Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Publication du chapitre : le 3 février 2009

Disclaimer: Masami Kurumada est le créateur de Saint Seiya.

Reviews : Merci à tous pour les reviews ! J'ai envoyées toutes mes réponses par mail.

Petite RAR pour toi Moonshade. Merci tout d'abord pour ton commentaire. Effectivement, j'ai déjà en tête le plan de la fic et la fin de l'histoire, dans les grandes lignes, ce qui permet d'être cohérente entre les chapitres, malgré le temps que je passe à écrire. J'ai malheureusement une relation maniaque à l'écriture qui fait que tant que je ne suis pas complètement satisfaite, je peux réécrire plusieurs dizaines de fois un même passage, ce qui est une sacrée perte de temps. Heureusement pour la planète et les arbres, j'écris directement à l'ordinateur, ce qui facilite les modifications. Rassure-toi, je n'ai jamais eu l'intention de laisser cette fic inachevée et d'ailleurs dans le doute, le mieux est encore de me contacter pour me demander où j'en suis dans l'écriture. Pour Aphrodite, je ne peux pas répondre sans trop spoiler. Par contre, pour les guerriers divins, ils ne devraient plus trop tarder, ils seront là vers le chapitre 23 ou 24. Encore merci pour tes encouragements, ils m'ont fait très plaisir.

Divers : Il semble que je me sois plantée en tentant de publier plus tôt (mi janvier). Merci à Lou la Vénusienne de m'avoir signalé par mail que rien n'était apparu sur le site. J'étais tellement absorbée par d'autres obligations que je suis passée complètement à côté de ma bourde. Désolée, l'erreur est désormais réparée. Passons donc sans tarder au résumé que vous attendez tous... Mais avant, on a passé la barre des 100 reviews! Après une danse de la victoire narcissique et totalement ridicule (mais heureusement sans témoin) j'ai décidé que le meilleur moyen de vous remercier, c'était encore de publier un long chapitre avec un peu de piment mais pas forcément sous la forme où vous l'attendiez... Sinon, ça ne serait pas drôle.

Dans ce chapitre : Pendant que l'effet bustier a des conséquences étranges, l'effet méduse chapeaute un triste Sire. Le Dragon des Nerfs semble en être à bout. Mais aussi l'univers impitoyable de Dallas version antique... Mais auparavant, par une froide nuit glaciale, une veillée se prolonge...

Merci à ma bêta lectrice pour son aide et tous ses conseils avisés, ainsi que pour toutes les fois où elle a faillit me faire mourir de rire. Bonne lecture à tous !


Chapitre 20 – Faîtes vos jeux...


« Ishtar! » La déesse, jusque-là perdue dans ses pensées sursauta en entendant la voix de Kanon, qui était entré dans sa chambre sans prendre la peine de frapper.

« Tu m'as fait peur. Qu'est-ce qu'il t'arrive? » Dit-elle sans prendre la peine de se tourner vers lui, alors qu'elle demeurait assise par terre devant la cheminée, sa main continuant à caresser le blanc pelage d'un Voltaire complètement endormi.

« Je m'ennuie... » Elle sourit et daigna jeter un regard par dessus son épaule pour voir un Kanon à la mine défaite s'asseoir dans le canapé qui faisait face à la cheminée.

« Et je suis censée servir de baby-sitter? » Répondit-elle d'un ton amusé.

« Je voulais te proposer une partie de cartes, ou bien de discuter, de se frapper avec des oreillers, tout ce que tu voudras... » Répondit-il d'un ton las. Pour le coup, elle s'inquiéta.

« Ça ne va pas? » Elle se leva, venant s'asseoir aux côtés du Dragon des mers qui lui sourit avec un léger pli amer au coin de la bouche. Il ferma à demi les yeux, ses paupières cachant l'expression aigue-marine de ses pupilles.

« Je vais bien, j'ai juste besoin de la compagnie d'une personne qui ne me soit pas hostile. » Finit-il par dire, passant une main sur les traits de son visage, comme pour chasser une idée noire.

« Il s'est passé quelque chose? »

« Rien, sauf que le monstre se souvient qu'il a une conscience parfois... Aie! » Ishtar venait de lui asséner un coup sur le haut du crâne, comme elle les affectionnait tant quand il s'agissait d'arrêter de faire dire des bêtises au jumeau de Saga. Il fit la moue, frottant le haut de son crâne. « Je n'aurai pas dû te considérer comme NON hostile... » Elle se mit à rire.

« Tu es mignon. »

« Mignon? Moi? Tu veux que je te rappelle qui je suis et ce que j'ai fais? »

« Tais-toi. Qu'est-ce que cela change de se torturer ainsi? Tu crois que je suis dans une meilleure situation? Viens. » Elle lui tendit les bras avec un sourire. Quelques secondes plus tard, il se retrouvait allongé sur le dos, avec la tête posée sur les genoux d'Ishtar. Ses longues jambes dépassaient légèrement du canapé. Il sourit, les yeux fermés, alors que la déesse passait une main dans la chevelure désordonnée du général de Poséidon.

« Toi ou Voltaire... Il a le pelage un peu plus doux je crois... » S'amusa-t-elle à comparer à haute voix en effleurant la frange de Kanon. Pour toute réponse, le concerné émit un grognement d'ours ou plutôt de dragon, avant d'ouvrir les yeux pour fixer son regard à celui de la divinité.

« Si Shaka débarque, il risque de ne pas apprécier... »

« Je pense qu'il accepte le fait que l'on ait une relation un peu spéciale toi et moi. » Elle leva les yeux au ciel. « Depuis notre cuite mémorable, je crois bien qu'il s'est fait une raison... »

« Il ne restait plus une seule bouteille dans mon temple après ça... »

« Si ça peut te consoler, tu aurais dû voir ma tête au réveil, à croire pleins de trucs... » Il se mit à rire, un rire qui effaça définitivement le pli cynique que sa bouche avait pris depuis qu'il était entré. La confession d'Ishtar lui avouant qu'elle avait faillit violer le chevalier de la Vierge ce jour là l'avait fait beaucoup rire.

« Personnellement, je me souviens juste que Saga m'a ramené dans mon lit alors que je chantais des choses pas très décentes... Le lendemain matin, il m'a fait du café et il ne s'est même pas moqué... J'ai vraiment dû lui faire pitié... Quand je pense que tu m'as vaincu... »

« Tu ne peux pas lutter contre une débauchée comme moi mon pauvre Kanon, mais j'avoue que tu avais une sacrée résistance à l'alcool pour un humain. D'ailleurs, je ne sais pas trop comment je tenais encore debout à la fin... » Ils se sourirent.

« Tu as essayé la robe que Poséidon t'as transmise pour demain? » Devant le sourcil interrogateur haussé par la déesse, il comprit que non. « Il t'a offert une robe, c'est une boîte que j'ai posée sur ton lit tout à l'heure, c'est Krishna qui me l'a remise... »

« Je n'ai pas fait attention. J'étais un peu soucieuse jusqu'à ce que tu arrives avec ta crise existentielle. »

« Qu'est-ce qui se passe? Ne me dis pas que vous vous êtes encore disputés avec Shaka? »

« Non... »

« Ah... » Fit Kanon avec soulagement, visiblement heureux de ne pas servir d'analyste conjugal.

« Enfin pas exactement... » Les derniers mots de la déesse coupèrent net le Dragon des mers dans son élan d'optimisme.

« Oh ce n'est pas vrai, mais pourquoi vous êtes ensemble je me le demande? » Gémit-il.

« Si ça pouvait s'expliquer... »

« Bref ? »

« Rien de bien grave. Je... Enfin si. » Son regard se détacha du sien, alors qu'elle semblait soudainement absorbée par la contemplation du vide. « Il veut que je lui permette d'avoir accès à mes souvenirs parce qu'il souhaite savoir comment Zeus s'y prend pour retirer le cosmos à ses victimes. Sauf que je n'ai pas spécialement envie que d'une il croit qu'il puisse combattre Zeus et que de deux, qu'il déniche dans les tréfonds de ma mémoire des choses que je souhaite bien voir définitivement enterrées. »

« Du genre, des trucs croustillants? » Un nouveau coup résonna sous son crâne. « Arrête de me taper, c'est trop injuste je n'ai pas le droit de répliquer!»

« C'est bien pour ça que je le fais idiot! » Répondit Ishtar avant d'ébouriffer tendrement les cheveux de son confident. Kanon arrivait toujours à la faire sourire.

« Plus sérieusement, tu vas faire quoi? »

« Y réfléchir. La décision m'appartient. Je comprends son point de vue malgré tout. »

« Si je peux me permettre... »

« Oui? »

« S'il y en a bien un dans le lot qui serait capable de comprendre comment Zeus s'y prend, ce serait bien lui non? Après tout, il est bien capable de supprimer les sens et même la propre volonté de ses adversaires... Du moins, c'est ce qu'on m'en a dit, je n'ai pas eu l'occasion de tester... »

« Je ne sais pas. Ce n'est pas parce que tu sais comment une chose se passe que tu peux la reproduire. Personne n'a reproduit mes pouvoirs en 4000 ans... C'est un don de naissance. Je pense que c'est similaire pour Zeus. Et puis j'ai peur que si j'accepte, ce que Shaka pourrait trouver en moi le détourne de moi... »

« Il sait très bien que tu n'as pas été une sainte dans le passé... »

« Je crois que j'ai juste besoin d'un peu de temps pour faire la part des choses. Sa demande m'a surtout surprise en fait. Et puis je n'aime pas, mais alors pas du tout l'idée qu'il pense ne serait-ce qu'à faire face à Zeus... »

« Bah, ça lui ressemble je trouve, une idée arrogante et ambitieuse... Il s'est toujours un peu pris pour dieu... »

« Tu es dur avec lui. Je pense sincèrement qu'il cherche à me protéger. Et tu ne peux pas le nier, il a fait des efforts avec toi. Je vous trouve presque sociables tous les deux maintenant. »Elle marqua une pause, sa main quittant les cheveux de Kanon. « Tu veux bien me faire un câlin? »

« Tu es sérieuse? Tu sais que tu parles à un homme en manque là? » Commenta le Dragon des mers en fronçant les sourcils.

« Tu cherches à ce que je te frappe encore non? Tu sais très bien que je ne parlais pas de ce genre de câlin... »

« Je sais, mais qui ne tente rien... » Il se redressa avec un sourire mi moqueur mi amusé, libérant les jambes de la déesse, qui fut bientôt allongée près de lui, la joue collée contre le torse de Kanon, dont elle entendait le cœur battre à travers son pull.

« C'est vrai que ton cœur bat vite... Il va vraiment falloir que je te trouve une petite amie. »

« Je n'ai pas besoin de toi pour ça. Je suis peut-être idiot, mais je reste un homme... Et j'ai ma fierté vois-tu... »

« Je sais. » Elle ferma les yeux, détendue. « Ce qu'il y a de bien avec toi, c'est que je peux vraiment te faire un câlin, sans avoir envie de te sauter dessus... »

« Je dois être flatté? C'est supposé faire du bien à ma fierté masculine? » Railla-t-il.

« Je suis vraiment folle amoureuse de Shaka pour que ce soit possible... Je crois que mon ancienne moi ne me reconnaîtrait pas... Hum... » Elle releva un peu la tête, histoire de pouvoir voir le visage de son nouvel ours en peluche attitré. « Et toi, tu ne m'as toujours pas dit pourquoi tu faisais une telle tête quand tu es entré? Je peux savoir pourquoi ta conscience se réveille d'un coup? C'est Hilda n'est-ce pas? » Une lueur surprise traversa le regard du Dragon des mers.

« Comment... »

« Je t'en prie... Il n'y a qu'elle ici qui soit capable de te rabattre le clapet avec suffisamment de panache pour que tu sois encore en train de ruminer ce qu'elle t'a dit plusieurs heures après... »

« Une capacité que je trouverais admirable, vraiment... Si ce n'était pas si énervant... » Elle sourit, puis reposa sa tête contre son torse.

« Je l'ai vue tout-à l'heure. Je ramène les guerriers divins à la vie après-demain. Elle m'a assuré qu'ils ne feront rien d'hostile à ton égard. »

« Quelle joie... » Commenta Kanon avec un enthousiasme tout relatif.

« Ça ne te va pas le rôle de victime tu sais... Je ne pense pas que tu toléreras encore longtemps de te faire marcher sur les pieds. Explose un bon coup si ça te soulage Kanon. Personnellement si j'étais toi... Histoire de clarifier vos relations une bonne fois pour toute, je crois bien que je la trousserais dans un coin! »

« Ishtar! » Le cœur de Kanon avait au moins raté deux battements. Elle fut incapable de répondre immédiatement, trop occupée à rire. Elle finit cependant par récupérer assez de souffle pour persister et signer.

« Mais voyons, cela ne ferait de toi que mon digne chevalier et je suis sûre qu'au passage tu lui apprendrais plein de choses sur la vie. » Elle se remit à rire tandis que Kanon souriait malgré lui.

Suite à ce dernier échange, ils restèrent l'un contre l'autre, silencieux pendant plusieurs minutes, à profiter simplement de l'instant. Elle jouait distraitement avec l'une des mèches bleutées de Kanon, l'enroulant et la déroulant entre ses doigts sans vraiment la voir, perdue dans ses pensées, tandis qu'il avait fermé les yeux, respirant calmement mais réfléchissant lui aussi.

« Je ne serai pas là demain, je dois être sur place pour veiller aux derniers détails concernant la petite fête de Poséidon. » Finit-il par dire, brisant le silence.

« Tu vas revoir Thétis? » Demanda Ishtar à brûle-pourpoint.

« Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c'est que cette garce de Circé va veiller à me rendre la vie infernale. »

« C'est la meilleure amie de Thétis c'est ça? »

« Oui et elle est chargée d'organiser tout ça avec moi... A croire que Poséidon l'a fait exprès. »

« Allons, ne soit pas aigri envers ton dieu, je suis la preuve vivante que nous ne sommes pas tous invivables... »

« ... » Devant un silence éloquent, la déesse fut forcée de capituler.

« Bon, d'accord... je n'ai rien dit. » Elle sentit ses bras se resserrer autour d'elle et poussa un soupir de bien-être.

« Franchement, tu ne pourrais pas te servir de Shaka comme nounours? »

« C'est d'un autre type de câlin dont j'ai envie avec lui... »

« Pas de détails, pitié. Et si tu allais essayer cette robe que t'as offerte Poséidon hein? Histoire que j'ai le temps de rectifier le tir si elle ne te convient pas... »

« D'accord, en espérant que ça ne soit pas trop... heu... trop... »

« Trop quoi? »

« Je n'ai pas spécialement envie d'être le centre d'attention de la soirée, déjà que je suis d'une beauté renversante au naturel... »

« Ishtar, fais attention, la taille de ton égo atteint la limite haute avant explosion de ta cervelle! » Elle sourit.

« Enfin, je lui ai promis de faire acte de présence à ton cher Poséidon et je me demande bien pourquoi il y tenait tant d'ailleurs... »

« Aucune idée... » Mentit Kanon avec un brio qui le surpris lui-même, repoussant dans un coin sombre de son esprit le mini-dragon des mers qui lui hurlait qu'il devait la mettre au courant de la présence de Zeus. « Si tu te levais que je puisse bouger? Vous m'écrasez, toi et ton égo... » Elle leva les yeux au ciel avant de se relever à moitié, se retrouvant à cheval sur lui.

« Au fait, ça tient toujours ton envie de jouer aux cartes? On pourrait demander à Shaka de nous rejoindre après que j'ai essayé la robe. »

« Si tu veux, plus on est de fous... Enfin, pour les bouddhistes on dit illuminés hein... »

« Tss... »

Quelques minutes plus tard, Ishtar jaugeait Kanon d'un œil critique, tandis que celui-ci la regardait de haut en bas.

« Tu en penses quoi? »

« Que tu ne vas pas passer inaperçue ma chère. »

« C'est bien ce que je craignais. » Poussant un léger soupir, Ishtar baissa la tête, passant une main distraite sur les plis de la robe offerte par Poséidon.

« Mais elle te va très bien... »

« Tu sais bien que c'est là le problème. »

« Tu veux un avis extérieur? Demande donc à Bouddha son avis concernant cette chose futile que constitue ce bout de tissu. »

« Kanon... » Le gronda Ishtar en souriant. « Mais tu as raison. Reste-là, je reviens. »

Elle sortit de la pièce avec un bruit léger de talons. Le Dragon des mers entendit quelques coups frappés à la porte de Shaka, puis le bruit d'une porte qui se ferme. Il fallait dire que les trois chambres étaient situées dans le même couloir. Heureusement pour lui cependant, il semblait que le système d'isolation phonique (fait de bons gros murs bien épais) l'empêchait de participer aux activités nocturnes des deux amants.

Il y eut un silence de quelques minutes, puis de nouveau un bruit de talons, annonçant le retour de la déesse, qui visiblement, était en train de remettre en ordre sa chevelure.

« Ne dis rien... » Dit-elle en pointant un doigt impérieux vers Kanon après avoir aperçu son sourire sarcastique.

« J'en déduis qu'il aime bien lui aussi? »

« Sans commentaire... »

« De toute façon, soyons honnête, même en t'habillant avec un sac poubelle, tu demeureras le centre d'attention de toute la gente masculine. Alors autant te faire plaisir en t'habillant pour te rendre aussi belle que possible non? »

« Peut-être. Je n'ai jamais très bien compris l'intérêt de ces froufrous. Je préfère les corps nus... » Elle fronça les sourcils, comme se rappelant soudain d'un détail essentiel « Sauf quand ce sont des corps moches, là, plus ils sont habillés, plus ça me va... »

« Ishtar ou bienvenue dans le monde de la sélection par des critères pas du tout partiaux... »

« Oh tu peux parler, il ne me semble pas que tu choisisses les moins jolies… »

« Sans commentaire également. Alors, tu la gardes ou pas cette robe? »

« Oui. Je crois que oui. »

Elle se retourna, s'approchant de la baie vitrée qui lui renvoyait son reflet. Il faisait nuit à l'extérieur. Presque distraitement, elle passa une main sur le tissu. Le bustier de la robe, d'un bleu sombre brodé d'argent, soulignait sa poitrine et sa taille, dégageant ses épaules, alors que la jupe, faite de satin bleu et argent s'évasait délicatement à partir des hanches avant d'aller toucher le sol. La chaîne du médaillon que lui avait offert Hadès luisait faiblement contre sa peau. Elle soupira, puis jeta un œil à l'horloge qui traînait sur l'une des étagères de la pièce.

« 22 heures... Tu me laisses le temps de me changer et on attaque cette fameuse partie de cartes d'accord? Tu veux bien aller chercher Shaka? »

« Il acceptera? »

« Il a dit oui tout à l'heure quand je lui ai montré la robe. »

« A mon avis, ça, c'est l'effet incitateur du bustier... »

« Kanon... »

« Très bien, je ne suis déjà plus là! »


Les pieds nus, Poséidon marchait paisiblement dans la lumière lunaire de cette claire nuit étoilée, ses pieds s'enfonçant avec délice dans le sable de la plage privée qui longeait une partie de la côte en dessous de la résidence familiale des Solo. Son élégante tenue de soirée était pour une fois légèrement négligée, puisque sa veste n'était pas sur ses épaules mais bel et bien posée non loin de là sur le sable et que le bas de son pantalon était mouillé par l'eau de mer jusqu'au niveau des mollets. Il s'en moquait royalement. Il avait passé beaucoup de temps à réfléchir et à régler certains détails gênants et il n'aspirait désormais qu'à quelques minutes de paix, éphémères mais appréciables.

Les sourcils du dieu se froissèrent l'espace d'un instant lorsqu'il sentit brièvement un cosmos chercher à entrer en contact avec le sien. Il ferma les yeux, cherchant à ressentir d'où provenait le contact. Quelques secondes plus tard, il rouvrit les paupières, les yeux bleus de Jullian devenant légèrement plus clairs sous l'effet de son aura. Un étrange sourire naquit sur ses lèvres, alors qu'un bruit sonore indiquait que le général des Lyumnades venait de retrouver la terre, ou plutôt, la mer, à quelques mètres de lui. Lorsqu'il émergea de sous les flots, dégoulinant d'une eau qui semblait être devenue grise à son contact, comme si le marinas avait été couvert d'une épaisse couche de poussière, le dieu de ne regretta pas de lui avoir donné ce petit bain forcé.

« Tu as largement dépassé le délai que je t'avais octroyé pour une simple mission de renseignements... » Articula calmement Poséidon de sa voix détachée et mélancolique. « Mais je vois que tu me facilites ton châtiment en te mettant directement dans une position où je peux te faire bouillir sur place... » Kassa aurait-il eu une méduse sur la tête qu'il en aurait été tout aussi agréable à regarder.

« Seigneur Poséidon, je peux tout vous expliquer! » Couina le marinas, qui venait à peine d'arriver à recracher l'eau qu'il avait ingérée dans sa chute.

« J'y compte bien... »

« Et j'ai obtenu des informations qui devraient vous satisfaire. »

« J'en serai seul juge... » Le dieu fit un petit geste du revers de la main. « Parle donc. »

Au fur et à mesure que le général se mit à raconter ce qu'il avait vu aux Enfers puis en Azura et si lui-même n'avait pas eu trop peur d'être châtié pour s'être fait capturer et ne pas avoir rendu son rapport dans les temps, il aurait pu avoir le loisir d'observer Poséidon blêmir au fil de son récit. Trop heureux d'être congédié sans même la moindre punition, il ne vit pas, après son départ, que l'eau autour du dieu était devenue trouble, tandis que les traits de celui-ci révélaient une profonde lutte interne.


« Je me couche. »

« ... et toi Ishtar? » Kanon défia la déesse du regard sous l'œil intéressé de Shaka, qui avait daigné soulever les paupières pour prendre part à l'activité. Ils étaient tous les trois assis par terre sur des oreillers et jouaient au poker en ayant misé des jetons de fortune, à savoir des boutons de diverses couleurs qu'Ishtar avait trouvé en fouinant dans les multiples tiroirs de son armoire, où elle avait fini par dénicher un nécessaire à couture. Étonnamment, la Vierge avait accepté de jouer sans que cela ne lui pose de problème philosophique et Kanon soupçonnait une intervention divine, apparue en la personne de celle qui lui faisait face, sans pour autant deviner ce qu'elle avait bien pu lui dire pour le convaincre… Mais voulait-il vraiment le savoir?

« Tu bluffes Kanon... Je te suis et je relance. Tu as intérêt à faire tapis si tu veux avoir une chance de retrouver toute ta fortune maintenant. »

« Très bien, je ne me dégonflerai pas, de toute façon, je suis sûr que tu n'as pas de jeu. Tapis. Tu me suis ou tu te couches, éblouie par ma détermination? »

« Je te suis. Montre tes cartes. »

Le chevalier de la Vierge sourit en voyant le jeu des deux duellistes apparaître. Le combat au sommet se faisait entre une paire de valets et une paire de rois. Il se serait attendu à des combinaisons de cartes puissantes, mais apparemment, les deux avaient autant bluffé l'un que l'autre.

« J'ai gagné! » S'écria Ishtar, s'appropriant tous les jetons en les amenant à elle. « Une fois de plus, tu ne peux pas lutter contre moi! » Le taquina-t-elle en papillonnant des cils.

« C'est moi ou tu m'as bien roulé?

« Ne soit pas un mauvais perdant, je t'accorderai le droit de réessayer de me battre. »

« Bien, je pense qu'il est temps pour moi de tirer ma révérence et puis je dois être au sanctuaire sous-marin très tôt demain. On se verra demain soir. »

« Très bien file. » Commenta la déesse, tandis que Shaka faisait un signe de tête à Kanon en guise de bonsoir. Le Dragon des mers sourit puis se leva pour sortir, mais fut cependant stoppé près de la porte par la voix de la divinité. « Et pense à ce que je t'ai dis tout à l'heure, ça fera fondre la glace! » Kanon sortit après un haussement d'épaule empreint de dignité masculine outragée sous le rire d'Ishtar, que Shaka observait désormais avec curiosité.

« Qu'est-ce que tu as encore inventé contre lui? » Elle tourna le visage vers lui, l'observant avec attention. Et comme toujours, elle sentit le rythme de son cœur s'emballer légèrement en croisant le bleu intense de ses yeux. Assis à moins d'un mètre l'un de l'autre, elle eut soudain l'envie urgente de franchir cet espace pour sentir ses bras autour d'elle, ses lèvres sur les siennes et lui enlever avec lenteur la chemise noire qu'il portait avec son habituel air distingué de prince un peu hautain vis à vis du reste du monde...

« Moi, mais rien voyons, tu me connais... »

« Justement. » Elle baissa le regard sur la pile de jetons qu'elle avait accumulés.

« Tu me prêtes de très mauvaises intentions... » Répondit-elle. Shaka l'observa trier ses gains avec application alors que le silence tombait entre eux. Depuis leur discussion de l'après-midi, la nervosité entre eux était retombée, mais pas complètement. En l'occurrence, cela s'observait à la manière dont elle avait finalement détourné le regard, plissant les lèvres comme si elle avait voulu immédiatement répondre quelque chose d'autre mais s'en était abstenue. Et son cosmos... Ses doigts fins se crispaient sur les jetons. C'était la deuxième fois que par nervosité, elle faisait tomber l'une des piles qu'elle avait construites. Elle sursauta lorsque la main de Shaka immobilisa la sienne sur les jetons au sol. Elle releva enfin les yeux vers lui.

« Sha... »

« Nous devrions parler non? » À nouveau, elle se mordilla la lèvre inférieure avant d'acquiescer silencieusement. « Alors? »

« Es-tu seulement conscient de ce à quoi tu t'exposes en voulant affronter Zeus? » Il resserra sa main sur la sienne. Au moins, elle allait droit au but.

« La mort. »

« Pire Shaka, bien pire. »

« Alors explique-moi. » Leur regards s'affrontèrent quelques secondes, puis elle finit par céder, rompant le silence mais ne le quittant pas des yeux.

« Pour comprendre, il faut d'abord que tu comprennes bien ceci. Avant que Zeus ne révèle ses pouvoirs, les dieux se battaient entre eux, c'est vrai. Nous étions une centaine, peut-être plus, à nous opposer pour régner sur le territoire le plus vaste possible. Mais malgré tout, il régnait un certain équilibre. Même quand un dieu meurt, il renaît toujours, même si cela doit être des siècles plus tard. »

« Hadès... »

« Serait revenu à la vie sans mon aide, mais bien longtemps après que les Enfers se soient effondrés. Nous les dieux, quand nous mourrons, notre âme n'oublie pas ce que nous avons été et cela nous permet de revenir, car nous savons comment utiliser notre cosmos et franchir les barrières entre les mondes. On naît avec. Le cosmos est pour nous une chose naturelle, que nous maîtrisons sans même faire d'effort. Ressusciter, cela nous prend seulement du temps, surtout si notre corps a été endommagé. C'est pourquoi les dieux en général essaient le plus possible de protéger leur corps véritable, notamment en s'incarnant en des enveloppes humaines. »

« Et Zeus? » Elle frémit mais ne cilla pas, continuant son explication.

« Zeus a changé le rapport de force. Quand des dieux s'affrontaient, le perdant se mettait au service du conquérant, ou s'il était neutralisé, il était enfermé de manière à ne pouvoir se servir de son cosmos, mais quoi qu'il en soit, aucun dieu ne pouvait anéantir ou annihiler un autre dieu. Cela a duré des siècles, jusqu'à ce que les Olympiens ne soient pris d'un désir de conquête... »

« Et... »

« Privé de cosmos, un dieu n'a même plus la réincarnation qu'ont les humains ordinaires. Zeus crée des aberrations. Il prive de toute réincarnation possible, serait-ce dans l'un des autres mondes. Mourir sans cosmos pour aller entre les mondes, je crois que c'est un sort seulement comparable avec celui des suicidés. Ton âme erre pour l'éternité... » Elle baissa le regard, son menton tremblait comme si elle allait se mettre à pleurer. « Dés qu'il m'a rendu mon cosmos, certaines nuits, j'ai essayé de rechercher les âmes de mon frère et de mon père, en vain... Il n'y avait rien, que du vide. Jamais une âme ne reste muette à mon appel. Jamais. Sauf que sans leur cosmos... Je le savais, Zeus me l'avait dit, je ne pouvais pas le croire... »

« Ishtar... »

« Tu ne peux même pas imaginer ce que c'est de ne plus avoir de cosmos, même les humains ordinaires en ont une infime parcelle en eux, mais là, tu te retrouves complètement vide de substance... » Elle inspira profondément, cherchant visiblement à contenir ses émotions. « Je ne dis pas ça pour te faire peur, je sais que je ne te ferai pas changer d'avis mais, je veux que tu comprennes ce à quoi tu t'exposes en décidant de te mesurer à lui. Je n'ai pas envie de venir pleurer sur ta tombe... S'il daigne t'en donner une... Je ne peux pas ramener les suicidés parce que leur cosmos nie la vie elle-même, quant à ceux qui ont perdu leur cosmos, ce serait comme de chercher une aiguille dans une botte de foin... Comment même arriver à retrouver une âme dans les limbes, qui de toute façon sans cosmos, n'aurait même pas été capable de se souvenir de ce qu'elle a été dans ses vies précédentes... »

« Je suis désolé pour ta famille. »

« J'ai eu des siècles pour m'en remettre. »

« Cet après-midi, tu as pourtant parlé d'une personne capable de vaincre Zeus... »

« Ma sœur. Mais elle n'a pas réussi apparemment, puisqu'il l'a tuée peu après la chute de Babylone, alors qu'il me tenait déjà prisonnière. Il n'a pas manqué de s'en vanter à moi. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, puisque nous entretenions une haine cordiale elle et moi. Je suppose qu'il souhaitait me voir constater sa puissance ou perdre tout espoir d'une éventuelle aide extérieure, même si je ne pense pas qu'elle aurait levé le petit doigt pour moi. »

« Pourquoi cette haine? » Elle inspira profondément.

« C'est un peu la même chose qu'entre Saga et Kanon je suppose: envie et rivalité. Nous étions de fausses jumelles. Je suis née la première et sans moi pour la protéger du sang de ma sœur, notre mère, qui était une simple mortelle, est morte en lui donnant la vie. Mon père en a toujours tenu rigueur à Ereshkigal. Quant à notre frère aîné, elle en était amoureuse et il ne voyait que moi... Sans compter qu'elle était incapable de toucher le moindre humain sans le rendre malade voir le tuer. Elle me détestait parce que j'étais tout ce qu'elle n'était pas et je dois avouer que je n'étais pas très tendre envers elle non plus. » Elle soupira, fermant les paupières comme si cela lui permettait de mieux se rappeler certains souvenirs. « Pourtant malgré tout, je ne l'ai jamais vue pleurer ou se plaindre. Elle avait un caractère de guerrière et elle savait manier les armes mieux que quiconque à Babylone. Lorsqu'elle a fini par quitter le royaume, mon père s'en est voulu à lui-même. Mais c'était trop tard. Elle est partie en Azura et a fondé son propre empire... » Elle rouvrit les yeux, semblant perdue alors qu'elle fixait la main de Shaka sur la sienne. « Avec le recul, je regrette parfois que les choses aient tournées ainsi... Pas parce qu'elle aurait pu m'aider aujourd'hui non... Mais quand je vois Saga et Kanon ensemble, c'est comme le miroir de ce que nous aurions pu être... »

« Je ne sais pas quoi te dire Ishtar. Tout ce que tu ressens est difficile à cerner, surtout avec tes millénaires d'existence... J'ai parfois l'impression que des pans entiers de ce que tu es me demeurent inconnus. » Elle releva les yeux vers lui, penchant légèrement la tête de côté.

« C'est un reproche? »

« Non. Je ne peux pas te reprocher ce que tu es. » Répondit-il calmement, souriant presque tristement pourtant.

« Et que suis-je selon toi? »

« La femme que j'aime : intensément perturbée, constamment imprévisible, immortelle et qui ne souviendra peut-être même plus de moi dans quelques siècles ou millénaires. Une femme qui pour ne rien gâcher est la plus belle femme du monde, mais c'est un détail, ça et ton admirateur olympien, et le fait que je serai vieux très vite pour toi, sauf si lui ou un autre me tue avant... » Ishtar sentit une boule se nouer dans sa gorge. Il avait dit cela si calmement, si sincèrement et en même temps, avec une telle amertume dans la voix.

« Shaka... »

« Non. Je veux que toi aussi tu comprennes certaines choses avant de me donner ta décision pour ce que je t'ai demandé cet après-midi. Il ne s'agit pas de moi. Je suis destiné à mourir. Soit en te protégeant, soit en protégeant Athéna. Je n'accorde aucune importance mal placée envers ma propre existence. »

« Mais elle a de la valeur à mes yeux... »

« Je suis un chevalier. Je l'ai choisi en toute connaissance de cause. Perdre mon cosmos et errer pour l'éternité entre les mondes, je l'accepte s'il s'agit de permettre à une cause juste de vaincre, mais je le refuse si cela doit m'arriver parce que tu voulais me protéger de manière très noble, mais égoïste. Ma vie n'est ni mienne, ni tienne. Et ton destin n'est pas d'être pour toujours à mes côtés. Tu es une déesse. Tu devras l'assumer le jour où ce monde aura besoin de dieux pour le protéger. »

« Comment peux-tu me dire que tu m'aimes et ensuite me dire ça droit dans les yeux! »

« Parce que c'est ce qui nous attends. Je suis amoureux. Mais ce n'est pas une question de sentiments ici. C'est une question de pure lucidité sur notre avenir et sur ce que nous sommes... »

« Je ne veux pas l'entendre! Je sais que tout est provisoire et que je me berce d'illusions en imaginant un avenir avec toi... Mais pitié... Ces mots sur tes lèvres... C'est... » Elle fut incapable de terminer, sentant que sa propre voix se mettait à trembler. Elle ne voulait pas pleurer, surtout devant lui. Il avait raison, elle en était consciente. Mais elle refusait de l'admettre. C'était trop dur. Trop intolérable. Elle aurait voulu se rebeller, se mettre en colère, mais qu'il la prenne dans ses bras, cette douceur... Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase et en l'occurrence, ses paupières emplies de larmes.

« Pardonne-moi... » Murmura-t-il, alors que complètement crispée et secouée par les larmes, elle avait enfouit son visage contre son épaule, ses mains accrochées à sa chemise comme s'il avait été une bouée de sauvetage.

« Tu as raison... C'est moi... C'est les nerfs... Je me sens minable... » Peina-t-elle à articuler entre deux sanglots, alors qu'il passait une main dans son dos, essayant de l'apaiser.

« Calme-toi. » Murmura-t-il doucement. La réponse fut, si cela avait été possible, un tremblement encore plus violent des épaules de la déesse. Il ferma les yeux, la gardant serrée contre lui alors qu'il se concentrait, déployant lentement son cosmos autour d'eux. Une aura calme, apaisante et neutre. Ishtar mit pourtant de longues minutes supplémentaires à retrouver un semblant de calme. Sentant qu'elle s'était apaisée, il fit disparaître son aura puis posa tendrement ses lèvres sur la tempe de la déesse, qui ferma les yeux et demeura immobile quelques instants supplémentaires. Elle finit par s'écarter de lui, plongeant son regard dans le sien.

« Je te laisserai obtenir ce que tu désires, mais à une condition. » Sa voix était faible mais le ton déterminé. Il hocha la tête en silence, lui faisant signe de poursuivre. « Avant de te la dire, je voudrais que tu répondes d'abord à une question: que crois-tu qu'il se passerait dans l'hypothèse où par je ne sais quel miracle, tu arriverais à comprendre comment Zeus use de son cosmos pour neutraliser celui des autres? »

« Je pourrais le combattre. »

« Et le tuer? Que crois-tu qu'il se passerait alors Shaka? »

« Où veux... »

« Des guerres de succession et sans doute le retour de divinités exilées qui chercheraient à conquérir leur ancien territoire... Et toi? Crois-tu que l'on te laisserait en paix avec un tel pouvoir? Tu serais le premier à éliminer par tous les moyens... »

« Dans ce cas, je m'arrangerai pour tuer Zeus discrètement... »

« Ne plaisantes pas avec ça s'il te plait. Tu sais que ce que je dis est fondé. Ton désir de justice, ne créerait que sang et chaos sur le long terme... Aussi fou Zeus puisse-t-il paraître, il est le seul jusqu'à présent à avoir maintenu un équilibre, précaire, mais bien réel. »

« Son apologie dans ta bouche... »

« Je ne fais pas son apologie et tu le sais... »

« Je sais... Je comprends ce que tu essaies de me dire. Mais tu l'as dis toi-même, il faudrait un miracle pour que je comprenne son attaque non? Alors s'il te plait, laisse-moi essayer au moins. Donne-moi ta condition maintenant. »

« Je ne te ferais pas changer d'avis? »

« Très sincèrement : Non. »

« Très bien dans ce cas. C'est très simple : Ne l'attaques jamais, sauf si c'est pour te défendre toi parce qu'il te met directement en danger et qu'il t'est impossible de fuir. Dans n'importe quel autre cas et même s'il s'en prend à moi, je t'interdis d'intervenir, je t'interdis de ne serait-ce que de penser à l'attaquer. C'est clair? Le rapport de force est trop inégal... Je me moque du reste de l'humanité, des principes de justice et tout ce que tu voudras... si cela te paraît une demande égoïste, tant pis. Mais c'est ma condition. Et non, je ne changerai pas d'avis non plus... »

Il avait baissé le regard, l'écoutant attentivement. Lorsqu'elle eut fini de parler, il poussa un léger soupir, puis releva les yeux vers elle.

« Je n'ai pas le choix alors... » Elle sourit, tendant le bras vers lui pour caresser sa joue du bout des doigts.

« Non. Et tu peux me croire, c'est déjà beaucoup que j'accepte même l'idée que tu te ballades dans mes souvenirs. » Il captura sa main dans la sienne.

« C'est toi qui me guideras. »

« Alors promets-moi de faire ce que je t'ai demandé. »

« C'est promis. Même si ça ne me plaît pas... »

« Merci. » Elle lui sourit, soulagée qu'il accepte sa demande. En guise de réponse, il déposa un baiser au creux de son poignet. « Mais si ça ne te dérange pas, je préfère que l'on fasse ça demain. J'aimerais avoir l'esprit plus clair... »

« D'accord. »

« Parfois, je me dis que c'est toi le plus âgé des deux... Je suppose que c'était une discussion nécessaire, mais... »

« Si tu essayais d'oublier ça pour le moment? »

« Tu proposes de me distraire... »

« On peut reprendre cette fameuse partie de poker... » Elle le dévisagea littéralement comme si il venait de sortir de la quatrième dimension. Parfois, Shaka n'était pas, mais alors pas du tout un homme avec des réactions compréhensibles... Elle, en le voyant, là comme ça, elle en aurait soudainement eu plein des idées de distraction, mais d'une autre nature...

« Le fait que je plume Kanon ne t'a pas impressionné? » Finit-elle par répondre, une idée derrière la tête.

« Pas du tout. »

« Hum, en parlant de cela, et maintenant qu'il ne reste plus que nous dans la partie, que dirais-tu de corser l'enjeu? »

« Tu proposes? » Demanda tout à fait innocemment le chevalier de la Vierge, avant de se rendre compte à la manière qu'avait Ishtar de le regarder que ça aurait nécessairement quelque chose à voir avec un attentat à la pudeur, la sienne en particulier.

« On pourrait changer la mise? Ou encore changer l'enjeu... » Poursuivit-elle, baissant le regard de manière parfaitement innocente alors qu'elle ramassait le jeu de cartes.

« Je t'écoute... »

« Pour commencer, si je gagne, je veux que tu m'accompagnes demain soir en tant que cavalier. »

« Premièrement, je ne sais pas danser... » Remarqua très calmement son amant. « Et deuxièmement je te rappelle que je suis obligé de venir, puisque je suis malgré tout chargé de ta protection... »

« Tss... Danser n'a rien de bien compliqué... Surtout dans ce genre d'évènement. Il suffira tout simplement au départ que tu te laisses guider. Je t'apprendrais si tu veux. En tout cas si tu gagnes, je te promets de passer le reste de la nuit à te donner des leçons... disons sur les manières dont ton corps peut éprouver du plaisir, même celles que tu ne soupçonnes pas. Tu acceptes? »

« Si tu gagnes, tu ne voudras rien d'autre que ma présence en tant que cavalier? » S'étonna Shaka, pas réellement désarçonné par la proposition elle-même, mais sentant venir de loin le vent de l'arnaque potentielle.

« Oh si bien sûr... Tu passeras bien entendu la nuit à subir mes caprices et j'ai déjà l'intention d'en profiter... » Presque malgré lui, Shaka vit passer devant ses yeux le souvenir d'une clochette dorée. Il était sûr qu'Ishtar pouvait faire pire, bien pire... « Dans les deux cas, je suis sûre que tu apprendras plein de choses. Alors? » Demanda-t-elle, plongeant son regard amusé dans celui dubitatif de son chevalier, qui commençait peut-être à trop bien la connaître décidément.

« Je crois que j'ai besoin d'un temps de réflexion. » Répondit donc prudemment la Vierge. Ishtar se pencha en avant, agrippant son amant par le tissu de sa chemise pour l'attirer à elle.

« Je vais t'y faire réfléchir. » Toute réponse fut momentanément rendue impossible, à moins que Shaka ne se soit soudain rendu compte qu'il avait le don de ventriloque.

...


Le gala de charité organisé par la fondation créée par Jullian pour l'aide aux victimes du raz-de-marée allait se tenir à bord de l'un des navires les plus luxueux de la flotte, qui auparavant servait à abriter les membres de la famille Solo lorsqu'ils partaient en vacances. Le navire avait été maintenu et l'équipage continuait à le faire naviguer, même si depuis la mort des parents de Jullian plus aucun des membres survivants de la famille Solo n'y avaient mis les pieds plus de quelques jours. Il n'était resté à Jullian qu'une grand mère, qui l'avait élevé de loin, alors qu'il avait passé la plus grande partie de son enfance et de son adolescence en tant que pensionnaire dans des institutions d'enseignements certes prestigieuses, mais glacées, qui lui avaient fait acquérir très jeune une étrange maturité. Kanon ne le plaignait pas pourtant, car beaucoup des chevaliers, à commencer par lui-même, avaient eu une existence bien pire que celle de Jullian Solo.

Le général du Dragon des mers passait en revue l'avancée des préparatifs avec l'air de s'y intéresser autant que s'il s'était agi de sa première paire de chaussettes. La présence de Circé des Néréides à ses côtés n'arrangeait pas le tableau, puisque la jeune femme avait passé son temps à lui faire sentir son hostilité, à croire que ces derniers temps, il écoulait un quota pour ne passer du temps qu'avec des femmes agressives envers lui. Sauf que depuis qu'il l'avait remise en place après avoir rapidement perdu patience, la brune se contentait depuis de le maudire en silence, dans un effort de loyauté fort louable envers Thétis, tout en lui commentant ça et là ce qui avait été fait et de quelle manière, ce qui souvent, s'avérait avoir été exécuté contre les instructions de Kanon.

Le Dragon des mers fut tiré du cours de ses pensées par Circé, qui lui commentait ce qui avait été décidé pour le soir même. Ils venaient d'entrer dans la salle de réception principale du navire. La salle était non seulement immense, mais resplendissait littéralement de mille éclats. Le parquet au sol, de bois clair, avait été lustré, les murs, d'un blanc cassé, étaient, sur la droite, ornés de tableaux de maîtres, tandis que du côté gauche, d'immenses portes fenêtres donnaient accès au ponton, avec une vue imprenable sur la méditerranée pour l'heure couverte de brume en cette heure très matinale. Le fond de la salle était empli par une estrade où le soir même, prendrait place un orchestre.

« Et les rideaux, les nappes, j'ai tout commandé en rouge... » Kanon fronça les sourcils.

« Non, bleu et argent. Les couleurs de Poséidon, j'avais été clair. »

« C'est trop tard... Tout a été commandé » Kanon baissa le regard vers la jeune femme brune, qui, à n'en pas douter, avait fait sciemment cet oubli (ainsi que les nombreux autres qu'elle avait mentionnés précédemment l'air de rien au cours de la visite), espérant sans doute que, la responsabilité de l'organisation incombant à Kanon, l'éventuel mécontentement de Poséidon rejaillisse sur lui. Elle voulait jouer à ça? Très bien. Elle allait comprendre qu'il ne fallait pas lui taper sur les nerfs trop longtemps. Il commençait à en avoir assez que la ligue des mégères et autres femmes en furie s'en prenne à lui…

« Très bien Circé. » Il s'approcha d'elle, la dominant d'une bonne tête. « Tu vas réparer cet oubli avant que je ne décide de me mettre en colère... »

« Vous croyez m'intimider? Je ne suis pas Thétis. » Enfin, elle crachait son venin, le nom était lâché...

« Ah oui? » Il se pencha vers elle, murmurant à son oreille afin que les membres de l'équipage, qui allaient et venaient, ne puisse l'entendre. « Ton comportement envers moi, ton généralissime, est inadmissible. Tu souhaites protéger Thétis? Obéis-moi, ou attends-toi à ce que je m'amuse de nouveau avec ton amie... Elle n'attend que ça, que je daigne la regarder à nouveau... » Il sentit Circé frissonner. « A moins bien sûr que tu ne veuilles me régler ta dette toi-même? Tu n'es pas trop laide... »

« Vous... Espèce de mufle, vous n'oseriez pas... » Murmura-t-elle, alors que Kanon avait relevé son visage en plaçant son index sous son menton, la regardant avec un sourire ironique.

« Pour qui me prends-tu? Je me moque des sentiments des autres... Simplement lorsque les femmes ne sont pas trop mal faites de leur personne, je vois d'autres moyens possibles de rétorsion... Alors? La balle est dans ton camp... Présente-moi tes excuses et répare tout ce que tu as fait pour me causer du tort afin que tout se déroule parfaitement ce soir et je veillerai à oublier cet incident. Sinon, je me chargerai de toi... et de Thétis... tout personnellement... »

« Vous... vous êtes un monstre. Très bien. Je me charge de réparer tout ça. Mais n'approchez pas de Thétis, ou je vous jure que... »

« Ne dis rien qui te causerai du tort, tu m'es inférieure et tu comptes me menacer... C'est risible. Va-t-en, je crois que tu as du travail. » Il vit une lueur meurtrière dans son regard, mais elle se raidit et s'éloigna. Le général en chef de Poséidon, en cet instant, n'était pas réellement fier de lui-même, mais dieu que ça faisait du bien de ne pas se laisser écraser. A force de vivre avec la haine de Hilda sur le dos, mais surtout avec sa propre culpabilité, il avait presque fini par se croire lui-même une victime toute désignée pour le mépris et la haine des autres. Il était temps que cela cesse pour de bon. Il avait des torts, mais ce n'était pas une raison pour s'écraser tout le temps et devant n'importe qui. Question de fierté masculine et d'ego.

« Circé! » Elle se retourna.

« Quoi encore? »

« Et tes excuses? » Devant la tête qu'elle fit, il se dit que parfois, être le Dragon des mers, c'était quand même vraiment jouissif... Finalement, il devait bien être comme Saga, un peu schizophrène sur les bords... Elle s'éloigna sans un mot, sous son rire moqueur et un brin cruel.


En ce début de soirée, où les jardins du Palais bruissaient d'un vent frais bienvenu après la chaleur torride du jour, nul n'aurait pu deviner que Babylone était en train de connaître ses dernières heures. Les lumières des torches de la ville se perdaient dans le lointain, bien loin en dessous du palais suspendu aux cieux. Le silence des lieux n'était interrompu que par le chant des oiseaux qui avaient élu domicile dans cet Eden.

Essayant de masquer son impatience, Zeus se voyait forcé d'attendre, confiné dans les appartements des serviteurs. Ereshkigal avait dit la vérité. Il avait pu s'introduire dans le palais en prenant l'apparence d'un simple humain, doté, il était vrai, d'une grande beauté. Il n'avait pas réellement changé grand chose à son apparence, veillant simplement à modifier suffisamment ses traits pour ne pas être reconnu. Dissimuler son cosmos était une seconde nature, d'autant qu'il en avait l'habitude lors de ses nombreuses aventures extraconjugales, histoire de ne pas permettre à Héra de le localiser. La seule réelle difficulté, finalement, avait été de surveiller son comportement afin de paraître être un humain ordinaire.

Le plan était très simple : être choisi par les serviteurs pour être l'amant d'une nuit de la déesse et en profiter pour pouvoir suffisamment l'approcher pour la tuer. Il aurait pu envoyer quelqu'un d'autre pour cette mission, mais outre le fait que lui seul aurait été capable de la priver de son cosmos, il se demandait à quoi pouvait bien ressembler cette maudite sorcière qui l'avait contraint à replier ses troupes, ou ce qu'il en restait, après avoir lancé en vain une première attaque contre Babylone. Le père et le fils étaient redoutables, mais avec elle qui les soignaient à distance, eux et leurs troupes, il ne servait plus à rien de combattre contre des adversaires qu'il fallait tuer d'un coup, sous peine de les voir guérir instantanément.

Comme il l'avait prévu, la haine d'Ereshkigal pour sa propre famille avait été facilement exploitable. Il lui avait simplement promis, contre son aide et ses informations, d'épargner son frère... Dés qu'il aurait tué Ishtar, il donnerait le signal à ses troupes d'attaquer la ville par surprise. La seule chose qu'il ne savait pas finalement, c'était si la déesse lui plairait suffisamment pour qu'il ait envie de prendre un peu de bon temps avant de la tuer.

Zeus leva les yeux à l'approche d'une jeune servante qui visiblement lui faisait signe de la suivre. Il se demandait s'il allait enfin voir la déesse. On l'avait fait manger, puis on l'avait lavé et paré de bijoux, qui, apparemment, allaient lui servir de seuls vêtements pour la soirée, à croire que la Babylonienne avait un petit côté fétichiste. Nullement gêné cependant par sa quasi nudité, il suivit docilement la femme. Il n'eut pas longtemps à marcher. Après avoir traversé la pièce où il se trouvait, puis un couloir sombre, seulement éclairé par le flambeau que tenait la servante devant lui, il la vit s'arrêter devant ce qui semblait être un cul-de-sac, puis actionner un levier. Il pénétra bientôt par une porte dérobée, apparemment l'entrée des serviteurs, dans ce qui était, à n'en pas douter par la décoration luxueuse, les appartements de la déesse elle-même. Un léger grincement derrière lui lui apprit que la servante s'était retirée par la porte dérobée, le laissant seul. De trace de la présence de la déesse, aucune.

Il retint un léger soupir d'agacement et se décida à faire le tour des lieux. Il était arrivé directement dans la chambre de la Babylonienne. Les murs étaient couverts de tentures de soie, on aurait presque pu se croire dans une tente. Aucun flambeau n'était allumé. Seule la clarté de la nuit apportait un éclairage diffus à l'endroit. L'air frais pénétrait par l'un des murs, qui comportait plusieurs fenêtres voilées de rouge donnant sur les jardins et une ouverture sur un patio délimité par des arches emplies de plantes et qui en son centre contenait un bassin d'une eau qui reflétait les étoiles. Une autre entrée, à l'opposé de celle du patio, donnait sur un couloir, apparemment la suite des chambres dédiées à la déesse. Le lit était littéralement couvert de coussins, le sol était couvert de tapis, de fait, la pièce, bien que spacieuse, semblait réduite car emplie de meubles ou de tentures et babioles diverses. Apparemment, la babylonienne ne se souciait pas de la notion d'ordre. Aucun indice cependant, sur une éventuelle armure, ou sur une quelconque chose qui aurait pu lui indiquer la nature véritable des pouvoirs de celle qu'il allait rencontrer. Ereshkigal lui avait assuré qu'elle était incapable de combattre, mais il aimait autant ne pas la croire sur parole, sa confiance en elle étant plutôt limitée. Elle était puissante et le savait, elle ne s'était d'ailleurs pas gênée pour le lui faire sentir et il comptait bien le lui faire payer en temps utile, mais comme ses intérêts servaient son désir de revanche, ils s'étaient alliés temporairement.

Zeus fut tiré de ses réflexions par un éclat de voix en provenance du patio. Il s'approcha discrètement, cherchant à découvrir de quoi il s'agissait. Se cachant contre le côté de l'ouverture voilée de rouge donnant sur l'extérieur, il se risqua à jeter un regard à la dérobée.

A côté du bassin se tenaient désormais deux silhouettes qui se faisaient face et dont il ne distinguait que les profils. La plus petite était presque entièrement voilée par une capuche et une cape, tandis que celle de l'homme était vêtue de vêtements de haut rang. Il fallait croire qu'il était finalement tombé sur la déesse et son frère... Ils ne l'avaient pas vu, trop occupés par leur conversation.

« Shamash, j'ai le droit de faire ce que je souhaite! » Une voix mélodique, indéniablement féminine, mais où perçait une pointe de froideur.

« Pas celui de la tuer! »

« Je croyais que tu te moquais de son sort? Tu étais amoureux peut-être? »

« Tu n'avais pas le droit de la tuer car j'en ai fait mon amante! Tu fais ce que tu désires de tes conquêtes, mais je t'interdis de t'attaquer à ceux qui sont sous ma protection! » Un rire à la fois doux et presque cruel s'éleva dans les airs.

« Je me demande bien comment tu comptes m'en empêcher... »

« Arrête ce petit jeu. Tu l'as tuée par pure jalousie! Quand vas-tu enfin reconnaître que nous ne sommes plus de simples frère et sœur?»

« Tu prends tes désirs pour des réalités mon frère. »

« Tu étais morte de jalousie, voilà la réalité! Que je l'ai choisie elle! » A nouveau, le rire résonna dans le patio.

« Ce n'est pas toi qui as choisi, c'est moi qui t'ai repoussé, comme toujours... Et tu l'as prise par simple dépit. Tu veux savoir pourquoi je l'ai tuée? » Zeus vit la silhouette de la femme se rapprocher de celle du dieu, tendant les mains vers son visage pour l'encadrer de ses doigts. Leurs visages étaient très proches désormais. Il entendit qu'elle murmurait quelque chose, sans distinguer quoi. Apparemment, l'autre était complètement sous son emprise. La conversation dura une ou deux bonnes minutes supplémentaires, avant que Shamash n'attire à lui de manière brusque sa sœur, la coinçant contre l'un des piliers du patio avant de l'embrasser de manière brutale. La capuche se défit, laissant couler presque jusqu'au sol une chevelure d'un blanc pur, qui reflétait l'argent du clair de lune.

A nouveau des murmures, puis les deux silhouettes se séparèrent. Elle demeurant immobile, lui s'éloignant désormais à pas rapides. Ce ne fut que lorsqu'elle finit par se tourner vers lui, pour se diriger vers l'entrée de la chambre, que Zeus perçut distinctement les traits de celle qu'il attendait. Elle n'avait pas remis sa capuche et si le reste de sa silhouette était voilée, son visage s'offrait à lui dans toute sa splendeur. Elle avait un ovale pur, des sourcils parfaitement dessinés, des traits plus délicats que ceux d'une œuvre d'art et les yeux les plus étranges et les plus beaux qu'il n'ait jamais vus. Une beauté à la fois fragile, délicate et parfaitement inhumaine, proprement d'essence divine, complétée par la sensation si étrange que procurait son cosmos, à la fois apaisant et sauvage, comme la vie elle-même. En une fraction de seconde, il fut aussi douloureusement conscient de son attirance pour elle que si elle l'avait poignardé. Et dire qu'il allait devoir la tuer, quel gâchis...

Lorsqu'elle écarta les voilages pour pénétrer la pièce, il était toujours au même endroit, comme médusé. Elle le fixa quelques instants, semblant l'étudier avec intérêt. Dans la pénombre, il lui semblait qu'elle était irréelle, sa chevelure ivoire la rendait fantomatique. Il y eut un silence, qu'elle rompit la première après avoir achevé son examen visuel, sans que son visage ne trahisse si ce qu'elle avait vu lui avait plu ou non.

« Tu as tout entendu humain... N'aie pas peur. Je ne te punirai pas pour cela. J'ai... d'autres projets pour toi. »

Elle s'éloigna de quelques pas, se dirigeant dans le clair obscur sans hésitation, visiblement familière du désordre luxueux qui régnait dans la pièce. De dos, il la vit enlever sa cape, révélant un corps plus dénudé que voilé par le tissu de la large tunique brodée mais surtout diaphane qui lui servait de vêtement. Elle se tourna légèrement, lui offrant la vision de son profil alors qu'elle se saisissait de quelque chose qu'il ne distingua être une coupe que lorsqu'elle la porta brièvement à ses lèvres. Elle garda la coupe à la main, alors qu'elle tournait le visage vers lui pour lui ordonner calmement d'approcher.

« Tu seras puni de mort pour avoir oser poser la main sur moi. Tu peux encore partir si tu le souhaites et retrouver ta vie. Mais si tu choisis de boire, ta vie sera mienne. » Elle lui tendit la coupe qu'elle avait touchée de ses lèvres. Zeus comprenait mieux pourquoi les amants d'Ishtar étaient tous volontaires, malgré la mort qui les attendait... Comment s'en aller avec une vision pareille sous les yeux? Aucun homme normalement constitué n'aurait pu voir son instinct de survie gagner le combat... Et lui-même n'était pas du genre à se défiler devant un tel type de proposition – sa surprise initiale à l'apparition de la Babylonienne s'était muée irrésistiblement en un désir grandissant de la faire sienne.

Il ne répondit rien mais se saisit du calice, leurs doigts se frôlant brièvement. Elle le regarda sans mot dire, alors qu'après l'avoir vidée, il laissait tomber la coupe au sol, qui produisit un son mat en frappant l'étoffe du tapis. Il lui semblait que le parfum de la déesse envahissait toutes les fibres de son être, augmentant son envie d'elle. Elle était proche, trop proche.

Ne pouvant résister plus longtemps au désir qui lui tordait le ventre, il fit un pas en avant, glissant une main à l'arrière de la nuque d'Ishtar alors qu'il prenait possession de ses lèvres, lentement d'abord, savourant leur douceur et leur chaleur. Langueur qui disparut dés que sa langue trouva une compagne de jeu experte, qui lui fit rapidement oublier toute notion autre que celle de ce corps de femme contre le sien. Sa rapidité semblait ne pas déplaire à la déesse, en avait-elle besoin elle aussi, pour effacer son frère de son esprit? Lorsque le baiser prit fin, il fit errer ses lèvres dans son cou, remontant jusqu'au lobe de l'oreille. Il sentit qu'elle frissonnait, alors que ses mains remontaient lentement vers l'intérieur de ses cuisses, soulevant les pans de la tunique pour explorer de ses doigts la douceur de sa peau. Il aurait pu jurer qu'elle se retenait de gémir, mais ce fut lui qui émit un râle bien audible lorsqu'elle se mit à onduler contre lui, glissant l'une de ses cuisses entre les siennes ce qui, dans l'état où il se trouvait déjà, lui fit courir des décharges électriques dans le corps. Il s'empara de ses lèvres à nouveau, mais brutalement cette fois, alors qu'il la soulevait et qu'elle s'accrochait à ses épaules, ses jambes enroulées autour de ses hanches.

Il ne sut comment il arriva à faire les quelques pas nécessaires pour la déposer au milieu des coussins du lit, son corps d'homme pesant lourdement sur elle. Il ne fit pas durer plus longtemps les préliminaires, prenant possession d'elle dans un mouvement de reins violent qui leur arracha à tous deux un gémissement. Il demeura immobile quelques secondes, respirant difficilement. Il fallait qu'il se calme. Elle sembla s'en rendre compte : d'un mouvement souple, elle le fit basculer, se retrouvant à cheval sur lui.

Ils échangèrent un regard, où surprise et amusement s'entremêlèrent. Il n'avait pas l'habitude de ne pas mener le jeu et apparemment, cela se voyait puisqu'elle souriait comme si elle était parfaitement consciente de ce mini coup d'état. Ne la quittant pas des yeux, il leva les bras pour poser ses mains sur son visage, puis descendre encore lentement, frôlant le col de la tunique qu'il n'avait même pas pris le temps de lui enlever. Un bruit sec résonna alors qu'il venait de déchirer le tissu avec une précision et une force admirable, révélant à la lumière nocturne un corps douloureusement attirant.

Elle lui sourit d'un air vaguement sadique, avant de le griffer lentement d'un doigt tout le long du torse, en guise de représailles. Il frémit mais ne se défendit pas. Elle se pencha gracieusement sur lui, son visage à quelques centimètres du sien.

« Tant de beauté et de violence en toi... Tu n'es pas ordinaire humain... » Murmura-t-elle.

Il ne la laissa pas prononcer un mot de plus, faisant taire ses lèvres à l'aide des siennes alors que ses mains caressaient sa peau, comme attirées par un aimant. Elle gémit en se sentant basculer, soulevée par une poigne de fer. Elle se retrouva à nouveau plaquée sous lui, ses poignets immobilisés contre le lit. Il se mit à se mouvoir, la possédant avec une violence croissante, trop impatient de satisfaire le désir impérieux qu'elle avait fait naitre en lui. Il se moquait d'être brutal ou trop rapide, presque comme s'il souhaitait la punir d'avoir été capable de le déstabiliser par sa simple apparition. Il aimait son regard vert de démone de la luxure, son corps de succube, le goût de sa peau, son parfum et sa voix, alors qu'elle se cambrait de plaisir. Elle se mit à crier bientôt, douleur et plaisir se mêlèrent intensément alors qu'elle le lacérait de ses ongles et qu'il se faisait toujours plus violent.

La jouissance le faucha violemment, le laissant étrangement calme et apaisé, épuisé aussi. Il se sentit juste la force de retomber sur le côté, la laissant mettre sa tête contre son torse alors qu'il sentait à sa respiration erratique qu'elle même avait apparemment apprécié sa brutalité. Il sourit presque malgré lui, caressant le satin doré de son épaule, la soie ivoire de ses cheveux. Ils refirent l'amour cette nuit-là, beaucoup plus lentement et sensuellement, alors qu'elle menait leurs jeux, le dominant sans qu'étrangement, il ne cherche à rétablir sa suprématie de mâle. Une inversion des rôles totalement inédite pour Zeus, mais qu'elle avait établi avec un tel naturel et un tel érotisme que cette fois, il n'avait pas protesté, fasciné.

Lorsqu'il se réveilla beaucoup plus tard, il sortit du lit en veillant à ne pas l'éveiller, alors qu'elle gisait dans l'abandon propre au sommeil. Il s'approcha lentement du patio pour y regarder les étoiles et estimer mentalement combien de temps il lui restait avant l'aube. Plus beaucoup de temps apparemment. Il devait désormais agir vite s'il voulait que le plan se déroule comme prévu, d'autant que Poséidon et Hadès devaient le rejoindre après la bataille.

Il tourna le regard vers le lit, observant sa maîtresse. Il savait qu'elle pouvait ramener à la vie les défunts et l'idée de la tuer lui répugnait profondément désormais. Elle lui serait plus utile vivante que morte, mais Héra risquait de ne pas apprécier... Pas du tout... Ishtar non plus d'ailleurs, il ne se faisait guère d'illusions. Il s'approcha d'elle pour s'asseoir à ses côtés, caressant presque tendrement le contour de son visage, alors que son regard errait sur son corps, offert sans aucune pudeur à l'air frais de la nuit. Sa peau était violacée au niveau des épaules, il aperçut même une trace de morsure sur un sein. Il n'avait pas été tendre. Si belle et si vulnérable...

« Pardonne-moi » Murmura-t-il, plaquant l'une de ses mains sur sa bouche pour l'empêcher de crier, tandis que l'autre se positionnait à la naissance de son cou, auréolée de cosmos. Presque immédiatement elle se réveilla et tenta vainement de se débattre, mais il était désormais à cheval sur elle et l'immobilisait en l'enserrant avec ses jambes.

Il lisait de la peur dans ses yeux agrandis, et une incompréhension totale. Quel effet cela pouvait-il donc faire de perdre son cosmos? Son simple regard d'animal traqué lui en donnait une idée bien précise, comme à chaque fois qu'il l'avait fait à un dieu assez en état pour être conscient de ce qu'il se passait. Il sentit son aura s'élever autour de lui et tenter de résister, mais à quoi bon, elle céderait, comme tous ceux avant elle...

Il y eut quelques secondes supplémentaires de lutte silencieuse puis l'aura de la déesse disparut complètement, comme désintégrée, la lumière qu'elle projetait dans la pièce retournée aussi soudainement au néant qu'elle en était apparue. Il vit les yeux de sa victime s'emplir de larmes, sans que pourtant, il ne regrette son geste. Il avait fait ce qu'il devait. Lentement, il retira sa main de sa bouche, se détournant pour se lever et immédiatement faire enfler son cosmos, appelant à lui son armure. C'était le signal qu'attendaient ses troupes pour attaquer la ville. Le temps restant à vivre à Babylone se comptait en minutes désormais.

Il savait très bien que la disparition du cosmos de la déesse ne passerait pas inaperçue. Il jeta un œil vers elle, prostrée sur elle-même et apparemment incapable de prononcer le moindre mot. Cet état de choc lui passerait. Il le savait. Lentement, il sortit son épée hors de son fourreau alors que ses traits reprenaient leur forme initiale. Il sourit en sentant un cosmos familier s'approcher. Et voilà donc le frère qui arrivait, puisque le père devait mener les troupes... La souris qui se précipitait droit vers le piège tendu. Parfait. Une lumière blanche annonça la matérialisation dans la pièce du dieu babylonien de la Justice.

« Je t'attendais. » Souffla Zeus. « J'ai à te proposer un accord... »