Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Publication du chapitre : le 24/10/2020

Disclaimer: Masami Kurumada est l'auteur de l'œuvre originale.

Divers : Comme toujours, merci beaucoup pour vos commentaires! N'hésitez pas à me dire quels sont vos passages préférés ou ceux qui vous choquent, ça m'aide à faire encore mieux (pire) au chapitre suivant XD Je réponds aux reviews par MP, mais comme vous n'avez pas laissé de mail, petit merci ici à Olivier et Emma pour vos commentaires! :)

Des pronostics sur qui sera le guerrier divin qui va rejoindre notre team (im)parfaite préférée?

Dans ce chapitre : Reines du chaos, des neige et des Enfers, le retour du mini Dragon des mers et des guerriers divins, mais aussi et comme toujours : l'infernale ironie du sort!

Bonne lecture !


Chapitre 24 – Destins jumeaux


Assise dans le fauteuil que Kanon avait approché du lit de Shaka lorsqu'il l'avait veillé pour elle, la déesse babylonienne de la Vie était silencieuse, perdue dans ses pensées. Elle portait des vêtements étrangement modernes en ces lieux, un pantalon de cuir noir accompagné d'un col roulé de la même couleur. Cette tenue sombre reflétait parfaitement son humeur.

Le médaillon offert par Hadès tournait entre ses doigts, brillant d'un pâle reflet métallique dans la lumière faible des flammes mourantes de la cheminée... La déesse n'avait allumé aucune autre lumière, préférant rester dans l'obscurité, son esprit aussi froid que la nuit polaire en dehors du palais.

« Les dieux sont des êtres possessifs. Ils n'apprécient pas de se voir voler leurs biens par des hommes. »

Elle sourit faiblement. Shaka avait été jaloux de Kanon. Elle était encore trop impressionnée par lui à l'époque pour même s'en rendre compte. Elle leva le médaillon, observant l'étoile à cinq branches qui se balançait au bout de la chaîne, dans un mouvement lent et hypnotique.

"... Le fait que tu ais résisté à ma malédiction. Sans vouloir remettre tes capacités en cause, ce n'est pas normal. Quelque chose cloche. Seul un dieu pouvait demeurer insensible à ma malédiction. »

« Tu en déduis que je ne suis pas humain? »

Ishtar stoppa le balancier du bijou, le reprenant entre ses mains, passant rêveusement ses doigts sur l'inscription gravée sous le dessin de branches d'olivier: "Yours. Ever". Elle fronça les sourcils. Se rappelant soudain de l'une de ses premières conversations avec Shaka.

« La réincarnation varie selon les dieux. Poséidon, lorsqu'il est dans le corps de Jullian Solo, lui impose sa volonté. Pour Saori, c'est différent, elle a toutes les caractéristiques d'Athéna, sans pour autant avoir les souvenirs des vies précédentes de la déesse. Peut-être est-ce la même chose pour toi. Les pouvoirs de la divinité mais l'esprit de l'humain. En ce qui me concerne, je ne suis pas la réincarnation de Bouddha. »

« Mais, tout le monde dans le sanctuaire en est pourtant persuadé ? »

« Il est plus correct de dire que je suis l'homme le plus proche de dieu. Par définition, le Bouddha est éveillé et son âme a quitté le cycle des réincarnations. Mais ça ne l'empêche pas de communiquer. En quelque sorte, il m'a élu depuis la naissance afin de me donner son enseignement. »

« Mais, si tu es humain, comment peux-tu aller en Olympe avec Athéna et moi ? »

« Tu vois cette marque rouge ? » Elle l'avait vu écarter les mèches blondes qui lui balayaient le front d'un revers de la main. « C'est une tâche de naissance, une sorte de marque du Bouddha. C'est ce qui a permis aux moines qui m'ont élevé de me reconnaître comme son envoyé. »

« Tu es une sorte de demi-dieu ? »

« Si tu veux... »

Le médaillon tourna à nouveau entre les doigts de la déesse. Olympe, Elision, Enfers, Shaka avait été partout... Il était le seul, avec Mu et Shion, qui eux étaient d'origine Atlante, à se téléporter... le privilège des dieux... Comment n'avait-elle pas réalisé?

« Je peux méditer, mais il ne me parle plus. »

Ses doigts fins se crispèrent sur le bijou. Quelle face du médaillon était-il? Hadès ou Shun? Jullian ou Poséidon? L'humain ou le dieu? Ou le médaillon en entier, incapable de se connaître lui-même, comme elle-même lorsque Zeus l'avait privée de sa mémoire? Et pourquoi diable Bouddha serait-il intervenu là-dedans?

"J'avais promis à ta sœur de l'épargner. Je l'ai tué oui, mais je lui ai laissé suffisamment de cosmos pour se réincarner, à peine moins que celui qu'aurait un humain ordinaire... Mais incarnation après incarnation, il fait sauter les verrous dont j'ai entravé son esprit. C'est fascinant à observer. Le pouvoir qu'il dégage désormais... Si proche du dieu qu'il était... Et si ignorant de ce qui l'anime... Ne trouves tu pas cela magnifique?"

C'était terrifiant. Terrifiant de réaliser à quel point elle aimait Shaka et était devenue dépendante de lui. Etait-elle amoureuse d'une illusion depuis le début? Elle aurait dû être heureuse que son frère puisse être vivant... mais à ce prix là? Pourrait-elle le regarder dans les yeux si c'était le cas?

"Tu penseras à moi et à ton frère à chaque fois que tu verras le chevalier de la Vierge."

Cette phrase de Zeus la hantait. Les mots de Zeus la hantaient. Elle avait tout fait pour donner le change, mais elle n'était pas sortie indemne de sa soirée avec le roi des dieux.

Elle ferma les yeux, fronçant les sourcils alors qu'elle repassait la chaîne du médaillon autour de son propre cou. L'étoile offerte par Hadès vint reposer contre sa poitrine.

Pouvait-elle s'être trompée à ce point sur Shaka? Ne pas avoir reconnu son propre frère en lui? Et s'ils étaient différents, que se passerait-il si l'âme de Shaka était détruite et étouffée par celle de Shamash? Ou l'inverse? Et si Shaka se réveillait, que lui dirait-elle? Qu'ils devaient cesser leur relation? Et lui, comment prendrait-il une telle révélation?

Elle sentit une bouffée de rancœur et de haine pure envers Zeus l'envahir.

Aussi lourd que le bijou sur sa poitrine, son esprit s'assombrit. Shaka voyait le bon en elle, mais la seule vérité était que la vie n'est ni bonne ni mauvaise, elle n'est que chaos. Un magnifique et abominable chaos. Tous toujours en train de courir après le sexe, l'argent, le pouvoir, ou une éternelle et stupide beauté tandis que d'autres sacrifiaient leurs vies pour des causes nobles dans une indifférence totale. Injustice et justice partout... Beauté et laideur partout... Pour elle, vivre était comme de danser en riant sur le fil d'une lame, il fallait savoir rire de la beauté du chaos si l'on ne voulait pas être déchiqueté par lui.

Elle leva la main, faisant apparaître une flamme de cosmos argenté. L'énergie pulsait doucement, mais était vibrante et enragée. Son cosmos faisait voleter doucement ses cheveux. Elle fixa son regard sur la surface brillante et mouvante. Elle avait récupéré son lien intime avec le cosmos et, petit à petit, l'ensemble de ses capacités et de sa puissance. Etrangement, son entrevue avec Zeus avait été aussi destructrice que libératrice...

Pour la première fois depuis une éternité, elle se sentit enfin en pleine possession de ses moyens.

Elle allait créer pour Zeus une chute propre à sa démesure.

Elle ne pouvait pas combattre, mais elle avait ses propres armes.

Il était grand temps qu'il rencontre le chaos.


Le Dragon des mers n'avait pas vraiment fermé l'œil. Avant même le lever du soleil, il avait donc décidé d'aller se défouler loin du palais. C'était là, au milieu des terres gelées et près d'une falaise balayée par le vent d'un froid polaire qu'il avait démarré son entraînement quotidien. A défaut de dormir, il avait besoin d'évacuer sa rage.

Zeus les avaient immobilisés lui et Aphrodite comme de vulgaires papillons pris dans une toile d'araignée. Pendant ces longues minutes, il avait eu la sensation que son propre cosmos ne lui répondait plus. Comment vaincre un adversaire que l'on ne pouvait pas combattre... Poséidon, Hadès même, avaient été vaincus par Athéna. Mais comment diable Athéna elle-même pourrait-elle se battre contre son propre père?

Il se sentait impuissant.

Ishtar, qu'il aimait presque comme une sœur, avait risqué sa vie pour aider Poséidon, et il n'avait rien pu faire pour elle, sauf la mettre encore plus en danger...

Impuissant.

Il avait eu envie de retenir Hilda lorsqu'elle était partie, il était resté immobile. Pourquoi diable hantait-elle ses pensées? Elle devait bien rire de lui désormais...

Impuissant.

Parce que peu importe sa propre vie, sa priorité devrait toujours et à jamais rester Saga. Comment même penser à son bonheur personnel, alors que Saga était encore rongé par cet autre en lui, que lui-même avait contribué à faire naître en son jumeau?

Impuissant.

Parce que toutes les guerres saintes avaient été en vain. Zeus avait manipulé ses frères et créé toutes ces souffrances inutiles... dans tous les camps... Et il devait aujourd'hui en informer Poséidon et empêcher la divinité d'entrer en rage... Comment alors qu'il avait perdu sa propre femme à cause de son frère? Comment éviter un bain de sang?

Son poing pulvérisa la falaise couverte de glace face à lui. Il poussa un cri de rage, seul dans le paysage glacé, alors que les pierres retombaient dans un fracas assourdissant. L'impuissance n'était pas un sentiment qu'il acceptait.


Un léger frisson dans sa nuque, comme un picotement familier, tira Ishtar de ses pensées. Elle reporta son attention sur celui qu'elle avait passé la nuit à veiller. Il s'était tourné vers elle et bien qu'il eut encore les yeux fermés, elle se sentit clairement observée.

Elle ressentit successivement et en une fraction de seconde un soulagement intense de constater qu'il était conscient et un coup terrible en réalisant qu'il était en train de lire en elle exactement comme son frère pouvait le faire. Presque instinctivement, elle remit en place les mêmes barrières mentales que celles qu'elle avait toujours eues en présence de Shamash.

"Depuis quand lis-tu mes pensées?"

"Depuis assez de temps pour ne pas arriver à croire ce que j'y vois..." Cette voix...

Ishtar se leva du fauteuil dans lequel elle s'était lovée, venant s'asseoir sur le lit près de lui, qui demeura immobile. Presque timidement, elle posa sa main brièvement sur son front, à moitié caché par ses longues mèches blondes, comme pour vérifier à nouveau qu'il allait bien. Son examen terminé, elle s'écarta et se leva. La Vierge semblait d'humeur massacrante et ne daignait pas rouvrir les paupières. Pouvait-elle lui en vouloir? Il avait lu ses pensées. Il avait aussi le souvenir de leur violente dispute du soir précédent. Ils ne s'étaient pas séparés en bons termes...

"Sais-tu ce qui t'es arrivé hier? Tu étais déjà inconscient quand je suis revenue en Asgard..."

"Il me semble que tu as déjà ta théorie là-dessus." Cette voix... l'intonation...

Il se releva souplement, quittant le lit pour s'avancer vers l'armoire, jetant au passage le T-shirt qu'il portait au sol puis il en attrapa un nouveau, qu'il enfila rapidement, avant de se diriger vers l'une des commodes, sur laquelle était posée un plateau avec une carafe et des verres d'eau. Il se servit un verre.

"Tu as toujours pu voir mes émotions dans mon cosmos, mais jamais lire clairement mes pensées. Dois-je en déduire qu'avec les souvenirs de mon frère, tu as récupéré certaines de ses capacités?"

"Mauvaise déduction ma sœur bien aimée."

Comme au ralenti, elle le vit se tourner avec un sourire sur les lèvres. Il avait ouvert les paupières. Ses yeux étaient du même vert minéral que les siens.

Ishtar se réveilla en sursaut.

Elle était toujours dans le fauteuil près du lit de Shaka et s'était endormie, penchée en avant et appuyée sur le lit, la tête posée contre la main du chevalier de la Vierge, ses doigts entrelacés aux siens. Elle battit des cils, légèrement désorientée. Ce n'était qu'un rêve? Il lui avait semblé si réel pourtant...

Elle détacha sa main de celle de son amant, fermant les yeux à nouveau et tendant les bras pour s'étirer.

"Tu es enfin réveillée."

"Shaka?" Elle frémit, interrompant son mouvement et rouvrant immédiatement les paupières pour regarder le chevalier d'or. Elle fut immédiatement confrontée au bleu intense de ses pupilles.

Il était assis en tailleur parmi les draps et couvertures défaits et elle se rendit compte que c'était lui qui avait fini par veiller sur elle, déposant une couverture sur ses épaules. Depuis combien de temps était-il redevenu conscient alors qu'elle dormait à ses côtés?

"Je constate que Zeus n'a pas eu envie de te ramener en Olympe tout de suite." Finit-il par dire d'un ton mi glacé, mi acide. "Tu avais raison, ma présence n'était peut-être pas si nécessaire après tout..."

Elle se redressa, parfaitement réveillée cette fois-ci, même si une partie d'elle-même avait pourtant envie de se pincer pour vérifier qu'elle n'était pas encore en train de rêver. Ishtar s'écarta, ramenant son dos contre le dossier du fauteuil. Elle rejeta la tête en arrière, examinant Shaka. Malgré ses paroles, la couverture qu'elle avait autour des épaules et le fait qu'il ne l'avait pas réveillée étaient des marques d'amour et d'attention évidentes.

"C'est bien toujours toi..." Murmura-t-elle, un sourire soulagé courant sur ses lèvres même si elle percevait clairement qu'il lui en voulait toujours de leur dispute du soir précédent.

Il fronça les sourcils pour toute réponse.

"Je suis désolée Shaka. Je sais que tu désapprouves totalement le plan de Poséidon et ma décision d'y participer. Je suis désolée pour tout ce que je t'ai dit hier soir. Tu ne peux pas savoir comme j'ai regretté mes paroles..." Elle resserra la couverture qui était enroulée autour de ses épaules. "Je suis vraiment heureuse de voir que tu vas mieux. Sais-tu ce qui t'es arrivé? J'ai été incapable de te soigner. C'était les souvenirs de mon frère n'est-ce pas?"

Il n'eut pas l'occasion de répondre, des coups ayant été frappés à la porte. Elle jeta un œil vers la fenêtre, la lumière du jour filtrait à travers les rideaux tirés.

"Sûrement les serviteurs d'Hilda, je souhaitais accomplir le rituel de résurrection à l'aube. Tu peux rester ici te reposer si tu le souhaites. Je ne devrais pas en avoir pour longtemps."

"Hors de question, je t'accompagne." Le ton n'admettait pas la contestation.

"Très bien. Je vais me préparer rapidement. Mais il faudra que nous ayons une discussion après la cérémonie toi et moi. Je dois comprendre ce qui t'es arrivé et nous devons parler."


Freiya se tordit les mains de manière frénétique, faisant basculer son appui d'un pied à l'autre, dans sa tentative assez vaine de rester calme et de contenir son excitation.

A ses côtés, son aînée était droite et parfaitement immobile, debout devant les marches qui menaient à la statue monumentale d'Odin et à l'autel dédié au dieu. La prêtresse tenait son sceptre et sa chevelure argent était casquée de sa couronne ailée, d'un noir de jais, incrustée de pierreries et d'or. Elle portait une robe entièrement noire, partiellement couverte au niveau du buste par des chaînes et des plaques d'armure. Elle dégageait une aura quasi divine, comme si Odin se tenait juste derrière son épaule.

Derrière les deux princesses, outre de nombreux nobles et dignitaires, beaucoup des habitants du royaume étaient venus pour assister au miracle qui avait été annoncé et étaient assis en silence, sur les marches glacées, derrière une rangée de gardes.

Face à Hilda se dressait un large bassin, construit pour l'occasion sur l'esplanade qui servait habituellement aux pèlerins venus prier Odin. L'eau à l'intérieur n'avait pas encore gelé, la prêtresse y veillant personnellement à l'aide de son cosmos.

Les corps des guerriers divins avaient été amenés dans l'eau. Ne restait plus qu'à la déesse de la vie d'exercer ses pouvoirs. Mais celle-ci demeurait pour le moment immobile et observait le bassin près duquel elle se tenait, comme attendant quelque chose. Sur le rebord, près d'elle, une dague affilée brillait sur un coussin, alors qu'à l'opposé, les armures des guerriers divins luisaient dans la lumière matinale, toutes parfaitement alignées sous le ciel nuageux, d'où tombaient de légers flocons.

Hilda n'avait pas pu s'empêcher d'observer à la dérobée les protecteurs de la déesse. Quel serait le guerrier divin qu'elle allait réclamer et qui rejoindrait leur rang? Les deux hommes se tenaient en retrait, à la gauche de la prêtresse d'Odin et portaient chacun leurs armures respectives.

Le chevalier de la Vierge avait l'air parfaitement remis de ce qui s'était produit le soir précédent et ne dégageait rien d'autre que son étrange froideur habituelle.

A moins d'un mètre de lui, mais dégageant une tension à couper au couteau, le Dragon des mers avait le visage légèrement tuméfié, comme s'il avait reçu un coup de poing. Hilda ne se souvenait pas avoir vu de trace de coup sur lui la veille pourtant? Elle détourna le regard en voyant qu'il s'était rendu compte qu'elle l'observait.

Un peu plus loin, Ishtar leva les yeux au ciel, souriant en voyant apparaître les deux silhouettes majestueuses et familières qu'elle attendait. Elle tendit les bras vers elles, alors que deux immenses corbeaux noirs venaient se poser, chacun d'un côté, l'un sur son bras et l'autre sur son épaule.

Hilda frémit en voyant la déesse, de dos et dont elle ne distinguait que la chevelure tressée et la longue cape, communiquer avec les oiseaux. D'aussi loin, elle n'entendait pas ses paroles, mais elle avait reconnu les messagers d'Odin: Hugin et Munin, Pensée et Mémoire. Tous les enfants d'Asgard avaient entendu les légendes à leur propos. Ils étaient plus beaux encore que ce qu'elle avait pu imaginer dans ses rêves de petite fille. Odin répondait à ses prières, mais jamais il ne s'était manifesté aussi directement. En ce jour cependant, il n'y avait aucun doute possible : Odin était là avec eux. Elle sentit une larme rouler sur sa joue devant la beauté de la scène qui se déroulait et mit un genou à terre, s'inclinant devant les oiseaux et la déesse. Derrière elle, l'ensemble de ses sujets en firent de même.

Au silence soudain qui régna, Ishtar se tourna, observant la foule recueillie. L'amour que son peuple portait à Odin était vibrant, sincère et incroyablement tangible en cet instant. Ce n'était pas un peuple effrayé par son dieu. Non, c'était un peuple fier de celui qu'il adorait. Fier de contribuer à l'équilibre du monde malgré la douleur que ces terres gelées lui causaient.

Ils semblaient tous attendre une parole ou une action divine. Mais elle n'était pas le dieu qu'ils vénéraient. Elle observa les humains face à elle puis ferma les yeux, étendant les bras et faisant appel à son cosmos. Ce serait son cadeau pour le peuple d'Asgard en ce jour, en lieu et place d'Odin qui ne pouvait rejoindre ses fidèles. Toujours perchés sur elle, Hugin et Munin déployèrent leurs ailes, donnant soudain à la déesse l'apparence d'une créature ailée.

Toutes les personnes présentes ressentirent soudain l'aura divine qui les traversait, emportant avec elle leur fatigue, leurs maux ou la maladie.

Malgré lui, Kanon mit un genou au sol, alors que Shaka demeurait debout. Elle pouvait accomplir des miracles. Elle l'avait déjà fait. Elle le faisait à nouveau avec une telle facilité. Depuis quand était-elle redevenue aussi puissante qu'avant?

Il était conscient de la colère qu'il avait en lui. Contre elle? Ou contre lui-même? Lui si maître de ses pensées, avait perdu pied... Dans son esprit inhabituellement trouble, il lui semblait entendre d'étranges échos, de plus en plus persistants... Et en cet instant, alors que tous s'inclinaient devant elle et les messagers d'Odin, elle irradiait de cette beauté immortelle et de ce pouvoir ancien qui n'appartenaient qu'aux dieux, et qui ne faisaient qu'augmenter sa propre confusion mentale.

Les oiseaux s'envolèrent finalement, allant se poser sur les épaules immenses de la statue d'Odin, qui veillait sur la scène. Ishtar baissa les bras et rétracta son aura, puis se tourna sans un mot pour faire une nouvelle fois face au bassin, dégrafant les attaches de la cape qu'elle portait. Lorsque le vêtement tomba au sol, elle n'avait plus pour tenue qu'un robe blanche, dépourvue de tout ornement, dont elle remonta les manches avant de prendre appui sur le rebord du bassin et de se glisser à l'intérieur, saisissant au passage la lame qui avait été mise à sa disposition.

L'eau était proprement glaciale. Elle avança lentement au centre, fermant les yeux et se concentrant. Ca serait sans doute plus facile que les résurrections précédentes. Elle n'aurait pas beaucoup de sang à verser, les corps des guerriers divins étaient déjà là. Elle devait simplement leur réinsuffler la vie et ramener leurs âmes. Leurs armures gardaient une trace du cosmos de leurs derniers propriétaires, les retrouver serait facile.

Elle tendit son bras gauche devant elle et serra les dents. Son sang se mit bientôt à couler de ses veines tranchées. Elle déploya son cosmos à nouveau, se mettant à chanter le chant de morts, par habitude, afin de garder sa concentration malgré le sang qu'elle perdait.

Surpris, Shaka se rendit compte qu'il en comprenait désormais les paroles. A la réflexion et plus précisément, il se rendit compte qu'il les connaissait déjà via les souvenirs de Shamash.

Il ne fallut que peu de temps pour qu'il sente les cosmos des guerriers divins entrer en résonance avec celui de la déesse. C'était une sensation étrangement familière désormais. Les souvenirs du dieu de la Justice babylonien contenaient un grand nombre de scènes similaires. Le chevalier de la Vierge fronça les sourcils. Ce n'était pas le moment de se laisser distraire par ce que la mémoire d'un dieu défunt pouvait lui amener à l'esprit. Pourtant, les souvenirs du dieu n'étaient pas la seule chose qui lui emplissaient l'esprit depuis son réveil. Il avait l'impression d'entendre des voix et des murmures à nouveau, comme lorsqu'il était enfant.

La veille, après sa dispute avec Ishtar, il avait été dans une telle confusion. Et cette colère noire qui grandissait en lui, finissant d'engloutir toutes les digues mentales qu'il avait passé une vie à construire. Il s'était senti comme happé par les souvenirs du dieu de la Justice, qui avaient manqué de peu de renverser... quoi, son esprit? C'était comme si une brèche béante s'était faite dans sa tête, prête à l'engloutir. Et son contrôle de lui-même s'effritait inexorablement.

Reste de contrôle, qui d'ailleurs, ne l'avait pas empêché de frapper en pleine face le Dragon des mers dés qu'il l'avait eu ce matin dans son champ de vision. Ca avait temporairement soulagé Shaka, alors que Kanon s'était mis à rire et n'avait pas riposté. Ce n'était pas son caractère habituel. Il avait pourtant eu envie de tuer Kanon pour l'avoir mise en danger...

Et maintenant, il comprenait le chant des morts babylonien? Et ces murmures...

Presque malgré lui, Shaka ouvrit les paupières, fixant Kanon, dont le visage venait d'être guéri par l'aura divine, et qui après s'être agenouillé, se tenait à nouveau debout, près de Shaka, les bras croisés et semblant en pleine réflexion. La Vierge ne voyait de lui que son profil, à moitié caché par son casque de Dragon des mers. Il frémit en comprenant que les échos qu'il entendait étaient les pensées de Kanon et des humains aux alentours, toutes mélangées en une incessante rumeur, mais dont, à loisir, il aurait pu tirer le fil pour les entendre distinctement, unes à unes.

Presque fasciné, Shaka saisit le fil de pensées de l'homme près de lui, qui défila à toute vitesse sous ses yeux. Poséidon allait entrer en rage... Que faire? Comment empêcher un nouveau bain de sang? Ils ne pouvaient pas risquer une guerre frontale. Et pourquoi Hilda l'avait-elle observé ainsi? Elle l'empêchait totalement de se concentrer. Elle le détestait... Pourtant, elle avait répondu à son baiser. Il l'aurait juré... Et avait-elle sincèrement accepté ses excuses? Putain mais pourquoi avait-il envie d'elle à ce point? Il avait déjà assez de problèmes. Mais en la voyant là, il avait envie de la renverser sur l'autel dédié à Odin et de... " La Vierge ferma les paupières aussi vite qu'il les avaient ouvertes, ne préférant pas s'attarder plus avant sur ce que le Dragon des mers était en train de faire virtuellement subir à la prêtresse d'Odin.

Comment? Comment pouvait-il faire cela maintenant? Aussi facilement? A un homme aussi puissant que Kanon? Quand ils étaient dans la salle du trône d'Athéna, il avait dû utiliser son cosmos pour voir s'il mentait, mais pour capter aussi clairement ses pensées... Enfant, il réussissait déjà à lire les pensées, mais c'était une capacité qui ne s'appliquait pas à des personnes dotées de cosmos aussi développés que celui de Kanon, sauf à utiliser une technique... Shaka frémit alors que des souvenirs de Shamash lui revenaient. Comment? Comment pouvait-il avoir les capacités du frère d'Ishtar ? Lui qui rendait ses jugements après avoir lu les pensées de chaque parties? Lui qui combattait en sachant quel coup son adversaire ferait à la seconde où celui-ci se décidait à attaquer? Lui qui lisait les pensées aussi facilement que de respirer?

A ses côtés, le Dragon des mers semblait ne s'être rendu compte de rien. Il observait désormais la Prêtresse d'Odin de manière parfaitement irrespectueuse tandis que celle-ci, heureusement inconsciente des pensées qu'elle suscitait, avait son attention fixée sur le rituel de résurrection...


Toutes les étoiles du septentrion étaient là, formant à nouveau le dessin de la grande ourse, plus connue ici sous le nom de Char d'Odin : tous les guerriers divins avaient été ramenés à la vie. Et tous étaient comme dans un état de transe, à moitié hébétés, se relevant petit à petit, dégoulinants de l'eau glacée dans laquelle ils avaient été ressuscités, leurs amures venant se coller à eux dés qu'ils se relevaient.

Asgard chanterait longtemps ce jour. Des cris de liesse et de joie s'élevaient dans les airs, émis par le peuple qui avait observé l'incroyable résurrection de ses protecteurs.

Indifférente à la clameur derrière elle, Hilda de Polaris avança lentement vers les guerriers, qui demeuraient immobiles, couverts de leurs armures mais semblant désorientés.

Au même moment, Ishtar tombait à genoux dans l'eau glacée. Epuisée et inquiète. Elle avait senti l'aura de ces hommes. Certains semblaient ne pas vouloir revenir à vie. Pourraient-ils essayer de mettre fin à leurs jours dés qu'ils en auraient l'occasion?

Elle compressa les veines blessées de son poignet avec son autre main, essayant d'empêcher son sang de continuer à s'écouler maintenant que sa tâche était accomplie. Son cosmos la protégeait encore partiellement du froid, mais comme à chaque fois, le rituel l'avait vidée de son énergie et elle avait besoin de cesser d'utiliser son aura pour le moment. Elle eut le souffle coupé par le froid de l'eau et de l'air glacé, qui la mordirent cruellement alors que son cosmos se dissipait.

Engourdie par le froid et la perte de sang, elle sentit l'aura du chevalier de la Vierge se matérialiser près d'elle. Elle se laissa faire, exsangue, alors qu'il la soulevait hors de l'eau tel un fardeau précieux. Indifférente aux guerriers divins autour d'eux et à la foule face à eux, elle laissa aller sa tête contre le métal presque tiède de l'armure de la Vierge, alors qu'il déposait sur elle la cape épaisse qu'elle avait laissé un peu plus tôt au sol, puis l'entourait de son cosmos doré empli de chaleur. En un éclair il furent hors du bassin et matérialisés à quelques mètres de là, près du Dragon des mers.

"Merci Shaka." Murmura-t-elle.

Il ne répondit rien, lui saisissant son poignet blessé pour y poser une main luisante de cosmos et refermer la coupure qu'elle s'était faite. Il avait ouvert les yeux et la regardait avec inquiétude. Aussi proche d'elle, il fut frappé de constater à quel point elle l'attirait plus encore, si c'était possible. Etait-ce le fait de l'avoir vue en pleine possession de son cosmos? L'énergie d'Ishtar semblait avoir évolué depuis la veille... Ou était-ce l'influence des souvenirs de Shamash? Impossible à dire. Il fronça les sourcils, essayant de rester neutre. Il se sentait encore perdre son contrôle mental. Il devait dominer ses pensées. Mais plus il la voyait, et plus il était en train d'avoir des pensées parfaitement inappropriées qui se bousculaient dans son esprit. Il fallait absolument qu'il rétablisse une barrière entre lui et le reste du monde, et vite. Il n'arrivait pas à détacher son regard du visage d'Ishtar.

"Tu es épuisée. Souhaites-tu rester ici pour assister au discours d'Hilda où je te ramène dans tes appartements? " Réussit-il à articuler.

"Enlève-moi devant tout Asgard, j'adore l'idée..." Plaisanta-t-elle en lui adressant un sourire.

Kanon faillit s'étouffer en voyant le chevalier de la Vierge écraser ses lèvres sur celle de la déesse alors qu'il se téléportait à nouveau dans un éclat de cosmos en emportant sa compagne avec lui. C'était bien la peine de garder leur relation secrète pour éviter qu'elle n'arrive aux oreilles de Zeus si c'était pour faire une chose pareille en plein jour! En tout cas, ça confirmait ce qu'il pensait : Ishtar n'avait pas encore parlé à Shaka des révélations de Zeus. Il faudrait qu'il aille les voir après la cérémonie, parce que connaissant les deux, ça allait mal finir s'ils les laissaient seuls.

Le Dragon des mers jeta un regard à la ronde, les autres avaient-ils pu apercevoir quoi que ce soit? La scène n'avait duré qu'une fraction de seconde mais... Dieu(x) merci, Hilda et les guerriers divins semblaient n'avoir rien remarqué. Ceux-ci lui tournaient le dos et étaient venus s'agenouiller devant leur prêtresse. Quand à la foule, la scène avait été trop rapide, tous ces humains ordinaires n'avaient dû voir qu'un simple éclair de lumière lorsqu'ils avaient disparus. Mais qu'est-ce qui était passé par la tête de Shaka? Il était devenu complètement fou ou quoi? C'était tellement improbable venant de lui!

Le mini Dragon des mers dans son cerveau remarqua sournoisement qu'il avait dû prendre la même chose à Shaka que ce qu'il avait personnellement très envie de faire à Hilda...


Face aux guerriers divins alignés, à genoux devant elle, Hilda cherchait ses mots. Elle ressentait la détresse et l'incompréhension dans le cosmos des hommes face à elle, tirés violemment du néant par leur retour à la vie. Elle n'avait jamais senti une joie et une tristesse si intenses, en même temps. Heureuse de les voir à nouveau mais si triste de voir ses hommes fiers totalement perdus et déboussolés... Leurs auras parlaient pour eux. Avant qu'ils ne quittent Asgard, elle avait longtemps discuté avec les chevaliers de bronze d'Athéna et n'ignorait rien de ce qui s'était produit lors de leurs combats avec les guerriers divins... Elle avait passé des heures à réfléchir à cet instant, où elle se trouverait à nouveau face à eux.

Elle inspira profondément, puis se tourna et remit son sceptre à Freiya, avant de s'avancer vers les guerriers divins pour aller les voir, un à un. Derrière elle, la foule en liesse chantait et priait Odin bruyamment, empêchant les paroles de la prêtresse d'être entendues à plus de quelques mètres.

"Siegfried, guerrier divin de l'étoile Alpha, tu as défendu vaillamment Asgard, tel le héros des légendes. Pardonne-moi de ne pas avoir pu empêcher l'anneau de me contrôler. Je suis heureuse de te voir à nouveau mon ami." Elle lui tendit une main, l'aidant à se relever. Il lui sourit, ses yeux d'un bleu comme celui des glaciers semblant s'emplir de lumière aux paroles de la prêtresse. Il ne répondit rien, mais serra brièvement la main de celle-ci entre ses doigts, avant de la relâcher et de s'incliner à nouveau devant elle alors que la foule l'acclamait.

Elle s'éloigna, faisant quelques pas pour faire face à l'ami d'enfance de Freiya, qui agenouillé, serrait les poings alors que des larmes roulaient sur son visage.

"Hagen, guerrier divin de l'étoile Beta, relève-toi fièrement. Ta fidélité envers ta prêtresse et envers Asgard n'ont jamais connu aucun doute, malgré tout mes agissements. Tu n'as pas failli à tes serments et tu n'as rien à te reprocher." Il se leva lentement, essuyant d'un main les larmes en travers de son propre visage. "Freiya et moi sommes heureuses de te voir à nouveau." Ajouta-t-elle plus bas.

Elle fut bientôt devant le colosse au grand cœur qu'elle avait rencontré la première fois lorsqu'il braconnait sur ses terres. Même en cet instant, alors qu'il était agenouillé et elle debout face à lui, il était presque aussi grand qu'elle.

"Thor, guerrier divin de l'étoile Gamma. Pardonne-moi d'avoir forcé un homme bon tel que toi à suivre des ordres mauvais. Je te promets d'être une souveraine digne de ton cœur noble. Lève-toi à nouveau et répond à l'appel d'Odin. "

"Pardonnez moi de ne pas avoir écouté mes doutes, j'aurais dû essayer d'agir et d'aider les chevaliers d'Athéna."

"Tu n'as rien à te reprocher Thor. Relève-toi je t'en prie." Il lui obéit alors qu'elle lui tendait la main en souriant, son cosmos chaleureux et bienveillant l'entourant à nouveau, comme ce jour où elle l'avait soigné dans la forêt. Ils se sourirent en silence quelques instants, avant qu'elle ne se détourne pour aller faire face à celui qui était réputé être l'homme le plus intelligent d'Asgard.

"Albérich, guerrier divin de l'étoile Delta..." Le ton de la prêtresse était aussi tranchant qu'une lame. Il y eut un lourd silence dans le rang des guerriers divins, qui tranchait fortement avec l'humeur joyeuse de la foule en arrière plan.

A peine à quelques mètres sur le côté, Kanon observait la scène avec intérêt. Il semblait que le guerrier divin aux courts cheveux roses avait des choses à se reprocher. Hilda le fixait avec son regard acier si caractéristique de quand elle était en colère. Le visage à moitié caché par son casque de Dragon des mers, Kanon ricana intérieurement. Pour une fois que ce n'était pas pour lui... Il avait déjà beaucoup de sympathie pour le dénommé Albérich. Il en avait beaucoup moins cependant pour Siegfried, dont il sentait le regard lourd peser sur lui. Il ne devait pas apprécier de voir un général de Poséidon à quelques mètres de sa Prêtresse. Tiens d'ailleurs, n'était-il pas celui dont Ishtar lui avait parlé ce jour là dans la salle de musique? Le pseudo fiancé d'Hilda? Il fixa son regard sur le blond, soutenant son regard méfiant avec un sourire narquois.

La voix d'Hilda de Polaris résonna à nouveau, alors qu'elle s'adressait à Albérich.

"Tu as toujours été rongé par l'ambition, mais je n'avais jamais voulu admettre à quel point... Tu as trahi ta souveraine et trahi ton ordre en projetant de prendre le contrôle d'Asgard puis du monde grâce à l'épée de Balmung... Crois-tu sincèrement que ton plan aurait fonctionné? Cette épée est puissante car elle accomplit la volonté d'Odin. Si tu vas à son encontre, c'est la mort qui t'attend... " Elle croisa les bras. "Cependant, comme tout tes camarades, Odin a choisi de te faire renaître en ce jour grâce à la déesse Ishtar. Je respecte la volonté des dieux et te demande pardon de n'avoir pas su te raisonner à temps... Relève-toi guerrier divin et sois-digne de l'armure que tu portes. Ni Odin ni moi-même n'auront la même clémence une seconde fois."

Les yeux verts d'Albérich brillèrent de surprise et d'incompréhension. Pouvait-il réellement être pardonné? La prêtresse ne lui accorda pas une seconde de plus et s'éloigna.

"Fenrir, guerrier divin de l'étoile d'Epsilon." Elle se baissa pour se mettre à son niveau, posant une main sur son épaule, couverte de sa protection bleutée, comme on aurait pu toucher un animal sauvage pour l'habituer à la main de l'homme. "Malgré le mal que l'humanité t'a fait subir, tu as répondu à l'appel d'Asgard. J'espère que je pourrais te faire croire à nouveau en l'être humain. Pardonne moi de te demander cela à nouveau, mais Asgard a besoin de toi. Relève toi je t'en prie." Elle lui sourit, alors qu'il la fixait de ses yeux dorés. Il ressemblait à un animal sauvage manquant de tout repère dans un univers totalement non familier. Le cosmos bienveillant d'Hilda le fit cependant obéir.

"Syd et Bud, guerriers divins de l'étoile double Zeta." Elle les regarda longuement, en silence, avant de prendre la parole devant les deux frères agenouillés, Bud à quelques pas derrière son jumeau. Leurs armures presque identiques mais de couleur opposées, scintillaient dans la lumière.

"Je sais comme nos lois vous ont obligés à vivre séparément. Mais en tant que souveraine, je sais également qu'aucune loi ne peut être juste ou bonne quand elle oblige à séparer des frères ou quand elle oblige des parents à choisir entre leurs enfants... La nécessité ne justifie pas la cruauté. La protection d'Asgard est nécessaire. Avoir des guerriers divins est nécessaire. Mais faire d'un frère l'ombre de l'autre est cruel."

Kanon baissa les yeux en entendant les paroles d'Hilda, secouant la tête pour chasser ses propres souvenirs. Comment cette femme arrivait-elle à toujours mettre le doigt pile sur la part d'ombre en lui?

"Mais vous avez péri comme des frères et je souhaite que vous puissiez vivre désormais comme tels, égaux dans l'amour d'Odin et égaux devant les étoiles sœurs qui vous servent de guides. Un peuple qui n'apprend pas de ses erreurs est un peuple qui crée sa propre perte. C'est pourquoi, afin que votre destin serve d'exemple et de leçon, je vous donne ma parole, en tant que souveraine et représentante d'Odin, de faire changer nos lois aussi rapidement que possible, dés lors que celles-ci s'avéreront uniquement le fruit d'anciennes traditions cruelles."

Elle sourit aux jumeaux, puis leur fit signe de se relever, avant de tendre la main à Bud. Presque timidement, celui-ci la saisit et elle le fit avancer vers elle, l'obligeant à faire les quelques pas qui le séparaient de son frère, afin qu'il se tienne désormais à ses côtés et non plus derrière lui. Il s'agenouilla presque aussitôt de nouveau, pleurant en embrassant la main d'Hilda.

Un peu plus loin, le Dragon des mers n'arrivait pas à croire ce qu'il voyait. Athéna ou le Pope, aucun n'avait remis en cause les lois régissant le sanctuaire. Il avait toujours souffert de cette injustice, mais sans jamais savoir comment la faire cesser. Mais là, sous ses yeux, c'était un espoir pour tous les futurs chevaliers des Gémeaux qu'il voyait briller devant lui. Perdu dans sa soif de rédemption personnelle, il comprit soudain qu'il s'était résigné. Résigné à n'être que le second ou l'ombre de son frère lorsqu'il serait au sanctuaire... Mais cela n'avait pas à être ainsi. Même s'il n'y avait qu'une seule armure des Gémeaux, rien ne justifiait de priver son porteur de son propre frère. Rien ne justifiait de les élever dans la rancœur et la haine. Il se promit intérieurement de faire changer les choses dés qu'il en aurait l'occasion. Il était possible d'obtenir justice sans répandre le sang, celui des autres ou le sien propre... Il ne le comprenait que maintenant, grâce à l'aide de la prêtresse d'Odin.

Puis, Hilda fit face au dernier d'entre eux, le seul à se tenir encore à genoux.

"Mime, guerrier divin de l'étoile d'Eta. Tu n'es pas né en Asgard, mais ta force et ta bravoure ont fait de toi l'un de nos plus puissants représentants. Je sais la tragédie que tu as traversé. Tu n'es pas seul. Quoi que tu en penses, tu as toute ta place ici. Relève-toi et sers Odin à nouveau, je t'en conjure."

Elle frémit alors qu'il levait les yeux vers elle. Ses prunelles d'un rouge pâle étaient emplies d'une douleur qui ne disait pas son nom. C'était le regard d'un homme qui voulait mourir à nouveau. Comme ce regard était différent de celui de l'homme calme qui avait autrefois endossé l'armure divine... Mime se redressa cependant, demeurant silencieux.

"J'ai conscience de la violence de ce que vous avez tous vécu." Finit par dire Hilda, qui avait reculé de quelques pas et leur parlait à tous désormais. "Demain, nous nous réunirons afin que je vous donne les raisons pour lesquelles vous êtes revenus à la vie. Mais aujourd'hui est un jour de fête. Aujourd'hui, vous êtes libres d'agir comme vous l'entendez. Je vous demande juste d'éviter de rester seuls et de ne pas quitter le château, vous devez reprendre des forces..."

Elle soupira, la tension qui se dégageait de Siegfried, qui toisait Kanon, ne lui échappant pas.

"Je tiens par ailleurs à préciser que comme vous pouvez le constater, nous avons des invités avec nous, qui sont chargés de la protection de la déesse Ishtar. Je vous demande de les traiter avec respect. Ils servent une alliée d'Odin." Elle marqua un silence. "Mes amis, gardez ce jour en votre mémoire et écoutez le peuple d'Asgard derrière moi. Ses cris et ses chants sont la preuve de l'amour que votre pays vous porte. Enfin, en tant que souveraine et au nom d'Asgard, je vous demande pardon. Je porterais éternellement la responsabilité de la dernière guerre et je vous jure sur mon honneur de tout faire pour réparer le mal que j'ai causé contre ma volonté."

La prêtresse s'inclina brièvement devant eux, puis leur tourna le dos, faisant face à sa sœur et à la foule. Freiya s'inclina, lui tendant son sceptre, qu'elle saisit d'une main avant de le lever face à la foule qui acclamait et chantait le retour à la vie de ses champions.

Au loin, perchés sur la statue monumentale d'Odin, Pensée et Mémoire s'ébrouèrent avant de s'envoler, alors que la prêtresse s'adressait désormais à son peuple.


Lorsqu'ils apparurent dans un éclat de cosmos doré dans les appartements de la déesse, celle-ci écarta légèrement ses lèvres de celles de son amant, qui la tenait toujours dans ses bras.

"M'enlever devant Asgard... je vais faire plus attention à mes paroles désormais." Sourit-elle. Elle avait été la première surprise par le baiser de Shaka. Elle fit glisser sa main sur le visage du chevalier d'or, à moitié recouvert par le casque de l'armure de la Vierge. Malgré la fatigue due au rituel de résurrection, elle devait lui parler maintenant, avant qu'elle n'en ait plus ni la force ni le courage.

"Il faut que je te parle." Reprit-elle plus sérieusement.

Elle le vit prendre une profonde inspiration et fermer les paupières, comme cherchant à se concentrer à nouveau.

"Tu es gelée, nous parlerons quand tu seras réchauffée." D'un pas rapide, il traversa la chambre de la déesse, la tenant toujours dans ses bras, entourée de son cosmos doré.

Elle fut bientôt allongée dans l'eau délicieusement chaude de sa baignoire, alors que toujours revêtu de son armure, les paupières closes, la Vierge était désormais en train d'ajouter du bois dans la cheminée.

Sa tâche accomplie, il finit par se tourner vers elle, enlevant le casque ailé de son armure qu'il cala sous un bras en passant sa main libre dans ses cheveux aplatis par la protection. Ishtar l'observait en silence. En le voyant enlever son casque, elle eut l'image de lui, ce jour où elle avait redonné vie au jardin du temple de la Vierge et où il avait fait le même geste. Ce jour là, elle avait senti son cœur cesser de lui appartenir. Elle avait la même sensation en cet instant.

"Tu voulais me parler?" Demanda-t-il calmement.

"Oui, mais je ne sais pas comment aborder le sujet..."

"Si c'est notre dispute d'hier..."

"Non ce n'est pas ça..." Elle soupira, baissant le regard. Que devait-elle dire ou faire? Elle aimait l'homme face à elle. Si Zeus disait vrai... Elle était damnée. Elle était incapable d'arrêter sa relation avec Shaka. Cette évidence la frappa avec violence.

Il rouvrit les yeux, l'observant attentivement et fut presque soulagé de remarquer que contrairement à Kanon et aux autres personnes autour d'eux lors du rituel, il n'arrivait pas à visualiser le fil de ses pensées. Elle semblait avoir mis en place une sorte de barrière presque inconsciente. Le même que celle qu'elle avait créée face à Shamash, lui indiquèrent les nouveaux souvenirs dans son esprit.

Mais il n'avait pas besoin de lire les pensées d'Ishtar : elle avait eu l'air si soulagée à son réveil, de le voir toujours lui-même. Comme s'il pouvait être... un autre... Elle avait eu peur que les souvenirs de son frère lui aient balayé l'esprit... Ou était-ce autre chose? Et depuis ce matin, il ne pouvait que constater les changements en lui-même. Il fronça les sourcils, alors qu'il comprenait.

"Tu as changé d'avis depuis hier soir finalement... Tu penses que je suis sa réincarnation c'est ça?" La voix était claire et calme. C'était moins une question qu'un constat dépourvu de toute émotion. Il pencha la tête de côté, lisant le trouble dans son cosmos alors qu'elle levait des yeux emplis d'appréhension vers lui. "Ou bien crois-tu que je suis Shamash? D'où vient ce changement de ta part? Zeus?"

Pour toute réponse, la déesse poussa un faible couinement, absolument pas en accord avec la sagesse qu'elle aurait dû tirer de ses 4000 ans d'existence, alors qu'elle prenait sa tête entre ses mains, couvrant ses oreilles, et qu'elle disparaissait dans l'eau de sa baignoire, s'enfonçant sous l'épaisse couche de mousse et de bulles qui recouvrait la surface.

Lorsqu'elle finit par sortir la tête de l'eau à nouveau, elle croisa le regard bleu intense de son compagnon, qui l'observait d'un air mi amusé, mi résigné.

"Ishtar, tu sais que tu es une déesse non? Tes réactions sont incroyables parfois". Il s'approcha de la baignoire, s'agenouillant pour poser ses bras sur le rebord, près de la tête de sa compagne. L'armure qu'il portait était en contraste total avec l'intimité de la scène. "Inutile de fuir dans l'eau ou je te repêche. Que t'a-t-il dit?" La voix était calme mais malgré ses paroles, ses yeux ne plaisantaient absolument pas. Elle avait parfaitement conscience qu'il ne tolérerait pas un silence. Elle sentit sa gorge se serrer en le contemplant. Ses traits fins nobles et masculins, sa chevelure dorée qu'elle adorait caresser, ses lèvres qui étaient à elles seules une promesse de plaisir intense, ses yeux d'un bleu pur, son armure qui lui donnait une aura d'ange et son cosmos empli d'une puissance calme. Il était magnifique...

Le pouvoir qu'il dégage désormais... Si proche du dieu qu'il était... Et si ignorant de ce qui l'anime... Ne trouves tu pas cela magnifique?

Elle ferma les yeux, essayant de chasser les paroles de Zeus de son esprit. Quoi dire? Elle resserra ses genoux autour d'elle, les entourant de ses bras, penchant sa tête vers l'avant et rouvrant les yeux. Elle fixa sans le voir le coin opposé de la baignoire, elle n'avait pas la force d'affronter le regard de Shaka. Elle se sentait épuisée, et pas seulement à cause du rituel de résurrection. C'était mental aussi...

"C'est ce que Zeus affirme : ou tu es la réincarnation de mon frère, ou bien tu es lui... Il n'est pas rentré dans les détails, mais il vous a clairement liés."

"Ca n'a aucun sens non? Il l'a privé de son cosmos avant de le tuer."

"Il dit qu'il lui en a laissé. Et je n'ai aucun moyen de vérifier ça. Je n'avais plus de cosmos quand j'ai assisté à la mort de mon frère. Comment aurais-je pu ressentir quoi que ce soit? Zeus a parlé de verrous qu'il aurait placés sur son esprit, mais dont Shamash se libère incarnation après incarnation alors qu'à l'origine, il lui avait juste laissé de quoi se réincarner comme un humain ordinaire. Et il m'a clairement fait comprendre que tu es Shamah ou Shamash toi... J'y ai réfléchi pendant des heures cette nuit... Et malheureusement, ça me semble vraiment possible..."

Elle entendit Shaka soupirer et se risqua à tourner le visage vers lui. Il avait les yeux fermés de nouveau et semblait réfléchir. Il finit par s'asseoir au sol, le dos appuyé contre la baignoire. Il n'avait pas l'air plus surpris que ça.

"Est-ce que ça te rendrait heureuse que ton frère soit de nouveau en vie?"

"Comment veux-tu que je sois heureuse que tu ne sois plus toi?"

"Pour être honnête... Ca expliquerait tellement de choses." Souffla-t-il. "A commencer par ça" Il pointa du doigt la marque rouge sur son front, qu'il avait depuis la naissance.

"Shaka..."

"J'ai toujours pu lire les pensées. J'ai toujours maîtrisé le cosmos à un degré égalé par peu d'humains alors même que je n'étais qu'un enfant... J'ai vu ton visage et la malédiction de Zeus ne m'a fait aucun effet... Et je lui ressemble et même ça tu l'a reconnu toi-même... "

Elle déglutit, se recroquevillant sur elle-même, comme soudain perdue dans sa baignoire.

"Et tout à l'heure pendant la cérémonie... Je pouvais visualiser les pensées des gens autour de moi. Elle dansaient comme des fils de lumière que je pouvais attraper dans les airs... Même celles de Kanon, j'ai pu les lire sans aucun effort... Je n'aurais pas pu le faire aussi facilement avant. J'ai l'impression que les souvenirs de ton frère ont réveillé quelque chose en moi..." Il pressa une main contre son front, tentant d'endiguer la confusion mentale qui régnait à nouveau en lui.

"Pitié dis moi que je vais me réveiller." Le calme persistant de Shaka était pire que tout.

"Je ne peux pas nier les faits."

Il y eut un long silence, où ils formèrent un étrange couple, l'un, assis par terre en armure lourde dans une salle de bain, et l'autre serrant ses bras et ses mains contre elle-même comme si elle était encore gelée malgré l'eau chaude qui l'entourait.

"Donc si je comprends bien..." Dit-il au bout d'un long moment, du ton qu'on emploie pour prononcer une sentence. "Non seulement je me suis potentiellement trompé sur moi-même toute mon existence et je suis donc un bouddhiste inepte qui est incapable de se connaître lui-même, ce qui est pourtant le premier enseignement que j'ai reçu... Mais en plus, je suis en couple avec la sœur de la divinité à qui je sers de corps humain sans le savoir, ce qui veut dire qu'il pourrait donc prendre le contrôle de mon corps à tout moment, comme Poséidon sur Jullian? Ou encore mieux ou pire, je ne peux pas me décider, je ne me souviens pas que je suis Shamash et je suis donc un dieu et l'amant de ma propre sœur, c'est bien ça?"

"Ton résumé me donne envie de me noyer dans mon bain..."

"Je ne suis pas en colère contre toi." Elle sourit amèrement.

"Tu devrais pourtant. Je le suis moi. J'ai récupéré mes souvenirs et j'ai refusé de voir ce qui était sous mes yeux... Et maintenant, nous en sommes là tous les deux... Ca me déchire."

"Je te rappelle que c'est moi qui t'ai embrassée en premier près du Gange. Techniquement, c'est moi qui t'ai séduite et c'est moi qui suis responsable de notre situation. Je n'ai aucun regret. Notre relation est l'une des plus belles choses que j'ai vécu."

"En parler au passé, ça sonne comme une rupture non? " Elle sentit sa propre gorge se serrer.

"Ishtar, nous..."

"Y'a de l'ambiance ici!" Ishtar et Shaka tournèrent leur visage dans un synchronisme parfait vers le Dragon des mers, revêtu de son écaille, qui venait de faire irruption dans la salle de bain de la déesse.

"Kanon... Tu sais que ce n'est vraiment pas le bon moment là?"

Ishtar grimaça, alors que la Vierge était totalement interloquée. Il était tellement perturbé qu'il n'avait même pas senti le cosmos de Kanon. Depuis combien de temps le Dragon des mers écoutait-il leur conversation?

Le Dragon des mers répondit à la déesse par un sourire narquois accompagné d'un haussement d'épaules qui indiquait qu'il était parfaitement conscient de déranger et qu'il n'en avait rien à faire. Elle sourit malgré elle, alors qu'il les toisait en croisant les bras devant lui.

"Je vous abandonne même pas une heure pour finir d'observer la cérémonie et vous êtes déjà en train de jouer les amants maudits? Mais sérieusement! J'ai autre chose à faire que de servir de psy pour déesse ou de punching ball pour bouddhiste timbré moi! J'ai une guerre civile divine sur le feu! Shaka, tu sais quoi? Arrête de réfléchir! Ca nous fera des vacances. Tu restes avec elle. Point! Et toi Ishtar!" Il lui fit un sourire ravageur: "Il faut vraiment que tu m'apprennes ton tour de magie d'hier soir sur les deux gardes du corps de l'autre maniaque! C'est l'attaque la plus géniale que j'ai jamais vue!"

"Hum... Si c'est pour Hilda, tu vas être déçu, ce n'est que très temporaire."

"Pas besoin de ça pour elle, mon charme naturel suffira amplement... Et je commence à briser la glace figure toi!"

"Me voilà ravie, parce que là, je commence sérieusement à me demander si tu ne prends pas un malin plaisir à venir jouer les voyeurs quand je prends mon bain..."

"Hey! Pour qui tu me fais passer! Je suis venu te dire au revoir avant mon départ pour le sanctuaire sous marin. Je dois aller faire mon rapport à Poséidon. Et désolé, mais je préfère les Prêtresses hautaines et intouchables en ce moment."

"Je suis dans un cauchemar" Commenta stoïquement Shaka alors que les deux autres étaient en train de se monter la tête mutuellement. Sa remarque attira l'attention du Dragon des mers.

"Oh non, le cauchemar tu n'y es pas encore Bouddha!" Répondit Kanon. "Ton cauchemar, c'est moi qui vais le créer très personnellement si tu fais du mal à Ishtar." Il lança un regard noir à la Vierge. "J'étais là hier quand Zeus a tenté de l'étrangler alors que tu piquais une sieste! Elle ne te l'a pas dit hein? Au lieu de me sauter dessus la bave aux lèvres comme ce matin, tu devrais plutôt la protéger!"

"Kanon, arrête" Murmura Ishtar, tandis que Shaka blêmissait.

"Non je n'ai pas fini. Ishtar a contribué à libérer Poséidon et Hadès de Zeus en prenant de gros risques. Au lieu de te perdre dans une crise mystique de pseudo divinité, tu ferais mieux de préparer tes arrières et de la chérir tant que tu as la chance de l'avoir prêt de toi. Tu sais quoi? Je vous envoie Krishna pour me remplacer si tu oses même penser une demi seconde à la quitter! Et je me ferais une joie de rester le plus longtemps possible au sanctuaire sous-marin pour que tu ais tout le temps d'en profiter!"

"Mêle toi de ta vie privée Kanon. Et les risques qu'elle a pris hier, elle les a pris à cause de toi." Shaka s'était levé et sa voix était tranchante. "Je te tiens responsable de l'avoir impliquée là-dedans. Tu es en train de créer une guerre alors que tu ne disposes d'aucun moyen de neutraliser Zeus, c'est du suicide. Tu auras sur les mains le sang de tous les chevaliers qui vont se faire massacrer. Exactement comme tu as sur les mains le sang des morts massacrés par les actions de ton frère et de Poséidon."

"Laisse Saga en dehors de ça." Gronda Kanon.

"C'est toi qui a toujours nourri sa part d'ombre. Tu es encore plus responsable de ses crimes que lui."

"Je connais parfaitement mes responsabilités et je les assume! Je ne laisserais plus jamais Saga sombrer dans le mal. Mais toi en revanche Shaka? Tu es un animal à sang froid! Moi au moins je n'ai pas honte de ressentir mes propres émotions! Tu crois quoi Bouddha? Ishtar ne peut pas se terrer ici éternellement! Tu préfères quoi? Qu'elle finisse par devoir accepter la proposition de Zeus et qu'elle l'épouse parce qu'on a été incapable de la défendre?"

"Pardon?!"

"Tais-toi Kanon!" Le supplia Ishtar, mais le Dragon des mers continua sur sa lancée.

"Tu me parles de justice. Ou étais-tu toi, les yeux fermés alors que Saga faisait régner le mal? Il servait la justice? Ne viens pas me donner de leçons de clairvoyance Shaka, toi qui passe toute ta vie les yeux fermés! Même maintenant, tu ne vois pas la justice! Poséidon et Hadès méritent de connaître la vérité et Athéna aussi! Toutes les guerres saintes étaient inutiles depuis le début! Le seul ennemi que nous avons toujours eu, c'est celui qui règne sur nous tous. Ils nous a tous manipulés avant même que toi et moi ne soyons nés. Oui j'ai mis Ishtar en danger, mais elle est assez grande pour choisir ce pour quoi elle veut se battre!"

Shaka eut un demi sourire qui signifiait normalement une mort imminente pour son interlocuteur.

"Ta justice va être magnifiquement bien rendue si nous sommes tous massacrés. Qui exactement va affronter Zeus? Le seul moyen de se débarrasser de lui définitivement, c'est de le priver de cosmos. Athéna sait le faire? Poséidon? Hadès peut-être? Et tu crois qu'il se laissera faire bien tranquillement avec les armées d'Arès, Artémis et Apollon en renfort de la sienne?" La Vierge se mit à rire cruellement, alors que Kanon se trouvait sans réponse. "Tu devrais mieux me traiter Kanon. Tu me reproches mon sang froid? Tu as besoin de moi contre Zeus."

"De toi? Pour endormir Zeus avec des bâtonnets d'encens?"

"Assez vous deux!" Dégoulinante d'eau et emmitouflée dans une épaisse serviette, Ishtar se positionna entre eux, son aura déployée autour d'elle afin de l'aider à se tenir debout malgré le sang qu'elle avait perdu. "Je vous aime mais j'ai envie de vous frapper l'un contre l'autre là! Vous avez exactement trente secondes pour vous présenter mutuellement des excuses!"


Vaillance, Noblesse et Férocité, trois étoiles célestes qui, pour l'heure, n'en menaient pas large. Les trois juges venaient d'apprendre que par une infernale ironie du sort, la déesse dont ils avaient aidé à décimer l'armée en Azura allait se retrouver être leur nouvelle supérieure, remplaçant de facto le vide laissé par Pandore dans la hiérarchie des spectres. Au vu de leur rôle dans la chute de son ancien royaume, autant dire qu'elle devait certainement être bien remontée contre eux.

"On est dans la merde." Grommela Minos, ses yeux cachés par le casque de son surplis ailé. Seule sa bouche tordue en une expression cynique révélait ses envies de meurtre. Ses doigts pianotaient dans les airs, comme cherchant à désarticuler un pantin invisible.

"Nous avons gagné la guerre. Elle doit servir Hadès, comme Hypnos et Thanatos." Répondit sombrement Rhadamanthe.

"Oui et ils sont connus pour être... faciles à vivre..." Murmura Eaque, parfaitement conscient qu'ils pourraient être en train de les écouter. "Je n'aurais jamais pensé dire ça, mais je crois que je vais regretter Pandore."

Ils étaient en train d'arriver à Giudecca suite à leur convocation afin de se présenter à la déesse et ils discutaient tout en marchant en bas de la volée de marches menant au palais d'Hadès. Ils échangèrent un regard lourd de sens quand ils sentirent une présence se matérialiser à l'intérieur : un cosmos d'une puissance abominable qui même à cette distance, leur donnait des frissons de douleur.

Apparemment, leur nouvelle supérieure n'avait pas envie de perdre de temps.

Comme un seul homme, les trois juges pressèrent le pas.

Lorsqu'ils arrivèrent dans la salle du trône, la nouvelle régente des Enfers était debout et de profil, alors qu'elle effleurait d'un doigt ganté de noir le haut du trône vide, retraçant l'une des ailes qui le surplombait de son index et semblant examiner avec curiosité la matière dont il avait été créé.

Heureusement pour les trois juges, la déesse avait rétracté son aura, à peine perceptible désormais. Ils eurent tout le loisir de l'observer, alors qu'elle les ignorait en tournant lentement autour du trône, le caressant comme un objet désirable, le bruit de ses talons résonnant sur le sol dallé.

Elle était vêtue d'une tenue d'inspiration orientale qui tranchait avec l'ambiance de temple grec du lieu. Elle avait une longue jupe noire qui lui arrivait aux pieds et une veste mi-longue, au col haut mais décolletée, brodée d'or et de riches arabesques, et dont la coupe cintrée soulignait sa taille. Son front était couvert par un bijou d'or jaune, constitué de pierreries et de fines chaînes, qui se perdaient dans sa chevelure d'un blond laiteux, qui lui arrivait au milieu du dos. Sa démarche était calme et assurée, presque féline. Son aura ne laissait pourtant place à aucun doute : malgré son allure féminine et attirante, elle aurait pu combattre. Il aurait été impossible aux juges de dire en cet instant si elle avait été affaiblie par son combat récent contre Hadès et encore moins d'affirmer si elle souffrait encore de blessures. Ils furent frappés par sa beauté, proprement divine, mais pourtant effrayante et mortelle au sens littéral. Une sirène ou Méduse... En la voyant, on sentait instinctivement qu'il vaudrait mieux courir en sens inverse plutôt que de l'approcher.

Ereshkigal, pour l'heure, était fascinée par le trône face à elle.

Bleu saphir, rouge rubis et or : Paradis, Enfer et Olympe réunis en un siège symbolique.

Hadès était un dieu bien étrange. Lors de leur combat, il était comme la partie rouge du trône: mordant, vibrant et violent. Mais depuis son retour en Elision, il était aussi calme et introverti que le bleu sur le trône. Non pas calme... Mort. Hadès portait la mort en lui. Ses yeux brillaient de vie lors de leur combat, mais depuis... plus rien. Même quand il souriait avec son sang sur les mains la veille, son regard semblait vide. La mort hantait ses prunelles sans émotions. Exactement comme le visage sans expression qui était gravé, en médaillon, au dessus du trône et auquel semblaient appartenir les deux ailes surplombant le siège.

Devait-elle être fidèle à un dieu sans émotions? La prophétie semblait claire, mais elle voulait comprendre pourquoi le chant des morts liait son destin à celui d'Hadès. Elle n'était pas d'ailleurs certaine de comprendre parfaitement les dernières phrases. Etreindre son reflet et renverser la destinée? Renverser quelle destinée au juste? Et qui était son reflet? Hadès parce qu'elle était aussi une déesse de la mort? Plutôt étreindre une pierre tombale... Ishtar? A sa connaissance, elle était morte tout court. Ca allait d'être compliqué d'étreindre qui que ce soit... Même si pour Ishtar cependant, elle commençait à avoir de sérieux doutes... Quand exactement sa sœur avait-elle ramené Hadès à la vie? Certainement pas lorsqu'elle-même se trouvait encore à Babylone en tout cas... Elle aurait bien vérifié son intuition avec son cosmos, mais ne pouvait se permettre d'éveiller la méfiance des titans, dont elle sentait la surveillance, en allant explorer la terre avec son énergie.

Ereshkigal avait pris la seule décision rationnelle possible: elle avait accepté temporairement la proposition du dieu des Enfers et s'accordait les six mois qu'il lui donnait avant de lui faire une réponse définitive. A minima, ça lui laissait suffisamment de temps pour préparer un plan de fuite, prendre un maximum d'informations sur ces ennemis et accessoirement aussi, du temps pour se remettre parfaitement de ses blessures. Hadès avait bien essayé de la soigner la veille, après avoir fait couler son sang, mais elle avait toujours eu une résistance relative aux pouvoirs de guérison. Sans doute l'un des effets secondaires de ses pouvoirs contraires à ceux de sa sœur. Hadès n'avait donc pu que partiellement refermer ses blessures.

Indifférente aux trois juges des Enfers désormais agenouillés en bas des marches menant au trône, Ereshkigal sourit, ayant terminé son examen. Elle ne pouvait pas résister, d'autant qu'elle sentait l'aura des titans, au loin, qui la surveillaient. Qu'ils s'étouffent donc de rage en Elision. Ce trône était un symbole qu'elle allait prendre un malin plaisir à profaner.

Tranquillement, la déesse s'assit à la place d'Hadès, devant les yeux exorbités des trois spectres en contrebas. Elle poussa un soupir d'aise, posant ses mains sur les larges accoudoirs en or massif, rejetant la tête en arrière. La puissance qui émanait de cet endroit était presque aphrodisiaque. Très bien, elle allait tolérer son nouveau rôle de pseudo reine des Enfers pour le moment.

Elle fixa son regard d'un sombre vert minéral sur les trois serviteurs face à elle, puis leur adressa enfin la parole.

"Je croyais que les spectres étaient humains." Dit-elle de sa voix à la fois légèrement rauque et féminine, s'adressant aux trois juges infernaux. "Pourtant, deux de vous sont des ombres... Et je ne ressens que d'autres ombres dans les Enfers. La vie nouvelle qui vous a été accordée... Hadès devait vous en vouloir terriblement... Qu'avez-vous donc fait pour l'irriter à ce point?"

"Le seigneur Hadès nous a béni en nous donnant la vie éternelle, déesse."

"Eaque du Garuda c'est cela?"

"Oui, déesse."

"Ce sera votre Majesté, en t'adressant à moi." Elle le vit serrer la mâchoire. Elle n'ignorait absolument pas que seul le maître des lieux pouvait se faire appeler ainsi en cet endroit. "Et tu n'as pas répondu à ma question."

"Notre armée n'a pas réussi à vaincre les chevaliers d'Athéna lors de la dernière guerre sainte. Sa majesté Hadès a été assassinée en Elision et c'est une disgrâce qui nous hante tous, votre Majesté." Répondit Eaque en baissant la tête, chaque mot coûtant à sa fierté.

"Vie éternelle? J'en doute. Mais hantés comme des spectres, c'est plus juste... Ce qu'a fait Hadès de vous est absolument fascinant. Quelle punition divinement sophistiquée..."

Elle les examina longuement. Les auras du Garuda et du Griffon étaient reliées au cosmos d'Hadès, comme maintenues en vie par des fils invisibles par tous, sauf à des divinités entraînées comme elle. C'était contre nature et demandait une énergie folle. A nouveau, la puissance qui émanait de l'endroit lui fit courir un frisson le long des bras. Elle sourit. Son nouveau domaine l'excitait. Littéralement. Exactement comme lorsqu'elle avait siégé sur son trône en Azura pour la première fois. Azura... Son humeur s'assombrit de nouveau.

"Bien, comme vous en avez été informés, j'ai accepté pour le moment de régner sur les Enfers et j'ai carte blanche pour y prendre toutes les mesures qui me sembleront appropriées. Cependant afin d'accomplir ma tâche, je dois comprendre mon nouveau royaume. C'est pourquoi je vous ai convoqués ici. Vous allez répondre avec franchise à toutes mes questions, puis nous allons ensuite faire le tour des Enfers. Ne cherchez pas à me plaire par vos réponses. Je veux simplement connaître la vérité de cet endroit. Nous terminerons par vos tribunaux respectifs. Je veux vous voir juger les âmes..." Elle repensa à Elision, presque désert. "Quelque chose me dit que vous êtes particulièrement zélés..."