Bla Bla de l'auteur.
Auteur: Uasti
Publication du chapitre : le 13 janvier 2007
Disclaimer : J'ai récemment kidnappé Masami Kurumada pour qu'il me donne ses droits, mais il m'a dit que je pouvais toujours courir...
Reviews : Merci énormément pour votre soutien, vos remarques qui me permettent de m'améliorer ainsi que de me motiver pour écrire la suite quand parfois, j'en ai marre de bloquer sur certains passages. Vos reviews ont été le plus beau cadeau de Noël que je puisse avoir souhaité, ainsi que tous vos autres messages. J'espère ne pas vous décevoir par la suite et je vous souhaite la meilleure année possible, avec plein de bonheur, d'amour, d'argent... et d'inspiration.
Dans ce chapitre : J'ai honte... Je n'assume pas... Et si je devais résumer, je dirais juste que les bureaux des prêtresses ne sont plus ce qu'ils étaient... Je rejette la faute sur ma bêta, qui prône la liberté d'expression et la fin de la censure (aie, non, ne sort pas ton fouet...) Comme d'habitude, la suite dés qu'elle est écrite.
Encore mille fois merci à ma bêta lectrice, qui, comme moi, a des horaires de dingue mais est toujours présente pour me conseiller et chasser les vilaines fautes qui agressent mes chers lecteurs... Bonne lecture à tous !
Chapitre 14 - Sang
Elégant ou du moins pensant l'être, sûr de lui, à condition d'effacer certains souvenirs récents de sa mémoire, revêtu de son écaille des mers, la crête qui lui servait de chevelure oscillant pendant qu'il marchait, le torse bombé, le menton haut, Krishna de Chrysaor allait accomplir son devoir : porter une lettre.
Il arriva bientôt devant une lourde porte en bois verni, qu'il poussa pour pénétrer une pièce chaude et confortable, parsemée de fauteuils et de diverses étagères où s'étalaient des instruments de musique. En ce début d'après-midi, un son de piano s'élevait dans les airs au fur et à mesure que la princesse Freiya en frappait délicatement les touches, accompagnée de sa sœur. La mélodie à quatre mains s'arrêta à l'entrée du général de Poséidon dans la pièce. Il s'approcha un peu d'Ishtar avant de poser un genou à terre, dans un silence où l'hostilité des princesses Freiya et Hilda de Polaris était devenue presque palpable.
« Pardonnez-moi de vous interrompre… »
« Vous auriez pu frapper avant d'entrer. » Le coupa Ishtar. Elle était debout devant une table remplie d'instruments de musique, qu'elle effleurait du bout des doigts. Ce jour-là, il y avait quelque chose dans son cosmos qui incitait à ne surtout pas la mettre en colère. Le genre d'aura qui faisait penser que les instruments qu'elle observait presque amoureusement servaient plutôt à torturer les gens qu'à faire de la musique.
« Je vous présente mes excuses. » S'étrangla le général, baissant les yeux dés qu'il croisa le regard minéral de la déesse. Ce genre de regard, il ne l'avait croisé qu'une seule fois, c'était dans les yeux d'un cobra juste avant qu'il ne le morde.
« Que voulez-vous ? » Dit Ishtar, essayant de contrôler sa mauvaise humeur.
« Poséidon m'a remis une lettre pour vous. Je dois également vous informer de mon départ prochain. » Alors ça, c'était sans doute la meilleure nouvelle de la journée. Soudain radoucie, Ishtar lui fit signe de lui apporter la lettre.
« Quand retournez-vous au sanctuaire sous-marin ? »
« Demain ou après-demain au plus tard. »
Ishtar aurait presque sauté au cou de Krishna tellement la nouvelle de son départ, mais surtout ce qu'elle impliquait, à savoir le retour de Kanon, lui fit plaisir. Cependant, elle se contenta de saisir l'enveloppe cachetée que lui tendait le général. Elle daigna même lui sourire pour lui signifier de sortir, puis l'observa quitter la pièce, vaguement mélancolique. Kanon avait eu raison finalement, la présence de Krishna l'avait bien fait rire. Elle le soupçonnait d'ailleurs d'avoir incité Poséidon à choisir Krishna, juste pour mettre la Vierge dans l'embarras.
Parfaitement consciente de la curiosité des deux sœurs, Ishtar regarda la lettre, sachant parfaitement ce qu'elle trouverait à l'intérieur. Elle n'avait même pas besoin de l'ouvrir. Après quelques secondes de silence où elle sentit peser sur elle le regard interrogateur des deux princesses, elle tourna le visage vers elles, assises côte à côte sur le siège rectangulaire du piano.
« Il y a un téléphone dans ce château ? » Hilda cligna des yeux, tandis que le visage de Freiya trahit la surprise. « J'ai besoin d'appeler à l'étranger. Rien à voir avec Asgard ou une guerre, je vous assure. » Ajouta la déesse en observant l'expression étonnée des deux autres.
« Bien sûr. » Hilda avait été la première à reprendre contenance. « La ligne n'est cependant pas très bonne à cause de la neige, mais cela ne devrait pas poser trop de problème. Je vous accompagne. »
« Merci. »
Peu après, elles marchaient en silence dans le dédale des couloirs, bordés de statues. Le palais d'Odin était une véritable curiosité, il était immense, parcouru de courants d'air, mais pourtant, l'intérieur de l'édifice arrivait toujours à rester dans des températures convenables. C'était un microcosme de cuisiniers, valets, gardes, religieux, quelques nobles vivaient même dans les lieux, alors qu'ils n'appartenaient pas à la famille de la prêtresse.
« Déesse… »
« Oui ? »
« J'avais oublié de vous informer que les armures divines sont réparées, elles seront amenées au palais dans la soirée. Si vous désirez toujours les examiner, il vous suffira de demander à un serviteur de vous y conduire. »
« Très bien, je les verrais certainement demain. » Il y eut un long silence, où Ishtar se mit à ruminer intérieurement contre le truc après être passée devant une tapisserie représentant un chat.
Ishtar n'était pas en colère, non… extrêmement frustrée, c'était déjà plus juste. Tout cela à cause d'un crétin de chaton qui n'avait rien trouvé de mieux à faire que d'appeler les domestiques pile au moment où ça devenait intéressant. Elle l'aurait tué. Prendre une douche glacée n'avait pas arrangé son humeur et encore moins le fait de passer plus de deux heures à soigner des malades alors que Freiya lui emplissait les oreilles avec son bavardage continu. Rien d'étonnant à ce qu'elle ait des envies de meurtre. Dans le passé, elle avait déjà tué pour beaucoup moins que ça. Sa seule consolation, c'est qu'elle avait ordonné aux domestiques de shampouiner le truc…
« Nous sommes arrivées. N'hésitez pas à vous mettre à l'aise. » La voix d'Hilda sortit Ishtar de ses pensées. Elle contempla quelques secondes la porte en face d'elle avant que la prêtresse ne l'ouvre, dévoilant une pièce plutôt large dont les murs étaient couverts de nombreuses étagères emplies de livres. La partie centrale était occupée par un imposant bureau où s'accumulaient des centaines de dossiers. Certaines piles étaient même posées sur le sol. Le sol en pierre était réchauffé par des tapis. Un feu de cheminée crépitait joyeusement, réchauffant la pièce.
« C'est votre bureau ? »
« Oui, comme vous pouvez le constater, je pourrais facilement passer ma vie à trier les dossiers. »
« Je vois. » Ishtar avait presque oublié qu'Hilda cumulait sa charge de prêtresse avec celle de souveraine. « Merci de m'avoir accompagnée. »
« De rien. »
Hilda s'inclina gracieusement puis sortit de la pièce, laissant seule la déesse, qui fut bientôt assise dans le large fauteuil derrière le bureau. Elle déterra le téléphone d'en dessous une pile de feuillets, puis ouvrit la lettre de Poséidon. L'avantage de la fortune et des relations, c'est qu'elles vous rendent la vie plus facile. Comme il le lui avait annoncé la veille, Poséidon l'informait aimablement que la justice estimait avoir fait une « erreur » en la soupçonnant du meurtre de ses parents adoptifs et qu'il ne lui restait plus qu'à régler quelques « détails » en contactant l'un des avocats de la famille Solo, dont il lui fournissait les coordonnées. Evidemment, il fallait appeler la personne et non pas lui parler par télépathie, puisque comme la plupart des membres de l'entourage de Jullian, il ne s'agissait que d'un homme ordinaire.
Poussant un soupir, elle hésita à appeler, se demandant si ça lui était vraiment utile, maintenant qu'elle avait renoncé à essayer de reprendre une vie normale après avoir ressuscité les guerriers divins. Elle était trop lucide pour savoir qu'on ne la laisserait pas en paix, elle n'était même pas certaine qu'elle serait autorisée à rester en Asgard après leur résurrection, malgré son envie de pourvoir y demeurer. Cependant, régler au moins ce problème allait lui permettre d'enterrer définitivement cette partie à la fois proche et lointaine de son passé. Et ça lui permettrait aussi de pouvoir gérer en toute tranquillité l'argent que lui avait donné Poséidon après avoir ressuscité ses généraux.
Elle passa une main dans sa chevelure, perdue dans ses pensées. Une bonne heure s'écoula avant qu'elle ne décide finalement à composer le numéro.
Au loin, l'aura d'Hilda était désormais perceptible alors qu'elle s'était mise à prier Odin.
La brise marine jouait dans les cheveux du Dragon des mers, faisant virevolter ses longues mèches bleues. Debout sur une falaise, indifférent au sol couvert de corail qui scintillait à ses pieds comme un parterre de joyaux, il observait la plage en contrebas. Les plages du domaine de Poséidon étaient étranges, elles bordaient tout le tour du sanctuaire sous-marin et pour peu que l'on nage trop loin, il était possible de se retrouver soudain à la surface, perdu en plein milieu de l'océan atlantique ou indien. C'était déjà arrivé à Kanon. Il s'était retrouvé nu à grelotter en plein milieu de l'antarctique. Depuis, il s'était promis de ne plus jamais se baigner que sur les bonnes vieilles plages traditionnelles de la surface.
Mais pour l'heure, ce n'était pas une baignade qui l'intéressait, mais plutôt la plage elle-même, et ce que l'on distinguait depuis sa hauteur comme une silhouette se promenant sur le sable blanc.
« Tu n'as toujours pas été la voir. »
Ce n'était pas une question. Un simple constat, sans jugement. Revêtu de son écaille, le Dragon plissa les yeux puis se retourna, un petit sourire cynique flottant sur ses lèvres. Son frère se tenait face à lui, image d'autant plus troublante que son jumeau avait été obligé de lui emprunter des vêtements. Saga portait l'habituelle tunique d'entraînement de Kanon, bleue à lacets. Pourquoi, parmi tous ses vêtements, avait-il fallu qu'il choisisse celui-là ? Le matin, alors qu'il avait encore la gueule de bois, il avait cru que son jumeau était en fait sa bonne conscience venue le torturer. Mais bizarrement, sa bonne conscience s'était contentée de le soigner et de lui faire du café.
« Je n'ai rien à lui dire. »
« C'est pour ça que tu es en train de l'observer ? »
Kanon répliqua par une moue dédaigneuse et se retourna vers la plage, tournant le dos à son frère. Habitué au masque cynique de son jumeau, Saga se contenta de s'approcher de lui pour se tenir à son côté. Ils observèrent en silence la jeune femme en contrebas. Elle s'était assise sur le sable. Le visage de Kanon demeura parfaitement impassible lorsqu'il vit s'approcher d'elle la silhouette de Siren de Sorente. Aucune réaction non plus de sa part lorsque le gardien de l'atlantique sud la prit dans ses bras alors qu'elle était clairement en train de pleurer.
« Kanon… »
« Je n'ai rien à lui offrir. Elle va me haïr. Il la consolera. C'est mieux comme ça. »
« Il n'y a pas que la haine tu sais. »
« Je sais. »
Mais c'est ce qui l'avait fait tenir, lui, quand Saga l'avait rejeté. Rien de plus facile que de détester quelqu'un que l'on aime profondément. Il n'avait sans doute jamais détesté quelqu'un autant que Saga et par extension Athéna. Pour le moment, rien d'autre que son frère n'était important. Il ne voulait pas que l'autre en lui reprenne le dessus. Jamais.
Il frémit en sentant Saga poser sa main sur son épaule. Surpris, il leva les yeux vers lui pour rencontrer un sourire, profondément doux et bon. C'était sans doute à cause de ce genre d'instant, où il irradiait la lumière et la bonté, que son frère avait été considéré comme un demi-dieu. Plus pour cela que pour sa puissance. Il ne le comprenait que maintenant, alors que son frère, par l'ironie du sort, ne lui avait jamais autant ressemblé qu'en cet instant, à cause de ses vêtements. A cet instant où, comme de nombreuses années plus tôt, ils se retrouvaient à deux près d'une falaise, l'un revêtu d'une armure et l'autre pas.
« Je t'aime Saga. » Souffla-t-il sous le coup d'une inspiration subite avant de réaliser ce qu'il venait de dire à haute voix et sans excuse valable comme par exemple la crainte d'une mort imminente. Il tourna aussitôt les talons, le rouge aux joues, et se mit à marcher, essayant de retrouver sa bonne vieille carapace. « Je te tue si tu me reparles de ce que je viens de dire. » Grommela-t-il.
En occident, le Paon est symbole de vanité et par bien des côtés, Gabriel donnait à penser que son signe ne méritait pas cette réputation par hasard car il ne supportait que très peu que l'on se moque de lui. Toute personne émettant une remarque sur la chevelure d'un rose vif du chevalier d'argent se voyait rapidement remettre en place et ce, malgré le calme presque philosophique qu'il avait été obligé d'acquérir à force de devoir gérer ce qu'il nommait les bizarreries de son disciple. Ironiquement, c'est ce qu'en pensait Gabriel, le Paon est également symbole de gentillesse, de pureté et de bonheur en Orient et plus particulièrement en Inde. Cela aurait pu plaire au chevalier si le noble oiseau n'avait pas parfois servi de monture dans certaines représentations hindouistes du Bouddha… de là à dire qu'il avait parfois l'impression que Shaka le prenait pour un âne…
Pour être honnête, Gabriel se sentait partagé entre l'agacement et l'admiration concernant son élève… mais il aurait préféré se casser une jambe que de le reconnaître. C'était donc une relation étrange qui s'était établie entre lui et le blondinet, où le maître n'était pas forcément toujours celui que l'on croyait.
Pour l'heure, c'était plutôt le côté oriental du Paon qui prenait le dessus. Inquiet, il observait depuis déjà plus d'une heure le visage endormi de son disciple en se demandant ce qu'il pourrait bien lui dire à son réveil.
Accoudé contre le cadre de la porte, Gabriel décida finalement de s'en aller prendre l'air à l'extérieur de la petite maison, confiant Shaka à la garde du tigre assoupi au pied du lit. Il fut bientôt assis sous la pâle clarté des étoiles, à se demander ce qu'il devrait faire demain, lorsque le gamin s'éveillerait et se souviendrait de la journée qui venait juste de s'écouler. Heureusement, le somnifère lui donnait encore quelques heures d'un répit artificiel. Une chaleur moite dominait l'atmosphère nocturne. Le Paon ferma les yeux, appréciant la légère brise venant du fleuve tout proche. Il se sentait coupable de ne pas avoir pu l'aider, il aurait aimé protéger le gamin encore un peu…
Ce matin-là, le monastère grouillait d'une activité débordante, qui contrastait avec la sérénité habituelle des lieux. Mais cela s'expliquait par un simple regard sur le calendrier : 8 décembre. Pour Gabriel, ça aurait juste voulu dire qu'il faudrait qu'il commence à chercher un cadeau pour sa vieille maman. Pour Shaka, cela signifiait retourner au monastère pour participer à la cérémonie annuelle célébrant l'éveil du Bouddha. C'est donc de bonne grâce que le Paon avait remis son disciple entre les mains des moines afin qu'ils fassent des trucs absolument crétins, à ses yeux du moins, comme marmonner des prières incompréhensibles dans une atmosphère remplie de fumée ou un autre truc du genre. Gabriel était plus terre à terre que mystique. Il ne s'était donc pas attardé pour « profiter » de la cérémonie…
Shaka, par contre, fut littéralement submergé. Dés son arrivée, il fut conduit à l'intérieur du monastère, puis lavé, peigné, enduit de substances diverses, habillé richement puis posé comme un objet de culte sur un lotus géant en or. Tout cela sous l'œil bienveillant de l'ancien. Le vieux moine allait et venait partout, réglant tout dans ses moindres détails. Religieusement, cette cérémonie était l'une des plus importantes de l'année, de manière plus prosaïque, c'était aussi l'occasion pour le monde extérieur et la masse des fidèles de pénétrer l'intérieur du lieu de culte. Le socle du lotus fut bientôt recouvert de fleurs, de corbeilles de fruits, mais aussi de dons moins modestes, comme des pièces, des billets ou des étoffes précieuses.
Impassible, les yeux fermés, revêtu d'un sari d'un blanc immaculé, Shaka ressemblait à une idole que chacun serait venu voir pour demander une faveur ou faire une offrande, certains pèlerins s'inclinaient devant lui, d'autres lui touchaient les pieds ou le front. Sa beauté aryenne et le calme qui régnait en permanence en sa proximité n'avaient fait que parachever la croyance et les rumeurs qui s'étaient propagées depuis que les moines l'avaient recueilli. A dix ans, le jeune garçon était devenu l'égal d'un dieu pour les habitants de la région.
En début d'après-midi, les chants et les prières commencèrent à résonner dans l'édifice, rythmés par les bruits de percussions des gongs frappés par les moines ou ceux plus légers des rosaires dont les perles s'entrechoquaient au rythme où les fidèles les secouaient. Des encensoirs embaumaient la vaste salle, décorée pour l'occasion.
Pendant ce temps, Radjah prenait sa revanche sur un vieux souvenir douloureux. Le tigre avait réussi à se faufiler dans les cuisines désertées par les bonzes. Le bienheureux tigre fit donc rapidement un véritable festin, atteignant sans doute l'équivalent digestif du nirvana.
Malheureusement, les richesses du vihara attirèrent également un autre type de pilleurs ce jour-là. En début de soirée, alors que la foule des pèlerins commençait à quitter le monastère, des coups de feu résonnèrent. Des coups tirés en l'air, pour créer la panique. L'Inde étant un pays de contrastes, la richesse nouvelle de certaines zones n'en rendait que plus intolérable la pauvreté de nombreuses provinces. Dans le Nord-ouest du pays, la règle ne faisait pas exception et la misère, conjuguée à l'analphabétisme et au manque de pouvoir des autorités, avait engendré une multiplication des vols, meurtres, braconnages et autres pillages…
« Il faut vous mettre à l'abri jeune maître ! » Le vieux moine était extrêmement inquiet, plus pour les autres que pour lui-même d'ailleurs. « Je vous en prie, il faut partir, les biens matériels ne sont rien… »
« Maître ! Maître ! » Un bonze traversa la vaste salle en courant, bousculant quelques moines ou fidèles sur son passage. « Maître ! Ils ont … » Il se tut, des coups de feu retentissant dans la salle.
« Trop tard. » Murmura l'ancien, tandis qu'une dizaine d'hommes armés entrait dans la salle.
Toujours juché sur son lotus, Shaka était complètement immobile. Les yeux fermés, il compta onze personnes agressives dans la salle, ainsi que six autres à l'extérieur. Il était en proie à un dilemme. Il refusait d'utiliser la violence, sauf en cas de force majeure, et dans tous les cas, le chevalier du Paon lui avait toujours répété que ses pouvoirs ne devaient servir qu'à défendre Athéna et non pas des intérêts personnels. Et, aussi agressifs qu'ils soient, ils n'étaient que des hommes. Il ne pouvait pas utiliser son cosmos contre eux sans courir le risque de les tuer. Il ne parvint qu'à une seule solution raisonnable, essayer de contacter son maître, le chevalier d'argent du Paon.
Après ça, tout ce dont Shaka avait été capable de se souvenir pendant longtemps, c'était du sang, l'abominable odeur du sang. Sur ses mains.
Il avait passé toute la mâtinée et une partie du début d'après-midi à s'entraîner dans la neige et le froid glacial avant de décider de s'arrêter pour la journée. Complètement trempé et épuisé, Shaka essaya de se concentrer pour reprendre un rythme de respiration normal. Ses longs cheveux blonds étaient alourdis par les flocons de neige, sa tunique d'entraînement était détrempée et lui collait à la peau, mais pourtant, il ne sentait pas la morsure du froid.
Cela faisait plusieurs jours qu'il négligeait son entraînement. Cette petite session avait été bénéfique. Il se sentait plus calme aussi, beaucoup plus calme. Pourtant, il se doutait bien que ce n'était même pas la peine d'essayer de méditer, les images de la mâtinée lui revenant sans cesse à l'esprit. Et ce n'était pas vraiment l'idéal pour être serein.
C'était stupide, mais en retournant dans sa chambre, il avait presque eu l'impression que son armure priait désormais pour son salut. Ou pour qu'un nouveau chevalier de la Vierge se déclare, et vite. Shaka haussa les épaules, chassant ces pensées de son esprit, avant d'exécuter une série d'assouplissements pour permettre à ses muscles endoloris de se détendre. Sa respiration était enfin redevenue normale lorsqu'il fronça les sourcils, sentant se matérialiser une aura, qu'il reconnut presque aussitôt. Dans un bel éclat de cosmos doré, le chevalier d'or du Bélier venait d'apparaître à peine à quelques mètres de lui, habillé simplement d'un pantalon noir et d'une légère tunique. Il avait cependant pris la peine d'enrouler une large écharpe violette autour de son cou et elle lui couvrait à moitié les épaules.
« Bonjour Shaka. » La Vierge fit un petit signe de tête en guise de salut, tout en gardant les yeux fermés. Mu eut l'impression de voir Shaka l'observer intensément malgré ses paupières closes. Le Bélier avait toujours trouvé que c'était une capacité magnifique, même si elle était toujours un peu déstabilisante.
« Tout va bien Mu ? » Finit par demander la Vierge.
« Je suppose que mon cosmos parle de lui-même. » Il y avait une interrogation muette dans le cosmos du tibétain. La même que celle qu'il avait toujours lorsqu'il venait s'asseoir près de Shaka, lorsqu'il méditait dans son temple.
« Tristesse et doute, c'est ce que je lis en toi, sans savoir pourtant ce qui les cause. »
« Tu es redoutable. Je te dérange ? » Demanda l'atlante.
« Tu peux rester avec moi si tu le souhaites, cela ne me dérange pas. »
« Tu veux que l'on s'entraîne ensemble ? »
« J'ai terminé pour aujourd'hui. » Shaka passa une main sur son front, décollant les mèches qui étaient plaquées sur sa peau par l'humidité. «J'ai juste besoin de prendre une douche. Mais ensuite je veux bien méditer ou discuter avec toi. Cela ne me pose aucun problème. »
« D'accord, je te suis dans ce cas. »
Les deux chevaliers se dirigèrent tranquillement vers le Palais, complètement indifférents à la neige dont le nombre de flocons avait sensiblement augmenté. Une belle tempête était à prévoir pour le soir même.
Lorsqu'ils arrivèrent dans le couloir, ils croisèrent un serviteur qui portait le truc, recroquevillé dans un panier. Complètement traumatisée, la pauvre petite boule de poils apeurée avait été lessivée, essorée, peignée et brossée avant de se faire passer un ruban rose autour du cou. Tout cela sur un ordre d'Ishtar, exécuté prestement par les serviteurs que le truc avait lui-même appelés sans le vouloir. Reconnaissant Shaka, le chaton bondit hors du panier pour venir se frotter entre ses jambes en ronronnant… Avant de faire un bond en arrière avec un miaulement mécontent en rencontrant le tissu détrempé. Amusé, Shaka s'agenouilla et caressa doucement le chaton afin de l'apaiser.
« Pardonnez-moi seigneur de la Vierge. » Shaka releva le visage vers le serviteur intimidé, lui faisant comprendre qu'il pouvait parler. « La déesse n'est pas dans ses appartements. Que dois-je faire concernant ce chaton ? »
« Rien, vous pouvez me le confier. Je le lui remettrai. » Visiblement soulagé, le serviteur s'inclina puis disparu rapidement au bout du couloir, tandis que Shaka se relevait et donnait le truc à Mu, qui se retrouva agressé par un mini félin voulant lui râper le nez à grands coups de langue.
« C'est normal qu'il sente la vanille ? » Demanda Mu tout en marchant.
« J'ai bien peur qu'Ishtar soit responsable. Entre, je t'en prie. »
« Merci. »
Une quart d'heure plus tard, Shaka sortit de la salle de bain, pieds nus, mais habillé d'un pantalon et d'un pull noirs. Il trouva Mu en train de contempler l'armure de la Vierge, posée à côté de son urne devant la baie vitrée donnant sur le balcon enneigé. En cette fin d'après-midi, les derniers rayons du soleil étaient en train de faire leurs adieux au paysage enneigé, tout en jouant à faire des reflets sur l'armure de la Vierge. Mu tenait le truc endormi dans ses bras, et comme toujours, ses longs cheveux violets étaient retenus à mi-longueur par un ruban. Il avait enlevé sa large écharpe, désormais posée sur le dossier de l'un des deux fauteuils devant la cheminée.
« Désolé, déformation professionnelle. » Soupira l'atlante, détachant son regard de l'armure d'or, figée en une éternelle position de prière. « C'est dommage que les ailes ne se déplient pas quand elle est revêtue, ça serait très joli. »
« Ce serait sans doute très pratique aussi. » Les paupières toujours closes, Shaka contempla Mu d'un air énigmatique. « Je suppose que ce n'est pas mon armure qui te préoccupe. »
« J'ai suivi tes conseils concernant Shion. » Devant le ton découragé de Mu, Shaka lui fit silencieusement signe de s'asseoir sur l'un des fauteuils.
« Mais ? » Souffla la Vierge.
« J'ai manqué de diplomatie. » Et là, Mu trouvait que c'était encore un bel euphémisme. Il avait passé toute la journée à se traiter d'idiot sans pour autant trouver le courage d'aller voir son maître pour clarifier la situation. Dés que les mots avaient franchi ses lèvres, il avait réalisé à quel point il avait été dur et injuste. Et en même temps, il ne pouvait s'empêcher d'estimer que ce n'était pas entièrement sa faute.
« Ca va aller Mu, j'en suis certain. » Curieusement, le simple fait que Shaka prononce ces quelques mots d'une voix apaisante suffit à lui remonter le moral. Mu ferma les yeux, se sentant entouré par le cosmos serein de son interlocuteur, qui vint s'asseoir sur l'autre fauteuil.
« Explique-moi ça calmement, d'accord ? » Le Bélier hocha la tête.
Toujours assise dans le fauteuil d'Hilda, Ishtar avait raccroché depuis longtemps le téléphone et griffonnait avec application une feuille de papier lorsque l'on frappa à la porte. Elle pria intérieurement pour qu'il ne s'agisse pas de Freiya.
« Entrez. »
Ishtar releva le visage lorsque son visiteur entra dans la pièce. Elle retint son souffle en constatant qu'il ne s'agissait de personne d'autre que son obsession incarnée.
« Tu frappes aux portes maintenant ? Je croyais que tu aimais me faire peur. » Sans répondre, Shaka referma la porte et s'appuya contre, visiblement soulagé. Son comportement, ajouté au fait qu'il dissimulait son cosmos, ne pouvait signifier qu'une seule chose. « Tu fuis Krishna on dirait… Tu devrais être satisfait, il part demain ou après-demain. »
« Oui, mais je crains qu'il n'ait une envie très particulière de me faire ses adieux… » Il avait eu le malheur de le croiser après le départ de Mu et il avait inventé la première excuse possible avant de prendre la fuite.
« Sans doute une expérience mystique à base de don de soi, d'extase et de septième ciel j'imagine… » Elle nota avec amusement qu'il ne rougit même pas de la remarque mais ouvrit les yeux pour la fixer.
« Très imagé… » Fut le seul commentaire de la Vierge, qui se demandait si Ishtar n'était pas dans le fond beaucoup plus dangereuse que le général de Poséidon rôdant dans les couloirs.
« N'est-ce pas ? »
« Je te cherchais » Finit-il par articuler, détachant à regret son regard du sien. « Qu'est-ce que tu fais ? » A cette question, elle baissa le regard vers le bureau, le temps de reposer le stylo qu'elle tenait en main.
« Oh, la routine, je dessine, je m'isole l'après-midi entier dans cette tanière pour fuir Freiya, et accessoirement, je bénéficie de la complicité de Poséidon pour corruption et trafic d'influence sur des fonctionnaires de justice. » Résuma-t-elle d'un ton ironique. « Ah oui, il faut aussi que j'aille régler des problèmes de papiers demain. » Devant cette avalanche d'information, Shaka demeura d'une sérénité admirable.
« Je dois m'inquiéter ? »
« Non, sauf si tu m'accompagnes demain. »
« Pourquoi ? »
« C'est compliqué, tu devrais t'asseoir. »
« Hum. »
« Heu, quand je te disais de t'asseoir… »
« Tu voulais dire pas sur le même fauteuil ? »
Il s'était blotti contre elle, son postérieur élégamment posé sur le fauteuil mais ses cuisses reposant sur celles d'Ishtar, comme un gamin, il lui respirait dans le cou et avait passé ses bras autour d'elle.
« Heureusement que tu n'as pas ton armure, je serais morte écrasée. » Finit-elle par répondre à mi-voix, jouant avec une longue mèche dorée.
« Je ne t'écrase pas, mais je peux m'asseoir sur toi si tu insistes. »
« Ca ira… » Elle se demandait si la Vierge était d'humeur aguicheuse ou seulement câline.
« On n'était pas supposé avoir une conversation sérieuse ? » A cette question de Shaka, Ishtar conclut à son grand regret que c'était la seconde hypothèse qui semblait être la bonne.
« Hum… c'est de ta faute, tu me troubles et tu le fais exprès. »
« Ishtar… »
« Très bien… puisque tu insistes... Je te préviens que la conversation va être moins amusante. »
« J'insiste, qu'est-ce qui est si compliqué ? »
« Et bien, quand je suis arrivée en Grèce, je fuyais la police parce que j'avais dû tuer mes parents adoptifs pour me défendre, à cause de la malédiction. »
« Tu n'as pas à t'en vouloir, nous en avons déjà parlé. »
« Je ne sais pas. Avant, je pleurais rien qu'en y pensant, mais depuis que j'ai récupéré tout mes souvenirs, ça m'attriste simplement, comme si mes autres crimes relativisaient celui-là… ça en est presque terrifiant. » Elle soupira. « En tout cas, c'est à cause de ça que Poséidon m'a aidée avec la justice. Mais maintenant, je me dis que ça ne sert plus à rien. Même si je retrouve un statut social soi-disant normal, je ne pourrais jamais recommencer à vivre comme la simple mortelle que je croyais être. » Shaka l'observait en silence, ne répondant rien, la laissant parler. « Et si au départ je te disais que c'est compliqué, c'est parce que je dois t'avouer quelque chose qui te concerne plus directement. Odin me protège tant que je suis en Asgard. Aussi longtemps que je resterais ici, Zeus sera incapable de voir ce que je fais, alors que n'importe où ailleurs, il serait capable d'observer mes faits et gestes comme bon lui chante… » Elle sentit Shaka se crisper à l'évocation de l'olympien.
« Donc ? »
« En dehors d'Asgard, on ne peut rien faire ensemble, rien en dehors des relations normales entre une déesse et son chevalier. Donc, si tu m'accompagnes, tu…»
« Et depuis quand sais-tu… »
« Pas de questions, s'il te plait. »
« Mais… »
« Je t'en prie. »
Visiblement frustré, il ferma les paupières, mais n'insista pas. Elle ne voulait pas se disputer avec lui, pas à cause de Zeus mais en même temps, elle ne voulait surtout pas lui avouer l'incident du sanctuaire. Au bout d'une minute d'un silence pesant, elle se risqua à pencher la tête contre lui et ressentit un immense soulagement quand il resserra ses bras autour d'elle.
« Tu es particulièrement compliquée ou toutes les femmes sont comme ça ? » Demanda-t-il finalement en chuchotant près de son oreille.
« Un peu des deux je dirais… Tu n'es pas mal non plus dans ton genre. »
« Tu sais que ta dernière phrase pourrait être mal interprétée de ma part ? »
« Tu n'es pas mâle ? Hum… » Elle se mit à rire, détendant l'atmosphère. « Je suis désolée, je ne devrais pas rire… » Dit-elle en essayant de se reprendre, mais elle garda une lueur malicieuse dans le regard. « J'ai bien envie de vérifier remarque… »
« Tu es consciente que n'importe qui pourrait entrer dans cette pièce ? »
« C'est le bureau d'Hilda et à cette heure-ci, elle prie ou elle ne va pas tarder à dîner… »
« C'est le bureau d'une prêtresse… » Shaka insista sur le dernier mot.
« Tu sais ce qu'elles faisaient mes prêtresses ? »
« Je suis certain qu'elles devaient communier avec leur prochains… »
« C'est l'idée… Tu apprends vite on dirait… »
« Ca ne change rien. »
« Très bien, je n'insiste pas…. Je peux me lever ? » Fit-elle en tapant doucement sur les jambes de Shaka.
« Non, je sais très bien que tu vas essayer de me séduire si je te libère. »
« Je peux aussi le faire maintenant. » Avec un grand sourire, elle lui passa une main derrière la nuque, l'attirant à elle pour l'embrasser chastement. « Tu persistes où tu me libères ? »
Malheureusement, Ishtar ne connut jamais la réponse à cette question très intéressante puisque l'on frappa à la porte à ce moment précis. Résignée, elle poussa un léger soupir tandis qu'imperturbable, Shaka se levait pour aller s'asseoir dans l'un des sièges de l'autre côté du bureau.
« Oui ? » La porte s'ouvrit, livrant passage à Freiya, confirmant ainsi la princesse comme troisième dans le classement personnel qu'Ishtar tenait des personnes nuisibles, juste après Zeus et le truc.
« Déesse, pardonnez-moi de vous déranger. » Ishtar se retint de répondre qu'elle la pardonnerait volontiers, mais dans une autre vie…
« Vous avez besoin de quelque chose ? » Ca, c'était déjà nettement plus diplomatique. Tournant le dos à la porte, Shaka avait gardé les yeux ouverts et observait Ishtar avec un demi-sourire, montrant bien qu'il n'était pas dupe…
« Je voulais vous demander si vous souhaitiez vous joindre à nous pour le dîner »
« Cela aurait été avec plaisir, mais je n'ai pas d'appétit ce soir. »
« Désirez-vous quoi que ce soit ? » En entendant la question, Ishtar se retint de lancer un regard plus qu'explicite à Shaka concernant ses « désirs. »
« Tout va bien princesse, ne vous inquiétez pas. » Elle se leva pour s'approcher de Freiya et ouvrir la porte. « Ne vous mettez pas en retard pour moi, je sais qu'Hilda apprécie la ponctualité. »
« Oh, ce n'est rien… » Freiya était tellement douce et gentille que ça en devenait exaspérant.
« Si si, j'insiste princesse. Vous n'avez pas besoin de vous soucier de moi. » La jeune femme blonde sembla hésiter, puis sourit largement.
« Vous êtes si bonne déesse. » Freiya s'inclina, puis sortit, laissant la dite déesse momentanément sans voix.
« J'aurai tout entendu. » Maugréa finalement Ishtar avant de refermer la porte.
« Ta bonté te perdra. » Partagée entre l'agacement et l'amusement, elle se retourna pour observer Shaka. Il la fixait en souriant en coin, avec le petit air sûr de lui qu'il affichait toujours quand les circonstances prouvaient qu'il avait raison. C'était fou comme ce petit air arrogant contrastait avec ses traits angéliques.
« J'ai compris. » Capitula Ishtar, faisant une petite grimace « C'est le bureau d'Hilda après tout, et oui, tu avais raison, on a été dérangés… Satisfait ? »
Il ne répondit rien, souriant toujours en coin, continuant à l'observer du fond de son fauteuil. Elle soutint son regard en silence, mais demeura immobile. Le blond chevalier de la Vierge aurait sans doute rougi de connaître la nature exacte des pensées qui traversèrent brièvement l'esprit de la babylonienne… ou pas. Fascinée, Ishtar le vit se lever souplement pour s'approcher d'elle, ne la quittant pas des yeux. Il dégageait un tel magnétisme qu'elle en retint sa respiration.
« Pas complètement satisfait. » Murmura-t-il. Ne détachant pas son regard du sien, il tendit un bras, puis verrouilla la porte.
« Shaka ? »
« Je croyais que tu voulais me prendre comme disciple… » C'était amusant comme prendre une décision était parfois beaucoup plus difficile que de s'y tenir. Il avait pris une décision ce matin, il s'y tenait. Ses propres réactions le fascinaient désormais plus qu'il n'en avait peur.
« Tu es sûr que… »
« Disons que j'ai juste l'habitude d'affronter ce qui me fait peur. Dominer ses peurs est l'un des premiers enseignements que j'ai reçu. »
N'ajoutant pas un mot de plus, il se pencha vers elle pour prouver ses dires. Il fit tendrement courir ses lèvres le long de la délicate ligne de la mâchoire de la déesse, qui frissonna, mais resta immobile. Amusé, il s'attaqua à son cou, qu'il savait être une zone très sensible chez elle. Avec des arguments pareils, Ishtar réussit à opposer une résistance supplémentaire d'environ trois secondes avant de décider que Shaka était finalement tout à fait lucide. Elle glissa ses mains sous le pull de la Vierge, qui en réponse, la serra un peu plus contre la porte, rapprochant son corps du sien. Elle ne put que pousser un soupir de contentement, qu'il étouffa par un baiser. Le souffle court, elle le rompit presque aussitôt.
« C'est… le bureau d'Hilda… tu le disais toi-même. »
Devant le regard interrogateur qu'elle lui lança, Shaka se sentit vaguement rougir, mais, puisqu'il avait verrouillé la porte… Il prit une inspiration, ses mains quittèrent à regret la taille de sa compagne et il se recula d'un pas. Ishtar crut qu'il se rappelait soudain où ils étaient lorsque … toute pensée cohérente quitta momentanément son esprit en le voyant enlever son pull, suivi de près par son T-shirt, qui tombèrent sur les tapis au sol, dévoilant un torse et des épaules finement ciselés. Sa peau nacrée s'harmonisait avec l'or de sa chevelure, qui lui tombait jusqu'aux cuisses en une cascade désordonnée. Elle avait beau avoir contemplé cette vision enchanteresse le matin même, Ishtar en eut le souffle coupé. Devant son immobilité, Shaka lui lança un regard hésitant puis posa les mains sur la fermeture de son pantalon. Il fut stoppé par une main sur la sienne. Déstabilisé, il lui lança un regard un peu perdu.
« Je n'ai rien contre les initiatives de ce genre, mais on va prendre notre temps d'accord ? »
Rougissant et affreusement gêné, il baissa le regard, mais hocha la tête. C'est donc un chevalier de la Vierge échevelé, à moitié nu, mais surtout décidé, qui s'offrait à son regard, avec en prime un petit air innocent et fragile sur le visage, ce qu'Ishtar trouva absolument adorable, mais n'avoua pas à voix haute de peur de heurter sa fierté. Elle ne le laissa donc pas se sentir mal à l'aise plus longtemps et l'attira à elle, l'embrassant avec une ardeur qui obligea Shaka à ne plus penser à rien d'autre qu'au plaisir qu'il ressentait désormais. Elle avait une manière d'embrasser qui oscillait subtilement entre douceur et passion. Complètement intoxiqué, Shaka la plaqua à nouveau contre la porte, ses mains explorant ses hanches, puis sa taille. Lorsqu'il rompit le baiser pour promener à nouveau ses lèvres dans son cou, elle ferma les yeux, se retenant à ses épaules, enivrée par le parfum de sa peau et ses caresses.
« Enlève-moi cette robe. » Devant son ton presque suppliant, il releva le visage vers elle et embrassa ses paupières.
« Non. » Souffla-t-il, à moitié par jeu et à moitié par crainte.
« Si tu le prends comme ça… »
Il faillit s'étrangler en sentant l'une de ses mains se glisser dans son pantalon. La seconde d'après, il la forçait à se retourner et dégrafait avec application les attaches de la robe, dénudant peu à peu le dos de la déesse, jusqu'à faire tomber le vêtement au sol dans un bruissement de tissu. Complètement captivé, il effleura timidement ses épaules, puis, son dos, appréciant la douceur de sa peau dorée. Elle demeura immobile, respirant difficilement, le laissant s'enhardir jusqu'à poser ses lèvres sur elle pour explorer et goûter sa peau. Il se sentit enivré par ses frissons et ses soupirs, qui lui semblaient être autant d'encouragements. Lorsque au bout d'un long moment il l'attira dos à lui, ils frissonnèrent tous les deux au contact de la peau de l'autre.
Poussant un léger gémissement, elle rejeta la tête en arrière pour l'embrasser à nouveau, posant ses mains sur les siennes. Lentement mais sûrement, il se sentait lui aussi perdre pied peu à peu et le plus déstabilisant était qu'il avait envie de plus, sans savoir pourtant comment s'y prendre. Il était à la fois proche du paradis et terriblement frustré. Comme si elle avait pu lire dans ses pensées, Ishtar se retourna pour lui faire face et le regarda dans les yeux. Leur éclat bleuté reflétait un mélange fascinant de désir, de retenue et d'amour. Elle eut subitement la gorge serrée en pensant que personne ne l'avait jamais regardée ainsi auparavant, malgré son nombre incalculable d'amants. Alors, avec une infinie douceur, elle lui saisit un poignet, avant de l'entraîner à sa suite jusque sur les tapis près de la cheminée, où elle le força à s'asseoir avant de s'agenouiller près de lui, sans le quitter des yeux.
Sans un mot, elle défit gracieusement les épingles qui retenaient prisonnières ses longues mèches d'un blanc pur, qui tombèrent jusqu'au sol, contrastant avec sa peau dans un effet qui semblait calculé pour rendre fou de désir n'importe quel homme. Sans qu'il ne vienne même à l'esprit de Shaka de protester, elle entreprit de finir d'enlever leurs vêtements, prenant un malin plaisir à ne faire que l'effleurer sans le toucher réellement, alors même que son désir pour elle était devenu plus qu'évident. Elle ne put s'empêcher de le contempler de haut en bas lorsqu'elle eut achevé son œuvre.
« Je confirme que tu n'es vraiment pas mal dans ton genre. » Chuchota-t-elle en souriant.
Il aurait bien protesté, mais fut malheureusement incapable de le faire, parce que d'une part, sa bouche était désormais sur la sienne et que d'autre part, elle avait placé une main sur un endroit qui le faisait rougir rien qu'en y pensant. Lorsqu'elle libéra ses lèvres, pour descendre plus bas, sa dernière pensée cohérente fut que oui, elle allait oser le faire. Incapable de lutter contre ce qui le submergeait, il fut bientôt allongé sur le sol, s'agrippant à l'un des poignets d'Ishtar comme si sa vie en dépendait. Il se mordit la lèvre jusqu'au sang pour ne pas crier littéralement son plaisir. Jamais il n'avait connu un bonheur s'approchant de ce qu'il ressentait en cet instant, jamais il n'avait ressenti de sensations aussi incontrôlables, du moins, jusqu'à ce qu'elle s'écarte subitement de lui alors qu'il était au bord de l'extase, ce qui le fit presque mourir de frustration et de tension. Incapable de prononcer le moindre mot, il haleta péniblement tout en la regardant avec un air scandalisé sur le visage. Ishtar ne put s'empêcher de sourire.
« Tu ne pensais pas que tu allais être le seul à t'amuser tout de même… » Fit-elle en s'allongeant près de lui. Enroulant l'une de ses longues mèches blondes autour de son index, elle le laissa regagner un minimum de souffle tout en l'observant les yeux dans les yeux. Il caressait doucement son épaule, ses cheveux. Lorsqu'il lui sourit avec amour, elle se demanda s'il était humainement possible d'être aussi attirant. Incapable de résister plus longtemps et le sentant en confiance, elle l'attira à elle, le guidant jusqu'à ce qu'il la presse de son poids, sur elle, en elle.
Etroitement enlacés, leurs corps se synchronisèrent peu à peu, alternant moments de passion et de tendresse, quand elle le retenait et l'empêchait de perdre complètement le peu de raison qui lui restait. Leurs souffles se mêlèrent, brûlants, dans une étreinte de plus en plus intense, presque violente et douloureuse. Dans le silence de la pièce, leurs soupirs résonnaient comme un chant céleste, leurs chevelures se mélangeaient sur le sol en une symphonie de blanc et d'or au rythme où leurs peaux ondulaient harmonieusement l'une contre l'autre. Lorsqu'elle ressentit les premiers spasmes de l'extase, elle ne put que s'agripper à ses épaules, perdant son regard dans le sien dans un abandon passionné où il la suivit presque aussitôt. Pour la première fois de sa vie, Ishtar eut l'impression de comprendre ce que signifiait faire l'amour. C'était comme si il avait réussi à caresser son âme.
Haletants, ils s'embrassèrent une dernière fois avant qu'il ne la libère de son poids, pour s'allonger à ses côtés et la prendre dans ses bras, sans la quitter du regard. Complètement perdu, il nicha sa tête contre son épaule pour se rassurer et mit de longues minutes à se calmer. Il se sentait libéré d'un poids énorme, comme si enfin, l'homme en lui quittait définitivement le carcan qu'il avait imposé à ses émotions jusque-là. Avec amour, elle caressait tendrement sa chevelure. Ce n'est que lorsqu'elle sécha ses larmes qu'il réalisa qu'il avait pleuré.
