Bla Bla de l'auteur.
Auteur: Uasti
Publication du chapitre : le 16 novembre 2008
Disclaimer: Masami Kurumada est et demeure le créateur original de Saint Seiya.
Reviews : Continuez à me donner vos avis, j'adore!
Divers : Je crois que vais arrêter de donner des dates de MAJ, mais sachez que le prochain chapitre est pour une fois déjà écrit. Il ne devrait donc pas (trop) se faire attendre. Enfin, soyez indulgents avec moi, puisque je publie le chapitre ci-dessous sans lecture préalable de ma bêta lectrice. Armez-vous donc pour pouvoir vous défendre si une faute agressive vous saute à la figure!
Dans ce chapitre : Vous apprendrez ce qu'il advint du beau et ténébreux Hadès, prince des Enfers... mais également de Kassa le larbin, certes un peu moins glamour. En vrac, vous trouverez également une estimation d'œuvre d'art, une grillade de faucon, des cailloux, des jeux de domination, des dieux, des humains et un pantin.
Bonne lecture!
Chapitre 19 – Les mains de son maître
Il était temps d'en finir et rapidement. Les trois juges ne représentaient pas de menace réelle, d'autant qu'ils n'osaient pas réellement l'attaquer, mais essayaient seulement de le retarder pour l'empêcher de s'en prendre aux spectres qui luttaient contre l'armée d'Ereshkigal. Hadès avait bien dressé ses chiens de garde : ils préféraient se laisser tuer plutôt que de porter directement la main sur un dieu, fût-il un ennemi. Son cosmos enfla lentement autour de lui, entourant Horus d'une aura chatoyante, faisant voleter ses cheveux de jais. Son armure couverte de glyphes lui donnait l'air d'une statue de l'Égypte antique. Alors qu'il se relevait péniblement, Eaque vit avec une fascination mêlée d'horreur un immense faucon de lumière se dessiner dans le cosmos du dieu.
«Bien, puisque vous le méritez, je vais me montrer magnanime en vous détruisant avec mon arcane favorite, vous ne ressentirez aucune douleur... » Pourtant, malgré ses paroles, l'attaque d'Horus demeura en suspens, le dieu s'étant interrompu alors qu'il avait perçu une chose qu'il croyait purement impossible : la disparition brutale du cosmos d'Ereshkigal.
Tout son sang se figea dans ses veines lorsqu'il réalisa ce que cela signifiait. Pendant une fraction de secondes, il ressentit une émotion pire que de la panique, pire que la mort elle-même, l'impression de revivre l'effondrement du monde autour de lui, de ressentir à nouveau une parfaite impuissance, un pur et total désespoir. Pendant une fraction de secondes, il ne fut plus en Azura, mais transporté en souvenirs le jour où le panthéon égyptien avait chuté, où tous ses proches avaient été exterminés.
« Maudit sois-tu Hadès... »
Une boule d'énergie se forma au creux de sa main, alors que les hiéroglyphes qui ornaient son armure se mirent à pulser. Avec horreur, les trois juges en train de se relever virent l'aura du dieu l'entourer, puis un il y eut un immense éclat de lumière qui les aveugla complètement pendant de longues secondes. Secondes trop longues, au terme desquelles Eaque finit par réaliser qu'il était encore en vie et n'avait pas subi le moindre choc. Le spectre du Garuda se risqua à rouvrir les yeux.
L'attaque avait été arrêtée d'une seule main par un nouvel arrivé.
Une courte chevelure ébène dont les mèches rebelles caressaient un front à la peau claire, une beauté irréelle et presque malsaine, renforcée par un regard profond et insondable, d'un gris bleu pailleté d'or. Une armure aux ailes immenses, or et argent, luisant autour de lui, lui conférant l'aspect et l'aura de gloire d'un ange exterminateur. Mais cela n'était rien comparé à ce qui émanait de lui : une pression énorme, seulement comparable à ce que l'on pouvait ressentir face à la vision de sa propre mort. Ce fut d'ailleurs ce que refléta quelques secondes le visage d'Horus avant de se transformer en rictus de pure haine.
« Toi... je vais te faire payer tout tes crimes... »
L'invective ne sembla pas faire peur au nouvel arrivé, dont les lèvres s'étaient étirées en un sourire amusé, presque sadique, seulement comparable à l'air supérieur que pouvait avoir un chat face à une souris, où en l'occurrence, à l'air que pouvait avoir le roi des dieux face à une divinité qu'il lui plaisait de considérer comme inférieure.
« J'en doute... Il semblerait que tu ne t'attaques pas à des adversaires à ta mesure Horus, mais cela ne me surprend guère de la part d'un lâche tel que toi... »
« Comment oses-tu! »
« Si mes souvenirs sont exacts, tu as fui le champ de bataille lorsqu'il s'agissait de défendre ta propre famille... Tu ne fais pas le poids et tu le sais, d'ailleurs, je n'ai pas de temps à perdre ici. Je voulais simplement m'assurer de ta mort prochaine afin que tu ne puisses t'enfuir à nouveau. »
« Je ne me laisserai pas assassiner docilement! » Zeus sourit, levant le bras pour pointer l'index vers le ciel d'Azura en guise de réponse. Presque immédiatement, le ciel rougeoyant devint plus sombre, rempli d'éclairs, semblant former une monstrueuse tempête concentrée en un seul point, loin au-dessus des combattants.
« Tu es déjà mort Horus... »
A quelques mètres de là, Eaque fut le premier à retrouver suffisamment ses esprits pour lancer un ordre clair et plein de bon sens...
« On dégage ! » Hurla-t-il aux deux autres juges, qui s'empressèrent de tenter de s'éloigner le plus loin possible de la folie meurtrière de Zeus, qui apparemment, ne se souciait guère de savoir s'il risquait de carboniser sur place certains des spectres de son frère.
« Hé Hé Hé! Je suis si intelligent! Si génial! Un pur esprit! » S'extasia le général des Lyumnades, donnant encore un coup de pied dans le ventre de Laïmi du Ver histoire de s'assurer qu'il ne risquait pas de se relever de sitôt. Sa ruse de prendre l'apparence d'une jolie fille était vraiment trop efficace, certes, Gigant avait faillit l'étriper quant même, mais il avait alors pris l'apparence de sa mère et le gros idiot n'avait pas réussi à frapper sa maman. « Maman » qui elle, n'avait par contre pas hésité à frapper son rejeton.
L'auto proclamé pur esprit s'empressa cependant de déguerpir en réalisant que Zélos du Crapaud, mais surtout Gigant du Cyclope, n'avaient apparemment pas eu assez de son attaque en traître et qu'ils se relevaient.
Dans sa fuite, Kassa ne put s'empêcher de pousser un couinement terrorisé en entendant le grondement soudain de la foudre qui fit trembler le sol rocheux sous ses pieds. Son visage d'ordinaire livide pris littéralement la couleur de la cendre quand un nuage provoqué par l'onde de choc se propagea jusqu'à lui, le couvrant de poussière.
Toussant et luttant pour respirer, Kassa cessa de couiner pour tenter de rassembler ses pensées. Il lui fallait absolument trouver un moyen de quitter rapidement ce monde de cinglés et pour cela, il lui fallait contacter Poséidon au plus vite. Il préférait bouillir de la main du dieu des océans que de rester une heure de plus en Azura.
La poussière était retombée dans la salle du trône d'Ereshkigal, couvrant les décombres d'un pâle voile funèbre. La lumière crépusculaire des cieux violets d'Azura, qui s'engouffrait dans la salle via le trou béant du plafond, retombant sur les débris partout au sol, sembla pendant quelques instants se teinter d'une lueur dorée, presque bénie, alors que descendait des cieux la blanche silhouette ailée du roi des dieux.
Le silence fut rompu par le léger son métallique de ses bottes lorsqu'elles touchèrent le sol. Apparemment, le choc de son attaque avait fait s'effondrer le palais d'Ereshkigal, déjà mal en point suite au combat entre elle est Hadès : seul deux des murs de l'ancienne salle du trône de la déesse tenaient encore debout.
Semblant alors seulement prendre conscience de l'ambiance apocalyptique du lieu, Zeus plissa le front, cherchant du regard son frère qu'il savait être là, même si la faiblesse de son aura n'était pas du meilleur augure. Distinguant finalement ce qui lui sembla être l'une des ailes de l'armure de son frère, couverte d'un voile blanc de poussière, il se dirigea vers elle. Au fur et à mesure qu'il s'approchait, son cosmos semblait vaporiser la poussière et le sang au sol, qui s'élevaient en fines volutes puis disparaissaient, laissant place nette.
« Mon frère... »
Après avoir posé un genou à terre, Zeus effleura d'une main la colonne effondrée devant lui, qui disparut de par sa simple volonté, révélant la silhouette inconsciente du dieu des Enfers, qui gisait face contre terre. La chevelure de jais d'Hadès était à la fois blanchie et rougie, tout comme son armure en piteux état, une épaisse couche de poussière maculée de sang régnait partout autour de lui, hideuse boue faite du sang d'un dieu.
Ne détachant pas son regard du gisant, Zeus resta d'abord immobile, comme ne réalisant pas ce qu'il voyait. Il eu besoin de quelques secondes de réflexion pour décider d'agir, levant une main auréolée de cosmos au-dessus du dos de son frère. Ce serait un soin très incomplet, eu égard au sang d'Ereshkigal qui avait certainement dû contaminer Hadès, mais cela devrait déjà lui permettre de stopper l'hémorragie et de reprendre conscience et pour le moment c'était le plus urgent.
Jugeant qu'il avait fait ce qui était en son pouvoir, Zeus saisi son frère, le tournant avec précaution afin qu'il puisse lui faire face. Bientôt, les iris du dieu scrutèrent le visage couvert de sang, guettant le plus faible signe de retour à la conscience. Des secondes pesantes s'écoulèrent sans le moindre changement, jusqu'à ce qu'enfin, un frémissement de cils indique qu'Hadès allait rouvrir les yeux. C'est dans un parfait silence que les deux regards se croisèrent enfin, puis s'étudièrent avec attention.
« J'ai beaucoup de questions Hadès. » Déclara finalement Zeus dans un murmure, son visage très proche de celui de son frère, comme s'il avait voulu lire en lui. « Où est-elle? »
« J'ai perdu connaissance... » Murmura faiblement Hadès, le front plissé sous l'effort que lui demandait le simple fait de parler. « Mais je vais bien, je te remercie de t'en inquiéter. » Ajouta-t-il avec un léger sourire ironique.
« Il me semble t'avoir posé une question. Je ne ressens pas son aura dans cet endroit, tu n'aurais pas commis l'erreur de la tuer avant que je lui ne ai enlevé son cosmos? » Apparemment Zeus ne souhaitait pas perdre de temps et allait droit au but. Soit. Il allait devoir jouer finement.
« Je t'ai répondu, je me suis évanoui. Mais elle était mourante, mais pas... elle doit être encore vivante, à l'agonie mais vivante, je me souviens avoir essayé de la soigner. » Répondit lentement Hadès, sans que Zeus ne puisse déterminer si le soin qu'il prenait à articuler venait de la douleur lancinante qu'il devait éprouver, ou bien d'une volonté particulière de choisir les mots qu'il employait avec une extrême précaution. Ce qui était sûr, c'était qu'Hadès avait clairement une idée derrière la tête et cela se percevait à la manière qu'il avait de quasiment le défier du regard, malgré son état.
« Mourante dis-tu et dans son état, je suppose qu'elle s'est enfuie de la pièce en courant? A moins bien sûr que ses fidèles ne soient venus la chercher, mais sans penser à t'achever alors que tu étais inconscient... » Résuma donc Zeus d'une voix dangereusement calme. « Tu penses réellement que je suis décérébré ou c'est une forme subtile d'humour ? »
« Voyons Zeus, tu sais que je n'ai jamais eu le sens de l'humour... »
« Tu cherches à me provoquer visiblement... Si tu as quelque chose de particulier à me communiquer, je te prie de le faire. » Hadès sourit, ne semblant pas déstabilisé.
« Trois choses. Tout d'abord, j'ai un message de sa part pour toi : tu es, je cite « une pourriture qui ne respecte pas ses engagements ». Quels engagements? »
« Je reconnais là sa manière délicate et féminine de s'exprimer... » Zeus passa une main sur le front d'Hadès, décollant les mèches poisseuses de sang qui le couvraient. « Vraiment c'est cela qui te perturbe? ... Il n'y a rien de bien secret vois-tu, elle m'a littéralement vendu sa famille, elle souhaitait juste en échange que j'épargne son frère et que je tue Ishtar... J'ai fait l'inverse, mais c'est un détail qu'elle ne connait pas, je suppose donc qu'elle fait ici référence à ma promesse de ne pas l'attaquer, mais cet accord n'avait pas été fait sur le Styx et par là même, il n'engageait que ceux qui y croyaient... »
« Aucune des deux sœurs n'est au courant que l'autre est en vie? »
« Tu ne te trompes pas... Et c'est d'ailleurs pour cela que je souhaite qu'Ishtar ne te soigne pas, sauf nécessité absolue. Je ne veux pas qu'elle puisse reconnaître la marque d'Ereshkigal dans tes blessures. » Zeus sourit. « Quelle était la deuxième chose dont tu voulais parler? »
« Tu savais que son sang peut tuer un dieu... » Hadès ferma brièvement les paupières, luttant pour ne pas montrer le moindre signe de douleur apparent devant son frère.
« Oui, mais je te l'avais dit, tu n'as simplement pas voulu m'entendre. Je pense que j'aurai été incapable de la battre, je n'étais même pas sûr que tu y arrives, mais j'ai pensé qu'avec le sang d'Ishtar dans les veines, tu bénéficierais peut-être d'une protection. Au pire, je me serai assuré qu'Ishtar te ramène à nouveau à la vie. Tu sais bien que toi et Poséidon êtes particulièrement précieux à mes yeux... Dernier point ? »
« Je veux... une faveur... »
« Quoi? »
« Si je retrouve Ereshkigal... »
« Je t'écoute »
« Je ne veux pas qu'elle meure. » Un silence bref suivit cette affirmation où il sembla à Hadès que Zeus devait se demander s'il n'était pas en train de plaisanter.
« Elle est une menace, d'autant plus maintenant que je l'ai provoquée en t'envoyant à elle. Je ne peux le permettre. »
« Je veux qu'elle me serve. J'en ferai une alliée ou je te la livrerai. »
« Et qu'obtiendrai-je en échange? »
« Elle me devra protection pour lui avoir sauvé la vie et moi, tu sais très bien que je t'ai juré fidélité. De plus, malgré le fait que c'est moi qui l'ai vaincue, je te laisse libre d'attribuer à qui tu le souhaites son domaine alors que de par nos lois, il devrait me revenir de droit. Cela sera certainement une excellente compensation pour Arès. »
« Soit... » Hadès vit que son frère était en train de débattre intérieurement, mais Zeus finit par reprendre la parole. « Dans ce cas, je te l'accorde, mais encore faudra-t-il que tu te remettes de tes blessures. Je ne peux pas te soigner complètement du sang de cette garce. Et d'ailleurs, je te trouve bien préoccupé de son sort. »
« Je survivrai. » Éluda Hadès, essayant de s'asseoir, mouvement qui lui fit serrer les dents, mais qu'il parvint à accomplir. Son armure lui semblait être une carcasse trop lourde à porter. Il leva une main faible vers son front. Il ferma les yeux quelques instants, la tête lui tournait affreusement. Il reprit cependant la parole. « Aide-moi juste à finir cette guerre. Quant à Ereshkigal, j'estime simplement que cela serait du gâchis que de détruire un potentiel de destruction pareil. Elle porte véritablement la mort en elle. »
« La guerre est déjà terminée. » Finit par conclure Zeus. « Plus rien ne restera de cet endroit d'ici quelques heures, surtout lorsque nous auront relâché Arès, et tes spectres ont fait de l'excellent travail.»
Sentant les bras de Zeus l'aider à se relever, Hadès agrandit les yeux sous l'effet de la surprise.
« J'aurai pu me lever seul... »
« Certes, mais je doute que tu tiennes debout seul. » Sourit son frère. « Je te ramène en Enfer et je me charge de libérer Arès, je ressens sa présence proche d'ici. Les trois juges commanderont tes troupes jusqu'à leur retour aux Enfers. Quoi, pourquoi ce visage sombre? »
« Je crois que tu avais raison finalement, nous avons la guerre dans le sang. »
En ce début d'après-midi, la chaleur dans les arènes Est du sanctuaire était presque étouffante, aucune protection ne venant jeter une ombre bienfaisante sur les combattants ou sur les quelques spectateurs assis dans les gradins.
Cette arène, réservée aux chevaliers de bronze et d'argent était plus vaste que celle réservée aux chevaliers d'ors, mais beaucoup plus sobre et moins décorée. Elle était également beaucoup plus vivante que celle réservée à l'élite de la chevalerie, car accueillant également en son sein les apprentis ayant atteint un certain niveau. L'arrivée d'un chevalier d'or en ces lieux ne passait donc jamais inaperçue, même si cela n'était pas un fait totalement inhabituel. Aiolia notamment était connu pour y passer beaucoup de temps.
Après plusieurs minutes où il avait visiblement été le centre de l'attention générale, le chevalier de la Vierge était désormais en train de parler posément avec ses deux disciples, ainsi qu'avec le chevalier d'argent à qui il avait confié l'entrainement temporaire de ses élèves. Sous le soleil, le métal de son armure demeurait étrangement froid, à l'image de l'attitude toujours distante de son propriétaire, dont les paupières closes semblaient poser une frontière invisible entre lui et le reste de l'humanité. Ces disciples lui racontaient donc les difficultés qu'ils rencontraient lors de leur entrainement, lorsque quelque chose d'inattendu fit sourire le chevalier d'or et interrompit la conversation.
Le gardien du sixième temple venait de tendre la main, capturant au vol une plume métallique, qui aurait frôlé sa joue s'il ne l'avait arrêtée. Il leva le visage vers le haut des gradins d'où était partie la pseudo-attaque.
« Phœnix, que me vaut ta présence ? »
Ikki descendit souplement les marches de l'arène en quelques bonds rapides, les plumes de son armure voletant dans son sillage. Il fut bientôt près de l'Indien.
« Tu m'avais promis une revanche. Ce sera ici et maintenant. »
« Toujours aussi direct... Il est vrai que je t'avais promis de te laisser choisir le lieu et l'endroit, et je n'ai qu'une seule parole... Quelles sont les règles? »
« Pas d'armure, pas d'usage du cosmos. »
« Et comment détermine-t-on le vainqueur ? »
« Le premier dos à terre. » Shaka sourit.
« Cela relève plus du combat d'entrainement que d'un réel duel chevalier Phœnix, mais si c'est cela que tu désires... J'espère cependant pour toi que tu t'es entraîné car il n'est pas dans mon intention de me laisser faire... » Il fit apparaître son cosmos le temps d'une fraction de seconde, donnant ordre à son armure de se détacher de lui. Il se retrouva pieds nus dans le sable de l'arène, en simple pantalon et T-shirt.
« Voilà qui fera une excellente démonstrations à tes apprentis. En garde Shaka. »
Le concerné ne prit pas la peine de se mettre en position de défense, attendant simplement que le Phœnix, débarrassé de son armure, passe à l'offensive. Il recula de deux pas pour éviter la première attaque de Phœnix, trop lente. La seconde fut beaucoup plus rapide et l'obligea à utiliser une main pour parer. Le chevalier de la Vierge sourit, ce genre de combat lui rappelait étrangement ceux qu'il avait eu avec son maitre, alors qu'il peinait encore à le toucher. Mais ce n'était qu'un échauffement, il savait très bien que Ikki le testait pour le moment.
L'offensive du Phœnix ne tarda d'ailleurs pas à se faire attendre, puisque sa vitesse se mit à augmenter brutalement.
« Je ne vois pas l'intérêt de jeter des cailloux dans l'eau… » Protesta l'enfant, ses paupières closes tournées vers son maître, comme s'il pouvait le voir malgré tout. L'adulte regardait le Gange, un vague sourire errant sur ses lèvres. Il avait fait une chaleur étouffante toute la journée et en ce début de soirée, l'air du fleuve permettait de trouver un peu de fraîcheur.
« Shaka, quand j'étais encore un disciple et que je m'entraînais, je n'avais aucun ami, aucune personne pour me soutenir. Nous étions plusieurs à nous entraîner pour obtenir l'armure du Paon et j'étais le seul occidental... Autant te dire que j'étais quotidiennement pris pour cible par les autres. » Gabriel s'arrêta de parler quelques instants, cherchant à trouver les mots justes. « Un jour que j'avais envie de tout arrêter parce que je ne pensais plus avoir ma place dans la chevalerie d'Athéna, j'ai vu un vieil homme assis près du Gange. Il était vieux, malade, avait l'air de ne même pas posséder de quoi se nourrir et pourtant quand il m'a vu et m'a sourit, j'ai vu dans ses yeux qu'il était heureux, d'un étrange bonheur que semble-t-il, donne la sagesse. Il m'a dit de ne pas pleurer et que si j'avais des problèmes, je n'avais qu'à les jeter loin de moi. Et très sérieusement, il m'a donné un caillou. » Le Paon sourit au souvenir. « Je l'ai traité de vieux dingue et je suis parti. A moi aussi, ça me semblait complètement idiot... »
Il haussa légèrement les épaules, puis quitta les eaux du Gange du regard, s'approchant de son disciple pour refermer l'une des mains de l'enfant sur une petite pierre.
« Je veux que tu prennes tes problèmes et que tu t'en débarrasses. Depuis ce qui s'est passé au vihara, tu refuses de progresser. Cela fait plus d'un mois que tes attaques stagnent au même niveau. Tu as fait ce que tu avais à faire, admets-le et tire une croix dessus. Les raclures de ce genre ne méritent pas de vivre de toute façon. J'aurai voulu te l'épargner, mais il fallait bien que ce genre de chose arrive un jour ou l'autre. Il faut que tu évacues ce que tu ressens. »
« Mais maître je… »
« Tu es libre pour la soirée. A demain Shaka. »
Le gamin fronça les sourcils mais ne répondit rien, se contentant de demeurer immobile tandis que son maître s'éloignait, sa longue chevelure rose s'harmonisant étrangement avec le rose orangé du ciel, où le soleil déclinait. Shaka ne bougea que pour caresser d'une main pensive le pelage de Radjah venu se frotter contre lui.
La pseudo revanche d'Ikki s'était vite transformée en combat de démonstration pour les apprentis aux alentours, qui s'étaient rassemblés dans les gradins pour observer les deux chevaliers s'affronter. Il s'agissait à la fois d'une leçon et d'un véritable spectacle pour tout amateur de combat. Les chevaliers d'or n'autorisaient personne à pénétrer l'arène qui leur était réservée, alors, voir un or combattre était toujours un privilège. Son adversaire n'avait également rien à lui envier, un bronze qui avait sauvé le monde plusieurs fois et qui avait transcendé sa caste, un exemple pour toute la chevalerie d'Athéna.
Les coups et les parades pleuvaient, le fait de ne pas se servir de leur cosmos limitait les deux opposants à leur force physique brute, ce qui amenait un certain équilibre des forces, d'autant que plus qu'une réelle revanche, le combat avait vite viré au combat amical, les deux adversaires prenant apparemment plaisir à échanger les attaques avec l'autre. Ce qui ne les empêchait pas de se battre avec une force qui aurait littéralement fracassé tout être humain normal.
Un spasme de douleur envahit Ikki lorsque le pied de la Vierge s'enfonça dans son ventre. Il recula mais demeura ferme sur ses appuis, ripostant aussitôt en agrippant son pied pour déstabiliser le chevalier d'or et lui faire perdre l'équilibre via une violente torsion du mollet. Se fut sans compter avec l'autre jambe de Shaka qui lui asséna un coup suffisamment puissant pour lui faire lâcher prise. Les deux adversaires se reculèrent de quelques pas. Shaka souriait franchement et Ikki aussi. Se remettant en position d'attaque, la Vierge accorda quelques secondes supplémentaires au Phœnix pour qu'il puisse récupérer son souffle, coupé par le coup qu'il avait reçu dans le ventre. Quelques secondes seulement, parce qu'il savait que la fierté de l'autre ne tolèrerait pas plus. Il passa donc de nouveau à l'offensive.
Ils se battaient depuis une bonne dizaine de minutes désormais lorsque Shaka fut momentanément distrait par l'arrivée dans l'arène du cosmos d'Ishtar, accompagnée de Kanon et Milo. Il faillit se faire envoyer à terre par le Phœnix, mais réussit de justesse à se réceptionner sur les pieds. Comme l'exigeait le protocole cependant, le combat s'interrompit, alors que tous dans l'arène saluaient l'entrée de la déesse, qui dans sa grande bonté, fit un signe de la main pour signifier que tous pouvaient reprendre leur activité sans se préoccuper plus avant de sa présence. Ordre plus facile à donner qu'à exécuter eu égard aux nombreux regards qui s'attardèrent sur elle alors qu'elle s'installait dans les gradins, en compagnie du Scorpion et du Dragon des mers, attendant apparemment que la Vierge ait terminé de combattre.
« Et là, Mu nous as littéralement plumés. Je n'aurai jamais cru qu'il pouvait bluffer aussi bien. »
« Toujours se méfier des débutants. » Marmonna Kanon en réponse à Milo, alors qu'il ne quittait pas des yeux le combat en contrebas, visiblement intéressé. Le Scorpion reporta donc son attention sur la déesse, qui était assise entre eux et avait fermé les yeux, semblant apprécier la caresse des chauds rayons du soleil grec.
« Oui? » Dit-elle, sentant son regard sur elle. Elle n'avait pas l'air de s'offusquer, sans doute habituée à ce qu'on la dévisage régulièrement.
« Je sais que ce n'est pas très galant mais j'essayais de deviner votre âge. »
« N'y va pas au siècle près alors... et moi qui pensais bêtement que tu appréciais l'œuvre d'art que je suis... »
« Justement » Intervint Kanon. « Il essaie de te dater pour savoir à combien t'estimer... »
« Hum, avec tous les changements de calendrier... Il faudrait que je calcule ça précisément parce qu'actuellement je ne pourrais pas donner un nombre exact à l'année près, mais j'approche tranquillement des quatre mille ans. Je pense que ça fait de moi une antiquité valable. » Elle ouvrit les yeux, posant son regard de pierre précieuse sur Milo, qui semblait étrangement sérieux désormais.
« Quatre mille ans, vous avez dû vivre tellement de choses... Je n'arrive même pas à concevoir... »
« Oui, quatre mille années d'évolution pour qu'elle finisse ici à se prélasser au soleil comme un lézard... Là, je me dis qu'elle a dû rater quelque chose. » Compléta Kanon. Elle se contenta de sourire, fermant les yeux à nouveau alors que les deux hommes riaient doucement.
« Je me demande ce que fabrique Shaka... » Finit par dire Kanon au bout d'une ou deux minutes de silence.
« Quoi? » Ishtar rouvrit les yeux, baissant le regard vers l'arène.
« Il ne doit pas avoir envie d'humilier Phœnix en public. Il devrait l'avoir déjà battu depuis longtemps, si j'en crois la manière dont il t'a battu toi il y a quelques temps... » Commenta Milo au souvenir du pari qu'il avait lui-même lancé et perdu.
« Moi, j'aime bien les hommes qui prennent leur temps, ça peut avoir son charme... » Murmura Ishtar avec un grand sourire, alors qu'elle fermait de nouveau les yeux, apparemment pas vraiment intéressée par le combat. La dernière réplique de la déesse fut suivie d'un magnifique silence, rompu finalement par Milo.
« C'est pas vrai? Elle est toujours comme ça? »
« Si tu savais mon pauvre Milo... Pire que toi et moi réunis... »
Babylone. Ishtar ferma les yeux, alanguie. La déesse était dans la partie privée de son temple de la ville basse, accompagnée de deux de ses prêtresses. L'air était empli de fumée, venant des vasques emplies de flammes, de l'encens mais également de ce que fumait la déesse, allongée sur le ventre, appuyée sur les coudes. Ses deux dévouées adoratrices massaient Ishtar, emplies de bonheur à l'idée d'avoir l'honneur de toucher le saint corps de la divinité, divinité qui pour l'heure et sous l'effet de ce qu'elle fumait, était dans un état de bienheureuse torpeur. Il planait dans l'air un mélange étrange et intoxicant de parfums capiteux, provenant des huiles de massages et de l'encens qui brûlait lentement.
« Tu te drogues maintenant? » Ishtar consentit à soulever les paupières pour observer son frère, qui venait de faire irruption dans le gynécée. Deux regards du même vert minéral se trouvèrent. Le dieu de la Justice ne semblait pas s'offusquer de la scène, à en croire l'air presque résigné affiché sur son visage.
« Je croyais que tu n'aimais pas venir ici, tu commences à prendre tes habitudes pourtant... »
« J'avais besoin de te voir. » Ishtar ne répondit pas immédiatement, inhalant d'abord une longue bouffée de fumée. Les ombres des flammes éclairant la pièce, combinées à la fumée dans les airs, voilaient l'endroit d'une sorte d'aura mystique. Malgré lui, il laissa errer son regard sur le corps de sa sœur. Comme à son habitude lorsqu'elle était ici, elle n'était vêtue de rien d'autre que de sa chevelure et de quelques bijoux.
« Que veux-tu? A part moi bien sûr... » Il ne répondit pas à la provocation mais s'approcha, se baissant pour lui retirer délicatement de la main la drogue qu'elle tenait.
« C'est mon anniversaire aujourd'hui. »
« Je le sais. »
« Je ne t'ai pas vue de la journée, ni aux fêtes, ni ailleurs... » Il était désormais assis à côté d'elle, allongée sur le large lit.
« Un reproche ? Tu attendais peut-être un présent pour tes mille ans? » Elle haussa un sourcil alors qu'il aspirait à plein poumons ce qu'il venait de lui confisquer. Il lui sourit, puis lui souffla la fumée dans le visage.
« Ta simple présence m'aurait satisfait. Je te hais et je t'adore ma chère sœur. »
« Shamash... » Elle se redressa pour s'assoir à ses côtés. « Tu veux ma présence, seulement ma présence? »
« Ne joue pas avec moi. » Sa voix était faible pourtant, tant il était hypnotisé par la vision de sa sœur désormais assise près de lui. Il ne résista pas lorsqu'elle s'appropria à nouveau la drogue.
« Allonge-toi. » Ordonna-t-elle calmement. Il fronça les sourcils. Ce genre d'initiative venant d'elle ne pouvait finir qu'avec une intense frustration pour lui. Elle fit un signe et il sentit les mains des deux prêtresses s'attarder sur lui, cherchant à lui enlever ce qu'il portait.
« Ishtar, qu'est-ce que tu... »
« Tais-toi. » Le ton était péremptoire. Le vert minéral de ses yeux était insondable alors qu'elle le regardait se faire dévêtir par les mains expertes de ses suivantes, qui elles, loin d'être insensibles, suppliaient la déesse du regard de leur donner l'ordre d'aller plus loin. Elle leur fit cependant signe de s'écarter une fois leur tâche accomplie. « Allonge-toi maintenant, sur le ventre. »
Il ne savait pas si c'était l'effet de ce qu'il y avait dans l'air, à moins que ce ne soit le regard pesant de sa sœur sur lui, mais il eut l'impression d'obéir au ralenti. Il frissonna en sentant l'un des doigts d'Ishtar remonter lentement du creux de ses reins à ses épaules et plus encore lorsqu'elle se retrouva à cheval sur lui. Jamais elle ne l'avait laissé être aussi proche d'elle auparavant, pas de son initiative. Sa chevelure retombait autour d'eux en une cascade ivoire aux senteurs enivrantes. D'une main, elle écarta les mèches d'un blond pâle, presque blanc, qui couvraient le dos de son frère. Il sentit son souffle contre son oreille alors qu'elle murmurait désormais.
« J'étais certaine que tu finirais par venir ici, et puisque tu y tiens tant, je vais te donner ton cadeau, mais sois bien conscient que demain, j'agirai envers toi comme je l'ai toujours fait, peut-être en étant pire... Mais tu aimes la garce que je suis n'est-ce pas? »
Sans avertissement, elle écrasa son mégot brûlant sur l'épaule de son frère, qui cria de douleur mais ne répliqua pas, parce que désormais, il sentait les lèvres de sa sœur sur son dos, accompagnées de ses mains. La douleur à son épaule avait disparue dés qu'elle avait posé ses lèvres sur lui, le guérissant. Il ferma les paupières, submergé par les sensations agréables qui parcouraient son corps. Jamais il n'aurait même rêvé qu'elle accepte de lui accorder ce genre de faveur.
Il émit une faible protestation lorsque ses lèvres se séparèrent de sa peau. Il ne restait plus que la sensation intense de ses mains sur son dos, allant et venant doucement de sa nuque à ses épaules, propageant en lui une chaleur agréable. Elle procédait avec une extrême lenteur, dénouant les tensions de ses épaules, avant de descendre plus bas, parcourant son dos en alternant des pressions et des caresses, parfois légères, parfois appuyées de tout son poids. Il ne pensait pas que le simple contact de ses mains puisse lui faire un effet pareil. Il ne la voyait pas, il ne pouvait même pas la toucher et il se sentait bouillir à petit feu. Ses mains quittèrent son dos pour s'attarder sur ses bras et il sentit qu'elle était presque collée à lui, penchée contre son dos.
« Ishtar, pourquoi... »
« Laisse-toi simplement aller... Mais pas trop... » Le fait que les deux prêtresses servent de témoins silencieux à leurs ébats ne les gênaient ni l'un, ni l'autre. A vrai dire, le dieu de la Justice les avait déjà complètement oubliées.
« C'est cruel... »
« Je n'ai jamais dit que je ne m'amuserai pas un peu avec toi au passage... »
Il gémit, alors qu'elle posait à nouveau sa bouche sur lui, traçant un sillon humide sur sa nuque, avant de mordiller sa peau, puis à nouveau, il sentit son souffle près de son oreille. Son parfum, ses doigts sur lui, l'idée même qu'elle était nue au dessus de lui, faisaient naître des flammes dans son ventre. Il brûlait de se retourner pour la jeter sur le lit et la prendre, mais ils étaient conscients tous les deux que s'il faisait ça, elle le lui ferait regretter amèrement pour les siècles à venir. Elle se délectait de le voir se mourir de désir et lui, trop heureux d'être l'objet de ses attentions, ne se sentait même pas la force ou l'orgueil de lutter contre sa domination totale de la situation.
Les mains de la déesse reprirent leur itinéraire sinueux sur la peau claire de son aîné, mais enduite d'huile cette fois. Paresseusement, il sentit ses doigts descendre au bas de son dos, redessinant ses muscles, les pétrissant. Elle s'amusait avec lui, à en croire la manière experte dont elle le griffait pour le calmer alors qu'il frémissait, ou bien au contraire, à la façon dont elle attisait son désir de ses doigts et plus rarement de ses lèvres dés qu'il s'était un peu apaisé. Il aurait brûlé Babylone avec joie si cela lui avait permis d'avoir la certitude que ce moment perdure éternellement. C'était doux, sensuel et d'un érotisme puissant.
Il frémit violemment lorsqu'elle se mit à s'aventurer sur le haut de ses cuisses. Si elle descendait plus, il n'allait plus répondre de rien. Presque aussitôt pourtant, elle remonta lentement, jouant de nouveau avec lui jusqu'à ce qu'elle sente qu'il n'allait pas tarder à perdre définitivement tout contrôle de lui-même sous la torture qu'elle lui infligeait. Elle se pencha à nouveau sur son dos, mordillant le lobe de son oreille. Il sentit que d'un doigt, elle le forçait à tourner le visage vers elle. Il rencontra bientôt la flamme glacée de son regard.
« Bon anniversaire mon cher frère. » Murmura-elle, avant de se pencher pour unir leurs lèvres brièvement. Elle plongea son regard dans le sien à nouveau et il comprit trop tard pour la retenir ce qu'elle avait l'intention de faire. Ishtar disparaissait déjà en se téléportant, laissant contre sa peau une sensation de froid intolérable et dans sa chair, la morsure brûlante de son violent désir pour elle. Il avait le goût de sa sœur sur les lèvres, la sensation de sa peau contre lui, son parfum tout autour de lui. Elle s'était moquée de lui en le provoquant comme jamais encore elle ne l'avait fait. Il n'eut pas le loisir de se morfondre pourtant, les deux prêtresses de la déesse se collant presque immédiatement à son corps esseulé. Des victimes parfaitement consentantes pour servir d'exutoire à l'intense frustration en lui.
Ce fut finalement d'un commun accord que Shaka et Ikki décidèrent d'en rester là, avant que la Vierge ne suive celle qu'il avait la mission de protéger afin de retourner en Asgard. Plusieurs jours s'étaient paisiblement écoulés depuis lors, rythmés par les entraînements quotidiens de Shaka et Kanon, qui de plus en plus souvent s'entraînaient ensemble, ainsi que par les sorties de plus en plus fréquentes d'Ishtar, qui se rendait à l'hôpital de la ville lorsque des cas particulièrement graves lui étaient signalés, le reste des malades devant attendre sagement le jour de la semaine qu'elle consacrait à les recevoir.
Paisiblement, le temps avait suivi son cours et c'est avec une inquiétude grandissante que Kanon vit peu à peu s'approcher le jour du gala de charité organisé par Poséidon. Il se sentait pris au piège entre son devoir de général des mers et son amitié envers Ishtar. Il n'avait donc pu se décider à informer la déesse de la présence de Zeus, surtout, il devait se l'avouer, plus par peur de la voir en devenir malade que par simple esprit de loyauté envers Poséidon. Il ne doutait pas cependant que son silence lui reviendrait tôt ou tard dans la figure, aussi bien au sens littéral qu'au sens figuré, puisque Shaka risquait de ne pas apprécier ce genre de rétention d'information.
C'était donc d'un air particulièrement préoccupé sur le visage que Kanon marchait dans les couloirs du château du royaume d'Asgard, se dirigeant vers la bibliothèque. Il semblait que dans ce maudit pays, où il était privé de soleil et de femmes, la seule occupation possible lors de son temps libre était de lire. Cela ne le dérangeait pas outre mesure, car contrairement à ce que l'on aurait pu croire d'un combattant de son niveau, il avait toujours été d'une intelligence fine et avait très tôt compris l'intérêt de savoir se battre aussi bien avec son esprit qu'avec ses poings. Les livres demeuraient ses principaux conseillers.
Ce fut avec un plaisir certain, mais relatif malgré tout, que Kanon se balada donc bientôt parmi les allées tortueuses de la bibliothèque du palais - il fallait préciser que le Dragon des mers commençait à être en manque de plaisirs disons plus charnels, même si son envie de courir la gueuse était à chaque fois coupée net par le souvenir de la tentative de suicide de Thétis. Lire était donc un passe-temps comme un autre, lui évitant de réfléchir sur les sujets qui le mettaient mal à l'aise. Malheureusement pour lui, l'un de ces sujets d'inconfort mental se trouvait lui aussi dans la bibliothèque et ce fut trop tard pour éviter qu'elle ne le voie que Kanon s'engagea dans un rayonnage où était présente la prêtresse d'Odin. Il pesta intérieurement contre son propre manque de vigilance, mais le palais étant emprunt du cosmos de la prêtresse, perceptible partout quand elle priait, il ne s'était pas particulièrement méfié de le ressentir dans la bibliothèque.
Debout, elle était en train de feuilleter un livre, semblant y chercher une information. Sa longue robe bleu nuit brodée de perles, le lieu, sombre et sentant à plein nez les vieux écrits et le bois, la lumière, tellement faible qu'il se demandait comment elle arrivait à lire, tout donnait l'image d'un passé partout ailleurs révolu. Il fut bientôt confronté à deux pupilles d'une tonalité acier.
« Le général du Dragon des mers, quel bonheur de vous voir... » Articula sombrement Hilda de Polaris du ton qu'elle savait si bien utiliser quand elle voulait dire strictement le contraire.
« Prêtresse... » Marmonna donc Kanon en retour, inclinant la tête avant d'accélérer le pas, décidant de la dépasser pour s'éloigner rapidement. Il ne tenait pas à réitérer le pugilat de leur dernière entrevue en tête-à-tête. Il fut cependant arrêté net par la voix de la maîtresse des lieux.
« Vous êtes conscient que ce petit jeu du chat et de la souris ne pourra pas durer éternellement n'est-ce pas? » Il se retourna pour lui faire face.
« Je croyais que vous souhaitiez m'éviter et que pour résumer je suis un monstre dont la présence vous donne la nausée. »
« En toute franchise, vous êtes bien plus abjecte que cela à mes yeux.. » Elle plissa le coin de ses lèvres, comme cherchant visiblement à retenir toute l'étendue de ce que sa franchise la poussait à dire, puis elle se tourna gracieusement vers les étagères, y déposant le livre qu'elle était en train de feuilleter avant de se retourner vers lui pour lui faire face. « En fait, je désirais vous parler depuis la dernière fois. » Il croisa les bras sur sa poitrine.
« Je vous écoute. » Elle l'observa quelques instants avant de reprendre la parole, semblant chercher ses mots.
« L'anneau. L'anneau des Niebelungen. Est-ce qu'il cesse complètement d'agir une fois détruit? Est-ce que vous savez ce qui s'est produit sur ceux qui ont été libérés de son influence... »
« Vous êtes la première à ma connaissance à avoir été libérée de l'anneau, tous les autres n'en ont été libérés qu'à leur mort. » Elle sembla pâlir à sa réponse, mais la pénombre du lieu ne permit pas à Kanon d'en être certain.
« C'est ce que je craignais. Vous pouvez disposer. »
« C'est trop facile, pourquoi me demander ça? » Répondit-il presque malgré lui, ignorant délibérément l'ordre que venait de lui donner la prêtresse.
« Votre insolence n'a-t-elle donc aucune limite? » Malgré l'ironie de la question, la voix était calme.
« Ne m'obligez pas à répondre à ça, je risquerai de paraître encore plus insolent... »
« Dragon des mers, votre obstination est touchante, mais ce n'est certainement pas à vous que je confierai quoi que ce soit. Cependant depuis notre dernière entrevue, je me suis au moins mise d'accord avec vous sur un point. Ce monde n'est ni blanc, ni noir, je n'y vois plus que des ombres et des nuances de gris. »
« Vous pensez que l'anneau a encore de l'influence sur vous? »
« L'anneau a été détruit. Je le sais. Peut-être est-ce l'anneau ou les conséquences de la guerre. Mais mon âme est souillée au point qu'elle me fait peur parfois. Violence et haine, colère... J'aimerais sincèrement vous pardonner et être en paix, tout autant que j'aimerais tout aussi sincèrement vous voir souffrir de mes mains. Je suis devenue toute aussi pathétique que vous, toute aussi abjecte, si vous êtes un monstre, j'en suis devenue un également, à la différence que je sais ce que mon âme a perdu : la bonté et la beauté, l'amour de tout chose en ce monde, et cela, même la résurrection des guerriers divins ne le changera pas. Je suis morte et c'est sans doute pour cela que je vous en veux le plus, à vous et à votre dieu. » Elle avait dit cela avec un froid détachement, comme le juge lisant la sentence d'un condamné à mort. Le ton peut-être, plus que les mots eux-mêmes, troubla Kanon.
« Poséidon n'est pas responsable. Sa réincarnation n'a été que l'instrument entre mes mains. Si cela peut vous soulager de me détester, allez-y... Je sais que cela ne changera probablement rien mais je... »
La discussion fut interrompue par un raclement de gorge. La princesse Freiya venait de sortir de l'un des rayonnages adjacents pour rejoindre les deux antagonistes.
« Excusez-moi de vous interrompre, mais Hilda, tu es attendue à la réunion du conseil, les premiers représentants du royaume sont arrivés au Palais. »
« Je ne pensais pas qu'il était déjà si tard... Dis leur que j'arrive, mais je dois aller prier Odin auparavant. » Freiya hocha la tête avant de tourner les talons, non sans jeter un dernier regard, visiblement inquiet, à sa sœur aînée. Un froncement de sourcils barrant ses traits délicats, la prêtresse tourna le regard vers Kanon.
« Vous disiez? »
« Rien. Je ne vais pas vous retenir, je ne voudrais pas causer plus de mal que je n'en ai déjà fait aux affaires du royaume. »
« Vous pouvez ravaler votre ironie général de Poséidon. C'est amusant, je pensais presque que vous alliez me présenter des excuses pour vos agissements. »
« Il faut croire qu'une partie de votre bonté et de votre crédulité naturelles ont survécu... » Les yeux de la jeune femme semblèrent se rétrécir, accusant le coup.
« Vous pouvez vous moquer de mes états d'âme, cela m'est égal. Je sais que je surmonterai tout ceci. Vous par contre, vous êtes seul face à vous-même et le jour où votre conscience vous rattrapera, je ne souhaiterais pas être à votre place. Non, pour rien au monde... »
Et ce fut elle qui le quitta cette fois-ci, en ayant la satisfaction de le voir demeurer silencieux.
Alors qu'elle riait, on pouvait presque oublier en la voyant ce qu'elle était et qui elle était : la flamme glacée de son regard d'un vert minéral s'adoucissait et pendant quelques précieuses secondes, il semblait que son rire estompait les millénaires de son passé, laissant apparaître la femme et non plus le masque de la déesse qu'elle portait sans même s'en rendre compte lorsqu'elle était perdue dans ses pensées, une lueur d'un froid métallique dans le regard.
« Ce n'est pas comparable. » Ishtar baissa les yeux, fixant le sentier enneigé sous ses pieds. « Mais il me fait de la peine franchement, je suis sûre qu'il était venu dans l'espoir de te voir. » Malgré ses paroles, son rire demeurait présent dans l'ourlet de ses lèvres, qui tremblait comme pour contenir une nouvelle montée d'hilarité. « Shaka, pardonne-moi, je suis bien placée pour savoir que les admirateurs peuvent être pénibles, mais dans ton cas, je trouve Krishna tellement drôle, je n'arrive même pas être jalouse... »
« Pour être jalouse, encore eût-il fallut que tu te sentes menacée par lui et effectivement, il n'y a aucun risque... » Constata calmement le concerné. « Merci de m'avoir permis de le fuir d'ailleurs. »
« Mais de rien, de toute façon, j'avais besoin d'un garde du corps pour me rendre à l'hôpital et maintenant que j'en ai terminé, une ballade avec toi est loin de me déranger. Ça fait longtemps qu'on n'a pas passé une journée ensemble, juste tous les deux. »
« Tu es très sollicitée. »
« Oui... Il y aura toujours des blessés ou des malades... »
Un silence rêveur s'installa, rompu par le bruit de leurs pas, tantôt étouffés par la neige, tantôt résonnant sur les pavés. Les deux amants marchaient côte-à-côte, elle, majestueusement indifférente à la neige qui imprégnait le bas de sa longue robe de velours, lui, tout de noir vêtu et l'observant à la dérobée alors qu'elle semblait de nouveau perdue dans ses pensées. Son cosmos était calme, mais il y ressentait une légère pointe d'angoisse.
« Ishtar, il y a un problème? »
« Pourquoi tu... » Elle repoussa d'un geste gracieux l'une des mèches soulevées par le vent qui était venue lui barrer le visage mais ne termina pas sa phrase, s'arrêtant cependant de marcher. « Je vois, encore en train de lire mon cosmos... Je ne l'ai pas encore annoncé à Hilda, mais je souhaite ramener à la vie les guerriers divins après-demain. » Finit-elle par répondre sérieusement.
«Le lendemain du bal de Poséidon... »
« Mieux vaux ça que l'inverse ou je risque de ne pas être en état d'y aller... Tu sais, si on occulte le fait que je vais encore m'affaiblir, que Kanon va sans doute se faire pourchasser par des guerriers divins enragés, je dois bien avouer que j'ai hâte d'en finir. »
« Pour les guerriers, tu es sûre de... »
« Oui, de toute façon, je n'ai pas le droit de faire attendre Hilda plus longtemps. La cérémonie en l'honneur d'Odin doit se tenir rapidement ou sinon, c'est le lien des armures divines avec Odin qui sera mis en cause. La seule chose qui m'inquiète, c'est ce que j'ai ressenti en examinant les armures : certaines dégageaient une tristesse profonde, en fait, si je ne connaissais pas leur histoire, je dirai que certains de ces hommes se sont suicidés... »
« Tu vas te mettre en danger. » Elle l'observa quelques secondes en silence. Ses cheveux blonds lui balayaient le front sous l'effet du vent, mais cela ne semblait pas le déranger. Il avait l'air calme et soucieux à la fois.
« J'ai connu pire et puis, il en faut beaucoup pour tuer un dieu, définitivement je veux dire... Je m'en remettrai. » Devant son air sombre, elle leva les yeux au ciel « Ne me regarde pas avec des yeux pareils, je me sens idiote. Que dirais-tu de changer de sujet, quelque chose de plus gai? C'est vrai, pour une fois qu'on peut discuter. »
« Ishtar... Je n'aime pas ça. J'ai l'impression de ne pas être utile. Je me sens complètement impuissant contre ce qui te menace. »
« J'ai toujours été confrontée à ça. »
« Je ne parle pas que de ça, je parle surtout de Zeus. » Elle baissa le regard, sentant presque immédiatement un sentiment de malaise lui nouer les entrailles. Le simple fait de penser à lui la rendait malade et l'oppressait. Des images devant les yeux, trop de sentiments confus.
« Pourquoi m'en parler? On en a déjà parlé... »
« Je ne veux pas te blesser, en fait, je ne voulais même pas t'en parler maintenant. »
« Je ne comprends pas. » Elle releva le regard vers lui, cherchant à déchiffrer le visage de statue insondable qu'il lui offrait. Il daigna finalement s'expliquer, égrainant lentement ses paroles.
« Poséidon a été vaincu et Hadès aussi. Je veux croire que Zeus puisse l'être. Mais il est capable de supprimer le cosmos de ses adversaires. Je veux savoir comment il s'y prend et tu le sais. »
« Shaka, je... »
« Tu as toutes les informations dont j'ai besoin dans ton esprit. » Elle s'écarta de lui comme s'il venait de la gifler.
« Tu veux lire dans mes souvenirs, fouiller dans ma mémoire? C'est bien ce que je dois comprendre? » Elle se sentit avoir très froid soudain. « Tu veux sa technique? »
« Oui. »
« Même si j'acceptais, à quoi cela pourrait bien te servir de savoir comment il enlève le cosmos? Tu penses pouvoir l'éviter ou faire la même chose? C'est un dieu Shaka! Un dieu! Il est né avec ce don. Tu ne pourras rien faire! Personne n'a jamais rien pu faire! Ni mon père, ni mon frère, personne!» Elle avait presque crié les derniers mots. Il se tut quelques instants. Il avait touché un point particulièrement sensible et le cosmos chaotique d'Ishtar reflétait tout ce qu'elle ne disait pas.
« Si c'est vraiment perdu d'avance, je te demande juste de me permettre d'en avoir la preuve. » Finit-il par répondre d'un ton parfaitement neutre. Elle secoua légèrement la tête, baissant le regard, ses longs cils voilant d'ombre l'éclat vert de ses yeux. Elle sembla vouloir répondre quelque chose mais se ravisa, demeurant silencieuse. « Je me doutais de ta réaction, mais tu n'es pas obligée de me répondre tout de suite. Je peux attendre. Promets-moi d'y réfléchir sérieusement. »
« Tu ne lâcheras pas prise n'est-ce pas? J'ai besoin de temps. Je ne peux rien te promettre. J'y réfléchirai, mais ne compte pas trop sur cette idée Shaka. La seule personne qui aurait pu être un adversaire à la mesure de Zeus a disparu il y a des siècles. Et ce n'est pas toi qui la remplaceras, malgré toute l'estime que je te porte. La discussion est close. »
« Je... »
« Non, je ne veux rien entendre de plus. Rentrons, je dois parler à Hilda du rituel de résurrection et j'ai froid maintenant... Tes idées me glacent. »
L'immense salle du trône était calme. Une eau cristalline coulait paisiblement le long des colonnes soutenant l'édifice, se déversant dans un chant liquide en l'immense bassin qu'était le sol, à l'exception de l'esplanade où se trouvait le trône de Poséidon et de l'allée y menant. Derrière le trône, la salle était ouverte, donnant sur des escaliers qui menaient au cœur de l'empire sous-marin : le pilier central.
Vêtu d'un smoking noir et revenant d'un des innombrables évènements mondains où Jullian se devait d'être vu, le dieu des Océans était pour l'heure assis sur son trône, la tête rejetée en arrière et les yeux fermés. Le chant des chutes d'eau dans la salle du trône était une symphonie qu'il s'était composée pour lui-même, douce et apaisante et qu'à sa connaissance, il était le seul à ressentir aussi intensément. Il était vrai que dans la salle du trône, son cosmos et sa présence à lui devaient avoir tendance à être un facteur de stress pour tous ses serviteurs, ce qui ne les encourageait donc pas à apprécier une telle musique... En pur esthète, Poséidon se laissait donc bercer, même si son esprit, lui, ne cessait de réfléchir. Il avait beaucoup de choses à régler, sans compter les cas de Kassa et d'Isaak.
« Et si tu sortais de l'obscurité? Tes battements de cœur bruyants m'empêchent de me concentrer. » La voix de Poséidon s'était élevée dans la salle soudainement, sans préavis. « A moins que tu ne veuilles m'attaquer par surprise, ce qui est raté... » Un cri étouffé se fit entendre, alors que les yeux de Poséidon s'ouvraient, changeant de couleur sous l'effet de son cosmos. Deux secondes plus tard, l'intrus se retrouvait recroquevillé au sol devant lui, à peine à trois mètres de distance du trône.
« Puis-je savoir ce qui me vaut l'honneur d'une telle visite... »
« Vous savez très bien pourquoi je suis ici Poséidon. »
« J'en doute... » Répondit narquois l'intéressé, tout en libérant l'intrus de son emprise mentale. « Ou du moins, je pense que nos avis sur ce point divergent, n'est-ce pas Aphrodite des Poissons? » Il examina le visage du chevalier d'or alors que celui-ci se relevait, lui faisant face.
« J'ai mis du temps à comprendre que c'était vous qui me manipuliez en m'envoyant ces cauchemars. Mais c'est terminé, je vais quitter le sanctuaire d'Athéna et je ne vous serai plus d'aucune utilité. Vous pouvez me tuer cela m'importe peu, mais je refuse de trahir à nouveau mon ordre en vous aidant. » Poséidon l'écouta débiter sa tirade sans ciller, appuyant simplement d'un air ennuyé son visage contre sa main, tandis que son coude prenait appui sur l'accoudoir du trône. Le discours du chevalier d'or ne lui faisait objectivement ni chaud ni froid.
« C'est le fait d'avoir donné le plan de la cachette de l'urne à Isaak qui te dérange? Voyons, c'est du passé tout cela... Et il me semble qu'en t'accusant toi-même d'avoir enfermé Isaak au Cap Sounion, tu m'as encore obéi car cela te disculpe de potentiels soupçons de traitrise... »
« Comment savez... »
« Crois-tu réellement que je vais te laisser décider si tu peux me servir encore ou non? » Presque malgré lui, Aphrodite marqua un pas de recul alors que le dieu se levait. « Je sais plus de choses que tu ne peux l'imaginer chevalier et tu sais qu'il est vain de lutter contre mon influence... »
« Je suis venu vous voir pour vous demander d'arrêter ça... »
« Et tu pensais sincèrement que j'allais accepter? » Poséidon sourit alors qu'il s'approchait à nouveau du chevalier, visiblement peu inquiet de la possibilité d'une éventuelle attaque. « Ne t'es tu jamais demandé pourquoi l'eau t'attire autant? Pourquoi tu privilégies la beauté à la vie elle-même? Ou bien pourquoi tu es incapable de maîtriser la moindre attaque aquatique, toi le chevalier des Poissons? Ne comprends-tu donc pas que tu es en train de lutter contre toi-même en me résistant? Tu t'empêches toi-même de réaliser ton plein potentiel. »
« Je n'ai rien à voir avec vous. »
« Au contraire. » Poséidon s'approcha, saisissant entre ses mains le visage d'un Aphrodite déstabilisé. Le simple regard de la divinité lui donnait l'impression qu'il se noyait à nouveau, comme dans ses rêves. « Mon cosmos résonne en toi, mes goûts résonnent en toi, tu refuses de l'admettre. Je suis ta chair, ton créateur Aphrodite, ton dieu. »
« C'est faux! Je suis un chevalier d'Athéna! Je suis libre! » Affirma Aphrodite d'une voix qui laissait deviner malgré tout que ce que venait de dire le dieu n'était pas si infondé.
« Tu n'es rien sans moi. » Reprit calmement le maître des lieux. « Et c'est pour cela que je te fascine. Je t'ai toujours attiré Aphrodite et si tu avais vaincu lors de votre petite guerre civile du sanctuaire, tu te serais empressé d'accourir au domaine sous-marin dés ma réincarnation, comme un papillon vers la flamme de mon cosmos. Accepte ce que tu es et je te montrerai quelle est la véritable étendue de ta puissance... »
« Je ne suis... » Murmura Aphrodite.
« Assez, tu me fatigues. » Poséidon relâcha sa proie, lui tournant le dos majestueusement pour se rapprocher du trône et s'y rasseoir. Aphrodite voulu bouger, mais se rendit compte qu'il était à nouveau incapable de le faire, sous l'emprise mentale de l'olympien. Celui-ci se remit d'ailleurs à parler d'une voix calme. « Tu n'es chevalier d'or que parce que tu m'es utile dans cette fonction. Je vais te donner une preuve de ce que tu es puisque tu insistes tant et ensuite, tu reviendras devant moi pour implorer mon pardon, toi mon huitième général, gardien du pilier central de mon empire... »
Aphrodite poussa un cri, se réveillant en sueur.
Un parfum de roses embaumait l'air et il se rendit enfin compte qu'il était dans les jardins de son temple. Alors ce n'était qu'un simple rêve? Lentement, il se releva. C'était étrange, il ne souvenait pas s'être endormi, à croire qu'il était tombé au sol d'un coup. Il ferma les yeux, essayant de respirer plus calmement, faisant apparaître par réflexe une rose dont il porta la tige à ses lèvres. Et là, il se rendit compte que quelque chose clochait, sans réaliser quoi. Mû par une appréhension soudaine, il fronça les sourcils, puis regarda autour de lui, rien d'extraordinaire pourtant ne se présenta à ses yeux. A moins que cela ne vienne de lui? Avec une curiosité malsaine, il se palpa rapidement, inspectant son corps. Rien non plus et heureusement d'ailleurs. Il aimait son corps merci. Puis soudain, brusquement il comprit et avec une infime précaution, il saisit la rose qu'il avait portée à sa bouche pour la porter dans son champ de vision.
Presque instantanément, elle se disloqua, se transformant en une multitude de gouttelettes qui disparurent en vapeur d'eau. Une rose d'eau. Il venait de créer une rose liquide. Alors ça signifiait? Ce n'était pas possible. Le suédois fronça les sourcils. Et si son rêve n'en était pas tout à fait un? Si c'était le cas, il se retrouvait comme la marionnette aux mains de son maître. Un pantin au visage de poupée.
