Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Publication du chapitre : le 07 novembre 2020

Disclaimer: Masami Kurumada est l'auteur de l'œuvre originale.

Divers : Merci Emma, Olivier88, Libellule et Chris 29 pour vos commentaires! Chris et Libellule, j'ai déjà répondu par MP ;)

Olivier, tu t'emballes avec les mini Kanon et Hilda XD Déjà va falloir qu'ils arrêtent d'essayer de s'entre tuer ces deux là :) Ton commentaire m'a bien fait rire et merci pour tes compliments!

Emma, contente que le mini Dragon des mers t'ai fait rire. Dans ma tête, c'est un peu "l'autre" de Kanon, ou son Ji(G)emini criquet. La relation entre Siegfried et Kanon, oui, bien possible que ça ne soit pas de tout repos à l'avenir ^^ Contente aussi que l'évolution de Shaka te semble intéressante. Le pauvre n'est pas au bout de ses peines. Merci pour ta réaction! :)

Pour les paris sur le guerrier divin, réponse dans ce chapitre ;)

Dans ce chapitre : De l'équitation, du saut dans le vide sans parachute, une dégustation de cigare, une déclaration pluvieuse, une méditation impossible, un harem improbable et un café tellement nocturne qu'il est matinal! Ca n'a pas de sens? Pas grave!

Titre du chapitre en référence à une chanson de Grimes.

Bonne lecture !


Chapitre 25 – Delete Forever


Les chevaux semblaient danser sur le sable, galopant et tournant, leurs crinières fouettant l'air empli d'embruns, leurs sabots soulevant sable et gouttelettes d'eau de mer. Poséidon souriait, semblant ne faire qu'un avec sa monture, alors que celle-ci était lancée à pleine vitesse.

Derrière lui, le Dragon des mers finit par faire ralentir le pur sang à la robe bai qu'il montait, puis se pencha pour flatter son encolure luisante. Il observa les alentours.

Tout était paisible et éternel: le va-et-vient des vagues, leur ressac sur les rochers et le sable, le goût du sel sur ses lèvres, l'air iodé qui lui emplissait les narines, la sensation du cheval entre ses jambes, dont le pas le secouait dans un rythme souple et entêtant. Il aimait monter. Cela faisait une éternité qu'il ne l'avait pas fait. La dernière fois semblait être dans une autre vie et puisqu'il était mort, ce n'était d'ailleurs pas si faux... La vie d'avant : avant les guerres, avant l'éveil du dieu des océans. Jullian et Kanon avaient passé des heures ici, ensemble. Mais c'était bien la première fois qu'il montait ainsi avec Poséidon.

Quand il avait voulu lui faire son rapport, le dieu se trouvait près des écuries et lui avait proposé de le suivre. Ils s'étaient donc retrouvés à monter côte à côte sur la plage appartenant à la famille Solo, en contrebas de la falaise sur laquelle était perchée leur vaste demeure. Poséidon n'avait pas l'air pressé de connaître les résultats de sa mission. Ou peut-être s'en doutait-il déjà?

Kanon fut tiré de ses pensées par le bruit de sabots se rapprochant et se retrouva bientôt face au dieu, qui avait ramené son cheval noir à la hauteur du sien. Poséidon le fixa longuement de ses yeux d'un magnifique bleu clair. Fidèle à son éternelle élégance, il portait une tenue d'équitation composée de bottes noires qui lui arrivaient aux genoux, d'un pantalon crème et d'une veste noire, dignes de la riche famille dont était issu Jullian. Kanon semblait par contraste être un pirate ou un aventurier : Il montait pieds nus, sa longue chevelure détachée lui balayait le visage et contrastait furieusement avec la tenue entièrement noire qu'il portait.

Il soutint calmement le regard du dieu, attendant que celui-ci s'exprime.

"Je sais déjà que tu as réussi ce que je t'ai demandé de faire. C'est inscrit sur ton visage... Je l'ai vu dés que tu es arrivé, mais..." Poséidon détourna le regard, fixant la mer dont les vagues venaient lécher le sable sous les sabots de son cheval.

"Mais?" Le dieu serra légèrement son emprise sur les rênes.

"La potentielle trahison de mon propre sang est dure à accepter..."

"Vous risquez d'être en colère quand vous entendrez ce qui a été dit hier..."

"Oui et c'est bien pour cela que nous sommes ici au lieu de regarder ce que vous avez réussi à enregistrer Bian et toi. Je ne commettrais pas l'erreur de créer un conflit sans y être préparé. Zeus a mis des siècles à tisser sa toile. Je dois être patient moi aussi... Et je ne sais pas si je suis en mesure d'entendre ce que mon frère a pu dire en restant calme, en tout cas pour le moment..."

Pour une fois, Poséidon avait baissé la garde et semblait presque vulnérable. Kanon comprit soudain à quel point le dieu lui faisait confiance, malgré tout ce qui avait pu se produire avant, pour lui avoir confié une telle tâche et lui partager ainsi ses pensées.

Le Dragon des mers inspira profondément, se rendant compte qu'il avait retenu sa respiration alors que Poséidon parlait. La réaction du dieu le surprenait, mais comme toujours, son intelligence prévalait, y compris sur sa soif de vengeance ou sa propre rage.

Il avait passé les dernières heures à appréhender la colère du dieu des océans. Mais il l'avait sous estimé, à nouveau. L'olympien était un modèle absolu de finesse d'esprit. Il sentit une bouffée d'admiration l'envahir.

"Entraînez-moi." Demanda-t-il, pris d'une inspiration subite. A peine surpris, le dieu posa à nouveau le regard sur lui, puis caressa tranquillement sa monture, semblant considérer la demande.

"T'entraîner à faire quoi exactement Dragon des mers? Tu ne pourras pas lutter contre mon frère..."

"Je sais que je ne peux pas faire le poids. Mais je veux être capable de me battre, ne serait-ce que pour gagner quelques précieuses secondes et permettre de sauver ce qui doit l'être..." Il y eut une pause, puis, à voix basse, chaque mot coûtant à sa fierté, Kanon poursuivit. "J'ai rarement été aussi impuissant qu'hier..."

"Lever la main sur un dieu est digne des pires châtiments..." Un demi sourire éclaira le visage de Poséidon "Mais je suppose que dans ton cas, cela ne changera plus grand chose..." Il fit tourner sa monture autour de celle de Kanon, puis vint placer son cheval à côté du sien, les deux faisant face à la même direction. "Me laisserais-tu gagner si nous faisions une course? Ou me ferais-tu le plaisir de vraiment essayer de me battre?"

"Vous savez que je n'ai aucun scrupule à tenter de doubler des divinités." Un sourire dansa sur les lèvres du dieu, amusé par l'ironie mordante de ses paroles.

"Fais de ton mieux alors, je n'accepterais rien de moins. Si tu gagnes, j'accepterais ta demande. Mais si tu perds, qu'as-tu à me donner en échange? Ta séduisante prêtresse?"

Interloqué, Kanon fixa Poséidon droit dans les yeux. Comment? Avait-il été si transparent lors du bal? Etait-il sérieux? Impossible, il se moquait de lui, il avait une lueur amusée dans les prunelles. L'olympien était en train de s'amuser avec lui. Il ne semblait pas même se formaliser d'être ainsi dévisagé.

"Tu es surpris? Je ne suis pas Jullian, Kanon. Je connais parfaitement mes généraux. Tous mes généraux." Répondit-il à l'interrogation muette de son subordonné. "Tu as plutôt bon goût Dragon des mers... Souhaites-tu devenir roi d'Asgard désormais?"

Alors que le normalement fier général, monté sur son cheval, fixait Poséidon d'un air ahuri, le sourire du dieu s'élargit, alors qu'il jetait un regard incrédule à son interlocuteur. Avait-il tapé sur un point sensible?

"Ne me dis pas que tu en es amoureux?"

C'était officiel, Kanon était désormais en état de mort cérébrale. Il regardait le dieu, bouche bée.

"Ah ah ah! Incroyable!" Le dieu des océans se mit à rire comme il ne l'avait pas fait depuis longtemps. Il cacha son visage dans une main pour essayer de se calmer mais en vain, ses épaules secouées par son hilarité.

"Mais... je..." Articula Kanon, faisant rire à nouveau Poséidon. Amoureux? Amoureux! Impossible! Il désirait Hilda c'était tout. Une nuit avec elle et il serait débarrassé de cette obsession malsaine. Il était en manque parce qu'il n'avait plus touché une seule femme depuis ce qui s'était passé avec Thétis. C'était tout! C'était tout? Le mini Dragon des mers dans son cerveau dressa une liste : son sale caractère qui faisait que jamais Hilda ne s'écrasait face à lui, sa noblesse d'âme, sa prestance lors de la cérémonie et la bonté qui émanait d'elle alors qu'elle parlait aux guerriers divins, sa capacité à le mettre hors de lui et à renvoyer bouler tout le monde, y compris Poséidon, le respect nouveau qu'elle avait fait naître en lui la veille, alors qu'elle avait accepté ses excuses et dévoilé sa propre fragilité et encore le matin même, le respect qu'elle avait forcé en lui lorsqu'elle s'était adressée aux jumeaux de l'étoile Zeta, et le fait qu'il avait été incapable de la retenir la nuit d'avant, parce qu'au fond de lui-même, il savait très bien qu'elle ne pouvait pas être traitée comme ça, juste pour une nuit... Son putain de sale caractère, qui lui donnait envie de la secouer? Oui il l'avait déjà compté mais il comptait pour double! Et le sentiment qu'il avait ressenti lorsqu'il l'avait vue avec Poséidon puis avec Saga... de la jalousie? Non! Non?

"Non..." Gémit Kanon, baissant la tête, ses longues mèches bleues encadrant son visage masculin alors que le rire de l'olympien à ses côtés s'éteignait. "Impossible..." Répéta Kanon, fermant les yeux et pressant ses doigts contre ses sourcils, comme cherchant à maîtriser le mini Dragon des mers qui continuait à vanter les mérites d'Hilda dans son cerveau et qui lui repassait en boucle le goût de ses lèvres sur les siennes et la sensation de son corps près du sien lorsqu'il l'avait embrassée. "Et merde!" Grogna-t-il avant de réaliser qu'il venait de jurer à la face de Poséidon.

Il releva la tête pour jeter un regard vers le dieu. Celui-ci avait la mine sérieuse. Cependant, comme au ralenti, il vit une claire hilarité se dessiner à nouveau sur le visage de l'olympien, qui se remit à rire, incapable de se retenir plus longtemps. Kanon poussa un soupir, fronçant les sourcils.

"Vous ne vouliez pas faire une course? J'ai envie de vous battre là!"

"Il n'y a bien que toi pour me parler ainsi." Poséidon sourit largement avant de prendre une mine plus sérieuse. Il y eut un silence, où le dieu et son serviteur semblèrent s'apprécier mutuellement.

"Merci Kanon, je ne pensais pas m'amuser autant de ta présence aujourd'hui... Grâce à toi finalement, je me sens bien plus calme. Faisons donc cette course et nous verrons l'enregistrement ensuite. Je ne vais pas reculer si près du but. Il faut que je sache ce que Zeus a dit précisément. Je me sens assez calme pour me maîtriser finalement... " Le coin de ses lèvres se retroussa alors que son regard s'emplissait d'une lueur amusée. "Si tu n'as pas peur de perdre bien sûr..."


La vie est une farce cruelle.

Ils ne devaient pas rester seuls. Mais la première chose qu'il avait faite avait été de s'isoler.

Assis sur le rempart de l'une des tours de garde, le guerrier divin fixait le paysage face à lui sans le voir. Son regard d'un rouge pâle était perdu dans le vague. Il ne méritait pas de vivre, plus maintenant qu'il avait été forcé à ouvrir les yeux.

Sa vie n'était qu'une stupide tragédie.

Peu lui importait la destinée d'Asgard, il n'avait jamais rien ressenti envers ce pays, jamais rien ressenti envers sa souveraine non plus. Il ne lui restait rien, même plus ses propres mensonges.

Il avait tué celui qui l'avait élevé, sous le coup de la colère. Celui qui, malgré toute sa dureté, avait toujours agi comme un véritable père avec lui... Comment pouvait-il renier cet homme? Au fond de lui, il savait que son père adoptif regrettait le fait d'avoir tué ses parents.

Hilda leur pardonnait leurs erreurs, mais Mime lui, ne se pardonnait pas. Il ne méritait que la mort. Il posa une main sur son front, couvert par ses mèches d'un blond vénitien, là où l'illusion du Phœnix l'avait frappé.

Pendant la cérémonie, il avait senti les sentiments des autres, ravis, étonnés, amoureux, surpris ou tristes. Lui, revenir à la vie ne lui avait fait ni chaud ni froid. Il ne se sentait même plus humain.

Il n'y avait plus qu'un vide immense, sans espoir.

Une tragédie sans catharsis.

Il se leva pour se mettre debout sur le rempart. De cette hauteur et sans armure, il mourrait certainement. Ce serait plus simple que de se forcer à faire semblant de vivre. Peut-être ne le ramènerait-on pas à la vie cette fois ci? Il espérait bien que non.

Il fit glisser un pied dans le vide, puis fit basculer son poids vers l'avant, fermant les yeux.

Il se sentit saisi par l'arrière par des mains puissantes. Pourquoi la mort se refusait-elle à lui ? Ressuscité et sauvé le même jour. Il n'essaya même pas de lutter, totalement abattu. Il fut rapidement déposé sur les dalles de pierres qui couvraient le sol du chemin de garde surplombant la tour.

"Cela m'étonnerais que tu saches voler... " La voix était calme, comme si on lui parlait de l'heure qu'il était. Mime leva les yeux vers le sauveur à qui il n'avait rien demandé : Il portait une armure en or, sa longue silhouette, sa chevelure dorée et ses traits fins, rehaussés d'un discret point rouge sur le front lui conféraient une grâce mystique. Il émanait de lui un calme sentiment de puissance, malgré ses paupières closes.

Mime soupira. Il n'avait même pas envie de savoir d'où sortait ce chevalier d'or improbable, d'autant plus en Asgard. Tout lui était indifférent. Il voulait juste mourir.

"Je n'ai pas de temps à perdre ici avec toi et tes idées suicidaires Mime de Benetnash. Prends ton armure et suis moi." La silhouette dorée se détournait déjà, mais Mime n'esquissa aucun geste. "Ne m'oblige pas à me répéter, j'ai peu de patience aujourd'hui. Tu joueras ta tragédie sans catharsis plus tard."

"Vous avez lu mes pensées?" L'autre se retourna, un sourire ironique sur les lèvres. Ses yeux fermés auraient pu être inquiétants pour quiconque n'était pas suicidaire.

"Je t'avais dis de ne pas me forcer à me répéter." Il fit un geste de la main. L'armure d'Eta, qui gisait au sol depuis que son porteur l'avait enlevée, disparut dans un éclat de cosmos doré. Mime n'eut pas le temps de réagir que le cosmos du nouvel arrivé l'entourait déjà.

Surpris, il se rendit compte qu'il avait été téléporté dans l'entrée de ce qui semblait être l'une des chambres du palais. Pas n'importe quelle chambre... Il identifia immédiatement son occupante à son cosmos, qu'il reconnut comme étant celui qui l'avait tiré du néant. Ce cosmos avait résonné avec le sien comme jamais aucun autre auparavant et, un bref instant, il lui avait donné envie de vivre à nouveau. Instinctivement, il mit un genou à terre.

"Relève toi Mime. Elle est endormie." Murmura l'autre homme, désormais à côté de lui, les yeux toujours fermés. "Je dois veiller sur vous deux jusqu'à son réveil, alors fais moi une faveur et reste tranquille ici."

Les questions se bousculèrent dans l'esprit de Mime, mais il ne put en poser aucune, son interlocuteur fronçant les sourcils comme si les pensées du guerrier divin avaient pu lui sauter au visage. Inversement pourtant, il semblait complètement opaque au pouvoir de Mime qui pouvait pourtant normalement lire très facilement dans le cosmos et les pensées de ceux qui l'entouraient.

"Je t'en prie..." Reprit l'inconnu à voix basse. "Contrôle tes pensées et calme toi. Je vais répondre à tes questions: mon nom est Shaka, chevalier d'or de la Vierge, au service des déesses Athéna et Ishtar, ici présente. C'est elle qui m'a demandé de te sauver car elle a senti ton désespoir en te ramenant à la vie. Tu pourras lui parler à son réveil, mais le rituel de ce matin l'a épuisée, nous devons la laisser se reposer pour le moment. Penses-tu pouvoir rester ici calmement?"

Le guerrier divin hocha la tête, alors que Shaka souriait, semblant soulagé de sa réponse, puis se détourna de lui pour s'approcher de la déesse endormie.

Le guerrier divin jeta un œil autour de lui. La pièce était immense et deux cheminées réchauffaient la chambre, l'une face au lit et l'autre face à un canapé dans ce qui constituait une sorte de vestibule ou mini salon dans l'entrée. Des fourrures recouvraient le sol de pierres. Il constata que sa propre armure avait repris sa forme de harpe et semblait attendre patiemment près des portes fenêtres, qui donnaient vue sur le balcon qui longeait la chambre de la déesse et sur le paysage enneigé au delà.

Pendant ce temps, Shaka s'était rapproché d'Ishtar. Il fit glisser ses doigts sur la tempe de la déesse, écartant quelques mèches de son visage endormi. Ses paupières frémirent, mais elle ne bougea pas. Elle était allongée sur le côté et il ne voyait d'elle que son profil, alors qu'elle était blottie sous une épaisse couverture tout en serrant contre elle son oreiller. Shaka eut un sourire attendri en notant ce détail : quand ils dormaient ensemble, c'était contre lui qu'elle se serrait ainsi. Il avait envie de la prendre dans ses bras. Mais elle avait besoin de repos et ils n'étaient pas seuls. Et pouvait-il faire ce simple geste désormais? L'interruption de Kanon lors de leur conversation n'avait fait que mettre en suspend de nombreuses questions, à commencer par la nature et l'avenir de leur relation.

La lumière du jour entrait par les fenêtres, les rideaux n'étaient pas tirés. Ishtar s'était assoupie peu de temps après le départ de Kanon, trop épuisée par le rituel pour rester éveillée plus longtemps, mais avait souhaité pouvoir s'endormir en regardant la neige qui tombait, à l'extérieur. Elle avait juste demandé à Shaka de veiller sur Mime, dont elle avait senti la détresse. Elle n'avait pas encore annoncé à Hilda qu'il était le guerrier qu'Odin avait choisi pour la servir, elle voulait le rencontrer d'abord.

Elle et la Vierge avaient soigneusement évité de rediscuter de ce qui s'était produit juste avant l'arrivée de Kanon. Quel avenir avaient-ils? Quel avenir avait-il lui-même?

Shaka fut tiré de ses pensées par Mime, qui s'était approché pour se mettre à ses côtés et observer avec curiosité la déesse. Aucune des pensées confuses du guerrier divin ne lui échappaient.

Mime s'était rapproché malgré lui de celle qui l'avait sauvé, comme attiré par son cosmos. La déesse était allongée sur le côté et il ne voyait d'elle que son profil, alors qu'elle était blottie sous une épaisse couverture tout en serrant contre elle son oreiller dans ce qui semblait être un geste presque enfantin, étrange pour l'idée qu'il pouvait se faire d'une divinité.

Elle était d'une grande beauté malgré son état de fatigue apparent. Il réalisa soudain qu'elle avait risqué sa vie pour les ressusciter lui et les autres. Le chevalier d'or l'avait-il amené ici pour lui montrer son égoïsme ? Rien n'était lisible sur le visage du saint d'Athéna, sauf peut-être une légère inquiétude. Mime se sentait observé pourtant : Shaka, alors même qu'il avait les paupières closes, semblait guetter attentivement ses réactions. Etait-il encore en train de lire son esprit?

Malgré l'étrangeté de la situation, Mime était bizarrement réconforté par l'aura qui émanait de la déesse, chaotique et insaisissable. Il avait ressenti son cosmos lors du rituel, mais n'avait pas vraiment eu le temps d'apercevoir la divinité, trop hébété par sa propre résurrection. Maintenant qu'il pouvait l'observer, il se sentit stupide de sa propre tentative de suicide. Si un être divin souhaitait les ramener à la vie, avait-il le droit d'aller à son encontre? Ce n'était pas aux chevaliers de décider de leur propre mort... Il baissa le regard. Même leur vie ne leur appartenait pas.

"Ta souffrance finira par s'atténuer Mime." Murmura Shaka. "Mais tu as raison, notre vie n'est pas vraiment la nôtre et ta vie est liée à elle désormais. Tu es son protecteur, autant que Kanon et moi." Incrédule, le guerrier divin jeta un regard surpris à Shaka, mais celui-ci semblait parfaitement sérieux. "Tu devrais t'installer confortablement, nous avons peut-être plusieurs heures d'attente devant nous."

Sans un mot de plus, Shaka s'écarta, marchant vers les fenêtres, avant de finir par s'asseoir au sol, en position du lotus.

"Il médite ?" Pensa Mime incrédule. Il le regardait, fasciné. L'autre était enveloppé d'un cosmos doré qui faisait onduler sa longue chevelure blonde. Il dégageait un calme incroyable, presque palpable. Apparemment, il ne se souciait plus le moins du monde de Mime, qu'il avait pourtant empêché de se suicider quelques minutes auparavant. Près de lui, l'armure d'Eta, qui avait repris sa forme de harpe, luisait dans la lumière du jour.

Soupirant, Mime se décida à s'asseoir également, se détournant pour aller s'installer dans le canapé qui faisait face à l'une des cheminées et essayer de réfléchir à la situation autant que son esprit stupéfait et désespéré le lui permettait. A défaut de mourir, il aurait voulu au moins pouvoir dormir et oublier pendant quelques heures la folie qu'était son existence. Un léger miaulement le tira de ses pensées, alors qu'un chaton blanc au pelage mi long protestait d'être dérangé de sa place. Mime fut bientôt assailli par Voltaire, ex truc, qui demandait un câlin pour partager le canapé avec le nouvel arrivé.


Kanon était debout, face à l'une des fenêtres du bureau privé de Jullian. Le temps à l'extérieur était splendide quelques minutes plus tôt mais le ciel était désormais noir et nuageux. Pas besoin d'être devin pour savoir à quoi ou plutôt à qui était dû ce caprice soudain de la météo. Il fixa obstinément l'extérieur, évitant de regarder Poséidon.

Derrière lui, assis plus loin dans un fauteuil face à un écran de télévision, le dieu des océans était en train de prendre connaissance de l'enregistrement de la veille.

La voix de Zeus était incroyablement froide et détachée, ses paroles désincarnées semblaient encore plus tranchantes via la froideur de l'écran et des enceintes.

"... Briser des mariages heureux? J'aime mes frères, mais Hadès et Poséidon se berçaient d'illusions. Perséphone était déjà dépressive, après tout, elle avait été enlevée et séquestrée en Elision par Hadès... Je n'ai fait que lui implanter des souvenirs qu'elle croyait être vrai. Ca a suffit à la faire basculer. Et Amphitrite? Encore plus facile. Elle nous en voulait d'avoir exterminé les Titans, c'était un deuil qu'elle n'avait jamais pu surmonter. Quand l'anneau des Nibelungen est arrivé entre ses doigts, elle a aussitôt trahi Poséidon. Je n'ai rien eu à faire, à part soudoyer un serviteur afin que l'anneau arrive parmi ses bijoux... Et l'anneau n'a fait qu'amplifier ses penchants les plus sombres... Je savais qu'ils auraient besoin de moi..."

A l'extérieur, la pluie avait commencé à tomber, violente, et venait frapper les vitres face au Dragon des mers. Kanon jeta un regard en coin vers son maître, dont il voyait le profil. Le dieu des océans était incroyablement calme, en apparence. Pourtant, l'eau de pluie traçait des sillons sur le verre, comme autant de larmes qui refusaient de couler du visage du dieu des océans.

Lorsque la vidéo fut terminée, un lourd silence tomba, rompu seulement par le bruit de la pluie et du vent.

Lentement, Kanon se tourna pour observer le dieu. Comment pouvait-il l'aider en cet instant?

Poséidon était en rage. Kanon le percevait parfaitement. Mais la rage de Poséidon était glacée et pétrie de peine. Le dieu des océans était tout autant en colère qu'abasourdi. Il se tenait immobile, comme un combattant ayant reçu un coup tellement puissant que la douleur met plusieurs secondes avant de lui parvenir, tellement ses sens sont anesthésiés par la violence du choc reçu.

Kanon serra le poing. Le voir ainsi lui rappelait son propre état, des années plus tôt, quand soudain, il avait réalisé que Saga ne reviendrait pas le chercher et qu'il avait choisi de le laisser crever dans sa cellule du Cap Sounion. Poséidon était dans cet état là... Trahi dans ce qu'il avait de plus cher et par son propre sang.

Le dieu finit par inspirer profondément et porter une main à son visage, appuyant lourdement sa tête contre ses doigts, fixant le vide, les sourcils froncés et semblant réfléchir intensément. Son cosmos ne reflétait rien, pourtant, la pluie était violente dehors et le Dragon des mers savait que le simple fait de maintenir sa rage devait lui coûter une énergie immense. L'eau reflétait toujours les émotions de leur maître, tous les généraux des mers le savaient.

Surpris, Poséidon vit soudain apparaître dans son champ de vision un cigare et un briquet allumé. Le Dragon des mers lui faisait face et lui tendait les deux objets.

Le dieu secoua la tête, comme pour se remettre les idées en place, puis saisit le cigare, qu'il porta à ses lèvres, avant de se pencher vers la flamme pour l'allumer. Il aspira une bouffée, en silence et ferma les yeux, expirant lentement la fumée presque bleutée.

"Pourquoi je ne suis pas étonné que tu saches où Jullian cache ses meilleurs cigares?" Grimaça-t-il.

Kanon sourit, rassuré d'entendre l'ironie dans la voix du dieu des océans. Sans attendre la moindre autorisation, il s'accorda de prendre lui-même un cigare et s'installa familièrement à côté de la divinité, dans l'un des fauteuils adjacents. Plusieurs minutes s'écoulèrent, alors que les cieux continuaient à pleurer à l'extérieur.

"J'avais beau m'en douter... Je suis surpris d'à quel point ça me fait mal.." Finit par murmurer le dieu, avant d'aspirer une nouvelle bouffée de fumée, essayant de chasser ses propres pensées parasites pour se concentrer sur la situation présente. A chaque bouffée, le tabac chauffait petit à petit et laissait sortir tous ses arômes. Il aurait presque pu apprécier la situation, à condition d'y ajouter de l'alcool, des femmes et d'oublier ce qu'il venait de voir. Il avait une boule glacée dans le ventre.

Kanon ne répondit rien, laissant le dieu libre de parler s'il le souhaitait. Il comprenait Poséidon bien plus qu'il ne l'aurait voulu. Rien ne pouvait habituer à la trahison, elle laissait toujours des blessures multiples: l'acte en lui-même bien sûr, mais aussi la douleur de perdre un être cher en qui on avait confiance, et celle infligée à son propre égo, d'avoir fait confiance justement, sans rien avoir vu venir... Même maintenant, les souvenirs du Cap Sounion le hantaient encore parfois.

Le jumeau de Saga tourna le visage vers le dieu, qui l'observait tout en semblant en pleine réflexion. Il soutint son regard. Il savait qu'il ne tolérait pas d'être regardé dans les yeux habituellement, mais pour l'heure, cela lui semblait essentiel, comme pour essayer de maintenir un lien avec Poséidon, qu'il sentait prêt à basculer dans la rage ou la tristesse, malgré son apparence calme. La pluie battante, au dehors, était un indicateur fiable de l'état d'esprit de son maître.

"Jamais une mission réussie d'un de mes généraux n'avait eu un goût aussi amer Kanon. Mais je suppose que c'est le prix de ma liberté. Je te remercie de l'aide que tu m'as apportée."

"Je suis à vos ordres Poséidon. Malgré mes agissements précédents, vous m'avez fait confiance. Je ne souhaite pas vous décevoir à nouveau."

"Au vu de ce que tu as réussi à obtenir, tu as ma confiance totale désormais. Je sais que j'agis beaucoup dans le secret et même toi, tu ignores la plupart de mes projets en cours. Je te l'ai déjà dis, le secret est sans doute ce qui protège le mieux. Mais c'est aussi ce qui peux détruire la confiance. Je te présente à nouveau mes excuses pour le vol de l'urne. Je ne le regrette pas, mais j'aurais dû t'en informer. Tu es mon général en chef. Je ne veux plus de secrets entre nous."

"C'est une déclaration?" Plaisanta Kanon. Sa remarque arracha un sourire à Poséidon.

"Sais-tu pourquoi je demande à mes subordonnés de ne pas me regarder dans les yeux?"

"Pour vous montrer du respect?"

"Absolument pas." Le dieu sourit alors que Kanon continuait à plonger son regard aigue-marine droit dans le sien, d'un bleu plus clair. "Parce que je suis fatigué d'y lire la crainte. Mais toi Dragon des mers, tu peux te moquer de moi en me regardant droit dans les yeux, c'est une faculté rare parmi mes serviteurs. J'ai besoin d'un général en chef capable de me dire droit dans les yeux quand il pense que je me trompe."

"C'est définitivement une déclaration..."

"J'ai bien peur de ne pas être à ton goût de ce point de vue là. Tu es d'ailleurs conscient que ta nouvelle lubie est dangereuse n'est-ce pas? Je suis quelque peu en conflit avec Odin. Ta prêtresse si séduisante risque de ne pas apprécier certaines de mes futures actions..."

"Hilda de Polaris souhaite devenir votre alliée si vous combattez Zeus. Elle espère libérer Odin si Zeus venait à être renversé."

"Vraiment? Elle est décidément pleine de charmes insoupçonnés." Kanon soupira, préférant ne pas relever l'ironie des paroles de son maître. "Mais qu'elle le souhaite ou non, elle est déjà mon alliée."

"Que voulez-vous dire?"

"Sais-tu pourquoi Asgard est l'entrée principale de mon domaine Dragon des mers?" Finit par demander calmement l'olympien, toute trace de moquerie disparue de sa voix.

"C'est tout autant votre royaume que celui d'Odin."

"C'est exact. Pour quelle raison?"

"Vous êtes celui des olympiens qui a conquis cette partie du monde. Etant un royaume des glaces, et donc de l'eau, il a été mis dans votre domaine lors du partage de la Terre..."

"Tu as bien lu les traités historiques de mes archives Kanon... Mais ces belles formulations recouvrent une réalité plus brutale. Nos armées étaient celles de conquérants. Et les conquêtes ne se font jamais sans verser du sang. En termes simples: j'ai assassiné devant Odin tous les membres de sa famille." Il fixa calmement le Dragon des mers, qui l'écoutait en silence. "Et je n'en ai aucun regret. Je referais la même chose si le choix m'était donné à nouveau. La guerre impose des sacrifices. Mais comprends-tu ce que cela implique?"

"Odin vous déteste sans doute plus que Zeus lui-même..."

"Oui, je peux te l'assurer. Zeus n'a fait qu'achever les membres de sa famille et les priver de cosmos, mais je suis celui qui les a détruits. Mes frères et moi avons accepté de garder Odin en vie car il nous est utile, mais je pourrais geler les pôles aussi efficacement que lui. Il m'économise simplement une énergie précieuse. Ses serviteurs, ses guerriers, je lui ai laissés car en le servant, ils me servent indirectement."

"Mais alors, ce n'est pas la mort de Zeus qui le libérera..."

"En effet, je suis son suzerain direct et non Zeus."

"Il ne vous obéit pas pourtant..."

"Je me suis engagé auprès de Zeus à laisser Odin neutre. Je ne lui fait pas confiance, mais je sais qu'il prend soin de son propre royaume et qu'il veille jalousement sur Asgard. Mais ses guerriers divins dis moi, Ishtar les a ramenés à la vie n'est-ce pas?"

"Ce matin même."

"Il me semble que tu vas bientôt avoir de nouvelles troupes Dragon des mers. Que dirais-tu de les voler à Odin?"

"Pardon?!"

"Je ne plaisantais pas quand je te disais que ta prêtresse n'allait pas apprécier mes futures actions..." Il sourit. "Ou est-ce la mienne? Tu l'as perdue lors de notre petite course de tout à l'heure non?"

"Je croyais que vous préfériez les musiciennes en ce moment?"

"On ne peut rien te cacher." Sourit Poséidon. "C'est l'une de tes espionnes dans mon Palais? Elle est sacrément douée si c'est le cas. Je n'ai rien perçu dans son esprit."

"Je n'oserais pas vous faire espionner Seigneur Poséidon."

"Bien évidemment... Je te remercie de ton zèle à faire assurer ma sécurité." Ironisa le dieu, avant de reprendre plus sérieusement. "Je vais t'informer de tous mes projets en cours ainsi que de mes plans pour le futur. Je te demande de me montrer une confiance absolue Kanon, même si certaines de mes idées risquent de ne pas plaire à ta jolie prêtresse. Je compte bâtir un monde meilleur et j'ai besoin d'hommes tels que toi à mes côtés. Es-tu avec moi?"

"Définissez un monde meilleur... Je me suis lassé du concept d'un monde purifié par un déluge." Demanda calmement Kanon, soutenant le regard de la divinité, qui ne s'offusqua pas de ces paroles, pourtant tranchantes.

"Tu connais mon domaine sous-marin : les hommes et les femmes qui me servent sont libres de vivre leur vie, mais ils respectent mes principes de beauté et de justice. Mes généraux ne sont pas des hommes mauvais et ne se complaisent pas dans la cruauté. Tu étais la seule anomalie, mais même toi désormais, tu recherches ce que je recherche. En ce qui me concerne, les hommes seront libres de continuer à vivre comme ils l'entendent, mais je ferais usage de mon influence pour stopper certaines nuisances. Je ne supporte pas de voir mes océans se transformer en décharge à ciel ouvert. Tu sais à quel point cela m'affecte. Tu sais aussi que je vis depuis des siècles en partageant la conscience de mes hôtes. Jullian a créé des orphelinats et des fondations d'aide aux plus démunis. Je veux poursuivre et amplifier le mouvement. Je ne suis pas insensible à la douleur des humains. L'armure du Dragon des mers ne t'a pas accepté par hasard. Un lien s'est créé entre nous quand tu m'as libéré de cette urne maudite Kanon. Et pour faire vivre nos idéaux, tu sais comme moi qu'il ne faut pas compter sur Athéna pour cela, elle qui n'a de déesse de la sagesse que le nom. Parfois, je me demande même si Zeus ne l'a pas maudite pour lui supprimer certaines de ses capacités. Je suis, avec Hadès, le seul dieu assez puissant pour faire régner une paix durable en l'absence de Zeus."

Il vit Kanon se crisper. Il leva la main en signe d'apaisement.

"Athéna n'est pas mon ennemie Kanon. Je veux rétablir l'harmonie entre dieux, hommes et Terre. Elle n'y verra rien à redire. Hadès non plus, sa haine des hommes n'est due qu'à ce que Zeus lui a fait croire sur la mort de Perséphone... Hadès était sans doute celui qui avait l'âme la plus noble parmi nous tous. Je dois juste sortir Zeus de l'équation. "

"Et Arès, Artémis, Apollon, Hermès, Héra et tout le reste de votre joyeuse famille aussi non?"

"Ils ne seront que des dommages collatéraux dans la chute de Zeus... Ishtar m'a bien servi, même quand elle a improvisé avec sa petite demande envers Zeus..."

"Comment..."

"Mon frère est obsédé par Ishtar. S'il est assez fou pour tuer Héra, ce que je le soupçonne d'être, il va déclencher une guerre contre ses propres enfants. Je vais les laisser s'entre-tuer tranquillement. Lorsque Zeus les aura vaincus, ce sera à notre tour de jouer et de frapper lorsqu'il sera vulnérable. Cela nous laisse le temps de renforcer nos sanctuaires et de terminer de recruter toutes nos troupes. Je réfléchis depuis un moment à un moyen efficace de neutraliser mon frère. J'espère trouver cela avec l'aide d'Hadès, lorsqu'il connaîtra la vérité."

"Et si Zeus vous envoie combattre ses enfants à sa place, comme il a ordonné à Hadès de combattre en Azura? Que ferez-vous?"

"Je ferais semblant de lui obéir et mes attaques et ma stratégie seront tellement mauvaises qu'il finira par prendre la main avec ses propres chevaliers, je peux te l'assurer."

"Vous allez continuer à lui obéir?"

"Je compte choisir mon moment avec le plus grand soin, par respect pour ce qu'il a fait à Amphitrite et Perséphone. On n'a qu'une seule chance de pouvoir trahir en beauté n'est-ce pas?"

Poséidon ferma les yeux, souriant presque tristement alors qu'il faisait tourner le cigare entre ses doigts.

"Et Asgard?"

"Le sort d'Hilda de Polaris t'intéresse donc tant? Soit! Que veux-tu dis moi? Que j'accède à sa demande et que je permette à Odin de quitter son exil et de revenir en Asgard? Qu'y gagnerais-je? Ses guerriers seront bientôt à moi de toute façon..."

"Je ne sais pas comment ni pourquoi, mais Odin semble lié à Ishtar. Elle vous a aidé et elle estime Odin. Ne faites pas d'elle votre ennemie. Libérer Odin ne vous coûtera rien, surtout si vous lui volez ses guerriers de je ne sais quelle manière d'ailleurs?! Avec le retour d'Odin, Asgard pourrait avoir de nouveau un climat plus doux. Dans les légendes, c'était un pays entouré de glace, mais qui était un îlot de verdure et de paix. Quant à Hilda, si Odin est de retour, elle n'aura plus à passer sa vie à prier dans le froid pour servir de relais au cosmos d'un dieu exilé. Si vous étiez sincère lorsque vous lui avez présenté vos excuses, ce serait une véritable occasion pour vous de vous montrer magnanime. "

Le dieu se leva, écrasant son cigare au passage dans un cendrier. Il se tint debout, face à Kanon toujours assis.

"Si j'accepte, m'aideras-tu à m'approprier les guerriers divins?"

"Vous voulez vraiment saborder mes chances avec Hilda non?" Soupira le Dragon des mers, qui sentait bien que la Prêtresse allait bientôt regretter d'avoir accepté ses excuses.

"Te connaissant Kanon et au vu de ce que tu as été capable de faire subir à une sirène, je ne m'en fais absolument pas pour tes chances de succès... Je vais donc considérer ta réponse comme un oui." Le mordant de l'allusion à Thétis empêcha le Dragon des mers de formuler la moindre répartie.

Le dieu s'éloigna, allant se mettre là où, au début de leur conversation, le Dragon des mers se tenait. Il fixa pensivement la vue devant lui. La mer était houleuse et la pluie continuait de venir frapper les vitres. Poséidon inspira profondément.

"Tu peux me laisser. Reviens demain matin au domaine sous-marin et rejoins moi dans ma crique privée. Tu auras rendez-vous avec moi tous les matins jusqu'à nouvel ordre... Tu vas avoir le privilège d'être entraîné par un dieu."


Aphrodite prit une profonde inspiration, s'appuyant contre l'une des colonnes qui bordait l'immense volée de marches entre le palais d'Athéna et la maison des Poissons, parfaitement indifférent à la pluie violente et drue qui venait de s'abattre subitement sur le sanctuaire malgré la météo ensoleillée quelques minutes auparavant. Il venait de passer un très, mais vraiment très, sale quart d'heure en compagnie du Pope, malgré la présence d'Athéna, qui avait fait valoir qu'il n'avait pas agi de son plein gré. Shion avait été en furie.

Ce n'était plus qu'une question de temps avant que les autres chevaliers d'or ne soient tous au courant. Il s'attendait bien à ce que Camus lui rende visite personnellement, avec une colère au moins égale à celle du Pope.

Aphrodite enleva son casque, sa longue chevelure azur libérée se mit à flotter dans le vent, balayée par les rafales d'eau. Il fixa sa main, gantée de son armure d'or, et sur laquelle les gouttes tombées du ciel s'écrasaient en une multitude d'éclats. Son armure était l'une des seules choses qui le rassuraient ces derniers temps. Tant qu'elle l'acceptait, cela voulait dire qu'il était encore digne de servir Athéna.

Ce n'était plus la peine d'essayer de fuir le sanctuaire pour empêcher Poséidon d'agir à travers lui. Bientôt, tout le monde saurait...

Saga allait le tuer d'avoir fait accuser Kanon à tort...

Angelo allait le tuer de lui avoir menti...

Camus voudrait le tuer d'avoir aidé Isaak...

Milo voudrait le tuer d'avoir blessé Camus... L'ironie avait voulu que ce soit le Verseau qui le sauve cette nuit là, lui le traître, la nuit même où il punissait son propre disciple en le jetant au Cap Sounion pour avoir dérobé l'urne à Athéna...

Il aurait dû parler de ses cauchemars, essayer d'obtenir de l'aide. Mais il avait été comme un pantin entre les mains du dieu des océans. Même pour Isaak, il n'avait fait que servir Poséidon en s'accusant lui-même d'être le responsable de sa capture, à la place du Verseau...

"Poséidon..." Murmura-t-il, repensant à leur entrevue de la nuit précédente. Le dieu était-il sincère? Il ne savait pas s'il devait le croire ou non. Il n'avait fait que le manipuler depuis le début. Pourtant, Kanon semblait apprécier le dieu, malgré ce qu'il lui avait fait. Et lui-même n'était pas indifférent au cosmos de la divinité. Il demeura là, en silence, appréciant la tempête qui s'abattait sur lui, et au sein de laquelle il se sentait étrangement apaisé, comme si la pluie reflétait sa propre peine.

Son effort pour trouver un semblant de calme fut cependant vite interrompu par le poing du chevalier des Gémeaux qu'il empêcha de le frapper en bloquant son coup avec une rose noire, matérialisée entre ses doigts. Aphrodite n'était même pas surpris, il avait senti l'aura pleine de colère de Saga s'approcher.

Saga... Il était là lorsqu'il avait tout avoué à Athéna la veille, et il avait bien senti à quel point le frère de Kanon lui en voulait d'avoir laissé son jumeau se faire exiler injustement. Bien, Angelo, Camus et Milo devraient attendre leur tour avant de l'envoyer en Enfer...

"Je suis désolé Saga."

"Toi, c'est trop facile! Je t'ai suivi hier soir, tu es retourné le voir après le bal! Tu continues à servir Poséidon!" Cria-t-il, sa voix aussi puissante que le vent autour d'eux. Cette fois-ci, le chevalier des Poissons n'esquiva pas le coup qui s'abattit à nouveau sur lui, meurtrissant sa pommette gauche, rehaussée d'un grain de beauté. Il arrêta cependant le poing qui allait s'abattre à nouveau, en le bloquant d'une main auréolée de cosmos.

"Ca suffit Saga. Je t'ai laissé me toucher une fois, je me défendrais si tu continues."

"Kanon a été exilé à cause de toi! Comment oses-tu encore..."

"Tu n'as aucune leçon à me donner en matière de loyauté Grand Pope." Le coupa Aphrodite. Les yeux de Saga se rétrécirent sous l'appellation. "Tu étais là hier. J'étais sincère lorsque j'ai présenté mes excuses à Athéna. Ma relation avec Poséidon est un fait que je ne peux ni nier, ni stopper de ma propre volonté. J'ai le sang de Poséidon en moi. Je devais aller le voir pour comprendre. Ne me reproche pas quelque chose que je ne maîtrise pas. Je ne t'ai jamais reproché ce que tu m'as fait quand tu n'étais plus toi-même."

Saga s'écarta d'Aphrodite comme s'il l'avait mordu, sa colère soufflée nette alors qu'il baissait la tête, ses longues mèches d'un bleu sombre collées à son visage par l'eau de pluie alors qu'il se détournait. Le gardien du douzième temple ne voyait plus que son profil, à moitié caché par le casque de l'armure des Gémeaux, mais il avait eu le temps de lire sur les traits de Saga la douleur que ces dernières paroles avaient infligées. C'était la première fois qu'ils en parlaient, de ce secret connu d'eux seuls. A leurs pieds, l'eau dévalait le long des marches millénaires du sanctuaire.

"J'accepterais toute punition que tu jugeras utile."

La voix de Saga était atone. Lui si plein de colère quelques secondes auparavant, était comme devenu sans vie soudain. Le chevalier des Poissons le fixa en silence, puis fit quelques pas, indifférent à la pluie battante, pour venir se mettre face à Saga et le regarder droit dans les yeux.

"Je viens de te le dire. Je ne te l'ai jamais reproché... J'ai toujours été attiré par toi. L'autre n'a fait qu'en profiter... Quand nous sommes revenus à la vie, j'ai cru stupidement que l'autre n'était pas le seul en toi que je ne laissais pas indifférent, que peut-être tu viendrais vers moi... Parfois, il n'y avait pas que l'autre dans mes bras n'est-ce pas? Mais il n'y a pas de place pour moi dans ta vie... Il n'y en aura jamais. Ta culpabilité, l'autre en toi et Kanon, ils prennent toute la place. C'est la seule chose que je te reproche... " Aphrodite sourit, comme soulagé d'un poids, alors que la pluie lui dégoulinait le long du visage. "Tu étais le meilleur d'entre nous Saga et d'aussi loin que je m'en souvienne, je t'ai toujours aimé stupidement. Mais je vais t'oublier désormais."

Calmement, il remit le casque de sa propre armure, puis descendit à nouveau les marches pour regagner la maison des Poissons, passant à côté de Saga, qu'il laissa là, figé sur place. Le maître des roses venait de planter l'une de ses plus violentes épines, sans même user de son cosmos.


Shaka n'avait pas réussi à méditer bien longtemps, son esprit déjà confus à cause des souvenirs de Shamash était embrouillé par le fil des pensées de Mime, dans la même pièce et dont il avait eu un mal fou à les empêcher de défiler dans son esprit. Heureusement, le guerrier divin avait fini par s'endormir.

Le chevalier de la Vierge avait donc décidé de passer à un plan B et toujours assis au sol, avec un carnet appuyé contre l'une de ses cuisses, il était désormais en train de griffonner avec application, essayant d'ordonner ses pensées sur le papier. Puisqu'il n'arrivait pas à méditer correctement et à vider son esprit, il devait au moins essayer de noter ce qui lui traversait la tête pour tenter d'y voir plus clair. Sous ses doigts, certains mots étaient entourés et des lignes étaient dessinées entre les idées qui faisaient sens entre elles.

Mime avait fini par s'endormir et ses pensées ne sautaient plus dans l'esprit de Shaka. La Vierge avait bien conscience qu'il devait absolument mettre un terme rapidement à ça. Il ne pouvait pas vivre avec les pensées des autres dans sa tête sans qu'il n'ait le choix. Il allait avoir besoin de s'isoler pour réussir à trouver un nouvel équilibre et renforcer ses défenses mentales pour ne pas être victime de ses nouvelles capacités.

Ishtar bougea légèrement et il jeta un coup d'œil rapide vers elle. Elle était encore profondément endormie. La contempler ainsi avec les souvenirs de Shamash à l'esprit était vraiment perturbant. Oui, sa simple présence était presque agressive, comme si elle aimantait quelque chose en lui qui ne cherchait qu'à se réveiller... Il baissa de nouveau le regard vers le carnet. Malgré la révélation qu'elle pourrait être sa sœur, comment pouvait-il cesser de l'aimer du jour au lendemain? C'était même pire encore avec les souvenirs de Shamash, qui était amoureux d'elle lui aussi. Il avait eu envie de lui sauter dessus lors de la cérémonie, et très honnêtement, c'était encore pire maintenant, parce qu'être dans la même pièce qu'elle sans la toucher allait être une torture. Toute cette situation était cauchemardesque. Il expira, essayant de se calmer.

Il n'y avait qu'une seule bonne nouvelle dans toute cette confusion : il avait trouvé ce qu'il cherchait dans les souvenirs de Shamash.

Il ne savait pas reproduire la capacité de Zeus à priver de cosmos non, mais il savait peut-être comment la retourner contre lui ou du moins, Shamash savait le faire. La justice du chaos... Pourrait-il maîtriser une telle technique avec un simple cosmos de chevalier d'or? Shamash était un dieu et ne l'utilisait qu'en dernier recours. Shaka avait conscience que pour que la technique fonctionne, il devrait mettre plus de cosmos que Zeus dans son attaque, afin qu'elle ne se retourne pas contre lui même mais bien contre le roi des dieux...

Et il n'y avait qu'une seule solution pour que ça fonctionne : seul le cosmos d'un dieu pouvait égaler ou surpasser celui d'un autre dieu.

L'ironie était cruelle. Il avait besoin de mettre en œuvre la seule leçon du Bouddha qu'il n'avait jamais réussi à totalement comprendre et faire sienne : le dernier et ultime éveil, celui du neuvième sens. C'était cet ultime éveil qui avait été atteint par le Bouddha historique et puis par tous les autres Bouddhas qui avaient connu l'éveil ensuite.

Shaka n'avait jamais réussi jusqu'à présent. Pouvait-il le faire alors même que son esprit était comme assiégé de toutes parts et qu'il n'avait jamais été aussi peu serein que maintenant?

"Nam-myoho-renge-kyo" Récita-t-il à voix basse. Le sûtra du Lotus était supposé aider à guider la méditation vers la neuvième conscience: la seule conscience fondamentalement pure, celle ne contenant aucune impureté karmique, cette conscience qui représente le véritable soi, le soi éternel. Ce sens que les dieux possédaient tous de manière innée, mais que seuls les Bouddhas arrivaient à développer parmi les humains au prix d'années de méditation.

Ishtar avait parlé de verrous placés sur le cosmos de Shamash. La technique de Zeus pouvait-elle être basée sur des verrous karmiques? Etait-ce le dernier verrou que Zeus avait imposé et dont le frère d'Ishtar était prisonnier? L'ultime éveil? Shaka se mordit la lèvre. En terme de verrous karmiques, il connaissait un expert : Krishna de Chrysaor. Non, impossible d'avoir recours à lui...

Mu? Mu pourrait sans doute l'aider à y voir plus clair. Il connaissait sa relation avec Ishtar, il pourrait comprendre la situation sans que celle-ci ne s'ébruite. Il pourrait l'aider à s'entraîner sans doute, s'il devait tenter d'essayer d'utiliser la technique qu'Ereshkigal avait enseigné à Shamash. Mais Mu ne disposait pas d'attaques mentales, et c'était une technique mentale qu'il devait contrer et renvoyer à son adversaire.

Qui? Qui était mentalement assez puissant pour l'aider à s'entraîner? Kanon? Mais pouvait-il en parler à Kanon? Le Dragon des mers était proche de Poséidon. Comment pourrait-il lui être loyal tout en lui cachant la possibilité, même infime, que Zeus puisse être privé de son cosmos? Il avait besoin d'un partenaire d'entraînement pourtant.

Shaka passa une main lasse sur son front, appuyant sans le vouloir sur le point rouge qu'il avait là depuis la naissance. Le dernier éveil... Qui cela éveillerait-il au juste en lui?

Il eut soudain conscience que s'éveiller reviendrait, en ce qui le concernait lui, Shaka tel qu'il se connaissait lui-même, à prendre le risque de disparaître pour laisser place à Shamash, soit parce qu'il libérerait le dieu prisonnier en lui ce qui de facto étoufferait l'humain, soit parce qu'il se souviendrait tout simplement de qui il était : un dieu. Ou pourrait-il s'éveiller en tant qu'humain et libérer le dieu aussi en lui? Cela ferait techniquement deux dieux dans le même corps?

Une belle migraine apparaissait. Etait-il en train de devenir fou? Son esprit n'avait-il pas supporté, finalement, ce qui s'était produit lorsqu'il avait récupéré les souvenirs du frère d'Ishtar?

Plusieurs ratures vinrent barrer la page qu'il était en train de remplir. Ses pensées étaient à la fois parfaitement absurdes et logiques en même temps : l'objectif était d'atteindre la neuvième conscience pour devenir un dieu et arriver à maîtriser la Justice du Chaos avec un cosmos assez puissant pour retourner l'attaque de Zeus contre lui, au moment où il tenterait de le priver de cosmos et en conséquence, forcer Zeus à s'auto priver de cosmos.

Le chevalier de la Vierge ferma les yeux, inspirant profondément, chassant toutes ses pensées de son esprit. Il ne devait dire à personne pour le moment qu'il pensait pouvoir neutraliser Zeus. Il n'aurait sans doute qu'une seule chance d'essayer et l'effet de surprise devait jouer. Il devait apprendre à maîtriser la technique d'Ereshkigal, trouver l'éveil et attendre le moment opportun de provoquer Zeus.

Il sourit. Au moins, il avait un espoir réel, même si infime, de vaincre Zeus. C'était étrangement réconfortant. Il reporta son regard sur le carnet empli de notes, essayant de voir si d'autres liens logiques entre ses pensées avaient pu lui échapper.

Il fronça les sourcils. Les notes lui semblaient inhabituelles, mais il n'arrivait pas à savoir pourquoi. C'était bien sa propre écriture pourtant. Mais les signes... Il venait de griffonner plusieurs pages, qui étaient passées de caractères en sanscrit, puis grec, avant de se transformer par endroits en écriture cunéiforme, typique de la variété d'Akkadien utilisée à Babylone.

Il empêcha de justesse une malédiction de sortir de ses propres lèvres. Il avait l'impression d'être hanté par le fantôme de Shamash.

"Non... Père... Arrête." Surpris, il détourna son regard de son écriture pour le poser sur Ishtar. Toujours endormie, elle venait de prononcer quelques mots dans le dialecte babylonien. Elle parlait parfois dans son sommeil, surtout lorsqu'elle était épuisée. Il n'en avait jamais compris les mots jusqu'à présent. Mais désormais, la signification était limpide.

"Sin?" Murmura-t-il.

"Pas Ereshkigal... arrête... arrête... "

Il blêmit. Autant les deux sœurs se haïssaient à mort à l'âge adulte, autant elles avaient été fusionnelles lorsqu'elles étaient encore des enfants. Leur père les avaient séparées par son traitement injuste de la cadette. Son sang avait tué leur mère disait-il... Qu'avait-il donc fait à Ereshkigal dont Ishtar avait été témoin? Les souvenirs de Shamash lui donnaient bien une petite idée. Etait-ce pour cela qu'Ishtar était aussi proche de Kanon désormais? Le second jumeau lui aussi maudit par le destin, comme sa jumelle disparue?

Il fut interrompu dans le fil de ses pensées par l'arrivée bondissante de Voltaire, qui venait de sauter sur le lit après avoir abandonné le guerrier divin désormais endormi plus loin sur le canapé. La boule de poils, sans doute attirée par la voix de sa maîtresse, avait décidé de venir se coucher près d'elle. Il se mit à ronronner fortement, semblant apaiser Ishtar, qui se pelotonna un peu plus et dont le visage se calma.

Quelle étrange famille dysfonctionnelle ils formaient tous : un chaton écervelé au nom d'un philosophe, un guerrier divin suicidaire qui dormait comme un loir, un général de Poséidon qui ne respectait rien d'autre que ses propres lois, une déesse sans aucun royaume et sans s'oublier lui-même bien sûr, un bouddhiste incapable de méditer.

Un sourire ironique se forma sur les lèvres de Shaka. Le chaos d'Ishtar se reflétait même dans ses relations...

D'ailleurs, la Vierge avait bien conscience qu'Ishtar semblait avoir passé sous silence de nombreux passages de ce qui s'était produit la veille, avec Zeus. Quelle était cette proposition de mariage dont Kanon avait parlé? A sa connaissance, Zeus n'avait jamais évoqué une telle idée la concernant. Il ne savait même pas, d'ailleurs, comment leur plan totalement fou d'obtenir des aveux de Zeus avait pu fonctionner. Il avait confiance en Kanon malgré leurs différents points de vue. Il savait que le Dragon des mers cherchait sincèrement à faire le bien. Mais il lui en voulait des risques qu'il avait fait courir à Ishtar.

Il inspira. La colère n'était pas une émotion utile. Il devait réfléchir calmement. Il reporta son attention sur le carnet qui avait une allure, c'était le cas de le dire, de tour de Babel.

Peu importe le langage, peu importe son lien de sang réel ou non avec Ishtar, peu importe sa nature humaine ou divine, il devait transcender tout cela. Sa seule chance était d'atteindre le dernier éveil. Il devait retourner en Inde dés que possible afin de faire le point.


"Déesse Athéna, je ne peux pas accepter qu'Aphrodite ne soit pas sanctionné. Kanon et désormais lui, combien de vos chevaliers d'or allez-vous laisser passer à l'ennemi sans réagir?!"

Saori ne répondit rien à Shion et leva les yeux, observant les cieux emplis de nuages noirs, qui se déversaient sans discontinuer depuis déjà de longues heures.

Ils étaient tous les deux debout, abrités sous les colonnades qui faisaient le tour du palais. Elle tendit une main vers l'extérieur, attrapant quelques gouttes de pluie.

"Il a le cœur brisé..." Murmura-t-elle en observant les gouttes de pluie prisonnières de la paume de sa propre main, ignorant totalement la colère du Pope à ses côtés.

"Déesse Athéna?" La jeune femme se tourna vers lui, ses yeux verts emplis de larmes.

"Shion... Si tu reproches à Aphrodite d'être lié à Poséidon, alors reproche au Cancer sa proximité avec les Enfers, reproche au Sagittaire sa proximité avec Apollon, ou encore au Scorpion sa proximité avec Artémis... Mon sanctuaire a été fondé grâce à ce qui m'a été offert par toutes les différentes divinités : mes premiers chevaliers m'ont été donnés par les autres dieux ; même le sol sacré que nous foulons provient de la destruction du plus grand temple de Poséidon. Mon sanctuaire devait rester neutre et veiller sur les humains et la Terre... Il était une promesse d'espoir et de paix éternelle pour les dieux et les hommes." Elle baissa la tête. " Dis moi. Quand ai-je échoué Shion? Quand ma mission de faire respecter la paix et de guider les hommes est-elle devenue celle de me réincarner pour combattre sans fin, siècles après siècles? Quel est le sens d'un conflit éternel?"

"Athéna, vous avez empêché de nombreux massacres. Sans votre intervention, la terre aurait été noyée par Poséidon ou réduite aux Ténèbres par Hadès..."

Saori soupira.

"Je veux donner une chance à la paix. Fais libérer Isaak. Cela ne me sert à rien de le garder prisonnier ici. En ce qui me concerne, Poséidon n'est plus un ennemi."


Lorsque Mime se réveilla, il fut confronté à un regard d'un vert minéral, presque translucide, qui l'observait avec le plus grand intérêt. La déesse Ishtar était assise sur l'accoudoir du canapé sur lequel ils s'était endormi comme un loir. Il se redressa pour s'asseoir comme s'il avait soudain vu le diable. Comment s'était-elle approché ainsi de lui dans son sommeil sans qu'il ne s'en rende compte?

"Calme toi, je ne te veux aucun mal." La voix était mélodieuse. Elle semblait fatiguée mais également amusée par sa réaction. Elle pausa une main sur son épaule pour l'empêcher de se lever, le fixant silencieusement.

"Je ne veux pas que tu meures." Conclut-elle une fois son examen achevé. Le guerrier divin la fixa avec des yeux ronds.

"Vous ne me connaissez pas."

"Tu as un cosmos désespéré. Je l'ai senti en te ramenant à la vie, tu préférais la mort. Mais la mort n'est pas l'oubli. Je t'ai ramené à la vie et tu as donc oublié où ton âme se trouvait durant la mort... Mais je peux t'assurer que ce n'est pas une expérience plaisante." Elle parlait d'une voix douce. Mime baissa le regard. "Par ailleurs, je connais l'histoire de chacun des guerriers divins. Hilda de Polaris m'a parlé de vous tous..."

"Je n'ai pas besoin de votre pitié ou de votre jugement."

"Je n'éprouve ni pitié, ni envie de te juger."

"Je ne vous ai rien demandé." Elle soupira à ces mots. "Que me voulez-vous Déesse?"

"Tu peux me tutoyer"

"Qu'attends-tu de moi ? La déesse désire-t-elle s'amuser ?" Plus le temps passait, et plus il s'énervait. C'était sans doute le premier sentiment humain à éclairer son regard de zombie. Ishtar haussa un sourcil, décidant de le provoquer.

"Excellente idée. Joue de la Harpe pour me satisfaire humain."

"Que… ?! " Mime n'en revenait pas, elle l'empêchait de se suicider pour se servir de lui comme barde ? Toute sa colère disparut d'un coup, sous l'effet de la surprise.

Sa divine persécutrice finit par pencher la tête sur le côté, prenant un air menaçant.

"Veux-tu faire attendre une déesse?" Elle était curieuse de tester sa réaction. Sa colère était le premier sentiment qui semblait avoir réussi à traverser son cosmos, qui semblait entouré d'une torpeur quasi morbide.

"Cesse de le tourmenter Ishtar..." Mime sursauta en entendant la voix du chevalier de la Vierge, qui venait d'entrer dans la pièce, portant avec lui un plateau empli de thé et de gâteaux. Il ne portait plus son armure, mais des vêtements tels que ceux portés par les habitants nobles du château. Combien de temps avait-il dormi? Vu le manque de lumière, c'était déjà la fin de l'après-midi...

Mime vit littéralement la déesse se passer la langue sur les lèvres comme un chat affamé, alors qu'elle tendait les bras vers Shaka afin de voler une pâtisserie sur le plateau qu'il tenait avant même qu'il n'ait eu le temps de le poser près d'elle, sur le canapé, entre l'accoudoir où elle était assise et la place occupée par Mime.

"Merci Shaka! Je suis désolée, je n'avais vraiment pas envie de voir les serviteurs d'Hilda..."

"Ce n'est rien. Mange et repose toi. Tu devrais être allongée, tu es encore faible." Constata la Vierge, alors que la déesse ne l'écoutait absolument pas, trop occupée à se verser une tasse de thé après avoir réussi à dévorer une pâtisserie supplémentaire en poussant un couinement absolument pas divin de pur contentement.

"Mime" Elle plongea son regard dans les yeux rouges de son interlocuteur. "Je ne tiens pas à ce que tu restes seul, je t'ai ramené à la vie, ne rend pas mon travail inutile en tentant de mettre fin à tes jours de nouveau. Et joue pour moi s'il te plaît. Tu n'as pas encore joué depuis ta résurrection non? Si ton âme a mal, exprime le avec ta musique. C'est à ça que sert l'art non? A transcender les émotions..." Elle lui fit son plus beau sourire, avant de porter sa tasse de thé à ses lèvres.

Mime soupira, le monde était encore plus vide de sens qu'avant sa mort. Après tout, pourquoi pas ? Tant pis pour eux s'ils allaient trouver sa musique trop mélancolique. Toujours assis, il ferma les yeux et fit appel à son cosmos. La harpe noire décorée d'argent de son armure apparut bientôt entre ses mains.

Quelques secondes plus tard, le silence régnait désormais dans la chambre de la déesse, seulement interrompu par le son de la musique.


"Il y a un enterrement dans le coin ?" Kanon venait d'entrer dans la pièce. Mime cessa de jouer pour regarder le nouvel arrivant. Il devait jouer depuis plus d'une heure.

"Ma musique te déplaît chevalier ?"

Le Dragon des Mers le regarda : Un air triste, une tête d'ange blond avec de grands yeux et des mèches rebelles. Une seule conclusion possible : Ishtar avait encore frappé. Il ne put s'empêcher de rire.

"Serais-tu fou ?" Demanda Mime.

"Désolé, c'était juste trop prévisible." Lui seul comprit le sens de ses paroles. Même Shaka en haussa un sourcil d'incompréhension. "Mignon et névrosé…Tu corresponds au cahier des charges. Tu es le nouveau je suppose ?"

"Kanon, arrête de me faire une réputation pas possible, tu m'énerves ! " Cria une voix féminine depuis la salle de bain.

"Quelle réputation ? " Ne put s'empêcher de dire Mime. " Je ne comprends pas."

"Pas grave... " Soupira le Dragon des Mers en levant les yeux au ciel. "Tu comprendras assez vite."

"Et la guerre ? " Demanda Shaka assis tranquillement en lotus devant la cheminée qui faisait face au canapé dans lequel était installé Mime.

"Evitée pour le moment..."

"Kanon, tu m'as ramené un cadeau ?"

"Pourquoi l'aurais-je fait ?"

"Parce que je suis ta déesse bien aimée et que Poséidon me doit une fière chandelle!"

Ishtar sortit de la salle de bain à pas tranquilles, pieds nus. Elle portait une robe d'un bleu sombre, qui lui arrivait aux genoux et sa longue chevelure détachée flottait librement. Elle avait une brosse à cheveux dans la main. Mime n'en revenait pas, les dieux se promenaient-ils tous comme ça aussi familièrement devant leurs chevaliers?

"Tu n'as pas si mauvaise mine Kanon. Ca a vraiment été? Comment va-t-il?"

"Je pense qu'il va pleuvoir quelques jours... Mais ça va aller. J'ai même gagné le droit de m'entraîner avec lui!"

"Félicitations" Railla Ishtar. "Je te donnerais ma facture pour réparer toutes tes futures côtes cassées."

"Pardonnez-moi de vous interrompre, mais pourquoi suis-je ici ?" Demanda enfin Mime.

"Hilda a accepté que l'un des chevaliers divins me serve de protecteur, tout comme Athéna, qui m'a confié Shaka, et Poséidon, qui m'a envoyé ce cher Kanon. Odin t'a désigné pour me servir."

Etait-ce cela qu'avait voulu dire le chevalier de la Vierge lorsqu'il lui avait affirmé plut tôt qu'il était son protecteur, autant que Kanon et lui?

"Je suis supposé vous protéger ?"

"Je t'ai déjà dit que tu peux me tutoyer. Je considère mes chevaliers comme mes égaux."

"Pourquoi moi ?"

"Tu ne sembles pas tellement aimer ta vie en Asgard..." Elle fit une pause. "Je ne te forcerai pas à me servir si tu ne le souhaites pas Mime. Mais ton cosmos avait l'air d'avoir besoin du mien ce matin, plus que ceux de tous tes autres compagnons."

Il la regarda, impossible de lire dans ses pensées. Elle avait l'air sincère. Mime posa son regard sur le chevalier de la Vierge, lui aussi était indéchiffrable. Quant au dénommé Kanon, il le fixait avec curiosité. Mime plissa les yeux. Il avait l'impression de pouvoir accéder à l'esprit du serviteur de Poséidon.

"Mime?" La voix de la déesse le força à répondre et lui fit perdre sa concentration.

"Si Odin m'a désigné. Je n'ai pas le choix non?"

Ishtar se leva du lit où elle était assise pour venir s'asseoir à nouveau sur l'accoudoir du canapé, près du guerrier divin.

"Dans ce cas, on échange, donnes moi ta harpe et tu me brosses les cheveux. " Mime haussa un sourcil incrédule tandis que Kanon souriait.

"Je suis un guerrier divin, pas un coiffeur. " Elle ignora sa réponse. Sa harpe arriva bientôt entre les mains d'Ishtar, tandis qu'il se retrouvait avec une brosse glissée entre les doigts.

"Quelle magnifique œuvre d'art! Je suppose qu'elle n'est dangereuse que si on en joue en usant de son cosmos. " Murmura-t-elle en observant l'instrument, qui était tout autant créé pour faire de la musique que pour tuer. Elle fit glisser un doigt appréciateur sur le contour arrondi de la harpe, avant de faire glisser ses doigts sur les cordes. Elle se mit à jouer, à la grande surprise de Mime. Normalement, sa harpe ne répondait qu'à lui. Il lui jeta un regard étonné."Tu voulais mourir, ton armure sent que je veux te protéger " Se contenta-t-elle de répondre à son regard surpris. Vaincu, Mime se leva pour se placer derrière elle et brosser sa chevelure.

Fascinés, Shaka et Kanon se demandèrent s'il y avait un homme sur terre qu'elle serait incapable d'embobiner.

"Kanon, tu pourrais m'expliquer la stratégie que tu as conseillée à Poséidon ?" Demanda Ishtar tout en jouant tranquillement.

"Eviter un déluge et ne pas tuer tout le monde, ça résume bien." Soupira Kanon. "Mais tu sais pour les détails, j'ai le droit au secret professionnel en ma qualité de général de Poséidon."

"Pff..." Répondit Ishtar en levant les yeux au ciel. "Je saurais tout tôt ou tard Kanon, tu peux en être certain."

"Tu devrais plutôt t'inquiéter de ton vrai faux fiancé non?" La mélodie jouée par Ishtar s'arrêta net.

"Tu me vois confuse, peux-tu préciser? Tu parles duquel?"

"Pourquoi? Le pseudo dieu t'as demandé de l'épouser récemment? Ce n'est plus la grande rupture des amants maudits? Je parle du dieu dieu pas du vrai faux dieu." Mime ne comprenait rien et décida, dans le doute, de continuer à brosser la chevelure de la déesse. Le chevalier de la Vierge était quant à lui totalement immobile.

"Ah tu me donnes mal à la tête... Et en terme d'amants maudits, je ne pense pas pouvoir te battre! Et non, vu les conditions que j'y ai mises le vrai dieu va y réfléchir à deux fois avant d'accepter..."

"Tu crois? Si je me souviens bien, on parle d'une personne capable de t'étrangler et de te proposer d'être sa reine dans les dix minutes qui suivent... Franchement, aussi bien moi que Poséidon nous attendons à tout. A vrai dire, j'ai même plutôt peur qu'il ne le fasse."

"Ce que tu dis est possible. Mais s'il le fait, ce sera le chaos. Et il en est parfaitement conscient, crois moi. Personnellement, je n'attends que ça."

"Ishtar tu ne peux pas sérieusement envisager d'épouser Zeus?!" S'exclama le chevalier de la Vierge.

"Shaka... " La Vierge avait ouvert les yeux et lui lançait un regard assassin signifiant clairement qu'une explication imminente allait être de mise.

"Putain ils sont repartis..." Grogna le Dragon des mers, alors que surpris, Mime notait que Shaka n'était finalement pas aveugle, apparemment.

"Tais-toi Kanon! C'est de ta faute!" Dit Ishtar en le pointant du doigt. "Arrête de m'embrouiller le cerveau avec tes dieux par ci, pseudo dieux par là."

"C'est exact." Approuva Shaka. "Je maintiens mes propos de ce matin, tu es responsable de toute cette situation Kanon."

"Vous êtes d'accord maintenant? On progresse!" Ironisa l'interpellé en levant les yeux au ciel.

"Vous êtes en couple tous les trois ensemble? Je ne suis pas sûr de vouloir devenir le troisième mâle du harem divin." Commenta Mime.

Un magnifique silence fit suite au commentaire acéré du musicien. Il vit les deux autres le fixer avec des yeux meurtriers, alors que la déesse, qu'il coiffait et dont il ne pouvait pas voir le visage, se mordait l'intérieur des joues pour ne pas rire.

"Mime, un peu de respect pour tes pairs et ta déesse je te prie. En plus là, tu me donnes vraiment des idées inappropriées." Elle tourna le visage à demi vers lui pour lui jeter un regard par dessus son épaule. "Sais-tu seulement qui je suis?"

"La déesse babylonienne de..." Le guerrier divin pâlit sensiblement, interrompant sa phrase alors que la lumière de la compréhension jaillissait dans son cerveau. Le mouvement de la brosse qu'il passait dans la chevelure de son interlocutrice se suspendit.

"Tu aimes les femmes plus âgées Mime?" Demanda la déesse d'une voix langoureuse.

"Arrête Ishtar, le gamin va nous faire une attaque! Il est aussi rouge que ses yeux!" Constata Kanon. "Tu as quel âge Mime? 15 ans, 17 ans?" Mime n'eut ni le temps de répondre sur son âge ni le temps de s'offusquer d'être traité de gamin.

"En parlant de harem, je refuse qu'il reste seul, tu vas le prendre avec toi dans ta chambre Kanon. "

"Mais, je… " Protesta Mime.

"Elle a raison, tant que tu n'iras pas mieux, il n'est pas possible de te laisser seul et de te donner l'occasion de sauter à nouveau sans parachute. " Cingla la Vierge.

Kanon haussa un sourcil, on lui collait un adolescent suicidaire dans les bras? Comme s'il n'avait pas assez à faire avec tout ce qu'il avait sur le dos en ce moment!

"Je te déconseille de penser trop fort Kanon, il peut lire dans les esprits." Sourit cruellement Shaka.

"Quoi ?" Kanon se tourna vers Mime, aucune envie qu'on puisse lire dans ses pensées sans son accord. Le pauvre guerrier divin se contenta de continuer à coiffer Ishtar, qui avait recommencé à jouer de la harpe en se mordant les lèvres pour ne pas rire de la tête du Dragon des mers. Puis Kanon fit de nouveau un bond en se tournant vers Shaka cette fois, en se rendant compte qu'il venait de commenter l'une de ses pensées et qu'il avait donc lu son esprit!

"Je suis le seul que ça gêne ici ou quoi ? " Demanda Kanon en s'asseyant sur la place de canapé précédemment occupée par le guerrier divin. "La notion de vie privée ça vous parle? Shaka je vais te régler ton compte si tu recommences! "

"Fais ça pour moi s'il te plaît. " Souffla Ishtar.

"Non. "

"S'il te plaît mon Kanon chéri. " Shaka sentit très légèrement ses poils se hérisser de l'appellation.

"Toujours non."

"Je te laisserais prendre des vacances. "

" …. "

"Je négocierais pour qu'Athéna laisse venir Saga avec toi. "

" …. "

" Et je te paierais même le voyage et l'hôtel. " Mime se demandait bien pourquoi un tel acharnement à vouloir le transformer en colocataire du dénommé Kanon.

"D'accord. " Grogna le général.

"Tu es dur en affaires."

"On est manipulateurs dans la famille. " Grommela Kanon en souriant ironiquement. Avec les deux blondinets aux alentours, il avait intérêt à vite mettre en place un maximum de barrières mentales. Il soupira.

Ishtar lui sourit puis s'étira, alors que Mime lui rendait la brosse qu'il avait utilisée, ayant fini son œuvre. Elle rendit la harpe à Mime, alors que celui-ci fixait ses yeux d'une couleur étrange sur l'aura du Dragon des Mers, il avait beau sourire, il sentait dans son cœur une profonde douleur, presque similaire à la sienne, peut-être même plus intense, si une telle chose était possible. Il comprit soudain que la déesse avait dû faire exprès de vouloir qu'ils cohabitent.

Il était intrigué également. Ishtar était insensible à son pouvoir, mais cela venait sans doute de sa nature divine. Par contre il n'expliquait pas le cas de Shaka. Tout en recommençant à jouer, il fixa le chevalier d'or, celui-ci était de profil, paupières closes, semblant réfléchir.

"Si tu as une question Mime, tu devrais me la poser. " Le guerrier divin fut à peine surpris de voir que l'autre lisait à nouveau en lui.

"Tu n'as pas un cosmos normal. Je ne peux pas lire ton cosmos et tu m'as téléporté tout à l'heure comme si j'étais un fétu de paille..."

"Ce n'est pas étonnant." Dit Kanon " C'est Bouddha version 20ème siècle."

"Pardon ?" Grinça Shaka avec un léger agacement.

"Arrête Kanon... " Soupira Ishtar. "A vrai dire Mime, le cas de Shaka est compliqué, surtout en ce moment..."

"Vous savez que je suis là?" Commenta la Vierge.

"On t'expliquera si tu es sage Mime. Et n'écoute ni ce rabat-joie, ni cette vielle peau. Je suis le seul homme de confiance ici." Plaisanta Kanon. "Bienvenue dans l'équipe gamin".

Agacé et amusé malgré lui, Shaka ferma les yeux et baissa le visage, secouant la tête, alors que Mime se hérissait en entendant le mot gamin utilisé pour le désigner à nouveau et que la déesse assénait un coup bien senti sur le coin du crâne du Dragon des mers en représailles.

Plus loin dans la pièce, Voltaire observait les humains bruyants de ses yeux bleus verts tout en léchant son pelage avec soin.


Epuisée, Hilda de Polaris fit glisser ses doigts sur le parchemin qu'elle observait. Avec le retour à la vie des guerriers divins, elle n'avait plus de temps à perdre si elle tenait à restaurer pleinement le lien entre les cristaux et le cosmos d' Odin et éviter ainsi que le lien entre les armures et le dieu ne se brise.

La théorie était très simple: elle-même devait servir de canal pour aider à faire passer le cosmos du dieu dans les saphirs et il semblait qu'elle devait réussir à harmoniser son cosmos avec celui des guerriers divins. La réalité était plus compliquée. Les vieux écrits qui décrivaient le rituel n'étaient pas clairs sur de nombreux points.

La cérémonie devait se tenir rapidement. Idéalement, à la prochaine pleine lune, dix jours plus tard. Elle avait peu de temps pour déchiffrer tout cela.

Mais elle avait du mal à se concentrer pourtant. La journée avait défilé à toute vitesse et elle avait eu peu de temps pour réaliser elle-même tout ce qui s'était produit. Après la cérémonie, elle avait passé des heures avec les différents représentants du royaume, puis avait prié Odin avant de pouvoir ensuite traiter les affaires courantes. Et elle était là désormais, enfin seule avec elle-même pour enfin pouvoir travailler sur la cérémonie d'alignement des saphirs.

Elle jeta un œil à l'horloge miniature à moitié enfouie sous l'une des piles de papier sur son bureau. Quatre heures du matin. Elle soupira puis regarda sa tasse de café, désespérément vide. A cette heure là, appeler un serviteur reviendrait à le sortir cruellement de son lit. Après tout, elle pouvait faire une pause? Mais surtout pas aller dormir. Elle devait finir sa lecture.

Hilda passa l'une de ses mains à l'arrière de son cou, essayant de se délasser, puis décida de se lever. La tentation d'une pause et de se dégourdir les jambes en descendant aux cuisines du château était trop forte. Il lui fallait un café noir.

Elle sourit en se rendant compte que le garde qui veillait devant sa porte s'était endormi debout. Elle passa à côté de lui sans l'éveiller, puis parcourut avec une aisance familière le dédale de couloirs du château, endormi et silencieux, pour descendre jusqu'au niveau des cuisines. Elle fut surprise de voir de la lumière sous la porte, à cette heure.

Elle frémit en reconnaissant le cosmos qui était là. Mais il avait dû ressentir le sien également. Il était trop tard pour tourner les talons. Elle inspira profondément puis ouvrit la porte, s'engageant dans la grande salle qui servait de cuisine.

Kanon y était tranquillement installé et avait les cheveux humides, comme s'il venait de se doucher. Sa longue crinière bleutée ainsi assombrie par l'humidité lui donnait un air sauvage. Il portait ce qui ressemblait à une tenue d'entraînement et était en train de littéralement dévorer une armée de tartines. Elle fixa avec envie la cafetière fumante devant lui.

Sans un mot, elle alla prendre une tasse, puis s'installa en face de lui et s'appropria la cafetière pour se servir du breuvage tant convoité. Elle prit une gorgée délicieusement chaude et ferma brièvement les yeux de contentement, puis posa sa tasse, la gardant entre ses doigts pour en apprécier la chaleur. Lorsqu'elle releva les yeux, elle frémit en croisant le regard aigue-marine si particulier du général de Poséidon.

"Ce n'est pas du café qui va remplacer une nuit de sommeil Hilda." Commenta-t-il, constatant qu'elle portait toujours la robe noire qu'elle avait la veille. Robe qui lui avait donné beaucoup d'idées lors de la cérémonie d'ailleurs. Il sourit. "Hier dans ma chambre et aujourd'hui ici à une heure pareille, vous me suivez?"

"J'ai autre chose à faire, surtout en ce moment." Répondit-elle au premier degré, haussant un sourcil, avant que la réalisation de ce qu'il impliquait ne lui frappe l'esprit. "Vous vous croyez irrésistible à ce point?" Railla-t-elle.

"Bien plus que les gosses qui vous servent de protecteurs." Sourit-il dangereusement, avant de croquer dans une tartine avec un air supérieur.

"Je ne vois aucun rapport." Constata Hilda.

"Siegfried." Répondit Kanon, comme si cela expliquait tout.

"Vous êtes jaloux? Sur quelle base exactement? Je ne me souviens pas que nous ayons une relation vous et moi."

"Ca peut s'arranger." Le visage de Kanon arbora un sourire en coin. D'ailleurs, une relation sur une table de cuisine, ça lui allait bien aussi. Son sourire s'élargit devant l'air incrédule de la Prêtresse, alors que des images parfaitement délicieuses se formaient dans son esprit.

"Sérieusement Kanon, arrêtez de plaisanter avec ça. Je suis la souveraine d'Asgard et la Prêtresse d'Odin. Je n'ai pas été éduquée pour flirter à la légère avec des soldats. Soldats ennemis de surcroît. Quant à Siegfried, sa famille et la mienne souhaitaient un mariage entre nous c'est exact. Il fait partie de la noblesse d'Asgard et je ne doute pas qu'il ferait un excellent roi."

"Voilà donc mon problème... Siegfried n'est qu'un obstacle. Ce qui vous dérange dans le fond, c'est que vous pensez que je ne suis pas sérieux." Constata Kanon. "Pourtant, mon désir pour vous est particulièrement sérieux je peux vous l'assurer." S'amusa-t-il à la provoquer.

"Vous êtes impossible!" Souffla-t-elle. "Vous pouvez avoir la beauté du diable, ce n'est pas mon problème. Je ne suis pas une de vos conquêtes de bas étage! L'idée de séduire une reine vous excite?"

Il se pencha en avant, les coudes appuyés sur la table, le visage entre ses mains et visiblement très intéressé par ses dernières paroles.

"Terriblement... Donc j'ai la beauté du diable?" Son sourire s'accentua. Cet homme était démoniaque.

"Ne me donnez pas envie de vous jeter mon précieux café au visage."

"Ce serait du gâchis... et pour votre information" Il lui sourit d'un air enjôleur. "Je suis très sélectif en matière de femmes."

Hilda inspira profondément, décidant de ne pas contre argumenter et vida d'une traite sa tasse de café.

"Vous vous levez bien tôt pour un entraînement..." Dit-elle en changeant clairement de sujet.

"Je suis attendu par Poséidon, je ne peux pas me permettre d'arriver en retard."

"Poséidon, Ishtar... Et vous trouvez le temps de me tourmenter malgré tout?"

"Qu'y puis-je? J'ai de nombreux talents." Plaisanta-t-il à mi voix, faisant glisser son regard appréciateur sur elle. "Vous finirez par les apprécier." Le regard de Kanon couplé à ces dernières paroles fit courir un frisson le long de l'échine de la Prêtresse.

"Vous..." Répondit-elle calmement. "J'étais sincère hier lorsque je vous ai pardonné. Savez-vous pourquoi je l'ai fait?"

"Mon charme irrésistible?" Dit-il en haussant un sourcil.

"Je vous ai pardonné, parce que pendant quelques précieuses secondes, vous avez enlevé votre masque arrogant et dévoilé vos fêlures. Pendant ces quelques secondes, vous avez pris le risque de me montrer qui vous êtes..." Elle soupira, puis se versa une nouvelle tasse de café et se leva, la tasse entre les mains. Elle plongea son regard acier dans celui de Kanon, qui l'observait en silence. "L'attirance est une chose, mais la vraie beauté d'une relation vient de la sincérité entre les partenaires. Je ne veux pas d'une relation qui n'est que le fruit de pulsions. Je ne veux pas d'un partenaire qui porte un masque. Pas devant moi..."

Elle serra sa tasse entre ses doigts, puis détacha son regard du sien. Interloqué, Kanon se demanda brièvement s'il venait de se faire rejeter définitivement ou si au contraire, elle ne venait pas tout juste de l'autoriser à la courtiser.

"Je dois retourner travailler. Merci pour le café Kanon et bon courage pour votre entraînement."

Elle se détourna et se dirigea vers la porte de la cuisine, emmenant avec elle sa tasse emplie de café.

"Hilda..." Elle s'arrêta mais ne se retourna pas.

"Oui?"

Elle sentit soudain deux bras passer autour d'elle, alors qu'il l'attirait contre lui, collant son dos à son torse. Elle poussa un gémissement de surprise, auquel il répondit en déposant ses lèvres dans le cou de la prêtresse alors que l'une de ses mains enserrait sa taille et que l'autre glissait contre elle, possessive, remontant en une lente caresse de son ventre à sa poitrine, pour finir par enserrer sa clavicule.

La chaleur de son souffle, le contact de son corps contre le sien, le parfum intense de sa peau et de sa chevelure humide, ses lèvres qui couraient contre sa nuque, ses mains sur elle... Lorsqu'elle sentit sa bouche mordre et suçoter la peau de son cou, elle retint de justesse la tasse entre ses doigts, emplie de café brûlant, de s'échapper de ses mains. Pourquoi lui faisait-il un effet pareil? C'était de la pure folie. Son corps était totalement en train de la trahir.

Le Dragon des mers, lui, ne se posait absolument pas ce genre de question, trop occupé par son envie d'elle. Avec sa beauté froide, la Prêtresse d'Odin l'attirait comme un aimant et il avait besoin de savoir : connaître le goût de sa peau, la réaction de son corps contre le sien, la marquer comme sienne. Il sentait les frissons qu'il faisait naître en elle, entendait les gémissements qu'elle essayait d'étouffer. Elle n'était pas indifférente. Il en était sûr maintenant. Et il voulait qu'elle crève d'envie de lui. Qu'elle finisse par le supplier de la prendre.

Ses doigts remontèrent de la clavicule au bas du visage de la Prêtresse, la forçant à tourner à moitié vers lui. Il se pencha sur elle, prenant brutalement possession de ses lèvres, explorant un bref instant sa bouche désormais offerte, avant d'être interrompu par une gifle retentissante accompagnée d'un froid polaire soudain apparu dans la pièce.

Il s'écarta d'elle, un sourire aux lèvres.

En silence, elle porta ses doigts à son propre cou, qui la brûlait et dévisagea Kanon, qui l'observait avec des yeux assombris par le désir mais ne bougeait plus. Elle inspira, essayant de calmer les battements de son propre cœur.

"Vous n'avez rien écouté de ce que je vous ai dis?" Finit-elle par demander, pressant ses doigts contre son cou là où il l'avait mordue.

"Si et je te montre mon vrai visage, sans masque. Je suis impulsif, violent, possessif et protecteur, sûr de moi, arrogant et rempli de failles et de regrets. Tu es officiellement ma nouvelle proie Hilda. Je me moque du temps que ça prendra. Je me moque de savoir si tu es promise à un autre ou pas. Je me moque des conflits entre Odin et Poséidon. Ton corps me plaît. Ton esprit me plaît. Et maintenant je suis certain que je t'attire. Tu es à moi."

"Ce n'est pas en me sautant dessus par surprise que vous allez réussir quoi que ce soit. Et c'est toujours "vous" pour me parler. Je suis une reine." Gronda-t-elle, alors qu'elle baissait sa main, dévoilant les magnifiques marques rouges qui avaient éclos sur sa peau. Kanon fixa celles-ci avec satisfaction, constatant que le Dragon en lui avait clairement marqué son territoire.

"Je vous conseille de mettre une écharpe ces prochains jours ma délicieuse reine..."

Et sur ces mots, il sortit tranquillement avec un sourire satisfait.