Bla Bla de l'auteur.
Auteur: Uasti
Publication du chapitre : le 28/12/2020.
Disclaimer: Masami Kurumada est l'auteur de l'œuvre originale.
RAR : Merci Libellule8, Olivier88, Rulae et Cris29 pour vos commentaires! Réponses envoyées en MP/mail. Et pour toi Olivier, pas de message mais encore un grand merci d'être fidèle au poste !
Dans ce chapitre : Le Cocyte dégèle, un thé sadique, une mère indigne, le sommeil qui ne veut pas endormir, un mariage, une partie de poker, Ishtar en cupidon, une conversation sous la lune, une promesse infernale.
Titre du chapitre en référence à la composition de Ludovico Einaudi du même nom. Je la visualise parfaitement bien en bande son pour Hadès et je l'avais dans les oreilles en écrivant certaines scènes.
Bonne lecture !
Chapitre 28 – Primavera
Debout près du bord d'une des falaises qui encadraient le lac gelé du Cocyte, Ereshkigal observait le ballet des âmes en contrebas. De par sa simple volonté, elle avait fait s'arrêter le vent glacial qui régnait habituellement en cet endroit et depuis une semaine, le lac dégelait petit à petit, permettant de libérer plus facilement les captifs. Son cosmos masqué, elle observait les spectres alors qu'ils n'avaient pas conscience de sa présence.
Encadrées par leurs gardiens, les âmes étaient tirées une à une de l'Enfer glacé pour être mises en rang puis transférées vers un autre lieu de dépôt où leurs tortures seraient provisoirement stoppées, le temps d'être jugées à nouveau selon les nouvelles lois désormais en vigueur dans le royaume souterrain et en prenant en compte les peines qu'elles avaient déjà purgées jusque là. Tous les spectres et les gardes avaient été réquisitionnés pour aider à gérer le flot énorme d'esprits, qui s'ajoutait à celui qui arrivait continuellement depuis le puits des âmes, déjà lui-même engorgé en raison de l'effondrement récent des Enfers.
Et des défilés d'âmes similaires avaient lieu dans toutes les prisons et douves infernales. Les Enfers étaient littéralement en train d'être vidés et purgés. Plus personne, à part les pires traîtres et déchets de l'humanité, ne pourraient plus jamais être condamnés à des peines éternelles.
La roue du samsara allait pouvoir tourner de nouveau. Les âmes allaient pouvoir être jugées, effectuer leur peine et apprendre de leurs erreurs avant de pouvoir enfin se réincarner.
La tâche était immense.
Cela faisait une semaine qu'Ereshkigal avait rassemblé les spectres et annoncé rétablir les anciennes lois de manière rétroactive. Et depuis, les juges et leurs assesseurs ne dormaient plus alors que les tribunaux ne désemplissaient pas, au vu de la quantité de jugements à refaire...
Le comble de l'horreur pour l'armée d'Hadès avait sans doute été atteint lorsqu'elle leur avait annoncé interdire toute violence gratuite et non justifiée contre les âmes, dés lors qu'il ne s'agissait pas de l'application stricte d'une peine.
Une semaine donc, que la déesse avait mis un retentissant coup de pied dans la fourmilière des Enfers et le pandémonium qu'elle y avait trouvé.
Une semaine aussi que les dieux jumeaux lui avaient révélé, lorsqu'elle avait été les voir, après son entrevue avec Hadès, le pourquoi de tout cet immense gâchis.
Il tenait en un mot : vengeance...
Là où, auparavant, Hadès avait été juste et noble, le dieu des Enfers avait voulu tout pervertir et détruire par esprit de vengeance, aveuglé par sa propre peine et sa douleur. Tout cela parce qu'il était en deuil. Les Enfers avaient été transformés suite à la première guerre sainte et à la mort de Perséphone... Les âmes humaines, Athéna, la Terre... tout devait être torturé, tué ou détruit.
Et pire que tout, la déesse avait appris que Perséphone était encore là. Physiquement présente bien que morte et conservée en Elision tel un trésor inestimable. Voilà pourquoi Hadès était mort vivant. Voilà la cause de toute cette gangrène: le corps qui refusait de pourrir de la défunte reine des Enfers à cause du Prince des Ténèbres qui refusait d'accepter sa mort... Ce qu'Hadès avait fait était contre nature. Pour conserver Perséphone auprès de lui, il avait rendu immortel un corps humain. Et au lieu de rompre ce lien à la mort de sa femme, il avait laissé son essence de dieu être liée à une dépouille, pour lui éviter la lente décomposition de tout être mortel. Et tant qu'elle serait là, il serait lié à elle. Empoisonné par la mort elle-même. Etait-il seulement conscient de la destruction qu'un tel lien contre nature pouvait engendrer?
Lorsqu'Ereshkigal avait dit à Hadès que son âme empestait comme une charogne divine, elle n'aurait jamais pensé avoir visé aussi juste.
Les titans lui avaient tout révélé, sans rien omettre. Après l'avoir observée et constaté le pouvoir qu'Hadès lui avait confié, les dieux jumeaux avaient décidé qu'elle était sans doute leur meilleure chance de faire évoluer Hadès là où eux-mêmes n'avaient jamais pu le raisonner. Les dieux jumeaux n'avaient pas cherché à trahir Hadès en lui révélant tout ceci... Ils étaient en réalité inquiet pour lui, qui semblait s'éteindre de jour en jour depuis sa défaite contre Athéna et sa résurrection. Devait-elle les croire sur parole? Elle ne pouvait que constater l'état d'Hadès cependant...
L'ironie du sort était à peine croyable. Un dieu de la mort qui n'acceptait pas de finir son deuil. Et elle... Elle qui se retrouvait à devoir essayer quoi? De le sauver de lui-même? Après qu'il lui eut arraché Azura? Les titans étaient vraiment désespérés pour lui faire une telle requête. Elle était tentée de traiter le mal à la racine mais détruire Perséphone risquait de faire totalement sombrer Hadès... Même les titans n'avaient rien osé... Comment le dieu de la mort avait-il pu perdre la raison à ce point?
L'irritation d'Ereshkigal n'arrivait pas à redescendre.
Et pour couronner toute cette situation, sa garce de sœur jumelle était en vie. C'était bien Ishtar qui avait ramené à la vie Hadès lors de sa dernière défaite, pour éviter la destruction totale des Enfers... Avec qui avait-elle donc couché cette fois-ci pour arriver à ses fins et survivre jusqu'ici? Avait-elle séduit Zeus pour échapper à la destruction de Babylone? Etait-elle sa maîtresse depuis?
Ereshkigal avait peut-être le sang empoisonné, mais elle ne se réjouissait pas du mal et n'utilisait pas son pouvoir pour nuire pour le plaisir.
A l'inverse d'elle, Ishtar redonnait la vie et était adorée pour cela. Mais elle n'avait jamais engendré que guerres et chaos... Son esprit était aussi empoisonné que son sang était parfait. Elle riait des notions de bien ou de mal, de justice ou d'injustice, de lâcheté ou de bravoure. Pour elle, aucune loi ne régissait l'univers si ce n'était l'anarchie. Elle ne reconnaissait que son propre intérêt, le sexe et le chaos qu'elle adorait engendrer autour d'elle-même sans se soucier des conséquences dés lors que cela servait sa cause.
Ishtar avait toujours été la plus maléfique d'entre elles, mais personne n'avait jamais voulu voir la réalité en face. Et elle était en vie...
Son irritation, déjà presque à son comble, monta d'un cran.
En serrant le poing et à distance, Ereshkigal fit s'effondrer à terre un spectre qui, en contrebas, s'était mis à frapper une âme exténuée pour la forcer à aller plus vite. Le reste des troupes se figea en se rendant compte qu'elle était là et les observait de son point de vue élevé, sa silhouette fine se détachant du haut de la falaise alors que sa main brillait de son cosmos blanc.
Tous les spectres étaient terrifiés par elle. Elle le savait. Elle avait passé la semaine à aller d'une prison à l'autre, inspectant le travail effectué et punissant sans merci et sans sommation les spectres et les gardes qui déviaient des consignes données, avec juste ce qu'il fallait de cosmos pour leur causer une douleur atroce sans les tuer. Ils avaient désormais tous l'impression qu'elle était constamment tapie dans l'ombre, à les surveiller. Et c'était parfait ainsi. Elle avait des millénaires de traditions et de comportements sadiques à corriger parmi les troupes.
Elle les observa tous un à un, de son point de vue, sans bouger, avant de finir par relâcher sa proie, qui resta agenouillée au sol, tremblante et sonnée.
Puis elle disparut sans une parole, dans un éclat de cosmos, les laissant à leur tâche, bien certaine qu'ils avaient compris la leçon.
Assis sur un rocher au milieu des vagues, un livre posé sur la pierre près de lui, Poséidon tenait une tasse de thé en main tout en observant pensivement le Dragon des mers, qu'il tenait dans ses filets. Belle prise, qui, depuis le début de son entraînement, n'avait toujours pas réussi à s'échapper. Kanon avait beau tenter d'user de son cosmos, il perdait son énergie en vain contre l'emprise de l'olympien. Cela faisait plus d'une semaine qu'ils avaient démarré cet exercice et le Dragon des mers n'avait toujours pas réussi à se libérer seul.
Le dieu des océans sourit, puis but une gorgée de thé brûlant, appréciant les notes amères et presque au goût de cuir du breuvage. Devait-il aider son nouveau disciple ou le laisser se démener encore un peu? Mais le temps pressait et après tout, il avait d'autres projets pour lui...
Dans un tintement de porcelaine, la tasse et sa soucoupe furent posées sur le rocher, près du livre, alors que Poséidon se levait pour s'approcher tranquillement de Kanon, debout et immobilisé quelques mètres plus loin sur la plage.
Après s'être téléporté, le dieu apparut à peine à quelques centimètres de son général, l'observant de son regard bleu clair avec l'œil intéressé d'un scientifique observant un rat de laboratoire. Si proche, son souffle pouvait caresser le visage de l'humain face à lui.
Ils formaient une étrange vision: le Dragon des mers avec son écaille d'un côté, et le dieu des océans, pieds nus dans le sable, vêtu simplement d'un large pantalon de lin blanc donc le bas était mouillé et d'une tunique de la même matière, brodée au col par des fils d'argent, qui se faisaient face en silence alors que le général était tenu immobile par la simple volonté de son maître.
"Dragon des mers, as-tu oublié le conseil que je t'ai donné avant de démarrer notre entraînement? Ne vois-tu toujours pas l'invisible dans mon emprise sur toi? Ne vois-tu pas le schéma de cette attaque?" Finit par demander Poséidon d'un ton presque paternel. "Analyse le cosmos qui t'étreint et cesse de lutter contre. Observes simplement."
Kanon fronça les sourcils, essayant de se concentrer. Le cosmos du dieu qui le tenait immobile était immensément puissant. Il était presque impossible de distinguer à quels endroits son cosmos était plus ou moins intense. C'était comme de chercher une lumière en particulier alors que le soleil vous aveuglait. Son aura était si puissante qu'elle semblait n'être qu'une immense énergie indistincte.
Kanon cessa de diriger sa propre énergie vers l'extérieur, pour tenter vainement de dissiper l'aura du dieu qui l'entourait.
"Très bien, sers-toi de ton cosmos pour analyser le mien désormais, en plus des sensations que ressent ton propre corps. Ferme les yeux. Essaie de visualiser les liens dont je me sers pour t'immobiliser."
Kanon mit plusieurs minutes avant d'apercevoir à travers son aura un courant légèrement plus fort par endroit. C'était comme si le cosmos du dieu, dans lequel il baignait complètement, créait par endroit des fils plus denses, enserrant certaines parties de son corps, mais de l'intérieur.
"Vois-tu ma toile?"
"Oui, je crois que oui."
"As-tu un cosmos suffisant pour détruire le mien?"
"Non, bien sûr que non."
"Est-ce que je te tiens physiquement Kanon?"
"Non, c'est votre cosmos qui..."
"Mon cosmos. Qui tient quoi donc? Ton corps? Ou ta propre énergie? Si tu comprends, il est facile pour toi de te délier Dragon des mers. Il te suffit de voir l'invisible dans mon attaque et de devenir invisible toi-même là où c'est nécessaire."
"Invisible? Faire disparaître mon énergie?!" S'écria Kanon. Mais cela était impossible. On pouvait dissimuler son énergie. Mais la faire disparaître totalement?
"Là où cela est nécessaire. Ou encore mieux, tu pourrais tout à fait essayer de me faire croire que je te retiens encore en créant une illusion à la place. Tu es assez doué pour cela non? Essaie Kanon. Essaie de faire disparaître ton cosmos. Totalement." Poséidon fit apparaître sa tasse de thé entre ses doigts, avant d'en boire une nouvelle gorgée. "Cependant, pour que notre entraînement soit efficace je dois malheureusement te mettre en conditions réelles. Et par ailleurs, j'ai dû te donner un nouvel indice. Tu n'auras jamais ce genre d'aide sur le champ de bataille... Je te prie donc de m'excuser de ce que je vais faire."
Kanon ne put retenir un cri de pure douleur alors que le cosmos de Poséidon s'intensifiait, lui infligeant désormais une douleur aussi intense que celle que Zeus lui avait fait subir. Des gouttes de sang tombèrent sur le sable, alors qu'il se mettait à saigner du nez.
"Libères-toi vite Kanon... Je n'ai pas envie de tuer mon propre bras droit et le futur roi d'Asgard..." Plaisanta le dieu, mi ironique, mi sérieux, avant de tourner le visage vers la mer, qui venait lécher calmement le sable fin de sa crique privée. "Et essaie de souffrir ou de mourir de douleur en silence veux-tu? Tu m'empêches d'entendre le chant des vagues." Ajouta-t-il d'un ton parfaitement neutre et d'un calme proprement olympien, avant de boire à nouveau une gorgée de thé.
"Comptez-vous réellement lui laisser le trône des Enfers votre Majesté?"
Hadès releva le regard de la page de partition qu'il était en train de lire. Les notes de musique résonnant dans son esprit au fur et à mesure qu'il lisait disparurent, laissant place au silence suite à la question d'Hypnos. Le titan le fixait de ses yeux dorés et se tenait assis à quelques pas, sur une rambarde de marbre blanc. Un vent léger faisait voler leurs longues chevelures, de couleurs opposées, or et jais.
Ils étaient tous les deux sur l'une des terrasses du temple principal dédié à Hadès et de cet endroit élevé, le panorama enchanteur d'Elision s'étendait face à eux à perte de vue.
"Ta nouvelle composition n'était donc qu'un prétexte pour me parler? As-tu donc besoin de cela pour venir me voir désormais?" Dit Hadès en montrant les feuillets au titan.
"Vous n'étiez pas sorti depuis des jours, vous avez même cessé de peindre à nouveau, j'ai souhaité vous pousser à voir le ciel d'Elision votre Majesté."
"Le ciel?" Murmura Hadès. Il s'approcha d'Hypnos, assis sur la rambarde. Au loin, le soleil était bas et éclairait tout d'une superbe lumière orangée. Le dieu de la mort n'arrivait pas à en sentir les rayons pourtant. Il ne sentait que le froid. Un froid sépulcral.
En silence, le titan pointa le doigt vers l'horizon.
Hadès suivit la direction indiquée du regard. Au loin, il constata la réapparition de ce qui avait disparu depuis des millénaires. En haut d'immenses escaliers en ruine, un puits de lumière pulsante brillait paisiblement. Bien sûr qu'il avait ressenti ce qui s'était produit. Exactement comme il avait perçu tout ce qui s'était passé aux Enfers. Qu'attendait donc le titan? Pensait-il qu'il devrait être en colère qu'Ereshkigal ait ouvert à nouveau l'accès à Elision pour ceux qui en étaient dignes?
"Que souhaites-tu me dire Hypnos? Je vois ce que fait Ereshkigal. Elle peut même dégeler le Cocyte." Il eut un sourire ironique. "Cela me laisse de glace."
"Pourquoi la laissez-vous reconstruire ce que vous avez passé des millénaires à détruire?" Demanda le dieu du sommeil.
"Construction ou destruction... Ma volonté n'est plus qu'une illusion. Je suis lié à Zeus. Je ne peux plus ni attaquer Athéna ni faire régner la mort sur ces humains qu'ils aiment tant tout les deux et qui m'ont arraché ce que j'avais de plus précieux. Mon frère m'a ordonné de reconstruire les Enfers, mais..." Il ne termina pas sa phrase.
"Alors vous laissez Ereshkigal le faire à votre place votre Majesté? Parce que vous ne souhaitez pas le faire vous-même?"
"As-tu jamais été seul Hypnos? Totalement seul? Non n'est-ce pas... Tu as toujours eu ton frère, même lorsque vous avez trahis les autres titans pour me rejoindre, vous étiez deux." Hadès détourna son visage de la vue face à lui pour observer son fidèle serviteur. "Même lorsque vous êtes morts, vous saviez que vous reviendriez à la vie, tôt ou tard. Mais si tu le perdais définitivement. Que te resterait-il? Verrais-tu encore les couleurs face à toi?"
Le titan ne répondit rien, baissant le regard alors qu'il se rappelait de sa propre mort, avant qu'Hadès ne les aide à revenir plus rapidement à la vie, lui et son frère, alors que leurs âmes erraient entre les mondes, cherchant à se réincarner.
"Imagine avoir les pouvoirs d'Ereshkigal. Qui ne serait pas devenu fou ou malade d'une telle malédiction? Pourtant non seulement elle en a tiré de la force, mais elle a créé un empire en Azura. Tu sais comme moi que c'est un monde de carnage, violent et instable. Elle avait pourtant réussi à y bâtir des cités et un pouvoir stable. Et même maintenant, alors que je la retiens ici et que je lui donne le choix entre me servir ou risquer la mort, regarde ce qu'elle accomplit, non pas par volonté de survivre, mais parce qu'elle pense que c'est son obligation morale de divinité. Elle transcende sa condition. Voilà pourquoi je la laisse régner en mon nom."
Le titan observa le visage sans émotion de son maître, qui regardait toujours l'horizon d'Elision et la lumière irréelle qui pulsait au loin, se mêlant au rouge des rayons du soleil couchant.
"Vous savez qu'elle vous trahira votre Majesté." Hypnos frémit, alors qu'Hadès avait désormais posé son regard sans émotion sur lui et l'examinait.
"Oui. Elle est mon égale. Elle n'a aucune raison de me servir à long terme."
"Thanatos et moi avons fait le serment de vous défendre."
"Suis-je menacé par elle? Vous ne sembliez cependant pas si hostile à son égard ton frère et toi..." Répondit Hadès. "Je sais que vous l'avez aidée à trouver les anciennes lois. Je sais également qu'elle a passé de longues heures avec toi et ton frère après être venue me voir. Et qu'elle a disparut d'Elision depuis... Essayez-vous de faire d'elle votre pantin de la même manière que vous influenciez Pandore? Elle ne sera pas aussi aisément manipulable qu'une humaine..."
"Nous cherchions à éprouver sa véritable nature." Répondit Hypnos après un silence. "Nous la respectons. Pour le moment."
"Tu la respectes alors que tu penses qu'elle va me trahir?"
"Les Enfers sont une cage trop petite pour elle votre Majesté. Elle finira par retourner en Azura, sauf si vous lui donnez une raison valable de rester ici vous servir. Vous le savez n'est-ce pas?"
Hadès observa son bras droit, ne semblant pas perturbé plus que cela.
"Quelle est la question derrière ta question Hypnos? Quel est le but de tout ceci? Que je m'assure qu'Ereshkigal ne me trahisse pas?" Finit-il par demander.
"Pour faire régner les véritables ténèbres, vous devez redevenir le dieu que vous étiez, libre de Zeus, libre de sa Majesté Pers..."
"Je t'interdis de prononcer son nom." Trancha la voix soudainement menaçante du dieu des Enfers.
"Thanatos et moi porterons éternellement la responsabilité de ne pas avoir pu la protéger d'elle-même votre Majesté. Et nous ne pouvons pas vous protéger de vous même. C'est pourquoi nous vous implorons de laisser libre Ereshkigal de tout serment envers vous. Qu'elle soit libre de vous trahir si besoin, si Zeus venait à vous ordonner ce qui va contre votre nature. Nous pensons qu'elle partage la vision que vous aviez, avant toutes les guerres saintes..."
"L'Hadès des temps mythologiques n'existe plus Hypnos. J'ai compris que je ne pouvais faire de la mort ni une délivrance, ni une rédemption. Et puisqu'en faire une punition ne me permet pas non plus de corriger l'humanité et que je n'ai plus le droit d'éradiquer celle-ci, tout ce qui se passe aux Enfers ou en Elision ne m'importe plus. Je souhaite me rendormir Hypnos. Lorsqu'Ereshkigal aura fini de transformer les Enfers et en aura pris la charge définitivement, je retournerai dans mon caveau. Je suis certain que tu sauras me créer un rêve magnifique et éternel."
"Je vous supplie de ne pas me demander cela, votre Majesté."
"Ne viens-tu pas de dire que tu as fait serment de me servir? Mais tu as raison. Il me reste un devoir à accomplir avant cela. Toute reine mérite la protection de son roi." Il eut un sourire. "Même si la reine en question est très bien capable de se défendre seule, tu peux me croire."
Ishtar n'arrivait pas à en croire ses yeux. Face à elle qui venait d'ouvrir la porte de sa propre chambre, Kanon était en train de tousser et de cracher du sang et cet idiot d'ampleur galactique affichait un sourire heureux parce qu'il avait réussi à mettre le pied dans un foutu cercle dessiné dans du sable. Et son frère jumeau qui le soutenait était en train de le féliciter en plus.
"Tu ne mérites même pas que je te soigne." Fut le seul commentaire de la déesse.
"Arrête d'être aussi cruelle. Essaie de faire bonne figure devant Saga au moins." Répondit Kanon avec un clin d'œil, alors qu'il avait enfin cessé de tousser. Il soupira de bien être en sentant le cosmos d'Ishtar le traverser. Puis grogna alors qu'elle lui assénait un coup sur le crâne.
"Espèce d'idiot. Tu ne pouvais pas demander à Poséidon de te remettre un peu en état avant de rentrer ici?"
"Bah il l'a fait justement. Mais il n'est pas aussi efficace que toi..."
Le sourire d'Ishtar s'effaça alors que Saga prenait la parole.
"Dans quel état exactement étais-tu Kanon?"
"Tu ne préfères pas le savoir."
"Tu es volontaire pour te faire torturer?" Grinça Ishtar.
"Je suis volontaire pour devenir plus fort." Riposta très sérieusement le Dragon des mers, jetant un œil à son jumeau, où il lisait la compréhension que seul un autre chevalier pouvait avoir dans le regard, puis à Ishtar, dont le visage reflétait de la colère.
"Vous me fatiguez toi et Shaka, à essayer de devenir toujours plus forts et puissants... Vous allez finir en morceaux et à la fin, c'est toujours moi qui vais devoir recoller les pots cassés. Même Mime commence à vous ressembler. Ca me déprime!"
"C'est la destinée de tout chevalier. Devenir le plus puissant possible pour défendre ses idéaux."
"Je n'ai jamais été idéaliste Saga. Les idéaux sont dangereux. Quand la foi dans des symboles remplace la raison et le bon sens, tout est possible, même de combattre pour le mal en pensant sincèrement faire le bien."
"Ishtar..." Grogna Kanon, alors que son frère blêmissait.
"Non, elle dit la vérité. J'ai profité du dévouement des chevaliers et de leur foi en Athéna pour faire le mal et même transformer certains d'eux en tueurs pour des exécutions purement arbitraires. Et toi aussi, tu as profité de la loyauté des troupes de Poséidon... Les idéaux peuvent être dangereux s'ils sont dévoyés. Elle a raison. "
"J'ai toujours raison. C'est la règle numéro un ici." Sourit la déesse, les invitant à entrer alors que Kanon haussait un sourcil ironique et que Saga souriait.
"C'est noté, votre divinité." Les deux jumeaux allèrent s'installer dans le canapé de l'entrée de la chambre, face à la cheminée.
"Kanon, prends des notes, voilà! Exactement comme ton frère, je veux tout pareil! Enfin un homme qui sait parler aux femmes!"
"Tu n'en peux plus de Shaka et moi?! Mais c'est moi qui n'en peut plus de toi, tu le sais?!"
La babylonienne se mit à rire.
"Tiens donc le même discours demain quand Poséidon t'auras encore transformé en pâtée pour chat et que tu viendras me demander de te soigner. Tiens d'ailleurs en parlant de ça, il est passé où Voltaire? Il a encore fugué? Ca fait une semaine que je n'ai pas vu cette boule de poils."
"C'est seulement maintenant que tu t'inquiètes? Il est parti en Inde avec Shaka."
"Les traîtres. Ce sont tous les deux des fourbes qui m'abandonnent lâchement.." Grogna la déesse.
"Tu avais autorisé le départ de Shaka non?"
"Il n'a jamais parlé du chat! Non mais sérieusement?! C'est comme de se barrer avec les gosses quand on se sépare!" Explosa-t-elle.
"Tu n'as pas l'impression d'exagérer? "
"Absolument pas."
"J'espère tout de même que si tu avais des enfants, tu te rendrais compte de leur disparition un peu plus vite... Je crois que Shaka a eu raison de le prendre avec lui, il te connaît trop bien, mère indigne..."
"Pfff..." Répondit hautainement la déesse, croisant les bras et fronçant les sourcils. "Je vais me venger sur toi Kanon. Saga, observe je te prie. Il n'y a pas que Poséidon qui peut torturer Kanon ici. Je vais enlever le sourire narquois du visage de ton frère en exactement une phrase."
"Ishtar tu n'oserais pas..." S'alarma le Dragon des mers, mais c'était trop tard.
"Tu en es où de ton trafic de café? "
La question demeura sans réponse, Mime ayant choisi d'entrer dans la chambre d'Ishtar à cet instant précis pour proposer aux deux autres d'aller s'entraîner avec lui.
"Hagen m'a demandé de l'épouser..."
Surprise, Hilda tourna le visage vers sa jeune sœur, qui la regardait comme si elle avait peur de se faire gronder. Avec ses éternels caches oreilles surmontant sa tête blonde et ses grands yeux verts clairs, elle ressemblait à une poupée encore presque enfantine. L'excitation de Freiya et son bonheur, pourtant parfaitement perceptibles dans son visage rougissant et timide, firent sourire avec douceur la prêtresse d'Odin.
"J'espère que tu as dis oui? Je suis heureuse pour toi ma sœur. Hagen est juste et bon et il semble avoir profondément muri depuis qu'il est de retour parmi nous. Je n'aurais pas pu te trouver un meilleur parti."
"Tu... tu approuves notre union?"
"Bien sûr. En tant que souveraine et en tant que seule famille qui te reste, vous avez tous les deux ma bénédiction. Tu mérites tout le bonheur que tu puisses avoir Freiya..."
Les chaînes entourant la taille de la robe vert pâle d'Hilda cliquetèrent alors que sa sœur se jetait avec force dans ses bras, la serrant contre elle presque à l'en étouffer.
"Merci, merci, merci Hilda! Tu ne peux pas savoir comme je suis heureuse!" Sa sœur resserra encore plus son étreinte.
Il y eut un silence, alors que les flocons tombaient tout autour d'elles, dans les jardins privés qui étaient réservés à la prêtresse d'Odin. Le froid était oublié, remplacé éphémèrement par la chaleur d'une étreinte douce.
"Tu vas m'étouffer à ce rythme." Plaisanta à moitié Hilda, ce qui poussa sa sœur à s'écarter un peu, un large sourire béat aux lèvres. "Avez-vous une idée de date?" Demanda l'aînée, attendrie malgré elle.
"Non pas encore! Le plus vite possible!" Freiya battit des mains. "Je suis tellement heureuse!"
"Un mariage d'amour..." Murmura Hilda. "Parfois, je t'envie cette liberté absolue que tu as toujours eue..."
"Que dis-tu voyons? Tu auras toujours Siegfried à tes côtés! C'est l'homme le plus puissant d'Asgard et... "
"Et nous avons été virtuellement fiancés dés notre naissance. Tout comme j'ai été liée à ma charge de souveraine dés la naissance. C'est égoïste de ma part je le sais, au vu de l'honneur que j'ai à pouvoir faire régner la volonté d'Odin, mais parfois, j'aimerais juste être un peu plus comme toi, un oiseau libre de toute cage..."
"C'est normal d'avoir des doutes grande sœur! Même moi j'aime Hagen mais ça me fait un peu peur! Mais tu es la meilleure reine qu'Asgard puisse avoir! J'ai toujours été tellement fière d'être ta petite sœur!"
Hilda sourit.
"Cela ne devrait-il pas être à moi de te rassurer et de te féliciter à nouveau? Viens, allons fêter ce grand jour toutes les deux devant un bon feu! Je suis certaine qu'il doit y avoir dans les cuisines certains de ces gâteaux que tu aimes tant."
"Des nouvelles de Camus?" Milo fixa son regard à celui d'Angelo, qui venait de poser la question.
"Pas plus que toi d'Aphrodite j'imagine..."
Un silence tomba entre les deux hommes, alors qu'Angelo portait sa bière à ses lèvres et que Milo, l'air sombre, rebattait le tas de cartes, tandis qu'un peu plus loin depuis la cuisine, ils entendaient Shura, Aiolia et Mu en train de rire alors qu'ils étaient partis chercher des ravitaillements pour leur soirée poker en cours dans le salon du Scorpion.
"La vraie bonne nouvelle dans ce bordel, c'est qu'on va récupérer Kanon pour nos soirées Poker! Le règne de terreur de Mu est bientôt terminé! " Souffla Angelo.
Milo posa brusquement le jeu de cartes contre la table.
"Ne plaisante pas Angelo. Ils ont failli s'entre tuer! Si nous n'étions pas intervenus, Aphrodite aurait été congelé sur place..."
"Tu rêves, de mémoire c'est Camus qui pissait le sang... Tu es frustré qu'Aphro ait montré ce qu'il avait dans le ventre? Vous l'avez toujours tous sous estimé à cause de sa belle gueule. Camus aura appris sa leçon." Les deux se jetèrent un regard noir. "C'est un enfoiré pire que moi si c'est lui qui avait enfermé son propre disciple au Cap Sounion."
"Tu le traites d'enfoiré encore une fois et je te fais ravaler tes dents." Gronda Milo.
"Excellente idée, battez-vous, comme ça vous finirez à l'isolement avec eux, ça leur tiendra compagnie dans les sous-sols du temple d'Athéna." Les interrompit Aiolia, déposant sur la table un immense bol empli de chips alors que Shura déposait un nouveau pack de bières.
"Ils sortent demain. Au lieu de vous échauffer les esprits, vous devriez plutôt réfléchir à parler avec eux pour les raisonner." Appuya le Bélier.
En silence, Shura reprit sa place à table et se saisit du paquet de cartes, les mélangeant rapidement avant de les distribuer.
"Franchement toute la chevalerie est en déliquescence. Poséidon qui manipule Aphrodite pour voler l'urne et Isaak qui est pourtant libéré... Saga et Kanon qui trafiquent je ne sais pas quoi en Asgard, et Shaka qui nous fait une virée hippie en Inde, y'a que moi qui pense qu'un truc du genre pas clair est en train de se profiler à l'horizon?" Demanda Milo.
"Et encore t'as pas vu la gueule du puits des âmes en ce moment..." Pensa Angelo, s'attirant les regards des quatre autres et se rendant ainsi compte aussitôt qu'il avait parlé à voix haute. "Ca grouille de spectres et c'est le bazar." Résuma-t-il. "Pas de quoi s'alarmer pour le moment. Je surveille discrètement la situation pour le Pope."
"Bah va falloir travailler ta discrétion." Se moqua Shura.
"Pour la discrétion, c'est clair qu'il y a du travail. On parle de l'homme qui voulait s'introduire en armure dans le quartier des femmes pour voler leurs masques..." Persifla Milo, qui se fit insulter par le Cancer en réponse, alors que Mu baissait la tête sur ses cartes en se demandant ce qu'il faisait là et qu'Aiolia et Shura se mettaient à rire de l'anecdote devenue légendaire parmi les ors.
Une semaine que Shaka avait quitté Asgard. Une semaine qu'Ishtar n'avait aucune nouvelle et savait qu'elle n'en aurait aucune, pour encore potentiellement une longue période indéterminée. Comment Shaka était capable d'agir ainsi, l'aimer sans retenue une nuit entière puis disparaître le lendemain, ça la dépassait. Mais elle respectait sa décision et n'avait donc elle-même rien fait pour chercher à entrer en contact avec son cosmos. Elle le laissait libre. Y compris libre d'elle si c'était ce qu'il souhaitait. Et il avait embarqué avec lui le Truc... Décidément, il était vraiment un bouddhiste timbré. Timbré mais plein de ressources... Cet homme... Toujours insaisissable malgré tout. Il lui manquait.
Ishtar soupira, puis posa sa tête contre l'épaule du Dragon des mers, qui lui servait bien malgré lui d'ours en peluche de substitution. Ils étaient désormais assis dans le canapé de la chambre de la déesse et il essayait de lire alors qu'elle regardait les flammes, perdue dans ses pensées.
Ils étaient seuls, alors que Saga et Mime étaient partis s'entraîner ensemble, puisque Kanon avait décliné l'offre de se joindre à eux, ayant eu sa dose d'entraînement suite à sa session du matin avec le dieu des océans. Il était resté avec Ishtar cependant, qui lui avait demandé de lui tenir compagnie.
Elle finit par rompre le silence confortable qui s'était installé entre eux.
"Tu as la mine plus sombre que moi Kanon... Tu peux me dire ce que tu me caches depuis plusieurs jours? Malgré l'arrivée de Saga tu respires la mélancolie dés que tu penses que je ne t'observe pas."
"J'ai une mission à accomplir pour Poséidon."
"Et...?"
"Je ne peux pas en parler, même à toi."
"Très bien. Donc ça n'a pas de rapport avec Hadès et notre petite découverte de ce qu'a fait Zeus? Pendant un moment, je me suis demandé si Poséidon ne t'avait pas désigné comme messager pour t'envoyer aux Enfers..."
"Il compte le lui annoncer lui-même. Aux dernières nouvelles, il n'y a pas l'électricité aux Enfers... Poséidon veut organiser une rencontre à la surface, mais sans éveiller les soupçons de Zeus, afin de lui montrer l'enregistrement. Il est en train de tout planifier."
"Si son plan se sert encore de moi comme distraction pour Zeus, ça va lui coûter un bras." Elle eut un sourire malicieux. "Mais revenons à toi. Laisse moi deviner d'accord? Réponds par oui ou non. C'est si grave que ça?"
"Oui."
"Et ça te pose un problème d'exécuter tes ordres?" Il ferma son livre et le posa sur l'accoudoir du canapé.
"Oui et non."
"Tu vas devoir faire le mal?"
"Oui et non."
"Penses-tu que tu es contraint de faire le mal?"
"Non. C'est mon choix."
"A tout hasard, ça n'a aucun rapport avec le fait que la cérémonie concernant les saphirs d'Odin a lieu demain soir et que j'avais surpris Krishna dans la bibliothèque du palais, en train de chercher des éléments sur eux... "
"Ishtar... Arrête. Je ne peux pas en parler. Surtout pas ici. Odin est partout."
"Je n'ai qu'une vague idée. Mais... Tu vas perdre Hilda si c'est ce que je pense."
"Je ne l'ai jamais eue." Dit-il en fixant les flammes face à eux.
"Je crois que tu te trompes. La souveraine en elle sait qu'elle doit épouser Siegfried. Mais la femme en elle... Je pense que tu l'intrigues et que tu l'attires... Contre son devoir de souveraine. Contre son devoir de prêtresse. Je vois comme elle te regarde parfois. J'ai trop vu cette expression pour ne pas la reconnaître. Ne joue pas avec elle si tu t'engages réellement là dedans. Tu ne crains pas grand chose. Mais elle a tout à perdre et c'est une femme qui mérite le respect. Elle a assez souffert."
"Je le sais."
"Et donc, tu en es conscient et tu continues à essayer de la séduire?"
"Je ne joue pas avec elle si c'est ta question. Je suis très conscient de ce que je fais et j'ai envie de voir où ça me mène. Je connais les conséquences possibles mais honnêtement... Je regretterais plus de ne pas avoir tenté ma chance et d'être resté sagement à ma place."
"Si déterminé... Et donc ça donne quoi ton changement de méthode?"
"Je me fais éjecter chaque soir de manière royale... Elle garde mon café pourtant... Elle doit vraiment être accro à la caféine... Mais tu es bien concernée par ma vie amoureuse..."
"Je t'apprécie Kanon. J'ai envie de te voir heureux et j'ai toujours eu un faible pour les causes perdues... Tu sais qu'Odin ne tolèrera jamais une telle union. Tu vas avoir besoin d'une intervention divine." Sourit-elle, alors qu'elle se lovait contre lui, passant ses bras autour de sa taille et appréciant sa chaleur.
"Avant de me passer la corde au cou, tu oublies que pour le moment je ne suis même pas en couple... Et d'ailleurs, j'apprécierais que tu arrêtes de te coller à moi comme ça. Je suis un homme et je ne suis pas insensible à ce point hein."
"Tu sers la déesse de l'amour Kanon. Ca implique des sacrifices immenses." Souffla-t-elle moqueusement. "Tu es condamné. Sois déjà heureux que mon abstinence forcée ne me rende pas encore plus câline... Encore un mois comme ça et je vais en Inde tirer Shaka loin de son monastère et pour exorciser Bouddha hors de son corps! Sérieusement, c'est quoi cet homme?! Me laisser en plan? Moi?!"
"Tes mains sont sous mon pull Ishtar."
"Oups. Désolée" Elle s'écarta, un sourire sur les lèvres. "Par amour de la paix dans le monde, je ne devrais pas t'aider à pervertir la prêtresse d'Odin, mais... Tu connais mon amour de la perversion... Si Poséidon est ton maître en combat, permets-moi d'être ton guide en matière d'amour... platoniquement bien sûr. Tout se paie en massage des pieds."
"Et quelle leçon vas-tu me donner? Comment faire fuir Hilda en Inde en trois étapes?"
"Ca c'est un coup bas... Mais ok pour les trois étapes." Ishtar leva son poing puis son pouce.
"Etape un : L'attraction physique est un préalable, mais le vrai amour ne peut naître que lorsque l'on peut voir la part désirable dans l'âme de l'autre et ça inclue sa vulnérabilité. Elle ne doit pas voir grand chose en ce moment entre ton arrogance et ton égo masculin... Tombe le masque Kanon. Tu es un magnifique écorché. Et par pitié sort de ta caverne!"
Elle leva son index en complément du pouce.
"Etape deux : Montre lui que tu apprécies ses décisions et son jugement. Montre lui du respect. Montre lui qu'elle peut trouver du soutien en toi et que tu correspond à ce qu'elle recherche. Un meneur d'homme. Un homme capable de la protéger. Un roi. Et surtout, montre lui que tu vois ses failles et que tu la respectes malgré cela ou aussi à cause de ça."
Son majeur levé vint compléter le trio.
"Etape trois : Elle succombe à tes charmes et nous pourrons envisager de faire de l'échangisme entre nos couples". Plaisanta-t-elle en riant. "J'ai hâte d'y être." Elle se colla à nouveau contre Kanon, qui grogna.
"Je ne pensais pas dire ça, mais vivement le retour de Shaka! Une semaine à être fidèle et abstinente, ça doit être un record pour toi... "
"Je ne peux pas lui reprocher d'aimer se faire désirer..."
"Et il paraît que c'est moi qui suis irrécupérable?"
"Irrécupérable comme ton sommeil cette nuit Kanon, si tu ne suis pas mes conseils et que tu n'arrives pas à dégeler la reine des glaces... Je vais squatter ton lit parce que le mien est trop froid, je te préviens! Et tant pis si toi et ton frère n'arrivez pas à dormir parce que je me sers de vous comme peluches géantes. Techniquement, vous squattez le lit de Shaka. Je n'aurais aucun scrupule."
"Mais... tu es sérieuse?!"
"Je ne l'ai jamais autant été de toute ma vie! Tu sais à quel point il fait froid la nuit ici... Mais je suis bonne joueuse et je te donne un atout pour ta prochaine livraison de café... Tu devrais jeter un œil aux textes de loi qu'Hilda a fait publier ce matin... Tu me remercieras plus tard! Allez file maintenant avant que je ne décide de te pervertir définitivement." Plaisanta-t-elle.
Seule face aux éléments, Hilda avait enfin cessé de prier et contemplait la mer couverte de glace face à elle. C'était la première fois qu'elle était revenue prier ici, sur cette jetée face à la mer, qui avait pour seul accès un vaste escalier de pierre et où elle avait été attaquée pour être soumise de force au pouvoir de l'anneau.
C'était étrange d'être ici à nouveau. Apaisant aussi. La nuit était tombée et une neige légère tombait. La lune brillait au loin, éclairant le ciel de son halo argenté et se reflétait sur l'eau et la glace. Les étoiles étaient par contre visibles de manière saccadée, cachées puis dévoilées tour à tour par les nuages. La lune semblait immense. Ce serait la pleine lune le lendemain et pour l'heure, l'astre nocturne éclairait la nuit glacée d'un halo apaisant et mystérieux.
Comme après chaque session de prière, Hilda était fatiguée et épuisée. Elle ne sentait pas le froid pourtant, trop habituée à lui. D'une main lasse, elle essuya les larmes qui avaient coulé sur ses joues. Le bas de sa robe verte et de sa cape étaient mouillés par la neige, mais elle y était indifférente. Son aura finit de se dissiper, cessant d'éclairer l'endroit, alors que seule la lumière de la lune, désormais, rendait les alentours visibles.
Elle venait souvent ici, avant. C'était une place presque secrète qui, contrairement à l'autel face à la statue d'Odin, lui permettait d'être seule et de pouvoir réellement prier en paix. C'était donc aussi l'un des rares endroits où elle n'avait ni besoin de porter le masque d'une reine, ni celui d'une prêtresse. Ici, elle pouvait juste prier sans se soucier du reste. Souvent, elle avait prié ici en pleurant, cherchant à comprendre pourquoi son peuple devait se sacrifier. Pourquoi elle-même devait se sacrifier. Elle avait beaucoup lutté, plus jeune, pour accepter son destin. Parfois aussi, elle était venue ici, juste pour hurler sa rage là où personne ne pouvait l'entendre.
Avant de devenir prêtresse, elle avait pleuré ici sa perte de liberté et toute sa rage d'être enchaînée à un tel destin, même si elle y avait été préparée toute sa vie.
Avant d'être couronnée reine, elle avait pleuré ici sa peur d'une telle responsabilité et d'un tel poids à porter.
Et aujourd'hui aussi, elle avait pleuré ici, le seul endroit où elle se le permettait. Toutes les larmes de son corps. Parce qu'elle avait peur du rituel qui se tiendrait le lendemain. Parce qu'elle avait peur de se perdre à nouveau. Parce qu'elle avait peur de devoir répondre à Siegfried aussi et de perdre le peu de liberté et le peu d'elle-même qui lui restaient. Même pour le choix de son propre compagnon, son destin lui imposait la réponse à apporter. Elle avait envié Freiya aujourd'hui et sa liberté, comme jamais auparavant.
Au delà des regrets du mal qu'elle avait causé, elle comprenait que c'était à cause de toute cette douleur et de toute cette frustration en elle que l'anneau lui faisait toujours mal. Dans le fond, elle avait souhaité une part de ce qu'elle avait commis. Une part d'elle avait toujours voulu devenir libre et en était devenue enragée et perdue, puis finalement tristement résignée.
Poséidon lui-même l'avait dit. L'anneau ne faisait que révéler les pulsions sombres enfouies dans ses porteurs.
Elle avait souhaité se libérer d'Odin et libérer son peuple. Vivre sous des cieux plus cléments. La méthode avait été maléfique. Mais l'intention l'était-elle? Ses propres rêves étaient-ils donc maléfiques?
Et demain... Odin verrait tout cela. Elle le savait. Elle qui l'avait trahi. Elle qui souhaitait le libérer pour obtenir le pardon... Ou si elle était honnête, pour aussi être enfin libérée elle-même de sa charge parce qu'il serait de retour?
Elle devait vraiment être la prêtresse la plus impie n'ayant jamais existé. Tout était si confus désormais. Pourtant, Odin continuait à répondre à ses prières et à veiller sur Asgard à travers elle. Sans lui, quel sens sa vie aurait-elle? Elle qui n'était née que pour le servir...
Elle n'avait pas la liberté qu'avait Freiya. Elle ne l'avait jamais eue. Elle ne l'aurait jamais. Son devoir était de prier Odin, veiller sur Asgard et produire à son tour un héritier au royaume. Elle l'avait toujours su. Elle avala sa salive et serra ses bras contre elle-même, puis inspira profondément l'air glacé alors que le vent polaire faisait claquer les plis de sa tenue et faisait flotter sa longue chevelure, alourdie par les flocons de neige.
Elle devait épouser Siegfried. Elle devait accepter. C'était son devoir.
C'était un ami et un confident. Un homme noble. Pourtant quand il lui avait fait sa demande, elle s'était sentie paniquée, comme prise au piège. Il avait toutes les qualités requises sauf la principale: son cœur ne battait pas plus fort quand il était là. Etait-ce trop demander? Depuis quand l'attirance était-elle nécessaire pour un mariage arrangé?
"Après la cérémonie des saphirs." Murmura-t-elle face à la mer. "Après... Si Odin continue à vouloir de moi, alors j'accepterais mon sort et je lui dirais oui."
"J'espère que vous ne parlez pas de moi parce qu'on dirait que vous allez à l'échafaud." Cette voix...
"Kanon?!" Elle se tourna vers lui comme si le diable était sorti de nulle part. Dans l'obscurité éclairée par la lune, il l'observait en souriant, son propre cosmos dissimulé. Pourquoi lui? Pourquoi ici et maintenant? Etaient-ce les dieux qui voulaient la tester? Cet homme était exaspérant et attirant. Il était tout ce qu'elle n'était pas : à commencer par libre comme l'air, méprisant totalement les conventions, se moquant de ce qui ne lui convenait pas et ne respectant que ce qu'il voulait bien reconnaître comme correspondant à ses propres valeurs. Il était d'une intelligence fine pourtant, elle avait pu le constater. Le bras droit de Poséidon... L'ennemi numéro un d'Odin... L'homme qui avait déclenché la dernière guerre... Elle soupira. "Que faîtes-vous ici?"
Il lui montra la bouteille thermos qu'il tenait à la main.
"Il est plus de minuit. Et vous n'étiez pas dans votre bureau." Il l'observa d'un air presque inquiet. "Vous avez prié inhabituellement tard. Je voulais juste m'assurer que vous alliez bien."
"Je vais bien. Laissez-moi." Elle lui tourna le dos, observant la mer de nouveau.
"Ce n'est pas l'impression que vous donnez. Vous aviez l'air de pleurer quand vous terminiez votre prière." Elle ne répondit rien. "Je ne voulais pas vous espionner. J'ai juste dissimulé mon cosmos pour éviter d'avoir vos guerriers divins aux trousses. Je ne pense pas qu'ils apprécieraient de me savoir ici avec vous, surtout à une heure pareille. Je vais m'en aller. Mais auparavant, je souhaitais juste vous remercier. Pourriez-vous m'accorder quelques minutes?"
Le ton était inhabituellement incertain. Elle inspira profondément l'air glacé. Elle avait passé une semaine à le renvoyer dans la minute où il arrivait pour lui amener du café et voilà qu'il souhaitait la remercier? Il ne lâchait pas prise aisément. Elle ne savait pas si elle en était flattée ou désespérée, pour être honnête.
"Pourquoi voulez-vous me remercier?" Demanda-t-elle simplement.
Il ne répondit pas immédiatement. Elle entendit le bruit de ses pas contre les dalles couvertes de neige, puis il fut bientôt à sa hauteur, faisant face à la mer lui aussi, alors qu'il lui tendait un gobelet vide, qu'elle regarda quelques secondes avant de le saisir, hésitante. En silence, elle le vit bientôt lui verser du café, avant de se servir lui-même un gobelet puis refermer soigneusement le thermos, qu'il posa au sol, avant de s'asseoir sur le rebord de la jetée, dans la neige et les pieds dans le vide, tandis qu'elle demeurait debout près de lui. Il semblait indifférent au froid et portait un épais manteau noir. Dans la quasi obscurité, ses longues mèches bleues semblaient brunes.
"Vous avez respecté votre parole et fait abolir la loi sur les jumeaux, qui imposait aux parents de se séparer du cadet. J'ai vu que le texte avait été publié ce matin." La voix de Kanon était calme et le ton inhabituellement sérieux, sans aucune trace d'ironie ou d'humour. "J'ai vécu quelque chose de similaire, parce que j'étais le second qui n'aurais jamais dû naître, la copie qui doit rester dans l'ombre... Je dois avouer que j'aimerais que le sanctuaire d'Athéna réforme ses lois comme vous réformez les lois d'Asgard... Même si vous ne pouvez rien faire pour les chevaliers des Gémeaux, je suis heureux que vous ayez corrigé ce qu'il était en votre pouvoir de modifier, ici."
Hilda resserra ses doigts autour du gobelet, qui dégageait une réconfortante chaleur. Elle baissa le regard vers Kanon, qui avait les yeux fixés vers l'horizon nocturne et contemplait les reflets argentés de la lune sur la mer glacée et couverte de blocs de glace. Assis ainsi au sol, il semblait inhabituellement songeur et sincère.
"Cette règle sur les jumeaux. Est-ce pour cela que vous avez quitté le sanctuaire d'Athéna pour servir Poséidon?"
"Oui et non. C'est une longue histoire. Mais je sais le mal causé par le fait de vivre dans l'ombre, d'avoir sa propre vie et son destin annihilés juste parce que l'on est mal né. Ou dans mon cas, né trop tard, à quelques minutes près... Même les autres chevaliers ignoraient mon existence. Seuls mon frère et notre maître, ainsi que le Pope, savaient que j'existais. Et contrairement à vos guerriers Syd et Bud, je n'avais même pas le droit à ma propre armure qui aurait été le double de celle de mon frère. Il n'y a qu'une armure d'or des Gémeaux et un seul porteur." Il but une gorgée de café, fixant la mer et la lune face à eux. "Toute une enfance sans amis, dans l'ombre de mon frère, à subir les mêmes douleurs et les mêmes entraînements que lui mais sans avoir droit à rien en retour sauf du mépris et le silence. Forcément, j'ai voulu me rebeller et me faire justice... Je ne vois pas comment des lois pareilles peuvent rendre quiconque heureux ou créer des chevaliers dévoués. Je suis heureux qu'en Asgard, plus personne n'ait jamais à subir ça. Et c'est grâce à vous."
"La première fois que nous nous sommes disputés, je me souviens de ce que vous m'aviez dit : Que vous n'aviez jamais eu d'identité. Que vous aviez passé la moitié de votre vie à vous excuser d'être né... Que votre propre frère avait essayé de vous tuer. Que vous n'étiez pas celui qui avait créé le monstre..."
"C'est vraiment une longue histoire Hilda. Mais je n'en veux pas à Saga. Plus maintenant."
"Mais c'était vrai..."
"Oui." Il vida le gobelet de café qu'il tenait entre ses doigts et le posa au sol, près du thermos.
"Et vous êtes réconciliés désormais. Votre frère semble empli de tristesse pourtant. Le sort de l'aîné n'est pas enviable non plus vous savez. Obligé de réussir sinon le sacrifice de l'autre est en vain. Rongé par la culpabilité d'être celui qui a été choisi. Ca n'a pas dû être facile pour votre jumeau lorsque vous étiez enfants."
Il tourna le regard vers elle. Hilda avait de la mélancolie dans la voix, presque similaire à celle que Saga pouvait avoir parfois.
"C'est ce que vous ressentez, en tant qu'aînée ? Votre sœur n'est pas votre jumelle mais votre position vous a rendue héritière là où elle n'était que la seconde, elle aussi a été réduite au rang de doublure..."
"Freiya n'a jamais souhaité avoir ma place, loin de là... Elle a toujours été libre et insouciante. Elle n'a jamais voulu de cette charge que je porte et je peux la comprendre. A dire vrai, c'est plutôt moi qui l'envie, aussi égoïste cela puisse-t-il paraître. " Murmura-t-elle malgré elle.
"Je pense comprendre. Diriger est lourd. Et c'est un exercice solitaire. J'ai fait le choix de diriger le sanctuaire sous-marin. Mais vous... Votre charge vous a été imposée. Si cela peut vous consoler et que vous voulez bien en croire mon humble opinion, vous êtes réellement une excellente souveraine Hilda."
"Et vous faites un bien étrange échanson Kanon" Dit-elle en regardant le liquide sombre dans le gobelet qu'il lui avait donné. "Mais vous avez de la suite dans les idées... Je pensais que vous seriez plus rapidement découragé."
"Aussi vite? Vous êtes trop optimiste." Il sourit puis se releva, posant son regard aigue-marine sur elle. "Vous vous accordez bien peu de crédit. Je vous l'ai dit, je vous consacrerai tout le temps nécessaire."
"Une telle relation n'aurait aucun avenir, quel que soit le temps que vous souhaitiez perdre à essayer de me séduire."
"Parce que nos dieux sont ennemis? Parce que j'ai fait le mal? Parce qu'être avec moi vous ferait trahir vos propres valeurs?" Elle termina son café avant de répondre, un sourire ironique aux lèvres.
"Vous en oubliez... Parce que rien dans votre comportement ne me fait croire que vous ne disparaîtrez pas à la seconde où vous aurez eu ce que vous voulez. Parce que vous n'êtes certainement pas prêt à renier Poséidon et encore moins à donner votre premier né à Odin pour le servir et me remplacer quand l'heure viendra. Parce que nous ne connaissons rien l'un de l'autre à part notre capacité mutuelle à nous taper sur les nerfs."
"Je note avec intérêt que vous n'avez ni cité le nom de Siegfried, ni nié être attirée par moi. Et par ailleurs, depuis quand condamne-t-on une relation avant même qu'elle ne démarre? Avec un tel raisonnement, il ne faudrait pas vivre, pour la simple et bonne raison que l'on meurt à la fin et que ça ne sert à rien. Personnellement, je ne me pose pas toutes ces questions. J'ai envie d'apprendre à vous connaître et de voir où cette attirance me mène. C'est vrai que nous ne nous connaissons que très peu. Mais je sais que vous avez de la noblesse d'âme et de la force de caractère. J'ai vu comment vous sacrifiez votre vie pour vous assurer du bonheur de votre peuple et pour remplir votre devoir de prêtresse. Je connais votre regard acier quand vous êtes en colère et sa lueur plus douce quand vous regardez ce que vous appréciez. J'ai vu la manière dont vous défendez avec férocité ce à quoi vous tenez et comment vous êtes rongée par vos regrets mais continuez à avancer dignement malgré tout. Je vous apprécie Hilda. Vraiment. Si Odin désapprouve, je me battrai pour le faire changer d'opinion. C'est aussi simple que cela."
Elle s'était tournée vers lui pour l'observer alors qu'il parlait et qu'ils se faisaient face désormais. Le visage de la prêtresse était difficile à lire dans la clarté lunaire. Mais elle semblait déstabilisée par ses paroles. Alors qu'elle demeurait silencieuse, il se sentit étrangement vulnérable mais soulagé. Malgré ce qu'il s'apprêtait à faire le lendemain, pour servir Poséidon, au moins il aurait eu la possibilité de lui parler sincèrement.
Après un silence, il se baissa pour rapidement récupérer la bouteille et son gobelet posé au sol, puis s'approcha d'Hilda.
"Souhaitez-vous que je vous raccompagne au palais? Je vais rentrer." Il lui tendit la main, lui faisant signe silencieusement de lui rendre le gobelet vide qu'elle tenait toujours, ce qu'elle fit en silence. Leurs doigts se frôlèrent brièvement.
Pourquoi sa présence la rendait nerveuse et hyper consciente d'elle-même alors que Siegfried la laissait indifférente? C'était tellement stupide. Elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi il lui faisait un tel effet. Mais là, face à elle, dans le froid de la nuit polaire, il dégageait une présence emplie de chaleur, malgré tout leurs différends. Et il était sincère. Elle le sentait.
"Hilda?" Demanda-t-il, la voyant totalement ailleurs. Elle frémit et leva les yeux vers lui. Dans la pénombre, la lune donnait des reflets d'argent à sa chevelure. Elle était magnifique et désirable, si proche de lui. Il ne fit pas un geste pourtant. Il percevait la fragilité en elle en cet instant, alors qu'elle semblait emplie de doutes.
"Nous n'aurions aucun avenir." Finit-elle par murmurer, détournant le regard. "Mon devoir est d'épouser Siegfried. Cessez de venir me voir Kanon. Je ne peux pas vous donner ce que vous désirez."
"J'entends la reine. Pas la femme." Constata Kanon. "Et je n'ai aucune obligation d'obéir à la souveraine d'Asgard." Il sourit. "Je vous raccompagne. J'ai déjà assez abusé de votre temps."
En contrebas du mur des lamentations, derrière un passage désormais ouvert, le chemin vers Elision, mais également l'accès au fleuve Léthé, étaient de nouveau accessibles.
Avec satisfaction, Ereshkigal observa la procession lente mais constante des âmes ayant purgé leurs peines et qui, enfin, avaient été jugées libres de quitter les Enfers pour se réincarner. Escortées par les gardes, elles se plongeaient une à une dans le fleuve, y goûtant l'oubli avant de disparaître paisiblement, emportées par le courant, vers leurs futures réincarnations. Elles avaient commis des crimes. Elles les avaient payés. Elles pourraient désormais s'améliorer dans leurs incarnations futures et peut-être, un jour, accéder aux champs Elysées ou à Elision même, pour les plus exceptionnelles d'entre elles. Ou se réincarner au Paradis, l'un des six autres mondes...
Ainsi était le cycle de la vie et de la mort. Main dans la main. L'une étant la continuation de l'autre, dans une roue éternelle. L'ironie du sort avait voulu qu'elle même, incarnation de la mort, soit la jumelle de la déesse de la vie. Le cycle éternel et la dualité de ses opposés étaient inéluctables même pour les dieux.
Brusquement tirée de ses pensées, Ereshkigal se figea en sentant l'aura du dieu des Enfers se matérialiser à proximité de la sienne. Elle n'avait pas vu Hadès depuis leur dernière conversation, en Elision, une semaine plus tôt.
Elle tourna le visage vers lui, alors qu'il se tenait désormais debout à côté d'elle et observait le défilé des âmes en contrebas avec intérêt. Hadès portait un pantalon noir et une longue tunique au col montant, brodé d'or. Sa longue chevelure était attachée. Il semblait avoir choisi délibérément une tenue pratique, comme s'il allait s'entraîner ou faire une activité nécessitant d'être plus à l'aise que dans ses toges habituelles. La tenue était sobre et pourtant, son être entier dégageait la noblesse d'un souverain, ou plutôt, l'aura qui forçait le respect du dieu majeur qu'il était.
"Je n'aurais jamais pensé voir le Cocyte dégeler un jour... Et encore moins contempler certaines des âmes qui y étaient enfermées se trouver ici, en train de se plonger dans le Léthé." Il pivota, plongeant ses yeux d'un bleu si puissant mais sans aucune émotion visible dans le regard vert sombre de la déesse. "Ton sens de la réforme est assez extrême Reine des Enfers." Impossible de dire s'il plaisantait, s'il lui faisait un reproche ou s'il constatait simplement un fait.
"Je te rappelle que tu m'as donné carte blanche pour régner ici comme bon me semble."
Il la contempla en silence quelques secondes alors qu'elle soutenait son regard, les bras croisés devant elle en signe de défiance et d'agacement à peine dissimulés. Elle se comportait exactement comme s'ils avaient été dans son royaume à elle, en Azura et non dans le sien à lui, aux Enfers. Cela aurait presque amusé Hadès.
La babylonienne portait une tenue qui tranchait avec les Enfers environnants : une longue jupe d'un rouge sombre, fendue sur le côté et assez ample pour lui laisser sa liberté de mouvement en cas de combat, accompagnée d'un haut à manches longues en dentelle transparente et de la même couleur, qui lui collait à la peau et révélait le bustier brodé d'or qu'elle portait dessous et qui dissimulait les bandages couvrant les cicatrices qu'il savait être encore là. En contraste avec sa silhouette or et sang, son visage était maquillé de noir au niveau des yeux, et ses paupières étaient encadrées par un trait sombre presque graphique, accentué par un autre trait, sous ses yeux, qui partait du bas de chaque œil pour dépasser le coin externe de ses yeux et aller au niveau de ses tempes. C'était presque comme le dessin d'un guerrier sur son visage avant le combat. Elle avait laissé libre sa longue chevelure d'un blond pâle qui lui arrivait à la taille, mais dont les mèches au niveau du dessus étaient tressées en arrière, afin de laisser place au diadème ailé en or qui lui couvrait le front et contrastait avec sa peau pâle. Elle flamboyait d'une aura puissante et sûre d'elle-même.
"Que me vaut l'honneur de ta présence aux Enfers Hadès?"
"Il me semble que tu évites Elision. Tu me vois donc obligé de venir à ta rencontre."
"J'ai été quelque peu occupée à régner à ta place ces derniers jours, comme tu peux le constater... Si ma présence t'as tant manqué, tu pouvais toujours me convoquer. Que veux-tu?"
"Je souhaite simplement vérifier une théorie concernant tes épées et j'ai besoin de ton concours. Pourrais-tu en matérialiser une et me la remettre je te prie?"
"Pourquoi? Et tu ne pourras pas la manier..." Commença-t-elle à articuler, par réflexe, avant de stopper d'elle-même alors qu'il l'observait avec un sourire presque amusé sur les lèvres à ces derniers mots. "A la réflexion... Très bien." Elle fit apparaître entre ses doigts une épée puis la fit pivoter aisément, afin d'en tendre le pommeau vers Hadès.
L'olympien la saisit d'une main, semblant examiner avec intérêt la matière et l'alliage de métal dont elle était constituée et clairement absolument pas affecté par le contact avec l'arme pourtant empreinte du cosmos de la déesse. Il fit luire son propre cosmos d'un rouge sang entre les doigts de sa main libre puis caressa la lame avec précaution, comme sondant la réponse de la matière qui vibrait à son contact.
Ereshkigal l'observa sans mot dire, se demandant ce qu'il cherchait en cet instant. Il ne quittait pas l'épée des yeux, alors qu'il intensifiait le cosmos qu'il y appliquait et que la lame vibrait plus fortement, émettant un léger bourdonnement.
En contrebas, les gardes s'étaient inclinés en percevant le cosmos du dieu des Enfers et la procession des âmes s'était arrêtée. Hadès y était parfaitement indifférent.
"Les armures meurent sur toi et ne deviennent plus que du métal encombrant... C'est ce que tu m'avais dit lors de notre combat..." Murmura-t-il.
"C'est exact. Les armures meurent sur moi, comme tout le reste à mon contact. J'ai développé mes capacités de combat en fonction de cela. En compensant le manque de protection par la vitesse et l'offense..."
Hadès ferma le poing et son cosmos cessa brusquement de luire. Il fit tourner rapidement l'épée, comme l'évaluant à nouveau, alors qu'Ereshkigal faisait signe aux gardes en contrebas de poursuivre la libération des âmes.
"L'offense est parfois la meilleure des défenses." Dit Hadès. "Mais cela ne peut pas toujours être ainsi et tu le sais. C'est mon armure qui m'a donné un avantage décisif lors de notre duel. Ton offense était égale à la mienne. Mais ton manque de défense a causé ta perte." Il abaissa finalement la lame, puis tendit l'épée à Ereshkigal pour la lui rendre. "Es-tu consciente que tes épées sont imprégnées de cosmos? Elles sont en vie, même si pas de manière aussi développée qu'une armure. Ce sont toujours les mêmes épées que tu invoques puis fait disparaître n'est-ce pas?"
Elle hocha la tête, alors qu'il avait de nouveau fixé son regard au sien.
"Tes épées ont réussi à traverser ma propre armure divine comme si elle était faite de simple métal... Elle sont extrêmement résistantes et elles résistent aussi à ton sang... Combien penses-tu pouvoir en créer, d'une qualité au moins égale à celle-ci?"
"Autant que nécessaire. Pourquoi?" Hadès la fixa de son regard insondable, avant de se tourner et de contempler le défilé des âmes à nouveau, en contrebas, où les spectres et les gardes infernaux continuaient à s'affairer pour évacuer les esprits ayant enfin purgé leurs peines.
"Je vois ce que tu es en train d'accomplir... Je ne te pensais pas aussi emplie de compassion pour l'humanité." Commenta-t-il, ignorant sa dernière question.
Il y eut un silence, où elle reporta également son propre regard vers les âmes en contrebas, qui continuaient à rejoindre le fleuve.
"Tu peux l'interpréter comme de la compassion. J'y vois de la justice et de l'équité. Si peu importe le comportement sur terre, toutes les âmes arrivant ici sont condamnées à des souffrances éternelles, comment l'humanité pourrait-elle évoluer? Pourquoi être bon si l'on finit au même rang qu'un criminel? Par ailleurs, tout le cycle des réincarnations est voué à purifier les âmes et à les amener vers l'amélioration d'elles-mêmes, vie après vie. Si tu les prives de cela, avec des condamnations éternelles, tu vas contre la loi fondamentale de notre univers... Je n'éprouve aucun sentiment de pitié à voir les âmes coupables souffrir dans les prisons. Et je n'ai aucune peine à appliquer des sentences justifiées. Je permets simplement au flot naturel de toute chose de s'écouler."
"La justice, la purification du karma... L'ordre des choses... Ce ne sont que des concepts vides de sens. Rien n'est juste dans notre univers. L'humanité est corrompue au delà ce qui est réparable. La plupart des sentiments ne sont que des illusions. La seule chose qui reste, lorsque tout est terminé, c'est la solitude face à la mort et le goût amer des regrets. La tristesse devant l'immense gâchis qu'est la vie."
"Tu n'as pas toujours pensé ainsi, ou tu n'aurais jamais écrit les lois que je suis en train de faire restaurer... Tu n'aurais jamais épousé Perséphone non plus..."
"N'évoque pas son nom aussi légèrement. Et mon passé ne te regarde pas." Souffla-t-il, tournant à nouveau le visage vers elle pour l'affronter du regard alors qu'elle même l'observait à nouveau.
"Vraiment? Ta vie privée et ton comportement indigne me regarderont tant qu'ils continueront à impacter les Enfers que je gouverne." Ereshkigal sourit dangereusement à Hadès. Un sourire empli de menace à peine voilée.
"Indigne?"
"Indigne. Ne m'oblige pas à développer. C'était une belle journée jusqu'ici." Hadès ne put s'empêcher de sourire en retour. Un sourire cruel.
"Et Hypnos pense sincèrement que tu as besoin de ma protection? Stupéfiant... Avec une reine comme toi, nul besoin d'armée pour te défendre, je te l'accorde."
"Que fais-tu ici? Que veux-tu?"
"C'est évident non? Je propose à la nouvelle reine des Enfers ma très inutile protection. Que dirais-tu d'avoir enfin une armure divine Ereshkigal?" Il vit une claire surprise apparaître sur son visage, remplaçant son hostilité.
"C'est impossible. Les armures meurent toutes sur moi. Tes surplis ne seront pas différents j'en suis certaine. Même si tu y arrivais, pourquoi me donnerais-tu un tel avantage? Je ne t'ai même pas juré fidélité."
"Je viens de te le dire. Tu es la reine des Enfers." Le sourire cruel d'Hadès avait disparu, laissant place à son habituel regard froid, hanté cependant désormais par une ombre. Tristesse. Regrets. Les seules émotions qu'il semblait encore éprouver, parfois.
"Tu regrettes de ne pas avoir pu la protéger n'est-ce pas?" Ne put-elle s'empêcher de constater. Il y eut un silence.
"Je regrette de ne pas avoir pu la venger."
"Même si tu avais vaincu Athéna, la vengeance n'aide pas à guérir le passé Hadès. J'en ai fait l'expérience." Elle détourna le regard, fixant à nouveau les âmes qui défilaient.
"Aider à faire raser Babylone et te venger ne t'a donc pas satisfaite?" L'épée qu'elle tenait dans sa main luisait faiblement, alors qu'elle resserrait ses doigts sur le pommeau.
"Les guerres saintes t'ont-elles satisfait? Torturer les hommes t'as satisfait? Avoir fait brûler Babylone ne me rendra jamais ce que j'ai perdu là-bas. Tout comme venger la mort de ta femme ne te la rendra jamais." Souffla-t-elle. "Lorsque la vengeance est achevée, on se retrouve seul. Avec le vide. Je le sais d'expérience." Il observa son profil.
"Qu'as tu donc perdu de si précieux à Babylone Ereshkigal?"
Elle tourna le visage de nouveau vers lui et son regard vert sombre, encadré et renforcé par les traits de crayon noir qui dessinaient des lignes autour de ses yeux, et par la couronne ailée qui lui ceignait le front, se fixa au regard bleu du dieu des morts.
"Je te répondrais le jour où tu ne seras plus un dieu mort vivant, si cela arrive. D'ici là, je n'ai nul besoin de la fausse compassion d'un être incapable d'éprouver de l'empathie ou le moindre sentiment. Tu ne te relèves pas de tes blessures. J'ai choisi de ne pas me laisser dévorer par mes failles. Voilà la différence entre nous. C'est tout ce que tu as besoin de savoir." Elle pointa l'épée qu'elle tenait en main vers le cou du dieu, qui ne fit pas un mouvement de recul et l'observait en silence. "Je te respecte parce que tu m'as vaincue et parce que sous la laideur des Enfers, j'ai vu la vision que tu avais. Sous les ruines d'Elision, j'ai vu un paradis perdu. Tu étais réellement un dieu d'espérance et de miséricorde Hadès. Lorsque je te vois, je vois un ange déchu. Tu ne peux pas savoir à quel point c'est irritant. D'avoir été battue par toi. Une ombre." Elle abaissa son épée, la pointant en direction des âmes en contrebas. "Même les humains peuvent obtenir la rédemption. Vaux-tu moins qu'un mortel? J'aurais aimé connaître le dieu que tu étais avant. Mais celui que tu es désormais... Je ne peux pas le servir sans réagir."
"Est-ce une menace? Une insulte sous un compliment ou un compliment sous une insulte? Je ne saurais me décider."
Elle abaissa totalement son épée, puis la fit disparaître dans un éclat de cosmos.
"L'avantage d'être un dieu, c'est que tu vas avoir l'éternité pour décider." S'amusa-t-elle à répondre. "Cependant, je suis curieuse de voir si cette armure dont tu m'as parlée pourra voir le jour. Si tu arrives réellement à en créer une qui survive à mon sang, je réviserai mon jugement te concernant, dieu mort vivant."
"Et moi qui te pensais incorruptible avec tes grands principes et ta soif de grandeur..." Ironisa Hadès. "Je vais te montrer ce dont je suis capable. Et plutôt que de réviser ton jugement qui ne m'atteint pas, tu me révéleras plutôt quelle est cette cicatrice de ton passé à Babylone que tu me caches."
"Nous verrons cela..."
