Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Publication du chapitre : le 12 juin 2007

Disclaimer: Kurumada décline toute responsabilité devant ce que j'inflige à son œuvre originale.

Reviews : Merci encore pour les commentaires !

Dans ce chapitre : Tandis que des choses terribles se préparent, un truc aux griffes acérées griffe des rideaux innocents, dont le cri résonne avec celui de la victime d'une vengeance pour le moins salée. Mais le pompon (ou devrais-je dire la clochette ?) reviens à un lauréat pour le moins inattendu… Mais ça bien sûr public, c'était avant que Kassa n'ait envie de se faire pipi dessus… où après, je ne sais plus…

Suite à ce résumé pour le moins abracadabrantesque, je vous dis bonne lecture… Et toi ma bêta chérie, je te remercie vraiment pour tout.


Chapitre 16 – Truc(s) et astuces


« Hum, pas terrible… » Marmonna Ishtar avec une petite ride de contrariété dessinée entre les sourcils, tandis que Shaka demeurait d'une impassibilité admirable. « Peut-être ça. » Aucune réaction du chevalier de la Vierge, qui, toujours parfaitement docile, ne broncha pas.

Ishtar poussa un soupir, puis jeta finalement son dévolu sur une autre paire de lunettes de soleil, qu'elle agita sous les paupières closes de l'Indien. « Ca, ça devrait aller. » Dit-elle en les enfilant sur le visage toujours parfaitement neutre de sa victime. « Tu es sûr que tu ne veux toujours pas ouvrir les yeux ? » Demanda-t-elle en penchant le visage de côté, histoire de mieux admirer son œuvre.

« Ou sinon tu me forces à porter ces … choses ? » L'intonation du dernier mot révélait toute l'estime que Shaka pouvait porter à ce genre d'accessoire.

« Je pense que j'aurais du mal à te forcer, mais tu avoueras que se balader en pleine rue les yeux fermés, ce n'est pas courant. »

« Je n'ouvrirai pas les yeux. » Fit Shaka en haussant un sourcil, avant d'enlever les lunettes. « Et je ne porterai pas ça non plus. » Conclut-il en tendant l'objet de la discorde à la déesse.

« Shaka… »

« Ce n'est pas négociable. » Trancha-t-il, insensible aux accents soudain mélodramatiques de la déesse, dont les yeux verts étaient emplis de grandes étoiles, ce qu'il ne pouvait pas voir, mais devinait très bien.

« Ah… Quel manque de fantaisie. » Soupira cette dernière, avant de hausser les épaules, puis sourire et délaisser sa victime pour aller fouiner dans les allées du marché en plein air où ils se trouvaient, sorte de brocante géante à ciel ouvert.

Amusé par ce revirement, Shaka la laissa s'éloigner, avant de la suivre de loin, en esprit du moins, puisqu'il demeura parfaitement immobile, se contentant de rechercher un endroit où il pourrait l'attendre tranquillement. De toute façon, il se moquait bien de savoir si ses yeux fermés intriguaient ou non les badauds... d'autant plus qu'accompagné d'Ishtar, il ne passait pas vraiment inaperçu. Sa seule mission était juste de surveiller qu'il ne lui arrive rien, même si face à des humains ordinaires, elle était parfaitement capable de se défendre seule, ne serait-ce qu'en se téléportant.

Ce qui l'inquiétait plutôt, c'était le comportement d'Ishtar. Il avait passé une bonne partie de la journée à l'accompagner de lieux en lieux : administration, banque et même notaire, qu'elle avait chargé de la vente de tout ce qui avait appartenu à sa famille adoptive. Il ne comprenait pas à quoi pourrait bien lui servir ce qu'ils avaient fait aujourd'hui, hormis mettre une croix définitive sur son passé… C'était comme si elle avait voulu régler une bonne fois pour toutes son passé humain, tout en se laissant pourtant des opportunités de retour à une vie ordinaire. Sinon, quel intérêt pour elle d'encaisser l'argent de Poséidon ? Hormis pour essayer de lui acheter des lunettes, bien entendu.

Mais il n'avait pas eu envie d'aborder le sujet avec elle, en partie pour ne pas voir s'envoler la bonne humeur qu'elle avait retrouvée depuis quelques heures et en partie parce qu'il savait très bien qu'elle n'aimait pas aborder le sujet.

Il grimaça à peine lorsqu'elle revint en agitant sous son nez une chose qui tintait et qu'il fut forcé d'identifier comme étant une clochette.
« Pour information, elle est dorée ! Je savais que je devais en trouver une pour ton armure ! Elle est faite pour toi… » Se moqua Ishtar, avant de se mettre à rire en voyant le léger froncement de sourcils que cela provoqua chez Shaka, qui, dans un admirable effort bouddhiste, avait évité d'ouvrir des yeux agrandis par l'horreur sous la vision d'une armure de la Vierge transformée en fée clochette.

« C'est une plaisanterie… »

« Hum… » Ishtar essaya de reprendre son sérieux. « Je n'en sais rien. » Sa victime se contenta de garder un silence dubitatif. « Je pensais plutôt à la donner au truc, histoire d'entendre cet idiot quand il est dans la même pièce. Ca éviterait certains… » Elle se tut, fronçant les sourcils au souvenir que Zeus pouvait parfaitement être en train de les épier.

« Désagréments ? » Compléta aimablement Shaka.

« Oui, on pourrait dire ça comme ça. » Répondit-elle d'un ton soudain rêveur, au souvenir du désagrément en question, mais aussi de la nuit précédente. Le genre de souvenir qui laissait le choix entre la douche froide ou l'action immédiate… d'autant qu'inconscient du danger qui planait sur lui, Shaka arborait son éternel sourire mi-angélique, mi-démoniaque. Ce fut cependant un autre type de faim qu'elle décida d'assouvir en premier.

Une bonne demi-heure plus tard, Ishtar arrivait à traîner un puissant, noble, et normalement très impassible, mais pour l'heure surtout pas très convaincu, chevalier de la Vierge dans un restaurant… indien.

« Autant aller directement en Inde » Avait objecté Shaka, mais en vain, puisqu'il était désormais installé en face d'Ishtar, dans un coin isolé de la salle, décorée de tout un tas de représentations des dieux du panthéon hindouiste. Le fait qu'ils soient relativement isolés des autres clients n'empêchait d'ailleurs pas certains de les fixer comme s'ils étaient l'apparition de dieu sur terre… ce qui dans le cas d'Ishtar n'était d'ailleurs pas complètement faux.

Totalement indifférente à l'attention qu'elle suscitait, la déesse s'amusait beaucoup, tentant d'expliquer à Shaka que ce n'était pas vraiment de la nourriture indienne, mais plutôt la version occidentale de la cuisine indienne. Ce qui laissa la Vierge sceptique, du moins, jusqu'à ce qu'ils soient servis.

« Alors ? Tu es bien pensif, ça ne te plaît pas ? »

« Si, c'est juste que ça me rappelle des souvenirs. »
« Des choses compromettantes ? »
« Pas vraiment non… juste la cuisine de mon maître. »
« Bouddha fait la cuisine ? » S'amusa Ishtar. Un sourire s'étira sur les lèvres de Shaka.
« Pas à ma connaissance. Je parlais du chevalier qui a été mon maître. »
« Il cuisinait comme ici ? »
« Si seulement… » Soupira Shaka. « Je pensais à lui parce que lui aussi aimait mélanger cuisines indiennes et occidentales, mais avec un succès assez mitigé je dois l'admettre. »
« Comment est-ce qu'il s'appelait ? »
« Gabriel…enfin, maître pour moi. Il était le chevalier d'argent du Paon. »
« C'est joli Gabriel. Le pauvre sera connu comme étant l'homme qui cuisinait mal… »
« Non, c'est plutôt que sa cuisine relevait de l'impossible rencontre entre les épices et … le lait. »
« Le lait ? »
« Il était persuadé que le riz au lait est délicieux, mais saupoudré de curry. » Ishtar se mit à rire, imaginant le pauvre Shaka enfant obligé d'avaler cette chose infâme. « Mais hormis ce plat, j'aimais bien sa cuisine en général. » Le défendit la Vierge devant le fou rire de la déesse.
« Je compatis, ça devait être assez particulier, pour ce plat en tout cas. » Arriva à articuler Ishtar, essayant de chasser de son imagination la vision de cette bouillie. « Que voilà un traumatisme qui doit être lourd à porter. »
« C'est surtout mon estomac qui a souffert. » Shaka haussa doucement les épaules. « A ton tour… »
« De ? »
« Parler des secrets inavouables de ton passé. »
« Il y a en a plein. » Répondit prudemment la déesse, avant de porter à ses lèvres son verre.

« J'ai tout mon temps. »

« Et bien, je dois avouer que lorsque j'étais enfant je n'ai jamais été confrontée à des tortures culinaires de ce genre … Les gens passaient leur temps à m'apporter ce que je voulais avant même que je ne le demande. » Pensive, elle baissa le regard vers son verre, qu'elle faisait délicatement tourner entre ses doigts. « Les choses ont changé. Mais je crois bien que j'en ai gardé un certain égocentrisme. »
« Pour ne pas dire un égocentrisme certain… »
« Hum… je le mérite. » Elle fronça légèrement les sourcils, perdue dans ses souvenirs. « Mon père me favorisait toujours vis-à-vis de mon frère et de ma sœur et bien sûr j'en profitais pour me comporter comme une véritable peste. Je suppose qu'on pourrait dire que je ne me suis pas améliorée en grandissant. Babylone me manque pourtant. »

« Tu ne m'en as jamais vraiment parlé, c'était comment ? » Demanda-t-il doucement.
« Je passais la plupart de mon temps dans les jardins suspendus ou dans le temple que la ville basse m'avait dédié. C'était magnifique, mais je suis sans doute un peu partiale… » Elle marqua une pause, essayant de chasser certains souvenirs. « C'était mon père qui arrivait à maintenir en l'air les jardins. Ca ne lui demandait aucun effort, c'était pour lui aussi facile que de respirer. »
« Il devait être très puissant. »
« Chaque dieu est puissant, à sa manière. Mon frère aurait été capable de faire verser des larmes de culpabilité à une pierre et cette même pierre, ma sœur aurait été capable de la tuer. »
« Tuer une pierre ? »
« Disons que ma sœur était mon exact opposé. J'étais la vie, elle la mort. Mon sang guérit, le sien tue. Seuls les dieux étaient capables de lui serrer la main sans en être malade. »
« Ce n'est pas très enviable comme pouvoir. »
« Oui, elle a énormément souffert de la comparaison avec moi et de l'isolement que son pouvoir lui causait… » Ishtar ferma brièvement les yeux, avant de sourire doucement. « Désolée, je ne suis pas très gaie. Et toi, comment est-ce que tu t'es retrouvé dans un monastère ? »
« J'ai été abandonné devant, peut-être parce que j'avais déjà cette marque sur mon front, ou bien tout simplement à cause de la misère. »
« Ce n'est pas très gai non plus… »
« Non, mais je n'étais pas malheureux. Ce n'est pas une enfance ordinaire, mais je n'en ai pas souffert. Elle fait partie de moi. »
« Ca et le riz au lait baignant dans du curry… » Ajouta Ishtar avec un sourire, observant Shaka en essayant de s'imaginer à quoi il pouvait bien ressembler enfant. Elle avait du mal avec un tel concept. Ca aurait signifié un Shaka… heu… petit, et pas comme elle l'avait toujours perçu, à savoir sûr de lui et énigmatique. Et incroyablement attirant.

« Tu n'as jamais eu envie de retrouver tes parents ? » Finit-elle par demander.
« Non, pas vraiment. Le moine qui dirigeait le monastère où j'ai grandi m'a toujours raconté qu'il avait eu une vision de ma naissance et que pour lui, c'était Bouddha qui m'avait envoyé. » Shaka secoua la tête légèrement, réfléchissant quelques secondes « Et puis, même si je le voulais, ces gens seraient pour moi des étrangers. Je ne ressens pas de manque par rapport à cela. »
« Ta réponse est très… »
« Bouddhiste ? »
« J'allais dire résignée, mais c'est le même esprit. Personnellement, je n'ai jamais connu ma mère, j'aurais aimé au moins savoir à quoi elle ressemblait. » Ishtar fit la moue. « De toute façon, elle n'aurait pas pu être plus belle que moi. » Ajouta-t-elle d'un ton prétentieux avant de se mettre à rire du visage mi-choqué, mi-amusé de Shaka.
« Je vois que la modestie ne t'étouffera jamais. »
« C'est toi qui dis ça ? » Répliqua Ishtar. La Vierge haussa un sourcil, préférant ne pas répondre à la provocation. « Mais je dois avouer que tu es plutôt… » Elle ne termina pas sa phrase, préférant boire lentement son verre en faisant glisser son regard sur lui.
« Plutôt ? »
« Hum… doué dans ton domaine. » Seule la couleur rouge des tapisseries alentour aurait pu rivaliser avec la couleur qui teinta la carnation pâle de la Vierge lorsque l'allusion à peine voilée atteignit son esprit.


Debout près de son trône, Poséidon contemplait pensivement le pilier central, dont le sommet se perdait dans le ciel empli d'embruns. L'eau coulait paisiblement le long des colonnes et dans les bassins qui bordaient l'allée menant à l'esplanade où il se trouvait, signe que l'humeur du dieu, à défaut d'être joyeuse, était bonne, même si empreinte d'une certaine inquiétude. Le vent du sanctuaire sous-marin lui parvenait en cet endroit en une brise très douce, qui faisait voleter ses cheveux et faisait à peine trembler les plis de sa toge blanche brodée d'or.

Enfin, il perçut l'apparition dans son domaine du cosmos dont il attendait la venue. Lentement, il fit volte face pour s'asseoir sur son trône, dont la nacre chatoyait au contact de la lumière venue de l'extérieur. Il devait faire nuit en Grèce, mais comme toujours, jamais l'obscurité ne tombait dans le domaine sous-marin.

Au bout de longues minutes, le cosmos attendu s'annonça devant les portes de la salle du trône, et celles-ci s'ouvrirent pour livrer passage à une silhouette dont la peau était d'un blanc maladif, quasiment fantomatique… la silhouette tordue et courbée de Kassa des Lyumnades.

« Alors ? » Demanda le dieu dés que le général des mers fut agenouillé devant lui.
« Seigneur, j'ai réussi à m'introduire mais je n'ai pas pu… »
« Aurais-tu échoué ? »
« Non, seigneur Poséidon, jamais, je vous jure que… »
« Assez, c'est assez! » Fit Poséidon en désignant d'un geste de la main l'eau qui bouillait désormais dans les bassins, la nonchalance de son geste contrastant avec les bulles furieuses qui crépitaient à la surface de l'eau. « Si tu ne tiens pas à vérifier si cette température te convient, je te conseille de ne pas revenir me voir les mains vides. Tu as 24 heures. » Les yeux écarquillés d'horreur, Kassa arriva miraculeusement à empêcher sa vessie de se vider sur place.
« Oui Seigneur. » Couina-t-il, avant de se retirer, moitié marchant, moitié courant.

Poussant un soupir de mécontentement, le dieu fit légèrement enfler son cosmos, fermant les portes massives de la salle du trône, dont les battants fermés dessinèrent à nouveau la gigantesque forme d'un trident doré. Lentement, Poséidon se leva et ferma les yeux, passant une main lasse sur son front. Si Amphitrite avait encore été vivante, elle lui aurait certainement dit qu'il s'énervait pour rien, à moins qu'elle n'ait essayé de le tuer à nouveau, il ne savait plus trop. Ca avait toujours été un mélange de passion et de haine entre eux, et puis, trop de pensées se bousculaient dans son esprit à présent…

Peu à peu, toute l'eau autour de lui redevint calme, coulant à nouveau doucement en un chuintement cristallin. Parfois, il avait envie de prendre des vacances, très longues, près de la mer, et de préférence, entouré de nymphes... Mais cela viendrait plus tard, lorsque les doutes affreux qui lui traversaient l'esprit auraient trouvé une réponse et seulement lorsqu'il serait certain qu'IL n'avait pas osé faire…ça. Lentement, il rouvrit les yeux, mais, au lieu de voir ce qui l'entourait, il était à nouveau plongé dans ses pensées.

« Comment en sommes nous arrivés là? Qu'est-ce qui a fait que l'Olympe, qui était notre demeure à tous, est devenu ce lieu froid et si difficile à atteindre, même pour moi… » Il se souvenait avoir fermé les yeux à ce moment là, luttant contre l'amertume que lui causait ce passé si lointain et pourtant tellement présent dans la moindre de ses conséquences.
« Pour cela, il faut d'abord comprendre ce que nous étions, avant la toute première guerre sainte. L'Olympe était encore notre demeure à tous. Métis était encore en vie et mariée à Zeus, et moi-même, j'étais un jeune marié, puisque la guerre contre les titans venait de prendre fin et que j'avais épousé Amphitrite. Cette guerre nous avait amenés à massacrer sans l'ombre d'un remord ceux qui étaient nos propres parents, et pour tout dire, les massacres de cette période, il m'arrive encore parfois d'en rêver la nuit. J'ai toujours aimé la beauté. La mort est laide et répugnante... Pourtant, je… » Il s'était tu quelques instants, « Lorsque Zeus a souhaité que nous partions à la conquête du monde, j'ai accepté à nouveau. »
« Par soif de pouvoir ? »
« Pas seulement. La soif de pouvoir et l'envie de ne pas être concurrencé par d'autres puissances. » Il y eut un silence, au cours duquel il avait fixé le haut du pilier central, perdu dans la brume « Tous les dieux ressentent ce sentiment, n'est-ce pas ? »
« Sans doute… Les dieux se seraient tous massacrés tôt ou tard, mais ce que vous avez fait… »
« A permis d'instaurer une paix, précaire certes, mais une paix dans un monde ravagé par les guerres qui se multipliaient entre divinités. » L'avait-il coupée.
« Je me moque bien de la paix dans le monde Poséidon, et n'essaie pas de me faire croire que vous avez fait la guerre par humanisme. »

« Je dis ce qui est la vérité. J'étais idéaliste, mais je ne me prononcerais pas pour mes frères sur ce point. » En regardant le visage de son interlocutrice, il avait vu un sourire ironique se dessiner sur ses traits délicats, mais elle s'était gardée d'émettre une nouvelle remarque. Il se souvenait avoir passé quelques secondes à contempler Ishtar silencieusement, avant d'être rappelé à la réalité par son regard d'un vert si étrange, qui l'avait fixé.

« Soit, et qu'est-ce qui vous a poussé à faire la guerre entre olympiens ? »
« Comme je l'ai déjà dis, je suis bien incapable de dire quel a été exactement l'élément déclencheur... Peut-être la décision de Zeus de confier la Terre à Athéna, alors que nous voulions tous qu'elle reste neutre, ou bien ta malédiction et ta présence au sanctuaire, trop avantageuse pour Athéna. Mais ce n'était que la goutte d'eau, le vase s'était rempli peu à peu, sans même que nous nous en rendions vraiment compte. Il y avait tout les ordres de Zeus, de plus en plus fréquents et contraignants, mais aussi le comportement d'Hadès, qui devenait chaque jour plus… humain, au contact de Perséphone. » Ishtar n'avait rien répondu, se contentant de faire tourner entre ses doigts la fleur de corail qu'il lui avait offerte.
« Pourtant, à chaque fois que j'essaie de comprendre, j'ai l'impression désagréable qu'il me manque des données essentielles... Comme si… »
« …simple mortelle. »
« Pardon ? »
« Perséphone n'était qu'une simple humaine. »
« Tu n'es pas censée le savoir. »
« Zeus… m'en parlait parfois. »
« Pourquoi me dire cela ? »
« Tu parlais de … devenir humain. Il me disait souvent que c'est le côté humain des dieux qui les rend vulnérables. »
« Notre côté humain… » Et là, il avait repensé à ce jour maudit où, sorti de l'urne où il avait été enfermé, sa première réaction avait été de demander à Zeus de l'aider à priver de cosmos Amphitrite, pour que jamais, elle ne puisse renaître à nouveau. Ce sentiment de malaise, cette pièce du puzzle qui lui manquait…

« Poséidon ? » C'est à ce moment là qu'elle avait posé la main sur son bras et qu'il était revenu à la réalité. L'eau dans les bassins autour d'eux était pleine de remous, reflets liquides du cours agité de ses pensées. La déesse semblait un peu perdue, non pas perdue, inquiète à cause de l'eau troublée des bassins. « Poséidon ? »
« Ca va aller. Mais nous devrions changer de sujet de conversation… » Il avait fait un effort sur lui-même et l'eau des fontaines était redevenue limpide.

Ils avaient changé de sujet de conversation en effet. Mais le malaise ne l'avait pas quitté. Le rapport de ses espions sur les activités récentes de Hadès et ce rappel que lui-même s'était enchaîné à Zeus… Il était trop âgé pour croire aux coïncidences. Il avait besoin de certitudes. Il ne tolérerait pas un second échec du général des Lyumnades.

L'eau dans les bassins était troublée désormais dans la salle du trône, seule emplie de la présence lasse du dieu. Il était tellement fatigué de tout cela. C'était tellement vain. Le son d'une lyre le tira de sa rêverie. Il n'en avait pas entendu depuis des siècles. Il détestait et il aimait cet instrument en même temps. Il lui rappelait trop Amphitrite.

Intrigué, il descendit lentement les marches reliant la salle du trône à la voie monumentale qui menait vers le pilier central. Lentement, il arriva à localiser la musique, d'abord faible, lui parvenant par quelques notes, puis de plus en plus audible. Il contourna l'un des piliers qui bordait la voie dallée de marbre et passa sous un porche, pour déboucher dans les jardins du palais. La musique était toute proche désormais, accompagnée de sons de voix féminines.

Lorsqu'il arriva finalement dans la petite clairière entourée de corail où se trouvaient deux bancs, la musique s'éteignit, tandis que la jeune servante qui jouait de la lyre s'inclinait et que ses deux compagnes, jusque là assises et bavardant gaiement, s'étaient interrompues pour se lever et s'incliner à leur tour. L'eau d'une fontaine un peu plus loin chantait gaiement.

« Retournez au palais. » Ordonna-t-il. Si elles furent surprises, les jeunes femmes ne répondirent rien et s'exécutèrent, comme si cela était parfaitement naturel. Elles se levèrent donc pour ramasser leurs affaires et partir. « Non, pas toi. » Ajouta Poséidon à l'égard de la musicienne. Celle-ci tressaillit mais murmura un « Oui seigneur. » tremblant avant de s'incliner à nouveau.

Amusé par cette peur à peine voilée, Poséidon l'observa plus attentivement, ayant reconnu en elle la jeune fille qui avait joué de la harpe le jour où le Dragon des mers était venu l'interrompre dans son bain. Elle devait avoir à peine seize ou dix-sept ans.

« Je souhaite que tu arrêtes de jouer de la lyre, au palais du moins. Si tu tiens à en jouer, fait le loin de moi. » Murmura-t-il.
« Pardonnez-moi seigneur, je ne voulais pas vous offenser. » Répondit la jeune fille, dont la voix trahissait un état très proche des larmes.
« Relève-toi. » Tremblant de tout ses membres, la servante apeurée lança un regard suppliant au dieu avant de se souvenir qu'il était très malvenu de le regarder dans les yeux et qu'il valait mieux fixer le sol. Peine perdue, puisqu'il s'était rapproché et que sa main lui avait relevé le visage. Incapable de résister au charisme du dieu, elle ne put que se perdre dans son regard tandis qu'il l'étudiait. Si elle avait été moins impressionnée, elle aurait pu lire des émotions contradictoires sur le visage de la divinité.

« Je ne suis pas en colère contre toi. Tu es une excellente musicienne. Je te demande juste de changer d'instrument, comprends-tu ? » Murmura-t-il très lentement, son souffle caressant légèrement le visage de sa servante.
« Oui, oui » Balbutia-t-elle.

Il y avait quelque chose en elle... Maintenant qu'il pouvait l'examiner d'aussi près, elle lui rappelait un peu Amphitrite. Le même grain de peau, des yeux noisette remplis de paillettes, qui lui rappelaient le regard doré de son ancienne épouse… La pauvre humaine ne pouvait pas se douter de tout cela. Elle était comme une souris qui aurait croisé le regard d'un serpent.

« Est-ce que tu crois en moi petite musicienne ? » Demanda-t-il, la forçant toujours à le regarder dans les yeux.
« Bien sûr…vous… vous êtes mon dieu… » Ces quelques mots firent sourire la divinité. Il venait de trouver un parfait petit passe-temps.

...


« Jeune maître… Jeune maître… » Tétanisé, Shaka regardait le liquide rouge qui coulait des plaies de l'homme devant lui. « Jeune maître, je vous en prie, suivez-moi. »

Mais il était resté inerte, parmi les flammes du monastère en feu, à observer le corps de celui qu'il venait de tuer. Immobile malgré la chaleur infernale, les cris aux alentours et la voix de l'ancien. La rougeur des flammes se reflétait dans sa chevelure dorée et dans les plis de son sari d'un blanc pur, taché de sang. Ses paupières refusaient de se fermer à nouveau, lui imposant la vision de ce qu'il venait de faire. Il avait tué.
Il ne savait plus. Cette voix, cette voix dans sa tête, qui lui disait que chaque vie était précieuse. Ce qu'il venait de faire allait à l'encontre de tout ce qu'il avait appris. Poussant une plainte inaudible dans le vacarme ambiant, il prit sa tête entre ses mains. Il avait voulu, il avait vraiment voulu faire le bien. Mais aucune voix divine n'était là pour le réconforter, ni pour le guider. C'était sa faute. Sa faute.

A ses côtés et ne sachant plus que faire, l'ancien priait de toutes ses forces pour un quelconque miracle. Il était trop vieux pour traîner l'enfant hors de cet endroit, mais trop attaché à lui pour l'abandonner parmi les flammes... Le miracle attendu prit une forme toute particulière…

« Ah gamin ! On ne t'a jamais dit d'obéir aux plus âgés ? »

Soulagé, l'ancien remercia intérieurement le Bouddha lorsqu'il vit apparaître la silhouette du chevalier du Paon, dont l'armure d'un gris bleuté chatoyait dans la lumière des flammes … même si comme toujours, l'effet d'entrée de Gabriel était quelque peu altéré par sa longue chevelure d'un rose vif, particulièrement criarde, qu'il ne fallait d'ailleurs jamais critiquer en sa présence, sauf si l'on tenait à mourir.

Le manque de réaction de son disciple lui fit rapidement comprendre ce qu'il venait de se passer... sans parler de l'homme qui baignait dans son sang. Gabriel avait senti le cosmos de Shaka essayer de le contacter quelques minutes auparavant, mais le contact s'était interrompu et comme le Paon était en très agréable compagnie... par acquis de conscience, il avait décidé de rendre une visite au monastère. Gabriel ne s'était pas attendu à retrouver le vihara en flammes et encore moins à retrouver Shaka dans cet état là. Se sentant coupable de ne pas être arrivé plus vite, il souleva son disciple du sol, afin de le prendre dans ses bras, puis, après un signe de tête à l'ancien, ils sortirent de la salle en flamme.

A l'extérieur, la petite communauté de bonzes essayait tant bien que mal d'éteindre l'incendie, mais c'était peine perdue, d'autant plus que les pillards avaient mis le feu en plusieurs endroits en s'enfuyant. Estimant inutile de les aider dans cette tâche perdue d'avance, Gabriel se contenta de fixer pendant quelques instants le bâtiment en flammes, avant de poser son regard rosé sur la tête blonde enfouie contre son épaule. Dur de savoir ce qu'il pouvait bien se passer dans cette tête d'enfant. Il aurait presque préféré qu'il se mette à pleurer, plutôt que de le voir rester complètement prostré.

« Qu'allez vous faire désormais? » Murmura le Paon lorsqu'il releva le visage pour observer l'ancien. Le visage ridé du vieil homme s'illumina d'une lueur presque amusée.

« Nous allons continuer à faire ce que nous avons toujours fait: vivre avec l'impermanence. »

La réponse fut sans doute trop philosophique pour Gabriel, puisque le Paon se retint de justesse d'émettre une remarque acide portant sur la différence entre illumination et être un brin illuminé. Mais il se retint. Il avait beau ne pas comprendre, il savait que pour ces hommes, il convenait d'accepter ce que pouvait apporter la vie, de doux ou de cruel, et de passer au delà. Et en matière d'acceptation, l'ancien avait l'air de ne pas être très loin du Bouddha... ou de la pâte à modeler... Ce n'était cependant pas le cas de beaucoup d'autres moines, qui couraient et s'affairaient en criant, et qui semblaient accepter beaucoup moins facilement que l'endroit où ils avaient vécu si longtemps puisse littéralement partir en fumée.

« Si vous avez besoin d'aide, j'ai des amis... »

« Vous voyez, c'est ce que je disais. » Murmura l'ancien. « Il y a toujours une voie. »

« Hum... » Répondit Gabriel, avant d'être distrait par l'arrivée d'un tigre. Il mit plusieurs secondes à reconnaître Radjah. Apparemment, le pauvre félin avait été lui aussi été surpris par les flammes, mais il s'en était tiré seulement avec quelques poils roussis et une belle frayeur.

« Puisque nous sommes au complet... » Ironisa le Paon, en observant le tigre qui se frottait contre ses jambes, « Vous comprendrez que... »

« Oui, ne vous inquiétez pas. »

« Je reviendrai vous voir demain. »

« Alors je vous attendrai. Prenez-soin de Shakyamuni. » Le Paon hocha simplement la tête, serrant un peu plus contre lui le gamin.

Ce soir-là, les vaguelettes du Gange coulant lentement au pied du monastère avaient des reflets de sang.


« Ouvre cette porte ou je la défonce! »

« Laisse-moi seul! »

« Aphrodite! Je te... »

« Fiche le camp ! Et d'abord, c'est ta porte ! »

« Aphrodite ! »

« Tu devrais le laisser Angelo, tu ne ressens donc pas son cosmos ? »

L'arrivée inattendue de Mu fut suivie d'un long silence.

« Mu? Je peux savoir ce que tu fais chez moi? » Demanda finalement Angelo.

« Je t'entendais crier depuis l'entrée de ton temple... Une dispute d'amoureux peut-être? » S'amusa le Bélier.

« Hein, mais t'es malade espèce de pervers! »

« Moi avec le crabe? Jamais! Je préfère devenir hétéro! »

« Hum... Je peux savoir ce qu'il se passe alors? »

« Fais partir Angelo s'il te plait »

« Il n'est pas question que tu t'en tires aussi facilement Aphrodite. »

« Fiche-moi la paix sale brute! »

« Angelo, tu devrais attendre qu'Aphrodite ait envie de te parler non? Il risquerait de dire des choses qu'il regretterait. »

Le Cancer ravala l'insulte qu'il allait cracher lorsqu'il perçut une lueur presque triste dans les yeux du Bélier. Il marmonna donc une vague malédiction en italien, plus pour la forme, avant de faire retraite vers le salon, laissant le Poisson enfermé dans la chambre…sa chambre à lui, ce qui fit d'autant plus grommeler l'italien.

« Il est parti, tu veux qu'on parle Aphrodite? »

« Non, je veux juste être seul. »

« Alors ça ne te dérange pas si on reste seul chacun d'un côté de la porte ? »
Le Bélier n'obtint pour toute réponse qu'un reniflement bruyant.

« Ca fait longtemps que tu t'es enfermé ? »

« … »

« Oui ? »

« Il est quelle heure ?»

« Une heure du matin je dirais... »

« Et tu faisais quoi hors de ton temple à une heure pareille ? »

« J'ai passé la soirée avec une créature magnifique… » A ces mots, un bruit de verrou se fit entendre, puis la porte s'entrouvrit légèrement, révélant le visage d'un chevalier des Poissons qui avait les yeux rougis.

« C'est vrai ? » demanda le Poisson d'une petite voix.

« Non. »

Les deux hommes s'observèrent en silence, puis Aphrodite sourit lentement.

« Je suis prévisible hein ? »

« Ta curiosité est légendaire. » Il y eut de nouveau un silence, où ils restèrent immobiles. « Maintenant que tu as ouvert la porte, tu désires peut-être parler ? »

« Je ne pense pas que tu comprendrais. Et je sais bien comment Angelo réagirait… »

« Qu'est-ce qui ne va pas ? »

« Je crois, … » Aphrodite baissa les yeux, fixant le sol. « Je ne veux pas en parler. » Nerveusement, il essaya de lisser ses vêtements froissés avec le plat de la main, non sans avoir fait apparaître auparavant une rose qui se retrouva aussitôt fichée entre ses lèvres.

« Aphrodite, je suis sûr que quoi que tu ais à dire, Angelo ou un autre d'entre nous pourra t'aider. »

« Tu sais, il y un proverbe dans mon pays qui dit que personne n'est si jeune qu'il ne peut mourir demain. Je crois bien que personne ne peut m'aider à lutter contre… »

« La peur de mourir ? » Interloqué, Aphrodite fixa quelques secondes le Bélier dans les yeux, mais ne rencontra dans son regard qu'un profond sentiment d'empathie et non pas le jugement qu'il craignait.

« Non, pas celle de mourir, mais celle de revivre ce que les dieux nous ont fait, et aussi… revivre la défaite… Tu sais ce que ça fait de se voir mourir dés que l'on ferme les yeux ? J'ai toujours grandi en me croyant immortel et je suis mort sans avoir accompli quoi que ce soit de valable dans ma vie personnelle. »

« Aphrodite… »

« Je veux quitter l'ordre de la chevalerie. » Termina l'androgyne en baissant les yeux, essayant de retenir les larmes qui lui brûlaient la rétine. Il retira la rose entre ses lèvres pour en serrer la tige entre ses doigts. « Je veux qu'on me rende ma vie. Je veux pouvoir fermer les yeux et ne plus voir la mort, ni ne plus jamais me sentir impuissant… » Incapable de répondre quoi que ce soit, le Bélier resta silencieux, tandis que le chevalier en face de lui serrait si fort sa rose que quelques gouttes de sang perlèrent à son poing, signe que les épines le meurtrissaient. « Alors non Mu, je ne pense pas que quiconque puisse m'aider. » Un peu plus loin dans le couloir, Angelo baissa la tête.


De minuscules éclairs crépitaient doucement dans sa main, comme toujours lorsqu'il s'ennuyait et qu'il se distrayait en faisant apparaître de minuscules arcs électriques entre ses doigts. C'était une vieille habitude. Elle avait le don d'exaspérer sa femme, quand celle-ci lui parlait et qu'il regardait ses propres mains en jouant avec son cosmos, ne l'écoutant que d'une oreille distraite. D'ailleurs, elle ne lui adressait même plus la parole ces derniers temps. Il ne s'en plaignait pas. La dernière fois, elle l'avait ignoré pendant environ deux ans et il espérait que cette fois-ci ça durerait au moins aussi longtemps. Héra était furieuse depuis qu'il avait levé la malédiction d'Ishtar. Ah, les femmes, tellement pénibles… Elle avait juste desserré les lèvres pour lui demander de sauver Arès. Pff… Cet imbécile était tellement idiot qu'il se demandait parfois s'il pouvait vraiment être son fils.

Les petits éclairs dans la main de Zeus s'élargirent, tandis qu'il lançait un regard désœuvré sur la Terre à ses pieds. Ou plus justement, très en dessous de ses pieds. Il se tenait debout, accoudé à l'un des nombreux balcons qui ceinturaient le palais. Quand il était beaucoup plus jeune, il s'amusait à lancer des éclairs sur la terre, juste par ennui. Mais Athéna lui avait tellement fait la morale là-dessus qu'il avait préféré arrêter ce genre de passe temps « idiot et cruel »... mais Athéna n'était pas là pour lui faire la morale et il s'ennuyait un peu… Heureusement pour la terre en contrebas et pour la bonne santé des météorologues qui s'échinaient à expliquer des orages imprévus, Zeus fut distrait de son ennui par l'arrivée d'un cosmos familier.

« Je ne t'attendais plus. » Murmura-t-il, faisant disparaître les éclairs dans sa main en fermant le poing. « Quelles nouvelles ? » Demanda-t-il finalement, se retournant pour faire face à Hermès.

« Poséidon vous transmet ceci père. » Murmura le dieu à l'apparence juvénile, avant de sortir une enveloppe de l'une des sacoches suspendues à sa ceinture. « Cela risque de vous surprendre… »

« Oh vraiment ? » Intrigué, Zeus haussa un sourcil avant de saisir l'enveloppe et de l'ouvrir, examinant de son regard gris bleu l'écriture mince et fine qui s'étalait sur la carte envoyée par son frère. Il releva finalement les yeux vers Hermès, un sourire flottant sur les lèvres. Poséidon avait forcément une idée derrière la tête, mais laquelle…

« Un bal ? » Fut donc le seul commentaire de Zeus.


« Un bal… pff » Soupira pour la centième fois de la journée le pauvre général du Dragon des mers, tandis que Saga se retenait de ne pas rire devant la tête véritablement désespérée de son jumeau.

Les deux chevaliers s'étaient tranquillement assis sur les marches monumentales menant au pilier de l'Atlantique Nord. Kanon était revêtu de son armure, mais avait mis le casque du Dragon des mers sur la tête de son frère, histoire de s'amuser. Saga quant-à lui était simplement habillé de vêtements empruntés à la garde robe de son jumeau. Un pantalon noir et une tunique, qui contrastaient avec le bleu de sa chevelure et le casque mis de force sur sa tête.

« Allons, ce n'est pas si compliqué, tu dois juste … »

« … réussir à convaincre Ishtar d'aller à un bal où va être présent Zeus, sans parler bien sûr de réussir à convaincre Saori d'être présente… oh… misère… » Se lamenta Kanon à nouveau, avant de grommeler contre son jumeau quand celui-ci se mit à rire doucement.

« Désolé, tu devrais voir ta tête, c'est trop amusant. »

« Je te rappelle que j'ai la même tête que toi, mais en mieux. »

«Allons, ce n'est pas si grave. » Répondit finalement Saga, préférant ne pas relever la dernière remarque « Il te suffit juste d'user de tes talents de persuasion. Je peux m'occuper de convaincre Athéna. Et toi, il fallait que tu retournes en Asgard de toute façon. » Il y eut un silence, où le visage de Kanon s'assombrit, devenant plus sérieux tandis qu'il fixait son frère.

« Pour être honnête, je ne sais pas s'ils vont te laisser approcher Athéna aussi facilement maintenant. » Saga sourit doucement, puis enleva le casque et secoua légèrement la tête, permettant à ses mèches aplaties de reprendre leur panache habituel.

« Je vais mieux Kanon. Beaucoup mieux. Et puis, je sais que je ne serais plus seul désormais. » Son jumeau ne répondit rien, jugeant préférable de regarder attentivement ses propres pieds plutôt que d'admettre que les dernières paroles de son frère le touchaient. Il releva le regard vers lui lorsqu'il sentit que Saga lui mettait sur la tête le casque de son écaille des mers.

« Je suis fier de toi Kanon. »

« Saga… »

« Moi aussi je t'aime petit frère. » Conclut le chevalier des Gémeaux avec un petit clin d'œil.

« Ah idiot, je t'avais dit de ne pas te moquer, tu vas payer ! » Maugréa le petit frère en question, avant de se jeter sur un Saga hilare, qui incapable de s'arrêter de rire pour parer, fut emporté avec son jumeau dans le mouvement.

Trois mètres de marches en contrebas et quelques bleus plus tard, les jumeaux se retrouvèrent affalés sur le sol.

« Aie… » Fit Kanon plutôt pour la forme, car son armure avait amorti le gros du choc.

« Je n'aurais pas mieux dit … Tu pourrais arrêter de m'écraser s'il te plait ? »

« Grumpf. Enfin, je suppose que ça aurait été pire si on avait dégringolé les escaliers du sanctuaire… »


« Oh, comme tu es mignon comme ça ! » Se moqua gentiment Ishtar, tandis que le truc ronronnait, inconscient de la pointe de moquerie dans la voix de la déesse. Le chaton inaugurait en ce moment même la clochette qu'elle lui avait achetée, accrochée désormais au ruban rose qui ceignait le cou du félin. Après avoir observé son œuvre quelques instants, elle se baissa pour reposer le chaton dans son panier, d'où elle l'avait dérangé en pleine sieste.

De retour sur la terre ferme, le chaton s'étira, avant de se mettre à gambader, tout en tintant et sonnant, ce qui ne tarda pas à l'énerver. Au bout de quinze secondes, le truc commença à essayer d'enlever la cloche en agrippant le ruban avec ses pattes, ce qui l'étranglait à moitié. Partagée entre l'agacement et l'amusement, Ishtar décida de laisser parler son côté miséricordieux et saisit le félin pour lui enlever à la fois la clochette et le ruban. De toute façon, elle avait toujours trouvé un peu triste de mettre un collier à un chat, surtout quand c'était un mâle que l'on affublait d'un ruban rose... A cette pensée, elle se demanda si elle oserait appeler le chaton Krishna.

« Voyons… » Marmonna-t-elle… « Krishna ! » Le chaton leva ses grands yeux vers elle. « Je vois ça d'ici… Kri kri sur les genoux de Shaka… Hum… » Le chaton répondit en penchant la tête de côté, attendant sagement qu'elle le repose à terre. « Je dois être folle. » Murmura-t-elle.

« Je n'aurais pas osé le dire… » Le cœur d'Ishtar rata deux battements.

« Tu étais là ? » Dit-elle sans oser se retourner.

« Il semblerait oui. » Répondit sobrement la Vierge, sans ajouter un quelconque commentaire.

« Je suppose que tu n'aimes pas l'idée d'un Kris-chat ? »

« Je préfère encore « truc » ».

Il l'observa quelques instants sans ajouter le moindre mot, tandis qu'elle continuait à lui tourner le dos, reposant à terre le chaton désormais libéré de la clochette. La lumière des flammes de la cheminée donnaient presque des reflets blonds à la chevelure ivoire d'Ishtar, retenue en une coiffure un peu floue.

« Je croyais que tu voulais être un peu seul… » L'entendit-il dire d'un ton un peu incertain, tandis qu'elle se retournait pour lui faire face et lui jeter un regard interrogateur. « Tu m'as abandonnée... »

« A peine quelques heures… » Compléta Shaka en souriant en coin, avant d'ajouter de manière plus sérieuse « J'avais besoin de réfléchir. » Ishtar ne répondit pas immédiatement, s'approchant d'abord de la Vierge pour passer ses bras autour de son cou.

« Et à quoi si ce n'est pas trop indiscret? » Demanda-t-elle finalement, tandis que la clochette qu'elle tenait toujours dans l'une de ses mains teintait doucement.

« Au meilleur moyen de te surprendre en train de torturer ce pauvre chaton bien sûr. »

« Hum... Je vois que tu es d'humeur taquine. » Répondit-elle doucement tout en laissant sournoisement glisser ses mains jusqu'à la taille de son compagnon, qui, inconscient du danger, la laissa le forcer à reculer lentement jusqu'à ce ses jambes heurtent le canapé. Alors avec une lueur presque démoniaque dans le regard, Ishtar le poussa violemment sur le long du canapé et la Vierge déséquilibrée n'eut pour seule option que de l'entraîner dans sa chute en l'agrippant.

«Au-dessus de toi... ça me va. » Fit Ishtar, amusée, tout en se redressant légèrement pour remettre vaguement en place les longues mèches qui s'étaient échappées de sa coiffure pour venir caresser sa victime. «Mais il manque un détail mon cher chevalier de la Vierge. » Elle agita doucement la clochette dorée qui pendait au bout du ruban rose dont elle avait libéré le truc. «Tu n'y échapperas pas. »

« Et toi, tu oublies que vu vas perdre ton temps à essayer de la mettre autour de mon cou, c'est trop petit. » Remarqua de manière fort calme et pertinente Shaka, pas le moins du monde impressionné par la menace et encore moins déstabilisé par cette soudaine agression. Cependant, le sourire que cette remarque fit naître sur le visage d'Ishtar fut soudain loin de rassurer la Vierge.

« Qui a dit que je voulais mettre ça autour de ton... cou? » Fit Ishtar en faisant glisser son regard vers un endroit disons, situé plus bas.

« Mais ça ne va pas! » S'écria Shaka en rougissant violemment tout en tendant le bras pour récupérer la clochette et la jeter plus loin dans la pièce. Ishtar fut incapable de faire le moindre geste pour l'en empêcher, trop occupée à rire.

« Ce que tu es mignon quand tu rougis... »
« Je ne... » Elle le fit taire en posant un doigt sur ses lèvres.

« Oh si... tu perds ton légendaire sang froid. » Souffla-t-elle un peu plus sérieusement, avant de se pencher un peu plus vers lui pour embrasser le point rouge sur son front. Complètement sous son emprise, il ferma brièvement les yeux, avant de les rouvrir pour croiser le regard d'un vert minéral de sa divine persécutrice, qui l'observait désormais avec attention.

Allongée sur lui, son visage n'était qu'à quelques centimètres au-dessus du sien. Il avait toujours un peu de mal à croire qu'elle puisse être réelle et presque malgré lui, il leva doucement une main pour caresser du bout des doigts ses traits fins, redessinant la courbe délicate de ses lèvres, qui s'étirèrent en un sourire.

« J'ai de la chance de t'avoir. » Murmura-t-elle. Il ne répondit rien, mais se redressa légèrement pour l'embrasser, passant un bras autour de sa taille pour la serrer un peu plus contre lui. Position qui finit par frustrer Ishtar, qui rompit le baiser, histoire de s'écarter afin de débarrasser Shaka de ses vêtements.

Elle avait réussi à lui enlever son pull et déboutonné la moitié de sa chemise lorsqu'il la renversa sur le canapé, la plaquant sous lui. Surprise, elle lui jeta un regard interrogateur. Il avait fermé les yeux et semblait essayer de percevoir quelque chose. Attitude sérieuse qui contrastait beaucoup avec sa respiration légèrement saccadée et sa chevelure un brin désordonnée.

« Shaka ? » Il rouvrit les yeux, plongeant son regard azur dans le sien.

« Désolé, mais je crois que l'on devrait arrêter, avant de ne plus pouvoir… »

« Tu as intérêt à avoir une sacrée bonne raison. »

« Ferme les yeux et concentre-toi. » Répondit mystérieusement la Vierge.

« Me concentrer avec toi sur moi … »

« Ishtar… »

« Très bien… » Elle ferma les paupières, essayant de faire abstraction de la créature avec un corps … heu, se concentrer… un corps divin… heu, se concentrer, se concentrer… Elle finit par rouvrir les yeux, souriante.

« Mon Kanon chéri ! » Shaka émit un son que l'on pourrait qualifier de reniflement méprisant.

« Je ne l'aurais pas dit comme ça… »

« Jaloux ? »

« De lui ? Jamais. » Répondit Shaka un peu trop rapidement pour être parfaitement crédible.

« Fais attention, tu commences à mentir… ce n'est pas bon pour ton karma. » Se moqua gentiment Ishtar avant d'étouffer toute protestation en effleurant délicatement de ses lèvres celles de son amant, qui se pencha un peu plus vers elle pour approfondir le baiser. Perdus dans leur étreinte, il leur fallut de longues secondes pour que leurs lèvres se quittent avec regrets.

« Il faut que j'y aille, il doit venir remplacer ton amoureux transi. » Murmura-t-elle, comme pour se convaincre. Ne répondant rien, il se releva avant de l'aider à en faire de même.

« Shaka, attends. » Elle lui reboutonna sagement sa chemise, évitant de suivre la petite voix dans sa tête qui lui disait que cette pièce de tissu serait beaucoup mieux par terre. Tâche qui une fois accomplie, ne l'empêcha pas d'embrasser à nouveau son chevalier servant.

Un peu plus loin dans la pièce, le truc se faisait les griffes sur les rideaux en toute impunité.


Eveillé par le choc de sa tête contre un rocher, Isaak rouvrit les yeux, avant de les refermer aussitôt pour tousser et recracher l'eau salée qu'il venait d'avaler par mégarde. Complètement épuisé, il réalisa qu'il avait dû perdre connaissance pendant plusieurs heures, vu le niveau de la mer dans sa cellule. Il ne lui restait qu'à peine une dizaine de centimètres d'air entre le plafond et le niveau de l'eau et il priait pour que le peu d'oxygène soit suffisant. Il battit des pieds pour garder son visage hors de l'eau. Il serait un bien piètre général des mers à mourir ainsi non ?

Terrifié, il sentit des larmes lui monter aux yeux. Mourir, il allait mourir. C'était forcé. Personne ne savait où il était.

Le Cap Sounion, la prison des chevaliers traîtres à Athéna et des rares marinas ou spectres qui avaient été capturés vivants puis condamnés à mort. Et même si on avait voulu le trouver… toute la falaise était couverte de cellules plus ou moins grandes ou cachées. Heureusement pour lui, au moins la sienne ne semblait pas être complètement immergée avec la marée. Mais cela ne faisait que retarder ce qui semblait désormais inévitable. La mort, par noyade, épuisement, ou manque de nourriture, voire, manque d'eau…

Il aurait aimé prier Poséidon, mais celui-ci, de toute façon, n'aurait pas pu l'aider en ce lieu où seule Athéna pouvait intervenir et où aucune personne enfermée ici ne pouvait se servir de son cosmos. Encore aurait-il fallu qu'Athéna soit consciente qu'il était ici et ait envie de l'aider.

La seule personne qui pourrait l'aider, c'était celle qui l'avait jetée ici. Le chevalier d'or du Verseau. Camus.


Hum….. Isaak va-t-il mourir ? Quel est ce mystérieux bal ? Où Ishtar souhaitait-elle mettre la clochette ? Le truc sera-t-il puni pour son crime contre les rideaux ? Que complote Poséidon avec Kassa ? … Mais surtout… allez-vous laisser une review ? (L'avez pas vu venir hein ?).

Signé Uasti masquée