Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Publication du chapitre : le 27/09/2020

Disclaimer: Masami Kurumada est l'auteur de l'œuvre originale.

Divers : Je ne pouvais pas laisser cette histoire inachevée, les personnages me hantaient. Ils sont comme mes enfants et ils méritent de voir leur destinée accomplie. Désolée de ne pas avoir posté de nouveau chapitre depuis si longtemps. Pour me faire pardonner, celui-ci est particulièrement long.

Dans ce chapitre : Kanon dans toute sa splendeur! Et Zeus, parce qu'il faut bien un méchant, et qu'en matière de méchant, il se pose bien là! Ah et le fameux bal que vous attendiez tant !

Bonne lecture !


Chapitre 22 – La justice du Chaos


Ishtar se leva, s'approchant de Shaka, qui immobile lui tournait toujours le dos et demeurait silencieux, faisant face à l'extérieur, le regard perdu sur le paysage visible à travers la baie vitrée qui menait sur le balcon enneigé. D'une main placée sur son épaule, elle le fit se tourner vers elle, sans qu'elle ne puisse déchiffrer son expression. Il plongea son regard d'un bleu intense dans le sien, demeurant silencieux un long moment, comme s'il cherchait à évaluer quoi faire d'elle, ou quoi dire. L'union de leurs cosmos, qui avait permis qu'il entre dans son esprit, s'était dissipée en laissant une étrange sensation de vide. Ishtar laissa retomber la main qu'elle avait posée sur lui.

"Je n'ai fait que répondre à ta demande" Finit-elle par dire calmement. Elle ne le quittait pas du regard, cherchant à évaluer l'impact que tout ce qu'elle lui avait transmis avait sur lui. Shaka était très pâle, pâleur accentuée par le noir de la tenue qu'il portait. Il semblait comme vidé de ses forces. Seuls les rayons du soleil couchant, qui passaient à travers la fenêtre derrière lui, animaient sa silhouette de reflets rougeoyants.

Il ferma les yeux, pressant ses doigts contre ses tempes. Il sentait poindre une intense fatigue psychique. Il eut soudain conscience que ce qu'il venait de vivre aurait sans doute rendu fou ou tué un esprit non préparé.

"Comprends-tu ce que j'ai pu voir? Tu m'as fait parcourir tes souvenirs, mais notre lien psychique faisait que je vivais ce que tu vivais..." Elle sentit une boule glacée se nouer dans ses entrailles.

"Tu as perçu ce qu'il m'a transmis en mourant? " Souffla-t-elle.

"Oui" Répondit-il simplement. "Tout".

Elle s'écarta de quelques pas, chancelante et s'approcha de l'un de fauteuils de la chambre de Shaka pour y prendre appui. Elle ne comprenait que trop bien ce qu'elle venait de lui infliger et la difficulté, même pour Shaka, d'absorber un tel choc mental. Mais aussi et surtout, toutes les implications : s'il avait accès à la mémoire de son frère, alors Shaka avait aussi accès à tout le mal qu'elle avait causé et dont Shamash avait été témoin. Toutes les scènes de meurtres, d'orgies... Elle en avait la nausée.

"Tu as vu ce que j'étais" Dit-elle, faiblement mais distinctement. "Tu l'as toujours su, mais c'est autre chose de le voir..."

Le Chevalier de la Vierge ne répondit pas immédiatement, mais rouvrit les paupières, laissant errer son regard sur Ishtar. Elle avait raison.

Elle avait usé de l'attraction qu'elle dégageait pour tuer et manipuler, souvent juste par pur plaisir ou ennui divin. Et pourtant, depuis qu'il l'avait rencontrée, il avait toujours perçu une fragilité, une faille, un repentir qui le rendaient incapable de la condamner. Et dans son esprit, les images de la déesse, anciennes et actuelles, se mêlaient dans une confusion totale crée par la foule d'images et d'informations transmises par la mémoire de Shamash, à laquelle Ishtar lui avait involontairement donné accès.

"Tu n'es plus celle que tu étais." Finit-il par affirmer calmement.

Elle releva le regard vers lui. Elle pensait voir du dégoût sur son visage, mais rien de cela dans l'expression de la Vierge, qui reflétait plutôt une profonde lassitude et de la confusion.

Elle prit une grande inspiration.

"Je ne suis pas fière de mon passé. Mais je vais être honnête : Oui tu lui ressembles à un point qui en est troublant et sans qu'aucune explication logique ne me satisfasse." Elle marqua une pause, comme cherchant ses mots. Son regard avait quitté le visage de son compagnon pour se poser dans le vide. "Mais tu n'es pas lui. Contrairement à lui Shaka, tu n'hésiterais pas à te rebeller contre moi si je devenais malfaisante à nouveau. Je ne passerai jamais avant tes valeurs et tes convictions. Il n'y a aucune confusion dans mon esprit entre ce que j'éprouve pour toi et la relation que j'avais avec lui. Et d'ailleurs, tu m'as attirée comme un aimant dés notre première rencontre, alors-même que je ne savais plus qui j'étais..." Elle secoua la tête, passant un main sur son visage, comme réalisant quelque chose."Je regrette ce qui vient de se produire. Je ne voulais pas t'infliger ça, mais s'il y a un avantage à tout ça, c'est que très probablement, avec tout les souvenirs de mon frère, je t'ai donc également transmis ses connaissances, son art du combat, ses techniques... Mon cosmos ne sert qu'à soigner et je ne peux pas en tirer profit, mais toi par contre, tu pourras utiliser tout ça..."

Il ferma les yeux. En y réfléchissant et autant que son esprit le lui permettait dans son état actuel, cela lui semblait possible. Les heures d'entraînement, les techniques, les combats, la sensation de l'armure divine sur la peau, celle d'une épée entre les mains, tout était là dans la mémoire devenue désormais aussi la sienne. Il fronça les sourcils, essayant de reprendre le fil de ses propres pensées et chassant toutes les images parasites qui apparaissaient dans son esprit.

Il fit quelques pas pour s'approcher d'Ishtar, qui avait cessé de parler et l'observait à nouveau, toujours debout et appuyée contre le fauteuil près duquel elle avait trouvé refuge. En silence, il lui tendit la main, l'attirant à lui pour la serrer dans ses bras. Elle se laissa faire avec soulagement, se lovant contre son torse, tandis qu'il penchait la tête pour déposer un baiser rapide sur le haut du crâne de la déesse. Sa chevelure dégageait un léger parfum, familier et apaisant. Il sentit son intense mal de tête diminuer au contact d'Ishtar, mais il ne disparut pas totalement. Elle ne soignait pas les esprits après tout...

"Shaka?" Murmura-t-elle après un silence.

"Oui?" Il ne put pas voir le sourire malicieux qui s'étirait désormais sur le visage de sa compagne.

"Est-ce que ça veut dire que tu viens de devenir instantanément...?" Elle s'interrompit.

"Devenir quoi?" Elle leva les yeux vers lui pour observer son visage calme.

"Un dieu du sexe?" La Vierge se crispa instantanément, sentant ses joues devenir brûlantes alors qu'aussitôt qu'elle avait prononcé ses mots, des images totalement non souhaitées se formaient dans son esprit, qu'il eut un mal de chien à réprimer. Elle éclata de rire.

"Ah je me sens mieux! Shamash n'aurait jamais rougi à truc pareil. C'est bien toujours toi!"

"Ce que tu viens de dire est tordu à tellement de niveaux Ishtar, c'était totalement..."

"Pervers?" Souffla-t-elle amusée. Il sourit malgré lui.

"Il n'y a bien que toi pour penser à ça dans un moment pareil." Son sourire s'effaça rapidement cependant, alors qu'il rouvrait les yeux et posait son regard d'un bleu magnétique sur elle, la scrutant d'un air songeur. "Ton aura n'est plus la même, il y avait quelque chose de bien plus sauvage dans ton cosmos avant..."

Elle se détacha de lui subitement, lui tournant le dos pour s'approcher de la baie vitrée et poser sa main contre la vitre froide. La femme amusée quelques instants plus tôt avait totalement disparu, laissant place à une divinité silencieuse. Lorsqu'elle finit par abaisser sa main, la forme de ses doigts s'était dessinée avec la buée. Il l'observa sans bouger.

"Tu vois ça Shaka? Il y a le contour, la forme... Mais ce n'est qu'une ombre glacée et un reflet de la main qui était là, vivante et vibrante, quelques secondes plus tôt". Elle se tourna vers lui, faisant luire son cosmos entre ses doigts, auréolant sa main de lumière argentée. "Le cosmos fonctionne exactement pareil. Il n'est toujours que le reflet de notre rage de vivre, l'expression de notre force intérieure... Mon frère était le témoin de mon premier millénaire d'existence, les trois millénaires suivants n'ont pas été aussi... disons, tendres, avec moi". Elle ferma le poing, son cosmos disparaissant instantanément. "Je ne sais que trop bien tout ce que j'ai perdu et tout ce que j'ai vécu." Elle sourit amèrement. "S'il te plaît, ne mentionne plus devant moi ce que les souvenirs de Shamash t'enseigneront sur moi. Je n'aime pas contempler mes cicatrices".


Kanon avait partagé sa journée entre sanctuaire sous-marin, où il avait effectué une revue totale des troupes et de l'avancement de l'entraînement des nouvelles recrues, et l'immense yacht de la famille Solo, où les derniers préparatifs pour la fête du soir avaient lieu. Il s'était particulièrement intéressé au dispositif de sécurité. Circé, depuis leur altercation, avait suivi ses ordres avec diligence et avait tout mis en place de son côté pour la levée de fonds qui devait avoir lieu pour les victimes du raz-de-marée et l'aide à la reconstruction.

Le Dragon des mers n'avait pas vraiment l'âme d'un organisateur de soirées et avait délégué la plupart des tâches. Il avait cependant veillé à ce que règne le faste nécessaire pour faire honneur à sa divinité tutélaire. Divinité qui, pour l'heure, était debout face à lui et lui tournait le dos.

Respirant l'air iodé avec une délectation quasi sensuelle, les yeux mi-clos, les mains appuyées avec une désinvolture toute mondaine sur la balustrade qui ceignait la terrasse de sa luxueuse cabine, il était difficile de déterminer si le dieu de la mer écoutait le chant des vagues, ou bien si c'était son élément qui, d'un calme absolu, attendait la volonté de son maître. Le soleil se couchait, ses rayons s'étendaient paresseusement à l'horizon. Il venait d'écouter le compte rendu de Kanon sans mot dire, tandis que le vent marin venait caresser son visage.

"Mon frère a-t-il confirmé sa présence?" Finit-il par demander.

"Nous n'avons eu aucun retour."

"Et Ishtar?"

"Je lui ai remis hier la tenue que vous aviez choisi pour elle. Elle viendra."

Poséidon se tourna à moitié, observant de profil le Dragon des mers, qui était toujours à distance respectueuse.

"Elle nous déteste tous n'est-ce pas?" Kanon haussa un sourcil.

"Avec tout mon respect, il est compréhensible qu'elle ne porte pas les Olympiens dans son cœur. Mais il ne me semble pas qu'elle vous déteste. Je n'en dirais pas autant de Zeus."

"Approche Dragon des mers".

Celui-ci obéit, se demandant s'il avait été trop franc et suscité la colère de son maître. Mais le dieu lui fit signe de prendre place à ses côtés. Ils se trouvèrent tous les deux debout à observer l'horizon, côte-à-côte.

"J'ai entendu beaucoup de rumeurs sur vous deux. Quelle est ta relation avec Ishtar? Je me fiche de savoir si vous êtes amants, je veux savoir si elle te fait confiance". Demanda le dieu.

"Elle n'en fait qu'à sa tête. Mais oui, je crois qu'elle me fait confiance."

"Parfait." Murmura Poséidon, avant de baisser le regard et de tendre le bras pour désigner l'un des ponts inférieurs, où allait se dérouler la réception. "Tu as compris que tout ceci n'est qu'une mascarade n'est-ce pas? Regarde-moi"

Kanon se tourna, plongeant son regard aigue-marine dans les yeux de Poséidon. Le contraste entre le visage jeune de Jullian et la puissance ancienne qui émanait de ses pupilles était saisissant en cet instant. Le Dieu n'autorisait pas qu'on le regarde ainsi habituellement. Cherchait-il à lire dans son esprit? Ou à le convaincre de ce qu'il semblait être sur le point de dire? Bien sûr que Kanon avait noté que tout ceci était parfaitement inhabituel. Il lui semblait évident que Poséidon organisait cette réception de manière trop minutieuse pour ne pas avoir un motif caché, mais il n'avait pas réussi à comprendre ses intentions jusque-là.

"J'ai une mission pour toi. Bien plus importante que toutes celles que j'ai pu te confier auparavant et qui montre que je te porte une confiance totale. " Kanon hocha calmement la tête.

"Que souhaitez-vous?" Un sourire mauvais se dessina sur le visage du dieu.

"Tu vas retourner en Asgard avant le début du bal et convaincre Ishtar de séduire Zeus ce soir."

"Pardon?!" Ne put s'empêcher de s'exclamer Kanon.

"Tu m'as bien entendu. Elle va le séduire et lui faire avouer ce qu'il n'admettra jamais devant moi en temps normal. Il nous a trahi Hadès et moi! Je le sais mais n'en ai aucune preuve. Juste un faisceau d'indices. Il se méfie de moi et refuse toutes mes demandes d'audience, mais Ishtar est son point faible. Elle l'attirera ici aussi aisément qu'un chat capture une souris!"

"Quelle trahison?"

Une lueur meurtrière et malsaine brûla quelques secondes dans le regard de l'Olympien.

"Je vais tout t'expliquer. Mais avant cela, il y a une deuxième chose que j'attends de toi. Si les choses venaient à mal tourner, je pourrais essayer de me nuire à moi-même ce soir ou plus tard d'ailleurs, et devenir extrêmement dangereux, contre ma propre volonté. Si tel venait à être le cas, je te laisse seul juge de donner ceci à Athéna." Poséidon baissa le regard, saisissant la chevalière en or blanc qu'il portait au doigt pour la tendre à Kanon. Celui-ci la saisit, observant le symbole gravé à l'intérieur : un trident dans un cercle. L'objet dégageait une puissance familière mais que Kanon n'arrivait pas à replacer dans son contexte. Il blêmit en comprenant ce que c'était.

"Tu as compris je vois. Laisse-moi donc maintenant tout t'expliquer. Et te donner des informations qui j'en suis sûr, intéresseront au plus haut point Ishtar et t'aideront à la convaincre."


Pensivement, Ishtar fixait les flammes des bougies disposées sur le rebord de la baignoire. Elle avait congédié les serviteurs et était seule dans l'eau brûlante désormais. La chaleur ne la dérangeait pas. Au contraire, elle en avait besoin et se sentait glacée depuis ce qui s'était produit avec Shaka. Elle n'arrivait pas à chasser de son esprit les milliers d'images de son passé avec Shamash, leurs souvenirs tendres où ils riaient ensemble, leurs victoires, tous leurs moments complices, mais également aussi tout ces instants qu'elle aurait voulu enfouir, où il avait été témoin de ses pires penchants. Mais malgré tout ce qu'il avait vu et subi, il avait toujours veillé sur elle. Shamash était mort pour elle. Elle ressentait une telle amertume. Elle ferma les yeux, passant ses mains ruisselantes sur son visage. Ses longs cheveux flottaient librement autour d'elle, perdus dans la mousse épaisse et fumante qui couvrait la surface de l'eau. Tout ça la rendait malade d'impuissance à changer les choses.

Plus loin sur le côté, Voltaire ronflait paisiblement, installé sur un coussin à proximité de la cheminée, dont les braises rougeoyantes réchauffaient l'air de la salle de bain et donnaient des reflets roux au pelage du chaton. A part la lueur des bougies et les braises mourantes dans l'âtre, aucune autre lumière n'était présente. La nuit était tombée depuis un moment en Asgard et il ne restait que peu de temps avant l'heure de se rendre au bal de Poséidon. Ishtar n'en avait guère envie d'ailleurs. Les jeux de pouvoir entre olympiens ne l'intéressaient pas, et sans se l'admettre, la babylonienne se doutait bien qu'elle risquait d'y croiser Zeus.

Demain, les guerriers divins reviendraient à la vie. Ensuite, que deviendrait-elle? Devenue inutile après avoir ressuscité les marinas, Hadès et les guerriers divins d'Odin, ce n'était plus qu'une question de temps avant que Zeus ne se remette à jouer avec elle. Elle n'en avait aucun doute. Elle aurait souhaité rester en Asgard, mais il y avait de fortes chances que Zeus ne finisse par l'en débusquer. Dans un sens, tout était plus simple alors qu'elle était maudite. Depuis qu'elle avait récupéré ses souvenirs et son cosmos, elle avait eu bien plus de temps pour réfléchir à la situation qu'elle n'en avait eu depuis des siècles. Que devait-elle faire? Elle fronça les sourcils et poussa un soupir. Elle n'aimait pas le cours de ses pensées ce soir. Elle retint sa respiration et enfouit sa tête sous l'eau, espérant vaguement rester là éternellement.

Surprise, elle sentit le cosmos de Kanon apparaître à proximité et sortit la tête de l'eau. Elle ne pensait pas le revoir ici aujourd'hui. Avait-il oublié quelque chose?

Elle entendit bientôt des coups résonner sur la porte de sa chambre, mais ferma les yeux sans répondre. Elle avait envie d'être seule. Apparemment, il n'étais pas de cet avis là, parce que quelques secondes plus tard, elle l'entendit lui parler depuis la pièce attenante.

"Ishtar? Tu es présentable? Je peux te parler?"

Elle soupira à nouveau.

"Je n'ai pas souvenir d'avoir dit le mot "entrez" Kanon" Répondit-elle. Elle haussa un sourcil en voyant le visage du Dragon des mers apparaître deux secondes plus tard à travers l'entrebâillement de la porte de la salle de bain.

"Un jour il faudra que tu m'expliques pourquoi les divinités passent autant de temps à se baigner?" Plaisanta-t-il. "Ca va?"

Malgré elle, elle ne put s'empêcher de lui rendre son sourire.

"Qu'est-ce qui t'amène?"

Il ne répondit pas immédiatement, s'approchant de la cheminée afin de mettre du bois sur les braises. Des flammes joyeuses apparurent bientôt, illuminant la pénombre et accompagnant la lumière des bougies. Il fit une rapide caresse au chaton endormi près du feu, puis se redressa, tournant toujours le dos à Ishtar.

"J'ai une mauvaise nouvelle à t'annoncer." Souffla-t-il en fixant le feu qui crépitait, avant de se tourner vers la babylonienne pour l'observer.

"Si c'est l'annulation de ta petite fête, ce n'est pas une mauvaise nouvelle" Répondit-elle en attrapant de la mousse entre ses doigts avant de s'enfoncer dans l'eau jusqu'au cou avec un soupir de bien-être. Il ne voyait plus d'elle que son visage et le sommet de sa tête, le reste était perdu dans un épais nuage de vapeur et de bulles qui brillaient dans la semi obscurité. Il fronça les sourcils, cherchant ses mots.

"Je ne sais pas comment l'annoncer de manière non brutale, alors je vais être direct."

"Quoi? Tu m'inquiètes!" Il plongea son regard dans celui de la déesse. Sa mine sérieuse et l'éclairage rougeoyant de la pièce faisaient danser sur le visage de Kanon des ombres qui ne présageaient rien de bon. Tout de noir vêtu et dans la lumière des flammes, il lui fit penser à Méphistophélès venu présenter un pacte démoniaque à Faust. Elle ne pensait pas si bien tomber.

"Poséidon m'envoie pour te demander de l'aide. Il pense que Zeus les a trahis lui et Hadès. Il est certain que Zeus a causé le suicide de Perséphone en faisant porter le chapeau aux chevaliers d'Athéna et qu'il a poussé sa propre femme Amphitrite à le trahir. Tout ceci, afin d'amener Poséidon et Hadès à se tourner vers lui et à lui prêter allégeance en échange de son aide pour accomplir leur vengeance. Pour résumer..." Il se racla la gorge "... Poséidon te demande de séduire Zeus pour lui faire avouer ses crimes..." Après sa tirade, il y eut un silence, marqué par le manque de réaction notable d'Ishtar malgré l'énormité de ce qu'il venait d'énoncer.

"Diviser pour régner est bien son style, mais ce n'est pas mon problème". Finit-elle par répliquer en haussant les épaules.

"Si justement. Imagine obtenir la preuve de ces agissements. Cela ne te donnerait-il pas du pouvoir? "

Elle demeura silencieuse, fronçant les sourcils.

"Ishtar, si tu prouves à Poséidon et Hadès que leur serment était basé sur un mensonge, il seront libérés de leur devoir d'obéissance envers Zeus. Ils sont aussi puissants que lui! Tu pourrais te libérer de lui avec eux comme alliés!"

"Bien" Répondit-elle d'une voix glaciale. "Et je suis censée faire quoi? Salut Zeus, au fait, as-tu détruit la vie de tes frères et pourrais-tu s'il te plaît signer avec ton sang une déclaration reconnaissant tout tes crimes... et mon sourire suffit?! C'est ce que t'as demandé de me dire Poséidon? Promets-lui que je la débarrasserais de Zeus...?! Sérieusement Kanon, tu arrives à y croire-toi? Et puis pourquoi maintenant? Il se réveille après des siècles avec une lubie soudaine? Laisse-moi tranquille avec leurs rivalités de frères ennemis, j'ai déjà assez de problèmes." Elle roula les yeux en grognant de mépris, avant de se remettre à jouer distraitement avec la mousse de son bain, dont les milliers de bulles reflétaient les flammes des bougies, ignorant ostensiblement Kanon. Il eut un sourire en coin. Très bien, il allait changer d'angle d'attaque.

"Je suis stupéfait par ton langage châtié, Ô déesse".

"Humpf..." Elle lui jeta un regard mauvais, avant qu'il ne voit subitement un pied délicat émerger de l'eau. "Tu me masses les pieds?"

"Tu plaisantes?"

"Tu préfères..."Elle battit des cils "... que je parle à Shaka du fait que tu m'envoies dans un bal où sera présent Zeus sans que cela ne te cause d'état d'âme?" Elle agita doucement ses orteils. "J'attends". Oui, on pouvait être une déesse et décider d'être parfaitement immature.

Dix secondes plus tard, le Dragon des mers était en train de masser les pieds de la divinité, qui souriait de l'air victorieux d'une gamine capricieuse qui a obtenu ce qu'elle voulait. Il pria intérieurement pour que le chevalier de la Vierge ne débarque pas en cet instant dans la pièce, il aurait eu du mal à expliquer la situation.

Ishtar observa en silence le profil de Kanon, désormais assis sur le rebord de la baignoire et légèrement penché en avant pour accomplir son œuvre. Il avait l'air sincèrement préoccupé. Poséidon l'avait-il menacé? Ses longues mèches bleues lui cachaient la moitié de son visage, mais elle devinait sa mâchoire serrée. Comme toujours, il dégageait l'aura magnétique des grands prédateurs, mais une tension inhabituelle hantait ses mouvements.

Il finit par parler calmement, du ton qu'on utilise pour raconter une histoire.

"Tu sais, pour répondre à ta question, Poséidon n'avait jamais eu de doutes sur Zeus. Mais il y a eu des faits sans précédents récemment... Lorsque tu as ramené Hadès à la vie, contrairement à toutes les fois où il s'était incarné depuis la mort de Perséphone, il n'a pas attaqué immédiatement Athéna. Pire, il semblait obéir à Zeus lui aussi. Alors Poséidon l'a espionné et a appris qu'Hadès était en train de rassembler ses troupes pour partir en guerre contre un ennemi désigné par Zeus. Se sachant lui-même contraint d'obéir à Zeus par un serment d'obéissance, Poséidon ne pouvait pas croire à une coïncidence, d'autant que plus il y réfléchissait et plus la trahison d'Amphitrite et la mort de Perséphone lui semblaient orchestrées."

"Pardonne-moi de ne pas compatir à leurs sorts. Et de toute façon, que croit-il de ma relation avec Zeus? Il pense quoi? Qu'il me raconte ses secrets? Il est aussi timbré que son frère s'il croit ça."

Kanon se mordit la lèvre. Il devait jouer finement. Mais au moins acceptait-elle de discuter du sujet. Il y avait réfléchi, Ishtar pouvait gagner à cette situation, mais, et il pouvait le comprendre, elle n'avait aucune confiance dans les olympiens. Mais s'il arrivait à la convaincre, il pouvait faire d'une pierre deux coups en débarrassant Ishtar et Poséidon de Zeus.

"Je pense que tu sous-estimes le pouvoir que tu as sur Zeus." A ces mots, il sentit le pied de la déesse se raidir subitement entre ses doigts. "En bien ou en mal, tu l'obsèdes totalement." Il tourna le visage pour la regarder dans les yeux. "Et si tu le fascines, cela veut dire qu'une partie de lui est désespérée d'obtenir la moindre de tes faveurs. Tu te souviens quand il a pris mon apparence dans le sanctuaire d'Athéna? Il me semble sacrément accro. Ne pourrais-tu pas jouer là-dessus?"

En quelques secondes, il sentit le pied qu'il massait s'échapper de son emprise avant que la déesse ne se lève brusquement et ne s'approche de lui, le dominant de toute sa hauteur, debout dans la baignoire alors qu'il demeurait assis sur le rebord. L'eau ruisselait autour d'elle et sa longue chevelure était plaquée contre sa peau. Il baissa aussitôt les yeux pour fixer un point opposé, mais sentit la main de la déesse lui saisir le menton pour le forcer à tourner le visage vers elle.

"Regarde-moi bien Kanon" Elle le relâcha et ramassa sa chevelure d'un côté, exposant totalement sa peau nue. "Vois-tu des cicatrices sur moi? Ici, par exemple où Phoenix m'avait attaquée?" Elle posa le doigt sur son ventre. Il déglutit. "Non n'est-ce pas?"

"Non." Répondit-il mal à l'aise. "Pourrais-tu te couvrir s'il te plaît ou retourner dans l'eau?"

Elle ne bougea pas, semblant totalement à l'aise avec sa propre nudité.

"Un corps qui peut ressusciter avec son sang, un cosmos qui guérit les blessures. Forcément avec ça, j'ai toujours eu une capacité de guérison hors du commun... " Elle se pencha pour prendre entre ses doigts le visage du Dragon des mers. "Après la chute de Babylone, j'ai passé mille ans prisonnière de Zeus... un corps qui refuse de se laisser mourir... Peux-tu imaginer ce qu'il est possible de lui faire subir, physiquement, psychologiquement?... Et quand finalement je me suis enfuie et qu'il m'a retrouvée, ça a été pour me maudire et faire de moi une âme errante pendant les deux millénaires suivants..." Ses pupilles d'un vert minéral presque inhumain scrutaient celles de Kanon avec intensité, alors qu'il prenait pleinement conscience de ce qu'elle avait vécu. En cet instant et malgré ses paroles, elle ne dégageait aucune tristesse, c'était une colère et une haine froide qui émanaient d'elle. "Maintenant, explique-moi pourquoi je devrais prendre le risque de souffrir et perdre mon identité à nouveau pour des guerres fratricides qui ne me concernent pas?"

"Je suis désolé de ce que tu as vécu. Mais j'ai une petite théorie te concernant: tu aurais pu le séduire et arrêter tout ça n'est-ce pas?" Il y eut un silence alors que leurs regards continuaient à s'affronter. "Tu l'as laissé te nuire volontairement, pour te venger de lui et te punir toi-même en même temps. Pourquoi avais-tu survécu à Babylone et personne d'autre? Je parie que tu te détestais plus que lui. Tu aurais pu le séduire et en faire ton pion, comme plein d'autres avant lui. Je suis même certain qu'il aurait pu t'épouser et tuer Héra si tu l'avais souhaité. Tu te souviens de ce que tu m'avais dis? D'arrêter de me haïr moi même? Il serait temps que tu appliques tes propres conseils."

Il vit une lueur blessée dans ses yeux, avant qu'elle ne détache son regard du sien, semblant accuser le coup. Elle secoua lentement la tête et s'éloigna pour se replonger dans l'eau couverte de mousse. Il inspira lentement. Il ne voyait plus désormais que le profil de la babylonienne. C'était mieux pour lui d'ailleurs, il avait beau ne pas considérer Ishtar comme cela, il restait un homme.

"Nous sommes similaires Ishtar." Reprit-il "Je n'ai pas vécu tes expériences, mais j'ai eu suffisamment envie de me détruire pour penser te comprendre oui. Et je crois sincèrement que la proposition que te fait Poséidon est la meilleure opportunité que tu auras jamais de te trouver des alliés contre Zeus. Si vous ne le tuez pas, vous serez au moins tranquilles quelques siècles non? Jusqu'à ce qu'il se réincarne..."

Elle tourna le visage vers lui, le scrutant intensément. Ses yeux d'un vert minéral semblaient froids comme la glace.

"Me dit le général en chef de Poséidon... Suis-je stupide de te considérer comme un ami?" Il ne répondit rien, mais elle vit de la tristesse apparaître dans son regard. " Ne me juge pas Kanon. Sauf si tu le vis, tu ne pourras pas comprendre ce que le fait d'être privé de cosmos peut faire ressentir. J'étais une enveloppe vide. Et tous les miens avaient été exterminés par ma faute. Tu crois que je pouvais le séduire pour le manipuler? Je voulais juste mourir... "

"Mais tu es différente maintenant non? Ne veux-tu pas pouvoir vivre librement à nouveau? Pouvoir vivre selon tes propres règles et sans avoir à cacher ta relation avec Shaka? N'as-tu pas envie de te venger de Zeus?"

"Arrête Kanon. Je ne sais même pas pourquoi je t'écoute." Soupira-t-elle pour toute réponse. Il décida de changer d'angle d'attaque à nouveau, en frappant fort.

"Ta sœur est en vie." Finit-il par affirmer après un silence. Elle sursauta violemment.

"Quoi? Si c'est une plaisanterie, elle est grotesque!"

"C'est confirmé de source sûre. L'ennemi que Zeus a envoyé Hadès combattre en Azura, c'est elle. En guise de bonne foi, Poséidon m'a demandé de te transmettre cette information."

"C'est parfaitement ridicule. Je n'ai jamais perçu son cosmos depuis que j'ai récupéré le mien... Et même si c'était vrai, elle me déteste. Ce serait plutôt une raison supplémentaire pour moi de m'inquiéter. Ni toi ni Poséidon ne connaissez rien d'elle..."

"Sauf que vous avez un ennemi commun non? Et pourquoi aurais-tu senti son cosmos, alors qu'elle était dans un autre monde et que tu ne la cherchais pas?"

Ishtar fronça les sourcils, sortant l'une de ses mains de l'eau pour venir placer ses doigts contre sa tempe. Le Dragon des mers lui causait une sacrée migraine. "C'est la journée où mes chevaliers ont décidé de se liguer contre moi?" Souffla-t-elle comme pour elle-même.

"Je ne sais pas ce qui t'es encore arrivé avec Shaka, mais s'il est comme moi, il ne voulait que ton bien non? Pourrais-tu écouter tes chevaliers pour une fois et accepter qu'on essaie de te protéger? Même contre toi parfois?"

Elle lui lança un regard surpris.

"J'ai toujours pris en compte ton opinion Kanon, ainsi que celle de Shaka."

"Alors écoute-moi." Il sourit presque cruellement. "Tu m'as dis d'exploser un bon coup! Fais-en de même! Tu es la déesse de la séduction non? Défoule-toi!"

"Mais je ne suis plus celle que j'étais! Avant, jouer avec le feu m'excitait. Maintenant, je... j'ai vu le feu brûler et raser tout ce que je connaissais, par ma faute... Mais tu as raison sur un point. Ca fait bien longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi vivante que maintenant. Et je veux protéger ça. Si j'accepte Kanon, ce sera selon mes propres règles. Je ne suis ni le pantin de Zeus, ni celui de Poséidon! Et Shaka... Shaka devra être mis au courant. Je ne peux pas faire ça sans lui en parler. "

"Ca me va."

"Alors explique moi votre plan et laisse-moi s'il-te-plaît. J'ai peu de temps et beaucoup de choses à faire et décider..."


Un sourire mauvais au coin des lèvres, trahissant un mélange d'irritation et de dédain, Kanon observait la foule désormais au complet qui occupait l'espace de la salle de réception et des salles voisines, alors que les notes de l'orchestre embauché pour la soirée emplissaient l'air d'une mélodie discrète et classique. Personne ne dansait, c'était ce genre de moment dans les événements mondains où l'on s'échange des informations entre hommes du monde, où l'on négocie et noue des contacts. Kanon n'était pas un homme du monde et si pour l'heure il était vêtu d'un costume, la simple lueur agressive de son regard trahissait son caractère trop sauvage pour faire partie de ce monde là. Il les méprisait, convaincu de sa propre supériorité et, caché par l'angle que faisait l'estrade de la scène, il observait sans être vu, analysant où se trouvaient les autres loups en costume, tous les autres cosmos qui comme le sien, trahissaient plus que ce qu'il n'y paraissait. Et les loups étaient nombreux ce soir.

Mais Ishtar n'était toujours pas apparue et brillait par son absence. Si Poséidon jouait parfaitement le rôle de Jullian Solo en saluant ses invités d'un air à la fois aimable, souriant et il fallait le dire, en parfait respect des codes de la haute société, Kanon savait pertinemment qu'il cachait un autre visage bien moins affable et que l'olympien ne lui pardonnerait pas si Ishtar, et donc Zeus, venaient à manquer à l'appel ce soir. Il n'avait pas peur cependant. Quoi qu'il fasse, il n'arrivait pas à considérer Poséidon comme mauvais. A dire vrai, il était plutôt admiratif de sa capacité à toujours obtenir ce qu'il voulait. Pensivement, il porta brièvement un regard vers sa main droite, où son index arborait la chevalière que lui avait donné le dieu.

Pour l'heure, Jullian Solo était en grande discussion avec un petit groupe de riches entrepreneurs. Saori était parmi eux et semblait être le centre de la discussion. Après tout, le gala de charité portait sur l'aide aux victimes du tsunami, et la fondation Kido avait très largement contribué aux différentes aides internationales.

Athéna et Poséidon jouaient ce soir le rôle étrange d'incarnation de leurs alter égo humains.

Pour le Dragon des mers, la présence d'Athéna ne lui rappelait que trop, pourtant, qu'il n'avait plus sa place au sanctuaire. Lorsqu'elle avait croisé son regard, plus tôt dans la soirée, la déesse lui avait souri de loin, mais peut-être l'avait-il rêvé? Il n'avait pas eu le temps de s'en préoccuper. Par la pensée, il coordonnait toute la sécurité ce soir. La présence d'autant de divinités réunies mettait les marinas qu'il commandait sur les nerfs, sans compter la possible présence de Zeus.

Il reporta son attention sur la foule et sur ce qui l'entourait, notant cyniquement que plus les femmes étaient âgées et plus elles compensaient en se couvrant de bijoux et de cailloux coûteux. Tous ces riches donateurs n'avaient pas la moindre idée de ce qui se jouait en coulisses.

Les portes fenêtres sur le côté gauche de l'immense salle étaient ouvertes, donnant accès à l'immense terrasse qui la longeait et à une vue magnifique sur la méditerranée et la côte éclairée par les lumières de la ville. De ça et là étaient exposées dans la salle des œuvres d'art, qui faisaient l'objet de la vente de charité, et dont l'exposition continuait dans les salles attenantes.

Dans un coin de son esprit, il percevait en continu le cosmos de Bian, qui lui indiquait ce qu'il percevait depuis le PC sécurité. L'endroit était truffé d'écrans, sur lesquels s'affichaient l'ensemble des vidéos des caméras de sécurité dernier cri qui parsemaient le navire.

Il fut distrait du cours de ses pensées par l'arrivée de Saga, qui avait laissé Athéna en compagnie du chevalier des Poissons et de Poséidon pour venir saluer son jumeau, qu'il aurait pu repérer dans la pièce même les yeux fermés, malgré la position en retrait de Kanon.

"Tu n'as pas une mine terrible pour un organisateur de soirée…" Fut la première phrase de Saga.

"Bonsoir à toi aussi..." Répondit calmement l'interpellé, un sourire s'étirant presque malgré lui sur ses lèvres. "Je suppose que je ne me sentirais bien que lorsque ce sera terminé, si et seulement si ça ne se termine pas en pugilat."

"Je ne vois aucun champ de bataille ici."

"J'espère que tu as raison. Je n'arrive pas à me défaire de l'impression que tout va couler..." Les deux hommes s'observèrent en silence, le Dragon des Mers ne pouvant s'empêcher de prendre mentalement note qu'une fois de plus, la bipolarité entre eux était respectée: lui entièrement vêtu de noir et Saga de blanc. Il préféra changer de sujet. "Aphrodite et toi en garde du corps?" Finit-il simplement par commenter, ne prononçant pas à haute voix le nom d'Athéna. "Tu as perdu un tirage au sort?"

"J'ai profité de l'occasion pour venir te voir... Et nous étions les deux seuls volontaires."

"Aphrodite était volontaire? Quelle mouche l'a piqué?"

"Il adore les ragots. Il ne pouvait pas manquer cette occasion."

"J'imagine..."

"Plus sérieusement" Repris son jumeau à voix basse. " Je voulais juste te dire que j'ai senti que tu étais troublé depuis quelques jours. Je suis là si besoin". Kanon fronça brièvement les sourcils. Apparemment, il n'était pas le seul à épier de temps en temps son jumeau pour voir comment il se portait. Leur lien psychique était redevenu aussi solide que lorsqu'ils étaient enfants.

"Ce n'est pas le meilleur moment pour parler Saga, mais j'apprécie. Nous pourrions nous arranger pour nous voir plus tard ?" Saga voulut répondre, mais le regard de Kanon l'avait quitté et fixait désormais un point derrière lui, vers l'entrée de la grande salle.

Le chevalier des Gémeaux n'eut pas besoin de se retourner pour reconnaître le cosmos d'Ishtar. Le regard surpris de son jumeau le força cependant à changer de position afin d'observer dans la même direction.


La salle était gigantesque, les décorations élégantes et luxueuses, la foule présente transpirait la richesse. Hilda de Polaris avait beau savoir que le monde extérieur était différent d'Asgard, le contraste entre la difficulté à survivre qu'affrontait son peuple, comparée au faste qui prenait place sous ses yeux, la frappa de plein fouet.

A ses côtés, la déesse Ishtar, avec qui elle était arrivée, semblait par contre parfaitement à l'aise et indifférente au décor qui s'étalait devant elle, tout autant qu'elle ne semblait ni remarquer les regards ahuris que son arrivée avait provoqués, ni les nombreux murmures des invités qui la fixaient désormais, certains ayant interrompu leurs va-et-vient pour l'observer plus à loisir.

A vrai dire, l'apparence ordinaire de la déesse était déjà quelque chose de difficile à ignorer, Hilda avait du mal parfois à même la regarder dans les yeux, ses pupilles d'un vert minéral, sans âge, et ses traits fins, rendaient son visage à la fois attirant, fascinant et intimidant.

Mais ce soir, lorsque la déesse l'avait rejointe afin qu'elles viennent ensemble au bal, Hilda elle-même avait eu un choc. Sa longue chevelure ne lui arrivait plus aux chevilles, mais au niveau de la poitrine désormais, et ses mèches couleur de l'ivoire étaient tressées et ramenées sur le côté, flattant son port de tête. Bien que peu maquillée, l'ombre à paupières qui soulignait son si troublant regard faisait ressortir ses iris verts, qui brillaient tels deux joyaux dans son visage aux traits fins proprement divins. Mais le plus stupéfiant était sa silhouette, moulée et magnifiée dans une robe d'un rouge sombre mais intense, dont le bustier droit de tulle de soie légèrement transparent était brodé de pierres disposées en motifs floraux, qui couvraient sa poitrine tout en soulignant sa taille et son décolleté et qui laissaient apparaître par transparence sa peau là où les motifs s'arrêtaient. La jupe longue, fendue sur le côté jusqu'à mi cuisse, épousait ses formes dans un drapé qui tombait élégamment, telles des flammes de tissu qui venaient caresser, dévoiler puis recouvrir à chaque pas les jambes de la déesse, dans un jeu de superpositions entre les découpes du tissu de tulle de soie et de taffetas de soie rouges. Elle ne portait aucun bijou, à part un fin diadème en forme de feuilles de laurier entrelacées, d'or blanc serti de rubis.

Il était impossible de ne pas avoir le regard attiré par elle.

"Jullian, merci de m'avoir invitée" La voix d'Ishtar interrompit les pensées de la prêtresse, alors qu'un jeune homme qui se comportait comme le propriétaire des lieux venait d'arriver à leur niveau, stupéfiant de naturel dans son élégant costume d'un bleu marine profond. Hilda reconnut immédiatement Poséidon sans l'avoir jamais rencontré auparavant. Malgré son apparence qu'elle savait être celle de l'humain qui lui servait d'incarnation, il dégageait une puissance et un charisme hors du commun, alors même que son cosmos était pour l'heure tranquille et peu perceptible. "Je te prie de pardonner mon retard. J'ai bien reçu la tenue que tu m'as offerte, mais j'ai eu envie de changement en dernière minute. "

"Une belle femme est toujours pardonnée" Sourit-il avant de porter son regard vers la compagne d'Ishtar. "Je ne crois pas avoir eu le plaisir de déjà vous rencontrer." Hilda tressaillit en sentant le regard profond du dieu l'examiner. La prêtresse avait beau se tenir à côté d'Ishtar, elle n'avait pas à rougir de la comparaison. Elle était d'une grande beauté pour une humaine, et malgré le fait que sa longue robe à manches longues la couvrait presque entièrement, la finesse de sa taille et l'élégance de sa posture étaient mis en valeur par sa tenue, dont la couleur bleue, ornée de dentelle du même ton, rappelait celle de ses yeux.

"Jullian, je te présente Hilda de Polaris, qui a la générosité de m'héberger ces derniers temps. Tu ne m'en voudras pas d'avoir profité de l'occasion pour te la présenter".

"Personne ne m'avait rapporté votre jeunesse et votre beauté, je suis ravi de vous rencontrer!" Incrédule, Hilda vit le dieu des mers lui adresser un large sourire charmeur. Depuis quand Poséidon n'était-il plus un ennemi d'Odin? Piquée à vif, elle redressa son port de tête, décidée à tenir son rang, même face à une divinité.

"Je ne sais pas si je peux en dire autant. A vrai dire, je suis surprise de voir une "fondation" telle que la vôtre essayer de réparer les dégâts du raz-de-marée " Répliqua-t-elle d'un ton acide. Sa réponse fit courir un sourire amusé sur les lèvres d'Ishtar, à ses côtés.

"Touché". Poséidon esquissa un sourire qui semblait sincère. "Si vous le souhaitez, je serais ravi de prendre le temps de discuter avec vous au cours de la soirée afin de lever tout malentendu. Mais malheureusement pour le moment, je dois retourner à mon devoir d'hôte. Amusez-vous je vous en prie, tout ici est à votre disposition".

Alors qu'elle le regardait s'éloigner, Hilda fit glisser son regard sur la foule. Elle s'arrêta net en croisant une paire d'yeux turquoise, que même à cette distance, elle reconnut sans aucun effort. Le Dragon des mers l'observait intensément, avec un air contrarié sur le visage. Elle soutint son regard sans ciller. Comme son maître, cet homme avait la beauté du diable.


Aphrodite observait les invités et la salle de réception, notant en lui-même toutes les auras discrètes des marinas disséminés dans la foule. Poséidon semblait avoir mis en place un fort dispositif de sécurité.

Etait-il stupide d'être venu se jeter ainsi dans la gueule du loup, au prétexte de veiller ce soir sur Athéna, en compagnie de Saga? Il avait besoin d'en avoir le cœur net. Tout les cauchemars qui l'avaient rendu fou depuis sa résurrection, au point d'essayer d'éviter de dormir, puis d'avoir envie de quitter le sanctuaire pour ne plus être un maillon faible dans la garde rapprochée d'Athéna. Cet état second qui l'avait pris, lorsqu'il avait dérobé les plans de la cache de l'urne pour les dissimuler ensuite dans les bagages d'Isaak du Kraken à son insu et lui faciliter la tâche... Il ne savait plus quel maître il servait réellement. Son cœur était celui d'un chevalier d'Athéna, mais il se sentait irrésistiblement attiré par l'aura de Poséidon. Il ne savait même plus s'il agissait de son plein gré, ou bien s'il avait subi une sorte de lavage de cerveau ou d'hypnose. Et puis il y avait eu ce dernier rêve, mais était-ce juste un rêve? Et cette nouvelle rose liquide qu'il pouvait désormais utiliser, comme une promesse de nouvelles capacités qu'il pourrait développer au contact du sanctuaire sous-marin... Et plus rien depuis. Plus aucun rêve, comme si le dieu des mers attendait de lui désormais une réponse, ou lui laissait le temps de réfléchir. Il voulait confronter le dieu, mais il était difficile de lui parler seul à seul.

Celui-ci n'était qu'à quelques pas de lui pourtant, mais lui tournait le dos et, parmi un petit groupe d'invités, était en train d'écouter Saori, avec laquelle il avait déjà passé beaucoup de temps à discuter de la vente de charité qui avait lieu ce soir. Peut-être conversaient-ils également télépathiquement d'un tout autre sujet, mais Aphrodite n'aurait absolument pas pu en être sûr. Les deux divinités épousaient parfaitement les codes de la bonne société et semblaient être de parfaits représentants de l'élite économique dont étaient d'ailleurs techniquement issus leurs incarnations humaines.

"Etes-vous de la famille de Jullian?" Surpris, le chevalier des Poissons regarda la personne qui venait de l'interroger. C'était une femme d'une cinquantaine d'années, accompagnée de ce qui semblait être l'une de ses amies. "Bien sûr que oui n'est-ce pas? Un cousin peut-être? Vous vous ressemblez tellement! Les mêmes yeux et la même chevelure!"

"Je..."

"Il faut absolument que je vous présente ma fille, elle..."

"Allons chère Sibylle, laissez-le respirer." Aphrodite tressaillit au son de cette voix, la même que son dernier rêve. Jullian s'était tourné à moitié vers les deux nouvelles arrivées, semblant les connaître. Il arborait un sourire amusé. "Un cousin ne disposerait pas d'autant de parts de nos sociétés que moi vous savez?'" Il fit un clin d'œil. "Votre fille est à moi!"

"Ah je le savais, il est donc de votre famille! Mais tout de même, depuis le temps que je vous propose un rendez-vous avec elle!"

"Quel âge a-t-elle désormais? 18 ans? Vous essayiez déjà d'arranger une promesse de mariage il y a 10 ans!"

"Vous n'étiez pas majeur et meniez déjà d'une main de maître vos affaires non? L'âge et l'amour n'ont rien à voir là-dedans." Jullian se mit à rire.

"Toujours aussi franche. Mais je manque à tous mes devoirs! Permettez-moi de vous présenter mon cousin Aphrodite et bien sûr, vous connaissez déjà Saori Kido." Il prit un air mystérieux, tout en saisissant au passage une coupe de champagne sur le plateau d'un serveur qui passait par là. "Vous savez que c'est une concurrente directe pour votre fille non?"


Kanon marchait à pas rapides, revenant de la salle de sécurité du navire. Ishtar était arrivée depuis une bonne heure au moins et toujours aucune trace de Zeus. A vrai dire, il aurait pu déjà être là en masquant son cosmos et en changeant son apparence, mais personne n'avait eu de contact particulier avec Ishtar. Et au vu de la tenue de celle-ci, impossible que Zeus, s'il avait été là, ne se tienne à distance.

Le Dragon des mers avait pensé initialement que le retard de la déesse était dû à Shaka, mais apparemment, elle avait prit le temps de faire un détour par Milan ou Paris pour dévaliser un atelier de haute couture. Le résultat était à la hauteur. Zeus allait venir. Ce n'était pas une question de si, mais de quand. Kanon était d'ailleurs assez surpris de l'absence de la Vierge. Ishtar lui avait-elle parlé avant de venir, comme elle le souhaitait? Ou l'avait-elle laissé dans l'ignorance pour le moment?

Lorsqu'il pénétra à nouveau la grande salle de réception, celle-ci s'était légèrement clairsemée, une bonne partie des invités s'étant rendue dans l'une des salles attenantes, où la vente aux enchères était en cours. Des antiquités de collections privées, mais également des tableaux d'art modernes ou des bijoux, fournis par de généreux donateurs, constituaient le gros du catalogue.

"Général?". La voix de Bian, gardien du pilier du Pacifique Nord, venait de résonner dans son esprit.

"Oui". Répondit-il via leur échange de cosmos. Le Dragon des mers balaya à nouveau la salle des yeux.

"Athéna s'est isolée avec ses chevaliers dans la bibliothèque. Dois-je intervenir?"

"Non, elle n'est pas la priorité, reste concentré sur Ishtar. Interviens seulement s'ils ne sont pas sortis de là d'ici 30 minutes".

"Très bien".

Le Dragon des mers traversa rapidement la pièce, se dirigeant vers le cosmos de Poséidon, qu'il percevait dans l'une des salles attenantes. Il sentait la présence de la prêtresse d'Odin à ses côtés et il ne savait honnêtement pas ce qu'il craignait le plus: que la prêtresse arrache les yeux de la divinité, elle en était capable, ou que la divinité en question ne soit prise d'une envie soudaine de la séduire.


Hilda marchait lentement dans la salle, quasi déserte, dans laquelle les œuvres actuellement mises en vente quelques mètres plus loin avaient précédemment été exposées aux acheteurs potentiels. Elle s'immobilisa pour contempler un tableau sur panneau de bois face à elle, probablement d'un maître italien du XVème ou XVIème siècle. L'étiquette du tableau ne portait cependant aucune mention que le numéro du lot d'enchère auquel il était rattaché. Nulle trace du nom du peintre ou du titre de l'œuvre. Le tableau représentait une madone, mais dont le regard triste semblait vous percer l'âme. Au loin, on entendait le brouhaha de la salle des ventes et la musique, comme assourdie, de l'orchestre qui jouait dans le salon d'honneur.

"Ce tableau semble vous fasciner. Vous le regardez comme s'il vous était familier."

Surprise, Hilda se tourna pour faire face à Poséidon qui venait de s'adresser à elle. Elle était tellement perdue dans ses pensées qu'elle n'avait pas senti le dieu approcher.

"C'est exact. Mais je ne saurais pas en quoi l'expliquer." Finit-elle par répondre, se tournant à nouveau pour observer la peinture.

Le dieu ne répondit pas immédiatement, observant le profil de la jeune femme en face de lui. La prêtresse d'Odin était remarquable. Non seulement elle ne semblait absolument pas impressionnée par lui, mais sa beauté froide correspondait tout à fait à son type de femme. Son caractère bien trempé était fascinant à observer.

Il fit glisser son regard vers le tableau qu'elle observait. Il comprit instantanément pourquoi l'œuvre l'attirait.

"Regardez sa main".

La prêtresse baissa le regard pour observer les mains de la femme peinte. Un anneau bien trop familier y brillait. Elle recula instinctivement d'un pas, avant de lever son regard vers le dieu, peu soucieuse de lui manquer de respect en le regardant droit dans les yeux. Elle se tint droite, soutenant son regard, ses pupilles acier fixant avec une hostilité non dissimulée l'olympien.

"A quoi jouez-vous?" Gronda-t-elle. Peu d'humains avaient l'audace de regarder ainsi un dieu... Et encore moins celle de lui parler sur ce ton. Il n'était pas offusqué pour autant. Le dieu sourit presque malgré lui devant sa réaction, s'approchant à quelques pas d'Hilda de Polaris, avant de s'arrêter à ses côtés, puis de lui-même porter son regard sur le portrait à nouveau. Il reprit la parole à voix basse. Plus loin dans la salle, des commis allaient et venaient pour prendre les œuvres et les emmener au fur et à mesure que la vente se déroulait dans l'une des salles attenantes.

"Tous les porteurs de l'anneau ont été détruits à cause de lui. Cette femme s'est tuée peu de temps après que cette peinture a été achevée. Son regard est torturé. Vous avez malheureusement la même lueur dans les yeux, c'est en cela qu'elle vous est familière. "

Hilda se sentit chanceler. Tremblante, elle serra le poing jusqu'à s'en faire pâlir les jointures.

"Qu'essayez-vous de me dire? Que je vais finir par me tuer moi aussi?"

Il tourna le visage vers elle, l'examinant avec un intérêt soudain, comme l'évaluant.

"Je ne crois pas non. L'anneau amplifie les pires penchants que l'on puisse avoir. Certains s'en prennent à eux mêmes comme cette femme, et pour d'autres, c'est la douleur et le mal créé autour d'eux qui les réjouissent. Mais vous..." Il sourit étrangement. "Votre plus grand crime a été de vouloir sauver les vôtres en vous rebellant contre votre dieu? Vous avez décidé de sauver votre peuple, quitte à noyer le reste de la planète avec la fonte des glaces? Même vos pires penchants étaient motivés par une cause noble... J'aurais aimé que d'autres aient cette noblesse d'âme..." Il se tut, pensant soudain à Amphitrite. "Cela serait du gâchis que de mettre fin à vos jours" Finit-il par conclure.

La prêtresse détourna le regard, fixant douloureusement un point au sol, loin devant elle.

"Votre âme n'a pas perdu sa noblesse, même avec l'anneau." Reprit-il. "Au lieu de prendre mes paroles pour une attaque, vous devriez plutôt les considérer comme un compliment."

Elle releva les yeux vers le dieu, surprise.

"Vous avez une étrange notion des compliments."

"Sans doute." Il sourit brièvement, avant que son visage à la fois si jeune et sans âge ne redevienne étrangement sérieux. "Tout ceci, l'anneau, le déluge, le raz-de-marée, était contre ma volonté. Mais je suis responsable de mes Marinas et de tout ce qui vous est arrivé. En ne m'éveillant pas assez rapidement, j'ai laissé mes pouvoirs entre de mauvaises mains. C'est mon unique responsabilité. Je vous présente mes plus sincères excuses." Elle se figea, alors qu'il s'inclinait brièvement devant elle, élégant dans son costume d'un bleu sombre, qui contrastait avec la chevelure d'un bleu plus clair du corps humain qu'il habitait.

"Vos excuses sont bienvenues, mais n'effaceront pas ce qui s'est produit." Finit-elle par répondre, estomaquée malgré ses paroles bravaches qui étaient sorties toutes seules. Elle avait du mal à croire qu'un dieu vienne de s'excuser de ses agissements.

"Je le sais." L'olympien s'approcha d'elle à nouveau, la dominant de toute sa hauteur. Aussi proche, Hilda fut contrainte de lever les yeux pour soutenir son regard. Elle frémit alors qu'il lui prit la main qui avait porté l'anneau, la levant pour la porter à hauteur de ses lèvres, déposant un léger baiser sur ses doigts fins. Elle détourna le regard.

Un raclement de gorge les interrompit. Le Dragon des mers se tenait à quelques pas. Elégant dans son smoking noir, il dégageait le charme animal des grands fauves, mais également en cet instant la sensation d'être prêt à tuer. Poséidon sourit, nullement impressionné, alors qu'Hilda retirait rapidement sa main de celle du dieu.

"Désolé de vous interrompre. La vente aux enchères va bientôt se terminer et vous souhaitiez voir Ishtar avant la clôture... Vous devriez rejoindre vos invités."

Le sourire de Poséidon s'élargit, alors qu'il soutenait le regard de son général. Le ton était respectueux mais l'aura dégagée était meurtrière. Protégeait-il l'asgardienne? Avait-il peur qu'il la séduise? Voilà qui était intéressant.

"Merci. Je vais y aller." Il sourit à la prêtresse, comme pour s'excuser, puis fit quelques pas pour s'éloigner, avant de se raviser et de s'arrêter en chemin, ne prenant cependant pas la peine de se retourner.

"Kanon, je me suis excusé auprès d'elle. Si ce n'est déjà fait, tu devrais en faire autant. Cette femme est parfaitement remarquable." Sans dire un mot de plus, le dieu s'éloigna, laissant là une prêtresse d'Odin médusée.

A peine le dieu eut-il quitté la salle que la prêtresse en question se retrouva avec deux mains qui lui enserraient les épaules et deux yeux aigues-marines qui la détaillaient intensément, comme cherchant une blessure. Après un examen silencieux de quelques secondes, le Dragon des mers finit par prendre la parole.

"Il ne vous a rien fait? Vous allez bien?" Finit-il par dire, l'air presque soulagé.

"Lâchez-moi." Fut la seule réponse que le cerveau de la Prêtresse fut capable d'articuler.

"Ne le laissez pas vous séduire. Il serait capable de vous détruire pour avoir un peu de distraction. Ne laissez pas Poséidon s'amuser avec vous." Reprit-il comme s'il ne l'avait pas entendue.

"Lâchez-moi." Répéta-t-elle. Il la regarda, surpris, comme réalisant soudain ce qu'il était en train de faire et la libéra immédiatement. "Vous devriez plutôt écouter votre maître et me faire des excuses. Il a de bien meilleures manières que vous."

"Vous n'auriez pas ce discours si j'étais arrivé cinq minutes plus tard, vous pouvez me croire." Grogna-t-il.

"Je suis parfaitement capable de dire non si je le souhaite. Je n'ai pas besoin de vous comme chaperon improbable." Il se retint d'émettre un juron. Son soulagement de voir Hilda intacte avait disparu devant la capacité de cette dernière à le mettre hors de lui en moins de 30 secondes.

"Parce que vous croyiez qu'il se soucie de l'opinion de ses partenaires? Quand il veut quelque chose il l'obtient toujours!" Répondit-il.

"Et alors? Ma vie privée, qui je fréquente, tout ce que je fais, cela ne concerne pas un monstre tel que vous!"

Il ferma les yeux, portant brièvement ses doigts contre sa tempe, comme cherchant à se calmer.

"Je vous ai déjà dis de ne pas me traiter de monstre!" Gronda-t-il sourdement.

"Quoi? C'est la vérité qui vous blesse?"

Elle le vit rouvrir les yeux et su immédiatement qu'elle avait dépassé les limites. Excédé, il avança lentement, la forçant à reculer contre le mur où était accroché le portrait, qui se mit à trembler lorsque Kanon frappa fermement ses mains sur les parois, de chaque côté du visage de la prêtresse, l'emprisonnant de ses bras alors qu'il était penché au dessus d'elle. Elle sentit son dos épouser la froideur du mur couvert de boiseries, alors qu'elle cherchait à reculer à nouveau, en vain. Au dessus d'elle, le visage du chevalier était beaucoup trop proche du sien, elle sentait son souffle sur son visage, alors que son regard furieux lançait des éclairs. Tout son corps lui hurlait douloureusement à quel point la présence de cet homme la rendait hors d'elle. Et pourtant, une partie d'elle ne pouvait pas s'empêcher d'être soudain hyper consciente de la chaleur du corps près du sien, du parfum d'embruns, masculin et presque salé qui l'entourait et de la beauté animale que son visage dégageait. Elle eut soudain conscience qu'elle le détestait aussi à cause de ça. Avoir ce type de pensées envers un meurtrier tel que lui la rendait malade.

"Vous comptez faire quoi? Me faire peur?" Elle leva le menton. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, alors qu'ils s'affrontaient du regard. "Je suis la Prêtresse d'Odin. Vous ne toucherez pas à un seul de mes cheveux. J'oublierais cet incident si vous me présentez vos excuses immédiatement."

Kanon l'observa en silence quelques longues secondes. Il devait tout de même admirer la manière dont elle lui tenait tête, tout autant qu'elle avait tenu tête à Poséidon en lui disant que ses excuses étaient insuffisantes. Elle avait une force peu commune. Et même si chacun de ses mots lui avaient rappelé le gouffre qui existait entre eux, aussi proche pourtant, elle n'était plus une prêtresse, mais juste une femme, dont la colère n'arrivait pas à effacer la beauté de ses traits délicats. Même ses cheveux, laissés libres, mais plus courts à l'avant de son visage, semblaient encadrer sa beauté fragile comme pour mieux la faire remarquer. Kanon l'observait intensément. Ce qu'il était en train de faire était totalement déraisonnable. Il le savait, mais il n'en avait rien à faire.

"Non." Il eut un sourire presque démoniaque, puis bougea lentement sa main, déposant ses doigts sur le visage de la prêtresse, alors que son pouce caressait doucement le contour et l'ourlet délicat des lèvres de la jeune femme. "Vous devriez plutôt vous inquiétez que je ne suive l'exemple de Poséidon et que je n'essaye de vous séduire." Murmura-t-il, mais elle l'entendit aussi distinctement que s'il avait crié.

"Ah oui?" Souffla-t-elle. "C'est amusant parce que jusqu'à preuve du contraire, séduction et agression sont des concepts bien différents."

Il écarta sa main, aussi soudainement qu'il l'avait posée sur elle, mais resta toujours beaucoup trop proche, la tenant prisonnière, coincée entre lui et le mur derrière elle. Elle sentait sa joue et ses lèvres la brûler là où ses doigts avaient parcouru son visage quelques secondes plus tôt. Il lui apparut soudain beaucoup plus dangereux que Poséidon.

"Poséidon a raison, vous êtes une femme remarquable". Il se retint de sourire, amusé, alors qu'elle se mettait à rougir malgré elle. Elle se mordit immédiatement la lèvre, mortifiée et baissa le regard. Grave erreur, le costume du Dragon des mers et sa chemise mettaient parfaitement en valeur son torse masculin, à peine à quelques centimètres d'elle. Elle déglutit.

"Ecartez-vous." Articula-t-elle, ne faisant cependant pas un geste pour le repousser.

"Cela fait un moment que vous auriez pu me geler sur place non?"

Elle leva à nouveau le regard vers lui. Il ne semblait plus en colère, mais pourquoi lui apparaissait-il encore plus dangereux maintenant qu'il était calmé?

"Ecartez-v..." Elle fut réduite au silence. Les lèvres de Kanon venaient de se poser sur les siennes. Malgré leur dispute pourtant, le contact était incroyablement doux.

Il avait l'odeur de l'océan, mais il dégageait une chaleur puissante, incroyablement attirante pour elle, qui n'avait jamais connu que le froid glacial d'Asgard. Surprise par le flot de sensations qui la submergeait, elle s'agrippa à lui, ses doigts s'appuyant contre son torse, qu'elle pouvait sentir à travers le tissu de sa chemise. Instinctivement, elle répondit au baiser, écartant ses lèvres. Aussitôt, il approfondit leur étreinte, lui enserrant la taille, l'attirant à lui de manière plus possessive et plus brutale. Plus aucune pensée cohérente ne pouvait se former en elle, son corps entier lui semblait brûler contre lui, alors que leurs souffles se mêlaient et que leurs corps se cherchaient. C'était primaire, animal, et pour la première fois depuis des mois, elle se sentit incroyablement vivante alors que son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine et que ses doigts s'enhardissaient, quittant le torse du chevalier pour se nouer dans sa nuque et se perdre dans ses longues mèches bleues.

Leur étreinte ne fut pourtant que de courte durée, le Dragon des mers s'écartant soudain brutalement, comme ramené à la raison, alors qu'un cosmos aussi puissant que celui d'Ishtar et Poséidon apparaissait à proximité.

Il ferma brièvement les yeux, passant une main sur son visage, comme pour remettre ses idées en place, avant de rouvrir les paupières et de fixer sa compagne d'un air impossible à décrypter. La prêtresse semblait glacée et figée sur place par la réalisation de ce qui venait de se produire.

"Je suis désolé." Articula-t-il avant de tourner les talons et de quitter la salle rapidement sans un mot de plus.


Il savait qu'il faudrait particulièrement surveiller Ishtar ce soir, de manière à ce qu'il soit là lorsque celle qui lui servait d'appât finirait par attirer la cible tant attendue. Bien sûr, demander à Zeus une audience aurait été tellement plus facile que toute cette mise en scène, mais son frère avait la fâcheuse habitude de refuser la plupart de ses demandes et de s'isoler en Olympe.

Mais ce soir, pensa Poséidon, ce soir, il était certain de le sortir de sa tanière, car quoi qu'il puisse en dire, Ishtar était très certainement une faiblesse dans la cuirasse de son frère, une attraction à laquelle il lui était presque impossible de résister, preuve en était le scandale en Olympe lorsqu'il l'avait gardée prisonnière si longtemps, malgré les protestations d'Héra, et toujours, Zeus s'était arrangé pour qu'Ishtar survive, malgré le fait que depuis le début, elle aurait dû mourir.

Enchanté, enivré par elle, voilà ce qu'il était, et le dieu des océans se demandait parfois si son frère était conscient de cette faiblesse, et elle, du pouvoir qu'elle pourrait avoir sur celui qu'elle considérait comme son bourreau. La dialectique du maître et de l'esclave dans toute sa splendeur. Il sourit presque cruellement, un pli cynique se formant au coin de sa bouche, expression que ne manqua pas de remarquer sa partenaire. Les deux divinités se tenaient à côté de l'estrade de la salle des enchères, alors que le dernier lot venait d'être adjugé.

"Toute cette situation t'amuse beaucoup trop" Murmura Ishtar, esquissant cependant un sourire qui surprit Poséidon. Il ne put s'empêcher de la contempler alors qu'elle même le regardait. En cet instant, il ne pouvait que comprendre l'obsession de son frère pour elle. Elle était belle à se damner. Son sourire s'élargit. Il venait de percevoir l'aura de son frère, pas particulièrement active mais bien présente, qui venait de faire son apparition.

"Cela ne te dérange pas si je mets ta tête à prix, pour la bonne cause?" Murmura-t-il. Elle haussa les épaules.

"Ce sera lui de toute façon n'est-ce pas?" Elle aussi avait senti l'arrivée de Zeus. "Fais-le payer le plus possible".

Poséidon sourit, puis fit un signe de tête au commissaire priseur, qui les observait.

"Dernière mise à prix de la soirée, mais pas des moindres..."

Ishtar n'entendit pas la suite, son regard et son attention reportés sur l'entrée de la pièce, alors qu'elle guettait l'arrivée de Zeus. Son visage demeura impassible, mais elle sentit les battements de son cœur accélérer sous l'effet du stress. Elle inspira profondément, puis se força à sourire, reportant son attention sur la foule des invités, qui l'observait, alors que les enchères pour danser avec elle s'envolaient. Combien des humains pouvaient-ils donner pour une fraction de leur vie avec une divinité? L'espace d'un instant, elle eut l'impression d'être à nouveau à Babylone, en train de recevoir des offrandes. C'était étrangement dérangeant.


La chaleur était accablante. Etouffante. Le vent du désert aurait pu faire suffoquer n'importe quel homme. Mais ils n'étaient pas du même monde que les humains. Leurs yeux d'un vert minéral les distinguaient clairement de tout mortel ou tout autre dieu. Leurs silhouettes dansaient dans la chaleur, telles des mirages infatigables, dans un cadence métallique rythmée du bruit de leurs épées. Puis la danse s'interrompit, lorsque l'une des silhouettes se retrouva projetée au sol.

"Tu es lent aujourd'hui, relève-toi". Shamash sourit et se redressa rapidement. Il se battait depuis plusieurs heures avec sa sœur, qui venait de retourner contre lui l'une de ses propres attaques. Leurs combats au milieu du désert étaient des entraînements très efficaces.

Il reprit sa position de garde, leurs épées se faisant face.

"Je pense que j'ai compris ta technique. Laisse moi réessayer." Finit-il par dire. Le vent faisait claquer les tuniques qu'ils portaient et faisait voleter le sable autour d'eux. Leurs cheveux blonds, leurs yeux verts et leurs traits réguliers leurs donnaient une ressemblance marquante mais ils dégageaient pourtant des auras totalement différentes. Il avait l'air parfaitement serein, malgré le combat en cours. Elle opposait à sa puissance calme un cosmos empli de rébellion.

"Très bien, attaque-moi à nouveau."

Shamash se téléporta, décidant de l'attaquer par surprise afin qu'elle soit forcée de contre-attaquer. En une fraction de seconde, il perçut l'attaque qu'allait lui infliger sa sœur, qui avait senti qu'il se matérialisait dans son dos. Il fit brûler son cosmos dans une main, alors que l'épée de sa sœur la traversait. De son autre main, il fit apparaître le même vortex, d'où la pointe de l'épée sortit, pointée vers sa sœur. Celle-ci retint son coup juste à temps pour ne pas s'auto embrocher.

Elle émit un rire cruel, puis matérialisa un seconde épée dans sa main libre, la pointant vers le cou de son frère, qui se retrouva avec la lame acérée contre la peau.

"Tu triches." Protesta-t-il.

"Tu attends des félicitations? La guerre n'est pas loyale." Elle sourit puis retira la lame. Il s'effondra à genou devant elle, toussant fortement, comme soudain épuisé alors qu'il avait fait se dissiper son cosmos. Elle l'observa alors qu'il reprenait son souffle.

"Cette attaque n'est pas la tienne." Finit-elle par expliquer. "Elle n'est déjà pas facile pour moi, mais pour toi, cela revient à tordre ton cosmos d'une manière qui nie ce que tu es. Tu ne seras pas capable de combattre pendant plusieurs minutes après un tel coup, même moi, je ne l'utilise pas impunément. Ne l'utilise qu'en dernier ressort. "

"Quelle est la limite?"

"Il n'y en a pas. Tant que ton cosmos est supérieur à celui que ton adversaire met dans son attaque, ça fonctionne. Physique ou mentale, ça fonctionne peu importe, sa propre attaque se retournera contre lui de plein fouet. Mais si sa puissance te dépasse, c'est toi qui recevra le coup, couplé à ta propre énergie qui se retournera contre toi. "

Shamash releva le visage vers sa sœur grimaçant mais semblant heureux.

"Ca te ressemble comme technique". Elle haussa un sourcil interrogateur, le fixant de ses yeux verts. "C'est comme d'utiliser une épée à double tranchant pour s'en servir comme bouclier." Compléta-t-il.

"Sans doute... " Il la vit froncer les sourcils, puis porter brièvement son regard au loin, observant les dunes de sable qui les entouraient. Elle semblait troublée depuis le début de l'entraînement.

"Comment as-tu nommé cette technique? Tu ne me l'as même pas dit." Demanda-t-il alors qu'il se relevait.

Elle reporta son regard vers lui.

"La justice du Chaos" Elle sourit alors qu'il frémissait. "C'est juste car le plus fort gagne... Approuves-tu ce nom dieu de la Justice? Il semble que je n'ai plus grand chose à t'enseigner..." Reprit-elle.

Elle fit tourner ses épées entre ses mains, par habitude, avant de les faire disparaître en une fumée de cosmos blanche.

"Tu sais ce que je vais te dire n'est-ce pas? Si nos entraînements sont terminés, plus rien ne me retiens ici". Shamash avait beau pouvoir lire dans les pensées de ceux qui l'entouraient, elle avait toujours réussi à bâtir un mur autour de sa conscience. Il n'avait jamais perçu que des murmures en essayant de sonder Ereshkigal. Mais son instinct lui hurlait ce qui allait se produire.

"Non..." Il s'approcha d'un pas mais elle recula aussitôt. Il s'arrêta en voyant sa réaction. Elle ne montrait que rarement ses émotions mais il pouvait voir de la douleur dans son regard, mêlée à une farouche résolution.

"Ma décision est prise. Tu es le seul à qui je souhaitais dire au revoir. "

"Ne pars pas! Où irais-tu? Nous avons besoin de toi ici, avec toutes ces rumeurs de guerres." Supplia-t-il.

"Tout ceci ne me concerne plus. Tu as vu les agissements de Sin ce matin? Je ne peux plus le tolérer. J'ai atteins un point de non retour."

"C'est notre père..."

"Un père qui a toujours préféré ma propre jumelle! Un père qui m'a maudite car j'ai tué sa femme en naissant! Un père qui me reproche d'être venue au monde!" Elle avait hurlé les derniers mots, comme pour le défier de démentir ses propos.

"Tu es général de nos armées! Il ne sait pas comment gérer sa peine!"

"Arrête! Combien de siècles encore lui faudra-t-il pour cesser son comportement? Et elle cette hypocrite! Ishtar vous manipule tous les deux. Ne vois-tu pas sa vraie nature? Tu es le seul Shamash! Le seul que je respecte et que je veux à mes côtés!" Elle tendit la main vers lui. "Viens avec moi! Nous pourrions fonder un royaume glorieux ensemble!"

"Ma place est ici et tu le sais". La main tendue de sa sœur s'abaissa. Le vent brûlant du désert était la seule chose qui animait la silhouette d'Ereshkigal désormais, faisant voleter les mèches d'un blond pâle qui s'échappaient de ses cheveux tressés.

"Tu me rejettes parce que tu l'aimes n'est-ce pas?" Elle parlait calmement, mais son regard le défiait de la contredire. "Alors je vais te faire une prophétie, dieu de la Justice. Ishtar causera ta perte."

"Si tel est mon sort, je l'accepte Ereshkigal. Dieux ou mortels, nous sommes tous soumis à la destinée". Elle sourit amèrement.

"Survis si tu le peux. Je te le souhaite. Les autres pourront tous brûler."

Elle disparut dans un éclat de cosmos d'un blanc aveuglant. Il se retrouva seul dans la chaleur aride, avec un nœud glacé dans les entrailles. Il ne percevait plus son aura. Seul le désert répondait à son cosmos désormais.


"Adjugé." Ishtar retint de justesse un sursaut nerveux alors que le marteau s'abattait. La voilà qui était officiellement vendue à Zeus pour la prochaine danse. Poséidon s'était même amusé à contre enchérir. Il avait vendu chèrement son appât, il fallait le reconnaître.

Elle fixa son regard vers l'entrée de la salle, d'où son enchérisseur gagnant n'avait pour le moment pas bougé. Il tourna le regard vers elle, lui faisant un clin d'œil amusé. Ce soir, le roi de l'Olympe n'avait pas changé son apparence et comme Ishtar, ses traits divins le distinguaient clairement du reste des mortels qui les entouraient.

Il portait un costume d'un gris sombre, impeccablement bien taillé, qui soulignait sa silhouette et rehaussait le gris bleu de son regard, pailleté d'or. Seuls ses cheveux courts, d'un noir ébène avec quelques mèches en batailles, apportaient un contraste décontracté à l'ensemble.

Ishtar demeura immobile aux côtés de Poséidon, alors que Zeus se mit à se mouvoir avec aisance parmi la foule qui applaudissait pour se rapprocher d'eux.

« Ravi de t'avoir parmi nous! » Sourit son frère lorsqu'il fut à portée de voix, s'attirant à peine une portion de l'attention du roi des dieux. Il avait devant lui son jouet préféré dans toute sa splendeur.

Le regard de Zeus était fixé sur la babylonienne, dont le visage était pâle malgré son teint doré, mais dont les yeux ne trahissaient ni surprise de le voir, ni peur, ni colère. Il détailla sans s'en cacher la délicieuse silhouette de celle qui lui faisait face, soulignée par une robe bustier rouge qui, si possible, arrivait à sublimer des formes déjà divines. Ses cheveux tressés dégageaient son port de tête et sa nuque gracile. En revenant à son visage, il eut la surprise de voir qu'elle ne le quittait pas des yeux, un air légèrement moqueur dansant dans ses prunelles. Elle était parfaitement consciente de l'examen qu'elle venait de subir et de l'effet qu'elle lui faisait. Et pour la première fois depuis longtemps, cela n'avait pas l'air de l'alarmer outre mesure.

Il finit par reporter son regard sur Poséidon.

« Permets-moi de t'emprunter ta partenaire, il me semble avoir payé chèrement une première danse. »

Poséidon bien sûr ne put qu'accepter et la déesse prit le bras qu'il lui offrit. Zeus fut presque surpris qu'aucune remarque désobligeante ne s'échappe de ses lèvres alors qu'ils marchaient côte à côte, la main de la déesse posée contre son bras, pour traverser la salle des enchères et rejoindre la piste de danse dans le grand salon.

Ils furent bientôt l'un contre l'autre, à danser lentement, alors que petit à petit, la foule autour d'eux s'épaississait d'autres couples qui dansaient. Aussi près d'elle, Zeus sentait le parfum qui se dégageait de sa chevelure et de sa peau. Il réalisa soudain que c'était la première fois qu'il dansait ainsi avec elle. Et la première fois depuis une éternité qu'elle se mouvait ainsi dans ses bras, de son plein gré. La dernière fois... il sentit une bouffée de désir l'envahir.

Comme si elle avait pu lire dans ses pensées, elle choisit ce moment précis pour rejeter la tête en arrière et le fixer du regard, alors que ses mains glissaient autour de ses épaules. Il resserra ses bras autour de sa taille.

"Mon frère t-a-il droguée pour te rendre docile?" Murmura-t-il. Les yeux verts de la déesse s'éclairèrent d'une lueur presque amusée.

"Non, il ne m'a ni droguée ni forcée à venir" Elle murmurait, mais malgré la musique, il l'entendait aussi distinctement que s'ils avaient été seuls.

Aussi proche, il pouvait observer à loisir la finesse de ses traits, le vert minéral de son regard, souligné par un maquillage très léger. Elle était aussi belle que la première fois qu'il l'avait vue, à Babylone. Les doigts de la déesse étaient posés sur ses épaules. Les mouvements de son corps contre le sien étaient à la fois délicieux et douloureux. Il ne percevait presque plus rien de ce qui les entourait, seul le son lancinant de la musique le rattachait encore au monde extérieur. Malgré leurs conflits, tout était simple, le temps éphémère d'une danse, leurs corps se synchronisaient à nouveau. Oui, c'était irréel.

Il fit glisser lentement l'une de ses mains du creux des reins de la déesse vers le haut de son dos, où sa peau était nue. Il la sentit frémir. De peur? De haine? Elle ne s'éloignait pas de lui pourtant. Elle ne détachait pas non plus son regard du sien. Comme toujours à chaque fois qu'elle était aussi proche, sa beauté lui était presque douloureuse. Sa main remonta de son cou vers son visage. Elle ne cilla pas alors que ses doigts se mirent à caresser sa joue.

"Toujours aussi belle" Murmura-t-il comme pour lui-même. Son ton ne contenait aucune trace de son acidité habituelle. Ses yeux d'un gris bleu pailleté d'or semblaient avoir perdu momentanément leur tonalité acier.

Elle continuait à le fixer, une expression insondable sur le visage. Elle finit par froncer les sourcils, comme si elle avait pris une décision intérieure.

"Je suis fatiguée d'être ton ennemie. Je veux la paix" Finit-elle par répondre à mi-voix.

"Je ne crois pas en ta bonne foi. Tu me hais" Il souriait étrangement en prononçant ses paroles, qui lui rappelaient toute l'étrangeté de leur situation, alors qu'il sentait sous ses doigts la douceur de sa joue.

"Laisse-moi la chance de trouver un accord avec toi. Il me reste une éternité à vivre et je veux la vivre libre. Nous devons pouvoir nous entendre. " Elle fit glisser ses doigts sur la main que Zeus avait posé sur son visage. Il crut qu'elle voulait l'écarter, mais elle n'en fit rien. Elle entrelaça ses doigts aux siens. "Nous allons changer les règles de notre jeu."

A ces paroles, il s'arrêta de danser, l'immobilisant avec lui parmi la foule des danseurs les entourant.


Un peu plus loin, Hilda observait les divinités en train de se mouvoir parmi la foule. Ils avaient l'air irréels parmi ceux qui les entouraient, comme une image trop nette ou trop belle, se détachant fortement de son contour.

Mais que faisaient-ils ici parmi de simples humains? Si Poséidon souhaitait réellement récolter des fonds pour aider les victimes du raz-de-marée, il n'avait qu'à claquer des doigts. Pourquoi se prêter à cette mise en scène? Le Dieu des mers lui avait présenté ses excuses. Les excuses d'un dieu pour le mal causé à Asgard... Alors pourquoi toujours cette boule au ventre? Pourquoi devoir être là ce soir, alors que ses guerriers divins devaient être ramenés à la vie le lendemain par la déesse Ishtar? Et là désormais, Zeus ici? Dans la même pièce qu'elle?

"Hilda, je suis ravie de vous revoir à nouveau". La prêtresse se retourna, Athéna lui faisait face et lui souriait. Elle se crispa immédiatement en voyant Kanon qui l'accompagnait, puis fronça les sourcils. L'homme l'interrompit, comme ayant compris son mouvement de recul.

"Je suis son frère, Saga. Enchanté de vous rencontrer" Dit-il en esquissant un sourire.

C'était donc lui, l'autre chevalier des gémeaux? A mieux le regarder, il dégageait effectivement une aura différente de celle de son frère. Plus calme et en même temps, étrangement plus froide. Kanon renvoyait l'image d'un océan déchaîné, d'un tigre en cage, l'aura de Saga semblait être celle d'une mer apaisée. Et comme son frère, cet homme était extrêmement attirant. A cette pensée, la prêtresse se retint de pousser un soupir d'exaspération, qui aurait pu paraître grossier, alors qu'elle sentait ses lèvres la brûler.

"Ravie de vous rencontrer" Parvint-elle à articuler d'un ton qu'elle espéra pas trop agressif.

"Comment se déroule la préparation du retour de vos amis?" Murmura Saori, faisant référence au retour des chevaliers divins.

"Bien. J'ai hâte de les voir à nouveau" Sourit sincèrement Hilda, ne pouvant pas trop en dire avec la foule qui les entourait.

Saori hocha la tête mais ne répondit rien, alors que Poséidon s'était approché pour l'inviter à danser. La prêtresse d'Odin la regarda partir au bras de l'olympien, demeurant seule désormais avec le chevalier des gémeaux.

En suivant la déesse des yeux, le regard d'Hilda croisa brièvement celui du Dragon des mers, à l'autre bout de la salle, en grande discussion avec un autre homme, mais qui apparemment les observait. Le regard acier de la prêtresse se durcit. Elle se retourna vers le chevalier des gémeaux.

"Ne devriez-vous pas m'inviter à danser?" Finit-elle par sourire.

...


Poséidon avait connu des femmes. De très nombreuses femmes. Mais jamais, non jamais il n'avait assisté à une telle démonstration de force. Et pourtant, Ishtar n'avait rien fait ou si peu. Et son frère était comme hypnotisé par la déesse.

Il pensait qu'elle était son jouet? Quel idiot. La Babylonienne avait toujours dominé leur relation, voilà la vérité. Pour la simple et bonne raison qu'elle n'attendait rien de lui et qu'elle le méprisait, alors que Zeus... Il ne voulait la briser que parce qu'il n'arrivait pas à l'avoir. Il désespérait qu'elle lui accorde son attention. Voilà la vérité.

Et en cet instant, alors que Poséidon observait le couple, cela lui paraissait d'une telle évidence qu'il s'en voulut de ne pas l'avoir réalisé plus tôt. Cette déesse était l'arme parfaite.

Il n'était pas le seul à les contempler.

Certains danseurs autours d'eux s'étaient arrêtés pour les observer. La beauté des deux être divins et l'attirance entre eux semblait aimanter l'attention. Ils formaient un duo saisissant de contraste, elle avec sa longue chevelure ivoire, sa peau dorée et sa silhouette irréelle, et lui, à la courte chevelure d'un noir de jais et aux allures d'un Prince mystérieux. Ils se dévoraient des yeux et semblaient avoir totalement occulté le monde autour d'eux.

Pour une telle performance, Ishtar aurait mérité un de ces oscars que les humains affectionnaient tant. Poséidon en aurait presque douté lui-même.

"Difficile d'imaginer un tel passé entre eux à les voir ainsi." Murmura Athéna à ses côtés.

Poséidon reporta son attention sur celle qui l'accompagnait. Il préféra changer de sujet de conversation.

"As-tu réfléchis à ma proposition?" Demanda-t-il télépathiquement.

"Je suis prête à libérer Isaak. Une guerre entre nous est inutile "

"Je veux plus."

"Je n'ai rien d'autre à t'offrir"

"Ne m'as tu pas entendu tout à l'heure? Aphrodite est un membre de la famille de Jullian. Techniquement, c'est un de mes descendants. Je le veux."

"C'est impossible."

"Pourquoi, tu n'arrives pas à croire qu'il puisse m'avoir déjà choisi? Qui d'après-toi a remis les plans de la cache de l'urne à Isaak?"

"Je sais parfaitement ce qu'il s'est passé. Il m'a tout avoué tout à l'heure. Et je lui ai pardonné."

Poséidon resserra son étreinte autour d'Athéna alors qu'ils dansaient, ne pouvant s'empêcher de se mettre à rire doucement. Elle était incroyable! Elle allait même garder un traître notoire dans ses rangs sans lui imposer la moindre punition?!


Ils étaient à l'arrêt parmi la foule des danseurs, l'un contre l'autre, la main d'Ishtar toujours entrelacée à celle que Zeus avait posée sur sa joue.

Il l'observait intensément, comme cherchant à lire en elle. Etait-elle sincère? Ses traits angéliques ne reflétaient rien. Pourquoi avait-elle changé d'attitude ainsi, depuis leur dernière entrevue privée dans les jardins du palais d'Athéna? Décidément, son jouet favori était plein de ressources.

Elle avait calmé les battements de son cœur et réprimé la nausée que le contact de Zeus lui inspirait. Elle ne devait rien laisser transparaître, c'était vital. Quoi qu'il lui en coûte. Elle soutenait son regard sans ciller.

Elle sentit son aura toucher la sienne, presque imperceptible.

"Que veux-tu Ishtar?" Sa voix résonna dans son esprit. Apparemment, il la prenait au sérieux.

"Ma liberté. Complète et entière. Vivre en dehors de ton ombre."

"Je ne vois rien qui te permette de l'obtenir ici."

"Alors tu ne regardes pas assez bien celle qui te fait face. Tu m'as rendu mes souvenirs, j'ai vu et compris l'impossibilité de vaincre seule contre toi. Je veux négocier. Je suis prête à te donner ce que tu désires."

"Je n'ai aucune confiance dans tes paroles. Je ne crois pas aux promesses non suivies d'effet."

Elle sourit, puis leva lentement une main, caressant du bout des doigts l'angle de la mâchoire de Zeus, indifférente à la foule qui les entourait et à ceux qui les observaient. L'espace d'une fraction de seconde, elle vit une claire expression de surprise se dessiner sur ses traits. Elle se rapprocha de lui, faisant glisser ses doigts dans son cou alors qu'elle approchait ses lèvres d'une de ses oreilles. Il sentit son souffle contre sa peau, sensuel, alors qu'elle murmurait désormais.

"Sais-tu pourquoi je tuais mes amants? C'était un acte de merci. La plupart devenaient fous de devoir vivre sans moi. Lorsque tu as bu cette coupe cette nuit là, tu as accepté que ta vie soit mienne." Zeus ne répondit rien, fermant brièvement les yeux alors que le souffle de sa compagne lui caressait l'oreille, lui faisant naître des frissons dans la colonne vertébrale. Que cherchait-elle à le provoquer ainsi? Comme si elle avait pu lire dans son esprit, elle s'écarta légèrement, lui faisant face, son visage proche du sien, chuchotant toujours. "Je ne crois pas non plus à ta parole. Mais je crois en l'animal en chacun de nous." Elle sourit, ses lèvres à quelques centimètres des siennes désormais. "Si je suis ton jouet, l'animal en toi en revanche est à moi."

...


La mine sombre, Kanon observait la piste de danse, où la plupart des invités se mouvaient désormais. Il n'aimait rien de tout ça, ni Ishtar avec Zeus, ni Athéna avec Poséidon, ni Hilda avec Saga. Dans son esprit, il sentait constamment poindre le cosmos des marinas aux alentours, qui lui rendaient compte en temps réel de la situation.

Il sentait également la présence de cosmos apparus avec celui de Zeus, mais ils étaient à peine perceptibles. Le dieu n'était pas venu seul. Au moins deux de ses gardes du corps étaient là. Un léger mal de crâne pointait. Il se força à reporter son attention sur Ishtar et à détacher son regard des autres couples. Elle était la seule chose qui importait ce soir.

Il fronça les sourcils en la voyant agir. Il pensait bien la connaître, mais ce soir, elle donnait à voir une facette d'elle qu'il n'avait jamais vue : divine, séductrice et manipulatrice. Poséidon avait eu raison. Elle était une force difficile à ignorer. Il souhaita brièvement ne jamais se retrouver confronté à elle de cette manière.

Il sentit un battement de cœur lui manquer soudainement. Shaka allait le tuer. Sur la piste de danse, Ishtar et Zeus étaient en train de s'embrasser.


Dans ses rêves et ses délires fiévreux, il lui avait semblé brièvement sentir le cosmos de sa sœur, à proximité, comme lorsqu'elle était encore en vie. Etait-ce possible?

Ereshkigal ouvrit les paupières. Sa première respiration fut accompagnée d'un éclair de douleur entre ses côtes et dans son bas ventre. Elle serra les dents mais ne gémit pas. Son regard se posant immédiatement sur la silhouette qui se trouvait avec elle dans la pièce.

En un éclair de cosmos, elle fit jaillir une épée entre ses doigts et se jetait sur l'homme.

"Qui es-tu? Où suis-je?" Gronda-t-elle de sa voix à la fois rauque et indéniablement féminine. Elle l'avait renversé au sol, la pointe de son épée contre sa trachée. Il n'avait pas eu le temps de réagir. Son armure l'avait fait chuter lourdement dans un bruit de métal. Elle le dominait, un talon appuyé sur son torse couvert de métal, l'autre fermement ancré sur le sol. Son corps hurlait contre cet exercice soudain, mais elle n'en avait que faire. Les yeux gris de l'inconnu la fixaient, son casque ailé avait roulé au sol, dévoilant une chevelure grise malgré des traits jeunes. Le siège sur lequel il était assis quelques secondes auparavant avait été projeté plus loin. Une armure noire et argentée dotée d'ailes, toute cette architecture qui sentait la Grèce à plein nez. Pourquoi diable Hadès ne l'avait-il pas achevée?

"Je te prie de relâcher Thanatos, il a instruction de ne te faire aucun mal, tout comme le reste de mes serviteurs." Elle ne connaissait que trop bien cette voix désormais.

Elle tourna lentement le visage vers le nouveau venu, ne détachant pas la pointe de son épée du cou de sa victime.

Hadès venait d'entrer, il avait dû être à proximité immédiate mais elle ne l'avait pas perçu. Il était vêtu d'une ample toge noire rehaussée d'un cape blanche et semblait d'une pâleur extrême, sa peau était encore livide et de profonds cernes creusaient son regard. Il se tenait pourtant là aussi sûr de lui que s'il avait été vêtu de son armure. La vue de l'olympien lui fit émettre un rire sardonique, auquel la douleur dans son bas ventre mit fin presque immédiatement.

"Mort. Tu devrais-être mort et moi aussi." Dit-elle.

Il la contempla en silence de son regard bleu insondable, profond comme un lac tranquille. Il n'était conscient que depuis quelques heures, suite à l'intervention d'Ishtar, dont il avait senti le cosmos se mêler brièvement au sien alors qu'il luttait encore contre le poison dans son organisme. Le contact avait été bref, mais suffisant pour l'aider au moins partiellement à se remettre. Il ne savait pas pourquoi la babylonienne était intervenue. Avait-elle perçu sa sœur et s'était-elle rendu compte à ce moment là de son état de santé à lui? Impossible à dire sans l'interroger directement.

S'il était surpris de l'intervention d'Ishtar, il l'était tout autant de l'énergie qu'Ereshkigal avait réussi à déployer dans un état pareil. Apparemment, sa jumelle n'avait pas usé de ses pouvoirs pour la soigner. A part les bandages qu'elle avait autour du ventre et de sa poitrine, qui étaient tachés de rouge à nouveau sous l'effort qu'elle avait infligé à ses blessures, elle n'était vêtue que de sa longue chevelure d'un blond pâle et d'un fin pantalon blanc trop large pour elle. Malgré son état, la puissance qu'elle dégageait était indéniable. Son cosmos d'un blanc pur était concentré dans sa main libre et elle avait réussi à rassembler assez de pouvoir pour matérialiser une épée et prendre celui qu'il estimait être son bras droit par surprise. Elle était aussi dangereuse qu'une bête blessée.

Sous son pied nu, l'armure de son opposant semblait émettre des ondes de douleur au simple contact de sa peau. Les ailes de la protection bruissaient comme pour s'échapper. Seul le sang sur ses bandages trahissait son état de faiblesse. Sang qui ne devait surtout pas toucher Thanatos ou son armure, s'il tenait à son serviteur.

Elle ne cilla pas lorsque Hypnos se matérialisa aux côtés d'Hadès, venu immédiatement en renfort après avoir senti l'explosion soudaine de cosmos qui venait d'avoir lieu.

"Ereshkigal, je le répète, éloigne-toi de lui. Tu saignes. Tu pourrais le tuer. " Hadès avait prononcé ces paroles d'une voix calme mais demeurait parfaitement immobile. Tout comme Thanatos, qui la fixait comme si elle avait été un serpent venimeux.

Elle baissa les yeux vers son ventre et vit les bandages teintés de sang. Elle resserra la prise sur son épée et releva les yeux vers Hadès.

"Je ne vois aucune raison de baisser cette épée." Le cosmos dans sa main libre se mit à pulser plus fortement, faisant apparaître une seconde lame, qu'elle pointa immédiatement en direction d'Hadès, comme pour le défier d'approcher, alors que la pointe de l'autre épée était toujours nichée contre le cou de Thanatos, à ses pieds.

"Tu n'es pas ma prisonnière." Se contenta de répondre Hadès.

"Pourquoi suis-je ici alors?"

"J'ai négocié ta vie." Répondit-il simplement.

Il lui tourna le dos délibérément et commença à marcher pour quitter la pièce, la cape blanche de sa longue toge noire oscillant derrière lui, contrastant avec sa chevelure d'un noir de jais. Après quelques pas, il se retourna, s'adressant à elle à nouveau.

"Suis-moi, j'ai une proposition à te faire. Tu seras libre de partir ensuite, si tu le souhaites toujours."

Thanatos émit un soupir de soulagement quand il sentit l'arme contre sa gorge s'éloigner et le pied sur le torse de son armure se retirer. En silence, la déesse recula de quelques pas, puis d'un simple geste de la main fit disparaître ses armes, tout en faisant se matérialiser autour d'elle une tenue plus appropriée. En l'espace de quelques secondes, ses bandages furent couvert par une tunique corsetée et un pantalon, noirs et brodés d'or. Par habitude, elle matérialisa des gants autour de ses doigts. Seuls la peau de son cou et son visage étaient visibles désormais.

Hadès l'observa en silence, alors qu'elle terminait sa métamorphose en passant négligemment une main dans sa longue chevelure blonde détachée, qui se retrouva instantanément coiffée et tressée. En à peine quelques secondes, son apparence était passée de celle d'une bête blessée à celle d'une combattante aguerrie. Il vit Thanatos et Hypnos frémir alors qu'elle usait de son cosmos, particulièrement désagréable à ressentir, il le savait d'expérience. Pourtant, aucune douleur ne se manifesta en lui. Le cosmos de la déesse lui semblait désormais étrangement différent, comme s'il percevait désormais au delà de ce qu'elle donnait à montrer. Ou était-ce lui qui avait réussi à s'immuniser d'elle?

Quelques secondes plus tard, les deux divinités s'éloignaient côte-à-côte, alors qu'Hypnos aidait son jumeau à se relever.


Ils avaient marché en silence dans les couloirs du yacht, évitant les invités, jusqu'à trouver refuge dans un bureau bibliothèque aux murs couverts de rayonnages emplis de livres, protégés des remous de la houle par des parois de verre. Le nombre de livres dans la pièce était impressionnant. Tout semblait sortir d'un palais et non pas d'un bateau, aussi immense soit-il. Les armoiries en forme de trident empêchaient toute personne présente d'oublier qui était le maître des lieux. La famille Solo avait toujours eu l'emblème de Poséidon en blason.

Plusieurs canapés et fauteuils étaient disséminés dans la pièce. Seul un immense pan de mur était sans livres, couvert par une carte du monde et des océans.

Dans un coin cependant, le caractère mondain du lieu était trahi par un mini bar, accompagné d'un billard. L'endroit était tout autant un lieu d'études qu'un mini club pour gentlemen, garni d'épais et confortables fauteuils en cuir.

Zeus pénétra le premier dans la pièce, se dirigeant sans hésitation vers le bar, afin de saisir deux verres à liqueur. Ishtar le suivit, se rapprochant afin de regarder les différentes bouteilles qui étaient à disposition. Sans un mot, elle choisit une bouteille puis remplit les deux verres, se tenant à quelques centimètres de Zeus, qui tenait toujours les verres en main.

"Du tsipouro? Voilà un choix très grec de ta part." Commenta-t-il tout en l'observant avec curiosité. Elle sourit, la flamme glacée de son regard vert s'adoucissant quelques secondes. Il l'observa en silence. Ils n'avaient presque plus échangé de paroles depuis leur baiser, dont elle avait initié le début et la fin, de sa propre volonté. Ils s'étaient remis à danser ensuite, avant de finalement s'écarter de la foule pour pouvoir parler librement et finir par trouver refuge ici.

"Ton pays n'a pas que des mauvais côtés. J'aime bien cette liqueur, elle est aussi brute que vos paysages écorchés." Elle se saisit d'un verre, trinquant au passage avec celui qui était resté entre les mains de son compagnon. "Pardonne-moi si je ne trinque pas à ta santé."

"Voilà qui te ressemble plus." Sourit-il. "C'est empoisonné?"

"Ca serait certainement satisfaisant sur le moment, mais inutile, tu finirais par te réincarner." La déesse sourit, comme caressant cette idée, avant de porter le verre à ses lèvres. La saveur brute de l'alcool distillé lui brûla certainement la gorge car elle fit une légère grimace mais reprit une gorgée. Zeus l'imita, buvant à son tour d'un trait sec alors qu'il ne la quittait pas des yeux. Il posa son verre vide sur le rebord du bar, puis s'éloigna de quelques pas, déboutonnant rapidement le col de sa chemise afin de se mettre à l'aise. S'approchant d'un fauteuil, il finit par s'y asseoir souplement, alors qu'elle était toujours debout, de profil désormais.

"Que veux-tu?" Finit-il simplement par demander, alors qu'il observait sa silhouette, à la fois voilée et dévoilée par les jeux de broderies et de transparence du tissu rouge sombre de sa robe. De profil, ses cheveux tressés soulignaient la finesse de sa nuque et la délicatesse de ses traits de succube. Comme toujours, elle lui était douloureusement attirante.

"Je te l'ai déjà dis." Elle tourna le visage vers lui, plongeant son regard dans le sien. "Je veux ma liberté."

"Impossible." Répondit-il calmement. "Tu as parlé de l'animal en moi... Il n'a aucune envie de lâcher sa proie."

Elle sourit.

"J'ai beaucoup réfléchi depuis que tu m'as rendu mes souvenirs et bien plus depuis que j'ai enfin un endroit ou je peux vivre libre de toi, en Asgard. Je compte y demeurer, tant que je n'aurais pas refondé Babylone" Il pencha la tête de côté.

"Je n'ai aucune raison d'accepter ça."

"C'est pour cela que je suis ici ce soir, j'avais besoin d'un terrain neutre pour te parler. Tu n'es jamais très patient habituellement lorsque nous sommes seuls."

"C'est uniquement par ta faute. Tu n'es jamais très obéissante."

"Obéissante? Je n'aime pas être forcée à quoi que ce soit." Elle détacha son regard de lui, semblant observer le lieu qui les entourait. Elle finit par reprendre, un timbre mélancolique dans la voix. "Babylone a disparu depuis des siècles maintenant, je ne souhaite plus me punir de ce que est arrivé cette nuit-là." Elle se tut, buvant la dernière gorgée qui était dans son verre avant de le poser, en silence.

"Et donc?" Elle le fixa de nouveau de ses pupilles d'un vert minéral.

"Je veux passer un accord avec toi, mais je ne suis pas aussi stupide que tes frères." Il sentit un frisson glacé lui descendre l'échine. Qu'insinuait-elle?

"Je ne vois pas de quoi tu parles."

"Je t'en prie, ils t'obéissent tous les deux. Je sais ce que tu leur a fait. C'est toi qui est à l'origine de toutes les guerres saintes! Toi qui les a divisés en attribuant le cap Sounion à Athéna alors qu'il appartenait à Poséidon, toi toujours, en t'arrangeant pour faire se suicider Perséphone et faire porter le chapeau aux chevaliers d'Athéna, et toi encore, qui a retourné Amphitrite contre Poséidon! Que leur as-tu promis contre leur fidélité? Que tu les aiderais à se venger? Je ne suis pas aussi stupide que tes frères. Tu n'arrêtais pas de répéter à quel point leurs femmes les rendaient trop humains lorsque tu me gardais prisonnière. Tu avais peur qu'il ne finissent par les écouter elles plus que toi! Et maintenant, regarde-nous! Elles ont subitement toutes les deux disparu du paysage. Je ne crois pas à de telles coïncidences."

Un sourire cruel se dessina sur les lèvres de son interlocuteur.

"Voilà une théorie bien intrigante."

"Je suis certaine que c'est la vérité. Tu leur a extorqué leur fidélité basée sur des mensonges. Souhaites-tu que je leur fasse part de mes conclusions?" Il se leva souplement, s'approchant d'Ishtar. Elle se raidit mais demeura silencieuse, lui opposant un visage serein malgré l'air menaçant qui émanait de lui.

"Même si c'était vrai, ils m'ont juré fidélité sur le Styx. Seule ma mort peut les libérer d'un tel serment! Que crois-tu, qu'ils vont se retourner contre moi? Je pourrais leur demander de se planter un couteau dans le ventre et ils seraient contraints de le faire. Un serment sur le Styx est inviolable!" Il fit glisser ses doigts sur la tempe d'Ishtar, remettant en place une petite mèche qui s'était échappée de sa coiffure. "As-tu la moindre preuve mon joli jouet? Aucune. Tu me hais tellement que tu deviens paranoïaque."

Elle ne se démonta pas.

"Tu mens. Tu me mens droit dans les yeux, exactement comme ce jour où tu m'as annoncé que ma sœur était morte. Elle est en vie, j'ai senti son cosmos ce soir même. Leurs serments ne valent rien dans de telles conditions et tu le sais. Tu as mis des siècles à les mettre sous ta coupe, je peux tout détruire en quelques minutes." Reprit-elle.

"Tu as la langue bien pendue pour quelqu'un que je peux renvoyer dans sa jolie prison en un battement de cils." Souffla-t-il. La main de Zeus glissa à l'arrière de son cou, ses doigts s'enfonçant durement dans la peau fine et délicate de la nuque de la babylonienne.

Elle rejeta la tête en arrière, le regardant droit dans les yeux en lui souriant, comme indifférente à l'étreinte douloureuse qu'il lui infligeait. Il était partagé entre l'envie de l'étrangler ou celle de l'embrasser et la flamme de haine dans le regard de son interlocutrice lui indiquait qu'elle en avait parfaitement conscience.

"Tu n'as jamais pu me détruire. Tu devrais changer de paradigme et essayer plutôt de faire de moi ton alliée. Héra n'est pas une reine à la hauteur."

A ces derniers mots, il la relâcha comme s'il venait de se brûler. Elle secoua doucement la tête, délassant gracieusement sa nuque malmenée avant de reprendre la parole.

"Voici ma proposition. Je dispose de ma liberté pleine et entière. Je refonde Babylone. J'ai la vie et les amants que je veux sans que tu interviennes. En échange, je t'accorde mes faveurs disons... une nuit par siècle?" Elle se mordit les lèvres, comme amusée. "Et puisque je ne peux pas te tuer toi, je veux que tu m'amènes la tête d'Héra. Ma captivité au Palais Céleste aurait été bien plus douce sans elle. Même toi tu ne peux pas la supporter, c'est déjà te rendre service non? Ca sera pour moi une preuve de ta bonne foi sur le respect de notre accord, puisqu'au vu de ce que tu as fait à tes propres frères, ta parole ne me suffira pas. Tu as tué mon peuple, mon frère et mon père, amène-moi la tête de ta sœur et nous pourrons discuter."

Il eut un sourire amusé mais ne répondit rien, s'éloignant pour se servir à nouveau un verre, lui tournant le dos.

"Si cruelle." Répondit-il calmement, alors qu'il se saisissait de la bouteille de liqueur. "Je n'arrive pas à croire que tu sois sérieuse." Il frémit en la sentant l'enserrer par l'arrière, collée contre son dos. Ses mains étaient posées près de son nombril, il sentait la chaleur de ses doigts à travers le tissu de sa chemise. Il posa la bouteille dans un tintement de verre, mais il fut empêché de se retourner par sa voix, contre son cou.

"Crois-tu que je suis incapable de te donner ce que tu désires? Oui je te hais, mais depuis quand les sentiments ont-ils été un frein à l'ambition? Ce sera facile... Tu es bien plus attirant dans ton véritable corps." Murmura-t-elle comme pour elle-même. "Je te fais une proposition parfaitement sérieuse."

En silence, il prit un autre verre vide et le remplit, se retournant cette fois pour le remettre à la déesse en face de lui. En cet instant, elle dégageait la même attraction que cette nuit là, lorsqu'il l'avait vue la première fois. Tentatrice, froide et sûre d'elle, et beaucoup trop proche de lui pour qu'il puisse penser clairement. Lentement, il porta son verre à ses lèvres, l'observant pensivement, alors qu'elle même s'était détachée de lui pour boire à nouveau. Il ne percevait aucune autre aura que les leurs à proximité immédiate. Il n'arrivait pas à croire ce que lui proposait la babylonienne. Pourquoi maintenant?

"Je suis curieuse" Reprit-elle de sa voix mélodieuse mais froide. "Etais-tu jaloux de tes frères? Ils étaient heureux et tu es resté coincé dans un mariage que tu hais? Ou bien avais-tu simplement soif de pouvoir?"

"La troisième option." Répondit-il sombrement, faisant tourner le liquide dans son verre. "J'ai remplacé un monde de guerres perpétuelles par un nouveau monde. Hadès, Poséidon et Athéna m'obéissent désormais, il n'y aura plus jamais de guerres entre nous. J'ai réussi à unifier la terre là où tous les autres dieux ont échoué avant moi." Il eut un sourire mauvais. "Mais je ne suis pas allé aussi bas que tu le prétends. Briser des mariages heureux? J'aime mes frères, mais Hadès et Poséidon se berçaient d'illusions. Perséphone était déjà dépressive, après tout, elle avait été enlevée et séquestrée en Elision par Hadès... Je n'ai fait que lui implanter des souvenirs qu'elle croyait être vrai. Ca a suffit à la faire basculer. Et Amphitrite? Encore plus facile. Elle nous en voulait d'avoir exterminé les Titans, c'était un deuil qu'elle n'avait jamais pu surmonter. Quand l'anneau des Nibelungen est arrivé entre ses doigts, elle a aussitôt trahi Poséidon. Je n'ai rien eu à faire, à part soudoyer un serviteur afin que l'anneau arrive parmi ses bijoux... Et l'anneau n'a fait qu'amplifier ses penchants les plus sombres... Je savais qu'ils auraient besoin de moi. Tout comme toi, mes pouvoirs me rendent unique... Je n'avais plus qu'à attendre le bon moment."

"Athéna, les guerres saintes, tout cela n'a été qu'un outil pour toi?"

"Un outil qui ouvre la porte à un idéal de paix. Athéna est l'une de mes plus belles œuvres. Elle est pure et croit sincèrement à son idéal de justice. Tu lui briserais le cœur si elle apprenait tout cela" Il tendit la main vers Ishtar, la saisissant par la taille pour l'attirer contre lui. De son autre main, il lui caressa le bras, remontant vers son épaule, alors que son visage s'approchait de celui de la déesse, qui le fixait calmement. "Et toi Ishtar? Que dois-je faire de toi désormais? Tu me hais et tu en sais trop. Il n'y a que deux solutions logiques: soit je te tue, soit j'efface ta mémoire à nouveau... As-tu une préférence?"

Elle saisit le visage de Zeus, alors qu'il la tenait toujours dans ses bras, souriant calmement malgré ses dernières paroles. Elle le fixa droit dans les yeux, ses lèvres à peine à quelques centimètres des siennes.

"Notre relation n'a jamais été basée sur la logique Zeus. Je choisis la troisième option." Il sourit malgré lui, mais la fit taire en déposant l'un de ses doigts sur ses lèvres.

"Une nuit par siècle est très largement insuffisant pour constituer une alternative aux deux choix précédents ma chère. Il va falloir revoir ta proposition."


Kanon observait les écrans de la salle de sécurité sans y croire. Il avait fait vider les lieux dés qu'Ishtar s'était isolée avec Zeus dans la bibliothèque, comme prévu par leur plan. Seul Bian et un autre homme, spécialiste de la sécurité vidéo et fidèle à Poséidon, étaient encore présents dans la pièce. Lentement, il posa le casque audio qu'il avait vissé sur ses oreilles. Il était consterné.

"Confirmez-moi que tout est enregistré et parfaitement audible." Finit-il par demander à voix haute.

Alors qu'il attendait une réponse, la gravité de la situation lui apparaissait clairement. Si l'enregistrement parvenait à Poséidon ou Hadès, tout cela allait finir en bain de sang. Lui-même sentait la colère bouillir en lui, alors qu'il pensait à toutes les souffrances endurées lors de la dernière guerre sainte. Toutes ces guerres étaient inutiles depuis le début?

Un silence pesant tomba dans la salle. Bian jeta un regard inquiet à Kanon. Le général de l'Hippocampe, gardien du pilier de l'Océan Pacifique Nord, était lui aussi parfaitement conscient de la situation.

"C'est enregistré et audible." Confirma le technicien.

"Faites immédiatement une copie." Ordonna le Dragon des Mers. Il savait qu'Ishtar avait prêché le faux pour avoir le vrai. Pourtant, lui-même était impressionné par la prestation qu'elle venait d'effectuer. S'il n'avait pas lui-même dû la convaincre de séduire Zeus, il aurait pu être persuadé que ce qu'elle demandait était réel. Ou l'était-ce? Se gardait-elle une porte de secours si Hadès et Poséidon ne devenaient finalement pas ses alliés contre Zeus?

"Poséidon va vouloir le tuer n'est-ce pas?" Finit par murmurer Bian, moins comme une question que comme un constat glacial.

"Oui et c'est bien ce que je crains... Je me charge d'informer Poséidon de nos résultats, mais certainement pas ici ni maintenant. Nous sommes sur un bateau rempli de victimes potentielles. Si Poséidon entre en rage, nous n'aurons même pas le temps de faire évacuer d'urgence." Kanon prit une profonde inspiration, comme échafaudant un plan dans son esprit. "Je veux un secret absolu sur ce qu'il s'est passé ce soir. Bian garde l'original de cet enregistrement et ramène le immédiatement au sanctuaire sous-marin. Poséidon va vouloir le consulter. Je garde la copie en sécurité. "

Il fronça les sourcils, son regard était toujours fixé sur les écrans. Il n'avait aucune idée de comment Ishtar allait se sortir de ce guêpier, alors qu'elle était toujours coincée avec l'olympien. Elle avait l'air sûre d'elle-même, mais il était certain que le moindre contact avec Zeus devait la rendre intérieurement malade. Devait-il intervenir? Etait-elle capable de le contenir seule?


Le contact de Zeus, sa simple présence, tout aurait dû lui donner envie de hurler et de vomir. Mais elle n'avait plus qu'un bloc de glace dans le ventre, comme si son corps entier s'était engourdi, comme pour ne plus pouvoir sentir ce qui se produisait.

Etrangement, Ishtar se sentait comme étrangère à elle-même, comme si une partie de son cerveau s'était déconnectée. S'il se doutait de quoi que ce soit, elle savait qu'il mettrait ses menaces à exécution. Elle devait donner le change jusqu'au bout. C'était comme si un mécanisme de survie s'était mis en place en elle. Elle avait l'impression que son moi actuel observait agir, comme d'au-dessus de son épaule, celle qu'elle était auparavant, et qui était en train de répondre au baiser de Zeus avec une ardeur qui semblait égaler la sienne. Elle le laissa faire, l'embrassant toujours, alors qu'il la soulevait pour l'asseoir sur le bord du bar, glissant ses jambes entre les siennes.

Elle finit cependant par détacher ses lèvres de celles de l'Olympien, souriante et ne montrant aucun signe de malaise, alors qu'elle demeurait toujours coincée dans son emprise. Elle emprisonna entre ses doigts l'une des mains de Zeus, sur sa cuisse, qui était en train d'essayer d'écarter le tissu rouge de sa robe fendue.

"Tu ne pourras pas aller plus loin ce soir Zeus, je n'ai pas encore vu la tête d'Héra rouler à mes pieds." Elle vit le regard de l'olympien se poser sur elle, impatient et empli de désir. Il demeura immobile cependant, collé à elle. Elle fit glisser son index libre le long du cou de son compagnon, le griffant près du col déboutonné de sa chemise, alors qu'il respirait par saccades.

"Tu ne t'es pas amusé autant que ce soir depuis des siècles n'est-ce pas? Je te hais, mais je peux satisfaire l'animal en toi. Réfléchis à ma proposition. Je le répète, elle est tout à fait sérieuse". Murmura-t-elle, alors que son index remontait lentement le long du cou du dieu, avant de l'attirer à elle pour l'embrasser à nouveau. Elle sentit ses doigts s'enfoncer dans sa cuisse et sur son épaule, alors qu'il répondait à son étreinte, semblant perdre le contrôle de lui-même.

Il se retrouva seul quelques secondes plus tard, alors qu'elle s'était téléportée en dehors de la pièce.


Malgré l'heure tardive, Freiya n'arrivait pas à se décider à aller se coucher. Assise sur le large tapis de fourrure étendu au sol devant la cheminée de sa chambre, elle pensait à la cérémonie qui devait se tenir le lendemain. Tous ses amis reviendraient à la vie dans quelques heures. Elle n'arrivait pas à le croire. Des milliers d'images et de pensées lui troublaient l'esprit. Elle portait encore en elle une tristesse infinie, liée à son incapacité à convaincre Hagen du changement maléfique qui avait transformé Hilda. Il avait fait preuve d'une loyauté sans faille envers Asgard, qui l'avait mené à l'attaquer elle, pour atteindre le chevalier du Cygne. Pourrait-il se pardonner lui-même?

Elle fut sortie du cours de ses pensées par des coups résonnant à la porte, alors que la voix d'un garde l'appelait. Elle se leva et lui donna l'ordre d'entrer.

"Princesse, pardonnez-moi de vous déranger en une heure aussi tardive. Nous avons un problème, mais ni la déesse Ishtar, ni votre sœur la Princesse Hilda, ne sont actuellement au Palais."

"Que se passe-t-il?" Répondit-elle inquiète.

"L'un des chevaliers de la déesse a été retrouvé inconscient. Nous n'arrivons pas à le ranimer."

"Le Chevalier de la Vierge?" Le garde face à elle acquiesça. Elle fronça les sourcils. Quelques heures plus tôt, elle avait senti son aura et celle de la déesse s'affronter, comme s'ils s'étaient disputés violemment. Mais l'impression avait été fugace. Elle n'arrivait pas à percevoir le cosmos aussi distinctement que sa sœur aînée et était bien incapable de s'en servir elle-même.

"Menez-moi à lui."


Isolé et pensif, Aphrodite sursauta en voyant apparaître à quelques mètres de lui, assise sur la balustrade du ponton auquel il était accoudé, la déesse Ishtar elle-même, qui venait de se téléporter là dans un nuage de cosmos argenté. Elle ne lui prêta pas immédiatement attention. De profil, il la vit saisir le fin diadème qu'elle portait afin de le tenir négligemment entre ses lèvres, puis dénouer rapidement sa chevelure tressée, déjà partiellement dénouée, avant de reposer sur sa tête le bijou en forme de feuilles de lauriers entrelacées.

Il faisait nuit et le ponton était éclairé de manière diffuse, mais il sembla au chevalier des Poissons avoir vu brièvement des bleus sur sa nuque, désormais cachée par ses cheveux détachés, qui ondulaient avec la brise marine. Elle était assise avec les pieds dans le vide, le visage tourné vers la mer. Les pierres précieuses brodées sur son bustier brillaient dans la pénombre, alors que sa longue robe rouge sombre semblait presque noire. En contrebas, la foule des invités dansait et riait sur le ponton inférieur, qui par contraste, semblait empli de lumière comparé à celui-ci, qui était désert.

"Ne devrais-tu pas être en train de veiller sur Athéna?" Sa voix mélodieuse mais étrangement froide sortit Aphrodite de sa contemplation. "Tu devrais partir Aphrodite, je crains de ne pas rester seule ici très longtemps..."

Il voulut répliquer, mais se figea en voyant la silhouette de Zeus apparaître debout derrière celle d'Ishtar, dans une fine pluie de particules de cosmos doré. Il semblait furieux, mais elle demeura impassible.

"J'ai pensé qu'un peu d'air frais te ferait du bien" Finit-elle par commenter d'un air détaché, ne se retournant pas pour regarder celui qui se tenait dans son dos.

Horrifié, Aphrodite vit Zeus saisir à pleine main l'arrière de la tête de la déesse, la forçant à tourner le visage vers lui en l'empoignant par les cheveux.

"Ne me fais plus jamais ça ou je te prive de ton cosmos à nouveau!" Elle eut un sourire ironique.

"Tu l'as déjà fait il me semble et ça n'a pas changé grand chose pour toi..."

Elle n'entendit pas l'insulte qu'il prononça, ses oreilles résonnant de la gifle qu'il venait de lui porter, alors qu'elle était projetée au sol. Elle se retrouva bientôt avec l'Olympien agenouillé à cheval sur elle, la tenant par le cou. Elle serra de ses mains les bras de Zeus pour tenter de les écarter, mais c'était inutile. Des étoiles lui dansaient devant les yeux.

"C'était comme cela que tu traitais ton frère? L'attirant d'une main et le repoussant de l'autre? Tu préfères que je m'en prenne à lui plutôt?" Une lueur d'incompréhension et de douleur traversa le regard vert de la déesse, alors qu'il serrait plus cruellement sa gorge, rendant sa respiration difficile. "Quoi, tu n'as toujours pas compris? Je..."

Zeus ne termina pas sa phrase, parant d'une main l'attaque que venait de lui envoyer le chevalier des Poissons, tandis que l'autre continuait à serrer le cou de sa victime. Un sourire carnassier se dessina sur les traits fins de l'olympien, alors qu'il tournait la tête vers Aphrodite et qu'une mince goutte de sang se formait sur la paume de sa main, légèrement entaillée. La blessure se referma pourtant presque aussitôt, Ishtar le soignant bien involontairement par le fait qu'il la tenait en son emprise.

"Lâchez-là, vous êtes en train de l'étouffer!"

"Fascinant chevalier." Murmura Zeus, presque surpris de la violence de l'attaque. "Disparaît avant que tu ne me fasses manquer de respect à mon frère! Etre l'un des corps de substitution de Poséidon ne te permet pas tout. Elle mérite une petite leçon."

"Mais toi aussi". Surpris, Zeus tourna le visage, parant juste à temps pour amortir partiellement un coup de pied assez puissant pour le déloger de sa victime. Il fut projeté à quelques mètres, glissant sur les lames de bois du ponton. Il se redressa aisément cependant, observant le nouvel arrivant. Face à lui se tenait le général du Dragon des mers, en armure, et qui s'était placé entre lui et la déesse toujours au sol, qui toussait alors qu'elle reprenait son souffle, les poumons en feu.

"Désolé du retard Ishtar" Articula sombrement Kanon, se mettant en position de défense.