Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Publication du chapitre : le 17 décembre 2006

Disclaimer: Saint Seiya n'est pas à moi.

Reviews : Merci encore !

Dans ce chapitre : les gens sont enivrés par le pouvoir, l'alcool, les sens, ou par la colère…

Encore merci à tous mes lecteurs, ainsi qu'a ma chère bêta lectrice, qui est devenue une amie (ça ne l'empêche d'ailleurs pas de me fouetter pour que je rende mon nombre de pages).

Bonne lecture à tous !

...


Chapitre 13 – Ivresse


Debout dans la pièce claire, Ishtar fixait la forme inconsciente allongée sur le lit. Par moment, la jeune femme malade était secouée de spasmes. Une amie l'avait surprise allongée sur le sol, juste après qu'elle ait ingéré le poison. Sans l'intervention rapide de Poséidon, qui avait réussi à stopper l'avancée du produit dans le corps de la sirène, Thétis ne serait plus. Cependant, le poison avait provoqué de nombreuses lésions internes. Le visage de la jeune femme était très pâle, ses lèvres légèrement bleuies.

« Avez-vous besoin de quoi que ce soit ? »

La déesse releva le visage vers Poséidon en entendant la question. Le dieu l'observait de ses yeux clairs, semblant attentif à la moindre de ses réactions depuis qu'elle s'était matérialisée dans la chambre en compagnie du chevalier de la Vierge, qui avait d'ailleurs quitté la pièce. Les deux divinités s'observèrent en silence. Ishtar savait très bien que Poséidon était en train d'essayer d'évaluer ses réactions à son égard. Elle n'avait rien de particulier contre l'olympien, car contrairement à Zeus, il ne lui avait jamais fait personnellement du tort. Peut-être même que dans d'autres circonstances, il aurait pu essayer de la séduire.

« Un couteau. » Finit-elle par articuler sobrement.

Sans répondre, Poséidon ferma les yeux, avant qu'un poignard doré ne se matérialise dans sa main. Il le tendit à la déesse, qui l'observa quelques secondes avant de s'en saisir c'était la lame dont elle s'était servie pour ramener à la vie les généraux. Elle se tourna vers Thétis, qui haletait, parcourue d'un nouveau spasme. Elle avait de la chance d'être inconsciente, la douleur devait être atroce.

En temps normal, il aurait suffit à Ishtar de toucher la jeune femme pour la guérir, mais puisqu'il s'agissait d'une tentative de suicide, elle devait verser son propre sang. Lorsque la personne blessée voulait mourir, c'était son propre cosmos qui niait la vie, c'est pourquoi les suicidés ne se réincarnaient jamais et erraient entre les six mondes pour l'éternité c'était aussi pour cela que les blessures de Thétis étaient plus difficiles à guérir que celles de n'importe quel autre malade ordinaire.

« Sera-t-elle punie ? » Ishtar passa une main sur le front de Thétis, écartant les mèches blondes qui y étaient collées. « Les chevaliers n'ont pas le droit d'essayer de se tuer, leur vie appartient à ceux qu'ils servent. » La surprise se refléta quelques instants sur les traits fins de Poséidon.

« En quoi cela importe-t-il ? »

« J'aimerais autant ne pas avoir à la guérir si c'est pour qu'elle soit punie de mort quelques secondes plus tard. » Le dieu sourit en coin, soutenant le regard vert translucide de son interlocutrice.

« Cela n'est pas dans mes habitudes. »

« Je l'aurais fait à Babylone… » Ishtar s'entailla superficiellement la paume de la main avant de la poser sur le front de Thétis, dont le visage reprit peu à peu des couleurs. « Sa guérison ne sera que provisoire tant qu'elle aura encore envie de se suicider. Je ne peux pas guérir les âmes. Si elle arrive à se tuer, je ne pourrais rien pour elle. »

« Je le sais. » Ishtar ne répondit rien, concentrant son cosmos autour de sa main en une légère lumière argentée. Lorsque la sirène finit par ouvrir les yeux, Poséidon remarqua avec surprise qu'aucune trace de sang ne subsistait sur le front de la blonde, comme s'il était passé à travers sa peau. Il ne fit cependant aucun commentaire et remercia la déesse d'un sourire avant de lui saisir la main pour guérir sa coupure.

Resserrant la couverture autour d'elle, Thétis observa quelques instants les deux divinités d'un air perdu avant de réaliser peu à peu la situation. Incapable de se contrôler, elle commença à pleurer en silence. Ishtar observa Poséidon s'approcher de la jeune femme en faisant luire son cosmos. Quelques secondes plus tard, elle était profondément endormie. Sans un mot, le dieu sécha les larmes qui luisaient sur les joues de la sirène avant de s'écarter. Il soutint quelques secondes le regard de la déesse avant de l'inviter à le suivre.

La pièce adjacente à la chambre de Thétis était décorée dans le plus pur style antique, avec une influence plus romaine que grecque. Des tentures blanches et bleutées décoraient les murs lorsque ceux-ci n'étaient pas couverts de fresques relatant divers mythes ayant tous pour rapport la mer. Au centre de la pièce, une statue représentant la Lorelei était entourée d'un bassin où coulait une eau limpide. Des canapés très bas en velours bleu sombre étaient disposés près des murs.

Un silence tendu régnait dans la salle lorsque les deux divinités y firent leur entrée. D'un côté de la pièce, Siren de Sorente était adossé contre une colonne, alors que Circé se tordait les mains, assise sur un canapé. De l'autre côté de la pièce, Shaka attendait sereinement. Les marinas posèrent un genou à terre dés que leur dieu apparu, tandis que le chevalier d'or se contenta de s'incliner légèrement. Kanon brillait par son absence, ce que ne manqua pas de remarquer intérieurement Poséidon.

« Thétis a besoin de repos mais est hors de danger. » Finit par annoncer le dieu avec détachement, comme s'il parlait de la pluie et du beau temps. Circé poussa un bref soupir de soulagement, tandis que Siren semblait lutter contre l'énervement. Il avait d'ailleurs la mâchoire légèrement rougie du côté droit du visage, comme s'il s'était battu. « Sorente, elle sera l'un de tes lieutenants désormais. »

« Il sera fait selon vos ordres. »

« Bien. » Poséidon sourit, se tournant vers Ishtar. « Puisque les évènements vous ont amenée ici, me ferez-vous le privilège de m'accorder votre présence encore quelques heures ? » La déesse se retint de justesse de hausser les épaules, les désirs des olympiens ayant force d'ordre en ce qui la concernait.

« Je n'y vois pas d'inconvénients. » Répondit-elle, tandis que le visage de Shaka demeurait parfaitement neutre et impassible. Ishtar aurait donné cher pour savoir ce que pensait la Vierge à ce moment là… Dommage, elle aurait bien aimé poursuivre leur… conversation. « Shaka, tu es libre de te rendre où tu le souhaites. » Dit-elle d'un ton détaché, tandis que Siren de Sorente quittait la pièce et que Circé se rendait au chevet de Thétis.

Le chevalier de la Vierge se contenta d'incliner légèrement la tête avant de quitter la salle, à la suite du gardien de l'Atlantique Sud. Ishtar eu toutes les peines du monde à s'empêcher de regarder de manière plus qu'insistante une certaine partie de l'anatomie de Shaka lorsqu'il eut le dos tourné. Son attention fut cependant détournée par Poséidon, qui lui tendit une main en souriant. Elle fixa sa main tendue pendant une fraction de secondes avant de s'en saisir. En un battement de cils, ils se retrouvèrent dans les jardins du palais sous-marin, si l'on pouvait qualifier de jardin un endroit où la verdure était de corail. De nombreuses fontaines apportaient cependant une note vivante à cet endroit étrange et profondément merveilleux.

« Je sais bien que je suis d'agréable compagnie, mais cela ne doit pas être la seule raison à ma présence ici… » Finit par dire la déesse, détachant sa main de celle de Poséidon. Les traits fins du dieu s'illuminèrent d'un sourire amusé.

« Oui, mais ça aurait pu l'être. »

« Je doute que Zeus apprécie ce genre de flatterie à mon égard. »

« Zeus n'est qu'un imbécile qui ne sait pas voir ses atouts là où ils sont. Cela fait bien longtemps que sa soif de pouvoir l'a totalement aveuglé. » Interloquée par un tel aveu, Ishtar contempla Poséidon. Il avait l'art de débiter des choses graves avec un détachement et une morgue toute mondaine.

« Il pourrait entendre. » Poséidon fit luire son cosmos, faisant apparaître une fleur en corail.

« Je ne crois pas non. Le seul avantage de Zeus sur moi, c'est sa capacité à supprimer le cosmos de ses adversaires. C'est en cela qu'il est terrifiant. » Il tendit la fleur minérale à Ishtar. « Mais ses autres pouvoirs ne sont en rien supérieurs aux miens ou à ceux d'Hadès. S'il lui prenait l'envie de m'espionner, je le détecterais aussitôt. » Le silence tomba entre les deux divinités. Ishtar faisant délicatement tourner la fleur entre ses doigts, réfléchissant aux paroles de Poséidon. Elle finit par relever les yeux vers lui. Il était de profil, observant le pilier central, qui se perdait au loin dans la brume.

« Pourquoi vouloir me parler ? » Il ne répondit pas toute suite, semblant perdu dans sa contemplation. Le vent jouait avec sa chevelure et les plis de son ample toge.

« Depuis qu'Hadès est revenu à la vie, j'ai une sorte de pressentiment. L'étrange certitude que l'époque que nous avons tous connus jusqu'ici ne va pas tarder à finir. » Poséidon marqua une pause. « Je ne suis pas le seul à le ressentir n'est-ce pas ? »

« S'il s'agit de faire des oracles, j'ai bien peur d'être la mauvaise personne. Apollon est mieux placé que moi. » Malgré son ton railleur, Ishtar ne voyait que trop bien ce qu'il voulait dire. Elle éprouvait un sentiment de malaise et pas seulement à cause de la menace que Zeus faisait constamment peser sur elle. Toujours de profil, Poséidon poussa un léger soupir.

« Je me souviens que nous rêvions tous d'un monde meilleur lorsque nous avons décidé de nous lancer à la conquête du monde. Je ne sais pas vraiment quand ont commencé les conflits entre nous tous. Ce que je sais en revanche, c'est que d'une manière ou d'une autre, ces conflits vont tous se finir durant les années qui viennent. »

« J'avoue que le spectacle des olympiens s'entre-tuant ne me gêne absolument pas. »

« Je n'en doute pas. » Poséidon se tourna vers elle, plongeant son regard dans le sien. « Cependant, le destin du monde serait lié à celui du vainqueur… »

« C'est une manière de me proposer une alliance ? »

« Zeus est puissant, mais une armée dont les blessures guérissent instantanément l'est bien plus. Même un dieu ne peut pas lutter contre le surnombre… »

« Je n'ai aucune envie de quitter un maître pour en trouver un autre. »

« Je ne suis pas mon frère et j'ai le sens de l'honneur. Je ne me serais pas abaissé à... »

« Je suis désolée, mais c'est non. Attaquer Zeus de front serait la pire des erreurs. »

« Ce n'est pas ce que je compte faire, et d'ailleurs… » Poséidon s'interrompit, puis haussa imperceptiblement les épaules.

« Et d'ailleurs ? »

« Je lui ai prêté allégeance il y a bien longtemps. Je serais bien incapable de l'attaquer, de front du moins, ce qui ne m'empêche pas de lui créer autant de problèmes qu'il m'est possible de le faire. » Finit-il par préciser avec une lueur presque malveillante dans le regard, qui contrastait avec son calme. Elle hésitait à lui donner une chance, sa haine pour Zeus avait l'air sincère. Ils s'observèrent durant de longues secondes.

« Poséidon, j'aimerais bien comprendre… » Finit-elle par dire.

« Dans ce cas, il va me falloir raconter une longue histoire, plutôt ennuyeuse d'ailleurs. » Répondit-il d'un ton badin. Souriant, il fit signe à Ishtar de le suivre pour marcher dans les jardins. Le silence de la rumeur des océans fut bientôt rompu par la voix sereine du dieu, qui commença à raconter un passé oublié depuis longtemps.


Ouvrir un œil, puis l'autre, pour les refermer aussitôt. La lumière qui passait faiblement entre les rideaux suffit à lui brûler les rétines. Et ce mal de tête… Avec lenteur, Ishtar rouvrit les yeux, essayant de ne pas gémir sous l'effet de la migraine. Elle ne savait pas ce qu'elle avait, mais le réveil était difficile. Elle avait mal à la tête, la bouche pâteuse et pour couronner le tout, elle avait l'impression qu'un poids l'écrasait, sans compter qu'elle ne se souvenait de rien.

Elle voulut essayer de se redresser sur les coudes, mais le poids sur elle l'en empêcha. Baissant les yeux, elle constata avec effarement que des mèches blondes recouvraient la couverture. Elle déglutit, fouillant dans sa mémoire désespérément vide. Elle se souvenait de son entrevue avec Poséidon et ensuite, c'était le vide complet. Observant plus attentivement elle fut bien forcée de reconnaître que la chevelure en question ne pouvait appartenir qu'à une seule personne au monde.

Le poids sur elle se fit plus léger et elle croisa le regard un brin inquiet de Shaka, qui venait visiblement tout juste de se réveiller. Les cheveux en batailles, les épaules nues… et… des traces de griffures ? Il avait des traces de griffures sur les épaules ? Elle ferma les yeux et les rouvrit, mais il était bien là, ce n'était pas le fruit de son imagination. Elle se mordit la lèvre inférieure, interrogeant désespérément une mémoire qui avait apparemment décidé de prendre des vacances.

« Shaka ? » Finit-elle par murmurer, essayant de faire abstraction de son inquiétude et du mal de tête qui lui vrillait les tempes.

« Est-ce que ça va ? » Allongé près d'elle, il passa délicatement une main sur le visage d'Ishtar, écartant les mèches ivoire qui cachaient à moitié son visage.

« Je… j'ai mal à la tête. » Un demi-sourire orna les lèvres fines de Shaka, ce qui lui donna pendant une fraction de secondes un air relativement inquiétant.

« Tu as l'air perdue… Tu ne te souviens de rien ? » Elle ferma les yeux, poussant un soupir.

« J'en ai bien peur… » Elle sentit les bras de la Vierge se resserrer autour d'elle, l'amenant contre lui. Il y eut un silence, au cours duquel elle n'osa pas relever le visage vers lui de peur de croiser son regard. Mais elle aurait sans doute été surprise si elle l'avait fait, puisque le visage de Shaka reflétait clairement l'amusement.

« Ça va sûrement te revenir. » Shaka marqua une pause, essayant de ne pas rire, tandis qu'Ishtar se sentait de plus en plus mal à l'aise et pas seulement à cause de sa migraine. « Ça peut difficilement s'oublier. »

La déesse était en train de prier toutes les constellations protectrices connues à ce jour pour ne pas avoir fait ce qu'elle pensait bien avoir fait avec Shaka sans même en garder le moindre souvenir. Elle devait être maudite à nouveau… Tandis que les mains de Shaka caressaient doucement sa chevelure ivoire, des bribes de la journée précédente commencèrent à lui revenir à l'esprit.

...


Tenant la délicate fleur de corail que lui avait offerte Poséidon, Ishtar observa quelques instants la porte en bois qui la séparait de la pièce où s'était enfermé Kanon, drapé dans son mutisme. A en croire Saga, il s'était muré dans le silence depuis que la nouvelle de la tentative de suicide de Thétis lui était littéralement tombée dessus en la personne de Siren de Sorente, avec lequel il s'était battu. Décidant finalement d'entrer sans attendre une quelconque autorisation, Ishtar ouvrit la porte, refusant de se laisser démonter par l'aura plus qu'agressive émanant du chevalier. A son entrée, Kanon leva les yeux vers elle, lui permettant d'admirer au passage le magnifique bleu que Sorente lui avait fait au visage. Saga lui avait raconté que lui et Bian de l'Hippocampe avaient été obligés de séparer les deux hommes. Apparemment, Thétis n'avait jamais laissé le musicien indifférent.

« Ishtar, je préférerais être seul. »

« Moi aussi je suis contente de te revoir. »

Le défiant du regard de la mettre dehors par la force, elle s'installa dans un fauteuil face à lui et pianota sur l'accoudoir jusqu'à ce qu'il se décide à parler. En silence. Le Dragon étant de nature coriace et peu loquace, Ishtar eut largement le temps d'étudier la décoration de l'endroit, à la fois riche et impersonnelle. Le luxe qui se retrouvait dans tout le domaine de Poséidon était ici encore bien présent, dans les moulures dorées et bleutées ornant le plafond ou encore dans le bruissement discret de l'eau qui ruisselait le long de l'un des murs pour couler dans un bassin en corail. Au milieu de la pièce, deux canapés en cuir blanchi se faisaient face, entourant une table basse sur laquelle Kanon avait visiblement amené une bonne moitié du mini bar encastré dans l'un des murs.

« Tu veux un verre ? » Confortablement assise sur l'un des canapés, Ishtar estima mentalement que cela avait pris une bonne demi-heure avant qu'il ne se décide à desceller la mâchoire.

« Whisky. » Il se pencha en avant pour remplir un verre, qu'il lui fit ensuite glisser le long de la table basse, en silence. « Merci. » Kanon ne répondit rien, mais semblait hésiter à parler. « Tu sais que je suis bien mal placée pour te faire le moindre reproche, mais Saga est inquiet pour toi. »

« Je ne pensais pas en arriver là… » A peine un murmure, qu'elle eut du mal à percevoir. Il était assis en face d'elle, de profil, perdu à contempler l'eau qui serpentait sur le mur. Elle savait bien qu'il ne devait sans doute même pas voir la fontaine, mais être perdu dans le courant de ses propres pensées.

« Kanon ? » Il détourna le regard, plongeant son regard aigue-marine dans le sien. « Tu m'as donné de la vodka, pas du whisky… » Malgré lui, il sourit en coin.

« Tu es vraiment une déesse pourrie et gâtée. »

« Accompagnée d'un chevalier à la triste figure… »

« Tu parles de Shaka bien sûr… »

« Bien sûr, qui d'autre ? » Elle se leva gracieusement avant de vider son verre dans celui vide de Kanon et de se servir un verre du liquide approprié. Elle s'assit ensuite à côté du Dragon des mers. « Alors, tu vides ton sac ou dois-je te faire boire ? »

« Tu crois qu'on oublie en buvant ? »

« Pas vraiment non. Tu es amoureux d'elle ? » Il haussa les épaules et poussa un soupir, faisant tourner son verre dans sa main.

« Je me suis toujours amusé avec elle, je n'ai compris à quel point je lui faisais du mal que récemment. Je voulais être odieux avec elle, pour la dégoûter de moi et qu'elle se détache. Je ne pensais pas… » Il avala une gorgée et ferma les yeux, rejetant la tête en arrière.

« Pour résumer, tu l'aimes tellement que pour la protéger de toi tu la pousses au suicide ? »

« Ishtar… »

« Ah oui c'est vrai… Tu ne l'aimes pas… Pauvre fille, je n'aimerais pas être à sa place. Je te ressers un verre ? »

« Oui, je crois que j'en ai besoin. Tu es sûre que tu es vraiment là pour me remonter le moral ? » Ishtar haussa les épaules, avant de se pencher légèrement en avant pour remplir le verre de Kanon avec la bouteille de vodka qui trônait sur la table basse.

« Je n'ai pas dis que j'étais là pour te consoler, ou si tu as cru entendre ça, c'est que tu avais déjà trop bu. » Elle lui donna le verre, se moquant de lui.

« J'aime quand tu prends soin de moi… » Murmura-t-il, ironique, avant d'avaler une nouvelle gorgée.

« Sans vouloir te vexer mon cher Kanon, as-tu déjà aimé quelqu'un d'autre que toi-même ? Et ne me répond pas Saga, c'est ton jumeau, ça revient à aimer ton reflet. » Il poussa un soupir, avant de boire à nouveau.

« Ce n'est pas à toi qu'il a fallu 4000 ans pour aimer quelqu'un ? » Ishtar lui donna une tape sur le haut de la tête, enfonçant le museau du Dragon dans son verre.

« Surveille ta langue. »

Fronçant les sourcils, il essuya la vodka au coin de sa bouche. La vérité ? Il ne s'aimait déjà pas lui-même, comment pourrait-il alors aimer quelqu'un d'autre, ou juste supporter que l'on puisse avoir envie d'aimer l'homme qu'il était ? L'amour de Thétis était tout simplement trop terrifiant, il ne se sentait pas capable de ressentir la même chose. Elle ferait mieux de se tourner vers un type normal et droit dans ses bottes, du genre de Sorente. Pensant à lui, Kanon se frotta machinalement le haut de la pommette gauche, tuméfiée depuis que le gardien du pilier de l'Atlantique sud lui avait sauté dessus. Il sursauta en sentant la main d'Ishtar se poser sur la sienne. Il jeta un regard interrogateur à la déesse, qui lui sourit avant de le guérir. Il lui rendit son sourire pour la remercier, mais fit bientôt la grimace en grommelant lorsqu'elle lui ébouriffa les cheveux comme à un gamin.

« On t'a déjà dis que tu étais un idiot ? »

« Ce matin même. »

« Inutile de répéter alors. » Elle ferma les yeux, poussant un soupir. « Je n'ai jamais aimé personne parce que je me détestais dans le fond, et c'est encore le cas je crois. On ne guérit jamais vraiment de certaines choses. Ce n'est pas pour autant que l'on doit se punir soi-même. Ne fais pas les mêmes erreurs que moi Kanon. » Surpris, il la regarda alors qu'elle poussait un nouveau soupir. « Ca y est, tu me fais parler comme une vieille. »

« Tu es vieille, tu as même les cheveux blancs. » Paf ! Le coup d'Ishtar sur le crâne du Dragon fut sec et rapide.

« Mauvaise bête. Je vais te montrer que tu as trouvé ton maître… Il paraît que tu es le plus grand buveur du sanctuaire ? Prouve-le face à la déesse de la débauche. »

« C'est un défi ? »

« Moi aussi j'aime bien oublier mes problèmes de temps en temps. » Murmura-t-elle d'une voix à peine audible, avant de tendre la bouteille à Kanon.


Blottie entre les bras de Shaka, ses souvenirs lui revenant par bribes, Ishtar soupira. En tout cas, elle venait d'avoir l'explication à son mal de tête. Elle avait l'impression qu'un fou était en train de lui taper dessus en jouant des cymbales près de ses oreilles. Et surtout, elle se serait bien maudite elle-même de toujours suivre ses impulsions, surtout lorsqu'elles étaient aussi stupides. Pourquoi fallait-il qu'elle gâche toujours tout ? Elle espérait juste que… Le fil de ses pensées fut interrompu par Shaka, lorsqu'il la libéra pour s'asseoir près d'elle. Dire qu'elle appréhendait sa réaction était un bel euphémisme. Toujours allongée, elle hésita à lever le regard des couvertures.

Confuse, elle obéit sans résister lorsque d'une main, Shaka la força doucement mais fermement à tourner son visage vers lui. Elle s'attendait à ce qu'il lui fasse la morale, elle l'aurait mérité, ou bien qu'il soit vexé, ce qui aurait été parfaitement compréhensible vu ce qu'elle pensait avoir oublié, mais il ne se passa rien de tout cela. Penché près d'elle, ses longs cheveux blonds légèrement ébouriffés caressant sa peau pâle, il l'observait en souriant. Une lueur presque amusée luisait dans ses yeux bleus.

« Tu dois être la seule personne au monde capable de boire autant en étant aussi belle au réveil. »

« C'est un compliment ? » Parvint-elle à articuler. Il haussa un sourcil.

« Je vais dire que oui… » Il ferma les yeux, puis posa avec douceur une main sur le front d'Ishtar, faisant luire faiblement son cosmos. Surprise, elle sentit son mal de tête disparaître. Evidemment, en tant que chevalier d'or, Shaka maîtrisait suffisamment le cosmos pour être capable de guérir des blessures relativement légères, alors une simple migraine…

« Merci. » Il rouvrit les yeux pour toute réponse, souriant en coin. « Mais alors, tu aurais pu guérir Kanon le jour où … » Elle se tut, réalisant soudain quelque chose d'autrement plus important en baissant le regard. « Je suis habillée ! » Souriant d'un air angélique, il soutint le regard d'Ishtar comme s'il ne comprenait pas où elle voulait en venir. Bien sûr qu'elle était habillée, puisque c'était son pull à lui qu'elle avait sur le dos. Et que par conséquent, lui était certes torse nu, mais loin de l'être, nu.

« Tu m'as fait croire… ah » Elle pointa vers lui un doigt accusateur « C'était cruel de profiter de ma migraine pour me faire croire une chose pareille ! »

« Je me demandais quand tu allais réaliser. » Fit-il avec détachement « Et il me semble que tu as tiré seule tes propres conclusions sans avoir beaucoup besoin de mon aide. » Il ne put empêcher un léger sourire satisfait de flotter sur ses propres lèvres. Elle se retint de pousser un soupir exaspéré devant son plaisir presque sadique à se moquer d'elle. Un détail l'empêcha cependant de chercher une vengeance immédiate.

« C'est quoi ça alors ? » Murmura-t-elle en levant un bras, traçant de l'index une marque de griffure sur l'épaule droite de la Vierge. Lentement, il se pencha au-dessus d'elle.

« Je ne crois pas que tu aimerais t'en souvenir. » Dit-il d'un air un brin inquiétant. Elle déglutit.

« A ce point ? » Elle le vit sourire largement, sa bouche à peine à une dizaine de centimètres de la sienne. Ses longues mèches dorées caressaient le tour de son visage, avant de retomber sur les draps, se mêlant à la chevelure d'Ishtar.

« Il faut croire que tu es particulièrement entreprenante lorsque tu es ivre… »

Elle jugea plus sage de ne rien répondre, digérant l'information, du moins autant qu'il était possible de le faire avec le regard azur de Shaka qui la fixait. Elle ne savait pas s'il en était conscient, parce qu'elle avait commencé à se rendre compte qu'il avait tendance à sous-estimer l'effet qu'il lui faisait, mais il était dans une position dangereuse. Elle commençait sérieusement à se demander si elle n'allait pas lui montrer à quel point elle pouvait aussi être entreprenante lorsqu'elle était sobre. Elle avait dû être satyre dans une autre vie. Mais elle savait se maîtriser. Enfin, à peu près. A sa décharge, il est vrai que d'habitude, elle n'avait pas vraiment à attendre pour avoir les hommes qu'elle désirait. Et puis, il ne l'aidait pas non plus là, à la regarder avec ses grands yeux bleus mi-sadiques, mi-innocents. Elle se mordit la lèvre inférieure. Il était tout simplement magnifique, du genre à faire pâlir de jalousie Apollon. Des muscles fins qui jouaient finement sous sa peau, une chevelure qui dévoilait son corps plus qu'elle ne le voilait, et son parfum si troublant. Son visage… ses yeux… dans lesquels elle se perdait en cet instant même.

En désespoir de cause, elle fit la seule chose imaginable pour éviter de le violer sur place. Elle saisit un oreiller et se le plaqua sur le visage en fermant les paupières, essayant de faire abstraction de la chaleur de son corps à proximité du sien.

« Je te déteste ! » Souffla-t-elle d'une voix étouffée, faisant naître un sourire sur les lèvres fines de l'objet de ses désirs.

« Tu ne disais pas ça hier soir si je me souviens bien… » C'était bien un ton légèrement moqueur ? Il la provoquait en plus ? Toujours allongée et cachée derrière son oreiller, elle se risqua à poser une question.

« Et je peux savoir ce qui s'est passé hier soir ? »

« Dans les grandes lignes… » Shaka haussa un sourcil « Tu as saoulé Kanon, Saga t'a ramenée ici complètement ivre, ensuite, tu t'es jetée sur moi en enlevant tes vêtements, c'est d'ailleurs pour ça que j'ai été obligé de te mettre mon pull. Tu… »

« Tu m'as vue nue ? »

« J'ai fermé les yeux… »

« Je suis désolée. »

« Par contre, je ne me souviens pas à quel moment précis tu m'as griffé peut-être quand tu as essayé de me … »

« Pitié arrête, je ne veux pas savoir. Je suis vraiment, vraiment désolée. » Fit-elle d'une petite voix misérable, accablée par l'énumération qu'il égrenait avec calme.

« Bref, tout cela pour que tu te mettes à pleurer à chaudes larmes lorsque j'ai repoussé tes avances quelques peu… » Il chercha le mot, marquant délibérément une pause. « Brutales. »

« Aussi… tu dois être le seul homme capable de me repousser alors que je lui fais du charme. » Chercha à se justifier Ishtar. « Ce n'est pas... humain. »

« Dans ce cas je suppose que tu dois être humaine pour nous deux. »

Avec douceur, il tira sur l'oreiller, dégageant le visage délicat de la déesse, dont les pupilles minérales le fixaient, bien que cachées à moitié par quelques mèches ivoirines. Elle entrouvrit les lèvres, comme pour lui dire quelque chose, mais se ravisa et demeura silencieuse en voyant l'expression de Shaka devenir plus sérieuse. Le soleil levant faisait passer une lumière ténue et diffuse à travers les rideaux tirés de la chambre d'Ishtar.

« Hier soir, tu m'as posé une question à laquelle j'ai été incapable de répondre. » Il se tut, fermant les paupières. Devant son silence, elle chercha dans sa mémoire pendant de longues secondes avant de retrouver une bribe de souvenir.

« Je crois… Je t'ai demandé pourquoi tu ne voulais pas de moi, c'est ça ? Tu m'as répondu que j'étais très belle et tu m'as prise dans tes bras parce que je pleurais. Je t'avais vraiment fait une scène… » Elle fit glisser ses doigts dans les mèches dorées sur le front de la Vierge. « J'ai l'impression que je t'ai perturbé avec cette question. J'étais ivre tu sais… »

« Je le sais. » Sourit-il brièvement. « J'ai passé la moitié de la nuit à chercher la réponse. » Il prit une inspiration puis rouvrit les paupières. « Ce que j'essaie de dire, c'est que toute ma vie, je n'ai jamais été dans des états qui mettent en danger mon contrôle de moi-même. Je suis terrifié à l'idée de… » Il ne termina pas sa phrase.

« Perdre le contrôle ? »

« J'ai peur. De moi-même. D'être… » Fit-il d'une voix presque inaudible.

« D'être humain ? Même les dieux sont soumis aux émotions. »

« Pas le … » Elle posa un doigt sur ses lèvres, l'empêchant de prononcer le nom du Bouddha, puis, sans dire un mot, elle s'assit parmi les couvertures pour se mettre à sa hauteur.

« Tes émotions ne sont pas une faiblesse. C'est à cause de ta compassion que tu es devenu chevalier… » Elle baissa le regard. « Et je ne supporterais pas que tu deviennes insensible à mon égard. » Il lui releva doucement le menton, plongeant son regard dans le sien et une nouvelle fois, elle se sentit comme envoûtée par ses yeux magnifiques.

« Apprends-moi alors… » Shaka effleura ses lèvres des siennes, mêlant leurs souffles, dans une caresse d'autant plus exquise qu'elle était pleine de promesses. Cependant, elle s'écarta pour l'observer, craignant presque de le voir s'enfuir malgré ce qu'il venait de dire.

Elle voulut lui demander s'il était bien certain de ce qu'il faisait, mais il l'attira contre lui, si bien qu'elle se retrouva à cheval sur lui, leurs visages à peine à quelques centimètres de distance. Presque timidement, il l'embrassa à nouveau. Devant une telle… soif de connaissance… Ishtar fit rapidement ses adieux à ses maigres scrupules avant de commencer à rendre son baiser à la Vierge, approfondissant l'étreinte, qui devint peu à peu passionnée.

Pendant ce temps, dans son panier près de la cheminée, le truc dormait, ses grands yeux naïfs tournés vers le monde des rêves.

Shaka rejeta la tête en arrière, essayant de reprendre son souffle. Peine perdue. Délaissant ses lèvres, Ishtar traça un sillon brûlant le long de son cou, le faisant frissonner, l'empêchant d'essayer de reprendre ne serait-ce qu'un minimum de contrôle sur sa respiration. Et elle ne faisait absolument rien pour l'aider, se délectant de la peau et du parfum de Shaka comme un chat savourant une soucoupe de lait. Il ne put que fermer les yeux et se mordre les lèvres lorsqu'elle décida d'explorer son torse avec sa langue. C'était nouveau, presque douloureux. Il gémit faiblement, ses mains s'égarant dans la longue chevelure ivoire. Sensations de plus en plus terrifiantes, délicieuses mais terrifiantes. Comme si elle avait pu lire dans ses pensées, elle releva le visage vers lui, puis caressa de l'index le contour des lèvres rougies de Shaka en un geste apaisant, avant d'embrasser tendrement le point sur le front de la Vierge.

Dans son coin, le truc s'étira souplement dans son panier, puis ouvrit un œil bleu-vert, pour le refermer. Il bailla largement, dévoilant ses mini-canines de chaton, puis ouvrit les deux yeux. La scène sur le lit le laissa parfaitement indifférent et il s'étira de nouveau.

Ishtar se pencha pour unir leurs lèvres une nouvelle fois, entrelaçant ses doigts aux siens, guidant ses mains vers elle. Elle ferma les yeux brièvement, plaquée contre lui, savourant les caresses que l'inexpérience rendait encore plus exquises. Plus les secondes passaient, et plus elle brûlait d'arracher leurs vêtements. Dans un effort extrême de volonté, elle se retint de le plaquer violemment contre les draps, mais, toujours assise sur lui, elle enleva avec une lenteur toute calculée le pull qui la couvrait…. Là où l'Ishtar ivre avait échoué, l'Ishtar sobre comptait bien réussir. Héroïquement, Shaka parvint à ne pas avaler sa salive bruyamment en se retrouvant avec une déesse nue à cheval sur lui, qui lui prouvait que l'expression avoir un corps de déesse était loin d'être mal fondée par contre, il ne put absolument pas lutter contre la soudaine vague de chaleur qui le submergea, ce qui eut, entre autres conséquences, de le faire rougir jusqu'aux oreilles et avoir soudain très, très chaud.

Après s'être léché une patte, le truc décida qu'il était d'humeur joyeuse, et commença à jouer avec ce qui l'entourait.

N'ayant pas perdu une miette des réactions de Shaka, Ishtar sourit largement, et secoua légèrement la tête, remettant en ordre sa longue chevelure. Ceci fait, elle retraça doucement de l'index la forme des pectoraux de sa proie, alors que lui osait à peine la toucher à nouveau. Fascinée, elle l'observait comme un chat une souris. Il avait un corps parfait, fin et musclé, des hanches étroites et cet incroyable parfum de sa peau.

N'y tenant plus, elle pausa ses paumes sur son torse et le força à basculer en arrière, l'allongeant contre les draps. Ses longs cheveux blonds lui faisaient un oreiller doré. Mélange incroyable de pureté et de désir sur son visage. Mais à la vue des grands yeux bleus écarquillés qui résultèrent de ce coup de force, elle décida qu'il valait mieux prendre tout son temps. Elle se pencha sur lui, emprisonnant ses poignets, le défiant du regard d'essayer de se libérer, puis elle commença à embrasser et lécher consciencieusement sa peau, s'attardant sur les zones sensibles, descendant de plus en plus bas, jouant avec ses attentes.

Bien incapable d'essayer ne serait-ce que de penser à se libérer, ses doigts s'enfonçant et se crispant dans les draps, Shaka ferma les yeux et se mordit la lèvre inférieure dans une ultime tentative de contrôle de soi, perdue d'avance. Ishtar ne cessa la torture que lorsqu'il poussa de longs gémissements et elle consentit enfin à lui rendre l'usage de ses mains. Shaka l'attira aussitôt à lui, pour lui donner un long baiser passionné, tout en la renversant à son tour contre les draps, pesant sur elle de son poids. La sensation la fit frissonner d'extase. Lorsque le baiser prit fin, ils s'observèrent plusieurs secondes, le souffle saccadé, puis elle baissa le regard et entreprit de s'attaquer à la fermeture du pantalon de Shaka.

C'est à ce moment précis qu'un bruit que l'on pourrait qualifier de « Boum ! » se fit entendre. Tournant tous les deux le visage vers l'origine du bruit, ils virent avec horreur le truc qui avait fait tomber une statuette pendant qu'il jouait… avec la cordelette qui servait à appeler les domestiques.

« Non…. » Fut la seule chose qu'elle fut capable d'articuler, avant que ne lui viennent à l'esprit des visions de chat épilé à la cire, de boule de poile blanche enterrée sous la neige et autres joyeusetés plus ou moins sanglantes où le truc mourrait à chaque fois dans d'atroces souffrances. Soudain conscient qu'on le fixait, le chaton tourna la tête vers ses spectateurs et pencha légèrement la tête de côté. Heureusement pour lui, avoir Shaka sur elle empêcha Ishtar de viser correctement lorsqu'elle lui balança un oreiller, qui atterrit contre l'étagère et non contre le représentant de la race féline.

« Je vais le tuer… » Son attention fut détournée par Shaka, qui l'embrassa dans la nuque.

« Il faut que je parte, il fait déjà jour de toute façon… » Murmura-t-il, reprenant peu à peu son souffle.

« Je n'en ai pas envie. »

« Tu tiens à ce qu'on soit surpris par les serviteurs d'Hilda ? »

« Continue à être sur moi et ce sera de ta faute. » Souffla-t-elle.

« Désolé. »

« Et moi donc… »


Au-dessus du sanctuaire d'Athéna, le soleil était à son zénith, du moins, il devait l'être. Les nuages gris et la pluie tombant sans discontinuer depuis plusieurs heures empêchaient à l'astre d'Apollon de se montrer. Midi…

Pensif, Mu observa la silhouette de Kiki, qui avait entrepris de faire entrer dans sa bouche une bouchée presque aussi grosse que sa propre tête. Il sourit, mais ne fit pas de remarque. Les moments où son disciple retrouvait son entrain et son air de joyeux luron devenaient de plus en rares. Les évènements récents l'avaient mûri, c'était sans doute la destinée des chevaliers d'Athéna que de ne pas avoir une enfance vraiment heureuse. Et pourtant, Kiki tenait le coup, et le Bélier ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la fierté à son égard. Il le considérait comme une sorte de petit frère, ou de fils, selon les jours, même si sa qualité de maître l'empêchait de lui avouer. Indéniablement, ce petit orphelin était devenu sa famille.

« C'est toujours d'accord ? » Kiki avala sans s'étouffer l'énorme bouchée de nourriture qu'il avait portée à ses lèvres, dans ce qui, aux yeux du Bélier, pouvait passer pour un miracle, avant de lever de grands yeux suppliants vers son maître.

« Pardon ? »

« Aldébaran a dis qu'il voulait bien me faire visiter Athènes aujourd'hui… »

« Oui, tu m'en avais déjà parlé. Tu es libre d'y aller, tu t'es bien entraîné ce matin. »

Les joues de Kiki rosirent sous le compliment. Mais ne perdant pas le nord, il avala en vitesse une dernière bouchée, avant de se précipiter hors de la pièce. Mu n'eut même pas le temps de lui proposer de le conduire directement au temple du Taureau que déjà, son disciple courrait sous la pluie en grimpant les marches.

« La jeunesse… » Murmura-t-il, se sentant tout à coup bien vieux et sage pour un jeune homme d'à peine une vingtaine d'années. Et encore, sa courte vie, il l'avait déjà perdue une fois. Absorbé par ses pensées mélancoliques, il saisit une pomme, qui à sa grande surprise, s'évapora de sa main.

« Oui, c'est très beau la jeunesse, on ne l'apprécie que lorsqu'on l'a perdue… » Relevant les yeux, Mu vit Shion sur le pas de la porte de la cuisine, en train de mordre négligemment dans le fruit. Pris au dépourvu, il lutta contre le réflexe instinctif de mettre un genou à terre devant le Pope, mais celui-ci n'avait pas l'air de lui rendre une visite formelle. « Par exemple, » Continua Shion « je peux t'assurer qu'avoir passé du temps avec un dentier te fait apprécier de retrouver tes propres dents… » Sur ce, il croqua de nouveau la pomme, la tenant d'une main tandis qu'il tenait son masque de Grand Pope de l'autre, puis fit brusquement enfler son cosmos pour sécher instantanément sa lourde toge blanche brodée d'or et sa longue chevelure vert pâle, jusque-là dégoulinantes d'eau de pluie. Abasourdi, Mu le contemplait comme une apparition.

« Un dentier… » Fut la seule chose qu'il fut capable d'articuler, ce qui fit sourire Shion.

« Oui, il faut avouer que sur le tard, j'avais un peu perdu de ma superbe. » La remarque ne fit pas rire Mu. Comment avait-il pu s'approcher sans même qu'il le perçoive ? Une fois de plus depuis leur résurrection, il eut le sentiment écrasant de ne pas être à la hauteur, tandis que Shion l'observait de ses yeux d'un violet sombre.

« Tu es bien soucieux Mu, le ciel a l'air plus gai que toi. » La question sortit Mu de son silence.

« Ce n'est rien. Je suppose que cette pomme n'est pas la seule raison à votre venue. » « Effectivement. » Shion haussa les épaules sous sa lourde toge, puis croqua la pomme de nouveau. « La pluie m'a surpris juste à la fin de ma tournée habituelle dans le sanctuaire… »

« Sachant que monter les marches sous la pluie est moins agréable que d'être téléporté directement au Palais… »

« J'ai bien peur d'être démasqué. » Sourit le Pope, qui s'était d'ailleurs littéralement démasqué pour pouvoir manger. Il s'avança dans la pièce pour poser son masque sur la large table en bois, avant de commencer à fureter dans les placards à la recherche de nourriture, ayant fini sa pomme. « Maître ? »

« Mu ? » Le plus naturellement du monde, Shion continua à explorer le garde-manger de son successeur, sans prendre la peine de se retourner.

« Troisième placard en haut à gauche. » Soupira le Bélier. Suivant le conseil, le Pope y dénicha du pain, qu'il décida de compléter avec un peu tout ce qui lui tombait sous la main, trop heureux de se servir à nouveau de ses dents. Il fut bientôt assis, attablé devant un monstrueux sandwich improvisé qui aurait fait frémir le moindre nutritionniste. Presque blasé par son manège, Mu resta debout, se contentant de faire chauffer de l'eau pour faire du thé.

« C'était la même chose lorsque j'étais enfant, vous n'aviez jamais le temps de manger quand vous étiez au sanctuaire. Je me souviens qu'une fois, vous n'aviez ni mangé ni dormi pendant trois jours à cause de l'arrivée de nouveaux chevaliers à gérer. »

« La charge de Pope est usante, mais c'est un honneur de l'assumer. »

Mu ne répondit rien, trouvant étrange de se retrouver ainsi face à Shion, alors que depuis leur résurrection, il lui avait à peine accordé son attention. Avait-il seulement des regrets… Pendant qu'il était roué de coups par ceux dont les âmes pleuraient des larmes de sang… Shion pleurait-il lui aussi à ce moment là ? Il l'avait paralysé comme un vulgaire insecte et empêché Saga de l'attaquer… pour le protéger ou l'achever lui-même ? Sifflement… Un brin perdu, Mu se retourna pour éteindre la bouilloire.

« J'ai vu ton disciple en arrivant. Comment se passe son entraînement ? » Le Bélier se servit une tasse de thé et regarda quelques instants les feuilles infuser lentement.

« Bien. Il a encore beaucoup de progrès à faire, mais il a la volonté et les capacités. Il lui a quand même fallu du courage pour transporter l'urne de la Balance dans le domaine de Poséidon alors qu'il n'est encore qu'un simple apprenti. Je suis certain que le temps venu, il fera un excellent chevalier. »

« Dohko l'estime beaucoup. »

Mu ne répondit rien, souriant simplement, puis jeta un œil par la fenêtre de la cuisine. La pluie tombait toujours dehors, faisant résonner de son chant liquide l'intérieur même du temple du Bélier. C'était un bruit de fond apaisant. Sur la table, le masque du Grand Pope luisait faiblement. Le silence tomba doucement, jusqu'à ce que Shion termine son repas improvisé et se serve une tasse de thé.

« Tu n'as rien remarqué d'anormal au Sanctuaire ces derniers temps ? » Mu releva les yeux vers le Pope, où voulait-il en venir ?

« Hormis le vol de l'urne et les chevaliers d'acier qui nettoient les escaliers du sanctuaire avec une brosse à dent ? Je ne vois rien de particulier à signaler. »

« Oui, je dois avouer que c'est une punition amusante. J'aurais pu être beaucoup plus sévère. » Shion ferma les yeux brièvement, son sourire quittant son visage. « Un détail me trouble Mu. Je n'en ai parlé qu'à Dohko jusqu'à présent. Je suis certain que seul les chevaliers d'or savaient où nous avions caché l'urne de Poséidon après sa libération et pourtant, elle a bien été volée. »

« Aucun chevalier d'or ne pourrait trahir Athéna, nous nous sommes tous sacrifiés pour elle lors de la dernière guerre. »

« Prenons le problème à l'envers Mu. Poséidon a aidé Athéna lors de la guerre contre Hadès, par conséquent, le traître aurait eu tout intérêt à agir comme un fidèle serviteur d'Athéna. Si traître il y a bien entendu. »

« Impossible… » Murmura Mu, tout en sentant le doute s'insinuer dans son esprit.

« C'est ce que pense Athéna, elle m'a formellement interdit de faire des recherches… »

« Pourquoi me dire cela alors ? »

« Elle ne te l'a pas interdit à toi… Et tu es la seule personne à qui je puisse confier cette tâche en toute confiance. Je te le demande comme un service et non comme un ordre. »

« Vous voulez désobéir à Athéna ? »

« Pour son bien… »

« Et le fait d'essayer de me tuer, c'était aussi pour mon bien ? » Mu se mordit la lèvre en réalisant ce qu'il venait de dire. Ecarquillant légèrement les yeux, Shion posa sa tasse sur la table. Il y eut un long silence, seulement troublé par le bruit de la pluie, durant lequel ils s'observèrent.

« Penses-tu que je l'aurais fait Mu ? »

« C'est ce que je voudrais savoir. » De nouveau, un long silence.

« Je pense que je vais marcher finalement, ça me fera le plus grand bien. » Dit calmement Shion avant de saisir son masque et de se lever. Impuissant, sans être capable d'articuler un seul mot, Mu le contempla remettre le masque et sortir de la pièce. A l'extérieur, la pluie continuait à tomber.