Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Publication du chapitre : le 30/01/2021

Disclaimer: Masami Kurumada est l'auteur de l'œuvre originale.

RAR : Réponses aux commentaires faites par message privé! Encore merci Borealys, Rulae, Libellule, Setsuna et Cris! J'espère que la suite vous plaira autant! En tout cas, vos réactions et vos théories, j'ai adoré, ne changez rien! Et toi lecteur anonyme, timide derrière ton écran, saches que tu peux même poster un commentaire sans mettre de mail ou devoir t'inscrire, c'est pas beau la vie? Alors si toi aussi tu aimes cette histoire sans oser l'avouer, viens le dire et faire de moi une auteur heureuse. En plus, ça aide l'histoire à être plus visible et à trouver d'autres lecteurs avec qui la partager! :)

Dans ce chapitre : En hommage à Brice de Nice (on a les références qu'on peut), une compétition de casse sauvage est ouverte, avec en participants Mime de Nîmes, Ishtar de Dakar et Poséidon de Toulon (bon ça va, fallait des villes avec des rimes hein et alors on s'en fiche s'ils ne sont pas de là-bas!). Vous pouvez voter pour votre casseur préféré en commentaire. Quoi Kanon n'est pas dans la liste des compétiteurs?! Bah oui c'est normal, il s'est fait cassé! Ah et sinon, bah, vous trouverez, un débat sur la pudeur, un bouffon, une alliance salée, un cadeau d'adieu, une requête funèbre, un éveil enragé/glacé et une rencontre intérieure.

Bon ce n'est pas tout mais y'a des persos qui protestent de ne pas apparaître là. Et bah ils vont attendre! Cassés! Mouahahahah!

Bonne lecture !


Chapitre 30 - A la croisée des chemins


Saga faisait les cent pas dans la chambre d'Ishtar, alors que celle-ci, ses ongles enfin secs, était en train de s'affairer et jetait certains vêtements au sol, avant d'en saisir d'autres et de les jeter sur son lit, cherchant visiblement quelque chose.

"C'est vraiment le moment de trier une armoire?" Semblait lui demander de temps en temps le dos réprobateur de Saga, empli d'inquiétude, sans que le jumeau de Kanon ne prononce le moindre mot ni qu'il ne se tourne vers elle, car vraiment, quelle déesse était supposée se balader comme ça à moitié nue devant ses gardes du corps?

Vêtue d'un pantalon de cuir noir, de talons hauts et d'un soutien-gorge en dentelle, la déesse pestait en cherchant visiblement quelque chose.

"Ah voilà!" S'écria Ishtar, saisissant à deux mains une chemise d'homme blanche qui semblait tout ce qu'il y avait de plus normal.

"Bon sang Ishtar!" Explosa Saga. "Mais qu'est-ce que tu attends? Pourquoi n'intervenons-nous pas?"

"On se tutoie maintenant?" Sourit-elle, serrant contre elle sa chemise avant d'en saisir le col et de l'inspirer à plein poumons, comme une droguée en manque de sa dose, puis de la passer autour d'elle religieusement, telle une relique précieuse mais trop grande pour elle, dont elle noua les pans du bas, avant de saisir une veste noire pour compléter sa tenue. Elle ajusta la chaîne du médaillon d'Hadès, qu'elle fit glisser sous la chemise, puis ramena sa chevelure, laissée libre, sur le côté "Et j'attends quoi au juste Saga?" Demanda-t-elle, se tournant vers lui une fois parfaitement prête. "C'est bon tu peux arrêter de faire les cent pas. Et tu peux me regarder aussi, je suis habillée. Je ne te savais pas aussi pudique."

"Ce n'est pas de la pudeur mais du respect."

"Ah ah, tu aurais dû voir le respect que j'avais dans mes temples Saga! Il paraît que c'était digne de toi à ta grande époque... En ce qui me concerne, le manque de respect c'est de ne pas m'admirer!" Riposta-elle du tac au tac.

"Mais qui t'as raconté... Oublies ça. Désolé. Je n'avais pas à te parler comme ça."

"Ne t'en fais pas pour Kanon. Tu devrais plutôt t'en faire pour toi et surtout pour Mime. Tu ressembles trop à ton frère pour être innocent. Et Mime l'a trop côtoyé lui aussi. Je connais des guerriers divins qui ne vont pas tarder à additionner deux plus deux. Je crois que nous allons être contraints de prendre des vacances loin d'Asgard quelques jours." Sourit-elle. "J'ai envie de soleil moi... Hum... Ile tropicale? Oasis dans le désert? Les Enfers?" Plaisanta-t-elle devant la mine parfaitement anxieuse de Saga.

"Mais Kanon, il ne va pas bien je le sens..."

"Il doit être au sanctuaire sous-marin. Ne t'en fais pas pour lui. Je vais déjà avoir du mal à raisonner Odin, ne me demande pas de rajouter de l'huile sur le feu en allant directement chez son ennemi après ce qu'il vient de se passer..." D'ailleurs concernant Odin, elle avait vraiment un mauvais pressentiment. Son aura et celle d'Hilda n'étaient plus perceptibles du tout. Ce qui signifiait que potentiellement, Zeus allait être libre comme l'air en Asgard désormais, tout comme il l'était au sanctuaire d'Athéna. Elle fut tirée de ses réflexions par Saga.

"Mais je ne sais même pas ce qu'il..."

"Ce qu'il s'est passé? Je pense que nous avons assisté à un coup de poker comme seul Poséidon est assez tordu et brillant pour les réaliser." Elle fit un clin d'œil à Saga, pas vraiment rasséréné pour son jumeau, puis dégrafa un ou deux boutons de sa propre chemise, avant de secouer la tête, ébouriffant légèrement sa chevelure, puis elle reprit une mine sérieuse, ou plus exactement, sérieusement séductrice. "Et si nous allions chercher Mime avant qu'il n'ait de vrais ennuis? Laisses-moi faire et restes en retrait, tu ne voudrais pas impliquer Athéna dans tout ça non? Suis moi."

...


Un genou posé au sol, les deux mains appuyées fermement contre ses tempes pour tenter de contenir les pensées dans son cerveau qui semblaient pour le moment toutes se condenser en un violent mal de crâne, Mime respirait difficilement et tentait de se calmer. Pendant la cérémonie, toutes leurs auras avaient été liées. Et à cause de ses pouvoirs, le guerrier divin avait tout perçu. Absolument tout : y compris ce qu'Hilda avait vu en Odin et la douleur qu'elle avait ressenti en se sacrifiant ; y compris ce que Kanon et Poséidon avaient également pu penser, alors que leurs auras s'étaient elles aussi imposées de force pour prendre le contrôle des saphirs. Mime en avait la nausée. Aucun esprit normal ne pouvait encaisser sans vaciller un tel choc. Et l'agitation mentale de ses frères d'armes autour de lui ne l'aidait absolument pas à se calmer. Tout leurs sentiments lui sautaient à l'esprit avec la violence d'une horde enragée. Il devait reprendre le contrôle.

Car ce qui s'était produit après le départ de Kanon avait ajouté de la confusion supplémentaire au chaos déjà existant.

Tout d'abord, les flammes sacrées avaient disparu, elles s'étaient éteintes pour la première fois depuis des millénaires, tout comme le cosmos d'Odin, comme si le dieu était devenu soudainement impuissant en n'ayant plus, sans sa prêtresse présente dans son royaume, aucun relai pour atteindre ce monde.

Puis ensuite, les saphirs avaient quitté les piédestaux sur lesquels ils étaient posés et avaient regagné leurs armures respectives, de leur propre volonté. Et l'impensable c'était produit de nouveau.

Les armures avaient toutes quitté leurs porteurs, se remettant sous forme de totem près des piédestaux. Elles refusaient désormais de répondre aux appels de leurs guerriers respectifs alors qu'ils utilisaient leurs cosmos pour leur ordonner de revenir à eux.

Toutes les armures sauf une. Celle de Mime était restée sur lui après que son saphir l'ait réintégrée. Et elle était là contre sa peau, vibrante, silencieuse mais comme emplie d'une nouvelle harmonie désormais, faite de l'empreinte de Poséidon. Un chant profond et subtil, puissant et mystérieux comme un océan par nuit calme.

Et manifestement, il n'en fallut pas beaucoup plus pour que ses confrères en tirent des conclusions.

Violemment, Mime fut saisi par la gorge et se retrouva suspendu les pieds dans le vide alors qu'il était soulevé d'un seul bras. Deux yeux d'un bleu limpide comme la couleur translucide d'un glacier le toisèrent et leur propriétaire avait la mine d'un homme prêt à vous tuer si vous ne lui donniez pas la réponse qu'il attendait. Mime sut immédiatement quelle question Siegfried allait lui poser avant même qu'il ne prononce sa phrase. Il sut aussi sans l'ombre d'un doute que l'étoile Alpha l'avait déjà intérieurement condamné.

"Es-tu le complice de cette infamie Mime? Comment peux-tu encore porter ton armure alors qu'elle a été corrompue par Poséidon!"

Pour toute réponse, il sourit ironiquement, ce qui lui valut d'être projeté au sol après avoir reçu un coup de poing, qu'il ne chercha même pas à esquiver. Il se redressa aisément pourtant, faisant fi du mal de crâne qui lui vrillait les tempes et du sang apparu à la commissure de ses lèvres. Face à lui, les autres guerriers divins s'étaient mis en arc de cercle derrière leur meneur. Ils formaient une drôle de troupe, tous en pantalon et t-shirt ou chemise, pieds nus, au milieu de la salle du trône, guerriers abandonnés par leurs armures.

"Vous ressemblez à un troupeau de moutons apeurés qui viendrait d'apercevoir un loup." Commenta Mime de manière acérée. "J'ai tout perçu pendant le rituel, vos pensées, celles d'Odin, d'Hilda, de Poséidon même. Que croyez-vous? Que je savais ce qui allait se produire parce que j'ai côtoyé le Dragon des mers en servant Ishtar?" Il se redressa de toute sa hauteur, les affrontant tous du regard. Aucune peur ne se lisait dans ses pupilles d'un rouge pâle.

"Tu lis dans les pensées, tu savais forcément ce qu'il préparait!" Gronda Siegfried.

"Je lis dans les pensées mais je ne suis ni tout puissant, ni omniscient." Rétorqua Mime, essuyant d'un revers de main le sang qui avait coulé au coin de sa bouche. "Crois-tu qu'un homme capable de manipuler Poséidon soit aussi aisément lisible? Kanon sait parfaitement garder ses secrets quand il le souhaite. Je sais en revanche que tu es fou amoureux de notre souveraine et que tu refuses de voir l'évidence de ce qui s'est produit devant tes yeux..."

"Elle a été attaquée par Poséidon! Les saphirs ont été corrompus!"

"Non. Vous avez tous vu comme moi qu'elle s'est jetée sur le trident. Elle a choisi de laisser Poséidon l'emporter en empêchant Odin d'agir à travers elle."

"Comment peux-tu accuser notre reine de trahison!" S'insurgea Thor, alors que Siegfried avait fermé les poings, contenant difficilement sa rage. Hagen demeurait silencieux, tête basse. Les jumeaux observaient la scène sans broncher, alors qu'Albérich avait un sourire cruel sur les lèvres et que Fenrir s'était écarté, comme cherchant un endroit où se réfugier.

"Je porte encore mon armure parce que j'ai compris comme notre Reine que Poséidon est le seul avenir d'Asgard! J'ai vu ce qu'elle a vu! Elle n'a pas trahi Odin par plaisir. Elle a choisi Asgard! Je porte encore mon armure parce que j'ai vu ce que voulais Odin et j'ai vu la vision de Poséidon! Odin nous aurait tous tués dans sa soif de vengeance. Tant que vous rejetterez Poséidon, vous serez sans armures! Pas un de vous n'aurait eu le courage de faire ce qu'a fait Hilda en trahissant Odin."

"Tu blasphèmes!" Cingla Siegfried. "Tu ne me laisses pas le choix Mime! Je suis contraint de te faire arrêter pour haute trahison!"

"Parce que tu penses que je vais me laisser faire? Sans armures, vous comptez me combattre?" Répondit Mime d'une voix froide et factuelle, un sourire calme dansant sur les lèvres. "Sans protection, la moindre de mes attaques vous lacérera."

"Tu oublies qui je suis."

"Oh non Siegfried, je n'oublie rien." La voix de Mime était douce comme l'un de ses requiem. "Si tu ne me laisses pas libre de partir immédiatement, en ce qui te concerne, je prendrais grand soin de viser le cœur. Quel dommage qu'Ishtar soit contrainte de devoir te ressusciter à nouveau... peut-être... Si elle n'est pas trop courroucée que vous ayez attaqués à sept contre un l'un de ses protecteurs... Je t'ai connu plus empli d'honneur Siegfried."

Mime avait calé sa harpe contre son bras gauche et sa main droite était désormais levée devant lui, ses doigts écartés et crépitant de cosmos. Ils savaient tous quels rayons et quelle puissance destructrice il pouvait émettre d'un simple mouvement de la main. Son armure d'un rouge sang et sa longue chevelure d'un blond vénitien lui donnaient l'air d'être lui-même une flamme prête à tout embraser, en contraste avec le froid glacial de ses paroles.

"Je t'ordonne de te rendre." Gronda Siegfried. Mime fronça les sourcils. Il venait de lire les pensées de l'autre. Siegfried avait perçu lui aussi l'échange silencieux entre Hilda et Kanon lors du rituel. Il avait senti le lien qui s'était créé entre eux, mais sans le comprendre. Et il avait peur. Peur de l'emprise du Dragon des mers sur la femme qu'il aimait. Peur de la perdre. Il était aveuglé par la jalousie.

"Tu m'ordonnes?! Ecoutes-moi plutôt! Poséidon souhaite libérer Odin et lui permettre de régner sur Asgard de nouveau. Mais il l'a privé des guerriers qu'il aurait pu retourner contre lui. Voilà ce que j'ai vu. Sans son intervention et le sacrifice d'Hilda, nous aurions fini en guerre à nouveau. Hilda l'a vu elle aussi. Tu dois me croire Siegfried. Ne laisses pas tes sentiments pour notre souveraine t'aveugler!"

"Tu n'as aucune preuve de ce que tu avances!"

"Et toi donc? As-tu une preuve de ma trahison alors que tu souhaites m'enfermer?"

"Tu viens de reconnaître accepter de servir Poséidon. Et tout t'accuse." Commenta Albérich, silencieux jusque-là. "Comment le Dragon des mers pouvait-il connaître les détails de la cérémonie pour intervenir pile au moment opportun? Comment en lisant dans les pensées et en côtoyant le général en chef de Poséidon, n'as-tu pas vu ce qu'il préparait?"

Mime se mit à rire sans joie.

"C'est l'hôpital qui se moque de la charité! Tu vas me donner des leçons de loyauté Albérich? Je te connaissais traître, je ne te savais pas bouffon!"

"Sale..."

Albérich fut réduit au silence par l'apparition d'Ishtar, à côté de Mime, accompagnée du chevalier d'or des Gémeaux, matérialisés là dans un éclat de cosmos. La présence ancienne de la divinité avait toujours quelque chose qui forçait le respect, malgré sa tenue qui pour l'heure, semblait totalement improbable non seulement pour Asgard, mais aussi pour son statut divin.

Du haut de ses talons aiguilles, la déesse matérialisée face à eux les observa calmement, faisant peser son regard d'un vert minéral si difficile à soutenir sur chacun d'entre eux. A ses côtés, le jumeau de Kanon posa la main sur le bras de Mime, toujours levé, l'incitant en silence à abandonner sa position d'attaque, ce qu'il finit par faire lentement.

"Saga, escortes Mime hors de la salle du trône." Finit par ordonner calmement Ishtar.

"Déesse!" S'emporta Siegfried. "Votre chevalier le Dragon des mers a profané le rituel et a enlevé la Princesse Hilda après l'avoir gravement blessée! Nous ne savons pas si elle est encore en vie! Mime ne pouvait pas ignorer un tel acte! Et je ne parle même pas de l'autre homme face à moi!"

"Cet homme a un nom. Est-ce donc pour cela que Mime, qui est également mon chevalier, est menacé par vous et a clairement été frappé?" S'enquit Ishtar d'une voix emplie d'une menace sourde. "Je vous ordonne de le laisser libre immédiatement avant que votre manque de respect ne commence à m'insupporter sérieusement. Par ailleurs, Hilda est mourante et vous ne m'en informez que maintenant? La santé de votre souveraine n'a pas l'air de tellement vous importer si vous préférez chasser les traîtres potentiels que d'essayer de la sauver..." Susurra-t-elle d'un ton empoisonné. Siegfried pâlit sensiblement. "Que les choses soient claires. Accusez encore une fois devant moi Mime, Saga ou même Kanon et je vais m'assurer personnellement de vous faire vivre un Enfer." Dit-elle d'un ton dont la menace était d'autant plus lourde que la phrase était prononcée avec un calme parfait. "Le Dragon des mers a ma confiance absolue, comme tous mes chevaliers. Si vous les critiquez, vous me critiquez directement. Or, non seulement je connais personnellement Odin, mais je suis sans doute la seule personne capable de sauver votre reine, si elle est mourante. Vous avez trente secondes pour mettre le genou à terre."

Syd posa une main sur l'épaule de Siegfried, lui intimant en silence de se taire. Le guerrier divin aux courts cheveux vert d'eau fit quelques pas et dépassa leur général, venant faire face à la déesse, derrière laquelle se tenaient toujours Saga et Mime.

"Personne ici ne peut croire qu'Hilda puisse souhaiter trahir Asgard. Si Odin est en colère contre elle, c'est à lui de la juger et certainement pas à nous de le faire. Vous nous avez rendu la vie. Faites un nouveau miracle pour Asgard je vous en conjure." Il posa un genou à terre devant Ishtar. "Sauvez notre souveraine je vous en prie Déesse, en mon nom et en celui de tout le royaume."

Ishtar plongea son regard dans celui de Siegfried, derrière Syd, qui la dévisageait et était resté debout. Près de lui les autres guerriers s'étaient agenouillés eux aussi, imitant Myzar. Le fiancé d'Hilda se sentait trahi personnellement. Elle aurait pu en jurer. Il finit par baisser les yeux cependant et poser lui aussi un genou à terre, en silence. Près d'elle, elle sentit Saga se détendre légèrement. Elle n'avait aucun doute sur le fait que le Gémeau aurait été prêt à intervenir dans la fraction de seconde où les choses auraient pu dégénérer.

Ishtar tourna le regard vers le cercle d'invocation, dont les flammes bleues supposées éternelles étaient désormais éteintes. Des traces de sang maculaient son centre. Beaucoup de sang...

Tant pis pour la susceptibilité d'Odin et le fait de rester neutre. Il était hors de question qu'Hilda ne soit plus de ce monde. Elle ne savait pas ce qui s'était produit mais elle était certaine d'une chose : Kanon ne se le pardonnerait jamais. Ishtar sentit au même instant l'aura de Poséidon, qui semblait essayer d'entrer en contact avec elle. Elle ferma les yeux, concentrant son propre cosmos.

Il y eut un silence, puis elle éleva la voix calmement, du ton d'une divinité habituée à être obéie.

"S'il m'est possible de sauver Hilda, je le ferai. Je vais rencontrer Poséidon et voir ce qui est arrivé à votre souveraine. Informez la princesse Freiya des évènements. Je lui ferai parvenir des nouvelles dés que possible." Elle se tourna vers Mime et Saga. "Vous venez avec moi."

Les deux hommes acquiescèrent en silence, Mime toujours stupéfié par ce qu'il venait d'entendre. Aux paroles d'Ishtar, il avait ressenti un sentiment indescriptible alors qu'elle affirmait leur faire confiance. Elle était venue là pour lui et pour le sauver de cette situation. C'était stupide, mais au fond de lui, une petite étincelle de vie, presque éteinte, était comme soudain rassurée de ne plus être seule. Lui, le parricide victime d'un père adoptif aimant mais brutal, pour la première fois depuis sa résurrection, il avait l'impression d'avoir une raison d'être là. Et ça lui suffisait.

...


Assis majestueusement sur son trône, son aura d'un bleu empli de reflets lumineux déployée autour de lui, Poséidon avait les yeux fermés. La salle du trône était close. Ordre avait été donné de ne le déranger sous aucun prétexte. Plus aucun bruit n'atteignait l'endroit, plongé dans une obscurité éclairée seulement par la lueur océane du cosmos de la divinité. La vue habituelle qui donnait sur le cœur du domaine et le huitième pilier était masquée, fermée par le mur coulissant derrière le trône, pour l'heure abaissé. L'eau qui coulait normalement le long des colonnes et dans les bassins était figée, comme en suspension dans son mouvement. La concentration du dieu était totale, malgré l'heure tardive, malgré son début de soirée agité passé encore dans l'un des innombrables évènements mondains qui peuplaient l'agenda de son alter-ego humain, et malgré surtout, ce qu'il venait de faire en Asgard.

Lentement, un sourire satisfait s'étira sur les lèvres de l'olympien et son aura se mit à diminuer en intensité. Ses mains appuyées sur les accoudoirs se décrispèrent alors que son corps sortait de sa transe. Il écarta son dos du trône, faisant jouer ses épaules, puis ferma brièvement les yeux à nouveau alors qu'il détendait sa nuque, sa longue et opulente chevelure azur jouant avec son costume d'un gris bleuté, certaines mèches s'accrochant à l'entrebâillement du col, ou aux boutons de sa chemise blanche, avant de retomber souplement. Il étira ses bras devant lui, appréciant de sentir tous ses muscles se détendre peu à peu. Sensation délicieuse de ré-émerger.

Pauvre Julian, Poséidon n'aimait pas lui imposer une telle pression. Habiter une enveloppe humaine était toujours un peu plus compliqué que de se mouvoir dans son propre corps divin. Mais Julian ferait bien l'affaire encore quelques temps et il en serait largement récompensé, comme tous les autres Solo lui ayant servi d'hôte. Pour ceux qui n'en étaient pas morts, du moins...

Parcourant du regard la salle emplie de ténèbres et toujours silencieuse, l'olympien fit apparaître un verre à pied entre ses doigts et porta tranquillement le vin qu'il contenait à ses lèvres, en savourant la texture emplie du goût subtil de la victoire. Il n'avait plus qu'à attendre et ce ne serait pas long. Il pourrait ensuite enfin se rendre dans ses appartements et se délasser, avant de s'attaquer le lendemain à la prochaine étape de son plan.

Enfin totalement détendu alors que la douce brûlure de l'alcool emplissait son palais et dévalait dans sa gorge, l'Olympien fit se rouvrir l'arrière de la salle à l'aide de sa simple volonté. Il était tard, mais comme toujours, jamais la nuit ne régnait ici, sous les océans. Alors que le mur arrière coulissait, laissant la lumière entrer à nouveau, l'eau recommença à glisser le long des colonnes en une symphonie emplie d'harmonie.

Harmonie brisée cependant presque immédiatement par l'apparition d'un triangle d'énergie dorée, suivie de l'irruption bruyante du Dragon des mers.

Dans une confusion et une précipitation totales, Kanon était apparu en plein milieu de la salle du trône du domaine sous-marin, serrant avec un bras Hilda de Polaris inconsciente contre lui et tenant le trident de Poséidon avec son autre main. Il se retourna dans une vitesse surhumaine, fermant le portail qu'il venait de traverser alors qu'une énergie clairement hostile menaçait de passer au travers, à leur suite. Au sol, une flaque de sang était déjà en train de se créer.

Il laissa tomber le trident sans ménagement, qui émit un puissant son métallique en rencontrant le sol puis allongea avec nettement plus de délicatesse mais pourtant le plus rapidement possible Hilda contre les dalles, non sans avoir préalablement jeté sa propre cape au sol pour pouvoir la poser dessus.

Désespéré, il se rendit compte qu'il était quasiment impossible d'essayer d'arrêter l'hémorragie. Tenter de faire une compression était peine perdue, le trident l'avait traversée de part en part, l'arme divine avait transpercé le bustier de métal de la prêtresse comme s'il n'avait été fait que de papier. La lourde robe blanche de cérémonie de la prêtresse était poisseuse et emplie de sang, sa cape rouge et noire, sous elle, et la cape blanche du marina, posée en dessous, étaient elles aussi en train de s'imprégner d'un rouge de mauvais augure. Hilda ne respirait plus et était d'une pâleur mortelle, ses lèvres bleuies.

"Sauvez-la!" Hurla-t-il à Poséidon. "Soignez-la ou faites-venir Ishtar! Je vous en supplie!"

"Du calme." Intima la divinité d'un ton apaisant. Le dieu se tenait debout près d'eux désormais, s'étant téléporté sans effort auprès de son général en chef, afin d'éviter d'avoir à traverser la moitié de la salle. Ses yeux changèrent à peine de couleur, alors qu'il sondait les blessures de la jeune femme avec son aura. Elle était mal en point. Il but tranquillement une nouvelle gorgée de vin, alors que son général ne lâchait pas la prêtresse, semblant totalement paniqué et désespérément impuissant.

"Tu sais que je t'avais demandé un cambriolage et pas un assassinat?" Commenta stoïquement la divinité, une fois son examen terminé.

"Poséidon!" Gronda Kanon, les nerfs à vif. "Vous croyez vraiment que c'est le moment de faire de l'humour!?"

L'Empereur des sept mers le fixa, parfaitement à l'aise et proprement divin dans son costume élégant. Il haussa un sourcil devant le ton, mais se contenta de faire tourner légèrement le vin dans le verre qu'il tenait toujours en main, avant de le humer à nouveau avec plaisir. Aurait-il été dans un salon mondain qu'il n'aurait pas agit autrement. La femme qui se vidait de son sang à ses pieds n'avait pas l'air de l'alarmer plus que ça.

"Il est vrai que cette situation m'amuse plutôt. Mais par respect pour toi Dragon des mers, je me retiens actuellement de rire." Confirma le dieu, un sourire de chat dessiné sur les lèvres. "Je l'ai sauvée ta dulcinée, je la maintiens en vie. Calme-toi avant que je ne sois contraint de te réapprendre le respect qui m'est dû... Je cherche à contacter Ishtar. Ta colère ne sert à rien. Surtout maintenant et contre moi."

Après de longues secondes d'un silence pesant et comme en écho à ses dernières paroles, un éclat de cosmos bleuté mêlé à un cosmos argenté fit apparaître dans les lieux Ishtar, qui se retrouva soudain à côté d'eux, complétant le quatuor improbable et contrasté constitué d'une prêtresse à l'agonie en tenue de cérémonie, d'un Dragon des mers dont l'écaille était rougie et qui semblait dans un état second, d'un dieu des océans déguisé en homme du monde qui sirotait son verre de vin et d'une déesse de la luxure moulée dans un pantalon de cuir, une chemise trop large nouée autour d'elle et donnant vue par moment sur son décolleté, perchée sur talons hauts et arborant des ongles d'un magnifique rouge cerise dont l'aspect sombre allait parfaitement avec la situation, assurément grave - du moins en théorie.

"Poséidon où sont mes autres chev...?!... Ah!" Fit Ishtar en voyant immédiatement l'état d'Hilda allongée au sol, Kanon couvert de sang agenouillé près d'elle et le trident jeté un peu plus loin dont les lames étaient encore rougies du liquide poisseux. Ishtar se tourna vers Kanon avec un sourire parfaitement démoniaque sur le visage. "Je savais que tu avais envie de l'empaler, mais pas avec ce genre d'arme!"

Poséidon qui avait eu le malheur d'être en train de boire un gorgée de vin faillit s'étrangler mais réussit à rester digne en évitant de recracher ce qu'il avait avalé de travers.

Kanon en état de choc regarda Ishtar d'un air désespéré, se demandant ce qu'il avait fait pour être entouré de divinités pareilles.

Et Ishtar, satisfaite de la tête des deux autres, prit soudain un air parfaitement concentré et comme si elle n'avait pas plaisanté la seconde d'avant, la déesse de la vie fit luire son cosmos argenté, entourant de son aura la prêtresse d'Odin, dont les blessures se mirent à se refermer à vue d'œil.

Elle s'approcha du Dragon des mers et ébouriffa tendrement les mèches rebelles sur le haut de la tête de celui-ci, alors qu'elle se tenait debout à ses côtés, et que toujours agenouillé, il osait à peine toucher Hilda désormais.

"Ca va aller. Mais tu aurais dû me l'amener immédiatement en Asgard." Murmura Ishtar. "Elle était à la limite."

"Pas en Asgard. Elle aurait été à la portée d'Odin. Il l'a attaquée après qu'elle..." Kanon avait l'air de reprendre peu à peu des couleurs en voyant les blessures d'Hilda se refermer. "Elle s'est jetée sur le trident. Je te jure que je ne l'ai pas attaquée."

"Je le sais Kanon. Jamais tu ne lui ferais une chose pareille."

Près d'eux, le corps de la prêtresse se crispa, alors que sa respiration se remettait en marche, mais elle était sifflante et visiblement encore gênée.

Ishtar fronça les sourcils puis s'agenouilla près d'Hilda, à côté de Kanon.

"Quelque chose pose problème." Murmura-t-elle.

Elle fit glisser ses doigts sur les attaches qui maintenaient le bustier de métal que la prêtresse portait au dessus de sa robe. Une fois la protection enlevée, elle constata qu'un éclat du bustier, percé par le trident, était demeuré incrusté dans le ventre d'Hilda. D'une main parfaitement manucurée, Ishtar saisit le morceau de métal pour l'extraire. Au contact de son aura, la plaie se referma aussitôt que l'objet fut retiré, alors que Kanon la laissait faire en silence et que Poséidon observait tranquillement la scène.

"Je ne crois pas qu'il y ait d'autres éclats, mais elle a un corset. Vêtement stupide, ça devrait être interdit des trucs pareils! Sauf pour... Je m'égare." Ishtar jeta un œil par dessus son épaule, cherchant le regard de Poséidon. "Tu pourrais lui créer quelque chose de plus confortable?"

Le dieu des océans hocha la tête en signe de compréhension.

Les traces de sang disparurent, ainsi que les vêtements d'Hilda, aussitôt remplacés dans un éclat de lumière par une longue robe d'un bleu sombre, avec des manches amples, et dont la coupe, bien que celle d'une robe, semblait croisée avec celle d'un kimono. Les pans étaient attachés sur un côté par une fine cordelette. Elle semblait juste dormir désormais.

"Merci." Murmura Ishtar à l'adresse de Poséidon, tout en posant sa main sur le front d'Hilda, dont la respiration était devenue paisible. "Je ne pense pas qu'elle ait encore des blessures, pas physiques en tout cas. Pour ce qui a pu se passer pendant le rituel et d'éventuels dégâts psychiques causés par Odin ou vos actions à tous les deux, je ne peux rien faire."

"Tu l'as sauvée?" Demanda Kanon d'une voix atone, comme cherchant à confirmer ce qui était pourtant sous ses yeux.

Ishtar soupira, puis fixa son regard à celui aigue-marine de l'homme agenouillé près d'elle. Elle fut frappée de constater à quel point, pour une fois, toutes les émotions de Kanon pouvaient se lire sur son visage : il avait eu une peur blanche de perdre Hilda. S'il s'était agit de lui seul, il aurait été en train de trinquer avec Poséidon de leur mauvais coup. Mais pas avec Hilda ainsi... Qu'il le veuille ou non, il était attaché à elle. C'était clair. Pour qu'un homme tel que lui réagisse comme ça, cela ne pouvait pas être autre chose. Il ne jouait pas avec Hilda. Elle en avait la confirmation.

Ishtar ne répondit rien à Kanon, mais se contenta de lui passer affectueusement une main sur la joue, hochant la tête, son regard fixé au sien. Il finit par lui sourire en retour, semblant enfin avoir repris le contrôle de lui-même, comme enfin rassuré.

"Merci." Souffla-t-il simplement. Leur échange fut interrompu par Ishtar, qui se tourna vers Poséidon.

"Je ne suis pas venue seule ici. Poséidon, peux-tu me dire ce que tu as fais de mes deux autres chevaliers?"

"J'ai pris la liberté de les faire se rendre directement au temple du Dragon des mers." Répondit simplement le dieu, qui visiblement, avait eu assez de visites impromptues pour la soirée. Il se tourna vers Kanon. "Fais préparer au palais une suite pour Hilda de Polaris qui convienne à son rang et affecte à son service le nombre de serviteurs qui convient. J'ai vu comme toi la tentative d'Odin de s'attaquer à elle. Jusqu'à nouvel ordre, la souveraine d'Asgard est sous ma protection. Tu peux l'emmener. Nous ferons le point sur la situation demain. Je viendrai la voir lorsqu'elle sera éveillée. Tu es dispensé d'entraînement avec moi demain matin. Veilles la et préviens moi de son éveil."

"A vos ordres." Répondit Kanon, saisissant avec précaution Hilda pour la soulever. Semblant aller mieux bien qu'encore dans une sorte d'état second, il disparut bientôt entre les portes de la salle du trône, emportant avec lui son précieux fardeau.

Ishtar le regarda partir, souriant légèrement malgré la situation. Le Dragon des mers avait quelque chose d'attendrissant qu'il n'accepterait sans doute jamais de reconnaître, par pure fierté masculine. Il était beau à voir ainsi. Elle ne put s'empêcher de penser brièvement à celui qu'il était lorsqu'elle l'avait rencontré la première fois. Immensément solitaire. Il avait fait tellement de chemin.

"Nous voici seuls! Puis-je te proposer un verre de vin?"

La contemplation d'Ishtar s'interrompit en entendant la voix de Poséidon. Elle l'aurait presque oublié. Presque. Elle inspira profondément, sentant une profonde irritation la gagner. Elle se retourna pour faire face à l'olympien et croisa les bras, lui lançant un regard noir.

"Poséidon?" Un ton empli de colère sourde qui exigeait des explications.

"Ishtar." Le ton innocent de celui qui ne voit pas le problème. "Tu ne m'as pas répondu pour le verre."

"Poséidon..." Le grondement de la déesse qu'on n'a pas envie de contrarier.

"Ishtar..." Le ton excédé du dieu qui ne doit aucune explication à personne d'autre que lui-même.

"Poséidon!" Cria-t-elle, dans une parfaite imitation involontaire du ton que pouvait employer Amphitrite lorsqu'elle hurlait sur son mari lors des nombreuses disputes qui pimentaient leur relation. Bizarrement, Poséidon se rendit compte que cela faisait sans doute des siècles qu'il ne s'était pas fait hurler ainsi dessus par une femme. C'était étrangement nostalgique et donc contre toute attente, assez plaisant. Il but une gorgée de vin. A cette pensée, il prit note mentalement qu'il fallait qu'il se surveille s'il ne voulait pas finir aussi fou que ses frères.

"Très bien... Je te dois... peut-être... des explications." Capitula l'Empereur des sept mers.

"Version brève je te prie! Tu m'as mise en danger en Asgard, ainsi que mes protecteurs! Saga était là-bas, le jumeau de leur agresseur! Et Mime qui a côtoyé Kanon et qui est passé pour un traître!" Poséidon haussa un sourcil signifiant clairement que le sort de chevaliers autres que ses marinas le laissait froid. Certes, les guerriers divins étaient un peu les siens aussi désormais. Et il pouvait peut-être faire une exception pour le jumeau de Kanon... hum... La déesse ne s'interrompit pas. "Si je me retrouve expulsée d'Asgard, tu vas entendre parler de moi! Qu'as tu fais exactement à Odin? Je ne ressens plus son cosmos là-bas! Il me protégeait de Zeus! Je ne veux pas voir ton taré de frère venir me hanter dans le seul lieu où j'étais libre de lui!"

"Quel langage très chère... Version brève disais-tu? C'est très simple. J'ai volé ses saphirs, ses armures divines et par conséquent ses guerriers qui vont bientôt se rendre compte qu'ils n'ont pas d'autre choix que d'accepter de me servir. C'est assez bref pour toi?"

Elle inspira profondément.

"Transformes le vin en whisky et donnes moi un verre, je vais en avoir besoin!" Commenta-t-elle, incrédule. "Tu te rends compte que vous avez lancé une bombe à fragmentation? Votre acte ne va pas rester sans conséquences... Odin va être en rage. Et sans Hilda... Ca va être le déluge à nouveau! Sans elle pour relayer le cosmos d'Odin, les pôles ne vont plus geler et ça va être un raz de marée... Il a vraiment attaqué Hilda?"

"Oui, il était fou de rage." Dit Poséidon avec un sourire satisfait. "Le plan était de nous emparer des saphirs. Jamais de tuer Hilda ou de la blesser. Mais je dois avouer que de sentir Odin aussi impuissant était particulièrement... satisfaisant? Le terme est faible."

"Et donc, elle devient quoi? Ta prisonnière?"

"Mon invitée. Je n'en connais pas l'exacte raison mais elle a clairement trahi Odin et il a essayé de l'achever. Je lui accorde le droit d'exil en mon domaine, jusqu'à ce qu'elle retrouve sa juste place."

"Donc c'est ton otage." Poséidon sourit, puis après avoir fait luire son cosmos, tendit un verre d'un excellent whisky à sa compagne.

"Allons Ishtar, je ne suis pas Zeus, je ne compte ni la maltraiter ni tenter quoi que ce soit de déplacé envers elle. Asgard est à moi. Hilda est donc techniquement ma prêtresse et la souveraine de l'un de mes royaumes. Pourquoi lui ferais-je du mal? Et par ailleurs..." Il jeta un regard presque amusé vers la porte par laquelle Kanon était sorti en emportant Hilda. "Il semble que mon Dragon des mers soit prêt à mordre même son propre maître si je dépasse les limites en ce qui la concerne... Odin n'a pas de possibilité d'intervenir ici. Elle est réellement sous ma protection jusqu'à nouvel ordre. Je ne lui ferai aucun mal."

"Très bien, disons que je te crois. Pendant qu'elle sera coincée ici, peux-tu me dire qui va prier Odin pour geler les pôles et éviter un nouveau raz-de-marée? Et tes nouveaux guerriers je ne vois pas comment tu vas gagner leur loyauté?"

"Des détails ma Chère. Tu pourrais d'ailleurs m'aider à en régler certains."

"Une minute. D'une part notre alliance n'incluait absolument pas une action contre Odin. D'autre part, à cause de toi je risque de ne plus pouvoir demeurer en Asgard! Odin m'y protégeait de Zeus! Je ne veux pas qu'il puisse épier mes faits et gestes, rien que l'idée me rend malade! Et puis d'ailleurs, pourquoi as-tu fais ça tout court? Odin n'était pas en position de te menacer!"

"Premièrement, notre alliance ne m'interdisait aucunement de m'en prendre à Odin. Deuxièmement, je suis tout aussi bien capable que lui de geler les pôles, il m'épargnait simplement d'utiliser mon énergie inutilement. Troisièmement, j'ai pour habitude de ne pas laisser à mes ennemis des armes qu'ils pourraient utiliser contre moi. Odin est contraint de me servir, mais il me hait et il me haïra pour toujours, avec les meilleures raisons du monde je le lui accorde. Je lui ai simplement enlevé ses crocs. Exactement comme pour Athéna à qui j'ai volé l'urne, alors que nous sommes en paix. Les guerriers divins continueront à servir Odin. Mais ils ne pourront plus agir contre moi. Et je n'ai pas abandonné l'idée d'étudier ces fameux saphirs de plus près pour en intégrer à terme des répliques aux écailles de mes généraux et les rendre plus puissantes encore. Ces pierres sont fascinantes. Il est regrettable que j'ai été contraint de tuer leur créateur."

"Tu as attaqué Odin de manière... préventive?!"

"Je te l'ai déjà dis et libre à toi de me croire ou non. Lorsque nous avons conquis le monde avec mes frères, nous souhaitions établir une paix durable. Nous rêvions tous les trois d'un monde meilleur. Je suis pacifiste."

"Une paix imposée par des actes de tyrannie, un monde meilleur construit sur le génocide des autres panthéons divins ou sur un déluge... Nous n'avons pas la même définition du pacifisme..."

"Les actions de Jullian ne sont pas les miennes. Je dois avouer avoir été quelque peu enragé en m'éveillant avec mon sanctuaire qui s'effondrait autour de moi et des chevaliers de bronze qui se permettaient de m'attaquer. Je n'avais personnellement rien ordonné. Quant à ma définition de la paix et mes actions plus anciennes, peu importe désormais. Ce qui est fait est fait. La seule chose qui nous appartient est le présent Ishtar. Et je te remercie d'avoir sauvé Hilda de Polaris."

"Je l'aurais fait même sans que tu me le demandes."

"Je le sais. Tu l'as fait pour Kanon n'est-ce pas? Je ne te pensais pas aussi attachée à tes protecteurs."

"Tu sais très bien que je tiens à lui ou tu ne me l'aurais jamais envoyé pour me convaincre de t'aider le soir du bal. Ne fais pas l'innocent... Nous savons tous les deux que tu n'as rien à envier à Zeus en matière de manipulation." Poséidon fixa ses yeux bleus clair à ceux d'un vert pâle et minéral de la déesse.

"Je te prie de m'excuser d'avoir été contraint de te mettre en défaut vis à vis d'Odin, je sais que vous vous appréciez."

"Es-tu seulement sincère ou cherches-tu à m'apaiser? Face à Zeus, je sais toujours à quoi m'attendre. Mais avec toi Poséidon, c'est comme d'avoir une étendue d'eau face à soi dont on ne connaît ni la profondeur, ni les courants qui la parcourent. J'ai du mal à te faire confiance. Nous sommes alliés parce que j'ai confiance en Kanon et parce que nos intérêts convergent pour le moment. Mais ma confiance en toi demeure aussi limitée que l'eau dans le désert."

"Cette confiance s'améliorerait-elle si je t'offrais ici ce que tu as perdu en Asgard?"

"C'est-à-dire?"

"Un abri loin de Zeus. Crois-tu que mon frère puisse m'observer dans mon propre domaine? Le sanctuaire sous-marin a été conçu pour que j'y garde ma vie privée. S'il lui prenait l'envie de m'espionner ici, moi ou mes troupes, je le détecterai aussitôt. Je te l'avais dis d'ailleurs, lorsque tu étais venue sauver Thétis. Ses pouvoirs ne sont pas supérieurs aux miens. Ce qui le rend dangereux, c'est son intelligence et sa capacité à supprimer le cosmos. Mais pour le reste, nous sommes égaux, chacun avec nos propres forces et faiblesses. Si tu veux être tranquille, tu peux toujours venir t'installer ici, mon Palais est suffisamment vaste. Je doute cependant que les autres olympiens ne voient cela d'un bon œil, sur le long terme. Mais tu devrais pouvoir rester ici plusieurs semaines sans que cela ne pose de problème. Après tout, tu es restée vivre au sanctuaire d'Athéna puis en Asgard. Nous pourrions considérer qu'il s'agit simplement d'un moyen pour toi de faire preuve de ta neutralité en ne restant pas trop longtemps chez une même divinité. Ma proposition te convient-elle?"

"Qui t'empêcherait toi de m'espionner?"

"Absolument personne."

"Dans ce cas, je n'accepterai qu'à une seule condition."

"Tu sais que je ne peux rien refuser à une belle femme."

"Mets toi en danger et j'accepterai de te faire confiance. Je veux pouvoir rester ici indéfiniment si nécessaire et il n'y aurait qu'un seul moyen de faire cela sans éveiller des soupçons de trahison." Elle marqua une pause et lui fit un sourire dévastateur. "Poséidon, tu es officiellement mon nouvel amant."

Heureusement pour le dieu des océans, il n'était pas en train de boire une gorgée de vin en entendant cela. Il jeta un retard incrédule à la babylonienne, qui sirotait une gorgée de whisky en souriant. Autour d'eux, l'eau qui coulait dans la salle du trône semblait avoir quelques remous.

"Ai-je bien entendu?!" Finit-il par articuler, parfaitement conscient que, outre la jalousie de Zeus qui à elle seule, déjà, risquait d'exploser devant une telle relation, Ishtar avait en plus la réputation de massacrer tout ses amants.

"J'ai réfléchi. Nous avons deux options: soit la stratégie de la guerre ouverte et fratricide, qui va entraîner des combats violents et un conflit armé. Soit la stratégie de Zeus, à savoir, agir en douce et en prenant en traître l'adversaire, en frappant de manière ciblée. Je pense que nous pouvons piéger Zeus. Ma sœur est en vie et elle se trouve aux Enfers, avec Hadès. Elle est extrêmement puissante. Avec vos pouvoirs combinés, nous devrions pouvoir le neutraliser sans impliquer vos différentes armées."

"Quel rapport avec le fait que nous soyons amants?"

"Il s'est servi de moi pour faire tomber Babylone. Sers-toi de moi pour le faire tomber. Si nous sommes prétendument dans une relation, personne ne pourra contester la durée de mon séjour dans ton palais. Nous ferons d'une pierre trois coups. Je serai débarrassée de la surveillance de Zeus, nous pourrons élaborer notre stratégie de manière plus sereine que si nous devions inventer à chaque fois des prétextes pour nous rencontrer et surtout, sais-tu à quel point la jalousie le rend fou? Utiliser son attirance pour moi et sa jalousie pour le manipuler, ça me semble parfait. Voles lui son jouet préféré et il va devenir fou de rage. Je ne pense pas que tu craignes grand chose. Il est ton suzerain, il te doit sa protection n'est-ce pas? Et aussi bizarre celui puisse-t-il paraître, je pense que toi et Hadès n'avez rien à craindre directement de lui. Il vous utilise, mais il vous aime et pense agir pour votre bien. Il sera en colère c'est certain, mais il ne t'attaquera pas. Nous gagnerons du temps et pourrons préparer le moment de le frapper. Et en parallèle, nous nous ferons un plaisir de le rendre malade de jalousie. Et il n'émettra aucune objection quand je lui proposerai enfin de te quitter et de me donner à lui, selon mes termes, à un endroit bien précis. Tu vois où je veux en venir?"

"Tu veux lui tendre un piège avec toi comme appât, pour éviter une guerre ouverte. Je ne te savais pas si machiavélique ou si ardente défenseuse de la paix... Je croyais qu'une guerre ouverte ne te dérangeait pas et que la vision des olympiens s'entre-tuant ne te posait aucun problème." C'était ce qu'elle lui avait dit, ce jour là dans les jardins du palais, après qu'elle ait sauvé Thétis. "Tu n'es pas la seule à avoir une confiance limitée en tes alliés."

"J'ai toujours trouvé que le chaos était empli d'une certaine poésie." Elle sourit. "Il n'acceptera pas ma proposition de tuer Héra. Nous ne pourrons pas le faire tomber par un tel procédé. Mais si nous prétendons une relation? Sa jalousie sera exploitable. Si je vous donne une telle occasion à Hadès et toi, que j'arrive à l'isoler avec moi dans un lieu autre que l'Olympe, penses-tu disposer d'un moyen de le neutraliser? L'équivalent de l'urne dans laquelle tu as été enfermé peut-être?"

"C'est faisable. Je comptais aborder ce sujet avec Hadès."

"Qu'attends-tu?" Poséidon fixa pensivement l'eau qui serpentait le long des colonnes de la salle du trône.

"Je risque de détruire Hadès en lui révélant la vérité."

"Tu as peur de sa rage ou peur qu'il se fasse du mal?" Elle repensa brièvement à la résurrection d'Hadès, qui avait lutté contre elle lorsqu'elle l'avait tiré du néant.

"Les deux options sont hautement probables." Poséidon reporta son attention sur la déesse face à lui. "Je n'aime pas faire couler le sang inutilement. Si nous pouvons éviter une nouvelle guerre, j'accepte de suivre ton idée de tendre un piège à Zeus. Cependant, nous n'aurons qu'une seule occasion de le frapper. Si nous échouons, Zeus saura que nous sommes ses ennemis et une guerre sera inévitable."

"Une chance d'éviter la guerre avant qu'elle ne commence... C'est sans doute plus que ce nous espérions il y a peu non? Si nous pouvons éviter un conflit armé à grande échelle, je préfère le faire. Mes chevaliers ont confiance en moi. Je ne veux pas les trahir."

"Je comprends. Tu sais que même si nous réussissons, une guerre de succession avec Héra et les enfants de Zeus est presque certaine n'est-ce pas? Le monde est en paix. Quelle que soit la manière dont nous présentions les choses, ce que nous allons accomplir tient de la vendetta..."

"Des vendetta ont été menées pour moins que ça. Amphitrite, Perséphone, ce qu'il m'a fait... La guerre de Troie a été faite pour beaucoup moins..."

Poséidon sourit, puis reprit un visage plus détendu.

"C'est exact et tu seras un parfait cheval de Troie Ishtar. Mais pour l'heure, ne nous encombrons pas l'esprit de tout ceci. C'est une excellente soirée, en ce qui me concerne."

"Tu sais ce qui la rendrait encore meilleure?"

"Je ne suis pas certain que nous pensions à la même chose et tu m'en vois fort affligé."

"Effectivement, j'allais simplement proposer un autre verre dans un endroit plus confortable pour discuter. Mais vous avez quand même une réputation sacrément méritée tes frères et toi..." Constata Ishtar, un sourire amusé s'étirant malgré elle sur ses propres lèvres. "Dans une autre vie peut-être..."

Il sourit en retour.

"Es-tu donc mon invitée désormais? Et officiellement la nouvelle femme à mon bras?"

Il lui tendit la main et ils s'étudièrent du regard quelques instants, tous les deux conscients qu'il n'y aurait plus de possibilité de revenir en arrière désormais si elle acceptait son hospitalité.

Dans le silence rompu par le doux son de l'eau qui coulait le long des colonnes de la salle du trône, Ishtar posa sa main libre dans celle du Dieu des océans, qu'il saisit pour déposer un léger baiser sur ses doigts, avant de la libérer et de s'écarter légèrement d'elle, respectant son espace.

"Bienvenue au domaine sous-marin Ishtar."

Leur alliance était scellée. La symphonie de l'océan et du chaos venait d'égrener ses premières notes vengeresses.

...


Ashuras, les démons et les divinités guerrières de l'orient, opposées aux dieux du ciel selon certains, protectrices du Bouddha selon d'autres. Dans tous les cas, elles ne naissaient que pour une chose: engendrer la mort et semer la destruction. Elle était l'une d'elles. Une Asura. Même son domaine tirait son nom de ses racines combatives. Ereshkigal n'appartenait pas aux Enfers mais à son propre monde, Azura. Elle partirait. Elle l'abandonnerait pour retourner là-bas, où était sa place.

Mais l'espace d'un instant, il avait eu envie qu'elle reste. Envie qu'elle comprenne.

Pendant ces quelques secondes, lui aussi l'avait vue, alors qu'aussi proches, leurs cosmos s'étaient mêlés malgré eux, sans même qu'il ne s'en rende compte tout d'abord. Et alors qu'elle avait lu en lui, l'espace d'un instant, elle avait fait tomber partiellement ses propres barrières. Et il avait vu la douleur en elle, sans en comprendre la cause, cadenassée trop loin dans son esprit, mais il avait été témoin aussi de sa force, profonde, immuable, capable de défier le destin en survivant malgré tout. Il haïssait le cycle mais elle en riait. Dans son esprit, elle était seule. Une divinité guerrière entourée de la mort depuis sa naissance. Il l'avait vue seule au milieu d'un champ de bataille permanent. Seule comme lui. Mais attachée à vivre malgré tout, contrairement à lui, parce que dans la lutte, elle trouvait de la beauté. Dans le chaos, elle faisait naître de l'ordre.

Hypnos avait raison. Elle partirait. Sauf si elle avait une raison d'être attachée aux Enfers.

Némésis. Ce serait son cadeau et son adieu. Elle lui succéderait mais il la laisserait libre de tout serment envers lui.

Hadès baissa les yeux vers le dessin près de lui. Perdu dans ses pensées, ses doigts avaient cessé de crayonner le contour d'un gantelet. Il étudia son œuvre quelques instants, puis reprit son ouvrage. Abandonné sur la table basse près de la méridienne sur laquelle était assis le dieu, le repas apporté sur un plateau par l'un des serviteurs était froid depuis longtemps. Il disparaîtrait comme les autres, sans qu'il n'y ait touché.

Depuis combien de temps avait-il cessé de voir de la beauté dans ce qu'il appréciait autrefois? Depuis combien de temps même ce qui avait pu lui être agréable par le passé lui était devenu indifférent et sans saveur? Les goûts, les couleurs, la chaleur, tout était gris et froid comme de la cendre depuis longtemps calcinée. Ereshkigal affirmait qu'il s'agissait de son lien avec Perséphone qui l'entraînait dans la mort. Peut-être. Quelle importance? Il dormirait bientôt.

A l'extérieur, une nuit claire donnait aux collines d'Elision un aspect rêveur et presque mystique, dans la lumière bleue de la pleine lune et des étoiles. Il aurait apprécié cette vision autrefois. Mais il ne la voyait même plus.

...


"La nouvelle de votre survie a créé un soulagement et une joie immense parmi les troupes."

"Qu'en est-il de la situation?"

"Nos troupes sont en train de se rassembler. La plupart de nos forces armées étaient engagées sur le front de l'Est lorsque la capitale est tombée. Conformément à vos instructions, nous n'avons pas défendu les autres villes depuis qu'Arès a pris le pouvoir et nous nous sommes regroupés clandestinement. Les pertes ont été minimales. Nous devrions pouvoir lancer une contre offensive rapidement. A priori, l'ennemi estime nos forces détruites et en déroute. Cependant, sans votre présence, le chaos recommence à régner. Arès n'arrive pas contrôler le flot des âmes comme vous le faisiez. Souhaitez-vous une contre offensive?"

"Vous ne pouvez pas combattre Arès sans une divinité à vos côtés et Horus n'est plus là pour vous épauler. Attendez mon retour. Durant ce délai, sabotez au maximum ses renforts et l'installation de ses troupes. Je m'occuperai personnellement de lui. Cependant si nous ne l'attaquons pas directement, fait en sorte d'inciter l'alliance de l'Est à le combattre. Après tout, nous étions déjà en guerre et ils veulent nos territoires. Ils vont forcément vouloir attaquer Arès. Actives ce conflit."

"De combien de temps avez-vous besoin Majesté?"'

"Je dois régler encore quelques détails aux Enfers." Assise sur le trône d'Hadès, les yeux fermés, Ereshkigal passa une main distraite sur son ventre, où ses cicatrices la lançaient encore parfois. "Sargon, j'ai confiance en toi pour mener les troupes en attendant mon retour. Une petite guerre entre Arès et l'alliance de l'Est devrait nous donner tout le temps nécessaire."

"Vous pouvez compter sur moi Majesté."

"Parfait." Le contact se rompit.

Ereshkigal ouvrit les yeux, ramenant à elle son aura. Elle fit pianoter distraitement ses doigts sur l'accoudoir doré du trône des Enfers. La salle face à elle était vide et silencieuse. Trop vide et trop silencieuse, subitement. Elle sourit en coin. Elle ne s'était pas fait prendre la première fois. Mais là, la réaction ne tardait pas. Il est vrai qu'elle n'avait même pas cherché à se cacher. Les titans la surveillaient. Elle était très tentée de voir jusqu'où elle pouvait tirer la laisse qu'on lui avait accrochée au cou.

"Thanatos..."

"Votre Majesté." La silhouette du titan sembla émerger des ombres. Il fit quelques pas puis s'inclina brièvement en bas des marches menant au trône. Il portait une ample toge blanche brodée d'argent, qui s'harmonisait à la couleur de sa chevelure et de ses yeux. Il semblait venir tout droit d'Elision. Elle savait pourtant que lui et son frère passaient également beaucoup de temps aux Enfers, inspectant et évaluant les changements qu'elle y apportait.

"Es-tu là pour me rappeler que je ne dois pas quitter les Enfers? Ne puis-je même plus contacter mes propres troupes?"

"Seul Hadès ici peut vous reprocher quoi que ce soit Votre Majesté. Mon rôle n'est ni de vous superviser, ni de vous juger. Je me contente de prendre connaissance des faits et d'en rendre compte à sa Majesté Hadès. Et le seul fait en ma connaissance, pour le moment, est que vous êtes toujours ici et non en Azura. Cependant, si vous continuez à intervenir là-bas, même à distance, tôt ou tard, vous devrez choisir entre ce royaume et les Enfers."

"J'ai six mois non? Je peux très bien régner sur les deux pendant ce délai. Mais vous savez tous très bien ici que je ne compte pas abandonner Azura." Ils s'observèrent en silence quelques instants. Le titan n'avait pas l'air surpris par sa réponse.

"Avez-vous réfléchi à notre requête?"

"Aurais-tu confiance dans des serviteurs qui te poussent à trahir leur propre Maître?"

"A le sauver, Votre Majesté."

"Tel n'est pas son désir."

"Le laisseriez-vous disparaître? Malgré ce que vous avez fait pour les Enfers? Ne voyez-vous pas vous aussi, ce qu'il est? Ce qu'il devrait être?" Elle observa calmement le titan, droit dans les yeux. Elle était curieuse de le tester.

"Si Hadès disparaît, je récupère son royaume avec sa bénédiction. Qu'as-tu à me proposer pour risquer ma vie à aller contre lui?" Thanatos fronça dangereusement les sourcils, semblant contrarié. "J'ai une question pour toi dieu de la Mort. Si j'attaque Perséphone, qu'Hadès me châtie et qu'il est endormi par ton frère jumeau, qui devient la seule et unique divinité de la mort en ce royaume?"

"Je n'agis pas pour prendre le trône!" S'emporta Thanatos. "Si j'avais voulu trahir Hadès, je n'avais pas besoin de..."

Elle leva une main en signe d'apaisement, lui faisant signe de se taire. Il se calma instantanément, alors qu'il sentait le cosmos d'Ereshkigal, légèrement présent désormais, comme un rappel de ce qu'elle était. Il la fixa en silence, attendant toujours une réponse à sa question précédente.

"J'ai eu une longue journée Thanatos. Avant de disposer, saches que je n'ai encore rien décidé et j'en suis honnêtement la première surprise. Tout devrait me dicter de laisser mon ennemi se consumer. Que je considère sérieusement votre demande est déjà en soi quelque chose qui me dépasse..."

"Nous avons trahi notre propre famille pour lui et jamais nous ne l'avons regretté. Hadès est ce qu'il y a de plus précieux et pur en ce monde."

"Amusant. Je ne crois pas l'avoir rencontré ce dieu là."

"C'est la seule récompense que je puisse vous promettre: Hadès lui-même. Si Hadès est libéré de Perséphone, son âme pourra enfin guérir. Il pourra faire régner à nouveau la véritable lumière et en conséquence, les véritables ténèbres. Détruire Perséphone est notre seule option pour le sauver de lui-même. Ne pensez pas que mon frère et moi avons décidé cela aisément. Elle était humaine, mais elle était aussi notre souveraine. Nous avions le plus grand respect pour elle. Mais sa présence est en train de le détruire. Nous ne pouvons pas accepter la situation. Depuis sa résurrection et son incapacité à achever sa volonté de vengeance, il dépérit. Il est le seul dieu encore vivant capable de créer des mondes. Le seul dieu qui considérait de la même manière un humain ou un titan. Le seul dieu à vouloir tous nous sauver de nous-mêmes. Il est un porteur de la lumière la plus pure et des ténèbres les plus profonds, pour qui ne mérite pas la lumière."

"Un ange de gloire..." Murmura Ereshkigal, baissant le regard.

"Alors vous l'avez perçu vous aussi? Au fond de vous, vous savez ce qu'il est."

"J'ai entendu ta requête. Je ne peux rien te promettre. J'ai autant envie de l'étrangler que de le sauver."

"L'un n'empêche pas l'autre Votre Majesté." Sourit Thanatos.

"Hors de ma vue." Répondit Ereshkigal d'un ton presque amusé. Le titan se contenta de hocher la tête et disparut parmi les ombres. "Que vais-je faire de toi Hadès?" Murmura-t-elle, pensive, ses doigts pianotant sur l'accoudoir du trône.

...


Son esprit encore ensommeillé, elle ne perçut d'abord que les sons, inhabituels. Le silence n'était pas le silence qu'elle connaissait, empli de crépitement de braises, de la plainte du vent polaire et du son lointain des voix des gardes et des serviteurs. Même l'air était différent. Il était doux, chaud mais légèrement frais, comme une agréable brise marine parcourant un air iodé.

Hilda ouvrit les yeux et se redressa brusquement, désorientée. Elle se souvenait de la cérémonie. Elle se souvenait s'être jetée sur le trident de Poséidon. Mais ensuite? Elle baissa les yeux vers son ventre. Rien. Ses vêtements, qu'est-ce que? Elle avait été sauvée? Où était-elle? Combien de temps était-elle restée inconsciente? Kanon l'avait enlevée?

Le cœur battant sous l'effet du stress, elle observa les lieux autour d'elle. Les draps du lit étaient faits d'étoffes douces et précieuses, soie et satin aux couleurs claires. Le lit était immense, la chambre elle-même était vaste, un pan de mur semblait ouvert. Entre les colonnes, des rideaux blancs laissaient filtrer la lumière du jour, qui baignait la chambre dans une ambiance douce. Le plafond était au moins à trois mètres de hauteur, le sol était de marbre. Le lit à baldaquin semblait posé sur une estrade, au centre de la pièce. Tout criait le luxe et la richesse, ce qui ne laissait guère de doute sur le lieu où elle se trouvait. Hilda se leva, incertaine.

Elle fit quelques pas pour s'approcher des fenêtres voilées par les rideaux. Lentement, elle écarta l'un des voilages et plissa les yeux, éblouie d'abord par la lumière. Elle écarquilla les yeux alors que sa vision, enfin habituée à la lumière, lui révélait la beauté à couper le souffle de ce qu'elle contemplait. Le ciel. Le ciel fait des océans qui se mouvaient au loin. Au sol, des jardins et à l'horizon, ce qui ressemblait à une immense colonne. Elle fronça les sourcils. Comment pouvait-on s'échapper d'un endroit pareil?

Elle laissa retomber le rideau qu'elle avait écarté, puis décida d'aller explorer l'endroit où elle se trouvait, afin de chercher une sortie.

La chambre avait plusieurs portes. Ouvrant la première, elle constata qu'elle menait à une salle de bain gigantesque dont le luxe la laissa indifférente. Elle essaya la porte à côté. Un dressing qui faisait une pièce entière et où de nombreuses tenues étaient là. Elle fronça les sourcils et referma la porte. Depuis combien de temps son enlèvement était-il planifié? Il restait une dernière porte, qu'elle ouvrit sans bruit, se méfiant de la présence potentielle d'un garde. Celle-ci ouvrait sur une nouvelle pièce, apparemment une antichambre, qui donnait d'un côté sur un bureau et en face, sur une sorte de boudoir ou salon dont elle ne voyait que le dos des hauts fauteuils et canapés. Ce qui lui laissait donc une dernière option. Elle traversa l'antichambre pour tenter d'ouvrir la dernière porte, qui était forcément celle menant vers la sortie. Elle était verrouillée.

Deux conclusions. Un: Poséidon la retenait ici. Deux : elle allait tuer Kanon.

"Je vais t'arracher tes écailles une par une Dragon des mers de malheur!" Gronda-t-elle, alors qu'elle faisait jouer son cosmos entre ses doigts pour geler la poignée et la serrure, afin de la briser.

"Bonjour Hilda." Lui répondit une voix ensommeillée, en provenance du boudoir, appartenant à l'animal de malheur en question. Elle se figea. Comment n'avait-elle même pas perçu sa présence? Caché jusqu'alors par le dos du canapé, elle vit son visage apparaître alors qu'il se redressait pour s'asseoir tout en s'étirant souplement.

Une demi-seconde plus tard, Kanon s'était levé de justesse pour éviter une rafale de cosmos glacé dirigée droit dans sa direction.

"Hilda! Calmez-vous!" La moitié de la pièce avait gelé et une fine couche de glace couvrait le canapé où il se trouvait quelques secondes plus tôt.

"Je serai calme quand je serai libre de mes mouvements!" Hurla-t-elle depuis l'antichambre adjacente, tout en avançant vers lui, son cosmos blanc l'entourant, sa longue chevelure argent voletant autour d'elle. "Et c'était bien la peine de me présenter des excuses sur la jetée pour me planter un couteau dans le dos le lendemain!"

"C'est injuste! Je vous avais prévenue! Je sers Poséidon! Ce n'est pas une surprise!"

"Prévenue? Et Poséidon avait ordonné d'essayer de me séduire peut-être?!" Il se déplaça pour éviter une nouvelle décharge de cosmos.

Pas intimidé par sa colère, il lui lança un regard intrigué doublé de son éternel sourire sûr de lui, un rien arrogant et qui était d'autant plus horripilant que sa beauté animale était là pour justifier sa confiance en lui-même.

"Pourquoi j'ai enfin réussi?"

Elle se figea et le regarda d'un air interloqué. Elle se reprit pourtant aussitôt, s'approchant de lui, qui la regardait d'un air méfiant mais ne bougeait pas. Elle finit par s'arrêter face à lui. Elle aurait presque pu avoir l'air calmée, si ses yeux n'avaient pas la couleur acier qu'elle avait toujours quand elle était dans une rage noire.

"Si je dis oui Kanon, regretterais-tu tes actes?" Demanda-t-elle d'un ton froid. Surpris, il la fixa, ne répondant rien. Elle rompit l'espace les séparant, se collant à lui, levant l'une de ses mains vers son visage, faisant glisser ses doigts le long de la ligne de sa mâchoire. Elle approcha lentement son visage du sien sans le quitter du regard. Et il baissa sa garde, se penchant vers elle pour l'embrasser. Grave erreur. Il se retrouva aussitôt avec le bas du corps gelé sur place et la forte probabilité de ne plus pouvoir avoir de descendance directe, sa virilité en ayant pris un sérieux coup (de froid). Ses lèvres toujours proches des siennes, Hilda sourit sombrement. Sur son visage habituellement doux dansaient des ombres meurtrières.

"Ne confonds pas ma bonté avec de la faiblesse Dragon des mers. Je croyais à tort que tu étais sincère dans tes excuses. Je ne commettrais pas deux fois la même erreur." Murmura-t-elle contre ses lèvres. Elle s'écarta, le fixant d'un air satisfait alors qu'il avait l'air douloureusement refroidi.

"Pourquoi suis-je ici? " Demanda-t-elle d'un ton glacial.

"Je vous ai sauvé la vie."

"En me forçant à devoir choisir entre trahir Odin et sauver Asgard? En corrompant ce que j'ai passé ma vie à protéger?"

"En vous emmenant hors de sa portée. Il a essayé de vous tuer."

Elle recula comme s'il l'avait giflée, puis sourit amèrement.

"Alors il me renie. Je ne peux pas le lui reprocher."

"Hilda..."

"Vas rejoindre ton maître. Je m'expliquerai avec lui et seulement avec lui. Disparais de ma vue Kanon, avant que je ne sois tentée de te geler entièrement." Trancha-t-elle, avant de lui tourner le dos et d'aller s'enfermer dans la chambre où elle s'était éveillée, claquant la porte derrière elle.

...


La souffrance est inhérente à l'existence. Tout comme la mort ou l'impermanence. La vie est souffrance. Telle était la première vérité.

La cause première de cette souffrance réside en nos émotions, en nos désirs et en notre égo, notre incapacité à lâcher prise et à nous détacher. Et à cause de cela, nous laissons la douleur nous dominer. En la cause de la souffrance est la seconde vérité.

Prendre conscience de la cause de cette souffrance et chercher à la faire cesser en atteignant l'apaisement est la troisième noble vérité.

Le chemin vers la cessation de cette souffrance, passe par la voie du milieu. Là est la quatrième vérité. La méditation, la non violence dans les actes ou la pensée, la lutte contre l'ignorance, tout les enseignement du noble chemin vers l'éveil ne faisaient que montrer la voie.

La voie cependant, demeurait propre à chacun.

Après sa conversation avec l'ancien, Shaka avait quitté le vihara et était parti dans la forêt afin de demeurer parfaitement seul. Il avait totalement dissimulé son cosmos. Et depuis, il avait passé des heures à méditer, indifférent au jour ou à la nuit.

Assis en position du lotus au pied d'un immense Banian, dont le tronc fait de ses multiples racines lui donnait une large envergure et dont les branches couvraient l'endroit, elles-mêmes plongeant à terre et ayant formé des racines à leur tour, Shaka observait en lui-même au sein de cette cathédrale végétale. Simplement. Calmement. Présent à lui-même. Humain. Sans cosmos.

En lui, une douleur profonde résidait en cette présence ancienne. Ce trou béant dans sa conscience était toujours là. Il observait cet abîme en lui. Et l'abîme l'observait en retour.

Lentement, mentalement, l'esprit parfaitement calme, toujours assis en position du lotus, Shaka baissa la main vers cet abîme devant lui dont il n'avait plus peur, pour y poser une main auréolée de cosmos. D'abord inerte, la surface frémit. Puis une main émergeant de l'ombre lui saisit le poignet en retour.

Son visage et sa concentration parfaite ne cillèrent pas, alors que la prise s'affirmant, il saisit lui-même le poignet de l'autre et tira à lui son double. Lentement, il hissa la forme hors de l'abîme, qui se résorbait, alors que le nouvel arrivé, qu'il tenait toujours par le bras était hissé hors du néant. D'abord le bras, puis la tête, le torse, et les jambes, comme dans un reflet surréel, un autre lui-même, lui aussi en position du Lotus et parfaitement immobile et qui le tenait lui aussi par le poignet et l'agrippait avec une force similaire à la sienne.

Impassible, concentré et le visage serein, Shaka lâcha le poignet de son double et fit reposer lentement sa main contre sa propre cuisse, couverte par les plis de sa tenue de méditation. Dans un synchronisme parfait, son double en fit de même, comme s'ils avaient été le reflet l'un de l'autre dans un miroir. Assis en lotus l'un face à l'autre, ils s'observèrent en silence.

Autour d'eux, le vent faisait bruisser paisiblement la végétation alentour. Le sol couvert de feuilles orangées dégageait une douce odeur d'humus. L'arbre immense était le témoin silencieux de la rencontre intérieure qui se déroulait désormais dans l'esprit du chevalier de la Vierge.

Car face à lui, assis là et l'observant de son visage si parfaitement similaire et de son regard d'un vert minéral si totalement différent, se tenait Shamash.