Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Publication du chapitre : le 09 décembre 2020

Disclaimer: Masami Kurumada est l'auteur de l'œuvre originale.

RAR : Merci Olivier88, Cris29 et Rulae pour vos commentaires! Et welcome back Rulae! J'espère bien que ton feu sacré va se rallumer! ;) Réponse par mail pour vous deux. Et pour toi Olivier, je te préviens que Shaka va carrément virer du côté obscur de la force... Ses questions ne sont que la partie émergée de l'iceberg ! XD

Dans ce chapitre : Des envies de meurtre, un dos nu, une épopée poétique maltraitée, une déclaration, une traduction enflammée (que l'auteur n'assume pas d'avoir écrite) et la magie noire de la caféine... Et avec un titre de chapitre pareil, vous êtes prévenus! Bonne lecture !


Chapitre 27 – Attraction


Immobile, majestueux et aussi dangereux qu'un prédateur qui aurait été en train d'observer sa proie, Zeus contemplait Héra assise sur le trône à côté du sien, alors qu'ils accordaient audience à Artémis et Apollon, venus leur demander d'interférer afin de régler l'une de leurs innombrables querelles avec Arès.

Il n'écoutait pourtant pas la voix de sa femme. Il n'entendait pas non plus celles des jumeaux.

Tout lui semblait irréel : les immenses portes en or qui marquaient l'entrée de la salle étaient brouillées, ses doigts appuyés contre l'un des accoudoirs de son trône de diamant, il ne les sentait même plus, les colonnes de verre ciselé d'or qui s'élevaient vers le ciel, leurs sommets perdus dans les nuages, ou bien encore le sol transparent qui donnait la vision du vide en dessous, toute cette salle céleste, il l'ignorait totalement.

Là sur le trône près du sien, il ne voyait plus qu'elle. La chevelure brune d'Héra était effacée par la soie blanche de ses cheveux, le regard bleu de sa sœur avait disparu pour laisser place à ses pupilles si parfaites d'un vert minéral, la peau pâle de l'olympienne était remplacée par le satin doré de celle de la babylonienne...

Depuis le bal, Héra était dans une colère noire à son encontre et à juste titre sans aucun doute. Comme jamais encore auparavant, il l'avait bafouée devant l'ensemble des humains présents, certes pour la plupart inconscients de ce qui se produisait à l'exception notable des chevaliers qui avaient été là, mais surtout aussi devant Athéna et Poséidon. Pourtant, contrairement au sort qu'elle faisait subir au reste de ses maîtresses, elle avait toujours épargné Ishtar, craignant trop la réaction de Zeus, là aussi, à juste titre.

Depuis le bal, il ne pouvait pas s'empêcher de penser à la proposition d'Ishtar. Même si elle était totalement déraisonnable, l'offre était incroyablement attirante, aussi attirante qu'elle ce soir là. Pour la première fois depuis leur rencontre, Ishtar était redevenue totalement elle-même, il l'avait parfaitement senti. Son attitude, sa confiance en elle-même, la séduction qu'elle dégageait parfaitement intentionnellement : une prédatrice. Il ne la désirait qu'encore plus.

Il avait été informé qu'elle avait ramené les guerriers divins à la vie. Elle demeurait en Asgard pourtant, sans doute encore épuisée du rituel de résurrection et loin à l'abri de son regard à lui. Odin prenait un malin plaisir à lui cacher ses faits et gestes.

Les doigts de Zeus pianotèrent sur l'accoudoir de son trône. Il avait pris de grands risques en lui révélant la vérité sur ce qu'il avait fait à ses frères, mais peu importait désormais... Un serment sur le Styx ne se brisait pas si facilement et encore moins sur des rumeurs... Elle l'avait totalement retourné avec sa proposition. Même en cet instant, il n'arrivait pas à penser clairement. Il avait besoin de la voir à nouveau. Il était tenté de négocier. Très tenté. Des petites étincelles impatientes naquirent sous les doigts de l'Olympien.

"Père?" Aucune réaction. "Père?" Répéta Apollon.

"Zeus?" Héra lui adressait la parole directement pour la première fois depuis plusieurs jours...

Le roi des dieux fronça les sourcils. Il n'avait strictement rien écouté de la conversation et apparemment, on lui demandait son avis. Il appuya son coude contre le trône, un air profondément contrarié sur le visage. Ils étaient des dieux mais ils se comportaient comme des enfants. Héra ne lui avait donné aucune progéniture digne de ce nom. Il avait tous envie de les tuer. Sans exception. Il fit un geste de sa main libre, en signe d'agacement.

"Sortez tous et laissez moi seul." Ordonna-t-il avec sur le visage une lueur suffisamment malsaine et meurtrière pour les pousser à obéir sans émettre la moindre protestation.

Il avait besoin de réfléchir vite et bien.


"Hilda t'a giflé?! Ah j'adore!" Ishtar battit des mains avec un immense sourire aux lèvres. "Enfin une femme avec du caractère! Elle est décidément parfaite, je l'aime de plus en plus!"

Kanon fronça les sourcils.

"Tu attendais du soutien de ma part? Pardonne-moi, mais qu'espérais-tu avec ton approche d'homme des cavernes? Le concept de subtilité ça t'évoque quelque chose? Je n'arrive pas à comprendre comment tu peux être aussi intelligent et aussi brut de décoffrage en même temps!" Ishtar sourit ironiquement. "A moins bien sûr que ce ne soit juste une stratégie délibérée de ta part pour tout casser avant même que ça ne démarre, parce que tu es paniqué à l'idée d'en tomber amoureux?"

"Je ne..."

"Nie autant que tu veux. Tu ne me feras pas croire l'inverse. Je sais que tu ne me demandes pas mon avis, mais je vais te le donner quand même. Je pense que tu n'arriveras à rien avec elle tant que tu ne seras pas au clair avec toi même là dessus. Et ça implique aussi que tu t'autorises à aimer et protéger quelqu'un d'autre que Saga... Qui d'ailleurs est parfaitement capable de prendre soin de lui-même non? Ne détruis pas ta relation avec Hilda avant même qu'elle ne commence... Voilà mon conseil. Ah oui et traite la correctement espèce d'idiot!" Compléta-t-elle affectueusement.

Elle s'approcha de lui, faisant luire son propre cosmos au creux de sa main avant de le diriger vers Kanon. Il sentit toute trace de son épuisement lié à son entraînement avec Poséidon disparaître.

"Merci..." Dit-il pensivement, fixant les flammes de la cheminée près de laquelle ils étaient debout tous les deux, à quelques pas l'un de l'autre.

"Tu paieras la consultation en massage des pieds." Répondit la déesse avec un sourire qui ne permettait aucune contestation. Machinalement, elle fit glisser entre ses doigts sa propre chevelure, la ramenant sur le côté. Il croisa les bras, lui jetant un regard sarcastique alors que le dos de la déesse se dévoilait.

"C'est pour ça que Shaka s'enfuit, tu es un tyran... Tu t'es habillée comme ça ce soir pour l'empêcher de partir?"

Ishtar fit une moue amusée puis passa une main sur la robe noire qu'elle portait. La tenue était sage devant, pas de décolleté, manches longues, jupe à la hauteur des genoux, mais derrière, c'était une toute autre histoire : l'échancrure qui dévoilait la moitié du dos de la déesse était totalement incendiaire, même si normalement cachée par la longue chevelure, laissée libre, de la babylonienne. Et pour ne rien gâcher, le tout était assez près du corps et assorti de fines bottes noires à talon qui lui arrivaient presque aux genoux.

"Je n'en peux plus des vêtements de princesse en ce moment. J'ai envie d'un peu de modernité. Et puis elle est très sage cette robe."

"De face peut-être. Mais absolument pas de dos."

"Je dois bien être un peu fidèle à ma réputation Kanon... Et j'ai un dîner avec Hilda ce soir. J'ai aussi le droit de me faire belle juste pour le plaisir." Elle eut un sourire malicieux. "Et si Shaka s'en va, j'aime autant être certaine qu'il ne m'oubliera pas."

"S'il te voit comme ça? Aucun doute... Tu t'es décidée le concernant? Vous vous êtes réconciliés?"

"C'est compliqué. Je n'ai aucune idée de comment traiter Shaka s'il est Shamash. Mais je ne veux pas le perdre."

"Pour te poser la question de ce qu'il est, c'est peut-être un peu tard non? "

"Je sais..." Soupira Ishtar. "Pour changer de sujet, je pensais demander à Shion de le faire remplacer par Saga le temps de son absence, si ça te convient."

"Echanger Shaka contre Saga?" Sourit-il. "C'est réellement une question?"

"Très bien dans ce cas je contacterai Shion demain..." Il y eut un silence puis elle finit par pencher la tête de côté, l'observant à nouveau. "Pourquoi étais-tu épuisé à ce point? Tu t'es vraiment battu contre Poséidon?"

"Je voudrais pouvoir te dire oui. Mais il n'a même pas levé le petit doigt contre moi. Juste son cosmos. Mais ça montre que j'ai énormément à apprendre. Ca me convient. Je suis assez surpris qu'il accepte de m'entraîner."

"Pourquoi lui as-tu demandé ça?"

Des coups frappés à la porte de la chambre du Dragon des mers interrompirent leur conversation. Le colocataire de Kanon, alias Mime, fit bientôt son apparition, portant son armure divine et apparemment enfin libéré de la réunion à laquelle tous les guerriers d'Odin avaient été convoqués par Hilda. Il s'inclina aussitôt brièvement devant Ishtar, sa harpe coincée sous le bras. En temps normal, il n'aurait pas frappé à la porte de sa propre chambre, mais il y avait perçu le cosmos de la déesse.

"Ta réunion s'est bien passée?" S'enquit Ishtar avant d'ajouter presque aussitôt: "Arrête de t'incliner devant moi à chaque fois que l'on se voit s'il te plaît, mes chevaliers sont les rares humains avec qui je peux avoir une relation quasi normale. Je préfère autant ne pas être mise sur un piédestal... "

"Hilda souhaitait nous parler de la raison de notre résurrection et de la cérémonie d'alignement des saphirs. Et tous les guerriers divins ont l'obligation de s'entraîner ensemble tous les matins jusqu'à nouvel ordre. Ordre de Siegfried. Lui et Hilda ont apparemment décidé que nous n'avions pas assez d'esprit de corps." Dit-il en se relevant.

"Siegfried?" Commenta Kanon. Ishtar ne put s'empêcher de noter son léger serrement de mâchoire. Il était jaloux. Elle en était certaine.

"Evidemment." Répondit tranquillement Mime, examinant le Dragon des mers de ses yeux d'un rouge pâle. "Il est notre général en chef et le principal conseiller d'Hilda. Le fait que je sois mobilisé le matin ne te pose pas de problème Ishtar?" Demanda le blond, se rappelant qu'il était supposé la tutoyer également. Il ne put s'empêcher de penser cependant à ce qu'il venait brièvement d'apercevoir dans les pensées du Dragon des mers.

"Aucun. Ton entraînement m'est utile également et je souhaite sincèrement que tu puisses tisser des liens avec tes frères d'armes. Et après tout, tu dois servir Odin autant que tu dois me servir moi désormais." Ishtar le fixa pensivement, alors que l'attention du guerrier divin s'était reportée sur le Dragon des mers, qu'il fixait dans les yeux. "Mime, arrête immédiatement de lire dans les pensées de Kanon." Ordonna-t-elle.

Kanon haussa un sourcil, alors que Mime, souriant, détournait le regard.

"Tu ne me laisses pas le choix." Murmura-t-elle. Elle était bien consciente que Mime allait se rendre compte très rapidement de beaucoup de choses avec son pouvoir de lecture dans les esprits... Même si elle en était immunisée.

Le sourire de Mime s'effaça. Elle le fixait avec ses yeux d'un vert inhumain, qui s'étaient légèrement durcis et quelque chose en lui comprit d'instinct qu'il aurait des limites à ne pas franchir.

"Passe me voir demain après ton entraînement. D'ici là, je te demande de garder pour toi ce que tu pourras apprendre ici." Dit calmement Ishtar, dégageant pourtant une aura subtilement menaçante que Kanon ne lui connaissait pas. L'impression disparut pourtant presque immédiatement, alors qu'une interrogation essentielle traversait l'esprit de la déesse et qu'elle ne regarde soudain tour à tour les deux hommes. "La colocation n'est pas trop dure? Vous partagez le même lit?"

Le guerrier divin et le Dragon des mers jetèrent respectivement un regard interloqué et exaspéré à la divinité, qui se mit à rire.

"Très bien, la question est: qui a gagné le lit alors?"

"Mime." Grogna Kanon. Le sourire d'Ishtar s'élargit.

"Sérieusement? Tu me surprends en bien Mime. Félicitations, ta mission est de faire dégonfler l'ego de Kanon!" Plaisanta-t-elle. "Bien, je vais vous laisser. J'ai promis de dîner avec Hilda ce soir. Soyez sages tous les deux d'accord?"

Quelques minutes plus tard, un Kanon contrarié observait son improbable colocataire, confortablement changé dans une tenue noire et rouge, et installé à plat ventre sur le lit afin de lire tout en ignorant royalement le Dragon des mers. Il était difficile de donner un âge à Mime. Son apparence était juvénile mais son comportement lui donnait un air étrangement mature.

La veille, les deux hommes avaient tiré au sort concernant qui occuperait le seul lit de la chambre. Kanon avait perdu. Et Mime considérait désormais que le lit était à lui et qu'il ne pouvait pas être remis en jeu. Le Dragon des mers avait comme une sacrée envie de balancer son squatteur dans une autre dimension : c'était sa chambre après tout. Et il avait eu une journée assez longue comme ça.

"Tu devrais plutôt me remercier Chevalier." Répondit Mime à son air peu amène. "Considérant ce que j'ai lu dans ton esprit, je pourrais tout aussi bien te dénoncer à Siegfried. Ce lit n'est pas cher payé..."

Le Dragon des mers croisa les bras, jetant un regard mauvais à son interlocuteur, qui avait désormais relevé ses yeux d'un rouge pâle sur lui et soutenait son attitude passive-agressive sans ciller.

"Tu ne lis les pensées que quand tu regardes dans les yeux n'est-ce pas?" Souffla Kanon. "Sais-tu à quel point il serait facile pour moi, en sachant cela, de te faire croire que je pense une chose alors que je souhaite faire le contraire?"

"Tu te trompes. Je lis aussi les cosmos. Même si leur lecture est moins précise, cela me permet de savoir si l'on me ment, la plupart du temps."

"Cela n'empêche pas de te tromper. Une grande partie de ce que tu crois lire manque de contexte et est sujette à ton interprétation... Et qu'as-tu donc lu dans mes pensées?"

"Cela dépend..."

"De?"

"De qui m'interroge et de ta capacité à dormir par terre... Mon silence a un prix." Sourit le guerrier divin. "Tes pensées quand le nom de ma reine est évoqué sont absolument remarquables. Si tu comptes harceler la promise de Siegfried de Dubh, tu es plus suicidaire que moi... "

"Je ne le crains pas."

"Il est asgardien, de sang noble, le plus puissant des guerriers divins et le descendant d'un héros mythologique dont il a hérité des pouvoirs... Tu sous-estimes très fortement ton adversaire Kanon si tu ne le crains pas." Mime se redressa, s'asseyant parmi les draps, puis lança son livre vers le Dragon des mers, qui le saisit à la volée.

"L'Edda?" Demanda Kanon en regardant le titre.

"Un grand classique empli d'enseignements, notamment les mythes de Sigurd et Fafnir... Es-tu conscient que Siegfried est littéralement invulnérable?" Nota Mime. "Je dois cependant avouer ma curiosité, purement artistique, si tu venais à réussir... L'idée d'une prêtresse perdue dans les affres d'un amour interdit entre deux serviteurs de divinités ennemies, un duel entre dragon nordique et dragon des mers, voilà qui a tout d'un mythe romantique et qui devrait donc se terminer très mal." Mime pencha la tête de côté, semblant réfléchir, puis sourit d'un air fasciné et amusé à la fois. "Ca ferait sans doute une balade magnifique. Mon âme d'artiste a presque envie de t'aider..."

"Tu vas loin pour un lit." Commenta Kanon. "Et la prochaine fois que tu lis intentionnellement mes pensées sans mon accord, je t'assure que..."

"Je t'en prie, épargne moi tes menaces... Je ne souhaite pas désobéir à Ishtar. Elle a été claire tout à l'heure. Et de quoi exactement souhaites-tu menacer un homme qui n'a plus envie de vivre? "

Le Dragon des mers passa une main dans ses cheveux, semblant réfléchir aux dernières paroles de Mime. Pour la première fois depuis leur rencontre, le guerrier divin le vit prendre un air parfaitement sérieux mais sincère, sans aucune trace d'ironie ou une once d'arrogance. Lorsqu'il reprit la parole, Kanon dégageait l'autorité calme et naturelle d'un leader.

"Tu n'es pas le seul à avoir souffert ici Mime. Tu n'es pas non plus le seul à avoir pensé à cesser de vivre. Mais si tu refuses de vivre, tu refuses aussi de réparer ce qui peut l'être. Et tu refuses aussi tout ce que la vie pourrait t'apporter de bon, même si tu ne t'y attends pas ou plus. La vraie force est de continuer à avancer malgré tout. Je te conseille de profiter de pouvoir parler à Ishtar demain. En matière de souffrances endurées, elle pourra te faire prendre du recul. Une nouvelle chance de vivre t'es donnée. Au lieu de te lamenter sur ton sort, tu devrais la saisir. Et quoi que tu en penses, tu n'es plus seul maintenant. Ton geste ferait souffrir d'autres personnes, à commencer par Ishtar." Il plongea son regard aigue-marine directement dans celui de Mime. "Quant à mes pensées, les plus importantes et les plus profondes sont les mieux gardées. Tu n'y auras jamais accès."

Le général de Poséidon re-lança le livre vers le guerrier divin, qui l'attrapa au vol, puis se rapprocha de la porte.

"Pour ton information, je l'ai déjà lu." Compléta Kanon."Au lieu de t'occuper des pensées des autres, tu devrais commencer par essayer de soigner ton propre esprit." Il sortit.


Seule et assise sur son trône blanc et rouge entouré de deux imposants Griffons blancs à tête d'aigle, Hilda de Polaris fixait en réfléchissant le cercle empli de flammes bleutées qui brûlaient en contrebas des marches menant à l'estrade sur laquelle elle se trouvait.

Les flammes sacrées dans la salle du trône avaient toujours été de cette étrange couleur d'un bleu translucide et selon les légendes, elles étaient un reliquat du cosmos d'Odin lui-même, dont il avait fait don à Asgard avant de s'exiler. Lorsqu'elle était devenue Prêtresse d'Odin, elle avait traversé ce cercle sans une seule brûlure. Ce n'était que maintenant, grâce à la préparation du rituel de réalignement des saphirs, qu'elle réalisait que les sept piédestaux entourant le cercle correspondaient aux étoiles du septentrion et aux saphirs des guerriers divins.

Il ne lui restait que peu de temps avant le rituel si elle souhaitait le faire coïncider avec la prochaine pleine lune. Le retarder plus avant risquait de compromettre définitivement les saphirs, qui auraient du être rechargés en énergie dés le retour des guerriers divins, la première fois...

Mais plus ses lectures sur le sujet avançaient et plus elle était inquiète. Le rituel demandait une énergie immense pour recharger les saphirs. Son cosmos et celui d'Odin devraient s'unir afin de pouvoir faire cela. Et une telle union, même pour elle, ne pouvait pas être sans conséquence.

Lorsqu'elle priait Odin et lui servait de relai pour geler les pôles, elle sentait son énergie déferler à travers elle, mais ce n'était qu'une part minime de la puissance du dieu.

Or, de ce qu'elle comprenait du rituel et des manuscrits associés, c'était le dieu lui-même qu'elle devrait laisser parler et agir à travers elle. Il était très probable qu'il la possède comme elle avait été possédée par l'anneau des Nibelungen. Et devenir à nouveau prisonnière de son propre corps, même pour servir Odin, la rendait malade d'appréhension. Et s'il venait en elle, Odin verrait tout : son âme souillée, son esprit à jamais teinté par le mal qu'elle avait causé, ses regrets... Peut-être était-ce le sacrifice qu'elle devait accomplir pour enfin être digne d'Odin à nouveau? Une fois de plus, elle traverserait le feu. Une fois de plus, peut-être, en sortirait-elle purifiée...

Certains passages des vieux textes demeuraient obscurs. Elle avait donc décidé de demander de l'aide à Ishtar, qui ayant connu Odin, avait apparemment une bonne maîtrise de cette langue disparue. A sa grande surprise, la déesse avait accepté lorsqu'elles avaient dîné ensemble.

Presque inconsciemment, Hilda se leva puis descendit les marches afin de se rapprocher du cercle de flammes bleutées. Lorsqu'elle fut près de lui, elle tendit la main, caressant des doigts les flammes gelées qui se mouvaient. Elle retira son bras en se rendant compte que la manche de sa robe d'un bleu pâle était en train de brûler. Sa peau pourtant, n'avait aucune marque. Comme toujours, elle n'avait senti qu'une étrange caresse glacée. Elle soupira. Elle allait devoir changer de robe et faire réparer celle-ci.

L'arrivée d'un cosmos familier la tira de ses pensées. Elle entendit bientôt les portes de la salle du trône s'ouvrir, alors qu'un garde annonçait l'arrivée de Siegfried, avant de les laisser seuls.

Il fut bientôt devant elle, un genou posé à terre, le casque de son armure sous le bras.

"Relève-toi Siegfried." Ordonna Hilda, fixant l'homme face à elle. Son armure sombre contrastait avec le châtain quasi blond de sa longue chevelure et la couleur d'un bleu pâle, presque translucide comme un glacier, de son regard. Les flammes sacrées près d'Hilda faisaient danser des reflets bleutés sur sa protection. Siegfried avait beau être plus jeune qu'elle, il avait toujours dégagé un charisme de meneur d'homme. Il l'avait aussi toujours conseillée et servie fidèlement, la traitant comme si elle était sacrée alors qu'il était d'une lignée aussi noble que la sienne. Et elle l'avait envoyé droit vers la mort lui aussi. Sa mort, plus que celle de tous les autres, lui avait été un déchirement. Elle s'en voulait tellement...

"Vous souhaitiez me voir votre Altesse?" Demanda-t-il après s'être relevé. Elle leva les yeux vers lui. Siegfried frisait presque les deux mètres de hauteur et aussi proche, elle était contrainte de lever le visage.

"Oui. Je souhaite te communiquer une information à garder secrète pour le moment. Tu sais que je n'apprécie pas l'idée de partir en guerre, mais il y a peut-être une possibilité pour nous de libérer Odin de son exil si nous nous allions à Poséidon contre Zeus. Tu comprends comme moi ce qu'un retour d'Odin signifierait pour Asgard."

"Est-ce possible? L'Asgard mythologique où était présent Odin ressemblait à longueur d'année aux quelques rares jours d'été que nous avons... mais... Cela ne pourrait-il pas être un piège de Poséidon? Vous savez qu'il pense avoir des droits sur Asgard."

"Oui c'est possible. Mais s'il attaque réellement Zeus, je pense que nous pourrons lui faire confiance. Il ne prendrait pas un tel risque simplement pour une terre gelée comme la nôtre..."

"S'il perd, vous serez châtiée par Zeus. Et s'il gagne, vous n'avez aucune garantie qu'Odin ne soit réellement libéré..."

"C'est pourquoi je voulais en parler avec toi, afin de négocier nos termes. J'ai confiance dans ton jugement. Et... " Elle fit quelques pas, s'éloignant et lui tournant le dos. "Et j'ai déjà causé ta mort et celle de tes camarades une première fois Siegfried. Je ne peux pas te demander de me suivre aveuglément à nouveau sans te consulter."

"Vous souvenez-vous de ce que je vous ai dis lors de mon dernier combat votre Altesse?" Murmura-t-il, détournant le regard du dos de la prêtresse pour fixer les flammes bleues près d'eux.

"Je serais prêt à vous suivre jusqu'en Enfer si vous me le demandiez..." Cita Hilda. Elle avala sa salive, secouant la tête. Elle se tourna à nouveau, lui faisant face. "Je ne peux pas te demander ça. Vos vies ne sont pas celles de pions que je peux sacrifier selon mon bon vouloir."

Il fixa à nouveau son regard d'un bleu presque translucide dans celui d'un bleu acier de la prêtresse.

"Je le pense toujours." Il porta le poing contre son propre cœur. "Ordonnez-moi d'aller combattre pour libérer Odin, peu importe l'ennemi, je le ferai pour vous." Il l'observait avec une sincérité et une dévotion absolues. "J'ai une confiance totale en vous pour nous guider."

Hilda sentit ses propres yeux la brûler, elle baissa le regard. C'était un mélange oppressant de culpabilité et de soulagement qui l'étreignait.

"Pardonnez moi." Murmura Siegfried. Elle secoua la tête. C'était elle qui aurait dû s'excuser à nouveau. Il lui tendit une main, dans laquelle elle déposa la sienne. "J'avais promis de veiller sur vous. J'ai échoué à vous défendre de l'anneau." Il se mit à genoux devant elle. "Je passerai ma vie à essayer de réparer cela..."

"Siegfried... Relève-toi je t'en prie. Tu n'as commis aucune erreur. Tu me faisais juste confiance."

Il se releva, mais avait gardé la main d'Hilda dans la sienne. Il serra ses doigts entre les siens alors qu'elle le fixait sans comprendre, pressentant malgré elle ce qu'il était sur le point de dire.

"Alors que je pensais mourir, votre visage est le premier qui m'est apparu à l'esprit. Puisque par miracle j'ai la possibilité de respirer à nouveau, je souhaite vous dire que j'aimerais un jour que le dessein de nos défunts parents se concrétise. Je voudrais pouvoir être à vos côtés aussi en tant qu'homme. "

Il déposa un léger baiser sur les doigts de la prêtresse, avant de libérer sa main. Elle ne bougea pas, l'observant alors qu'il lui souriait. Ils étaient virtuellement fiancés depuis la naissance. Combien de fois avait-elle pensé à cet instant alors qu'elle était plus jeune? Et pourtant, elle se sentait figée sur place.

Elle n'eut pas le temps de répondre. Leur tête à tête fut interrompu par l'arrivée de la princesse Freiya, annoncée par l'un des gardes de faction qui venait de rouvrir la porte de la salle du trône.


En ce milieu de soirée, la bibliothèque du palais d'Hilda de Polaris était vide, à l'exception notable de la présence de la divinité babylonienne qui demeurait dans le château et qui pour l'heure, était en train de traduire tranquillement sur une page blanche les passages de parchemins anciens que la prêtresse d'Odin lui avaient demandé de déchiffrer, car n'étant pas elle-même totalement certaine de leur traduction.

Dans la pénombre, seulement éclairée par la lampe de bureau posée sur la table de consultation et la lueur chaleureuse émanant de l'une des cheminées à proximité, Ishtar travaillait dans un silence seulement perturbé par le froissement du papier et le crépitement des flammes. Elle s'était accordé une heure pour déchiffrer les quelques passages qui posaient souci à Hilda et pour se débarrasser rapidement de cette tâche avant d'aller voir Shaka.

De lire ce langage, il y avait un sentiment familier et nostalgique. Tout cela lui rappelait une époque depuis longtemps révolue. La première fois qu'elle avait rencontré Odin, c'était lorsqu'il était venu à Babylone lui demander de ressusciter son fils.

Odin... Evidemment, elle l'avait mis dans son lit. Son fils aussi... Certes pas les deux en même temps... Ishtar eut un semi rictus. Décidément oui, c'était des bons souvenirs. Odin et elle avaient gardé une relation cordiale, bien que distante par la suite. Et elle lui devait une fière chandelle désormais pour son aide concernant Zeus.

Le fil de ses pensées s'égara. C'était grâce à cette résurrection qu'elle et sa famille avaient obtenu des armures divines d'une puissance toute remarquable, en échange du service rendu. Son armure ne lui servait pas à grand chose, à part, sans doute, à éviter d'être une cible trop facile pour un quelconque archer... Mais en y pensant, l'armure de Shamash serait par contre un excellent test pour vérifier si Shaka était bien lui et une superbe protection pour lui si c'était le cas...

Mais les armures étaient enfouies dans le sable du désert depuis des millénaires. Il était bien possible qu'elles soient totalement inertes et endormies désormais. Et les réveiller reviendrait à prendre le risque de se les faire aussitôt confisquer et détruire par Zeus. Elle devait attendre. Ishtar soupira, se forçant de nouveau à porter son attention sur le texte devant elle.

Hilda n'allait pas aimer ce qu'elle était en train de traduire. Bien évidemment, ce genre de vieux documents avaient toujours des exagérations stylistiques, mais le rituel semblait violent à subir pour la prêtresse qui devait le mener. Mais après tout, elle pourrait toujours la soigner si besoin.

Elle fronça les sourcils. Ses pensées dérivaient à nouveau. Il fallait qu'elle se concentre. Il ne lui restait plus que deux ou trois paragraphes.

Elle fut cependant fortement distraite en sentant la présence de Shaka apparaître près d'elle. Elle eut toutes les peines du monde à terminer le mot qu'elle était en train d'écrire, alors qu'il était désormais penché au dessus d'elle, assise, et qu'il regardait avec intérêt ce qu'elle faisait.

"Tu comprends ce texte toi aussi?" Demanda-t-elle, évitant de le regarder et essayant de faire abstraction du fait que la Vierge, suite à sa question, s'était penché plus avant et avait désormais son visage près du sien, alors qu'il avait tendu son bras pour retracer de la main l'une des lignes du document, ce qui faisait que tout son corps était quasi collé au sien.

"C'est un mélange de proto Norrois et de vieux Norrois..." Conclut-il de son examen. "Tu l'as traduit comme le grand dieu Odin ainsi incarné au centre des flammes transmettra le pouvoir... Mais la construction de la phrase permet plusieurs sens. Cela peut se traduire aussi par Le pouvoir sera transmis par celui au centre des flammes, incarnant ainsi la volonté d'Odin..."

"Tu n'as jamais appris ce langage n'est-ce pas?" Répondit-elle, la mine sombre.

"C'est exact." Elle se mordit la lèvre, posant le stylo qu'elle tenait encore en main.

"Ca te rappelle quelque chose? C'était l'inverse ce jour là dans la bibliothèque du palais d'Athéna... C'était moi qui ne me souvenait pas..."

"Shamash connaissait parfaitement ce langage. J'en suis conscient."

"Ses simples souvenirs ne te donneraient pas accès aussi facilement à ses capacités..."

"Je te l'ai dit. Ses souvenirs ont éveillé quelque chose en moi."

"Je n'avais pas envie de le croire." Souffla-t-elle à voix basse. "Et pourrais-tu t'éloigner un peu s'il te plaît? J'ai promis à Hilda de lui donner mon aide et j'aimerais finir cette traduction parce qu'il ne reste presque plus rien, mais tu es beaucoup trop proche pour que mon cerveau fonctionne de manière rationnelle... Nous pourrons discuter ensuite. Tu peux même m'aider à finir si tu veux que j'aille plus vite."

Toujours penché près d'elle, il tourna le visage vers elle en souriant alors que son regard d'un bleu intense brillait d'une lueur malicieuse. Dans la pénombre, sa chevelure dorée avait des reflets d'un or sombre. Elle ne put s'empêcher de noter qu'il portait toujours le jean et la chemise blanche qu'elle avait repérés sur lui lorsqu'ils étaient dans les jardins. Cette chemise... ce corps dessous... Elle eut beaucoup de mal à ne pas faire dériver son regard et à soutenir le sien, amusé.

"Quoi Shaka?"

"Tu as vraiment envie de traduire des textes pareils la veille de mon départ?" La taquina-t-il. Il leva la main de justesse pour éviter de recevoir un parchemin en pleine figure.

"Traduis-ça!" Maugréa-t-elle, ne pouvant s'empêcher cependant d'avoir envie de rire. "Depuis quand es-tu devenu un tel démon? Qu'est-il arrivé au chevalier de la Vierge que j'ai rencontré? J'en ai fait un monstre ma parole!"

Souriant, il s'éloigna de quelques pas, tirant à lui l'une des chaises à proximité pour venir s'asseoir près d'Ishtar. Elle ne put s'empêcher de l'observer alors qu'après avoir allumé l'une des autres lampes sur la table, il était en train de lire le texte à traduire qu'elle lui avait quasi jeté à la figure. Avec l'aura de lumière que la lampe projetait, sa silhouette et son visage étaient comme un tableau se détachant en clair obscur de la pénombre. Elle se mordit la lèvre inférieure, se forçant à se plonger sur le paragraphe qu'elle devait terminer tout en essayant d'éviter de se rappeler toutes les heures qu'ils avaient partagées ensemble, dans une quasi obscurité similaire, à parcourir le corps l'un de l'autre... Peine perdue. Son imagination était partie de nouveau totalement à la dérive.

"Quelle partie du texte pose un problème de traduction dans ce que tu m'as donné?" Demanda-t-il après avoir achevé sa lecture rapide.

"Je ne vais jamais, jamais y arriver... Jamais... Jamais..." Murmura-t-elle, ignorant totalement sa question alors qu'elle était perdue dans ses pensées, les yeux dans le vague. Elle poussa un long soupir.

"Ishtar?"

Aucune réponse.

"Ishtar..." Elle sursauta en sentant la main de Shaka s'abattre sur la sienne. Ce simple contact lui fit l'effet d'une décharge électrique. Il la fixait en souriant. "A ce rythme, tu ne vas effectivement jamais y arriver. Dis moi ce dont tu as besoin et je m'en occupe." C'était elle où il avait utilisé volontairement une phrase à double sens? Ou était-elle encore victime de son propre esprit trop imaginatif?

Elle prit une profonde inspiration et libéra sa main pour pointer les passages concernés.

"Ces deux paragraphes ici. Et dans ce que je t'ai donné, les 3 premières phrases de la deuxième partie. Et ensuite ce sera terminé. Je pourrais rendre les documents à Hilda."

"Très bien." Il saisit les notes d'Ishtar et commença rapidement à ajouter sa propre traduction en complément de la sienne. Il avait passé des heures à traduire du sanscrit lorsqu'il était enfant et qu'il vivait encore au vihara. Le travail de traduction et la gymnastique intellectuelle nécessaire pour basculer d'un langage à l'autre étaient pour lui aussi faciles que de respirer.

Vaincue, elle laissa aller son dos contre le fond de la chaise et croisa les bras, observant Shaka alors qu'il travaillait à sa place. Il dégageait une force tranquille et sereine alors qu'il était ainsi concentré. Les mouvements de ses doigts sur le papier avaient quelque chose de légèrement hypnotique. Elle était presque jalouse de ce texte ainsi caressé par ses mains et son regard.

Jalouse d'un bout de papier? Elle? La déesse de l'amour en était réduite à ça? Elle réalisa à nouveau que c'était trop tard pour elle. Trop tard pour le repousser s'il était Shamash. Elle ne pouvait pas le quitter. C'était évident. Elle devait l'accepter. Tant pis pour le reste.

"Ereshkigal..." Souffla-t-elle en brisant le silence. "C'est à cause d'une promesse que je lui ai faite..."

Le bruit du stylo sur le papier s'arrêta, alors que Shaka tournait le visage vers elle pour lui jeter un regard interrogateur. Elle avait l'air d'une personne coupable sur le point d'avouer ses crimes.

"Il va falloir que tu m'éclaires..."

"Tu sais quels sont ses pouvoirs. Il n'y avait qu'un homme de notre famille qui aurait pu supporter son sang... Je lui avais promis de ne jamais séduire Shamash..."

"Tu l'as repoussé pour cette raison? Pas parce qu'il est ton frère?"

"C'est compliqué. Je n'aimais pas Shamash comme ça. Et même si ça avait été le cas, j'étais terrifiée par l'idée de tomber amoureuse, je n'étais pas prête. Et Shamash voulait bien plus que ce que j'aurais pu être capable de lui donner à l'époque. Et dans tous les cas, je ne pouvais pas faire ça à Ereshkigal."

"Il ne vous est jamais venu à l'esprit, à toutes les deux, qu'il avait aussi le droit de faire son propre choix?" Demanda calmement la Vierge après un silence.

"C'est ma jumelle. Elle est une part de moi. Je ne pouvais pas lui faire ça en connaissant ses sentiments pour Shamash."

"Tu te souviens qu'elle a essayé de te tuer? Plusieurs fois..."

"Moi aussi... pour être honnête..."

"Votre relation me dépasse." Commenta stoïquement la Vierge, avant de tourner à nouveau le visage vers les documents à traduire.

"Shaka... C'est tout?"

"Je ne suis pas Shamash. Enfin pas que je m'en souvienne. Pourquoi voudrais-tu que je me mette en colère ou que j'ai une réaction particulière là dessus? Le passé est le passé." Un silence s'étira, au cours duquel il traduisit rapidement plusieurs passages. "Ma seule question serait: te sens-tu encore liée à Ereshkigal là dessus?"

"Non. C'est bien trop tard pour ça... Mais toi... Dans tout ça. Tu penses quoi de notre situation?" Finit-elle par demander.

"Shamash était amoureux de toi. Je suis amoureux de toi. Qui que je sois, notre relation, en ce qui me concerne, me semble claire..." Murmura-t-il, après avoir ajouté à la main une note sur l'un des documents.

"Et donc?" Il tourna à nouveau le visage vers elle, un sourire sarcastique sur les lèvres.

"Et donc je dois finir cette traduction..." Souffla-t-il d'un ton qui reflétait pourtant tout, sauf une incitation à être studieux. "C'était bien ce que tu souhaitais non? Ca te laisse quelques minutes supplémentaires pour réfléchir Ishtar, avant..." Il se tut, souriant d'un air mi angélique, mi démoniaque.

"Avant?"

Le chevalier de la Vierge ne répondit pas immédiatement, préférant se tourner à nouveau vers son œuvre, faisant glisser ses doigts sur le papier pour retrouver la ligne sur laquelle il s'était précédemment arrêté.

"Avant que je ne te demande si, par hasard, tu aurais également réfléchi à la seconde question que je t'avais posée..." Compléta-t-il à voix basse, semblant parfaitement appliqué sur son travail alors même qu'il venait de susciter de nouveau un chaos monumental dans l'imagination débordante de la déesse. Comment pouvait-il rester concentré tout en flirtant aussi outrageusement avec elle d'un air si parfaitement calme?

"Tu sais à quel point tu es attirant quand tu agis de manière aussi délicieusement sado-bouddhiste?" Commenta-t-elle, ne pouvant s'empêcher de penser à tout ce qu'effectivement, il pourrait lui faire en lisant ses pensées. C'était délicieusement excitant et un brin terrifiant.

"Ca existe une expression pareille?" Murmura-t-il d'un air mi intrigué, mi moqueur, tout en terminant la phrase qu'il était en train d'écrire. "Plus que trois lignes à traduire Ishtar... Patience..."

C'était elle ou elle n'avait jamais vu qui que ce soit écrire aussi lentement? Aussi sensuellement? Il prenait désormais un malin plaisir à faire traîner en longueur les dernières phrases. Il s'arrêta au milieu de la dernière ligne, marquant une pause, avec un demi sourire, alors qu'il l'observait.

"Je m'interroge sur la signification des derniers mots, il peut y avoir plusieurs sens... Tu as une préférence?" Murmura-t-il.

Cet homme... Il voulait la tuer... Aucun doute... Son intonation sur le mot préférence. Son regard qui pétillait de malice. Son sourire en coin sur son visage angélique...

"J'ai toute confiance dans ton imagination pour trouver le sens adéquat Shaka. Et pitié termine cette phrase." Sourit-elle. "Vite."

"Tu es pressée à ce point d'aller dormir? Tu es toujours fatiguée du rituel de résurrection? Je ne souhaite pas te retenir si c'est le cas..."

"Shaka..." Gronda-t-elle, se retenant de lui sauter dessus à grande peine.

"Je sais à quel point tu apprécies le travail bien fait..."

Il voulait jouer? Très bien... Elle se leva souplement, s'approchant de la Vierge, puis posa ses deux mains sur la table, près du texte, s'inclinant légèrement pour lire les lignes tout en se tenant à peine à quelques centimètres de lui. Elle rejeta négligemment sa chevelure sur le côté, dégageant par là même sa chute de rein, accentuée par la coupe de sa robe. Dans cette position, elle savait très bien quelle vue d'elle même elle lui offrait, ainsi dos à lui et aussi proche. Elle tourna légèrement le visage vers l'arrière, pour l'observer narquoisement. "Shaka, je peux te dicter la fin si tu as des doutes..." Elle constata avec satisfaction que le sourire sur le visage de la Vierge avait disparu. "Prends des notes." Ordonna-t-elle, se tournant à nouveau vers le texte. "Ainsi honoré... le seigneur... Shaka, arrête ça tout de suite! Tu me déconcentres. Et nous sommes dans un lieu public." Souffla-t-elle, perdant totalement le fil de sa traduction alors qu'elle sentait l'une de ses mains errer en bas de son dos. Par elle ne savait quel miracle, il était pourtant en train d'écrire ce qu'elle lui dictait de son autre main. Ce bouddhiste avait une sacrée résistance...

"Nous sommes seuls ici. Je t'en prie, termine la traduction... " Souffla-t-il à voix basse d'un ton à mi chemin entre l'amusement et le défi.

"Ainsi honoré, le seigneur Ooodin... " Elle étouffa un gémissement, alors que la main libre de Shaka avait apparemment décidé de descendre contre ses cuisses. Même au dessus du tissu de sa robe, son contact la brûlait. "Odin, tout puissant... roi de l'univers... hum..."

"Ce hum n'est pas dans le texte..." Commenta Shaka à voix basse, dont la main était désormais contre la peau nue d'Ishtar et caressait sensuellement l'arrière sensible du bas d'une cuisse tout en remontant désormais sous sa jupe avec une lenteur qui la rendait folle.

"... roi de l'univers, redonnera aux... runes..."

"Aux saphirs peut-être?" L'aida-t-il. Elle ferma brièvement les yeux, inspirant profondément. Ca allait dégénérer et vite. Il ne l'avait même pas vraiment touchée et elle avait du mal à tenir debout.

"redonnera aux saphirs, leur... éclat flamboyant jusqu'à..." Elle s'interrompit. Là il trichait de manière flagrante. Ses doigts remontaient dangereusement vers l'intérieur de ses cuisses et ça lui créait des frissons dans tout le corps.

"Jusqu'à?" Répéta-t-il. Elle lutta pour essayer de demeurer concentrée, mais tous ses sens étaient désormais fixés sur ce qu'il était en train de faire avec une lenteur proprement démoniaque. Elle n'avait plus aucune envie de protester et encore moins envie qu'il arrête.

"Jusqu'à... l'éveil suivant des armureees..." La fin du dernier mot se changea dans sa gorge en un gémissement de plaisir qu'elle ne put contenir qu'en se mordant la lèvre. Vaincue, elle ferma les yeux, s'abandonnant totalement aux sensations qui irradiaient en elle comme des flammes délicieuses sous la caresse experte qui ne jouait plus désormais.

"Traduction terminée... Intéressante cette robe..." Murmura-t-il avec un sourire qu'elle arrivait à entendre dans sa voix. Elle l'entendit bouger derrière elle et il fut bientôt en train de déposer des baisers là où la peau de la babylonienne était dénudée par sa robe, à l'arrière de son cou puis dans son dos. Son autre main errait sur elle dans un rythme qui renforçait le travail de la première. Dans cette position elle ne pouvait ni le voir, ni le toucher et tout en était décuplé. Les doigts d'Ishtar se crispèrent sur la table alors que ses caresses la rendaient folle.

Elle tremblait de plaisir contre lui et avait de plus en plus de mal à rester debout. Elle avait envie de lui là, tout de suite. Mais elle voulait aussi qu'il n'arrête surtout pas ce qu'il était en train de faire, parce qu'elle était proche, très proche du point de bascule.

Elle gémit alors que penché un peu plus contre elle, il lui volait un baiser, long, langoureux, possessif.

Il la retint de justesse alors qu'elle perdait l'équilibre, trop noyée dans les vagues de sensations qui montaient et il la guida pour la faire s'asseoir sur le rebord de la table, face à lui, tout en lui volant un nouveau baiser.

"Shaka..." Supplia-t-elle, s'agrippant à sa chemise. Il eut le plaisir de pouvoir constater sur son visage tout le trouble dans lequel elle était. Il faillit céder à la tentation de la posséder là, tout de suite.

"Chut..." Murmura-t-il contre son oreille, faisant descendre ses mains à nouveau. Elle poussa un soupir de plaisir, qui se changea en un feulement rauque quand il s'agenouilla face à elle.

C'était érotique, animal et primaire. Agrippée à ses épaules, elle ne put que céder en sentant une sensation familière de chaleur pulser en elle, de plus en plus fort, jusqu'à se répandre dans tout son corps dans une vague de plaisir absolu.

Elle mit de longues secondes à sortir de son état de transe. Il se releva, la serrant dans ses bras tout en embrassant doucement le contour délicat d'une de ses oreilles avant de remonter vers sa tempe. Elle sentit sa propre respiration se calmer peu à peu. Elle était incroyablement bien. A regret, elle rejeta légèrement la tête en arrière, s'écartant pour pouvoir observer le visage de son amant. Shaka lui sourit, les yeux emplis de désir et d'amour. A cette vision, son propre cœur rata plusieurs battements.

"Tu es pire que moi Shaka... Je ne pensais pas que c'était possible, mais je crois que je t'aime encore plus..." Sourit-elle, l'agrippant par le col de sa chemise. "Tu sais que je compte réussir à te déshabiller?"

"Tu peux essayer..." Elle se sentit soulevée, alors qu'il la saisissait par les hanches. "Si tu y arrives..."

Ses lèvres s'emparèrent à nouveau des siennes et elle fut bientôt renversée avec douceur, le dos contre la table. Elle parvint avec habileté à détacher les boutons de sa chemise, glissant avec plaisir ses doigts contre son torse et son dos, retraçant les muscles qui y jouaient. Elle noua instinctivement ses jambes encore couvertes par ses longues bottes en cuir autour de lui.

Elle n'arrivait pas à détacher ses lèvres de sa peau, elle en avait besoin, de son contact, de sa chaleur, de la sensation de son corps au-dessus du sien. Ses mains se perdaient dans la chevelure dorée, qui ruisselait autour d'eux, comme un voile destiné à les protéger. Elle aimait sa chaleur, son odeur, la façon qu'il avait de la regarder, de la toucher... tout ce qui était lui. Une main qu'elle fit glisser sur son visage, explorant les traits qu'elle connaissait déjà par cœur sans arriver à s'en lasser. Ishtar gémit, fermant les yeux alors qu'il la possédait enfin. Chaleur, plénitude.

Shaka effleura ses paupières de ses lèvres, l'invitant silencieusement à rouvrir les yeux, à se perdre dans son regard assombri par le désir et le plaisir. Elle passa une main derrière sa nuque, agrippant sa chevelure dorée, l'attirant à elle pour unir leurs lèvres tandis que ses mains glissaient sur sa peau nue jusqu'à ce qu'elle soit contrainte de rompre le baiser pour retrouver son souffle. Ce n'est que lorsqu'elle ouvrit les yeux qu'il se mit à se mouvoir, avec une lenteur calculée pour la rendre folle, ne la quittant pas du regard.

Il adorait la faire languir, à croire parfois qu'il arrivait à faire totale abstraction de son propre désir. Il en était capable. Il adorait jouer avec elle. Sans doute une facette méconnue mais hautement appréciable du détachement bouddhiste. Elle resserra ses jambes autour de lui, l'invitant silencieusement à accélérer avant qu'il ne la fasse mourir de frustration. Il sourit, lui volant un baiser supplémentaire avant de réaliser son vœu, lui arrachant par là-même un gémissement qu'elle fit taire en se mordant la lèvre inférieure, fermant les yeux alors que son corps entier brûlait de plaisir. Elle les rouvrit pourtant, plantant ses doigts dans son dos alors qu'il perdait son si précieux contrôle, laissant pleinement s'exprimer la passion en lui, qu'elle seule connaissait. Son visage comme déformé, les muscles de ses bras et son torse qui jouaient sous sa peau, tremblant de plus en plus sous l'effort qu'il leur infligeait, alors que suspendu au-dessus d'elle, il laissait enfin libre cours à son désir et à son instinct, perdant toute notion de calme ou de sérénité.

Et avec chacun de ses mouvements, elle se sentait elle aussi perdre son souffle, tout semblant de raison même, alors que son corps se collait au sien, à la recherche d'une satisfaction toujours plus grande, toujours plus brûlante et presque douloureuse aussi. Puis ce fut des cris qu'elle étouffa en mordant son épaule, et une vague de plaisir plus puissante que les autres, intense et sans fin. Elle le sentit à peine littéralement s'effondrer sur elle peu après, alors que tout son corps vivait encore un pur moment d'abandon délicieux.

Lorsqu'il s'écarta finalement pour la regarder dans les yeux, son visage à quelques centimètres du sien, elle détacha l'une des ses mains nouées derrière le cou de son amant pour venir écarter les mèches dorées qui ceignaient son front et embrasser du bout des lèvres le point rouge entre ses sourcils.

Il lui sourit tendrement.

"Tu sais que je n'ai même pas lu tes pensées?"

"Il faut bien que tu aies une raison de revenir d'Inde non? Je veux bien tenter ça à ton retour..."

"Je ne vais jamais revenir si je dois essayer de méditer en sachant ça..."

Pour toute réponse elle se mit à rire, lui volant un baiser...


Hilda déposa la pile de documents qu'elle venait de signer sur le coin de son bureau, puis fit un tri rapide parmi toutes les feuilles restantes, les organisant entre ce qui était urgent et ce qui pouvait attendre le lendemain.

Avec la préparation du rituel de résurrection puis désormais la préparation de la cérémonie relative aux saphirs, elle avait pris du retard dans ses tâches régaliennes quotidiennes, même si, avec le retour à la vie de Siegfried, elle allait pouvoir commencer à déléguer de nouveau certains sujets. Le mouvement de ses mains s'interrompit brièvement en pensant à leur dernière entrevue. Pourquoi avait-elle l'impression d'avoir été déloyale avec lui? Kanon? Elle porta brièvement ses doigts à son cou, caché par le col montant de l'épaisse robe de soie et velours blanche qu'elle portait désormais. C'était ridicule.

Elle descendit sa main puis un peu brusquement, elle saisit l'une des demandes qu'elle devait encore approuver. Surprise, elle vit l'un des noms indiqués. Ishtar? La déesse ne lui avait absolument pas parlé de ça. Apparemment, l'une des associations s'occupant d'orphelins du royaume avait reçu des fonds de la déesse et souhaitait créer un nouvel orphelinat dans l'un des bâtiments royaux inoccupés du centre ville. Ils avaient besoin de son accord pour transformer les locaux mais contribuaient en totalité au financement des travaux.

Depuis quand la déesse contribuait-elle à ce genre de projet philanthropique? Non pas qu'elle s'en plaigne. Après tout, la divinité recevait chaque semaine des malades venus de tout Asgard, mais aussi de royaumes voisins désormais alors que les rumeurs de guérison se propageaient. Et certains venaient avec bien plus de requêtes que celles d'une simple guérison. Même si elle s'en défendait, la divinité était en train de se créer, consciemment ou non, un culte bien à elle en Asgard. Hilda n'aurait été qu'à peine étonnée de voir un temple pour l'adorer s'ouvrir prochainement. De manière assez amusante aussi, Hilda avait reçu des lettres de plaintes de divers guérisseurs s'estimant victimes de concurrence déloyale...

La souveraine saisit un stylo, approuvant par sa signature la transformation de l'ancienne caserne militaire en orphelinat, mais ajoutant à la main que la couronne financerait la moitié des travaux et gardait la possession du bâtiment même si elle en concédait l'usage. L'association pourrait ainsi se servir des fonds épargnés pour financer le fonctionnement normal de l'institution.

Le document suivant était la seconde version d'un décret royal abrogeant plusieurs lois antérieures, dont celle qui concernait les naissances de jumeaux. Elle parcourut avec attention le texte, barrant quelques phrases et l'annotant par endroits. Il faudrait qu'elle pense à remercier son équipe le lendemain. Cela faisait un moment qu'elle n'avait pas pu leur accorder de temps et qu'elle les voyait à peine. Leur travail était toujours diligent pourtant.

Presque inconsciemment, elle tendit la main vers la tasse de café sur son bureau pour en boire une gorgée, sans quitter des yeux ce qu'elle lisait. Son attention fut cependant perturbée en se rendant compte que sa tasse était vide. Il fallait vraiment qu'elle pense à faire installer une cafetière ici...

Comme invoqué par la magie noire de la caféine, ce fut cet instant précis que le hasard choisit pour faire frapper à la porte de son bureau un coup bref, suivi par l'entrée du Dragon des mers qui tenait ce qui semblait être une bouteille thermos dans l'une de ses mains.

"N'y avait-il pas un garde à ma porte?" Fut le seul commentaire irrité d'Hilda, qui constata qu'il dissimulait son cosmos.

N'attendant aucune autorisation et après avoir haussé les épaules, le général de Poséidon vint s'asseoir dans l'un des sièges de l'autre côté du bureau et déposa sans un mot la bouteille près de la tasse de la Prêtresse.

Elle fixa son regard acier à celui aigue-marine du général, qui l'observait calmement, désormais assis face à elle. Tout de noir vêtu, il avait une tenue en parfait contraste avec la sienne, d'un blanc pur.

"Je voulais vous offrir des fleurs pour me faire pardonner, mais je me suis dit que du café vous serait plus utile." Finit-il par dire, l'air contrit.

"Il va vous falloir bien plus que ça Kanon." Elle pointa brièvement l'index vers son propre cou, caché par le col de sa robe mais où ils savaient tous les deux quelles traces il lui avait inscrites sur la peau le matin même. "Je ne suis pas du bétail que l'on peut marquer à sa guise. Vous pouvez sortir."

Il soutint son regard empli de colère, ignorant l'ordre.

"Je suis désolé... " Kanon ne put s'empêcher de sourire. "Je ferai attention... la prochaine fois." Il vit une lueur incrédule se refléter dans les yeux de la prêtresse qui répliqua de manière cinglante et en visant parfaitement juste.

"La prochaine fois? Vous êtes toujours aussi naturellement prétentieux? D'expérience, ça cache souvent un gros problème d'infériorité. Une petite peur d'être moins bon que votre jumeau peut-être? Ce serait sans doute fondé. Tout comme Poséidon, il a de bien meilleures manières que les vôtres."

Le Dragon des mers plissa les yeux sous l'attaque. Elle vit l'angle de sa mâchoire se contracter et comprit immédiatement qu'elle avait visé juste.

"Je ne suis pas votre ennemi Hilda."

"Alors cessez de vous comporter comme tel. Je ne tolère pas le manque de respect." Gronda-t-elle. Et ce n'était pas la moindre de ses qualités. Il en était conscient. Sa capacité à lui renvoyer ses propres erreurs au visage était aussi ce qui l'attirait chez elle. "J'ai du travail Kanon. Que vouliez-vous?"

"Poséidon accepte votre proposition en cas de conflit contre Zeus. Il est également prêt à accepter de libérer Odin de son exil, suite à ma demande personnelle. Mais son accord a un prix."

"La mort de Zeus libérera Odin. La volonté de Poséidon n'a rien à voir là-dedans."

"Au contraire, c'est Poséidon qui est le suzerain direct d'Odin. Pas Zeus."

"Je devrais vous croire sur parole?"

"Interrogez donc Ishtar. Elle a vécu les guerres de conquêtes des olympiens. Elle connaissait personnellement Odin. Vous savez qu'elle est neutre."

"Cela voudrait dire qu'Odin est soumis à la volonté de Poséidon? Mais dans ce cas, pourquoi avoir toujours laissé son indépendance à Asgard?"

"Parce que c'était les termes de l'accord de partage négocié entre les olympiens." Elle secoua la tête.

"C'est ridicule."

"C'est un fait avéré. Tôt ou tard, vous et les guerriers divins allez devoir servir Poséidon vous aussi. Et c'est une réalité que j'ai pour devoir de mettre en œuvre. Mais je voulais vous avertir, par respect pour vous. Je vous aurais prévenue. On ne peut pas être trahi, si on est prévenu... "

"M'avertir ? Vous ne pouvez nous forcer à rien!"

"Ne sous-estimez pas Poséidon. Lui non plus n'est pas votre ennemi. S'il libère Odin, ce sera un véritable renouveau pour Asgard. Vous le savez."

"Je ne peux pas me battre pour libérer Odin de son exil pour ensuite accepter de lui mettre des chaînes à nouveau dans son propre royaume."

"Je le sais. Je respecte votre décision." Il la regarda pensivement puis se leva, avec pour une fois un air sincère sur le visage. "Si nous sommes voués à servir des divinités qui ont des intérêts contraires, n'est-il pas de notre ressort d'essayer de faire en sorte de limiter au maximum les dommages causés? Et s'ils doivent coexister en paix, n'est-ce pas aussi notre rôle de les aider à trouver la meilleure harmonie possible?"

Elle ne répondit rien. Il y eut un silence, qu'il finit par briser en s'inclinant.

"A demain Hilda."

"Demain? Je ne me souviens pas vous avoir accordé une audience."

"Rien de ce genre." Il eut un sourire amusé. "Mais il semble que je sois votre fournisseur de café nocturne désormais... Si vous voulez bien m'accorder ce privilège?"

Elle baissa le regard, saisissant la bouteille thermos qu'il avait déposée là. Elle caressa brièvement l'idée de la lui jeter au visage, mais avec ses réflexes d'homme surentraîné, ça n'aurait servi à rien elle en était bien consciente. Et par ailleurs, sa tasse vide la fixait avec un air de porcelaine désespérée attendant qu'on l'emplisse. Presque méfiante, elle dévissa le bouchon et le parfum aux notes suaves du café lui emplit immédiatement les narines. Elle le versa lentement dans sa tasse avant de la saisir pour la porter à ses lèvres, alors qu'il l'observait en attendant sa réponse.

Ce café... Ce n'était pas celui qu'ils faisaient importer en Asgard. Il était absolument incroyable. Son goût était parfaitement équilibré entre acidité et amertume, tout en dégageant des odeurs florales. Avec un telle qualité, c'était presque une honte de l'avoir mis dans un thermos. Tout en reposant sa tasse, elle jeta un regard interrogateur au Dragon des mers, qui souriait de sa réaction surprise, alors que les notes aromatiques persistaient sur son palais.

"C'est du café des montagnes bleues de Jamaïque... Il parait que c'est le meilleur café du monde." L'informa-t-il. Où s'était-il procuré un tel produit de luxe? Les réserves de Poséidon?

"Et vous l'avez mis dans un thermos... C'est un crime." Souffla-t-elle.

"Donc vous l'appréciez..." Il y eut un silence, où ils s'observèrent tels deux adversaires sur un ring.

"Je ne le déteste pas." Concéda-t-elle, parfaitement consciente qu'ils parlaient aussi bien du café que de lui en cet instant. Elle saisit son stylo de nouveau, reportant son attention sur le décret royal qu'elle devait terminer de corriger. "Vous pouvez sortir." Le congédia-t-elle sans relever le regard.

Obéissant cette fois-ci, il se tourna pour se diriger vers la porte du bureau. Il sourit cependant en entendant la voix de la prêtresse s'élever brièvement à nouveau, calme et détachée, alors qu'il allait sortir.

"A demain Kanon."