Bla Bla de l'auteur.
Auteur: Uasti
Publication du chapitre : le 27 juin 2010
Disclaimer: Masami Kurumada est l'auteur de l'œuvre originale.
Reviews : Merci à tous pour les reviews ! Désolée des réponses tardives, si vous n'avez pas reçu de réponses, faites moi signe, mais normalement, j'ai répondu à tout le monde. Et merci des mots d'encouragements qui m'ont été envoyés pendant ce long hiatus causé par de gros chamboulements dans ma vie.
Pour les nouveaux lecteurs et ceux qui n'osent pas se déclarer, n'hésitez pas à laisser un commentaire, même anonyme, ça me motive et m'aide à améliorer l'histoire. Ils sont toujours appréciés, même, voire surtout, les critiques, lorsqu'elles sont fondées.
Divers : Le nouveau chapitre, enfin! Comme fanfiction a fait sauter ma précédente mise en page, j'ai republié tous les anciens chapitres avec une nouvelle mise en page, j'en ai donc profité pour éradiquer les fautes que j'ai pu trouver, et rendre à Hadès son beau regard bleu. J'ai également modifié le style de certains passages, mais rien n'a été changé dans l'histoire elle-même, n'ayez pas d'inquiétude. Pour moi, ce qui est publié est figé et ne peut pas être réécrit, par souci de cohérence vis-à-vis du lecteur. Enfin, ce chapitre est publié sans relecture ni correction de ma bêta lectrice, soyez donc indulgents par rapport aux fautes d'orthographe.
Dans ce chapitre : Le passé rattrape le présent et Valmont a sa vengeance post mortem, un cobaye divin pas consentant, une punition toute cruelle, et Hadès en tutu (heu, non).
Bonne lecture !
Chapitre 21 – Réminiscences
Aioros faillit émettre un soupir de soulagement en sortant enfin du bureau du Grand Pope, après plus de trois heures de réunion entre Athéna, Shion et les quelques chevaliers d'or désignés par leurs pairs pour les représenter: Dohko, Shaka, Saga et lui-même. Les débats avaient été houleux, concernant la manière dont devait être traitée la captivité d'Isaak du Kraken. Certains avaient plaidé pour pénétrer de force l'esprit du marinas, puisqu'il demeurait fermé et silencieux à tout interrogatoire moins brutal. Mais Athéna la première s'y était opposée, considérant que cela relevait quasiment d'une forme de torture allant contre tous les principes qu'elle défendait. Pendant un instant, il avait cru percevoir quelque chose d'étrange dans la réincarnation, comme si ce n'était plus réellement Saori, mais la déesse qui se serait réellement exprimée, mais cela avait été très fugitif. Peut-être l'avait-il simplement rêvé... C'est alors que Saga avait persuadée Saori d'assister au gala donné par la fondation de Jullian Solo le soir même, ce qui permettrait à Athéna et Poséidon de discuter du cas d'Isaak en terrain neutre.
Le Sagittaire imita machinalement Shaka et Saga, qui avaient remis leurs casques. La Balance était restée dans le bureau du Pope, en compagnie de celui-ci et de la déesse. Les trois chevaliers se mirent à marcher silencieusement dans le long couloir dallé de marbre, le son métallique de leur armure résonnant au rythme de leurs pas. Ils longeaient une série de colonnades et de statues représentant certains de leurs plus glorieux prédécesseurs lorsque la voix de Saga s'éleva.
« Tu as des nouvelles de Kanon? » Aioros jeta un regard vers Saga, qui marchait entre lui et le chevalier de la Vierge. Une fine ligne entre ses sourcils indiquait que le Gémeaux semblait soucieux, malgré le ton détaché de la question.
« Il va bien.» Répondit aimablement Shaka, qui, comme toujours, avait les yeux fermés mais donnait l'impression bizarre de voir mieux que la plupart. « Pourquoi me poser cette question? Vous pouvez facilement vous contacter via votre cosmos non? »
« Il me semble étrange ces derniers temps. Et comme il me dit que je me fais des idées... C'est comme une sorte de sensation persistante... » Répondit Saga, la dernière phrase plus dans un murmure pour lui-même. Shaka voulu répondre, mais s'interrompit en percevant l'arrivée du cosmos du chevalier des Poissons. Aioros fronça les sourcils tandis que le douzième gardien approchait. Ces derniers temps, plus les jours passaient et plus Aphrodite donnait l'impression d'être littéralement en train de dépérir. Son visage, encore plus pâle qu'à l'ordinaire, faisait ressortir les cernes qui soulignaient son regard d'un bleu céruléen, mais où un sentiment de tristesse semblait régner. Il les salua d'un simple hochement de tête avant de poursuivre son chemin, casque sous le bras, se dirigeant dans la direction du bureau du Pope. Aioros fut tiré de ses pensées par le son de la voix calme de Shaka.
« Saga, Ishtar est plus proche de Kanon que je ne le suis. Si tu es inquiet, peut-être devrais-tu lui parler... »
« Non, ça ira. Je ne vais pas déranger une déesse parce que j'ai une sensation étrange concernant mon jumeau. Par contre, c'est moi où Aphrodite a une tête de déterré depuis quelque temps? » Ce fut le Sagittaire qui répondit le premier.
« Je ne sais pas ce qu'il a. Même Angelo m'en a parlé. Il paraît qu'il veut quitter le sanctuaire, au moins temporairement. »
« Si cela peut lui permettre d'être en paix. » Murmura Shaka.
« Avec Hadès et Poséidon de nouveau sur les rails, se séparer d'un chevalier tel qu'Aphrodite, même temporairement... »
« Saga, s'il ne va vraiment pas bien, il sera sans doute moins utile ici qu'ailleurs. S'éloigner au moins temporairement lui fera peut-être du bien. »
« Peut-être, mais si tous ceux d'entre nous qui ont des problèmes s'en allaient, je ne crois pas qu'il resterait grand monde parmi nous... » La Vierge haussa un sourcil à la réplique du gardien du troisième temple, dont le ton était empli d'une pointe d'aigreur. Il n'avait pas été le seul à noter le ton de Saga apparemment, puisque le Sagittaire intervint.
« J'en déduis que tu serais un de ces candidats potentiels au départ Saga? »
« Non. J'ai une dette envers le sanctuaire et Athéna, et ce qu'il me reste à vivre, je veux le faire à lutter contre ce que j'ai fais, ou pourrais faire... »
« Athéna a confiance en toi Saga, ainsi que nous tous. » Répondit calmement Shaka, alors que le Sagittaire tentait de déchiffrer l'expression désormais fermée de Saga en scrutant son profil du regard. Aucun autre mot ne fut prononcé entre eux pendant un long moment, alors qu'ils quittaient le palais et entamaient la descente du chemin du Zodiaque.
« Déesse, si vous le permettiez, travailler avec vous afin de pouvoir... »
« Je vous ai déjà donné ma réponse. Il n'est pas question que je vous serve de rat de laboratoire afin que vous puissiez étudier mon corps et mes capacités à soigner... »
« Une simple prise de sang... »
« Chercheriez-vous à contester ma parole? » Murmura très calmement Ishtar, ce qui suffit à faire se décomposer le visage du médecin chef du sanctuaire.
« Bien sûr que non Déesse, mais je... » Il interrompit cependant son argumentaire devant le léger froncement de sourcils divin, auquel s'ajoutait un presque imperceptible mouvement d'exaspération de la part du chevalier du Lion, qui servait de garde du corps à la déesse depuis son arrivée au sanctuaire quelques heures plus tôt. La babylonienne finit par rompre le silence de sa voix mélodieuse.
« Imaginez que vous trouviez un remède universel, voire, une sorte de potion d'immortalité. Je ne crois pas que l'humanité serait prête à cela et même si tel était le cas, je suis certaine que les dieux se sentiraient menacés et n'hésiteraient pas à mettre un terme plus violent à l'existence humaine. Déjà qu'actuellement... »
« Je comprends, mais... » Le médecin en chef du sanctuaire s'interrompit, se rendant compte qu'il avait perdu l'attention de son interlocutrice qui observait désormais un point derrière lui. Lorsqu'il se retourna pour voir qui était le nouvel arrivant dans la pièce, il fit face au chevalier de la Vierge.
« Si Shaka est de retour, permettez-moi de me retirer Déesse, j'ai promis à mon frère de le rejoindre à la fin de la réunion. » Ishtar se retourna pour sourire au chevalier du Lion. Comme avec de nombreux autres chevaliers, elle avait perdu l'espoir qu'il arrive à finir par la tutoyer, et ce, malgré le temps qu'elle avait pu passer avec lui et Mu peu après la résurrection des généraux des mers.
« Bien sûr Aiolia. Merci encore de m'avoir accompagnée. »
« Ce fut un plaisir. » Ishtar observa le gardien du cinquième temple quitter la pièce avant de prendre la parole.
« Bien, il est temps pour moi de quitter le sanctuaire, tâchez de ne pas mourir d'ennui maintenant que j'ai soigné tous vos malades Docteur. »
« J'y veillerai. » Sourit-il avant de s'incliner. « Si jamais vous veniez à reconsidérer votre position... »
« Vous pouvez disposer. » Le coupa Ishtar avec une légère pointe ironique dans la voix. Devant cet ordre direct, l'humain eut un sourire crispé puis s'éloigna vers la partie du bâtiment où se trouvait son bureau. Dés que le médecin chef fut hors de portée de voix, la babylonienne se tourna vers son amant. Il avait les paupières closes, ce qui lui conférait cet aspect indéchiffrable qui lui était à la fois si propre et si éloigné de ce à quoi elle était désormais habituée en sa présence. C'était comme une sorte de rappel qu'il pourrait lui échapper un jour, répondant à l'éventuel appel mystique de son vénéré Bouddha. Et puis, avec son casque et son armure, il n'était plus Shaka, mais le chevalier de la Vierge, avec tout ce que ça impliquait de distanciation. C'était à chaque fois plus étrange de le voir ainsi... Surtout avec le contraste de la nuit précédente où après avoir perdu sciemment au poker, juste pour le plaisir d'avoir un prétexte pour chercher toutes les méthodes imaginables pour faire sortir ledit bouddhiste de sa réserve, Ishtar s'était fait un point d'honneur à le satisfaire. Elle était presque étonnée ce matin que l'armure du chevalier ne rougisse pas. « Plus aucune obligation au sanctuaire? » Finit-t-elle par demander tout en continuant à l'étudier du regard.
« Non, plus d'obligation immédiate. » Confirma-t-il brièvement, puis il s'effaça, la laissant passer en premier alors qu'elle marchait désormais vers la sortie de l'infirmerie. « Quelque chose ne va pas? » Ajouta-t-il.
« S'il-te-plaît, rappelle-moi encore une fois que tous les chevaliers d'ors n'arrivent pas à lire mon cosmos à livre ouvert comme tu le fais... »
« Rien de grave donc... » Commenta sobrement Shaka, même si un sourire lui échappa. Elle ne répondit rien, se contentant de soupirer de plaisir alors qu'elle sentait enfin la caresse des rayons de soleil sur sa peau. Pour elle, l'astre du jour était une drogue dure, elle leva brièvement le visage vers le ciel, fermant les paupières. C'était une sensation chaude et toujours un peu emplie de nostalgie, qui lui faisait danser dans l'esprit des images de Babylone. Elle s'arrêta de marcher, puis sourit en se tournant brusquement vers la Vierge.
« Au fait, j'ai quelque chose à te montrer. Donne-moi ta main... » S'il était intrigué, son visage ne trahit absolument pas le chevalier lorsqu'il obéit. Il fit par contre une légère grimace en sentant qu'elle le griffait au sang.
« Tu comptes instaurer des punitions corporelles contre tes chevaliers? » Ironisa-t-il alors qu'elle le relâchait.
« Tss un peu de douleur n'est rien pour un homme tel que toi n'est-ce pas? » Il sentit le cosmos de la déesse l'entourer brièvement, comme si une vague bienfaisante et apaisante était soudainement passée à travers lui. Songeur, il retraça de l'index le dos de sa main droite, où se trouvait l'entaille quelques secondes plus tôt.
« Tu peux guérir sans toucher, uniquement avec ton cosmos... Depuis quand? » Finit-il par murmurer.
« Depuis toujours, c'était comme cela que je soignais les troupes de Babylone, et des blessures autrement plus graves que des griffures tu peux me croire... Je l'ai fait sans vraiment le vouloir à l'infirmerie, c'est comme cela que je me suis rendue compte que j'en suis de nouveau capable. »
« Tu pourrais le faire à nouveau dans un contexte de champ de bataille? »
« Pas encore à aussi grande échelle, mais bientôt je l'espère. Je suis beaucoup moins fatiguée et beaucoup moins faible, comme si depuis qu'il m'a été rendu, mon cosmos retrouvait petit à petit ses connections avec mon âme, mon corps... Je ne sais pas comment le décrire autrement. »
« Ta voix ne déborde pourtant pas d'enthousiasme... »
« Mes pouvoirs sont précieux, mais me desservent plus qu'ils ne me servent. A quoi bon pouvoir soigner à grande échelle, quand je n'ai pas le droit de choisir de défendre la cause qui me sied? Je n'ai plus d'endroit où régner, aucun idéal à défendre et intervenir dans les luttes de pouvoir entre olympiens me semble dérisoire, voire suicidaire... »
« Tu pourrais soigner en masse des populations humaines, réparer les dégâts causés par l'homme à la nature... »
Elle sourit, puis se remit à marcher vers l'entrée du sanctuaire, alors qu'il lui emboitait le pas.
« Je reconnais bien là ton côté idéaliste. » Elle fit une pause, secouant la tête. « Si les olympiens ont décidé de cacher leur existence aux hommes, ce n'est pas pour subitement me laisser saborder leur travail. »
« Je me suis souvent demandé pourquoi leur existence est tenue secrète. Après tout, il y a eu une période dans l'antiquité où ils étaient adorés et où des temples s'élevaient en leur honneur. Pourquoi décider de laisser les hommes aller vers d'autres croyances? Pourquoi s'enfermer dans des sanctuaires oubliés de tous ? »
« Bonne question mais je ne connais pas la réponse. Je sais juste que c'était la décision de Zeus. Je ne connais pas ses motivations même si je crois savoir que la décision a été prise peu de temps après l'arrivée d'Athéna au sanctuaire, à la fin de la première guerre sainte... »
Elle se tut alors qu'ils approchaient d'un groupe de soldats en patrouille, qui s'étaient interrompus dans leur routine pour s'agenouiller dés qu'ils avaient reconnu la divinité, accompagnée par un chevalier d'or. Ishtar leur fit signe silencieusement de reprendre leur tâche, ce qu'ils firent avec du mal pour certains, qui la fixaient avec un air à la fois fasciné et ébahi sur la figure. La Déesse n'y prêta aucune attention, quant à Shaka, il commençait à être habitué à ce que l'apparence d'Ishtar pouvait provoquer comme réactions plus ou moins étranges chez le genre humain en général et les représentants du sexe masculin en particulier. Ses pensées étaient plutôt tournées vers ce qu'elle venait de lui dire. C'était rare qu'elle parle ainsi du passé, mais leur conversation de la veille semblait avoir débloqué quelque chose en elle, peut-être pouvait-il en profiter pour lui poser plus de question... Il finit donc par reprendre la parole.
« Tu as évoqué la toute première guerre sainte... Dohko avait fait des recherches sur toi à ton arrivée au sanctuaire. Il disait que tu y étais liée. Que s'était-il passé exactement? Si tu souhaites en parler bien sûr. »
« Bien sûr que je peux en parler... Je ne réalise pas toujours que mes souvenirs ne sont que des mythes ou des légendes pour la plupart des êtres vivants. Dont toi en l'occurrence. C'est le revers de la jeunesse éternelle, devoir vivre avec les souvenirs de choses qui n'existent plus que dans notre seul esprit. Pour répondre à ta demande, cette guerre, j'ai bien peur d'en être indirectement responsable c'est vrai. Pour recadrer le contexte de l'époque, Hadès était encore marié à Perséphone et Poséidon était fou amoureux d'Amphitrite. Quant-à moi, après m'avoir capturée lors de la chute de Babylone, Zeus m'a gardée captive au palais céleste. »
« J'ai du mal à situer tout ça dans le temps. »
« En termes de calendrier moderne? Hum... la chute de Babylone telle que je l'ai connue s'est passée au VIIème siècle avant l'an zéro. Les humains survivants ont reconstruit la ville mais sans notre protection, ils ont vite perdu leur indépendance, enfin... Zeus m'a relâchée au début du IIIème siècle après Jésus Christ. »
« Tu es restée mille ans captive, c'est... »
« C'est du passé. » Le coupa-t-elle calmement. « J'avais déjà un peu plus de mille ans quand il m'a capturée. Je sais que je suis un peu plus vieille que les olympiens. A l'époque de ma capture, Hadès, qui est le plus âgé, devait avoir environ 500 ou 600 ans, Poséidon et Zeus sont un peu plus jeunes. »
« Je croyais qu'Hestia était l'ainée des olympiens. »
« C'est exact, mais tu me parles de la mythologie des poètes humains, pas de la réalité. Ce qui a facilité la confusion entre mythe et faits avérés, c'est que comme tous les panthéons conquérants, les olympiens ont tenté d'incorporer les croyances des conquis en leur sein afin de mieux les dominer. Par exemple, Aphrodite telle que décrite par Homère n'a jamais existé, elle est un concept né de la récupération du culte qui m'était voué à moi et à certaines autres déesse réelles mais qui ont été déchues comme par exemple Astarté. De même pour Hestia, qui reprend partiellement les attributions de la déesse réelle hindoue Lakshmi ou encore Héphaïstos qui reprend les attributions du dieu forgeron d'Asgard, Völund, et je pourrai continuer longtemps comme ça... Et comme les olympiens réels cultivent le mystère autour d'eux, il est difficile, même pour leurs serviteurs, de toujours faire la part des choses entre mythe et réalité. C'est une sorte de protection je suppose... »
« En tant que chevalier d'Athéna, on m'a toujours appris que les seuls ennemis d'Athéna pouvaient être Poséidon ou Hadès, surtout Hadès... Le reste des autres dieux était un concept assez flou. L'attaque d'Apollon et Artémis était une totale surprise.»
« A ma connaissance, les seuls véritables olympiens existant sont Zeus, Hadès, Poséidon, et Héra, puis la nouvelle génération, avec Athéna, Arès, les jumeaux Artémis et Apollon, sans oublier Hermès. Pour le reste... Perséphone était humaine. L'épouse de Poséidon, Amphitrite, est l'un des rares titans que j'ai croisé avant leur disparition complète. Seuls Hypnos et Thanatos demeurent vivants parmi les Titans, certainement parce qu'ils ont trahi leur propre race pour se mettre au service d'Hadès. »
« Et les autres dieux? »
« Tu veux dire autres qu'olympiens? Je ne sais pas. Nous étions environ une centaine, peut-être cent cinquante en tout avant les conquêtes olympiennes. La plupart a été exterminée. Le reste, ce sont des survivants asservis, comme moi ou Odin, ou bien des exilés. Je sais que certains dieux se sont réfugiés en Azura, où une poignée de dieux régnaient déjà en se faisant la guerre constamment. Cela a du ajouter au chaos ambiant. Ils ne doivent plus être très nombreux maintenant. En tout, peut-être existe-il 15 ou 20 dieux survivants sur l'ensemble des six mondes ? Peut-être est-ce mieux ainsi. Nous n'étions bons qu'à faire la guerre entre nous. A force de vouloir régner sans partage, nous sommes une espèce qui a causé toute seule sa quasi extinction... »
« Tous ne sont pas comme ça. Je veux croire en ce que représente Athéna. »
« Elle est plutôt l'exception qui confirme la règle. Personnellement, je suis désabusée aussi bien sur la nature humaine que sur la nature divine. Quand les dieux ne sont pas assoiffés de pouvoir, ils finissent tout simplement par perdre goût en la vie. Tous les dieux vraiment anciens ont disparus. Certes, les jeunes générations les ont pourchassés, mais beaucoup ont fait le choix de mourir et de se suicider, parce qu'ils ne supportaient plus leur immortalité... A quoi bon vivre si tu ne peux pas partager tes souvenirs avec quelqu'un qui a vécu la même chose que toi? A quoi bon s'attacher si tout disparaît? Tu es le premier à le savoir puisque le bouddhisme est basé sur le constat de l'impermanence. Et bien, je peux t'assurer qu'en tant que déesse, je suis particulièrement privilégiée pour observer ça, et voire les choses changer constamment fini par être usant et épuisant mentalement. J'en ai déjà vu beaucoup plus que je ne l'aurai souhaité en 4000 ans, alors vivre encore une éternité, parfois, l'idée me semble presque insupportable. »
« Ishtar... »
« Oh ne t'inquiètes pas, j'ai encore beaucoup de chose à accomplir avant de me déclarer forfait.» Elle haussa légèrement les épaules, un sourire doux-amer sur le visage. « Et pour en revenir à la première guerre sainte, puisque c'était le sujet de départ de cette conversation, le conflit avait démarré à cause de ma présence au sanctuaire d'Athéna, perçue comme une menace par Hadès et Poséidon. Ils avaient déjà mal vécu que Zeus proclame Athéna protectrice de la Terre alors qu'ils avaient eu un mal de chien à la conquérir à trois, alors, la voire devenir virtuellement aussi puissante alors qu'ils ne récoltaient que des miettes... Sans oublier que Poséidon a très mal pris le fait que son temple mythologique, qui avait toujours été au Cap Sounion, soit cédé à Athéna, qui l'a rasé avant d'y bâtir son sanctuaire. Il y avait déjà eu une escalade dans la tension et ma présence a été la goutte d'eau... Les deux frères se sont alliés et ont attaqué le sanctuaire alors que Zeus pris le parti, officiellement, de rester neutre. La guerre a duré plusieurs semaines, puisque je pouvais guérir les chevaliers d'Athéna et qu'Hadès ressuscitait constamment ses spectres. Je n'avais plus mon cosmos, mais mon sang était un atout précieux. Au final, le conflit a pris un nouveau tournant avec ma mort. »
« Le chevalier de la Vierge. » Commenta sombrement Shaka, qui l'écoutait attentivement sans que son visage ne trahisse réellement ce qu'il pensait.
« Oui. J'ai été victime de la malédiction placée sur moi par Zeus et ton prédécesseur de l'époque a eu la malchance de voir mon visage par accident. Initialement et afin de s'assurer de ma sécurité, Athéna lui avait confié ma protection et était même allé à lui faire prêter serment de double allégeance. »
« Est-ce que tu l'as déjà vu se battre? Hormis le jour où il t'a attaquée? Je serais curieux se connaître sa manière de combattre. »
« Non, désolée. Je n'étais pas autorisée à m'éloigner trop du cœur du sanctuaire, afin d'éviter de me faire capturer. Sans cosmos j'étais extrêmement vulnérable. J'étais donc tenue à l'écart des champs de bataille et les blessés étaient déplacés pour être amenés jusqu'à moi... Pour la suite de l'histoire, après ma disparition, et d'après les informations que j'ai pu collecter auprès de Zeus et Poséidon au fil du temps, voici la manière dont je peux reconstituer les choses: Poséidon a déclaré un cessez-le-feu, puisque l'équilibre des forces était rétabli et Hadès était initialement prêt à en faire de même. Ils souhaitaient négocier un nouveau partage. Mais c'est à ce moment là que Perséphone s'est suicidée suite à ce que lui aurait fait subir un chevalier d'Athéna. Hadès était en rage et a pris lui même la direction de ses troupes, en première ligne. Ceux qui restaient parmi les chevaliers d'ors se sont fait décimer. En moins de 24 heures, le sanctuaire était virtuellement rasé jusqu'à la dernière pierre et la réincarnation d'Athéna exécutée. »
« C'est la seule fois à ma connaissance où le sanctuaire d'Athéna soit tombé. »
« Et pour cause, par la suite Zeus a veillé à rendre Athéna beaucoup plus puissante. Je sais qu'il est intervenu pour restaurer le sanctuaire et réinstaurer l'autorité d'Athéna. C'est suite à la première guerre sainte qu'il a fait don à Athéna de son armure et des attributs qui vont avec, à savoir son bouclier et son sceptre, qui comme tu le sais, sont des atouts d'une extrême puissance. Voilà pour la leçon d'Histoire. »
« Et toi? Tu t'es réincarnée par la suite... »
« Mon histoire personnelle n'est ensuite pas très glorieuse. Suite à ce que je nommerai mon premier décès, j'ai débuté le cycle des réincarnations tel que prévu par la malédiction de Zeus, mais la malédiction et la perte de mon cosmos faisaient qu'à chaque incarnation, j'étais amnésique et bien incapable de pouvoir comprendre ce qui m'arrivait et encore moins capable d'agir avant de me faire massacrer. C'est étrange, parce que sans souvenirs, je développais une sorte de personnalité vierge. C'est comme si pendant cette période, j'avais vécu une multitude de micro existences qui étaient à la fois moi et en même temps totalement étrangères à ce que je suis. Pour commencer, je me croyais sincèrement humaine... »
« Et tu le croyais encore en arrivant au sanctuaire... »
« Je suppose que je le suis en quelque sorte. Après tout, j'ai vécu presque deux mille ans comme une humaine, de la naissance à la mort, apprenant à chaque fois à nouveau à marcher, parler, assimiler les codes de la société, m'attachant à des humains... Et maintenant je me souviens de tout si parfaitement... Humains et dieux ne sont pas si différents dans le fond. Nous avons les mêmes émotions, les mêmes sentiments... Et puis plus j'y pense et plus il y a des choses qui m'intriguent... Je... Ah mais attends? C'est Mu là-bas non? »
« Oui... mais tu es consciente qu'il est chevalier d'or avant… » Shaka accentua ce dernier mot. « …de servir de moyen de transport ? »
« Mais voyons, mon charme naturel le persuade que ça lui fait plaisir de me dépanner... En plus, marcher en talons sur les chemins rocailleux du sanctuaire n'est pas réellement une sinécure... » Malgré ses dires, elle avançait avec une aisance proprement divine, presque flottant au-dessus du sol plus que ne marchant.
« Bien sûr... » Se contenta donc de répondre la Vierge, pas réellement convaincu par l'argument.
Quelques minutes plus tard, Ishtar affichait un très large sourire innocent devant Shaka alors qu'ils étaient de nouveau seuls, mais cette fois-ci dans les appartements asgardiens de la déesse.
« Tu n'as pas l'impression d'abuser de lui? » Fut le commentaire stoïque de Shaka après le départ du gardien de la première maison.
« Tu me blesses, sincèrement... » Joua tragiquement la déesse en portant une main à son front avant de s'approcher de la Vierge. Avec douceur, elle posa ses mains de chaque côté du casque de l'armure avant de le retirer. Shaka la laissa faire, se contenant d'ouvrir les yeux et de poser son regard d'un bleu intense sur elle. « C'est beaucoup mieux comme ça. » Murmura-t-elle.
Il ne réagit pas au commentaire, se contentant de prendre d'une main le casque qu'elle tenait alors qu'il laissait son regard errer sur elle. Elle avait tressé sa chevelure en une natte épaisse, d'inspiration antique, qui était parcourue par un fil doré. La coiffure dégageait son visage, quant à sa robe, visiblement l'une de celles issues des couturières d'Hilda, elle lui donnait un aspect de princesse médiévale.
Il l'attira à lui de sa main libre, faisant errer ses doigts derrière la nuque délicate de la déesse, caressant de son pouce la douceur de sa joue dans un mouvement lent avant de faire dériver sa caresse, glissant sa main dans le dos de la divinité, qui était désormais serrée contre lui, les bras passés autour de la taille du chevalier, la joue posée contre le métal de l'armure, les yeux clos. Il effleura des lèvres le haut du front d'Ishtar, inspirant son parfum, si intimement mêlé à sa chevelure.
« Tu voulais parler d'une chose qui ne te semblait pas logique tout à l'heure... »
« Hum… »
« Avant que tu ne te rendes compte de la présence de Mu et de la possibilité qu'il nous serve de moyen de transport... »
« Ah oui... » Elle soupira mais demeura immobile, serrée contre lui, appréciant d'être entourée de ses bras. « Je voulais te dire, pour terminer mon histoire, que la seule fois où j'ai survécu à la malédiction, c'est actuellement. Et maintenant que j'ai tous mes souvenirs, plus j'y réfléchis et plus deux choses précises me troublent. » Elle s'écarta, se séparant des bras de Shaka pour pouvoir le regarder dans les yeux. « La première chose : il m'arrive de faire des rêves prémonitoires, mais rarement et ils sont toujours assez vagues, or j'ai commencé à faire des rêves avant d'arriver au sanctuaire qui m'y guidaient et me donnaient des détails précis. Je suis persuadée que ce n'est pas dû au hasard mais à la volonté de quelqu'un de puissant que je survive. Si un marionnettiste avait voulu me mouvoir, il n'aurait pas agi autrement. Je suis persuadée que cette personne avait tout intérêt à ce que je reste en vie, mais je ne saurai expliquer pourquoi. Il n'y a guère qu'un dieu qui a ce genre de capacité. Mais lequel, pourquoi une telle méthode, et dans quel but? Je l'ignore. Et puis il y a le second point qui me pose problème, et c'est toi. Le fait que tu ais résisté à ma malédiction. Sans vouloir remettre tes capacités en cause, ce n'est pas normal. Quelque chose cloche. Seul un dieu pouvait demeurer insensible à ma malédiction. »
« Tu en déduis que je ne suis pas humain? » Commenta Shaka avec une légère pointe d'ironie dans la voix.
« Je ne vois que deux hypothèses. Ou bien tu es un dieu qui s'ignore, ce qui est possible puisque tu ignores ta filiation et que tu es trop jeune pour te rendre compte que tu ne subiras pas le processus de dégénérescence lié au vieillissement, mais j'en doute, parce que vu le faible nombre de dieux restants, je peux te garantir qu'une grossesse aurait été repérée, ou alors tu es le fruit d'un croisement entre lignée de descendants de demi-dieux. Ça peut donner naissance à des dieux, mais c'est vraiment extrêmement rare. Je considère donc que tu es humain. »
« Déçue? » Sourit Shaka avec une lueur amusée dans le regard.
« Ne sois pas sarcastique... D'où ma seconde hypothèse: celui ou celle qui m'as guidée au sanctuaire est intervenu pour éviter de reproduire l'incident qui s'était produit avec le Phœnix et m'éviter de mourir avant de lui avoir été utile. A la limite, le fait que j'ai croisé le Phœnix n'était peut-être même pas un hasard dans le sens où il fallait quand même une sacrée chance pour qu'il me saigne à blanc pile près de la colonne où les dieux vous avaient enfermés. »
« Troisième hypothèse: il est possible que le simple fait que tu m'as ramené à la vie m'ait immunisé puisque j'ai techniquement ton sang dans les veines. Ou bien encore dernière hypothèse, tu réfléchis un peu trop et tes 4000 ans t'ont rendue un peu paranoïaque. »
« Kanon, sors de ce corps... »
« Sérieusement Ishtar, je t'accorde qu'effectivement il y a de quoi se poser des questions. Cependant, puisque jusqu'ici, cela t'as plutôt profité, je te conseillerai simplement de rester vigilante. Ton ou ta protectrice se révélera forcément, ainsi que ce qu'il attend de toi. Il faudra surtout veiller à ne pas te faire manipuler et à ne faire aucune action que tu ne souhaites réellement faire. Mais il n'est pas facile de voire toutes les implications de ses actes, surtout lorsque l'on ne possède qu'une partie des informations. Et tu l'as formulé toi-même, ce n'est qu'une hypothèse. »
« Je suis comme tous les dieux de ce point de vue... trop vieille pour croire au hasard. Et en parlant de protecteur, j'ai des guerriers divins sur le feu. Il faut que j'aille régler quelques détails avec Hilda. Je lui avais dis que je passerai la voir aujourd'hui. »
« Je t'accompagne? »
« Inutile. Mais je repasserai te voir rapidement, je voudrais faire avant le bal ce dont-on a parlé hier. Je suppose que tu n'as pas changé d'avis? » Il la fixa d'un regard qui ne laissait aucun doute.
« Tu supposes bien. »
...
Contrarié, Thanatos pressa le pas. Il aurait pu se téléporter pour arriver à destination, mais sa mauvaise humeur lui donnait envie de profiter du trajet pour se défouler sur ce qui passait à proximité. L'étoile à cinq branches ornant son front était comme déformée par les plis de contrariété sur son visage, son regard argenté était devenu presque noir. Il avait des envies de meurtre mais Hypnos lui avait formellement interdit toute violence sur le sujet de sa colère et il ne respectait son ordre que parce qu'il savait qu'il émanait directement de la volonté d'Hadès. Il s'était donc partiellement défoulé en se rendant personnellement en Enfer pour faire châtier les spectres qui avaient laissé le général de Poséidon prisonnier s'enfuir et il avait fait preuve d'une imagination toute divine quant aux châtiments appropriés.
Le Titan ne calma son pas que lorsqu'il se trouva devant la porte menant aux appartements personnels de sa majesté Hadès. Il inspira profondément, cherchant à canaliser sa colère, puis, lorsqu'il fut plus sûr de lui, il ouvrit les portes et pénétra dans l'immense antichambre, complètement vide, qu'il traversa rapidement. Hadès n'avait pas même mis un meuble dans de nombreuses pièces de ses appartements privés. Malgré la beauté architecturale du lieu, c'était vide de la plupart des traces indiquant que l'on pouvait y vivre. Sa chambre ne dépareillait pas. En fait, c'était Hypnos et lui-même qui avaient matérialisés la plupart des choses présentes dans la chambre, depuis qu'ils s'étaient mis à se relayer pour veiller sur le dieu des Enfers.
Thanatos faillit soupirer de frustration en contemplant la scène sous ses yeux. Hadès était toujours allongé sur son lit, inconscient et d'une pâleur mortelle. Sans sa respiration saccadée et la fine pellicule de transpiration sur son front, il aurait aussi bien pu passer pour mort. Les soins prodigués par Zeus n'avaient eu qu'une efficacité très temporaire. Depuis son retour d'Azura, l'état du dieu des morts n'avait fait qu'empirer alors que le poison dans son organisme s'était propagé. Cela n'avait été qu'une question d'heures avant qu'il finisse par perdre connaissance. Thanatos finit par détacher son regard du visage d'Hadès pour regarder son jumeau, assis dans un fauteuil près du lit. Revêtu de son armure mais faussement détendu. En alerte.
« Aucun changement n'est-ce pas? »
« Il a cessé de délirer. Je suppose que l'on peut voir ça comme une amélioration. »
« Je ne comprends toujours pas pourquoi il nous a interdit de chercher à le soigner. »
« Je ne crois pas que nous puissions faire grand chose pour lui. Il a l'antidote en lui. Son organisme a simplement besoin de temps pour se débarrasser de l'effet du sang d'Ereshkigal. »
« Ishtar... »
« N'est pas une option. Hadès l'a suffisamment souligné. Il ne veut pas d'aide extérieure. C'était suffisamment clair. J'y ai réfléchis. Cela m'a fait pensé à cette technique qu'ont certains humains de s'inoculer progressivement un poison, afin de finir par en être immunisé. »
« Tu penses qu'il cherche à devenir insensible au sang d'Ereshkigal? »
« Je ne vois pas d'autres raisons. Et cela lui assurerait de pouvoir la garder sous contrôle si elle venait à tenter de le trahir. »
Avant de répondre, Thanatos fit glisser son regard vers le coin opposé de la chambre, caché par une séparation temporaire faite d'un immense voile noir. En se concentrant, on pouvait entendre la respiration difficile qui émanait de derrière.
« S'il ne tenait qu'à moi, je l'achèverai avec plaisir. »
« J'ai confiance dans le jugement d'Hadès. S'il a décidé de l'épargner, je respecte sa décision et tu devrais en faire autant. Tu as toujours été trop emporté. » Thanatos fronça les sourcils mais ravala la réponse brutale qui lui vint à l'esprit.
« Et elle? »
« Stationnaire. J'ai sauvé in extremis une de nos servantes ce matin, qui est entrée en contact par accident avec sa peau en lui changeant ses bandages. C'est la deuxième fois que ça se produit, et la première n'avait pas été aussi chanceuse... Je pense qu'elle ne tardera pas à reprendre conscience. Ses blessures guérissent rapidement et contrairement à Hadès, elle n'est pas empoisonnée et n'a subi aucune infection. Nous avons bien fait de la déplacer ici, il est plus sûr que l'un de nous deux soit constamment à proximité au cas où elle se réveillerait, et comme nous devions également nous relayer pour surveiller l'état d'Hadès... »
« Tu penses qu'elle acceptera de le servir? »
« Nous n'avons jamais regretté notre choix jusqu'à présent non? »
« Ce n'était pas le même contexte. »
« Elle n'a pas vraiment le choix. Si elle refuse, je me ferai un plaisir d'aider notre maître à la livrer à Zeus... »
Le soleil s'étirait lentement à l'horizon, déversant une lumière chaude et rougeoyante dans la chambre du chevalier de la Vierge. Il était encore tôt, à peine le milieu d'après-midi, mais le soleil se couchait tôt en Asgard, et encore, il fallait être reconnaissant de pouvoir sentir ses rayons les rares jours où la neige n'obscurcissait pas les cieux. Alors qu'Ishtar avait rejoint la prêtresse, Shaka en avait profité pour s'entraîner, puis méditer et c'est dans une position de méditation que la déesse le trouva lorsqu'elle fut enfin de retour. S'adossant à la porte qu'elle venait de fermer, son regard vert fixa pensivement le dos de son amant, simplement assis au sol en position du lotus, et qui faisait face à la direction opposée, comme accueillant les rayons de soleil. De dos, le soleil couchant nimbait de reflets de feu sa longue chevelure dorée, contrastant avec le noir des vêtements qu'il portait, son armure reléguée près de la fenêtre. Son cosmos était à peine perceptible, mais sa présence et sa sérénité emplissaient l'air.
Inspirant profondément, Ishtar se décida finalement à se mouvoir, pour finir par s'asseoir gracieusement devant son amant, les plis de sa robe s'étalant autour d'elle en une corolle de tissu. Un sourire s'étira sur les lèvres de Shaka, puis il consentit à ouvrir les paupières, ses yeux d'un bleu magnétique examinant avec intérêt l'expression de sa compagne. Elle soutint son regard en silence jusqu'à ce qu'il prenne la parole.
« Tu peux encore changer d'avis... » Finit-il par dire d'un ton apaisant.
« J'ai pris ma décision. C'est juste, étrange et bizarre. Je ne sais pas... »
« Je ne verrai que ce que tu accepteras de me montrer. Tu me guideras dans tes souvenirs. » Comme souvent lorsqu'elle était nerveuse, il la vit se mordiller la lèvre inférieure alors qu'elle baissait les yeux, son regard perdu dans le vide. « Fais-moi confiance. »
Elle releva le regard vers lui, sans pour autant qu'il puisse déchiffrer l'expression fermée de son visage. Elle l'observa sans mot dire pendant de longues secondes, son regard d'un vert minéral semblant le scruter, comme cherchant une réponse à une question qu'elle seule connaissait, puis au moment où il crut qu'elle allait changer d'avis, elle ferma les yeux, déployant lentement son cosmos argenté autour d'elle. L'observant attentivement, il attendit qu'elle soit suffisamment détendue pour fermer les yeux et déployer lui aussi son aura, allant à la rencontre de l'esprit de la déesse.
Il ne perçut rapidement plus que le cosmos d'Ishtar, qui lui fit bientôt face dans un décor totalement différent. Elle regardait autour d'elle comme semblant ne pas croire en la précision de tout ce qui l'entourait, comme reconstitué avec une minutie presque maniaque. Ils se trouvaient près d'un bassin d'eau peu profonde, entouré d'arcades formant un patio. L'un des côtés donnait sur ce qui semblait être l'entrée d'appartements. Le soleil brillait vivement, les mosaïques sur les colonnes et les arcades brillaient de mille feux, mais c'était une lumière étrangement désincarnée, ne procurant aucune chaleur.
« Nous sommes à Babylone, dans la partie des jardins suspendus qui m'était réservée. Tu ne peux pas imaginer le nombre d'heures que j'ai pu passer ici, exactement à cet endroit. Je m'y asseyais souvent, juste pour profiter du soleil et réfléchir. » Murmura finalement Ishtar, se baissant presque malgré elle pour effleurer sans y croire la surface de l'eau du bassin, qui n'avait pas plus de consistance que de la fumée. « Je ne sais pas si je le supporterai, c'est à la fois si réel et si vide de substance... »
« Les souvenirs ne peuvent pas t'atteindre, tu es dans ton propre esprit. » Il avait beau se tenir à côté d'elle, en tout cas en esprit, il lui semblait que la voix de Shaka était à la fois proche et lointaine, comme habitée par un écho.
« Mais d'habitude, je n'ai pas l'impression d'être physiquement à l'intérieur de mon souvenir. Je pensais... J'étais acteur, je deviens spectateur n'est-ce pas? C'est bien ça? »
« Tu verras ton double de l'époque comme si c'était une autre personne oui... » Ishtar sourit tristement, puis se releva, observant pensivement sa main que l'eau irréelle du bassin n'avait pas pu mouiller. Elle soupira.
« J'ai plusieurs souvenirs à te montrer Shaka... Je n'ai pas très envie de les revivre pourtant... Le premier c'est la perte de mon cosmos... »
Lentement elle se dirigea vers l'entrée de l'appartement qui donnait sur le patio, d'abord imprécis lorsqu'ils y pénétrèrent, les contours de la pièce sortirent du néant pour se préciser, laissant apparaître l'Ishtar de l'époque coincée sous le poids de Zeus, réduite au silence par une main sur sa bouche alors qu'une autre main auréolée de cosmos s'était posée à la naissance du cou de la déesse. Elle se débattait en vain. Les deux cosmos augmentèrent violemment, envahissant la pièce d'un éclat à déchirer les rétines, puis ce fut la pénombre à nouveau, où seul le cosmos de Zeus luisait doucement désormais. Malgré la brièveté de la scène, il avait pu tout ressentir comme elle l'avait ressenti à l'époque, la surprise, l'incompréhension, l'angoisse, la sensation d'étouffer alors que le cosmos de l'olympien luttait contre le sien et s'insinuait en elle. Le fait d'être aussi intimement lié à l'esprit de la déesse avait quasiment fait ressentir physiquement à la Vierge les sensations que la déesse avait ressenties à l'époque.
« Ça a été rapide. Je ne me suis réveillée que parce qu'il avait déjà commencé à me priver de mon cosmos. C'est une sensation vraiment indescriptible, c'est... Je ne pense pas qu'il anéantisse le cosmos, puisqu'il a été capable de me le rendre, mais il doit trouver une sorte de moyen pour couper toute liaison entre esprit et cosmos. Pour la première fois de ma vie, mon cosmos ne répondait plus à ma volonté. C'était comme de me retrouver soudainement privée d'un sens, mais en pire, comme si j'étais à la fois devenue étrangère au monde et à moi-même. Après ça, j'ai été en état de choc et il y a de longues minutes où je ne me souviens de rien. Vraiment de rien. » Ishtar, visiblement très pâle, observa son double, prostré sur le lit, alors que tout le décor devenait flou, semblant perdre contenance.
« Ishtar... » Elle tourna le visage vers Shaka, semblant visiblement perdue. « Nous sommes dans ton esprit, essaie de te calmer, ce ne sont que des souvenirs... »
« Tu... Mon souvenir suivant, c'est... C'est mon frère et son combat contre Zeus. Je ne sais pas comment ils ont commencé ni combien de temps ils se sont battus avant que je ne reprenne mes esprits. Je n'ai que des bribes de conversation qui me reviennent. Je ne me souviens réellement du combat qu'à partir du moment où je suis sortie de mon état de choc... »
Le décor changea à nouveau autour d'eux. Ils étaient dans la même pièce, mais l'endroit était dévasté par le combat qui y prenait place. Un jeune homme à la longue chevelure d'un blond très pâle, presque blanc, revêtu d'une armure ailée d'un blanc translucide, comparable à celle d'Odin, était en train de se battre avec Zeus, qui avait désormais retrouvé sa forme véritable. Les coups qu'ils s'échangeaient se firent de plus en plus précis à mesure que les souvenirs de la déesse se faisaient moins confus, jusqu'à atteindre la netteté d'une scène qui aurait été en train se de dérouler dans le présent. Un net avantage semblait être pris par le frère d'Ishtar, qui évitait les coups de Zeus avec une facilité déconcertante tout en ratant rarement les siens.
Zeus envoya un autre éclair, mais Shamash l'évita en se téléportant, puis réapparut suffisamment rapidement pour donner un violent coup de genou dans le visage de l'olympien qui se retrouva projeté au sol tandis que son casque volait plusieurs mètres en arrière. Il ne du sa survie qu'à l'une des ailes de son armure, qui vint parer le coup d'épée que lui asséna aussitôt le dieu de la Justice, qui ne comptait certainement pas lui laisser le temps de se redresser. Un nouvel éclair donna à Zeus le temps de se relever alors que son opposant se téléportait pour éviter la décharge, avant de réapparaitre au même endroit une fraction de secondes plus tard.
« Je t'ai déjà dit que tenter de me combattre est une perte de temps. Je peux lire dans ton esprit et voir quels coups tu vas me porter. En conséquence, je te demande de te rendre Olympien. » Demanda calmement le dieu de la Justice. « En dépit de tes agissements, je suis prêt à me montrer clément si tu rends son cosmos à ma sœur. »
Zeus se redressa en souriant, essuyant d'un revers de main le sang qui lui coulait au coin de la bouche. Malgré son apparence malmenée - son armure divine était endommagée en plusieurs endroits et du sang coulait d'une blessure à la cuisse, une lueur malsaine dans son regard gris bleu indiquait qu'il était loin de rendre les armes.
« Tu ne peux pas me vaincre, me tuer signifierait priver ta sœur de son cosmos à jamais. Et tu le sais... »
Shamash écarquilla les yeux. Shaka aussi d'ailleurs, qui observait la scène avec un immense intérêt. Le dieu de la Justice était désormais entouré par trois Zeus, sans sembler être capable de distinguer lequel était le vrai. Le dieu de la Justice pâlit mais ne désarma pas pour autant, plaçant son épée en position d'attaque.
« Une telle attaque est impossible. Nul ne peut scinder son cosmos. Comment puis-je ressentir trois présences? C'est une illusion. » Réagit le babylonien, fronçant les sourcils alors qu'il observait Zeus et ses deux répliques se mettre à marcher autour de lui, tout en pointant dans un synchronisme parfait leurs épées vers le centre du cercle. Épées qui semblèrent se couvrir d'éclairs. Il ferma les yeux, cherchant à percevoir avec son cosmos ce que sa vision l'empêchait de distinguer.
« Tu peux lire mon esprit, n'est-ce pas... » Shamash eut à peine le temps de comprendre l'attaque de Zeus. Il n'avait jamais eu l'intention de l'attaquer lui. Il savait qu'en l'affrontant directement, il n'avait aucune chance de vaincre face à un ennemi lisant dans ses pensées. Il allait jouer sur sa faiblesse. Shamash n'eut que le temps de s'interposer, subissant de plein fouet l'attaque de Zeus. Sous les yeux horrifiés de l'Ishtar de l'époque, Shamash s'écroula à moins d'un mètre devant elle, la protégeant de son corps contre l'attaque de l'Olympien. Elle se précipita vers son frère, pour essayer de le soigner, mais Zeus l'immobilisa de sa simple volonté avant qu'elle n'atteigne son but.
Shaka quitta la scène du regard. Il pouvait ressentir aussi distinctement que si cela avait été ses propres sentiments la détresse passée et présente de la déesse.
« On peut arrêter si tu... »
« Non. Tu dois voir la suite. »
Comme un chat se délectant de jouer avec une souris, Zeus sembla s'approcher au ralenti du dieu mourant.
« Je t'avais pourtant fait une proposition intéressante, Ereshkigal ne souhaitait pas ta mort, j'aurai été prêt à t'épargner si tu avais accepté de me servir. Un dieu qui lit dans les pensées d'autres dieux, cela m'aurait été utile. Mais peut-être aurais-tu été trop dangereux. » Zeus s'agenouilla prêt de Shamash, qui tentait vainement de se redresser malgré la mare de sang qui s'étalait lentement autour de lui. Il enserra son cou d'une main gantée de métal, redressant le visage du babylonien vers lui alors que leurs regards s'affrontaient. « Lis dans mes pensées maintenant... »
Il y eut l'éclat du cosmos de Zeus, puis celui de l'autre, qui essaya de se débattre quelques instants avant de sembler se résigner, son aura cessant de combattre celle de l'olympien pour venir entourer Ishtar d'une vive et intense lumière avant de se volatiliser, comme finalement anéantie par Zeus. Ses dernières secondes, le dieu de la justice n'avait pas cherché à se débattre ou à lutter, il savait qu'il avait perdu. Il empli l'esprit de sa sœur de son cosmos, lui transmettant pensées, souvenirs et amour, en une vague d'émotions que le chevalier de la Vierge reçu également de plein fouet, son esprit trop connecté à l'esprit de la déesse pour l'éviter. Puis ce fut la disparition du cosmos, et le bruit glaçant d'une lame mortifère accompagné par un cri horrifié, depuis si longtemps passé et pourtant incroyablement vivace. Shaka frissonna, il ressentait également la douleur qu'Ishtar éprouvait en cet instant. Il préférait d'ailleurs éviter de considérer immédiatement toutes les implications de ce qu'il avait vu dans ce qu'avait transmis le dieu à sa sœur, une vie entière, transmise dans ces derniers instants, et qui résonnait étrangement à l'intérieur du chevalier de la Vierge. Il lui fallut toute sa discipline mentale pour arriver à contrôler l'immense confusion qui menaçait de le submerger. Il faillit rompre le lien psychique l'unissant à Ishtar mais parvint à le maintenir. Elle était tellement perturbée qu'elle ne sembla pas s'en rendre compte.
Le souvenir se figea alors et la scène sembla perdre sa netteté. Shaka tourna le visage vers Ishtar en entendant qu'elle s'adressait à lui d'une voix atone.
« Je ne peux pas l'expliquer, mais ensuite, il m'a laissée seule et est allé combattre mon père. A la manière précipitée dont il a disparu, je ne peux que penser qu'on l'a contacté via son cosmos, mais je n'en avais plus alors je ne peux que faire des suppositions. Je suis restée là, à pleurer sur mon frère en comprenant trop tard que... » Elle se tut, le sujet étant visiblement encore sensible.
« Ensuite? »
« Ensuite, rien, je suis restée auprès de son corps à essayer stupidement de le soigner, à chercher à retrouver mon cosmos pour le ramener à la vie. J'étais désespérée. J'aurai pu essayer de partir ou de m'enfuir, mais à quoi bon? Je savais que si mon père n'arrivait pas à le vaincre, Zeus me retrouverait facilement. Ce n'est pas comme si j'avais pu passer inaperçue parmi les humains de toute façon... Les seules choses que j'ai pu soigner ce soir là, c'est Zeus, contre ma volonté, et l'armure de mon frère. Je ne me suis jamais autant haïe que les heures qui ont suivi cet instant... Je voudrais que tu puisses voir un dernier souvenir... J'espère que ça t'aidera dans ce que tu recherches, ce souvenir a lieu peu de temps après... »
Le décor changea à nouveau autour d'eux. Une intense odeur de brûlé emplissait l'air. Zeus était debout au milieu de ce qui avait été un champ de bataille. On pouvait voir, au loin, les hautes flammes qui consumaient la ville de Babylone, réchauffant jusque là d'une chaleur infernale l'air glacé de la nuit du désert. L'une des longues ailes de son armure était brisée, il avait une profonde entaille sur la joue, plusieurs endroits, dont le torse de son armure, luisaient d'un sang dont on ne savait s'il était sien ou celui du gisant étendu à ses pieds. C'était Sin, le patriarche de Babylone, réalisa Shaka, l'information lui étant transmise immédiatement et sans qu'il le veuille par les souvenirs de Shamash, qu'il avait un mal fou à endiguer.
« Seigneur, nous l'avons retrouvée, mais impossible de retrouver son armure, ni celle de son frère. » Zeus se tourna vers celui de ses hommes qui avait parlé, l'observant d'un air contrarié.
« Cherchez encore dans ce cas. » Il fit un signe, ordonnant à l'autre de partir pour être seul avec Ishtar, ligotée et désormais habillée, mais qui ne semblait pas être réellement consciente de qui elle avait face à elle car trop occupée à observer alternativement la dépouille de son père aux pieds de Zeus et au loin, la silhouette de la ville en flammes sur laquelle les jardins suspendus n'en finissaient pas de s'effondrer, morceaux par morceaux, pierres par pierres.
« Où sont-elles ? Je suis certain que tu sais où elles sont… » Le rire de la déesse, presque hystérique, s'éleva.
« Pauvre idiot, tu peux me tuer, je ne te dirai rien. »
« Tu as de la chance d'être aussi belle, je n'épargne pas grand monde d'habitude, mais je te déconseille d'abuser de ma patience. »
« C'est facile de menacer une femme ligotée. Tu me fais pitié. » Elle ne baissa pas le regard lorsqu'il la saisit à la gorge, visiblement excédé, ce simple contact suffit apparemment à Zeus pour que l'entaille sur sa joue se résorbe d'elle même et disparaisse avec ses autres blessures.
« Tu va devoir m'obéir sagement désormais, sauf si tu tiens à en subir les conséquences. Après tout, tu n'es pas supposée survivre à cette nuit...»
Lorsqu'il la vit cracher au visage de Zeus, Shaka se demanda brièvement si Ishtar n'avait pas cherché à ce qu'il la tue. Il avait beau savoir que c'était des souvenirs, il n'arrivait pas à demeurer indifférent à ce qui se produisait sous ses yeux, d'autant qu'il ressentait le mélange de peine, de haine et de peur qui emplissait le souvenir.
« Tu veux que je te livre à la soldatesque c'est ça? Ils devraient apprécier... Viens... » Zeus trainait désormais à moitié Ishtar par les cheveux dans l'indifférence générale des soldats alentour, trop occupés à aller et venir en pillant tout ce qui pouvait l'être dans la ville qui se mourrait. Zeus força Ishtar à le suivre jusqu'à la rangée de tentes qui apparemment avaient servit d'état major aux troupes lors de la bataille et au centre de laquelle se trouvait une tente beaucoup plus imposante, dont les tissus précieux trahissaient l'identité de son occupant. La déesse déchue fut bientôt jetée à l'intérieur sans ménagement.
« Tu ne devrais pas me provoquer. Nous pourrions nous entendre tous les deux. » Murmura Zeus en se rapprochant de la déesse toujours au sol, qui le regardait avec un mélange assez étrange de haine et de peur, sans que l'on puisse déterminer ce qui était le plus puissant. Le fait est qu'elle tremblait mais ne cherchait pas à se débattre à nouveau, ayant parfaitement compris que c'était inutile et de toute façon, elle avait les poignets liés dans le dos, ce qui avait rendu la chute particulièrement douloureuse, malgré l'épaisseur des tapis.
La peur prit cependant le dessus lorsqu'elle le vit enlever son armure. Il fut bientôt agenouillé près d'elle, seulement vêtu d'un pantalon. A sa grande surprise cependant, il la détacha, la frôlant à peine. Méfiante, elle l'observa avant de se redresser pour s'assoir au sol, frottant tour à tour ses poignets meurtris. Il l'examina quelques instants de ses yeux d'un gris bleu insondable.
« Pourquoi? » Finit-elle par demander d'un ton vide de toute émotion.
« Tu as scellé ton sort et celui des tiens en me laissant t'approcher, mais tu devrais t'estimer chanceuse vraiment... » Zeus ferma les yeux, une ample toge blanche brodée d'or se matérialisant autour de lui. « Il semble que mes frères viennent d'arriver, tu vas avoir le privilège de les rencontrer. A ta place, je resterai sagement assise dans mon coin... Sauf si tu tiens à me contrarier... » Il lui tendit la main pour l'aider à se relever, main qu'elle ignora ostensiblement avant de se lever d'elle-même. Elle fut cependant contrainte de lui obéir lorsqu'il la força à prendre place dans un siège près de la table couverte de plans qui emplissait le fond de la tente.
Zeus tourna la tête alors que le rabat de l'entrée se soulevait, livrant passage à l'un de ses chevaliers, qui s'inclina avant de laisser passer à sa suite Poséidon et Hadès, que Shaka ne reconnut qu'à leur armure, chacun ayant investit le corps d'un mortel dont ils se servaient comme hôte. Le visage de Zeus s'illumina, alors qu'ils prenaient l'un après l'autre dans ses bras ses frères pour une franche accolade.
« Mes frères! Je suis si heureux... Alors? »
« Tu vas vérifier par toi-même que nous n'avons pas perdu notre temps. Faite les amener! » Ordonna Poséidon au chevalier de Zeus, qui s'inclina et sortit. « Je constate que tu es en charmante compagnie... »
« Je vous présente Ishtar, ancienne maîtresse de ces lieux. Elle a le langage un peu rude, mais ça lui passera... »
« Tu comptes la laisser en vie? » S'étonna Hadès, avant de se tourner vers Ishtar et de préciser avec une politesse étrangement déplacée. « Ça n'a rien de personnel... »
La concernée ne rétorqua même pas, mais le fixa d'un regard vide de toute émotion, ou au contraire, tellement anesthésié par l'horreur et la douleur des dernières heures que ses yeux verts en étaient devenus dépourvus de vie, des minéraux aussi froids qu'une pierre tombale.
« Elle peut ramener les morts à la vie et c'est une excellente guérisseuse. Je refuse de la tuer tant que je n'y suis pas contraint. » Répondit Zeus, semblant ignorer l'échange de regards silencieux entre dieu de la mort et incarnation du désespoir. Échange interrompu par le retour du soldat qui avait introduit Hadès et Poséidon.
« Les voici seigneurs... » Une succession de chevaliers défila dans l'immense tente, amenant une par une environ une vingtaine de personnes inconscientes. Presque aussitôt, l'odeur âcre du sang se fit sentir dans le large espace de la tente alors que les mourants étaient alignés sur les tapis au sol.
« Il n'y a que peu de survivants. Pour ma part, seul Horus a réussi à s'enfuir, le reste est ici. » Finit par articuler Hadès.
« J'ai eu deux pertes, l'un qui s'est enfui et l'autre que j'ai tué et qui va certainement se réincarner, le reste est ici également. » Compléta Poséidon suite au rapport de son frère.
Ishtar se mordit la lèvre, sentant un haut le cœur l'envahir en reconnaissant de nombreux visages familiers parmi les dieux qui, elle n'en doutait pas, allaient se faire exécuter sous ses yeux.
« Je ferai mieux de m'en occuper tout de suite. » Conclut Zeus. « Asseyez-vous je vous en prie. Nous allons devoir discuter. »
Alors que pâle comme la mort, Ishtar semblait tétanisée, Hadès et Poséidon tournaient le dos à la scène, discutant désormais comme si tout cela était parfaitement normal, tandis que dans un macabre travail à la chaîne, Zeus retirait le cosmos des divinités mourantes, pour la plupart inconscientes, avant de les achever à l'épée. Au bout du quatrième, la scène devint noire, disparaissant.
« A ce moment là, je me suis évanouie. Mes nerfs ont lâché je crois... » Murmura Ishtar. Impossible d'avoir d'autres souvenirs, quand je me suis réveillée, les corps avaient été retirés et il n'y avait plus la moindre trace de sang au sol. Ils étaient tous les trois encore là et discutaient gaiement des dernières batailles à mener pour éradiquer les rares poches de résistance qui leur tenaient encore tête. Je crois que c'est cette nuit là qu'ils ont réellement achevé la conquête de ce monde et qu'ils sont devenus ce qu'on nomma ensuite les trois grands... Je n'ai pas d'autres choses à te montrer. Tu l'as vu me rendre mon cosmos. C'est la seule fois, à ma connaissance, où il ait permit à qui que ce soit de récupérer son cosmos. Je ne pensais même pas que c'était possible... »
« Détends toi Ishtar, je vais quitter ton esprit maintenant. »
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle était toujours assise, Shaka face à elle, en position du Lotus. Il ne prit pas la parole immédiatement, la laissant se réhabituer à ce qui l'entourait. Leurs deux cosmos continuaient à les entourer, étroitement liés en une lueur striée de vagues or et argent.
« Tu as l'impression que ça a duré des heures, mais je t'assure qu'il ne s'est pas passé plus de quelques secondes. »
« Tu as obtenu ce que tu souhaitais? » Il déplia ses longues jambes, quittant sa position de méditation.
« Je crois. Je sais que ça a été pénible pour toi de revivre tout cela. Je suis désolé. » Murmura-t-il avant de se relever, s'éloignant de quelques pas pour s'approcher de la fenêtre de sa chambre, observant son propre reflet fantomatique dans la vitre encadrée de buée. Elle tourna le visage vers lui, fixant avec incertitude sa silhouette. L'union de leurs cosmos, qui n'avait pas cessée, lui permettait de percevoir son trouble, le doute en lui, tout comme elle était certaine qu'il pouvait ressentir ses incertitudes à elle, le sentiment de fragilité qu'elle éprouvait depuis qu'elle avait accepté de se mettre psychiquement à nu devant lui.
« Shaka? »
« Je n'avais pas réalisé. » Murmura-t-il. « Lorsque tu t'es réveillée après avoir retrouvé ton cosmos et tes souvenirs, tu m'as appelé Shamash... Tu m'as dis ensuite que je lui ressemblais, mais tu as oublié de préciser que je suis son portrait vivant. C'est au-delà d'une simple ressemblance Ishtar... Et cet amour qu'il ressentait pour toi, et toi pour lui... Dans ton souvenir, j'ai ressenti ses derniers instants comme si j'avais été à ta place... Je comprends pourquoi tu as aussi peur que l'histoire se répète, que je puisse me sacrifier pour toi... Je ne suis pas lui. Je ne suis pas ta seconde chance avec lui... » Souffla-t-il, presque pour lui-même.
Il venait de prendre en pleine figure les souvenirs d'Ishtar, ainsi que les mille ans d'existence du dieu babylonien de la justice comme s'il avait vécu ces instants là lui-même. Il avait l'impression de perdre pied. Dans ses derniers instants, Shamash avait transmis toute sa vie à Ishtar, et en partageant ce souvenir, leurs cosmos aussi liés l'un à l'autre, elle avait tout retransmis au chevalier de la Vierge sans que les barrières mentales du chevalier soient capables d'endiguer un tel flot. Il régnait désormais une telle confusion dans son esprit.
« Ce n'est pas ce que je ressens envers toi. » La Vierge entendit à peine Ishtar, il savait qu'elle ne comprenait pas toutes les causes de son trouble, elle ne s'était pas rendue compte de la force du lien psychique qui les avaient liés quand il était dans son esprit. Si tel avait été le cas, il était certain qu'elle n'aurait pas partagé les derniers instants de son frère.
« Je ne sais plus... »
Teaser (petit extrait du chapitre suivant) : Un sourire mauvais au coin des lèvres, trahissant un mélange d'irritation et de dédain, Kanon observait la foule désormais presque au complet qui occupait l'espace de la salle de réception, et des salles voisines, alors que les notes de l'orchestre embauché pour la soirée emplissaient l'air d'une mélodie discrète et classique. Personne ne dansait, pas encore, c'était ce genre de moment dans les événements mondains où l'on s'échange des informations entre hommes du monde, où l'on négocie et noue des contacts. Kanon n'était pas un homme du monde, et si pour l'heure il était vêtu d'un costume, la simple lueur agressive de son regard trahissait son caractère trop sauvage pour faire partie de ce monde là. Il les méprisait, convaincu de sa propre supériorité, et, caché par l'angle que faisait l'estrade de la scène, il observait sans être vu, analysant où se trouvaient les autres loups en costume, tous les autres cosmos qui comme le sien, trahissaient plus que ce qu'il n'y paraissait. Et les loups étaient nombreux ce soir.
Et oui, le bal arrive au chapitre suivant, et les loups vont se faire un plaisir d'entrer dans la bergerie.
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