Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Publication du chapitre : le 11 octobre 2020

Disclaimer: Masami Kurumada est l'auteur de l'œuvre originale.

Divers : Merci pour vos commentaires et vos messages! J'avais un peu peur de continuer à écrire l'histoire et à la poster dans le vide, je suis heureuse de savoir que vous êtes là pour la lire! Continuez à me transmettre vos impressions, c'est fascinant comme les personnages ont une vie qui leur est propre dans la tête des lecteurs! Je n'ai plus de bêta lecteur, désolée si quelques fautes se glissent dans le texte, je les détruis dés que je les trouve sans aucune pitié ;)

Dans ce chapitre : La fin du bal, d'une solitude, de mensonges, d'une enfance. Mais aussi le début d'alliances et de confiance...

Bonne lecture !


Chapitre 23 – Prophétie


La musique de l'orchestre et le brouhaha de la soirée qui se déroulait sur les niveaux inférieurs du navire dansaient dans les airs autour d'eux, dans un contraste surréel à la scène qui se jouait.

Le vent marin faisait claquer la cape et la chevelure du Dragon des mers, qui se tenait tel un rempart vivant entre les deux divinités, son écaille brillant dans la pénombre. En silence, Aphrodite se mit à ses côtés, toujours dans son costume de soirée et sans son armure, mais une rose blanche désormais fichée entre les lèvres.

Devant Zeus, deux silhouettes ailées firent leur apparition, comme répondant à l'aura menaçante du général de Poséidon, qui avait fait enfler son cosmos alors qu'il se mettait en position de défense. Les deux étaient apparues à la vitesse de la lumière, indiquant aussitôt à Aphrodite et Kanon qu'ils avaient désormais face à eux des adversaires a minima aussi puissants que des chevaliers d'or.

"Pardonnez-nous Seigneur. Nous ne sommes pas intervenus assez tôt! Laissez-nous tuer ces hommes afin de réparer notre faute!"

Un sourire mauvais dansa sur les lèvres de l'olympien, qui remit en place le col de la veste de son costume. Il ignora totalement la demande de ses deux subordonnés, agenouillés désormais devant lui, les longues ailes de leurs armures blanches et or touchant le sol.

Les yeux d'un bleu presque gris de la divinité prirent un instant la teinte dorée de son cosmos, puis il se mit tranquillement à avancer vers Ishtar, dégageant une puissance incroyable et semblant totalement ignorer les hommes sur son chemin, qui se tenaient entre elle et lui.

Kanon voulut bouger, mais se retrouva immobilisé sur place. Il constata avec horreur qu'Aphrodite semblait subir la même emprise. Zeus passa entre eux, sans même les observer et se pencha au dessus d'Ishtar qui avait réussi à se redresser à moitié, respirant encore difficilement.

D'un mouvement souple il la prit dans ses bras, aussi aisément que si elle avait été une poupée de chiffon. Elle avait les pieds dans le vide et il la soutenait d'un bras sous ses cuisses et de l'autre sous sa taille, telle une improbable jeune mariée soulevée par son époux. Elle se demanda sérieusement s'il ne comptait pas la ramener en Olympe sur le champ. Mais elle soutint son regard en silence, ne cherchant pas à se débattre. Elle devait gagner du temps et agir vite avant qu'il ne s'en prenne plus sérieusement à Kanon et Aphrodite.

Il l'examinait d'un air insondable. Le coin de la bouche de la babylonienne avait saigné et sa tempe était bleuie par le coup qu'il lui avait porté. Dans son cou, des marques violacées étaient en train d'éclore là où il avait tenté de l'étouffer quelques instants plus tôt.

"Si belle et si fragile... Tu es bien plus sage quand je te rappelle où est ta place mon joli jouet. Cesse de me désobéir. Je n'aime pas être forcé à faire ça..." Conclut-il une fois son examen visuel achevé.

Il leva les yeux, reportant son attention sur les chevaliers près d'eux, paralysés par son aura alors que ses propres hommes attendaient, le genou posé à terre. C'était une scène étrange, les deux divinités en tenue de soirée, lui dans son costume gris et elle avec sa longue robe rouge et sa chevelure qui dansaient avec le vent, face à deux serviteurs en armure céleste, et deux pantins immobilisés: un marinas dans son écaille des mers et un chevalier d'or bien loin de son sanctuaire... Sur le ponton inférieur, la petite fête de Poséidon battait son plein. Un sourire étrange naquit sur les lèvres de Zeus, alors que son cosmos augmentait légèrement, faisant se tordre de douleur désormais les deux humains qui avaient osé lever la main sur lui. Il reporta son regard vers la déesse.

"Tu avais raison Ishtar, je ne me suis pas autant amusé depuis des siècles... Tes fervents protecteurs sont distrayants aussi... Il n'en manque pas un d'ailleurs?"

Elle ne répondit pas, fronçant les sourcils et baissant le regard.

"Laisse-moi deviner. Tu lui a donné l'ordre de rester en Asgard n'est-ce pas? Tu avais peur qu'il essaie de me combattre? Tu as sans doute eu raison, ton frère a toujours été si protecteur envers toi..."

"Shamash est mort." Répondit-elle froidement, refusant le sous-entendu. Il soupira, faisant glisser presque amoureusement ses lèvres sur la tempe meurtrie de la déesse, qu'il tenait toujours dans ses bras

"En es-tu certaine?" Elle attrapa Zeus par le col de sa chemise, le forçant à la regarder à nouveau dans les yeux.

"Tu as privé Shamash de cosmos et tu l'as tué devant mes yeux. Tu ne pourras pas me faire croire autre chose. Je ne sais pas quelle est leur relation. Je ne sais pas ce à quoi tu joues. Mais je suis certaine que leurs âmes sont radicalement différentes!"

"Aussi différentes que ton âme de celle que tu étais à Babylone? "

Les doigts de la déesse relâchèrent le tissu de la chemise de Zeus, alors qu'elle se figeait, son esprit refusant de toutes ses forces ce qu'il était en train de dire. Elle avait l'impression de recevoir de plein fouet une gifle bien plus puissante que lorsqu'il l'avait attaquée quelques instants plus tôt. Elle pâlit, alors que l'olympien souriait. S'il ne l'avait pas tenue, elle se serait sans doute effondrée. Elle devait se reprendre. Elle n'y arrivait pas. Elle mit à trembler.

"C'est impossible, impossible. Le Chevalier de la Vierge a un cosmos trop puissant pour n'être que mon frère que tu aurais maudit... Je ne peux pas y croire, un dieu ne peut pas se réincarner dans n'importe quel..."

Elle ferma les yeux, réduite au silence par le doute qui naissait pourtant dans son esprit. Avait-elle toujours su et refusé de le voir? Elle sentit des larmes lui emplir les paupières.

"Je constate ce que tu refuses de voir. Pourquoi aurais-je toléré en Olympe un humain, lorsque je t'ai rendu ton cosmos et tes souvenirs? Tu sais que c'est un endroit réservé aux dieux... Je pensais que cela te ferait plaisir d'avoir un protecteur familier avec toi... Mais comme toujours, tu agis en jouet capricieux. "

Elle rouvrit les yeux, surprise, alors qu'il lui laissait reposer les pieds au sol mais la gardait dans ses bras, lui saisissant le visage entre ses doigts. Ses yeux verts étaient remplis de larmes, mais semblaient étrangement résolus. Toujours si belle face à l'adversité. Il avait envie d'elle en cet instant même. Il fit luire son cosmos doré, glissant ses doigts sur le visage de la déesse et faisant disparaître les traces des blessures qu'il lui avait infligées.

"J'avais promis à ta sœur de l'épargner. Je l'ai tué oui, mais je lui ai laissé suffisamment de cosmos pour se réincarner, à peine moins que celui qu'aurait un humain ordinaire... Mais incarnation après incarnation, il fait sauter les verrous dont j'ai entravé son esprit. C'est fascinant à observer. Le pouvoir qu'il dégage désormais... Si proche du dieu qu'il était... Et si ignorant de ce qui l'anime... Ne trouves tu pas cela magnifique?"

Elle frémit, se sentant glacée.

"C'était toi depuis le début n'est-ce pas? Ma survie à la malédiction, les visions qui m'ont guidées au sanctuaire, l'attaque du Phoenix, la résurrection des chevaliers d'or? Et Shamash?! Pourquoi me le dire maintenant si tu m'a fait croire à sa mort depuis des siècles? "

"Parce que j'ai accompli ma destinée Ishtar... Après la dernière guerre sainte et Hadès détruit dans son véritable corps, il me devait l'obéissance. Il ne me restait plus qu'à sauver le monde de la destruction des Enfers, en me servant de toi. Tu as été parfaite en ramenant Hadès à la vie. Tu m'a même permis de l'envoyer combattre ta propre sœur. Avec son corps gorgé de ton sang, bien sûr qu'il a survécu à ses pouvoirs! Comprend-tu? Personne ne pourra t'aider : Athéna m'obéit. Poséidon m'obéit. Hadès m'obéit. Et tous les autres dieux, exilés ou asservis, ne sont plus une menace. Ta sœur va suivre fidèlement Hadès ou mourra. Et ton frère, par son amour aveugle de la justice, s'est enchainé à Athéna et donc à moi..."

"Pourquoi, pourquoi..."

"Les humains sont fascinants mais j'ai toujours été leur seul et unique protecteur. Athéna est mon cadeau pour eux. Je les observe et je me mêle à eux depuis des millénaires. Sans moi, l'humanité serait asservie et décimée par les guerres incessantes entre divinités. Sans moi Ishtar, tout ici ne serait que Chaos. Sans ma malédiction, tu ne comprendrais même pas la beauté des hommes et de ce monde et toi aussi tu continuerais à les massacrer par pur plaisir. Mais tu a vécu leur vie, partagé leurs peines. C'est grâce à moi que tu les comprends. Tu devrais ouvrir les yeux et accepter la vérité : plus rien ne peut me menacer. Depuis ma naissance, j'étais destiné à réussir là où les titans ont échoué : j'ai accompli et mis fin à la prophétie du dernier fils détrônant son père et je fais maintenant régner la seule paix durable qui puisse être dans ce monde... "

Il fit apparaître entre ses doigts le diadème qu'elle portait précédemment, qui avait roulé au sol lorsqu'il l'avait frappée. Tranquillement, il le posa sur la tête de la babylonienne, comme la couronnant.

"Il ne me manque plus que toi, tu seras une reine parfaite pour cette nouvelle ère qui s'annonce."

Elle écarquilla les yeux de stupeur mais ne répondit rien, baissant le regard, secouant la tête comme pour refuser tout ce qu'elle venait d'entendre et se remettre les idées en place...

"Tu sembles surprise. J'ai toujours été très sérieux. En ce qui me concerne et comme pour toutes mes actions, ce sera toujours tout ou rien. Je ne me contente pas de compromis mous et insatisfaisants. Ce sera la guerre ou la paix, la mort ou la vie, mon amante consentante entre mes doigts ou mon pantin désarticulé soumis à la douleur..." Il fit descendre ses doigts sur la peau nue de l'épaule de la déesse, écartant sa chevelure qui voletait avec le vent marin, alors qu'elle demeurait parfaitement immobile. "J'ai décidé que j'aime bien la proposition que tu m'as faite Ishtar. Tu voulais jouer et négocier? Je te donne de nouvelles cartes pour réfléchir mon joli jouet. Je peux tolérer Babylone. Je peux même laisser ton frère récupérer son cosmos, seul ou avec mon aide... Mais aucun autre homme que moi ne te touchera plus jamais."

Elle releva les yeux vers lui, toute trace de doute ou de peur ayant disparu de ses pupilles minérales.

"La notion de fidélité te concernant me fait bien rire Zeus. N'essaie pas de m'imposer des règles dont tu t'affranchis allègrement. Si tu crèves de jalousie, j'en serais ravie. Je ne te fais pas confiance. Tu peux toujours essayer de te servir de mon frère comme monnaie d'échange, peu m'importe. Même si tu dis la vérité le concernant, rien ne t'empêchera de le tuer à nouveau ou de le priver définitivement de son cosmos dans la seconde où j'aurais rempli ma part du marché. Tue Héra, et nous pourrons en rediscuter. Si je deviens ta reine, ce ne sera pas en tant que reine de l'ombre. Si je passe un accord avec toi, ce sera selon mes propres termes. Et rien n'est plus précieux à mes yeux que ma liberté. Je préfère mourir libre qu'être une reine enchaînée à toi. J'aurais la vie et les amants que je souhaite, ou tu n'auras rien. Ma liberté d'agir n'est pas négociable."

"Aussi monstrueusement sans cœur que belle, c'est admirable. N'as-tu pas peur que je le tue si tu continue à te refuser à moi?" Elle haussa un sourcil, un sourire froid et ironique sur le visage.

"Aucune chance que ça arrive, ça te priverait du plaisir sadique de me menacer avec lui."

Elle posa la paume de sa main sur le torse de Zeus, le repoussant doucement. Il la laissa s'écarter de lui de quelques pas. Surpris, il la vit faire appel à son cosmos, qui vint entourer Kanon et Aphrodite. Toujours immobilisés, les deux hommes sentirent la douleur qu'ils ressentaient disparaître entièrement, alors que le cosmos de la déesse les soignait et annihilait les souffrances créées par l'attaque de Zeus, qui les maintenait cependant toujours paralysés.

"Si inutilement puissante..." Constata le roi des dieux. "Que comptes-tu faire si j'ordonne à mes hommes de les tuer là, sous tes yeux? Tu ne pourras que les soigner et prolonger leur agonie..."

A ces mots, les deux gardiens de l'Olympe, qui se tenaient agenouillés depuis leur arrivée, se redressèrent pour s'approcher de leurs victimes désignées.

Ishtar se mit à rire, alors qu'elle amplifiait son aura argentée.

"Tu ne m'as jamais laissé l'occasion de m'amuser avec mon cosmos. Je t'en prie, constate ce que je peux faire."

Un bruit de métal força Zeus à détacher son regard de la déesse pour observer ses deux gardes du corps. Ses deux protecteurs étaient désormais en train de s'embrasser et de s'enlever leurs amures l'un l'autre, comme soudain incroyablement épris, sous le regard médusé des deux autres chevaliers présents, toujours paralysés. Le roi de l'olympe se mit à rire sincèrement, les traits de son visage apparaissant étrangement plus jeunes et plus doux soudain, l'espace bref d'un instant.

"C'est un pouvoir qui ne sert à rien mais qui m'amuse beaucoup... Toi aussi apparemment..." Les yeux verts de la déesse se teintèrent à nouveau brièvement d'argent, alors qu'elle relâchait son influence sur les deux serviteurs de Zeus, qui confus, s'éloignèrent aussitôt l'un de l'autre comme s'ils avaient la peste.

Elle se tourna à nouveau vers Zeus, lui offrant la vision de son profil dans la pénombre.

Il s'examinèrent longuement, en silence, apparemment indifférents aux humains autour d'eux.

En cet instant, aucune peur ne se dégageait d'elle. Elle était calme et sure d'elle-même, comme cette nuit-là, si lointaine et si présente.

"Deviens ma reine." Proposa-t-il calmement. "L'Olympe sera parfaite avec toi à mes côtés."

"Je ne sais pas si je suis flattée ou terrifiée par ce que tu proposes. Tue Héra et j'y réfléchirai."

Il sourit, passant une main dans ses courts cheveux d'un noir de jais.

"Je pensais que tu aimais ton frère, mais tu fais froid dans le dos... Ton égoïsme me plaît Ishtar. J'aurais dû te rendre ton cosmos il y a bien longtemps, tu es tellement plus amusante avec... Je peux te laisser du temps pour réfléchir, mais décide-toi vite. Tu sais que je suis possessif et impatient. Je serai avec toi partout désormais, même en Asgard là où ton ami Odin te protège. Tu penseras à moi et à ton frère à chaque fois que tu verras le chevalier de la Vierge. "

"J'aurais du mal à l'oublier." Dit-elle sombrement, son ton mélodieux emprunt de froideur, mais ne semblant pas pour autant plus perturbée que cela.

"Bien, que souhaites-tu que je fasse pour ces deux là? Ils ont levé la main sur moi. Dois-je les tuer? Ou les priver de cosmos aussi?" Il s'approcha de Kanon et Aphrodite pour les observer. Ils étaient toujours sous son emprise mêlée à celle de la déesse, paralysés mais ne ressentant plus de douleur. Ils étaient étrangement immobiles, comme deux pantins dont le marionnettiste aurait suspendu le mouvement. A leurs côtés, les deux chevaliers de Zeus se tenaient à nouveau agenouillés.

"Le Dragon des mers est à moi et ils appartiennent à Poséidon et Athéna."

"Tu remarqueras qu'aucun n'est intervenu, alors qu'ils ont clairement senti notre cosmos, je peux te l'assurer. Leur mort leur sera parfaitement indifférente." Il souleva sa main, faisant courir des éclairs entre ses doigts. Il fut interrompu par Ishtar, qui le saisit par le bras.

"Laisse-les. C'est moi qui t'intéresse, pas eux. Pourquoi t'abaisserais-tu à les tuer toi-même?"

"Ils ont tout entendu de notre conversation et ils ont posé la main sur moi. Cela me fait une double raison de les exécuter. Et j'ai aussi eu vent de rumeurs bien étranges concernant ce Marina et toi. Ca fera donc une triple raison pour lui..."

"C'est pour cela que tu avais pris son apparence?" Elle se rapprocha de Zeus, se collant à lui. " Ô puissant Zeus, es-tu jaloux d'un mortel à cause de moi? Es-tu amoureux de moi? Ca va faire monter très haut mes revendications..."

De stupeur, il ferma le poing, la foudre entre ses doigts disparaissant dans un crépitement alors qu'elle prononçait ses dernières paroles à mi voix, contre son oreille. Elle se mit à rire.

"Viens avec moi roi des dieux et oublie-les. Cet endroit m'ennuie... Je t'accorde encore un heure de ma présence ce soir." Elle lui tendit une main qu'il saisit. Ils disparurent ensemble dans un mélange de cosmos strié d'or et d'argent.


Ereshkigal fit glisser son regard sur le paysage face à elle, alors que sa silhouette et celle d'Hadès apparaissaient, côte-à-côte, entre les colonnes du temple qui servait de lieu de résidence au dieu au sein d'Elision.

La vision devant elle n'aurait pas pu être plus éloignée que celle qu'elle avait eu le loisir de contempler pendant les derniers millénaires... Dans un contraste brutal face aux cieux tourmentés d'Azura et à ses terres arides et violentes, les plaines verdoyantes et vallonnées d'Elision s'étendaient à perte de vue, parsemées de temples et colonnes dont certains en ruines. Pas de bruit d'armes ou d'explosions. Il n'y avait que les sons doux et légers portés par la brise, qui faisait frémir toutes les fleurs sauvages qui couvraient à perte de vue le moindre espace libre, et des rires lointains qui résonnaient dans les airs, sous un ciel bleu et ensoleillé. Le parfum entêtant des champs de fleurs lui parvenait jusqu'ici, du haut des marches. Son cosmos ne détectait presque aucune activité aux alentours, dans ce paradis étrangement désert.

"Il n'y a pas grand monde qui trouve grâce à tes yeux Hadès." Commenta-t-elle.

"Je constate que tes blessures ne t'ont pas fait perdre ta langue acérée."

Elle détourna son regard de la vue utopique face à elle, observant le dieu des Enfers, qui s'était arrêté de marcher et se tenait face à elle. Comme ce jour où elle avait quitté Babylone, elle se sentit soudain très seule face à la destinée. Elle se savait affaiblie, mais ne doutait pas qu'Hadès l'était également en cet instant, où sa peau livide contrastait fortement avec le noir de jais des mèches qui lui balayaient le front. Elle était pourtant impressionnée par le simple fait qu'il soit en vie après ce qu'elle lui avait infligé. En toute logique, ils auraient dû mourir tous les deux après leur affrontement. Pourquoi ne l'avait-il pas tuée comme son frère le lui avait ordonné?

Hadès aurait lui-même été incapable de répondre à cette question. Alors qu'il se tenait là, ses yeux d'un bleu profond examinaient pensivement son étrange homologue divine.

Malgré ses blessures qui s'étaient partiellement rouvertes alors qu'elle avait attaqué Thanatos, la déesse se tenait parfaitement droite, seule une légère raideur dans sa posture indiquant la douleur qu'elle devait ressentir à chaque instant. Il la savait pourtant capable de faire apparaître ses épées à tout moment. Elle représentait un potentiel de destruction énorme. Mais comme la première fois qu'il s'étaient rencontrés, il émanait d'elle une étrange solitude, sans doute due à ces pouvoirs qui l'isolaient du reste du monde. Peut-être était-ce cela qui l'avait sauvée. Sa solitude résonnait étrangement avec la sienne.

"Acceptes-tu ta défaite Ereshkigal?" Demanda-t-il simplement, d'un ton neutre. Elle fronça les sourcils, semblant surprise par la question.

"Azura a toujours été régie par la loi du plus fort. Tout dieu qui décide d'y vivre doit accepter cette loi. Tu m'as vaincue Hadès. Je respecte cela et je l'accepte. Je ne serais pas digne d'Azura sinon..." Elle serra les dents alors que ses blessures au ventre la lançaient. "Je suis plutôt étonnée d'être encore en vie."

"Il ne tient qu'à toi de le rester. J'ai passé un accord avec Zeus. En échange de ton royaume, qui me revenait de droit, j'ai négocié ta vie, à la condition que tu me serves."

"Et si je refuse?"

"Je serais malheureusement contraint de devoir t'achever définitivement." Répondit-il calmement.

Elle inspira profondément, pressant une main contre son ventre douloureux. Si elle s'enfuyait, nul doute qu'il finirait par la poursuivre. Si elle se battait, elle se retrouvait au minimum à trois dieux contre un: lui et les deux titans qui lui servaient de garde rapprochée.

"Tu n'es pas obligée de décider immédiatement. Je te laisse six mois pour vivre ici. Tu es libre d'aller et venir en mon domaine, aussi bien en Elision qu'aux Enfers. Si tu venais à en sortir cependant, je considérerais cela comme une fuite et donc une trahison. Pendant ce délai, observe mes troupes, vois comment je les traite ainsi qu'Hypnos et Thanatos, puis décide si tu souhaites rester ou non. Je donnerais des instructions afin que les trois juges obéissent à tes ordres. En ce qui me concerne, tu seras celle qui régnera en mon nom sur les Enfers." Surprise, elle se tourna à nouveau vers lui.

"Pourquoi? Tu n'as aucune raison de me faire confiance."

"Que ferais-tu? Torturer mes sujets? Je t'en prie c'est tout le but des Enfers. Tuer mes spectres? Je peux les ramener à la vie. Me tuer moi? Contrairement à mon frère, tu ne pourrais de toute façon pas me priver de réincarnation. Me trahir?" Il pensa brièvement à Pandore. "Dans ce cas je t'accorderais toute la miséricorde dont je dispose même si je ne tire aucun plaisir du fait de tuer mes semblables... A y réfléchir, il me semble que je ne crains pas grand chose. Ce dont je suis certain en revanche, c'est que ton pouvoir de destruction te rend incroyablement précieuse.. "

Elle sourit malgré elle. C'était bien la première fois que ses pouvoirs lui attiraient un tel compliment plutôt que de la peur ou de la haine.

"Si je comprends bien, ma simple présence rend malade la plupart des êtres vivants et tu souhaites m'avoir à tes côtés?

"Je suis toujours en vie non? Tu es mon égale. Je te demande ta loyauté, mais pas une fidélité aveugle. Conteste mon autorité si je me trompe. Conseille moi si j'en ai besoin. Défends moi contre moi-même si c'est nécessaire. Voilà ce que j'attends de toi. Observe et apprends la beauté d'Elision et des Enfers. Puis, comme Hypnos et Thanatos, tu décideras de ton sort et tu me serviras si tu le souhaites."

Il la vit faire disparaître dans un éclat de cosmos les gants qui protégeaient ses mains, puis s'approcher de lui, faisant quelques pas lents, comme pour le tester. Il ne fit pas un pas de recul. Elle s'immobilisa alors qu'elle n'était plus qu'à quelques centimètres de lui, lui faisant face. Il la dépassait largement et elle fixa son regard vert au sien, alors qu'elle faisait luire son cosmos blanc entre ses doigts, approchant intentionnellement et très lentement sa main du visage du dieu.

"Je n'accepte pas que l'on me touche inutilement." Menaça Hadès.

"As-tu peur que mon contact te fasse souffrir dieu des Enfers?"

Elle frémit, alors qu'il attrapait sa main nue entre ses doigts, l'empêchant de lui toucher le visage. Malgré le contact avec le cosmos de la déesse pourtant, les traits de l'Olympien ne reflétèrent aucune douleur. Ce fut elle qui émit un gémissement de peine, alors que de sa main libre, il pressa soudainement et douloureusement le ventre de la déesse à l'emplacement de ses blessures. Dans un éclair de douleur, elle sentit du sang couler à travers les bandages et imprégner le tissu de ses vêtements.

Alors qu'il la relâchait et qu'elle pressait son propre ventre pour stopper le saignement, elle vit Hadès relever sa main désormais imprégnée de son sang à elle, examinant avec attention ses doigts enduits de couleur écarlate. Il souriait étrangement.

Elle en avait la tête qui tournait. C'était impossible. Son sang n'avait plus d'effet sur lui? Comme s'il avait pu lire dans ses pensées, elle croisa à nouveau son regard d'un bleu profond. Lentement, il porta sa main à ses lèvres, goûtant délibérément le sang normalement mortel de la déesse.

En cet instant et malgré la douce lumière d'Elision, il était le parfait Prince des ténèbres.

Et en cet instant, Ereshkigal entendit résonner dans son esprit le chant des morts de Babylone. Elle mit les genoux à terre, posant ses mains au sol pour ne pas s'effondrer.

Lorsque te transpercent des ailes funèbres,

Maudit les cieux et accepte les Ténèbres,

Mais, fuis la Mort, qui se nourrira de ton sang,

Tu seras dans l'oubli, à l'ombre des titans,

Dame de la Grande Terre, Chaos glacé,

Etreins ton reflet, renverse la Destinée


"Ca va?" La voix d'Aphrodite tira Kanon de sa stupeur. Il secoua la tête. A peine les deux divinités avaient-elles disparu que l'emprise de Zeus sur eux s'était relâchée, les sortant de leur état de transe indescriptible.

"J'ai bien cru que j'allais y passer à nouveau." Grogna Kanon. Il observa les deux silhouettes en armure face à eux. Les deux serviteurs de Zeus n'avaient pas bougé et les observaient en silence alors qu'ils reprenaient leurs esprits. "Si vous souhaitez finir ce que vous aviez commencé, je vous en prie, je peux vous trouver une chambre, il y en a plein ici."

Un sourire moqueur se dessina sur les lèvres du Dragon des mers, alors que les deux chevaliers célestes face à eux blêmissaient à vue d'œil au souvenir de ce qu'Ishtar leur avait fait faire.

"Tu devrais plutôt espérer que nous ne nous croisions pas à nouveau Marinas."

Les deux bondirent, disparaissant dans un trait de lumière alors que les ailes de leurs armures se déployaient.

"Tu crois qu'elle est en sécurité?" Finit par demander Aphrodite après un silence. Le Dragon des mers reporta son attention sur lui. Le chevalier des Poissons avait l'air d'avoir pris un sacré coup au moral. Il se concentra, cherchant à localiser l'aura de la babylonienne. Elle semblait être de nouveau dans les salles au niveau inférieur, parmi les invités du bal, avec Zeus.

"Elle s'en sortira. Merci d'être intervenu avant moi, je ne sais pas si j'aurais pu le frapper si tu ne l'avais pas distrait."

"Il m'a fait froid dans le dos. Est-ce que..."

"Oui j'ai tout entendu." Le coupa Kanon. "Tu as le sang de Poséidon en toi... C'est toi le gardien du dernier Pilier n'est-ce pas? C'était toi le traître..."

Aphrodite fit glisser une rose entre ses lèvres, mordillant la tige.

"Athéna est au courant de tout. Je suis désolé pour l'urne et ton exil."

Le jumeau de Saga l'observa pensivement.

"En matière de double allégeance, ce n'est pas moi qui vais te jeter la pierre. Merci d'avoir protégé Ishtar."

"Je ne pouvais pas le laisser l'étouffer sous mes yeux. " Il frémit. "Poséidon est-il comme son frère?"

"Poséidon n'est pas un monstre. Je le sers parce que pour moi, il est tout aussi noble et admirable qu'Athéna."

"Ni lui ni Athéna n'ont levé le petit doigt..."

"J'ai demandé à Saga de les empêcher d'intervenir."

"Pardon?"

"Disons que j'essaie d'éviter un bain de sang, au moins pour ce soir, mais je n'ai pas le temps de rentrer dans les détails. Tu devrais retourner auprès d'Athéna Aphrodite. Elle et Poséidon risquent d'avoir besoin de nous dans les prochains mois, ça je peux te l'assurer."

"Et Shaka? Je n'ai rien compris? C'est un dieu? Pourquoi Zeus..."

"Aphrodite, n'en parle à personne s'il te plaît. Si ce que Zeus a dit est vrai, ce n'est pas à nous d'en parler tant que Shaka lui-même n'est pas au courant. Et rien ne prouve qu'il disait la vérité. Laisse Ishtar régler ça."

L'androgyne hocha la tête.

"Très bien." Il sourit, soudain amusé par l'idée qui lui traversait l'esprit.

"Quoi?" Grogna Kanon.

"Techniquement, si je suis un descendant de Poséidon, tu dois m'obéir non?"

Le chevalier des Poissons se retrouva bientôt plié en deux par une clé de bras.

"Oups. Désolé votre Altesse Sérénissime." Ironisa le Dragon des mers.


Gabriel observa son disciple, qui l'écoutait avec attention. Ému mais se forçant à garder un visage neutre, le Paon avait l'impression d'être une mère indigne abandonnant son petit, ou presque. Dire qu'il ne l'avait jamais quitté plus de quelques jours et que déjà, il devait le soumettre à ce test. Il avait peine à croire à quel point Shaka avait progressé rapidement. Pourtant, depuis l'incident du monastère, son aura était étrangement différente, comme insensible et presque froide, malgré la chaleur de son cosmos d'or. L'impression était toujours fugitive, mais ce n'était pas la première fois que le Paon le ressentait, c'est pourquoi il redoutait de livrer son disciple à lui-même.

"Je t'ai appris toutes les techniques à ma disposition et je dois avouer que désormais, tu les utilises beaucoup mieux que moi Shaka. Cependant, elles demeurent imparfaites car ce sont des techniques qui ont été élaborées par un chevalier d'argent. En tant que chevalier d'or, tu devras être capable de maîtriser des attaques beaucoup plus perfectionnées. Malheureusement, il n'y a aucun chevalier d'or de la Vierge et personne pour te guider sur les techniques relatives à ce signe. "

"Je comprends maître. " Le chevalier d'argent ne fut guère surpris de constater que le ton de Shaka demeurait parfaitement indifférent.

"Comme la tradition l'exige dans ce genre de cas, je vais te laisser seul pour les six mois à venir, afin que tu réfléchisses à ce que ton cosmos et ton instinct t'inspirent. Je veux qu'à mon retour, tu puisses m'attaquer avec tes propres attaques. Je ne doute pas que tu puisses le faire, Athéna veillera sur toi, elle veille sur nous tous. Je partirai demain à l'aube pour le Sanctuaire, as-tu des questions? "

Le Paon sentit son cœur ramollir devant l'air soudain inquiet du blondinet. Ah enfant adorable qui avait un air fragile sur la figure, sans doute de la peur qu'il avait d'être abandonné par son maître...

"Radjah restera avec moi? " Ah, enfant ingrat qui n'en avait que pour son tigre!

"Oui, mais je doute qu'il t'inspire pour trouver des attaques." Répondit donc le maître avec un brin d'aigreur.

"Vous reviendrez ?" Demanda un peu plus timidement le gamin. Pour le coup, Gabriel se sentit beaucoup moins aigri, son humeur devenant aussi rose que sa chevelure.

"Bien sûr que oui, je suis encore ton maître." Un sourire illumina le visage de l'enfant et le Paon le lui rendit. Il renifla bruyamment pour cacher son émotion, puis battit en retraite vers la cuisine, ayant vu le bout de la queue de Radjah dépasser par la porte... Il faudrait qu'il pense à dire à son disciple de surveiller son cleptomane de félin s'il voulait disposer d'assez de nourriture pour survivre seul.

Shaka avait presque 11 ans. Ce furent les dernières heures qu'il passa avec son maître. Celui-ci fut exécuté, quelques semaines plus tard, pour trahison envers le Sanctuaire.

A l'âge de 12 ans, la Vierge obtenait son armure d'Or et faisait la rencontre du chevalier du Bélier, à Jamir, alors qu'il amenait sa propre armure et celle du Paon pour les faire réparer. Mu se souviendrait toujours du manque total d'émotions humaines se dégageant du blond, dont l'âme semblait dégager un mélange étrange de pureté teintée d'une pointe de cruauté.


La nuit était encore profondément sombre lorsque l'énergie de la déesse les fit se matérialiser dans la salle du trône du palais d'Asgard.

A la grande surprise d'Hilda de Polaris, à peine furent-ils arrivés que la divinité se tourna vers le Dragon des mers, laissant exploser sa colère.

"Kanon, je t'interdis d'attaquer Zeus à nouveau, même pour me défendre!" L'aura de la déesse ne laissait pas de place à la contradiction, il protesta pourtant.

"Il allait te tuer!"

"Non! Tu n'as fait que compliquer ma tâche! Il m'aurait tuée depuis des siècles s'il avait dû le faire. N'interviens plus c'est clair?! Même s'il me torture devant toi. Je t'interdis de poser à nouveau la main sur lui! Tu aurais dû entraîner Aphrodite à l'écart au lieu de vous mettre à deux contre lui! Vous avez failli vous faire tuer! Tu crois que j'avais besoin de ça en plus à gérer avec ce malade?!"

"Il est en sursis de toute façon. Demain Poséidon..."

"Tais-toi!" Ishtar ferma les yeux, inspirant profondément, alors que son cosmos empli de colère avait enflé autour d'elle. "Ne mêle pas Asgard à ce que fera Poséidon! Odin a déjà assez de problèmes et son exil lui impose d'être fidèle à Zeus! Tu retournes au sanctuaire sous-marin après la cérémonie demain. Reste-y le temps d'informer Poséidon et de t'assurer qu'il soit calmé quand tu pars. Je ne veux pas d'un nouveau déluge! C'est clair? "

"Parfaitement."

La babylonienne se tourna vers Hilda de Polaris, qui se tenait là, interdite. Impressionnée par la colère divine. Impressionnée aussi par l'idée même qu'un mortel ait pu frapper un dieu?! Elle ne comprenait absolument pas ce qui avait pu se produire et encore moins les dernières paroles prononcées par la déesse. Qu'avaient-ils donc comme information si importante à communiquer au dieu des océans? Et en quoi cela pourrait-il intéresser ou nuire à Asgard?

"Pardonnez-moi Hilda." Ishtar sourit, inspirant profondément une nouvelle fois et maîtrisant à nouveau son aura, qui disparut aussi brutalement qu'elle était apparue. "Vous savez à quel point cet homme peut être agaçant parfois n'est-ce pas? Je vais me retirer, la cérémonie se tiendra demain à l'heure fixée. Mais je vous en prie, faites que je puisse être isolée après. Le rituel requiert beaucoup d'énergie, j'aurais besoin d'être seule ensuite..."

"Bien sûr..." La prêtresse s'inclina. "Il en sera fait selon votre volonté déesse."

"Votre Altesse? Déesse? Vous êtes de retour?" L'un des gardes qui veillait à l'extérieur de la salle du trône venait de les interrompre.

"Oui, de quoi s'agit-il?" Répondit la prêtresse d'Odin. L'homme s'approcha rapidement, avant de mettre un genou à terre.

"Nous vous cherchions! La princesse Freya m'a ordonné de vous mener à elle dés votre retour!"


Poséidon avait défait quelques boutons de sa chemise et était pieds nus, assis sur son lit avec un genou replié contre lui, son bras appuyé négligemment dessus, un verre de vin entre les doigts. Il ne bougeait pas, le vent qui traversait la porte fenêtre ouverte faisait entrer l'air nocturne dans son immense cabine.

Malgré son apparence tranquille, son esprit repensait à la soirée qui venait de s'écouler. Avait-il obtenu ce qu'il attendait? Le Dragon des mers devait lui faire son rapport le lendemain. Que ferait-il si ses doutes se confirmaient?

Lentement, il porta à ses lèvres le verre de vin rouge et en savoura la douce amertume, mêlée à la chaleur de l'alcool.

"As-tu besoin d'un entretien avec moi Aphrodite?" Le chevalier des Poissons se tenait là désormais, adossé à l'embrasure de la porte-fenêtre de la cabine, les bras croisés, une rose fichée entre les lèvres. Lui aussi portait encore son costume de soirée, qui renforçait sa beauté androgyne. "Pour information, tu ne rêves pas cette fois-ci, si c'est la question." S'amusa Poséidon, buvant à nouveau une gorgée et se souvenant également pourquoi cela faisait aussi longtemps qu'il n'avait pas dormi en dehors de son domaine. La sécurité y était bien moindre, à l'évidence. "Approche je t'en prie. Souhaites-tu partager cette bouteille de vin avec moi? Boire avec de la compagnie est plus agréable."

Le chevalier des Poissons fit quelques pas, mais resta à distance respectueuse.

"Je préfère garder les idées claires".

"Comme tu le souhaites."

Le dieu des océans avait l'air étrangement jeune et humain. Pourtant, Aphrodite ressentait pleinement la puissance qu'il dégageait, même en cet instant où il semblait si calme. Il avait l'impression que plus il s'approchait du dieu et plus son cosmos résonnait avec le sien.

"Je me demandais quand tu finirais par venir me voir." L'olympien avait détaché son regard d'Aphrodite pour le reporter sur le liquide sombre contenu dans son verre, qu'il faisait tourner entre ses doigts. "As-tu compris comment utiliser la rose que je t'ai laissée?"

"Je refuse d'utiliser cette attaque tant que je sers Athéna." Répondit l'androgyne. Le dieu haussa un sourcil et examina l'aura du chevalier.

"Tu ne t'es toujours pas décidé je vois... Tenté mais indécis... Ton signe est toujours plus puissant quand il nage entre les eaux, prenant le meilleur des deux mondes. Je peux t'offrir beaucoup Aphrodite. Je ne suis pas ton ennemi. Et Athéna n'est pas nécessairement mon ennemie..."

"Vous avez déjà Jullian. A quoi vous servirais-je? Comment pourrais-je être votre incarnation?"

"Qui t'as...?" S'étonna Poséidon, avant de répondre tout seul à sa propre interrogation. "Zeus... Bien sûr... Que t'a-t-il dit? Que j'allais voler ton corps dans ton sommeil?" Il sourit malgré lui.

"Il m'a dit que j'étais votre corps de rechange."

"Etais-ce avant ou après que tu l'ai attaqué?" Le chevalier d'or se figea. "J'espère au moins que vous l'avez touché... Dois-je vous remettre une médaille?" Le sourire de Poséidon s'accentua. "Et toi et Kanon êtes encore en vie... Votre génération de chevaliers est vraiment bénie ou maudite par la destinée, je n'arrive à pas me décider..." Il reprit une gorgée de vin. "Je vais répondre à tes questions. Oui, tu es l'un de mes descendants Aphrodite. Théoriquement oui, tu pourrais donc être mon incarnation et sans doute même y survivre. Mais comme tu peux le constater, je ne suis pas à la recherche d'une nouvelle enveloppe charnelle pour le moment... Je suis, en revanche, à la recherche de personnes intelligentes et puissantes..."

Quelques coups frappés à la porte de la cabine les interrompirent, alors qu'une jeune femme aux grand yeux couleur noisette entrait, s'inclinant rapidement en souriant, avant de s'interrompre en se rendant compte que le dieu n'était pas seul.

"Dois-je repasser plus tard Sei... Jullian?"

"Non, entre petite musicienne. J'avais besoin de compagnie. Mon invité me laisse boire seul, c'est d'une tristesse infinie. C'est un chevalier, tu n'as pas besoin de prétendre que je suis humain."

Aphrodite la vit sourire, semblant irradier de bonheur à la simple vue du dieu. Elle se déplaça gracieusement pour s'approcher du mini bar de la cabine et se saisir d'un verre à vin, puis de resservir le dieu et s'asseoir gracieusement au sol, au pied du lit, ayant elle-même prit un verre de vin en main. Elle observait désormais avec curiosité le gardien du douzième temple, alors qu'elle était assise aux pieds de son maître.

"Oui tu as raison. Il me ressemble. Si tu l'apprécies, j'ai bien peur que tu ne sois pas son genre joli moineau. Tu devrais surveiller tes pensées. Je pourrais presque être jaloux."

Elle rougit et baissa les yeux, buvant dans son verre et semblant ravie des derniers mots de la divinité.

"Il semble que tu portes bien ton nom Aphrodite." Constata le dieu en souriant.

"Qu'attendez-vous de moi?" Le dieu le fixa de ses yeux clairs, comme lisant en lui.

"Tu m'as obéis sans le vouloir jusqu'à présent. J'ai été contraint de te manipuler pour le vol de l'urne, et tu m'en vois sincèrement désolé, même si je ne regrette aucunement mon geste, parfaitement nécessaire, de mon point de vue bien subjectif il est vrai. Mais désormais, une révolte gronde Aphrodite. Te soulèverais-tu contre tes propres camarades, s'ils venaient à défendre l'injustice?"

"Je défends Athéna et la justice."

"L'une peut aller sans l'autre. Athéna a prêté fidélité à Zeus. Est-il juste? Pourquoi as-tu levé la main sur lui alors?"

Le chevalier fronça les sourcils, comprenant où le dieu voulait en venir.

"Aussi intelligent que Kanon, c'est parfait. Je n'en attendais pas moins de mon propre sang. La prochaine fois que tu seras sur un champ de bataille Aphrodite, réfléchis bien à mes paroles. Mon petit cadeau... Fais-en bon usage..."

Le dieu baissa son regard vers la jeune femme à ses pieds, passant rapidement ses doigts sur sa joue délicate. "Notre invité à besoin d'un remontant, amène-lui du vin veux-tu?"

Cette fois, le chevalier des Poissons ne protesta pas.


Ishtar était assise sur le lit, près de Shaka, inconscient. Elle avait fait partir tous les serviteurs et les gardes, ainsi qu'Hilda et Freiya. Le silence régnait désormais dans la chambre du chevalier de la Vierge. Les pierres brodées sur le bustier de la robe rouge de la déesse scintillaient dans la pénombre, dans un contraste étrangement festif à l'humeur triste dans la pièce. La cheminée amenait une chaleur réconfortante et faisait luire l'urne d'or dans laquelle reposait l'armure du chevalier. La Vierge semblait simplement dormir, son visage calme et serein, ses cheveux étalés autour de lui sur l'oreiller. La déesse remonta doucement l'un des draps, réajustant les couvertures autour de son amant.

"Est-ce que tu sais ce qu'il a?" Demanda le Dragon des mers, qui n'avait plus osé ouvrir la bouche depuis que la babylonienne l'avait recadré plus tôt dans la salle du trône.

Elle baissa la tête, semblant totalement perdue.

"Son corps va bien. Il va parfaitement bien. C'est son esprit... Qu'ai-je fait?" Se lamenta-t-elle.

"Son esprit?"

"C'est ma faute. J'ai accepté de partager mes souvenirs avec Shaka. Mais je crois qu'il a récupéré trop d'informations..."

"Comment cela pourrait-il le rendre inconscient?"

"Il a récupéré tous les souvenirs de mon frère Kanon... Shaka vient de prendre un millénaire d'existence divine en plein en travers de l'esprit. Tu te souviens quand j'ai été inconsciente parce que Zeus m'avait rendu mes souvenirs? J'ai l'impression que c'est similaire." Elle soupira, appuyant l'une des ses mains contre son front. Elle avait la tête qui allait exploser. "J'aurais dû me douter qu'il n'allait pas bien! Il serait forcément venu au bal s'il avait été en état de le faire..."

"Les souvenirs de ton frère? Mais si ce que Zeus a dit est vrai alors..." Elle leva des yeux emplis d'horreur vers Kanon, debout près d'elle.

"Je t'en prie tais-toi! Ca me terrifie rien que d'y penser!"

"Vrai ou non, tu ne peux rien pour lui. Tu dois attendre."

Il y eut un silence pesant, alors qu'elle baissait la tête, voilant de ses longs cils son regard attristé.

"Après ton départ Kanon, quand je suis allé le voir pour lui parler du plan de Poséidon, nous avons eu une dispute tellement violente... Les dernières choses que je lui ai dites... J'ai été horrible avec lui! Je voulais l'empêcher de me suivre. Il ne voulait pas me laisser seule avec Zeus... J'ai dû taper sur les derniers remparts mentaux qui l'empêchaient de s'effondrer..." Elle saisit sa tête entre ses mains, totalement abattue. "Je ne sais même pas si c'est vraiment lui qui se réveillera s'il reprend conscience... Je ne pourrais pas me le pardonner..."

Le Dragon des mers posa une main sur son épaule, essayant de la réconforter.

"Shaka est le plus résistant mentalement de nous tous, c'est l'homme le plus proche de d..."

"Tais-toi, pitié! Pas cette expression, surtout pas maintenant!" Les doigts de la déesse s'enfoncèrent plus profondément sur son propre crâne, comme dans une tentative désespérée d'étouffer les pensées dans son cerveau. "Si lui et Shamash... non..." Gémit-elle.

Si la situation n'avait pas été aussi oppressante pour elle, le Dragon des mers l'aurait sans doute taquinée horriblement et sans aucune merci. Mais la déesse semblait sincèrement désespérée et il était lui-même assez inquiet de l'état de Shaka. Malgré ses paroles rassurantes, il sentait que le cosmos de la Vierge semblait étrangement altéré.

"Tu sais, même si c'était vrai, techniquement vous seriez des dieux. Ca n'a pas arrêté Héra et Z..."

"Tais-toi Kanon! J'aime Shaka, j'aime Shamash, mais pas les deux comme ça! Ah je me sens si sale rien que de... Tais-toi! Tais-toi! Arrête d'essayer de me consoler c'est encore pire si tu parles!"

Le Dragon des mers retira sa main de l'épaule de la déesse, démuni.

"Je peux veiller sur lui pour toi d'accord? Essaie d'aller dormir, tu dois garder de l'énergie pour le rituel de résurrection demain..."

"Comme si je pouvais dormir..." Elle secoua la tête, regardant ses propres mains qui tremblaient. "D'abord Zeus et maintenant ça... Laisse moi juste me laver, j'ai horriblement besoin de me laver. Tu pourras aller dormir ensuite, je reviendrais pour veiller sur Shaka."

"Comme tu veux..."

Elle se leva, alors qu'il s'éloignait pour aller prendre un des fauteuils plus loin dans la chambre pour le rapprocher du lit et s'y asseoir. Il jeta un regard curieux à la déesse, qui l'avait observé faire sans bouger malgré le fait qu'elle était supposée sortir.

"Quoi?" Demanda-t-il.

"Je suis désolée pour tout à l'heure. Tu es un idiot. Mais tu es l'idiot le plus brave et courageux que je connaisse. Merci d'être à mes côtés..."

"A ton service." Il lui lança un clin d'œil, qui tira une moue à la fois triste et amusée à la déesse.

"Tu es irrécupérable." Marmonna-t-elle avant de sortir.


En rentrant enfin dans sa chambre, le Dragon des mers se retrouva nez à nez avec la Prêtresse d'Odin, qui se tenait debout face à la cheminée. Il écarquilla les yeux, clairement surpris. Il se reprit rapidement, fermant la porte pour éviter un éventuel scandale. Il fallait vraiment qu'il devienne plus attentif à la présence du cosmos de la prêtresse, qui imprégnait tellement le château qu'il n'y faisait même plus attention. Depuis combien de temps était-elle là?

"Je sais que c'est votre Palais, mais je ne crois pas que ce soit un endroit approprié pour vous à une heure pareille..."

"Comment va le chevalier de la Vierge? A-t-elle pu le soigner?" Répondit-elle en ignorant totalement son commentaire précédent.

Il haussa un sourcil et ne prit pas la peine de répondre immédiatement, préférant se mettre à l'aise. Il fit quelques pas dans la pièce, enlevant sa veste de costume pour la jeter sur son lit et dégrafer les boutons de manchette de sa chemise, dont il remonta les manches, avant de s'attaquer au col et défaire quelques boutons. La prêtresse d'Odin le regarda faire sans mot dire.

"Il n'a aucune blessure physique." Dit-il enfin.

"Vous ne répondez pas à ma question. J'ai senti son cosmos et celui de la déesse s'affronter avant le bal. Est-ce elle qui l'a mis dans cet état là?"

"Ishtar ne ferait jamais ça volontairement à un de ses chevaliers et Shaka est l'un des plus puissants chevaliers d'Athéna. Je ne m'en fais pas pour lui. En quoi cela vous concerne-t-il après tout?"

Elle croisa les bras devant elle.

"Est-ce vrai? Ce qu'Ishtar a dit tout l'heure... Vous avez levé la main sur Zeus?"

"Oui."

"Pour quelle raison avez-vous commis un acte pareil?"

"Ca ne vous concerne pas. Vous l'avez entendue comme moi. Laissez Asgard en dehors de tout ça."

"Je croyais qu'Ishtar obéissait aux Olympiens."

"Je dirais plutôt qu'elle survit avec eux."

"Mais Poséidon?"

"Ne m'en voudra absolument pas d'avoir frappé son frère. "

"Si c'est le cas. Cela veut dire que nous avons un ennemi en commun. Odin ne pourra être libéré de son exil qu'à la mort de Zeus..."

Il haussa un sourcil et décida de d'asseoir sur son lit, histoire d'enlever ses chaussures.

"En tant que général de Poséidon, permettez-moi de souligner que je ne suis clairement pas le bon interlocuteur pour comploter contre les olympiens. Je suis désolé, mais je crains pour Odin qu'il ne doive s'habituer à son petit paradis personnel. Vous pourrez toujours en discuter avec Ishtar si cela vous tente. Mais Zeus étant immortel, bon courage à vous pour le tuer définitivement."

Il était pieds nus désormais, avec son pantalon de costume et sa chemise partiellement déboutonnée. Sa tenue ajoutée à sa crinière désordonnée lui donnait un air mi civilisé, mi animal, et lorsqu'il pencha la tête de côté afin d'observer la prêtresse, elle eut soudain l'impression de sentir à nouveau sa chaleur contre la sienne et ses lèvres sur les siennes. Elle soupira, agacée contre elle-même par la tournure de ses pensées, alors qu'il demeurait assis, la fixant calmement.

"Vous ne devriez vraiment pas être là Hilda. J'ai passé une très mauvaise soirée et mes réserves de patience sont extrêmement limitées..."

"Pourquoi m'avez-vous embrassée tout à l'heure?" La question était sortie toute seule. Elle n'était pas venue pour ça. Mais les mots avaient franchi ses lèvres de leur propre volonté.

"C'est évident non?" Il haussa un sourcil, puis étira souplement ses bras, dégageant une attraction animale alors que sa musculature jouait sous sa chemise. Il posa sa tête sur sa main, semblant ennuyé mais parfaitement sûr de lui alors qu'il reprenait la parole, la fixant de son regard aigue-marine. "Parce que j'ai envie de vous. "

Pour une fois, la répartie légendaire d'Hilda sembla soufflée. Il sourit tristement alors qu'il la regardait droit dans les yeux, toujours assis et ne faisant pas un mouvement vers elle et qu'elle semblait interloquée par sa réponse.

"Je crois que c'est ma punition pour avoir créé tout le mal autour de moi : je suis attiré par une femme qui me déteste. Je suis profondément et sincèrement désolé. Je suis désolé pour les milliers de morts inutiles. Je suis désolé pour vos amis. Désolé pour les souffrances que l'anneau continue à vous infliger. Je suis parfaitement conscient de tous les ordres que j'ai donné et de leurs conséquences. Mes excuses ne répareront jamais le mal que j'ai causé. Je le sais et je regrette chaque jour le mal que j'ai causé."

Il baissa légèrement le regard, fixant les flammes qui dansaient dans la cheminée, derrière la prêtresse d'Odin qui se tenait toujours debout.

"Soyez heureuse et vivez libre de vos remords. Continuez à me haïr si cela vous soulage. Demain, vos guerriers divins seront de retour... Ishtar ne souhaite pas demeurer au Palais encore bien longtemps, elle aura sa propre résidence, nous n'aurons plus à nous croiser. Vous ne me reverrez plus si c'est ce que vous souhaitez Hilda. "

La prêtresse lui tourna le dos, fixant les flammes de la cheminée elle aussi.

"Vous avez mis du temps à me présenter vos excuses. Je sais ce qu'elles coûtent à votre orgueil." Murmura-t-elle. "Mais je ne me rappelle toujours pas vous avoir autorisé à m'appeler par mon prénom."

"C'est un nom qui vous va bien votre Altesse. Vous êtes aussi combattante que votre Valkyrie tutélaire, je suis obligé de le reconnaître."

"De la flatterie maintenant?" Elle tendit légèrement ses doigts vers les flammes face à elle "Vous et Poséidon avez une dette envers moi et mon peuple, vos excuses ne vous débarrasseront pas aussi facilement de moi ou d'Asgard. J'ai une dette envers Odin, et vous allez m'aider à la payer, je vous en fait le serment. Si Zeus est renversé, Odin, mon peuple, moi, nous seront tous libres. Libres de vivre loin de ces terres désolées. Libres d'élever nos enfants dans des endroits où ils ne meurent ni de faim, ni de froid..."

"Etes-vous en train de me demander l'aide de Poséidon?"

Elle se retourna à nouveau vers lui, sa silhouette auréolée des flammes qui brûlaient derrière elle.

"Non, ce n'est pas une demande. C'est un ordre. Si un conflit se déclenche je veux être mise au courant. Odin est supposé rester neutre et obéir à Zeus, mais je pourrais faire en sorte de vous aider si besoin. C'est pour cela que je suis venue vous voir ce soir, à cause de ce que vous avez fait à Zeus."

"Je transmettrais votre message à Poséidon quand il sera en mesure de l'entendre, Votre Altesse."

"Hilda... sera suffisant lorsque nous sommes seuls." Il la fixa en silence, surpris. Elle soutint son regard, pensive, avant de reprendre la parole. "Je pensais avoir affaire à un monstre sans conscience, mais je constate que je me trompais. Vos excuses ne changent rien sur le fond c'est vrai, mais je vois les mêmes regrets que les miens derrière le masque méprisable que vous portez. Cela m'attriste de le dire, mais vous êtes sans doute la seule personne autour de moi qui comprenne ce que je suis en train de vivre actuellement. Même ma propre sœur ne peut pas comprendre ce qui ronge mon âme. Merci pour vos excuses Kanon. Remerciez Poséidon de ses excuses pour moi. Je les accepte et les vôtres aussi."

C'était la première fois qu'elle l'appelait par son prénom. C'était aussi la première fois qu'ils réussissaient à avoir une conversation civilisée. Toujours assis sur son lit, le Dragon des mers se sentit désarmé par l'étrange vulnérabilité emplie de force que dégageait désormais la femme face à lui. En quelques secondes, il comprit soudain le respect et la dévotion qu'elle suscitait chez ses sujets : la prêtresse d'Odin était noble au sens premier du terme.

"Merci Hilda. Je ferais en sorte que vous ne regrettiez pas ces paroles."

"Bien" Elle détacha son regard de lui, observant la pièce autour d'eux, comme prenant soudain conscience d'où elle se trouvait. "Je vais m'en aller. Désolée de m'être imposée ici aussi tard... "

Elle fit quelques pas vers la sortie, posant sa main sur la poignée de la porte, mais sembla se raviser à la dernière seconde. Elle ne lâcha pas la poignée, mais fixa quelques instants l'homme près d'elle.

"Attiré par une femme qui vous déteste? Etiez-vous sincère? Je ne vous ai montré que le pire de moi-même..."

"Je respecte votre force de caractère Hilda, même quand elle s'oppose à moi. Et je ne vous ai pas vraiment traitée non plus sous mon meilleur jour jusqu'à présent..." Il vit un sourire ironique se dessiner sur les lèvres de la souveraine, comme un écho à celui doux amer qui s'était dessiné sur ses propres lèvres.

"C'est un doux euphémisme..."

Elle sortit de la pièce sans un mot de plus.