Bla Bla de l'auteur.
Auteur: Uasti
Publication du chapitre : le 02 février 2008
Disclaimer: Masami Kurumada forever…
Reviews : J'ai répondu à tous le monde par mail, si vous n'avez rien reçu, merci de me signaler le problème.
Divers : Comme on s'approche lentement mais sûrement de la 100ème review, je vous avoue hésiter quant au cadeau que je pourrais vous faire : chapitre très long ? Scène disons, heu, interdite aux mineurs (j'ai des noms de personnes intéressées, elles se reconnaîtront sans peine) ? Hadès dansant des claquettes ? Bref, si vous avez des préférences…
Dans ce chapitre : Ma première vraie scène de combat, plein d'hémoglobine donc, mais également dans le désordre : Kassamodo qui devient Kassméralda, un (a)mateur d'art et une divine rencontre.
Rulae, ce chapitre t'es dédié, en hommage à Reyaâ qui se termine et à ton art, notamment, de mettre en scène les combats. Grosses bises et fais nous vite rêver de nouveau s'il te plaît !
Merci à ma bêta lectrice pour avoir corrigé in extremis ce chapitre au péril de sa vie, en se cachant au boulot ! Bonne lecture et pensez à laisser un commentaire, ça fait toujours plaisir !
Chapitre 18 – Azura
Il ouvrit les yeux lentement, ne voyant d'abord dans son champ de vision que des taches de couleurs qui dansaient sans véritablement prendre de forme, puis une silhouette, penchée près de lui. Il cligna des paupières, désorienté. Le visage de la femme se fit plus distinct et il put distinguer ses traits purs, presque irréels. Il eut besoin d'une bonne trentaine de secondes avant de se souvenir de ce visage.
« Déesse ? » Arriva-t-il à articuler. Il avait un goût de sel dans la bouche. Il ne se souvenait de rien, si ce n'est de l'eau, partout…
« Tout va bien. Tu ne devrais pas tarder à récupérer ton cosmos… »
« Où suis-je ? »
« Au palais d'Athéna. Elle t'a sauvé la vie. » Ishtar retint Isaak par les deux épaules, le plaquant contre les draps d'où il venait d'essayer de se lever comme s'il avait le diable aux trousses. Heureusement pour elle, Shion l'aida à retenir le général de Poséidon.
« Si tu sors de cette pièce, tu es un homme mort. A ta place, je ne serais pas si pressé de la quitter… » Le ton calme mais ferme du Grand Pope fit obéir Isaak, qui se rallongea, les regardant alternativement comme si cela pouvait lui apporter des explications. Pour le coup, il se souvenait désormais de tout dans ses moindres détails.
« Vous n'aviez aucune raison de me sauver. » Dit-il en défiant le Pope du regard.
« Bien plus que tu ne peux le croire général du Kraken. » Répondit calmement la voix d'Athéna, qui venait d'entrer dans la pièce, ce qui eut pour conséquence immédiate de faire mettre un genou à terre à toutes les personnes présentes, à savoir le Pope et le médecin du sanctuaire, qui une fois de plus, avait observé avec émerveillement le don de guérison de la Babylonienne.
Ishtar s'écarta du lit d'Isaak, observant quelques instants la réincarnation d'Athéna avant de prendre la parole.
« Je souhaite me retirer, ma présence n'est plus nécessaire ici. » Athéna ne répondit rien, mais hocha la tête légèrement, en signe d'assentiment. Quittant lentement les lieux, Ishtar eut le temps de l'entendre s'adresser à Isaak en ces mots :
« Je vois que tu as l'air d'aller mieux. Crois bien que si j'avais décelé ta présence plus tôt au Cap Sounion, je serais intervenue immédiatement… »
...
Ils étaient apparus en Azura, marée sombre sortie des ténèbres à la suite de son dieu, qui s'était téléporté le premier, puis avait usé de son cosmos pour les faire venir à sa suite. Ils étaient là désormais, silencieux et attentifs.
Debout devant ses troupes, mais leur tournant le dos pour contempler à loisir la ville devant eux, Hadès prit tout son temps, détaillant du regard les remparts qui protégeaient la cité. Azura était un monde véritablement étrange et aucun des olympiens jusqu'à présent n'avait eu réellement envie de le conquérir. Il fallait être fou comme Arès pour avoir envie d'établir son royaume en un tel endroit. Non pas que les Enfers soient charmants, mais ils avaient quelque chose d'infiniment plus stable. Pour commencer, il n'y avait qu'un seul dieu y régnant et non pas une dizaine s'affrontant en permanence… En outre, il faisait ce qu'il voulait des âmes en son royaume, alors que les âmes vivant en Azura étaient condamnées à se battre et ne quittaient cette incarnation qu'après avoir tué un millier d'autres âmes. Elles mourraient puis ressuscitaient encore et encore, pour accomplir leur devoir mortifère, sans que le pouvoir d'aucun dieu n'ait réussi à changer les choses pour les modeler selon sa vision.
Pourtant, cette terre étrange avait attiré des divinités en son sein, soit par choix, mais elles étaient peu nombreuses, soit par défaut, pour les rares survivants ayant échappé à la conquête de la Terre par les olympiens. Les rares dieux rescapés s'étaient alors terrés en Azura, rejoignant puis combattant ceux qui y régnaient déjà. C'était donc une abominable pagaille qui régnait en ce monde et pour couronner le tout, Arès avait commencé par essayer de s'attaquer au sanctuaire de la divinité la plus redoutée de ce monde. Une divinité qui avait choisi de son plein gré de créer un royaume dans cet endroit brutal et instable.
Pour le dieu des morts, il n'y avait nul doute que son neveu méritait son sort et s'il en avait eu la possibilité, il l'aurait laissé croupir dans ce trou. La seule chose qui allait être intéressante ici finalement, ce serait de se battre et de voir si son adversaire méritait sa réputation. Il l'espérait presque. Cela faisait tellement de temps qu'il avait cessé de se battre. Il avait même souhaité être vaincu par Athéna, rejoindre Perséphone peut-être, l'oubli sûrement, tandis que les Enfers se seraient déversés sur ces humains qu'il haïssait tant… Le temps qu'il renaisse à la vie, tout aurait été dévasté… Mais il ne regrettait pas d'avoir été ressuscité, non, il ne le regrettait pas. Il trouverait une autre voie…
Il se retourna, les ailes sombres de son surplis fouettant l'air. Dans la pénombre, on pouvait distinguer un demi-sourire sur ses traits fins.
« Qu'en penses-tu marinas ? Le spectacle te plaît-il ? » Instinctivement, Kassa, qui ne pouvait se tenir debout dans sa cage, essaya de reculer tandis que la pointe de l'épée d'Hadès venait se nicher contre son cou, soulevant la fine chaîne au bout de laquelle pendait la fiole emplie du sang de Poséidon.
« Je suis sûr que mon frère serait ravi de savoir tout ce que tu sais. Hélas, je crains que tu ne puisses revoir le domaine sous-marin… Dans cette vie du moins…» Le dieu regarda la chaîne presque amoureusement, conscient que le fait de priver son prisonnier de cette protection le tuerait, puisque le général n'avait pas acquis le huitième sens, et par là même, seul le sang divin dans la fiole lui permettait de se déplacer dans les autres mondes.
« Pitié. » Bégaya le gardien du pilier de l'Antarctique, ce qui provoqua une moue de mépris sur le visage de l'olympien.
« Tu es indigne d'être ce que tu es. Il n'y a que ton pouvoir de métamorphose qui te rende estimable. Il te vaut ta survie, pour le moment… » Répondit Hadès, avant d'éloigner la lame de son épée, qui vint à nouveau reposer contre son flanc. Il reporta alors son regard sur ses troupes avant d'élever la voix.
« Vous ferez selon mes ordres et obéirez en tout point aux juges pendant mon absence. Veillez à ne pas me contrarier. » Les spectres s'inclinèrent brièvement à ces paroles. « Bien… »
Le dieu se retourna, contemplant la ville à nouveau, loin en contrebas par rapport au haut de falaise où il se tenait. La ville était telle que la lui avait décrite ses informateurs. Perchée sur une hauteur, digne du moyen-âge à cause de ses remparts et, s'il se fiait aux descriptions, emplie de soldats. Seule la silhouette imposante du palais, qui se détachait du haut de la cité, semblait apporter une touche étrangement civilisée et orientale au tableau. Mais le plus spectaculaire était le ciel d'Azura, d'un violet qui oscillait suivant l'heure de la journée entre les teintes sang et ébène et qui semblait diffuser en permanence une sombre lumière. Contrairement à son nom, ce monde n'était pas une quelconque sorte de paradis d'un bleu azuréen, mais plutôt une sorte de monde inqualifiable, à la fois violent et perturbant, chaotique… Un monde que l'on pouvait aisément qualifier d'Enfer lui aussi.
L'attente d'Hadès ne fut pas longue. Au bout de quelques minutes, un puissant cosmos se matérialisa près de lui. L'olympien observa d'un air intéressé l'individu devant lui. Il s'agissait d'un homme au teint sombre et aux cheveux d'un noir de jais, coupés comme ceux du spectre du Pharaon. Il était revêtu d'une armure couverte de hiéroglyphes, antique et ancienne, mais dont la puissance était largement perceptible. Le casque de la protection représentait une tête de faucon.
« La déesse accepte de te recevoir Hadès, mais ce sera sans arme ou armure. » La haine que ressentait le nouvel arrivé envers le dieu des Enfers était presque palpable, ce qui ne sembla pas perturber le concerné.
« Cela me convient Horus. »
« Cela fait bien longtemps que personne ne me nomme plus ainsi. A cause de toi. » Hadès ne répondit pas immédiatement, faisant disparaître d'abord son armure, pour se retrouver simplement vêtu d'une ample toge noire. Un sourire naquit sur ses lèvres, alors qu'il soutenait le regard haineux de l'autre. Lors des guerres de conquête pour dominer la Terre, tous les dieux égyptiens avaient été vaincus par Hadès, qui les avait livrés à Zeus pour les priver de leur cosmos. Horus était le seul survivant, ayant réussi à s'enfuir lorsqu'il avait réalisé que tout était perdu.
« Je n'ai pas de temps à perdre avec un sous-fifre. Mène-moi à elle. » Ordonna Hadès, son sourire s'élargissant pour devenir presque carnassier. L'autre serra les poings mais ne répondit rien, lui ouvrant la voie en silence.
Dans la grande salle du temple d'Athéna, l'agitation régnait et pas seulement à cause de la présence de Kanon entre les murs. En réalité, la présence du Dragon des mers était quasiment oubliée, passée au second plan par la découverte dans la nuit de la présence d'Isaak au Cap Sounion. Les quelques chevaliers d'or encore présents après la réunion, tous revêtus de leur armure ainsi que d'une cape, discutaient par petits groupes, dispersés dans la vaste salle bordée de colonnes.
Une chose exceptionnelle était cependant à noter, car pour une fois, Aphrodite, le colporteur de ragots et de rumeurs, accessoirement gardien de la douzième maison du Zodiaque, était au centre de toutes les discussions.
Le trône était vide, délaissé par la présence d'Athéna, qui s'était retirée de la salle en compagnie du grand Pope après sa brève annonce. Depuis leur départ, certains chevaliers, comme Aphrodite, Camus, ou encore Aldébaran et Shura, s'étaient éclipsés. Les autres étaient restés, des petits groupes s'étaient formés dans la salle, discutant à voix plus ou moins basse, plus pour éviter que leurs voix ne résonnent dans la salle que par réelle envie de garder une quelconque discrétion.
La salle du côté gauche du trône s'ouvrait sur un majestueux balcon, donnant vue sur la statue monumentale de la déesse Athéna, ainsi que sur le sanctuaire en contrebas. Appuyée contre le rebord de pierres finement ciselées, Ishtar contemplait le paysage d'un regard mi-désœuvré mi-désabusé. Depuis la salle, on n'apercevait d'elle que sa silhouette de dos, cachée et dévoilée à la fois par sa magnifique chevelure détachée qui oscillait au gré du vent. La chaleur étouffante n'avait pas l'air de la gêner, loin de là.
« Ce que je dis, c'est qu'il a parfaitement eu raison de le faire, même si ce n'était pas à lui de le faire. »
« Je ne sais pas, je trouve ça tellement illogique de sa part… » Objecta Mu, qui regardait non pas son interlocuteur, mais Kanon, quelques mètres plus loin, qui était également en pleine conversation. Le Tibétain faisait face aux chevaliers du Lion et du Sagittaire et venait de répondre au plus âgé.
« Mu, toi, tu n'aurais pas essayé de stopper Isaak si tu en avais eu l'occasion ? »
« Ce n'est pas ça, c'est juste que ça ne ressemble pas au caractère d'Aphrodite de condamner quelqu'un comme ça et surtout de cette façon… J'ai du mal à l'imaginer le traîner jusqu'au Cap Sounion. »
« Tu ne devrais pas oublier qu'Aphrodite est assez lunatique et puis, c'est un ancien assassin. ça lui arrive parfois d'agir violemment. » Répliqua Aiolia d'un ton presque suffisant, tandis que son frère toussotait. Son ton, plus que ses paroles, agacèrent le gardien de la première maison, qui ramena son regard sur le visage du chevalier du Lion.
« Aiolia, je ne pense pas avoir à te rappeler que jusqu'à preuve du contraire tu as sagement exécuté toi aussi les missions que te confiaient Saga, c'est d'ailleurs comme ça que tu as rencontré Seiya non ? Tu veux me parler de tes pulsions d'ex-assassin peut-être? »
« Bon tous les deux, un peu de calme d'accord ? » Intervint le Sagittaire, qui sentait que la conversation risquait de s'envenimer.
« Très bien Mu, alors dis moi ce que tu penses. »
« Je crois juste que si Aphrodite l'a effectivement fait, il avait ses raisons, mais je ne trouve tout simplement pas que ça lui ressemble de faire ça. ».
« Tu penses qu'il aurait menti à Athéna ? » Demanda calmement le Sagittaire.
« Je n'en sais rien. » Mu soupira faiblement. « Bien, excusez-moi tous les deux, mais je dois aller voir Kanon. Et non Aiolia, je ne vais pas pactiser avec l'ennemi. » Ajouta-t-il en voyant la bouche du Lion s'ouvrir. « Excuse-moi d'avoir été un peu rude. » Conclut-il avec un sourire.
« C'est rien. » Bougonna l'autre, désarmé.
« A plus tard alors. » Répondit le Sagittaire, avant que Mu ne se mette à marcher pour s'approcher du général du Dragon des mers.
Appuyé contre l'une des puissantes colonnes bordant la salle, les bras croisés et semblant très détendu pour quelqu'un de banni du sanctuaire, Kanon était en grande conversation avec son jumeau, debout devant lui. C'était un tableau étrange que de les contempler, l'un revêtu de l'armure d'or des Gémeaux et l'autre de l'écaille du Dragon des mers, parfaitement différents et en même temps si semblables, comme en harmonie.
« Excuse-moi Saga, je souhaite t'emprunter ton frère quelques minutes. »
« Aucun problème Mu. » Sourit Saga, avant de se retourner pour fixer son frère. « Je retourne au temple des Gémeaux Kanon, si jamais tu as besoin... »
« Ne t'inquiète pas Saga. » Le coupa calmement le Dragon des Mers.
Les deux frères se fixèrent quelques instants, comme s'ils avaient pu communiquer dans un langage qui leur était propre. Ce fut Saga qui finit par baisser le regard, souriant avant de hocher la tête. Lorsqu'il se retourna pour s'éloigner, Kanon contempla rêveusement les plis de la cape de son frère avant de s'adresser au Bélier.
« Alors Mu ? » Demanda Kanon, rompant le silence. « Je te rappelle que ce n'est pas très bien vu de parler avec moi ces temps-ci. »
« Aucun d'entre nous ne pense sérieusement que tu pourrais trahir Athéna, j'ai juste besoin de renseignements, si cela ne te dérange pas. » Répondit le Tibétain, pas le moins du monde inquiet.
« A quel sujet ? » Kanon se redressa, cessant de s'adosser à la colonne. Le casque de son écaille du Dragon des Mers luisait doucement sous son bras.
« Celui d'Isaak. A près tout, tu es l'un des mieux placés pour me renseigner. » Kanon plongea son regard aigue-marine dans celui du Bélier, comme s'il avait voulu sonder ses intentions.
« Je t'écoute. »
« Es-tu au courant de quoi que ce soit concernant le soir où il a volé l'urne ? Est-ce qu'il t'en a parlé ? »
« Pourquoi ne pas l'interroger directement toi-même ? »
« Parce qu'apparemment, il a refusé de parler à Athéna et qu'à mon avis, il n'est pas prêt de prononcer un seul mot. »
« Très bien. Mais si je te dis ce que je sais, ce sera à charge de revanche. »
« Compte sur moi. »
- Je ne sais rien. Mu faillit sursauter en entendant la voix de Kanon résonner dans son esprit pour lui répondre. Si ce n'est que lorsque j'ai interrogé Isaak, il m'a avoué avoir été aidé, sans doute par l'un de nous, je ne sais pas. Toujours est-il qu'il a trouvé dans ses affaires, trois heures avant le vol, un plan du palais d'Athéna avec l'emplacement de l'urne marqué dessus. Je ne crois pas avoir besoin de te rappeler que seuls Athéna et les chevaliers d'or étaient au courant de son emplacement…
- Alors c'est qu'il y a bien un traître parmi nous…
- Je ne peux rien te dire de plus. Même à moi Poséidon ne dit pas tout. Et il a peut-être raison d'ailleurs… De toute façon, je me moque de savoir ce qui se passe au sanctuaire désormais, je suis du côté des méchants tu te souviens ?
« On peut savoir pourquoi vous vous regardez dans le blanc des yeux tous les deux ? » La voix de du gardien du huitième temple, qui venait d'arriver près d'eux, interrompit leur conversation mentale.
« Milo… »
« Kanon… »
« Je crois que je vais vous laisser… » Aucun des deux hommes ne répondit à la dernière phrase du Bélier, qui préféra s'éclipser sans attendre.
« Tu as du cran d'être revenu ici Kanon… Exilé et de retour… » Commença le Scorpion d'un ton aigre-doux.
« Le petit chien de Camus sans son maître… Tu ne te sens pas trop perdu ? » Répliqua de manière acide son vis-à-vis.
« Je n'ai fait que le défendre, vous étiez à deux contre lui. »
« Tu veux bien me rappeler qui m'a sauté dessus la bave aux lèvres ? »
« Kanon, écoute, je te demande de bien vouloir enterrer la hache de guerre… »
« Pardon ? »
« Tu t'es défendu et j'ai défendu Camus tout comme Saga t'as défendu. Fin de l'incident. J'ai de l'estime pour toi. » Il y eut un silence, où les deux hommes s'observèrent.
« Ca à le mérite d'être direct… Tu ne crois pas que je puisse trahir Athéna ? » Finit par demander sombrement le Dragon des Mers.
« Shaka a dit que tu ne mentais pas et je le crois. Je suis désolé pour Camus, mais il faut le comprendre, il tient à ses disciples plus qu'à la prunelle de ses yeux. Il ne pouvait pas croire qu'Isaak ait pu le manipuler.»
« Tu es quelqu'un de bizarre Milo… »
« Je sais… Bon, ce n'est pas tout, mais je voulais te demander quelque chose… » Dit-il en voyant Ishtar qui s'approchait d'eux.
« Oui ? » Le Scorpion ne répondit pas immédiatement, se rapprochant de Kanon afin que celui-ci puisse l'entendre murmurer.
« J'ai besoin d'un rendez-vous… »
« Avec ? »
« Ishtar. »
« Crétin de Scorpion ! »
« Aie ! Je plaisantais ! » Capitula Milo, qui s'était retrouvé plié en deux par une clé de bras exécutée de main de maître par le Dragon des Mers.
« Vous comptez vous battre à nouveau ? » Demanda une voix douce et mélodieuse. En levant les yeux, le gardien de la huitième maison eut le loisir d'observer de longues mèches d'un blanc pur, qui contrastaient avec la soie d'un vert sombre, brodée de fils d'argent, de la robe de la nouvelle venue. Tandis que Kanon le relâchait, il observa en connaisseur les courbes de la déesse, ne prenant même pas vraiment la peine de s'en cacher, ce qui lui valu de croiser une lueur amusée dans le regard de la concernée lorsqu'il finit par relever les yeux.
« Déesse, je faisais plaisir à l'ego de Kanon en me laissant battre… » Fanfaronna le Scorpion, avant de s'incliner brièvement.
« C'est votre manière virile de vous réconcilier ? »
« En fait, je dois dire qu'il défendait votre honneur… »
« Mon honneur ? »
« Milo a tendance à se prendre pour un séducteur. »
« Je vois, tu comptes essayer de me séduire chevalier ? »
« Pas du tout, j'ai sur vous un regard d'esthète. Vous êtes une œuvre d'art. »
« Dites moi que je rêve… » Soupira Kanon en levant les yeux au ciel.
« Jaloux Kanon ? » Sourit Ishtar.
« Je plains les malheureux assez fous pour t'aimer. Faut être cinglé à mon humble avis. »
« Oui, il doit y avoir un peu de ça… »
« Déesse, c'est normal qu'il s'adresse à vous ainsi ? » S'étonna Milo.
« C'est normal, je suis là pour dégonfler régulièrement son égo divin quand celui-ci va trop faire enfler sa pauvre tête… »
« Sans commentaire… Enfin, plus sérieusement, je venais prévenir Kanon que nous n'allons pas tarder à partir je pense, encore faut-il que je sache où a bien pu aller Shaka… »
« Il est parti voir ses disciples je crois. » Répliqua le Dragon des Mers.
« Hum, il doit être aux arènes alors. » Commenta Milo. « Je vous accompagne ? …Aie ! C'est pas drôle Kanon »
« Désolé, j'ai tendance à me méfier de ton côté « amateur d'art… » »
« Attends! » Aphrodite se retourna pour faire face au chevalier du Verseau, qui descendait en courant les marches séparant le temple d'Athéna de la douzième maison. Le soleil brillait d'une chaleur presque étouffante, créant des éclats de mille feux sur les protections en or des deux chevaliers.
« Camus? » Demanda Aphrodite plutôt pour la forme, car sachant très bien ce que voulait savoir son homologue. Il fit apparaître par réflexe une rose entre ses doigts afin d'en porter la tige à sa bouche, savourant l'apaisante caresse de la sève douce amère. Le Verseau fut bientôt à ses côtés, légèrement échevelé, mais pas du tout essoufflé.
« Pourquoi as-tu dis que c'était toi? »
« Mais c'était moi Camus. »
« Nous savons tous les deux que c'est faux. Arrête de jouer Aphrodite. » Le chevalier des Poissons haussa les épaules puis se retourna pour faire route vers sa demeure, tandis que le Verseau demeurait immobile. D'un mouvement gracieux, le Suédois se retourna à demi, observant le Français brièvement à travers ses longs cils, avant de se retourner à nouveau.
« Tu comptes rester planté là ? » Dit-il de manière presque inaudible, avant de reprendre sa route, le chevalier des glaces désormais sur les talons. « Je sais que c'était toi. C'est toi qui as jeté Isaak dans ce trou n'est-ce pas ? C'est pour cela que tu étais au Cap Sounion et que tu m'as repêché ce soir là hein ? C'est plutôt ironique d'ailleurs…»
« C'est vrai. Mais pourquoi… »
« Pourquoi ai-je dis à Athéna que c'est moi qui l'ai fait ? »
« Oui. »
« Je ne l'ai pas fait pour toi mais pour des raisons parfaitement personnelles… »
« C'est-à-dire ? »
« Je ne supporte plus ma vie ici, mais Shion a refusé que je quitte le sanctuaire lorsque je lui ai demandé audience. Alors sur le coup… J'ai pensé qu'en m'accusant, peut-être que Shion ou Athéna penseront que je commence à devenir instable et qu'il vaut mieux me laisser m'éloigner du sanctuaire quelque temps… J'ai de plus en plus de mal à supporter de vivre ici… »
« Tu sais, ce ne sont pas mes affaires mais ce n'est pas en fuyant d'ici que tu pourras résoudre ce qui te hante… Et d'ailleurs, ton mensonge va être très vite mis à jour si Isaak se décide à parler. »
« Il ne dira rien par devoir envers toi, j'en mettrai ma main au feu. Tu restes son maître malgré tout… » Répondit Aphrodite en haussant les épaules. « Et effectivement, ce ne sont pas tes affaires Camus. »
Les deux chevaliers continuèrent à descendre les marches en silence, laissant dans leur sillage les pétales rouges de la rose qu'Aphrodite décortiquait désormais, l'esprit ailleurs.
...
Le silence régnait en ce début d'après midi dans le bureau du grand Pope. Les chauds rayons du soleil grec filtraient à peine derrière les lourdes tentures tirées devant les fenêtres et l'air avait cette odeur caractéristique de cuir et de vieux papiers. La pièce baignait ainsi dans une sorte de clair-obscur, renforcé par la décoration sombre de ce lieu de travail. Tous les murs excepté celui avec les fenêtres étaient couverts d'étagères emplies de livres et le large bureau du Pope faisait face à deux vieux fauteuils usés mais confortables, derrière lesquels un canapé semblait avoir trouvé une place improbable contre un mur empli de boiseries et de livres.
Comme toujours en entrant dans cette pièce, à laquelle Saga n'avait rien changé car n'y venant presque jamais, Shion se sentit apaisé, malgré les événements récents et ses pensées confuses depuis quelques temps. Cet endroit était en quelque sorte son sanctuaire personnel, le refuge dans lequel il pouvait se détacher du reste du domaine sacré en se plongeant dans le travail.
Dés que la porte se fut refermée, c'est avec plaisir qu'il retira son masque de Pope, fermant les yeux pour passer une main lasse sur son visage. La nuit avait été très longue et il avait besoin de s'isoler un peu avant d'interroger Isaak à nouveau. Il allait falloir qu'il joue de diplomatie pour éviter d'envenimer très rapidement les relations avec le sanctuaire sous-marin. Interroger de manière trop violente le général ne correspondait pas, de toute façon, à la manière de procéder dictée par le code de chevalerie d'Athéna.
« Bonjour maître. »
« Mu… » Si la présence de son ancien disciple, assis dans l'un des fauteuils, le surprenait, rien dans l'attitude du Pope ne le laissa paraître. « Si tu souhaites me manquer de respect à nouveau, je te demande de bien vouloir sortir, je suis trop fatigué pour cela… »
Il dépassa le jeune homme, lui tournant le dos pour poser sur son bureau le visage figé du masque de Grand Pope. Il ne daigna pas se retourner pour faire face à son successeur, qui avait bien du mal à savoir ce que pouvait ressentir l'homme qui lui tournait le dos.
« Je suis venu vous présenter mes excuses. » Le silence qui suivit fut assourdissant, obligeant le Bélier à poursuivre. « Je ne sais pas si vous m'auriez tué. Je ne le saurai jamais. Mais… je ne serai pas capable de dire ce que j'aurai fait à votre place alors… J'ai été injuste envers vous. »
« C'est tout ? » Commenta Shion, daignant finalement se retourner pour plonger son regard d'un violet profond dans celui de Mu. Dans le clair-obscur, sa chevelure anis offrait un contraste saisissant avec sa silhouette vêtue de couleur sombre.
« Non, ce n'est pas tout. » Répondit l'atlante, agacé par l'attitude supérieure de son maître. « Pour tout vous dire, j'en ai également assez que vous soyez capable de me battre malgré le fait que je sois le chevalier d'or du Bélier et non plus vous. »
« Je t'ai appris tes techniques, c'est normal que je les maîtrise mieux que toi… J'ai vécu plusieurs siècles Mu. J'ai eu le temps de les perfectionner. » Commenta le Pope de manière conciliante, souriant presque, ce qui acheva de décontenancer son vis-à-vis.
« Alors dans ce cas et puisque vous en êtes capable à nouveau, vous n'avez qu'à reprendre votre place de chevalier du Bélier. »
« Tu sais bien que l'armure a fait son choix. Et j'ai d'autres tâches à accomplir. »
« Mais… »
« Assez Mu. » Le coupa doucement mais fermement Shion, avant de s'approcher pour poser une main sur l'épaule de son ancien disciple. « J'ai aussi mes torts, je veux bien le reconnaître. J'aurai dû venir te parler et essayer de réapprendre à te connaître à notre retour à la vie, car tu as changé pendant toutes ces années et je suis conscient des efforts que tu as dû fournir pour terminer seul l'enseignement que j'avais commencé à te prodiguer. » Il rompit le contact, se retournant pour aller s'asseoir derrière son imposant bureau tandis que Mu demeurait immobile.
« Tu peux te retirer chevalier. » Conclut Shion, qui le regarda sortir de la pièce après s'être brièvement incliné. « Mu… » Fit-il tandis que celui-ci allait fermer la porte.
« Oui ? »
« Rejoins-moi demain à l'arène. Nous pourrons combattre… Je pourrais t'apprendre à te perfectionner… si tu acceptes bien sûr. »
« Ce sera un honneur. » Mu se retourna, semblant hésitant. « Je souhaiterai également vous parler de quelque chose d'autre. »
« Je t'écoute. »
« C'est au sujet d'Isaak et des renseignements que vous m'aviez demandé de trouver. »
« Dans ce cas, tu ferais mieux de fermer cette porte et de venir t'asseoir… »
...
Accroupi dans sa cage, Kassa observait avec attention les quelques spectres restés en arrière s'agiter à une dizaine de mètres de lui, gesticulant et parlant tout en observant la ville en contrebas, où la bataille faisait désormais rage. Seule figure silencieuse et très calme, Minos, observait le champ de bataille, donnant à distance des instructions au groupe de spectre dont-il avait la charge. Cependant, depuis une ou deux minutes, le marinas le voyait s'agiter imperceptiblement et ne savait pas trop si c'était plutôt bon ou mauvais signe. D'ailleurs, il n'arrivait pas à penser à ce qui allait lui arriver après la bataille, que ce soit les spectres, ou bien les autres qui gagnent… Rien que d'y penser…
Son visage ingrat s'éclaira cependant d'une lueur sournoise lorsqu'il vit le juge des Enfers disparaître dans une nuée opaque, se téléportant sans doute sur le champ de bataille. C'était sa chance…
Quelques secondes plus tard, les trois spectres restant à l'arrière-garde, à savoir Zélos du Crapaud, Laïmi du Ver, et Gigant du Cyclope - qui avait surtout pour fonction de surveiller les deux autres, eurent la surprise de se faire interpeller par un Kassa métamorphosé en une magnifique prisonnière…
Assis dans un large et confortable fauteuil en cuir, Poséidon jouait parfaitement le rôle de Jullian Solo, à savoir celui d'un jeune homme de bonne famille qui avait repris la direction des entreprises familiales à la mort de ses parents, décédés suite à un tragique accident de voiture. C'est donc avec un indéniable professionnalisme que le dieu avait passé l'après-midi à recevoir des dirigeants de la société. La plupart d'entre eux étaient parfaitement normaux et ignoraient sa véritable identité de dieu des mers après tout, les marinas ne faisaient pas Harvard et seuls quelques-uns comme Circé, officiellement cadre et assistante personnelle, travaillaient auprès de lui.
Poussant un léger soupir, Poséidon referma un dossier et ferma les yeux, s'accordant quelques minutes de répit pour savourer la chaleur des rayons du soleil couchant qui filtraient à travers la baie vitrée derrière lui et venaient caresser son profil. Il trouvait amusant, distrayant même, de jouer au chef d'entreprise. Cela lui permettait de donner le change aux yeux du monde.
Jullian était une parfaite couverture, un peu trop parfaite d'ailleurs, puisque la presse devenait de plus en plus folle de ce beau et mystérieux jeune héritier qui s'était fait émanciper afin de pouvoir gérer directement les affaires sans avoir à attendre la majorité. L'entrée de Circé, vêtue d'un tailleur strict, sortit le dieu du cours vagabond de ses pensées.
« Vos ordres ont été exécutés. Y-a-t-il quelque chose d'autre que je puisse faire pour vous ? »
« Non, tu peux disposer Circé. »
De nouveau seul, Poséidon se leva souplement, s'approchant de la baie vitrée derrière son bureau pour contempler le port qui s'étendait à ses pieds. Tous les bateaux ancrés dans la rade appartenaient sans exception à son empire. Pourtant, ce n'était rien comparé au pouvoir qu'il avait sur les océans. Alors pourquoi diable avait-il l'impression de vivre la fin d'une époque? Etait-ce le fait de ne pas avoir de nouvelles des Enfers? Kassa avait pris énormément de retard déjà... Sans compter Isaak, mais le concernant, la situation n'allait pas tarder à être réglée.
Un sourire étrange ornant son visage sans âge, Poséidon s'approcha du mini bar de son bureau, se servant un verre de Xeres. La partie d'échecs touchait à sa fin et il avait du mal à savoir ce qu'il aurait préféré : que son intuition soit fondée ou non… Toute cette situation était beaucoup trop belle pour Zeus, lui-même lui avait prêté serment et il semblait désormais qu'Hadès lui obéissait – si cela était confirmé par Kassa bien entendu. Et puis il n'arrêtait pas de se répéter les dernières paroles d'Amphitrite. Elle le hantait ces derniers temps, comme un signe, elle lui avait dit mot pour mot ce dont l'avait averti Zeus après leur mariage. Elle accomplissait la « vengeance d'Océan ». Et puis Perséphone… Les circonstances de sa mort lui étaient toujours apparues obscures, mais ce qui était clair par contre, c'était que depuis, Hadès avait complètement changé. Les destins d'Amphitrite et de Perséphone étaient trop similaires pour ne pas avoir quelque chose de commun…
« Si tu t'es servi d'elles contre nous mon frère, je te jure que… » Le dieu s'interrompit, fixant d'un air perdu sa main, dans laquelle venait d'éclater son verre. Il n'avait pas même été conscient de l'avoir serré à ce point entre ses doigts.
« Quel gâchis... » Murmura-t-il, regardant le vin au sol se mêler au sang qui s'écoulait de l'entaille qu'il venait de se faire à la main. Indifférent à la douleur, il reporta son attention vers la mer, s'étendant loin par delà les baies vitrées du bureau. Il lui semblait presque entendre murmurer les vagues. Apaisé par la contemplation de son élément, il fit disparaître les débris de verre d'un geste de la main avant de consentir enfin à trouver un moyen de panser sa plaie.
Le son de ses pas résonnait dans l'immense et sombre salle du trône, de forme rectangulaire, dont la longueur était bordée d'imposantes vasques creusées dans le sol et dans lesquelles brûlaient de hautes flammes, sans pour autant, étrangement, qu'une quelconque fumée n'envahisse la pièce, dont la seule ouverture était celle par laquelle Hadès venait de pénétrer.
Il se savait observé, mais n'en était pas pour autant intimidé. Peut-être Zeus avait-il raison dans le fond, leur nature n'était peut-être que de faire la guerre et de dominer, pourtant…
Sa toge bruissant faiblement, il continua à suivre Horus jusqu'à ce que celui-ci marque un arrêt à quelques mètres du trône et pose un genou à terre. Apparemment, il fallait croire qu'il avait prêté serment à la déesse. C'était une salle du trône assez étrange, curieusement dépouillée de tout le décorum auquel on pouvait s'attendre, mais qui paradoxalement, en donnait une image d'autant plus solennelle, austère voire oppressante pour quiconque eut été plus impressionnable que le dieu des Enfers. Le trône n'était même pas situé en hauteur, mais au même niveau que le reste de la salle. Seule particularité, les ombres de la pièce semblaient y être plus compactes, comme cherchant à masquer l'apparence de la personne l'occupant. Intrigué, Hadès n'y aperçut qu'une silhouette habillée d'une large cape et d'une capuche noire. De longs cheveux blonds pâles s'échappaient de chaque côté de la capuche, seule touche de lumière dans ce tableau obscur.
« Déesse, je tiens à vous signaler qu'il est extrêmement dangereux. Je souhaiterai que vous me permettiez de rester à vos côtés. »
« Cela n'est pas ce que je t'ai ordonné. » Répondit une voix indéniablement féminine, mais qui avait un timbre un peu voilé, légèrement rauque.
« Il sera fait selon vos désirs. » Jetant un regard de haine pure à Hadès, le dieu se releva puis disparut, se téléportant à l'extérieur de la salle en un éclat de lumière. Après son départ, il y eut un moment de silence, durant lequel Hadès sentit le regard de la déesse peser sur lui.
« Je suppose que la présence d'Arès dans mon palais n'est pas étrangère à ta venue Olympien. Je m'attendais à ce que Zeus se déplace en personne, mais je vois qu'il ne m'accorde plus autant d'importance qu'autrefois… » Finit-elle par constater.
« Mon frère vous présente ses hommages. J'ignorais que vous étiez intime. » Toujours assise, elle ne répondit pas immédiatement, enlevant lentement les gants noirs qui recouvraient ses mains, d'une blancheur presque fantomatique dans la semi-obscurité de la salle.
« Il ne me semble pas que le fait de se déplacer avec une armée ressemble à une visite de courtoisie. A vrai dire, je pensais qu'il essaierait de m'éliminer, mais bien plus tôt… »
Il l'observa en silence, tandis qu'elle rabaissait la capuche brodée de sa cape, révélant son visage jusque-là invisible. Elle avait de longs cheveux blonds, presque blancs, qui lui descendaient librement jusqu'à la taille et une peau très claire, qui illuminait des traits fins et réguliers, indéniablement séduisants mais étranges, tels ceux que l'on pourrait imaginer chez un vampire ou une succube. Impression renforcée par la fine chaîne d'or blanc ceignant son front puis se perdant dans sa chevelure, qui lui donnait l'air d'appartenir à un autre temps. La seule touche de couleur sur son visage était le rose pâle de ses lèvres. Et son regard. Vert minéral. Typique des dieux babyloniens.
« Car tu es venu pour lui ramener ma tête n'est-ce pas ? » Reprit calmement la déesse.
« Te tuer fait effectivement partie de ma mission Ereshkigal. » Répondit Hadès, ne la quittant pas du regard, mais n'esquissant pas pour autant le moindre geste agressif. « La libération d'Arès est cependant ma priorité. »
« Je ne compte pas mourir aujourd'hui Olympien, ni libérer non plus Arès puisqu'il m'a déjà promis de revenir me tuer avec une armée plus nombreuse, enfin, avant que je ne le fasse taire… » Elle demeura assise, étrangement souriante. « De plus, si tu avais réellement eu l'intention de négocier, tes troupes ne seraient pas en train d'attaquer mes positions à l'heure qu'il est… Je n'ai donc que faire de tes discours, mais j'avoue avoir été curieuse de te rencontrer Hadès… Pour t'avoir envoyé ici, je suppose que soit Zeus veut ta mort, soit il pense que tu as une chance réelle de me vaincre. »
« Zeus ne tue pas ceux qui lui sont utiles. J'opte donc pour la seconde option. »
« Voilà une interprétation bien optimiste de ta part dieu des Enfers… Et pour ton information, sache que Zeus a trop peur de moi pour oser penser à faire de moi sa maîtresse. »
« Je connais ta réputation et tes prétendus pouvoirs Ereshkigal. Si ne serait-ce que la moitié de ce que l'on raconte sur toi est vrai, ce sera un véritable plaisir de te vaincre. »
Elle ne répondit pas immédiatement, le contemplant quelques instants avec une lueur presque sadique dans le regard tandis qu'il faisait enfler son cosmos pour appeler à lui son armure. Dans la semi-obscurité de la salle, la lueur des flammes qui s'élevaient dans les vasques illuminait son surplis de reflets sanglants.
« Me vaincre, pour cela, faudrait-il encore que tu sois capable de te battre… » Sourit-elle en tendant le bras vers lui. Alors qu'elle abaissait sa main, une soudaine douleur déferla sur Hadès, tandis qu'il se retrouvait littéralement entouré d'une colonne de cosmos d'un blanc presque aveuglant. Il avait l'impression que tout son corps hurlait de douleur, comme si ce cosmos abominable s'insinuait entre chacune des fibres de son être pour les dissocier. Son propre cosmos lui-même avait l'air chaleureux comparé à celui là…
Elle se leva lentement de son trône, remettant d'un geste gracieux la capuche de sa cape sur ses cheveux d'un blond laiteux, tandis qu'il mettait un genou à terre, prenant sa tête entre ses mains pour ne pas hurler. Les ailes de son armure fouettaient l'air, comme si la protection divine elle-même souffrait du contact avec le cosmos de la déesse. Lui-même tremblait désormais de manière incontrôlable.
« Comme tu peux le constater, mon cosmos est particulièrement désagréable à ressentir, il est mortel pour la plupart des humains… Tu as l'air d'un ange déchu, dieu des Enfers… Lorsque j'en aurai fini avec toi, je me chargerai de faire subir le même sort à tes spectres… »
Elle s'approcha lentement d'Hadès, qui visiblement luttait de toutes ses forces pour repousser le cosmos de son opposante sans toutefois y arriver. La scène était irréelle, la blancheur éclatante de la colonne de lumière transfigurant complètement les pierres et les décorations de la salle, dont les bas-reliefs semblaient prendre une vie propre. Emanant de la colonne de cosmos, un vent violent venait attiser les flammes dans les vasques et faisait claquer les plis de la cape de la déesse.
Elle fronça les sourcils en sentant le cosmos d'Hadès se mettre soudain à enfler, dévorant petit à petit de l'intérieur la colonne de cosmos qu'elle avait créée jusqu'à la briser. Loin d'être déstabilisée, elle sourit étrangement, alors que son attaque se dispersait et que la salle retrouvait son habituelle pénombre.
« Je n'en attendais pas moins de toi Hadès… Ta réputation te précède, tueur de dieux, prince des ténèbres et accessoirement, créateur de ce que l'on dit être le paradis. Celui que tu nommes Horus m'a beaucoup parlé de toi. » Hadès la fixa quelques instants avant de répondre.
« Me voilà presque flatté. J'ai également entendu parler de toi Ereshkigal. Il est dit que tu aurais délibérément choisi de quitter Babylone quelques siècles avant sa chute, afin de créer ton propre royaume. On dit également que tu ne pouvais supporter ta famille et que tu les aurais vendus à Zeus, lui indiquant quels étaient les points faibles du royaume et comment approcher pour la neutraliser Ishtar, qui soignait les troupes et les rendait virtuellement invincibles. Enfin, si ton cosmos est mortel pour les humains, on raconte que ton sang est capable de tuer les dieux… »
« Est-ce ce que Zeus t'as dit ? Dans ce cas, j'espère qu'il n'a pas omis de te préciser qu'il a tué tous ceux qui pouvaient survivre à mes pouvoirs… »
« Ce serait mal le connaître. »
« C'est-à-dire ? »
« Sans personne capable de te neutraliser, tu aurais été trop puissante. » Répliqua évasivement Hadès, se demandant soudain si elle était consciente ou non du fait que sa sœur avait survécu à la chute de Babylone.
« Et tu estimes en être capable ? » Se moqua Ereshkigal. « Permets-moi d'en douter. Voilà cependant qui va m'obliger à me battre de manière plus traditionnelle. Quelque chose me dit que la même attaque sera inefficace désormais»
Elle détacha lentement les attaches qui retenaient sa cape pour se débarrasser du vêtement devenu encombrant, qui glissa au sol. Elle ne portait pas d'armure, simplement un pantalon de couleur sombre et un bustier de la même couleur brodé de fils d'or blanc.
Il ne répondit rien, mais fit glisser la paume de sa main libre sur le fil de son épée, l'entaillant superficiellement. Quelques gouttes de sang à peine furent nécessaires pour que son armure se remette à vibrer.
Elle-même fit apparaître une épée dans chacune de ses mains, tandis qu'ils se jaugeaient mutuellement du regard, comme essayant de deviner lequel des deux attaquerait le premier. C'est dans un parfait synchronisme qu'ils firent brièvement tournoyer leurs épées, qui prirent des couleurs de feu en reflétant les flammes qui brûlaient dans les vasques.
« Si tu as une armure, je te prie de t'en servir, je ne veux pas m'en prendre à une pauvre femme sans défense… »
Ils se tournaient lentement autour désormais, le bruit de leurs pas rompant le silence sépulcral de la salle du trône.
« Je n'ai jamais eu d'armure, mais je t'en prie, garde la tienne, elle risque fort de t'être utile…»
« Nous verrons cela… »
Elle fronça les sourcils, Hadès ayant disparu de son champ de vision. Presque instinctivement, elle para le coup qu'il lui asséna par la droite, forcée de se défendre avec ses deux épées afin de pouvoir résister à la violence de l'attaque qui fit vibrer violemment le métal des armes. Pourtant presque immédiatement, elle riposta avec un coup de pied dans le ventre qui envoya à plusieurs mètres en arrière le dieu des Enfers, qui dû déployer les ailes de son armure pour éviter de s'effondrer. Leurs auras les entourèrent instantanément d'une lumière aveuglante alors que leurs deux cosmos s'entrechoquaient, chacun ayant aussitôt cherché à projeter son énergie sur l'autre. Plusieurs colonnes, situées en plein sur la trajectoire des deux cosmos, furent proprement pulvérisées et réduites en poussière. Une partie du plafond de la salle s'effondra, ensevelissant le trône sous les décombres.
Ce fut au tour d'Hadès d'être pris au dépourvu lorsque son opposante se dématérialisa pour apparaître juste derrière lui, lui envoyant une nouvelle décharge d'énergie qu'il ne put éviter. Il s'écrasa lourdement au sol dans un fracas de métal, tandis que la déesse apparaissait à ses côtés, levant déjà l'une de ses deux lames pour l'abattre sur lui. Elle n'eut que le temps de se rendre compte de son erreur en voyant les yeux d'Hadès prendre la couleur rougeoyante de son cosmos. Incapable de parer, ce fut elle qui prit de plein fouet son attaque, qui la projeta violemment contre l'un des murs de la salle, lui faisant hurler un cri de douleur tandis qu'un craquement sinistre se faisait entendre et que des blocs de pierre se détachaient du mur contre lequel elle avait été projetée. Les deux dieux des morts se relevèrent pourtant en même temps. Elle essuya d'un revers de la main le sang qui était apparu à la commissure de ses lèvres.
« Tu ne devrais pas résister, je pourrais te tuer sans avoir à te faire souffrir inutilement. »
« Ce n'est pas quelques côtes cassées qui vont me faire capituler Hadès. » Elle baissa le regard sur le bras que sa chute avait blessé, son sang coulant lentement le long de l'avant bras, jusqu'à ruisseler sur la lame de son épée, qui se mit à briller étrangement. « D'ailleurs, tu viens de signer ton arrêt de mort. » Termina-t-elle.
Serrant la prise sur ses lames elle passa à l'attaque, lui assénant une série de coups rapides qu'il eut toutes les peines du monde à éviter. Le fait de ne pas porter d'armure la rendait plus souple et agile, ce qui semblait compenser son manque de protection. Sans compter qu'elle disposait de deux épées et lui d'une seule… Il poussa un cri de douleur lorsqu'une des lames de la déesse lui entailla l'avant bras, transperçant son surplis. Ce n'était pas tellement la blessure, mais surtout l'impression d'être soudain rongé de l'intérieur par de l'acide, qui le firent hurler. Haletant, il baissa sa garde, mais aucun nouveau coup ne vint.
Levant les yeux vers elle, il eut la surprise de constater qu'elle semblait tout autant, voire plus, désorientée que lui. Elle le regardait comme s'il avait été la pire chose qu'il lui ait été donné de contempler en presque 4000 ans d'existence et s'était écartée de lui comme s'il avait été un pestiféré.
« C'est impossible, tu devrais être tombé à terre et être inconscient. » Dit-elle presque malgré elle, reculant instinctivement de quelques pas. « Ma lame était enduite de mon sang. Personne… »
Il se mit à rire sans joie, comprenant pourquoi Zeus l'avait choisi lui et personne d'autre pour affronter la sœur d'Ishtar.
« Ton sang coule dans mes veines… »
« Impossible… »
« Ishtar m'a ramené à la vie. J'ai son sang en moi et donc le tien. »
« Tous les humains qu'elle ramenait à la vie, mon sang pouvait les tuer, alors pourquoi… »
« Je suis un dieu. » Elle recula de quelques pas, des émotions contradictoires dansant sur son visage.
« Tu as l'air moins sûre de toi tout à coup… »
« Je ne crierai pas victoire à ta place Hadès, le fait que tu survives à mon sang ne change rien. Te trancher la tête réglera tout aussi bien mon problème. » Elle se remit en garde, retrouvant une froide détermination. « Et je suis certaine que mon sang t'est malgré tout particulièrement douloureux. » Ajouta-t-elle.
Il ne répondit rien, serrant la prise sur son épée. Elle n'avait pas tort, certes le sang d'Ishtar semblait l'immuniser, mais c'était partiel, il avait l'impression d'être comme rongé de l'intérieur par des flammes, comme si le simple contact d'Ereshkigal lui avait drainé une part de son énergie. Pourtant, il avait un avantage indéniable. Sans armure, elle subissait de plein fouet les attaques sans disposer de la moindre protection. Il fallait juste qu'il abrège ce combat au plus vite avant d'être trop malade pour arriver à tenir debout.
« Pourquoi ne pas avoir d'armure ? » Demanda-t-il, tandis qu'ils restaient immobiles, sur leurs gardes, à une dizaine de mètres l'un de l'autre.
« Si tu tiens à le savoir, aucune armure n'arrive à continuer à vivre quand je la porte... Elle ne devient plus qu'un bout de métal inutile et encombrant. »
« Pourtant tes épées ne sont pas simplement faites de métal… »
« Je ne réussis pas à créer d'armure, mais je m'entraîne… Je suis particulièrement fière de mes épées… »
« Si je comprends bien, tu ne peux toucher personne ? Si je ressentais un tel sentiment, je pourrais dire qu'une telle vie me fait pitié. » Se moqua Hadès.
« Pauvre fou, je vais te faire ravaler tes insultes … »
Toutes les flammes éclairant la pièce s'éteignirent brusquement, la plongeant dans le noir le plus complet. Hadès eut à peine le temps de saisir un mouvement sur sa gauche et d'esquiver à moitié que déjà, la morsure d'une lame lui ensanglantait le bras, qui aurait sans doute été sectionné s'il n'avait pas été protégé par son armure. D'instinct, il se réfugia en hauteur, déployant ses ailes et éclairant la salle de son cosmos pour chercher à visualiser son opposante, qui lui transperça l'épaule en le frappant par derrière, manquant de peu le cœur.
Fou de douleur, il réagit pourtant à la vitesse de l'éclair, retournant son épée pour frapper à l'aveuglette derrière lui. Un cri lui indiqua qu'il avait atteint sa cible, alors que la lame qui lui transperçait l'épaule se retirait vivement, créant des étincelles de souffrance dans sa vision.
Il entendit le bruit sourd d'un corps qui tombe, mais n'eut pas le loisir d'observer le point de chute de son opposante, qui venait de lui envoyer plusieurs boules d'énergies pour l'éloigner d'elle le temps qu'elle arrive à se relever. Il n'eut aucun mal à éviter les attaques, lancées de manière confuse.
« Je dois avouer, » Remarqua Hadès en regagnant le sol avec un sourire étrange sur son visage, « que cela faisait longtemps que je ne m'étais pas autant amusé à me battre. » Une main appuyée sur sa blessure à l'épaule et l'autre serrant fermement la poigne de son épée, il para le nouveau coup de la déesse, immobilisant les deux lames qui n'étaient qu'à quelques centimètres de son visage.
« Le compliment est réciproque. »
« Malheureusement, je me dois d'abréger notre entrevue. »
« Je… » Elle cracha du sang, son regard reflétant pendant quelques secondes une profonde incompréhension alors qu'elle tombait à genoux près de lui.
Des larmes de douleur emplirent sa vision, alors qu'elle avait l'impression de lutter pour arriver à respirer désormais. Personne ne l'avait jamais vaincue, alors pourquoi… Lorsqu'elle baissa le regard vers son ventre, elle vit trois plumes métalliques enfoncées à moitié dans sa chair.
« Tes ailes… » Elle releva le regard vers lui, alors qu'elle lâchait ses épées, qui tombèrent au sol. Elle ne s'en était pas méfiée, mais il s'avérait que chaque plume du surplis d'Hadès pouvait être aussi efficace qu'un poignard. Elle aurait presque eu envie de rire d'elle-même. Une mort si stupide…
Mal en point, Hadès se tint debout au-dessus d'elle, l'observant quelques instants en silence, alors qu'elle haletait et crachait du sang, maculant sa peau blanche et sa chevelure pâle de taches écarlates. D'un mouvement de la main, auréolée de cosmos, il fit se retirer les plumes, longues et acérées, afin qu'elles regagnent leur place sur les ailes de son armure, mouvement qui fit pousser à sa victime un pur hurlement de souffrance avant qu'elle ne s'effondre.
Difficilement, crispant ses mains sur le sol poisseux de sang, elle se redressa pour tourner le visage vers Hadès et ne plus avoir la face tournée vers le sol. Si elle devait mourir ce jour là, ce serait au moins dignement et en lui faisant face. Incapable de demeurer assise, elle réussit au moins à s'étendre sur le dos, ses longs doigts pales crispés sur son ventre, essayant en vain d'empêcher son sang de s'écouler de ses blessures alors que sa vision emplie de larmes se perdait dans le ciel violet d'Azura, que l'on pouvait apercevoir entre les pans de plafond tenant encore debout. Il faisait complètement noir dans la pièce désormais, la seule lumière était celle émanant faiblement d'Hadès, dont le cosmos pulsait doucement, ainsi que la lueur fantomatique provenant des cieux, loin au delà.
« Où se trouve Arès ? » Demanda-t-il enfin, laissant tomber son épée au sol dans un fracas métallique lorsqu'il la vit plus morte que vive, tandis que ses doigts se resserraient sur sa blessure à l'épaule, qui saignait abondamment, son sang coulant à terre pour venir se mêler à celui de la déesse. Il avait la vue qui se brouillait. Le sang d'Ereshkigal avait strictement le même effet qu'un poison sur son organisme et les blessures qu'elle lui avait infligées lui avaient déjà fait perdre beaucoup de sang à lui aussi.
« Ce faible est dans les cachots. » Elle gémit, toussant alors que ses poumons s'emplissaient de sang. La moindre respiration devenait une torture.
« J'ai pour ordre de te livrer à Zeus afin qu'il te prive de ton cosmos et que tu ne puisses plus jamais te réincarner. Tu as une dernière volonté Ereshkigal? »
« Te dire d'aller en Enfer… ferait cliché… » Elle toussa, souriant presque, avant de plonger son regard d'un vert minéral, légèrement plus sombre que celui d'Ishtar, dans le sien. « Dis à Zeus que c'est une pourriture qui ne respecte pas ses engagements… » Elle fut incapable de finir, prise d'une nouvelle quinte de toux.
« Quels engagements ? » Se mettant à genoux à ses cotés, il l'aida à se redresser légèrement afin qu'elle puisse respirer plus facilement, faisant reposer le dos et la tête de la déesse contre son torse. Il sentit son surplis frémir et trembler à ce contact, mais le sang qui coulait de sa propre blessure avait l'air de permettre à son armure de supporter le choc.
« Hadès… Tu me massacres puis tu me soignes… C'est original comme manière de procéder… Ma sœur faisait ça très bien… »
« Je te l'ai dit, tu ne dois pas mourir avant que Zeus n'arrive. Tu n'as pas répondu à ma question. » Il voulu ajouter quelque chose, mais s'interrompit en observant ses mains, pleines du sang d'Ereshkigal et du sien. Il avait l'impression d'être brûlé à vif.
« Tu n'as pas besoin de connaître la réponse. Appelle donc… ton chien de frère… et profite des dernières heures qu'il te reste à vivre Hadès. » Murmura-t-elle lentement, fermant les yeux.
« Que… »
« Il me semble que ton immunité contre mes pouvoirs n'est pas si infaillible après tout. Je me trompe ou commences-tu à ressentir des brûlures?»
« Je ne compte pas mourir. » Elle se mit à rire, un rire clair et douloureux à la fois, qui se termina dans une nouvelle quinte de toux.
« Tu n'as pas le choix… et moi non plus… » Hadès fronça légèrement les sourcils en la voyant rire, lui-même luttant contre la sensation de vertige qui le prenait. Le contact d'Ereshkigal avait un effet de plus en plus douloureux.
« C'est la première fois que je vois quelqu'un à l'agonie être aussi joyeux… »
Elle entrouvrit les paupières, sentant l'une des mains d'Hadès se poser sur son front, dégageant une étrange chaleur. Apparemment, il semblait vouloir utiliser son cosmos pour essayer de la soigner… du moins, le temps qu'elle survive jusqu'à l'arrivée de Zeus.
« J'ai toujours été sensible à l'ironie du sort… Tu perds ton temps, tu devrais garder ton énergie pour toi… » Elle ferma les paupières, incapable de les garder ouvertes plus longtemps.
« L'ironie du sort… Je pense pouvoir comprendre… » Murmura-t-il comme pour lui-même, perdant son regard dans la chevelure blonde qui se répandait au sol et qui se teintait peu à peu de sang. La sensation d'être rongé de l'intérieur était si intense… Il arrêta de faire luire son cosmos, essayant de rassembler ses forces. Les ténèbres environnantes étaient dignes d'un tombeau.
Elle n'entendit qu'à peine la dernière phrase d'Hadès. Tout lui semblait lointain à présent, indistinct. Le ciel violet d'Azura loin au-dessus, il lui semblait qu'il prenait feu. Est-ce qu'ils avaient ressentis la même chose, à Babylone ? Ce sentiment de fin du monde, de chute ?
La dernière chose qu'elle perçut fut une immense vague d'énergie, puis plus rien.
