Bla Bla de l'auteur.
Auteur: Uasti
Publication du chapitre : le 25 février 2007
Disclaimer: ... Kurumada si tu m'entends, refile moi tes droits, ça évitera que l'adaptation anime de ton manga ne soit massacrée... la scène de la destruction du mur des lamentations... je m'en lamente... sans parler des bronzes courant vers le mur... Ils font la danse des cygnes ou quoi?
Reviews : Merci pour les reviews sans oublier toutes celles qui m'ont encouragée par mail. J'avoue que le dernier chapitre m'avait beaucoup stressée et toutes vos réactions ont été adorables. Merci encore pour tout vos commentaires, qui m'ont beaucoup encouragée!
Dans ce chapitre : Du bouche à bouche, du café drogué, un scorpion muselé, une déesse énervée, mais aussi un canard en plastique (si si ...), des olympiens, des humains et des p... de talons de m... qui s'enfoncent dans le sable. Tout un programme...
De gros bisous à ma bêta lectrice, qui a été clouée au lit par une vilaine maladie, mais a réussi à accomplir son devoir. Bonne lecture à tous! (ou devrais-je dire à toutes?)
Chapitre 15 - Humain et divin
La lune brillait haut dans le ciel, éclairant la méditerranée d'une pâle lueur argentée. Parmi les vagues sombres et agitées qui bordaient le Cap Sounion, une frêle silhouette glissait, parfaitement à l'aise dans cet élément liquide. Sa peau pâle contrastait avec la couleur de l'eau, qui reflétait le ciel nocturne.
Faisant la planche, sa chevelure ondulant autour de lui comme une aura turquoise, Aphrodite scruta les étoiles et jugea qu'il devait être trois heures du matin environ. Encore une nuit où il ne dormirait pas, malgré la fatigue qu'il ressentait. Fermant les yeux, il plongea sous l'eau pour nager encore quelques minutes avant de regagner la rive. Cependant, il en fut empêché par une crampe soudaine, paralysant sa cuisse droite. Il se maudit intérieurement de ne pas avoir suivi son intuition qui lui avait hurlé de ne pas se baigner. Mais l'appel de la mer avait été trop fort.
Incapable de nager correctement, il ne put qu'essayer de regagner la surface à la simple force de ses bras, ce qu'il fit, pour être finalement ballotté par le courant sans pouvoir réellement avancer, malgré ses mouvement presque frénétiques, rendus inutiles par un courant qui s'acharnait à vouloir l'amener vers le large. Il n'avait que deux possibilités : s'épuiser à lutter contre le courant ou se laisser dériver avec une jambe rendue inutile par cette satanée crampe. Le problème, c'est qu'il n'appréciait aucune des deux possibilités qui s'offraient à lui. Non, aucune. Le cours de ses pensées fut interrompu par une magnifique vague, qui lui fit boire la tasse, avec une dose de sel et d'algues en prime.
Avait-il des visions ? Il avait l'impression qu'une présence l'entourait à nouveau, comme dans ses rêves. Paniqué, il essaya de regagner la surface, mais une force semblait l'en empêcher. Mort de peur, il ouvrit les yeux sous l'eau, sachant très bien ce qu'il verrait. Elle était là, elle le regardait et elle attendait. Sa défaite. Elle s'approchait de lui, il était terrorisé. Il ne voulait pas. Son baiser avait un goût de sang. La sensation d'étouffer, de se noyer. Puis, cracher l'eau avant qu'elle ne remplisse les poumons. Le goût de sel. L'envie que ça s'arrête et la peur que ça s'arrête, parce que ça signifierait... Suffocant, Aphrodite recracha l'eau que contenaient ses poumons, ne réalisant qu'après quelques secondes qu'il se trouvait désormais allongé sur le sable.
« Ca va aller Aphrodite ? »
Cette voix… surpris, le chevalier d'or des Poissons tourna le visage vers l'homme agenouillé près de lui et dont les longs doigts fins écartaient désormais les mèches qui balayaient le visage de l'androgyne.
« Camus ? » Le Verseau sourit, du moins, sa lèvre inférieure prit vaguement la forme d'une moue amicale, avant qu'il ne porte une main à sa lèvre, coupée. C'est alors qu'Aphrodite compris que le goût de sang qui emplissait sa propre bouche devait être celui du sang du Verseau, dont les minces vêtements étaient trempés par l'eau de mer.
« Tu ne manques pas de mordant quand on te fait du bouche à bouche. » Remarqua froidement Camus, avant d'essuyer le sang qui perlait à ses lèvres.
« Tu m'as sauvé. » C'était moins une question qu'une constatation.
« Tu ne me dois rien. Cela aurait été assez ironique que le chevalier des Poissons meurt de noyade.» Commenta Camus comme s'il parlait d'une chose qui lui était parfaitement indifférente.
« Ca n'aurait pas dû m'arriver, j'ai complètement paniqué... »
Camus ne répondit rien, mais s'écarta pour aller chercher la large serviette laissée sur le sable par Aphrodite. Tournant le dos au Poisson, il commença à enlever ses propres vêtements détrempés devant l'œil médusé du suédois.
« Ferme les yeux si tu tiens à rester vivant. »
Le ton autoritaire du français, mêlé à un regard glacial lancé par dessus son épaule, firent immédiatement obtempérer Aphrodite, qui n'avait aucune envie d'être sauvé de la noyade pour finir aussitôt congelé. Il s'assit donc sur le sable dans la direction opposée, où il eut le loisir de faire face à l'armure du Verseau, qui avait l'air de se moquer de lui en lui versant de l'eau supplémentaire sur la tête.
Ce n'était décidément pas son jour. Environ une semaine qu'il n'avait pas fermé l'œil. Il était épuisé. Incapable de réfléchir correctement, il fit apparaître une délicate rose rouge entre ses doigts, avant de la porter à son visage. Il n'y avait plus que le parfum de ses précieuses roses qui arrivait à l'apaiser en ce moment. Il ferma les yeux. Un bruit de pas dans le sable le sortit de ses pensées, bientôt suivi du son familier d'une armure que l'on revêt. Il souleva les paupières pour faire face au chevalier du Verseau, dont l'armure luisait faiblement sous la lumière de la lune. Tel un seigneur, Camus se dressait désormais fièrement, comme si l'incident que trahissaient sa chevelure humide et sa lèvre meurtrie n'avait jamais eu lieu. Il regardait Aphrodite avec une lueur étrange dans le regard.
« C'était une heure bien tardive pour se baigner… »
« Et c'était une heure bien tardive pour être le sauveur providentiel qui passait simplement par là.» Se défendit aussitôt Aphrodite, le rose aux joues.
« Sans doute. » Il y eut un silence, où seul le son apaisant de la mer les entoura, comme pour se faire pardonner d'avoir faillit tuer quelques instants plus tôt.
« Camus, ça ne t'arrives jamais de… » Aphrodite se tut, baissant la tête.
« Je t'écoute. »
« Rien, laisse tomber. » Le Verseau haussa les épaules à cette réponse.
« Tu devrais te sécher non ? »
« Je… » Aphrodite sourit pour remercier Camus, qui lui tendait la large serviette. Reconnaissant, il se sécha en silence tandis que le gardien du onzième temple lui tournait le dos pour contempler la mer d'un air soucieux.
« Je suis désolé Camus. »
« Je ne comprends pas pourquoi. »
« Pour tout. » Camus se retourna, faisant face à un Poisson désormais emmitouflé dans sa serviette. Sa seule réaction aux paroles étranges du suédois se résumait à un haussement de sourcil interrogateur.
« Si tu entends par là ta manie d'espionner ma vie privée, il te faudra plus que des excuses… »
« Hein ? » Fit Aphrodite en sursautant.
« Tu ne crois pas que l'on peut m'espionner moi, ex espion du Pope, sans que je ne m'en rende compte ? » Le Poisson se ratatina sur place, sentant un vent froid l'entourer.
« Si tu parles de l'autre soir, je passais juste par là… Nous somme voisins après tout…» La mauvaise foi évidente du suédois, doublée de son air coupable, firent rire Camus doucement, sous les yeux consternés d'Aphrodite, qui se demandait s'il n'était pas encore en train d'halluciner.
« Tu es amusant Aphrodite. C'est à moi d'être désolé, je suis agressif alors que tu as failli te noyer il y a peine quelques minutes. Je te présente mes excuses. » A ces mots, Aphrodite jeta un regard perdu à Camus.
« Si je suis amusant, tu es franchement bizarre. »
« C'est ce que dis toujours Milo. » Le français fit quelques pas en avant, pour récupérer ses propres vêtements trempés, qu'il avait laissés sur le sable. « Tu penses pouvoir marcher ? »
« Oui, je crois. »
« Je vais t'accompagner. »
Ils marchèrent côte à côte plusieurs minutes, le Verseau soutenant le Poisson lorsque c'était nécessaire, malgré sa répugnance à tout contact physique.
« Dis Camus… »
« Oui ? »
« Et pour toi et Milo alors… »
« Aphrodite… » Le ton glacial du Verseau frôla à lui tout seul les profondeurs du zéro absolu.
« J'aurais essayé au moins… » Soupira l'androgyne.
« Je pense que finalement, je vais te laisser au temple du Cancer. »
« Oh non ! Pas lui, il va me faire la morale ! » Gémit le suédois.
« Angelo…faire la morale… » Souffla Camus. Ses yeux s'étrécirent sous l'effort qu'un tel concept imposait à son imagination. « Fascinant… »
Une bonne demi-heure plus tard, assis sur l'un des canapés du salon du temple du Cancer, Aphrodite observait d'un œil méfiant le gardien des lieux, qui lui-même le contemplait avec une drôle de lueur dans le regard. A moitié parce qu'il était encore endormi et à moitié parce qu'il était contrarié. Des tasses de café fumaient doucement devant les deux chevaliers d'or.
« N'essaie pas de noyer le poisson… »
« Très drôle… ça ne se voit pas, mais je suis mort de rire. » Répliqua Aphrodite d'un ton acide, avant d'étouffer un bâillement. Camus était reparti directement après avoir déposé le suédois chez l'italien.
« Tu ne vas pas pouvoir vivre éternellement comme ça. Non seulement tes réflexes deviennent plus lent, ce qui n'est pas rien, mais en plus tu deviens encore plus désagréable que d'habitude…»
« Vas-y fais moi la morale le crabe, je n'en ai rien à faire. Si ne je n'ai pas envie de dormir, ça me regarde. » Angelo se retint de justesse de se lever pour secouer l'androgyne comme un prunier. Il aurait fallu le torturer pour qu'il le reconnaisse, mais il commençait à s'inquiéter pour le gardien de la douzième maison.
« Mais enfin, tu te rends bien compte que c'est stupide de vouloir arrêter de dormir parce que tu fais des cauchemars ? » Le Poisson se contenta de hausser les épaules pour toute réponse. Bien sûr qu'il en était conscient.
Etouffant un nouveau bâillement, Aphrodite saisit sa tasse de café pour en boire une nouvelle gorgée. C'était étrange, plus il en buvait et plus… Inquiet, il releva les yeux vers Angelo, qui le fixait attentivement. Quelque chose n'allait pas ; quand Angelo avait cet air là, c'est qu'il s'apprêtait à faire un mauvais coup. Comprenant enfin, mais trop tard, Aphrodite recracha son café dans la tasse. Paniqué, il essaya de se lever, mais ses membres étaient déjà engourdis et il fut contraint de rapidement se laisser retomber sur le canapé.
« Angelo … »
« Bonne nuit morue. »
Le Cancer regarda Aphrodite lutter contre le sommeil pendant plusieurs minutes avant de fermer les yeux, enfin vaincu par le somnifère glissé dans le café par l'italien. Dés qu'il fut sûr que le Poisson était bien endormi, Angelo se leva pour l'emmener dans son lit. Heureusement pour lui, Aphrodite n'était pas bien lourd. Poussant un juron dans sa langue maternelle, il pria pour que jamais l'on ne sache que le Poisson avait dormi dans son lit. En bon italien, il tenait à sa réputation et celle d'Aphrodite n'était pas du tout du genre à coller avec la sienne. Poussant un grognement, il donna un coup de pied dans la porte de sa chambre pour l'ouvrir, portant la morue dans ses bras.
« Saleté de tête de mule. Tu peux crever avant que je te déshabille. » A ces paroles fort affectueuses de la part d'un Cancer énervé, le Poisson répondit par une indifférence toute ensommeillée. Il se retrouva bientôt glissé tout habillé entre les draps du maître des lieux, qui consentit tout de même, dans sa grande bonté, à lui enlever ses chaussures.
Contemplant avec satisfaction son œuvre, à savoir la frêle silhouette d'Aphrodite allongée sur le lit, l'italien sourit avant de s'installer lui-même sur un fauteuil, afin de pouvoir veiller le Poisson. Poussant un soupir, il espéra vaguement que l'autre ne lui en voudrait pas trop le lendemain.
Sa longue chevelure blonde répandue autour de lui en de fines vagues dorées, le chevalier de la Vierge était profondément endormi. Faisant attention à ne pas l'éveiller, Ishtar s'étira souplement avant de s'asseoir parmi les couvertures. Elle secoua légèrement la tête, réalisant que son corps était couvert de courbatures, mais elle n'allait pas s'en plaindre. Son amant… un sourire flotta sur ses lèvres... Ils avaient tenus trois couloirs avant de décider de visiter de manière disons approfondie une pièce isolée, suivie ensuite par une autre. C'était bien simple, quand ils étaient arrivés dans le lit, ils avaient simplement et purement décidé qu'il valait mieux… dormir, mais bizarrement, ils s'étaient encore retrouvés complètement nus.
Avec une certaine fierté, elle contempla le visage serein à moitié enfoui dans les draps. Le regard appréciateur de la babylonienne dériva lentement des paupières closes de la Vierge, à moitié cachées par des mèches dorées, jusqu'à ses épaules, puis son dos, et sa magnifique chute de reins… qui, malheureusement pour la déesse, était recouverte par les couvertures à partir du niveau des hanches. Sans oublier bien sûr les quelques traces de griffures qui zébraient artistiquement la peau pâle de Shaka et que l'on pouvait apercevoir entre les mèches blondes recouvrant le dos du chevalier.
Mentalement, Ishtar se promit une longue douche glacée lorsque l'idée lui traversa l'esprit de tirer stratégiquement sur le drap qui lui cachait une partie non moins stratégique du corps de Shaka. Fermer les yeux. Respirer. Se calmer. Difficile mais pas infaisable. Et puis le jour se levait. Respirer… De toute façon, elle était couverte de courbatures… Respirer… Suivre l'exemple du bouddhiste allongé à ses côtés… Complètement nu… La pauvre déesse babylonienne poussa une exclamation de surprise lorsqu'une main la fit basculer contre le bouddhiste en question. Ouvrant les yeux, elle croisa le regard amusé de Shaka.
« Tu devrais te décider… » Remarqua-t-il d'un ton parfaitement égal et serein. Ishtar battit des paupières, se demandant si il avait appris à lire dans ses pensées, ou bien si elle avait marmonné dans sa tentative d'auto persuasion visant à ne pas se jeter sur lui pour le réveiller et plus si affinités.
« Je ne vois pas de quoi tu parles. » Répliqua-t-elle avec toute la mauvaise foi que seuls presque quatre millénaires d'existence pouvaient donner, ce qui ne l'empêcha d'ailleurs pas de passer ses bras autour du cou de son compagnon pour se serrer contre lui. « Et d'ailleurs, je n'ai pas assez dormi…Laisse-moi mourir en paix. » Murmura-t-elle, le visage niché dans le creux de son cou.
« Tu es immortelle… » Le petit sourire amusé de Shaka s'élargit, tandis qu'il laissait errer l'une de ses mains dans la longue chevelure désordonnée de la déesse.
« Hum… » Ishtar soupira, appréciant la chaleur du corps si proche du sien. « Je préfère l'oublier.» C'était murmuré tellement faiblement que Shaka se demanda si elle avait vraiment voulu qu'il l'entende.
« Pourquoi ? » Il entendit un autre léger soupir, puis il fit bientôt face à deux yeux verts qui le regardaient avec amusement, mais aussi une infime pointe de mélancolie.
« Tu es bien curieux, monsieur l'homme le plus proche de moi… » Shaka ne daigna pas répondre à la provocation, jugeant plus intéressant de retracer du bout des doigts le contour du visage d'Ishtar.
« Pourquoi ? » Répéta-t-il simplement.
« Parce que… » Elle s'interrompit, visiblement mal à l'aise. « Parce que vivre une éternité ne m'a apporté que des regrets. Le futur me rend malade Shaka. Sans parler du passé… » Elle baissa le regard. « Ca y est, tu m'as démoralisée… »
« C'est vrai que la jeunesse éternelle doit être terrible à supporter. » Se moqua gentiment l'indien, s'attirant un regard meurtrier de la part d'Ishtar, qui finit cependant par sourire tristement.
« Je suis sans doute bien égoïste j'imagine. »
« Non, je crois que personne n'aimerait être confronté à ça. » Perplexe devant l'air à nouveau sérieux de la Vierge, elle pencha la tête de côté, cherchant à sonder le regard azur à moitié caché par de longs cils noirs.
« Tu as une manière bien étrange de me consoler… »
« Tu préfèrerais que je te mente ? » Ishtar haussa les épaules pour toute réponse. « Une autre méthode peut-être ? » Les yeux agrandis par la surprise, la déesse se retrouva coincée sous Shaka sans même avoir eu le temps de réaliser qu'il avait bougé.
« Si on pense au même genre de méthode, je demande à voir. » Articula-t-elle finalement d'un ton neutre.
« Je ne vois pas de quoi tu parles. » Se moqua-t-il dans une imitation presque parfaite d'Ishtar avant d'unir leurs lèvres… et de fuir dans la salle de bain, laissant seule la déesse de l'amour. Qui n'apprécia pas. Mais alors pas du tout. Du moins, après les longues secondes de choc qu'il lui fallut pour réaliser qu'il avait osé la laisser en plan, premier homme à le faire en quatre mille ans d'existence. Moment historique certes, mais très irritant pour l'amour propre d'Ishtar.
Deux secondes plus tard, le langage de Babylone reprenait vie en un magnifique juron qui seyait fort peu à la délicatesse de la bouche le prononçant. Dix secondes plus tard, le courroux divin la poussait à se lever, majestueusement drapée dans une couverture. Trente secondes plus tard, elle faisait tout aussi majestueusement irruption dans la salle de bain pour toiser de toute sa hauteur un chevalier de la Vierge qui était tranquillement en train de se faire couler un bain et qui ne sembla pas le moins du monde impressionné. Juste amusé et un brin narquois, il soutint son regard en haussant un sourcil d'interrogation muette.
« Enervée ? »
« Ce faux air innocent ne marche pas. » Assis sur le rebord de la baignoire, le chevalier arbora un petit sourire.
« Tu t'étais fait des idées… »
« Tu es… » Troublée par la vue de Shaka dont le corps était seulement caché par sa longue chevelure, Ishtar ferma les yeux, cherchant ses mots. « Je… »
« Je peux me faire pardonner ? »
« Non. »
Ishtar lui tourna délibérément le dos, dans une jolie envolée de mèches en bataille, avant de se diriger vers la porte, vexée. Elle eut le temps de faire trois pas avant de se faire stopper par deux bras passés autour de sa taille. Presque instinctivement, elle ne put s'empêcher de fermer les yeux et de rejeter la tête en arrière lorsqu'il la serra un peu plus contre lui avant d'unir leurs lèvres. Lorsqu'il rompit le baiser, elle battit des cils, un peu déboussolée.
« Tu disais que j'étais… » Souffla près de son oreille la voix amusée de son amant.
« Prétentieux, et arrogant, et … et … » Sur l'instant, dans les bras de Shaka, elle avait un peu de mal à se montrer rancunière.
« Oui ? »
« Et tu m'énerves. »
« Et tu n'es plus triste… »
« C'était ça ta méthode ? Me mettre en colère… » Murmura-t-elle, incrédule, au bout de plusieurs longues secondes de silence.
« Non, ça, c'était juste … »
« Juste ? »
« Juste assez amusant je dois l'admettre... » Elle écarquilla les yeux, ne sachant pas trop si elle était énervée, amusée, ou si c'était la proximité trop grande de leurs deux corps qui l'empêchait de lancer une répartie cinglante avant de s'en aller dignement, en déesse orgueilleuse qui devait tenir son rang. Ça et son souffle près de sa tempe… sans compter ses bras passés autour d'elle.
« On n'a pas le même sens de l'humour… Mais ! » Ishtar eut à peine le temps de protester et de réaliser ce qui lui arrivait que le chevalier d'or l'avait soulevée du sol, la débarrassant au passage de la couverture dans laquelle elle s'était enroulée, pour la plonger dans la baignoire, qui n'était d'ailleurs pas loin de déborder, surtout après qu'il l'eut rejointe.
« Tu me prends pour ton canard en plastique ? » Murmura-t-elle histoire de reprendre contenance.
« Un canard en plastique ? » Ishtar contempla Shaka qui la fixait, l'air intéressé. Il est vrai qu'en Inde et a fortiori dans un monastère, il n'avait jamais dû en rencontrer. Attendrie par son ignorance, elle le trouva soudainement trop mignon, avec ses grands yeux bleus et ses mèches blondes désordonnées.
« Ca sert à s'amuser dans un bain… » Avec une telle définition, elle eut vaguement l'idée d'un certain chevalier beau comme un dieu devenu canard en plastique pour adulte et particulièrement pour déesse lubrique… Mais encore fatiguée, elle se contenta de se coller à lui pour se servir de son épaule comme oreiller, appréciant juste la chaleur de l'eau du bain et de sa peau contre son dos. « Tu sais faire des massages? » Fit-elle soudainement, pleine d'espoir.
« Je devrais? »
« Je vais intégrer ça à ton apprentissage... »
Etrangement, quand on veut être discret au sanctuaire d'Athéna, il convient non pas de mettre un imperméable ou un chapeau, mais de revêtir une cuirasse d'une bonne centaine de kilos avant de s'en aller interroger les gens l'air de rien. C'est donc revêtu de son armure d'or que Mu se décida à se rendre chez Milo, première source de renseignements dans le sanctuaire dés qu'il s'agissait de rumeurs ne concernant pas les affaires de cœur… car dans cette spécialité, nul être au monde ne dépassait le chevalier des Poissons.
Pensif, il gravit les marches du sanctuaire, préférant marcher en réfléchissant plutôt que de se téléporter directement sur place. Il n'avait toujours pas réussi à se décider à aller voir Shion. Il s'arrêta une dizaine de minutes dans le temple du Taureau, où il discuta avec Aldébaran pour le remercier d'avoir passé l'après-midi précédent avec Kiki, puis, il accéléra le pas dans la maison du Cancer, où Angelo semblant mal à l'aise lui fit un bref signe de tête.
En ce début d'après-midi ensoleillé, il trouva Milo à l'intérieur de son temple, en train de discuter d'un air de conspirateur avec le chevalier du Capricorne, adossé contre une colonne. Les deux chevaliers marmonnèrent quelques phrases à voix basse avant de se rendre compte de la présence du Bélier et de le saluer en l'invitant à les rejoindre.
« Salut Mu, que me vaut la visite ? »
« Ne rêve pas Milo, tu n'es pas le centre du monde, il monte voir le Pope. » Se moqua gentiment le Capricorne.
« Non, c'est lui que je viens voir. Bonjour Shura. » Mu sourit. « Milo. » Il lui fit un petit signe de tête en guise de salutation.
« Hein, tu disais quoi biquet ? J'avais raison ! »
« Arrêtes de m'appeler comme ça. »
« Je le ferais quand tu seras moins nul au poker et quand tu ne me devras plus l'équivalent d'une bonne dizaine de bouteilles… »
« Je suis sûr que tu avais triché… »
« Tu n'as qu'à le prouver… biquet…» Fit Milo avec un petit sourire arrogant. « Je n'y peux rien si aucun de vous n'est bon au poker. Il n'y a que Kanon pour être un adversaire digne de moi... » Son visage s'assombrit légèrement au souvenir de ce qui s'était passé dans la salle du trône du palais d'Athéna.
« D'ailleurs, on va faire comment pour demain soir ? Il va nous manquer un joueur… » A cette remarque de Shura, les deux chevaliers se tournèrent vers Mu, qui eut subitement l'impression d'être une mule sur une place de marché à qui on examinait les dents pour voir si elle était en bonne santé.
« Pas question et d'abord, non seulement je ne sais pas y jouer mais en plus je ne bois pas ! » Objecta-t-il avant même que les deux autres n'aient pu dire quoi que ce soit.
« Vois donc ça comme l'occasion rêvée pour être un peu moins coincé. » Susurra Milo.
« Je ne suis pas coincé ! » S'offusqua le Bélier, tandis que Shura se retenait pour ne pas ricaner. Sur le coup, les trois nobles chevaliers d'or ressemblaient plus à des gamins d'une vingtaine d'années, ce qu'ils étaient, plutôt qu'à de fidèles et sérieux serviteurs d'Athéna.
« Pas coincé ? Je parie que tu es encore… » Le Scorpion se retrouva avec une main plaquée sur la bouche.
« Je te prie d'excuser Milo, ses paroles dépassent souvent sa pensée. » Abasourdis, Mu et Shura se demandèrent d'où était sortit Camus, apparu aussi soudainement qu'un diable hors de sa boîte.
« Grum hum huh hii… » Objecta Milo, la bouche muselée de force par le Verseau.
Mu ferma les yeux, poussant un petit soupir mi amusé, mi désabusé. Ce n'était pas pour le moment qu'il pourrait commencer à se renseigner.
« 108 » Murmura-t-il, pensif, assis au pied d'une colonne effondrée. Le soleil irréel et doux de l'Elision jouait dans sa longue chevelure de jais et dans les replis de sa toge de soie noire brodée d'argent. Au loin, les nymphes chantaient à nouveau, ayant déjà oublié tout ce qui était souffrance et douleur.
« 108 » Répéta-t-il dans un souffle, avant d'ouvrir les yeux et de fixer son regard d'un bleu profond sur le rosaire qu'il tenait entre ses doigts. Les perles brillaient doucement, dans un joli contraste ambre et grisé. Ce chiffre l'obsédait, comme si une malédiction liait son destin à lui… 108 spectres, 108 plaies sorties de la boîte de pandore, 108 ans passés avec Perséphone…
Qu'allait-t-il faire désormais ? Il ne le savait plus, trop accablé par la défaite, sa défaite, dans son propre corps… Athéna avait gagné, définitivement gagné. Il l'avait juré sur le Styx, il devait laisser la Terre tranquille. Sa gorge lui faisait mal, ses yeux le brûlaient, mais pas une seule larme ne se forma dans ses yeux. Il n'avait pas réussi à la venger. Le vent l'entourait doucement, comme pour lui dire de s'apaiser et de reprendre espoir. Mais il n'en avait plus. Même Elision ne l'apaisait plus. Après un peu plus d'une semaine depuis son retour à la vie, il n'aspirait plus qu'à une chose : l'oubli. Mais il ne voulait pas l'oublier, elle, sa douceur, son amour, son rire un peu enfantin et son regard bleu, toujours plein d'adoration et de tendresse pour lui.
« Perséphone. » Cette fois-ci, une larme coula sur le rosaire, faisant luire la perle sur laquelle elle avait glissé. Incrédule, il leva la main vers sa joue, d'où avait coulé la larme. Cela faisait des siècles que ses larmes s'étaient taries, mais pas sa douleur. Pourquoi pouvait-il pleurer à nouveau aujourd'hui ? Parce que la mort l'avait saisi, ou bien parce qu'il ne pouvait plus espérer trouver de vengeance ?
Indifférent au rire des trois nymphes qui passèrent en courant une dizaine de mètres plus loin, Hadès se leva, ombre parmi la clarté solaire, ombre dans ce décor pur et parfait. A une époque pourtant, tout cela lui avait ressemblé. C'était pour elle qu'il avait créé ce lieu.
Il marcha plusieurs minutes dans le décor enchanteur de l'Elision, parsemé de fleurs multicolores et de temples dédiés à la seule beauté. Il arriva finalement devant l'immense colonne symbole de son ancien caveau. Lorsqu'Elision s'était effondré, tout était parti en poussière, sauf elle. Comme si, par delà la mort, une part de lui-même avait voulu continuer à protéger les lieux et surtout le temple situé en dessous. Lentement, il gravit les marches, perdu dans ses pensées, avant de pénétrer la douce fraîcheur du bâtiment.
Au lieu de tourner dans la direction du caveau où il avait reposé durant de nombreux siècles, il se dirigea vers un escalier monumental, d'une blancheur immaculée. Au fur et à mesure des marches qu'il descendait lentement, le bruissement de sa toge résonnait dans l'espace vide et immense et le bruit de ses pas rythmait ce qui lui semblait être un chant funèbre. Au bout d'un long moment, il arriva enfin en bas des escaliers, pour faire face à une porte monumentale, qui s'ouvrit d'elle-même lorsqu'il fit brûler son cosmos.
Devant lui se trouvait désormais une pièce immense de taille carrée, mais qui ne donnait absolument pas l'impression d'être située dans un temple de style antique, hormis pour les colonnes qui en bordaient les murs. Le sol était seulement couvert de fleurs. Une immensité de fleurs sauvages, baignant dans une lumière qui ne pouvait être réelle. Seule une allée de marbre coupait la verdure, afin de permettre au visiteur de se rendre au centre de la pièce, où deux immenses statues de marbres, représentant le printemps et l'amour, surplombaient une esplanade, au centre de laquelle se tenait un simple lit.
Reposant sur des étoffes précieuses, une frêle silhouette de femme semblant endormie était allongée, vêtue de tissus délicats, les traits sereins, ses longs cheveux blonds comme les blés tressés en une couronne dorée. La reine des enfers. Perséphone. Sans un mot, Hadès s'assit près d'elle et caressa son visage, que le temps n'avait pas altéré. A chaque fois qu'il se rendait ici, son cœur était déchiré par l'impression qu'elle pourrait simplement se réveiller et lui revenir. Mais c'était impossible.
Combien de temps il resta là, il n'aurait su le dire, perdu à la contempler avec tristesse. Mais la sensation désagréable qu'il ressentit en percevant l'apparition du cosmos de Zeus dans les Enfers le força à se décider à la quitter. Lentement, il déposa un baiser chaste sur des lèvres désormais froides à jamais, avant de se téléporter directement dans la salle du trône, où son frère l'attendait, assis sur le trône. Son trône.
A cette vue, le dieu du royaume des morts sentit l'irritation le gagner. Mais ce qui le contrariait et l'inquiétait le plus était la tenue de Zeus. Il portait son armure, dont les longues ailes retombaient de chaque côté du trône, en un mélange magnifique de plumes or et argent. Il tenait son casque entre ses mains, laissant à l'air libre ses courts cheveux noirs, dont on aurait juré que jamais ils n'avaient rencontré de peigne.
« Hadès… »
« Zeus. »
« Comment te portes-tu, mon frère ? »
« Je ne pense pas que ce soit ma santé ou mes états d'âmes qui t'aient poussé à me rendre visite. Sois bref. »
« Tu es bien insolent avec ton suzerain… Hadès, j'espère que tu n'as pas oublié ton serment… » Commenta calmement Zeus.
« Si tu es venu pour t'assurer que je n'attaquerais pas la Terre et bien tu peux partir en paix. Je n'ai qu'une parole. »
« C'est l'autre partie de ton serment qui m'intéresse… celle où tu me jurais fidélité sur le Styx…» Hadès fronça les sourcils.
« Qu'attends-tu de moi ? »
« Ce que tu as toujours su faire… » Zeus se leva pour s'approcher de son frère, un sourire errant sur ses lèvres. « …la guerre bien sûr. »
« Mes spectres ont été décimés. Et je ne peux pas lutter contre Athéna et Poséidon réunis. » Tandis que Zeus marchait, des reflets courraient sur sa protection, comme une multitude d'éclairs minuscules.
« Je ne te parlais pas de te battre sur Terre. »
« Je ne comprends pas. »
« Tu vas te battre contre toi-même, en quelque sorte. » Zeus se mit à rire. « Ressuscite tes spectres mon frère, ils pourront se battre là où ils iront… »
« C'est-à-dire ? »
« Le quatrième monde… l'enfer d'Azura. »
« Pourquoi me battrais-je là-bas ? »
« Cet idiot d'Arès s'était mis en tête qu'il voulait conquérir un monde et il s'y est attaqué. Mais il semblerait qu'il ait sous estimé la résistance qu'on lui opposerait là-bas. Son armée est décimée et il s'est fait capturé. J'ai même dû me rendre sur place pour évaluer la situation. Héra est folle de rage… » A ce dernier commentaire, le roi des dieux eut un haussement de sourcil qui prouvait à quel point vivre avec sa mégère de femme pouvait être pénible lorsqu'elle était en colère. Le fait en lui-même qu'Arès soit prisonnier, par contre, n'avait l'air de lui faire ni chaud ni froid. Un quelconque sentiment paternel aurait été trop demander à Zeus.
« Arès s'est fait battre et tu veux m'envoyer là-bas… » Zeus haussa les épaules, n'étant désormais plus qu'à une trentaine de centimètres de son frère.
« Je ne vois personne de plus qualifié que toi pour combattre une déesse de la mort. Transmet lui mes hommages avant de la tuer…»
« Tu pourrais utiliser ta propre armée… »
« Mon armée, mon cher Hadès, assure le maintien de l'équilibre et ne combat plus depuis longtemps déjà. Si cela ne tenait qu'à moi, Arès pourrait tout aussi bien rester croupir dans son cachot, ça pourrait peut-être même le rendre un peu plus réfléchi. » Zeus était désormais dans le dos d'Hadès et remettait son casque, ce qui donna subitement l'impression qu'un cercle d'éclairs lui ceignait le front.
« Il va me falloir du temps pour ramener tous mes spectres dans ce monde. »
« Je te donne deux semaines pour régler la situation. » Le ton de Zeus, très calme, n'admettait aucune protestation, malgré la brièveté du délai imposé.
« J'aurai besoin de ton aide si jamais je dois tuer une divinité… » Se contenta donc de remarquer prudemment Hadès.
« Tu n'auras qu'à me contacter à ce moment là. Hermès se fera une joie de transmettre ton message. Sauf si bien sûr, tu te fais toi-même capturer. Mais j'ai la faiblesse de croire que mon frère réussira là où mon fils a échoué… » Zeus marqua une pause, au cours de laquelle le silence tomba dans la semi obscurité de la vaste salle. « Quel effet cela-fait-il ? De mourir... » L'espace d'un instant, le dieu des morts se demanda s'il n'avait pas rêvé ce murmure, mais il demeura silencieux, ne répondant pas à la question. Il n'eut pas besoin de se retourner pour être conscient du départ de Zeus, qui disparut en une fine pluie dorée quelques secondes plus tard.
« Le problème des dieux, mon frère, c'est qu'ils ne meurent jamais vraiment. » Murmura-t-il sombrement. Seul un silence sépulcral lui répondit.
« J'ai peut-être un peu forcé sur la dose. » S'inquiéta Angelo, regardant tour à tour la notice des somnifères et la silhouette endormie d'Aphrodite. Il était plus de 16 heures passées et le chevalier des Poissons dormait toujours comme un loir sur le lit de l'italien. Italien qui avait d'ailleurs prié pour que personne ne se rende compte de la présence du Poisson à chaque fois que quelqu'un avait traversé son temple. Il était persuadé que Mu l'avait regardé bizarrement en passant, ou bien était-ce juste son imagination… il n'était pas sûr.
Une fois de plus depuis dix minutes, il lança un regard inquiet au chevalier endormi, qui commençait à s'agiter périodiquement dans son sommeil. Il parlait un langage que le Cancer ne connaissait pas, sans doute du suédois. Inquiet, Angelo passa une main dans sa courte chevelure bleue avant de se décider à s'approcher du lit pour voir si Aphrodite n'avait pas de fièvre. C'est à ce moment là que le Poisson fut parcouru de violentes convulsions et qu'il se mit à pleurer. Décidant d'intervenir, Angelo fit la seule chose raisonnable qui lui vint à l'esprit, s'agenouiller au dessus d'Aphrodite et lui envoyer de violentes gifles pour le réveiller. Il songeait à passer aux coups de poings quand le dernier gardien du Zodiaque ouvrit les yeux, semblant complètement désorienté et perdu.
« Angelo? » Finit-il par balbutier.
« Mais merde, tu vas me dire ce qu'il se passe avec toi Aphrodite? »
Epuisé, Saga respirait par à-coups, assis sur une dalle de marbre blanc. Près de lui, son frère essayait également de reprendre son souffle, mais il s'était carrément allongé sur l'une des marches, ses longues mèches se répandant autour de lui en une mer sombre et agitée. Les jumeaux avaient soigneusement évité d'aborder tout sujet fâchant et plus particulièrement la déclaration récente de Kanon. Le pauvre ne s'en était d'ailleurs toujours pas remis.
« Je crois que c'est un match nul. » Arriva finalement à dire Saga. A ces mots, Kanon fronça les sourcils puis ouvrit les yeux.
« Seulement parce que j'ai retenu mes coups...»
« Je n'ai jamais vu quelqu'un qui ait autant de mauvaise foi...»
« Bon, match nul alors...» Capitula le Dragon des mers.
Ils étaient tout les deux installés sur les gradins de marbre blanc de l'arène à ciel ouvert qui servait de lieu d'entraînement aux marinas de Poséidon, quel que soit leur rang, même si certaines heures étaient réservées exclusivement aux sept généraux des mers. C'était une arène immense, ayant pour particularité d'être à moitié à ciel ouvert et à moitié immergée. D'immenses gradins en arc de cercle entouraient une vaste étendue sablée, puis, ces mêmes gradins disparaissaient ensuite pour laisser place à un immense bassin, où étaient d'ailleurs en train de se battre amicalement Bian de l'Hyppocampe et Io de Scylla. Un peu plus loin, mais sur la partie ensablée de l'arène, Kassa des Lyumnades entraînait deux de ses disciples. Etrangement, le gardien de l'Antarctique n'avait choisi que des disciples d'une beauté remarquable, beauté qui contrastait d'ailleurs avec sa propre laideur, quasiment légendaire parmi les marinas. Kanon avait toujours pensé que si Kassa pouvait changer de forme, c'était parce qu'il en avait marre d'être perpétuellement laid.
« Qu'est-ce que tu vas faire de tes lieutenants maintenant que tu les as choisis? » Demanda Saga après plusieurs longues minutes d'un silence agréable, où les jumeaux étaient simplement restés silencieux, à profiter de la douche chaleur de l'air du domaine sous-marin et de la saine fatigue qui suivait leur combat.
« Poséidon m'a ordonné de confier leur entraînement à Siren, puis de retourner auprès d'Ishtar. » Kanon poussa un soupir, puis se releva de sa position allongée pour s'asseoir aux côtés de son jumeau. « Le souci, c'est que Siren et moi ne sommes pas vraiment les meilleurs amis du monde... »
« J'avais cru remarquer... » Commenta Saga, se remémorant la scène où il avait réussi à séparer les deux généraux en train de se battre, mais seulement grâce à l'aide du général de l'Hippocampe. « Tu as peur qu'il sabote leur entraînement? »
« Non, il ne ferait pas ça. Il aime trop Poséidon pour ne serait-ce que penser à ne pas entraîner correctement ses futurs soldats...»
« En parlant de lui...»
Tous les combats cessèrent dans l'arène à l'entrée du maître des lieux, dont la silhouette se dessinait désormais devant l'entrée principale. Il marchait à pas lents et mesurés, la brise marine jouant dans sa longue chevelure azurée et dans les plis de sa toge, rehaussée d'une large et longue cape. Sa tenue contrastait fortement avec celle de la femme qui l'accompagnait, vêtue d'un tailleur noir, de talons hauts, et dont les yeux étaient maquillés discrètement. Circé des Néréides était ce jour là non pas en armure, mais dans la tenue qu'elle occupait dés lors qu'il s'agissait des relations du sanctuaire sous-marin avec le monde des humains ordinaires. Elle occupait une place de cadre dans les entreprises Solo. Pour l'heure, seule la présence du dieu à ses côtés l'empêchait de pousser à haute voix des jurons forts grossiers contre ces p... de talons de m... qui s'enfonçaient dans le sable de l'arène et ralentissaient son allure. Un peu plus loin, Bian observait avec un air fasciné et amoureux sa dulcinée, tout en se demandant ce qu'elle venait faire ici dans une telle tenue, accompagnée de Poséidon en personne.
S'arrêtant au milieu de l'arène, le dieu balaya l'endroit d'un regard insondable avant d'affirmer à haute voix que les entraînements pouvaient reprendre. Puis, il se remit à marcher tranquillement pour rejoindre les jumeaux. Plus il approchait et plus Kanon se demandait ce qu'il avait bien pu encore faire. Circé étant connue pour être la meilleure amie de Thétis, il se demandait si elle n'avait pas glissé au dieu quelque idée plus ou moins tordue le concernant. Il n'était d'ailleurs pas loin de la vérité.
« Seigneur Poséidon... » Dit-il en s'inclinant, tandis que Saga demeurait assis sur les gradins, se contentant de baisser légèrement la tête.
« Kanon, je... » L'olympien s'interrompit, fixant intensément Saga du regard. « Saga des Gémeaux, je suppose que ton aide pourrait m'être utile également...»
« Ca dépend pour quoi... »
« Le seigneur Poséidon souhaite organiser un bal...» Répondit Circé à Saga.
«Je ne suis pas majordome... » Grommela Kanon.
«Mais je n'en doute pas ... » Poséidon se mit à rire doucement, avant de reprendre la parole d'un ton qui n'admettait aucune réplique. «Isaak aurait dû le faire, mais il est introuvable, alors tu vas te charger de certains détails pour moi...» Une chose était sûre pour le Dragon des mers, les dieux et les humains avaient rarement la même notion de ce qui relevait ou non du « détail. »
