

« Aucune, mais je ne m'inquiète pas pour lui et Saga. Je suppose qu'il ne tardera pas à donner des nouvelles à Ishtar de toute façon. »

« En parlant d'elle… » Mu sourit, notant le léger tremblement des mains de Shaka, qui était en train de boire une gorgée de thé. « Dois-je déduire de ton attitude qu'elle ressent la même chose pour toi ? » Le blond se mit à tousser, ayant carrément avalé de travers.

« Mu… Je ne te connaissais pas aussi curieux. »

« Ca doit être l'influence de Kiki. » Shaka n'eut pas besoin d'ouvrir les yeux pour être conscient de la petite lueur amusée qui devait luire dans les prunelles du Bélier. Il finit par pousser un léger soupir avant de poser sa tasse sur la table basse.

« C'est supposé être un secret. »

« Ne t'inquiètes pas, je crois qu'en ce qui vous concerne, même Aphrodite aura une crise cardiaque si jamais ça devait se savoir un jour… » Mu se mordit les lèvres, réalisant aussitôt ce qu'il venait de dire lorsque le regard de Shaka se posa sur lui, avant de se perdre rapidement dans la contemplation des arabesques ornant les tapis étalés sur le sol. Un regard à la fois triste et joyeux, qui disparut presque aussitôt derrière les paupières de la Vierge.

« Tu ne peux pas savoir à quel point j'aimerais que ça puisse se savoir… » L'atlante ne sut que répondre et se contenta donc de boire son thé, tandis que le silence tombait dans une atmosphère paisible. La lumière filtrant par les volets sculptés d'arabesques semblait donner une impression d'éternité à l'instant.

« Mu… » Shaka fut coupé, une boule de fourrure blanche ayant joyeusement sauté sur son épaule ou plutôt sur la protection couvrant son épaule. Le truc, puisqu'il s'agissait de lui, revenait d'une petite ballade dans le jardin des twin sals. Le chaton, encore bien maigre, avait réussi à se faufiler entre les volets légèrement entrouverts.

« Tu as un chat ? » Demanda Mu, plutôt pour la forme, tandis que Shaka posait sur ses genoux le félin minuscule, qui avait essayé de lui lécher affectueusement le nez.

« Depuis hier, mais il n'a pas de nom. Il devrait être en Asgard d'ailleurs, mais j'ai pensé que le jardin des twin sals lui plairait sûrement. »

« Son expression bienheureuse me rappelle un autre félin, un peu plus gros… » Murmura le Bélier, observant le chat miniature s'installer en ronronnant sur les cuisses de Shaka.

« Oui… Radjah est mort peu de temps après notre première rencontre. »

« C'est bien la seule et unique fois où un tigre s'est présenté à Jamir, depuis que j'en suis le gardien du moins. Tu étais venu faire réparer l'armure du Paon si mes souvenirs sont exacts. »

« Nous venions tout juste d'obtenir nos armures tous les deux… J'avais douze ans. » Shaka s'interrompit, pensif. « J'ai l'impression que quelque chose te préoccupe Mu. » Etonné, le Bélier quitta des yeux le contenu de sa tasse de thé pour observer l'indien.

« Ce n'est pas que je sois préoccupé, c'est juste que… »

« Il s'agit de Shion n'est-ce pas ? » Mu contempla quelques instants le visage de nouveau serein de la Vierge. Peut-être que ça lui ferait du bien de se confier, après tout, c'était ce qu'il avait conseillé à Shaka lorsqu'ils étaient sur la falaise, parler.

« Il est mort alors que je n'avais pas encore totalement fini mon entraînement… Tu sais, cela a beau faire plus de deux mois maintenant que nous sommes revenus à la vie, nous n'avons pas encore vraiment trouvé notre place l'un par rapport à l'autre. » Mu marqua une pause, cherchant à clarifier ce qu'il ressentait. « Pour moi, il est comme le père que je n'ai jamais eu. Mais maintenant qu'il est de nouveau près de moi… »

« Tu ne sais pas si tu peux lui avouer… »

« Oui. Peut-être qu'à ses yeux, je ne suis rien de plus que son disciple. Je n'ai jamais eu le courage de lui reparler de ce qui s'est passé cette nuit-là. »

« Quand il attaqué le sanctuaire ? » Mu hocha la tête, en silence. Il avait rencontré ce soir-là un homme froid et cruel. Depuis, il n'avait jamais réussi à chasser la pensée que peut-être, son maître aurait pu le tuer sans sourciller. « Tu ne sais pas quand la vie vous séparera à nouveau. Tu ferais mieux de lui parler où tu le regretteras quand il sera de nouveau trop tard. »

« C'est la sagesse du Bouddha qui a parlé … »

« Non, crois-en juste l'expérience d'un disciple séparé lui aussi de ses maîtres. »

« Tu as eu plusieurs maîtres ? » Shaka fronça légèrement les sourcils.

« Si on veut… »

Mu n'insista pas, notant que l'indien n'avait pas vraiment l'air de vouloir s'étendre sur le sujet. Indien qui était d'ailleurs en train de lutter avec le chaton pour l'empêcher de jouer avec ses longues mèches blondes. Un cessez-le-feu fut adopté lorsque le chevalier d'or emmena le chat dans la cuisine pour lui donner un peu de nourriture.

« Et sinon, comment est la vie en Asgard ? » Demanda aimablement Mu lorsque Shaka se fut réinstallé en face de lui.

« Tu n'es pas au courant ? Pourtant, tu l'as vu dans la bibliothèque… »

« De quoi ? »

« Le marinas qui protège Ishtar en ce moment, c'est … » La Vierge fut coupée.

« Krishna ? »

« Oui… » Le fou rire de Mu fut tellement intense que dans la cuisine, le chat releva le museau de sa gamelle, ses grands yeux bleus-verts arrondis par la surprise.

« Par pitié des détails… » Haleta le Bélier, essayant de retrouver son calme, devant un Shaka mi-figue, mi-raisin.

...


Le son merveilleux de sa flûte se mariait avec beauté à la rumeur lointaine des océans. Enivré par le plaisir de jouer, Siren de Sorente laissait ses doigts caresser avec agilité son instrument, en tirant une mélodie mélancolique puis joyeuse, parfois aiguë, parfois grave, toujours parfaitement envoûtante. Assis à quelques pas de lui, Isaak du Kraken l'écoutait religieusement. Un peu plus loin, sur les marches menant au pilier de l'océan Arctique, dont le Kraken était le gardien, deux jeunes femmes discutaient à voix basse. Le visage fatigué de Thétis contrastait avec l'éclat de celui de sa compagne, connue pour être officiellement Circé, marinas des Néréides, et plus officieusement, connue pour être la petite amie attitrée de Bian de l'Hippocampe depuis le retour à la vie de celui-ci.

Le calme de la petite assemblée fut rompu par l'arrivée de deux nouveaux arrivants. Un silence de mort emplit l'air lorsque le son de la flûte de Siren s'arrêta soudainement. Pendant plusieurs secondes, Thétis eut l'impression que son regard lui jouait des tours. Elle sentit sa gorge se serrer atrocement en réalisant qu'elle ne savait même pas que Kanon avait un jumeau.

Vêtus tous les deux de leurs armures respectives, ils examinaient la petite assemblée de leur regard à la fois si semblables et si différents. Saga observait les alentours d'un œil curieux, admirant la beauté de l'endroit et les milliers de reflets jouant dans les coraux au sol, tandis que son frère avait fixé son regard sur Isaak sans même jeter un œil à Thétis. Ce fut finalement Sorente qui brisa le silence.

« Kanon, je suis ravi de revoir ton frère, mais j'espère pour toi que tu as l'autorisation de Poséidon pour l'avoir amené ici. »

« Un chevalier d'or ici, ce n'est rien d'autre que le renvoi de la politesse pour le petit séjour d'Isaak au sanctuaire…n'est-ce pas ? » Répondit le Dragon des Mers en fixant le Kraken dans les yeux. Nerveux, celui-ci passa une main dans sa courte chevelure verte. « Je suppose qu'il est inutile de te transmettre les bons vœux de Camus et Hyoga… »

« Il n'a fait que son devoir. Tes sous-entendus et la présence de ton frère prouvent plutôt que ce serait à toi de savoir où est ta loyauté. » Le coupa Sorente.

« Ma loyauté ne fait aucun doute aux yeux de Poséidon, Siren. Et je préfère ne pas avoir à te rappeler que jusqu'à nouvel ordre, je suis ton supérieur. » La réplique de Kanon fit hausser un sourcil à Siren, qui demeura cependant silencieux. Les deux généraux se défièrent du regard pendant de longues secondes, avant que leur confrontation ne soit interrompue par la voix du gardien de l'océan Arctique.

« Je suppose que tu n'es pas venu à mon pilier pour rien, Dragon des Mers. »

« En effet, je voudrais avoir une petite discussion en privé avec toi. »

« Très bien, ce n'est pas comme si j'avais le choix de toute façon. Suis-moi. » Le Kraken s'éloigna, commençant à monter les marches menant à son pilier, suivi du général en chef de Poséidon. Thétis eut toutes les peines du monde à ne pas fondre en larme lorsqu'il passa à côté d'elle sans même sembler se rendre compte de son existence. Elle sentit la tête de Circé se poser contre son épaule, comme pour la réconforter et sourit tristement, avant de réaliser que le jumeau de son amant l'observait intensément. Incapable de supporter son regard, elle baissa les yeux.

« Veuillez-me pardonner d'avoir critiqué votre présence ici. Je n'ai pas à discuter des décisions de Poséidon, mais comme vous avez pu le constater, il existe quelques tensions entre votre frère et moi. » Surpris, le chevalier des Gémeaux tourna la tête vers le gardien de l'Atlantique Sud.

« Je comprends, il paraît que la trahison est de famille chez nous… » Souffla Saga, se remémorant les paroles de Camus. « Mais si cela peut vous rassurer, je ne compte pas voler quoi que ce soit à Poséidon… »

« Il semblerait que l'ironie soit aussi de famille… »

« Je ne suis pas ici pour chercher le conflit. »

« Alors dans ce cas, nous devrions nous entendre chevalier. Laissez-moi vous présenter Thétis marinas de la Sirène et Circé marinas des Néréides. Elles ont le niveau de ceux que vous nommez chevaliers d'argent au sanctuaire. Circé, Thétis, voici Saga, chevalier d'or des Gémeaux, et accessoirement frère jumeau de notre généralissime, mais je pense que vous aviez remarqué. » Les deux jeunes femmes sourirent poliment, tandis que Saga hochait la tête, ne quittant pas Thétis du regard. Il avait parfaitement senti le malaise de la jeune femme et sa réaction en présence de Kanon, sans pour autant en déterminer la cause exacte. Connaissant les goûts de son frère en matière de femmes, il avait cependant sa petite idée…

Il fut cependant distrait de ses pensées lorsqu'il sentit l'aura de son jumeau s'enflammer brusquement. Il ne fallut que quelques secondes à Siren et Saga pour se retrouver au pied du pilier, où Kanon tenait fermement Isaak par le col, le plaquant contre la base de la colonne.

« Je ne sais rien de plus, je te le jure ! » Affirma le Kraken avant de se rendre compte de l'arrivée des spectateurs. Le Dragon des Mers le toisa en silence, puis consentit finalement à le relâcher.

« J'espère pour toi, parce que sinon… » Sans préciser sa menace, il tourna le dos à l'autre puis sourit largement à Sorente, comme pour le défier de dire quoi que ce soit. Satisfait de voir les yeux roses de l'autre étinceler d'une colère impuissante, il se tourna vers son frère.

« Nous ferions mieux d'y aller Saga, j'ai des lieutenants à recruter. » Pour la première fois depuis son arrivée, il posa brièvement son regard sur Thétis avant d'aussitôt reporter son attention sur son jumeau. « Et de préférence, des hommes. »


L'air brûlant du désert n'était qu'un lointain souvenir lorsque l'on se trouvait dans les jardins suspendus, où une brise légère soufflait en permanence. Mais Shamash était loin d'apprécier le cadre où il se trouvait. D'un pas rapide, il quitta les allées bordées de fleurs pour pénétrer les appartements de sa sœur, écartant les voiles obstruant l'ouverture en forme d'arche, ses longs cheveux blonds flottant derrière lui. Dépassant l'entrée, insensible au regard des serviteurs qui se prosternaient à son passage, il pénétra dans la chambre.

« Je ne t'attendais plus. »

« Comment va-t-elle ? »

« Toujours inconsciente. »

Le dieu de la justice soupira, puis fixa son père du regard. Sin s'était installé confortablement dans un fauteuil, près du lit où la déesse était allongée. Il était difficile de donner un âge au patriarche de Babylone. Son visage était celui d'un homme jeune, tout au plus d'une trentaine d'années. Mais son regard, d'un vert semblable à celui de ses enfants, trahissait le poids du vécu. C'était le regard d'une personne qui avait vu le temps passer et cela d'autant plus que lui-même avait pour pouvoir de contrôler le temps dans une zone d'effet limitée. Il pouvait ainsi ralentir ou accélérer les mouvements de ses ennemis ou de ses propres troupes si cela était nécessaire, même si en aucun cas il ne lui était possible de voyager dans le temps.

« Je ne comprends toujours pas ce qui a pu se produire. Elle n'a aucun mal à ressusciter nos chevaliers d'habitude. » Sin se contenta de le fixer sans répondre, passant une main dans sa courte chevelure de la couleur de la neige. Ils étaient seuls dans la pièce immense. Les fenêtres en forme d'arches étaient fermées par des voilages d'un rouge transparent, qui flottaient doucement, soulevés par le vent. L'architecture aux nombreuses arabesques, la décoration riche et luxueuse trahissaient les origines orientales de la déesse. Dans le lit, Ishtar semblait morte, sa respiration était à peine perceptible.

« Je me demande si… » Shamash s'interrompit, puis avança près du lit, où il finit par s'asseoir près de sa sœur avant de lui saisir doucement un poignet, examinant les traces de coupures sous le regard attentif de Sin.

« Que te demandes-tu mon fils ? »

« Père, se pourrait-il que cela vienne non pas d'elle, mais de la personne qu'elle devait ramener à la vie ? » Ne quittant pas sa sœur des yeux, le dieu serra doucement sa main dans la sienne.

« Que veux-tu dire ? »

« C'est la première fois qu'elle échoue à ramener un mort parmi les vivants, mais c'est aussi la première fois où le mort en question était un suicidé… »

« Oui, peut-être cela dépasse-t-il son pouvoir. » Sin se leva souplement. « Je te laisse la veiller, préviens-moi si quoi que ce soit de nouveau se produit. »

« Je n'y manquerais pas père. »

« Une dernière chose cependant… » Toujours assis sur le bord du lit, Shamash leva les yeux vers le dieu. « Je sais très bien ce que tu éprouves pour elle et je le désapprouve complètement. J'ai déjà perdu une fille à cause de toi, je te préviens que tu seras sévèrement puni si… »

« Je sais. Mais c'est injuste de considérer que le départ d'Ereshkigal est de ma faute. »

« Il est de notre faute à tous… Mais ne touche pas à Ishtar. » Sans attendre de réponse, il sortit de la pièce en se dématérialisant en un nuage argenté. Baissant de nouveau le regard vers sa sœur inconsciente, Shamash écarta doucement les mèches ivoirines collées au visage de la déesse avant de l'embrasser tendrement sur le front.

« Je sais bien ce que j'ai le droit de faire ou pas… et je sais que tu ne m'aimes pas comme j'aimerais que tu le fasses. Pourtant Ishtar … »

Il se tut, fermant les yeux. Le destin se jouait de lui : Ereshkigal l'aimait et il ne voyait qu'Ishtar, qui elle-même se moquait de lui, au mieux en profitant de lui, au pire en l'ignorant. Mais même en en étant conscient, il n'arrivait pas à se détourner d'elle. Ereshkigal avait peut-être choisi la meilleure solution en quittant Babylone pour fonder son propre royaume dans le monde des morts. Il s'en voulait parfois, mais n'était-il pas naturel de préférer la vie à la mort ? Il rouvrit les yeux, examinant le visage de sa sœur, inconsciente depuis deux jours déjà.

« Promet-moi que tu te réveilleras Ishtar, au moins pour te venger de ça… » Il effleura doucement ses lèvres des siennes, sachant très bien que ce serait sans doute le seul baiser qu'il aurait jamais d'elle. Tristement, il s'écarta pour aller s'asseoir dans le fauteuil précédemment occupé par son père, afin de la veiller pour les heures à venir.


Le soleil mourrait déjà derrière les nuages alors que l'après-midi venait à peine de débuter en Asgard. Ses rayons n'arrivaient qu'à peine à traverser les hautes fenêtres de la bibliothèque du Palais. La semi-obscurité de l'endroit ne gênait absolument pas Ishtar, qui s'était réfugiée dans un endroit reculé, perdu parmi les nombreuses étagères couvertes de livres poussiéreux.

Assise dans un large fauteuil en cuir usé, elle lisait, un énorme livre posé sur les genoux. Elle aurait facilement pu passer pour une apparition, ses longs cheveux ivoire retombant autour d'elle comme une sorte de halo lumineux, s'harmonisant avec sa longue robe argent. De temps en temps, son rire s'élevait quelques instants à la lecture de ce qui se voulait être… sa biographie.

« Ishtar est séduction et désordre érotique… » Souriant largement, la déesse en question tourna la page du livre afin de lire la suite la concernant. Décidément, elle avait une sacrée réputation, il fallait dire que c'était aussi de sa faute, puisque ses temples étaient des lieux de prostitution. « Elle est toujours vierge, non par abstinence, mais parce qu'elle retrouve périodiquement sa virginité en se baignant dans un lac… » De nouveau, Ishtar se mit à rire joyeusement, elle l'avait oublié ce mythe là… les humains inventaient vraiment des mythes idiots. Enfin, depuis plusieurs siècles, de telles croyances étaient désormais considérées comme de simples superstitions. Elle-même n'était plus qu'une légende, tout comme Athéna ou Poséidon. Plus personne ne croyait en eux ou si peu.

« J'aime beaucoup t'entendre rire. » Ces mots, soufflés près de son oreille, firent sursauter Ishtar dans son fauteuil. En un battement de cil, elle referma violemment le livre traitant des mythes la concernant.

« Shaka, décidément, tu aimes me faire peur quand je suis dans des bibliothèques. Il faut vraiment que je pense à t'acheter une jolie clochette… » Le chevalier de la Vierge sourit avant de faire le tour du fauteuil pour lui faire face.

« Je t'ai manqué ? » Elle l'observa quelques instants, se retenant à grand peine de lui sauter au cou afin de lui montrer à quel point il lui manquait ne serait-ce que lorsqu'il s'éloignait de plus d'un mètre.

« J'ai passé ma matinée à faire du cheval avec Hilda alors que toi… Tu as disparu avec le truc… » Finit-elle par répondre, décidant de changer de sujet. Sa remarque fit sourire Shaka.

« C'est une manière de voir les choses. Décidément, tu as quelque chose contre cette pauvre bête… » Elle haussa les épaules pour toute réponse, tandis qu'il se penchait légèrement en avant. « Intéressant… » Avant qu'elle ne puisse réagir, il avait entre les mains le livre qu'elle feuilletait à peine quelques minutes plus tôt. « La dernière fois aussi tu lisais des livres concernant ta propre vie… »

« A la différence près que maintenant, je sais qui j'ai été et que je sais distinguer ce qui est vrai ou faux dans toute cette collection de légendes. » Il ne répondit rien, ouvrant juste le livre en souriant, tandis que son armure d'or luisait doucement dans le clair-obscur, en harmonie avec ses cheveux. Perdue dans sa contemplation, elle ne comprit pas immédiatement la question qu'il lui posa.

« Tu jetais tes amants aux chiens ? »

« D'abord, je n'avais pas de chiens. » Elle sourit perversement. « J'avais des lions. » Shaka referma brusquement le livre, en ayant soudainement assez lu.

« Et c'est moi qui suis effrayant ? » Effrayant, c'est vrai qu'elle lui avait dit cela la nuit précédente. Shaka avait fermé les paupières, semblant se concentrer sur une chose invisible.

« Il faut dire que je n'aurais pas aimé être à la place de ce pauvre Krishna. Je ne l'ai vu que quelques minutes ce matin, il a fait comme si rien ne s'était passé. » A ces paroles, il rouvrit les yeux, à la fois amusé et agacé.

« Dans ce cas, je devrais peut-être utiliser ta méthode et le livrer en pâture au chaton ? » Elle ne répondit rien, mais se leva pour lui prendre le livre des mains et le poser négligemment sur le fauteuil avant de passer les bras autour du cou de la Vierge. « On pourrait nous voir… »

« Qui ça ? Les livres poussiéreux ? Nous sommes parfaitement seuls. Tu veux que je te montre à quel point tu m'as manqué ? »

« Tu … » Il fut incapable de finir sa phrase, Ishtar ayant pris possession de ses lèvres. Il pencha légèrement la tête en avant, répondant à son baiser, la serrant contre lui. Elle frissonna au contact gelé de l'armure d'or, mais la présence seule de Shaka suffisait amplement à la réchauffer. Le cosmos de Poséidon par contre… Elle se sentit refroidie d'un coup.

« Attend… » Elle s'écarta de lui, puis essaya de se concentrer, fermant les yeux. Elle ne s'était pas trompée, l'olympien essayait d'entrer en contact télépathique avec elle.

- Poséidon ?

- J'ai besoin de votre intervention au sanctuaire sous-marin. Ishtar sursauta en sentant Shaka l'enlacer par derrière, nichant son visage dans le creux de son cou.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-elle en posant ses mains sur celles de la Vierge. Il la serrait doucement contre lui, ayant compris qu'elle discutait par télépathie.

- L'une de mes marinas a essayé de se suicider. Elle a presque réussi d'ailleurs. Je l'aurai bien soignée moi-même, mais ses blessures dépassent mes compétences. C'est pourquoi j'ai besoin de votre aide, même si je sais que ressusciter Hadès vous a affaiblie.

- Je la connais ?

- Je ne crois pas, il s'agit de Thétis, marina de la sirène.