Bla Bla de l'auteur.

Auteur: Uasti

Publication du chapitre : le 14/02/2021

Disclaimer: Masami Kurumada est l'auteur de l'œuvre originale.

RAR : Merci Borealys, Libellule, Rulae, Setsuna et Emma! Vous vous êtes déchirées sur les commentaires, j'adore! Merci beaucoup pour vos critiques constructives qui m'aident à améliorer l'histoire et rectifier le tir si besoin! Réponses déjà faites pour tout le monde en MP!

Sauf toi Emma, donc réponse ici, avec du coup, pas mal de chapitres d'un coup (j'ai halluciné en voyant 5 reviews d'un coup j'étais trop contente XD). Alors pour la musique Primavera d'Einaudi, elle est inspirée des quatre saisons de Vivaldi. Et si la musique t'es familière, c'est peut-être aussi si tu as vu le film Intouchable? Einaudi a composé certaines des musiques de la bande son et son style est assez reconnaissable je trouve. Donc plusieurs possibilités ^^ Tu m'as faite mourir de rire avec la référence à Game of Thrones concernant les mœurs babyloniennes et là du coup forcément, j'ai vu Shaka en Jaime Lannister MDR. Mais en vrai, j'avoue il y a un peu de ça! Ca me va, j'ai vu pire comme référence XD. Tes différentes réflexions sur le rat de laboratoire, l'égo de Kanon ou la brochette, le visuel de Saga ou Kanon pas aidé moralement m'ont vraiment faite rire! Ah Kanon et ses réparties mal placées! Il est tellement provocateur et aime tellement toujours jouer l'avocat du diable que des fois, il ne se rend vraiment pas compte que son humour noir peut être mal interprété en face et passer pour de la pure arrogance! Mais bon, ça fait aussi partie de son caractère comme tu dis et de son charme! XD Merci d'avoir pris le temps de faire un commentaire sur tous tes chapitres "en retard" de lecture! Finalement j'avais l'impression que l'histoire n'avançait pas assez vite, mais en te lisant, je me suis dis qu'il s'en était passées des choses en 5 chapitres! J'espère que la suite te plaira autant. ;)

Dans ce chapitre : Publié le jour de la Saint Valentin... Est-ce un signe? Les étoiles contraires vont-elles enfin se concilier? Le truc va-t-il enfin devenir intelligent? Le sadisme de l'auteur sera-t-il contenu par une overdose de chocolat?

En ce jour des amoureux, voici un chapitre assez contemplatif et plutôt calme. Il se passe tout et il ne se passe rien. Comme un lent lever de soleil.

Et vous trouverez donc: des barrières en mille morceaux, une étreinte, une main tendue, un baiser de métal, une attirance et une compréhension naissantes, une adoption, le trésor d'un dragon et le retour d'un tigre... Sans oublier les abdos de Saga. Mon petit cadeau de Saint Valentin pour les personnes aimant les belles choses de la vie! ;)

Titre du chapitre en référence à la chanson de Tarja Turunen. Si vous voulez l'écouter, je vous conseille la version orchestrale. Elle colle bien avec le chapitre et l'idée que la lumière peut briller même dans le noir le plus absolu.

Enfin pour information, il est fort probable que je passe le rating de la fic en M à compter du chapitre suivant ou du prochain. Donc si elle disparaît selon vos filtres de recherche, ne vous inquiétez pas (et passez du côté sombre du rating!)

Bonne lecture !


Chapitre 31 - If you believe


Comment avait-elle pu être aussi stupide, crédule et naïve? Elle avait une boule de rage dans le ventre et des larmes qui refusaient de couler lui obstruaient la vision.

Hilda avait cru Kanon. Elle l'avait sincèrement cru lorsqu'il lui avait montré ce qui semblait être une part véritable de lui-même, en lui racontant son passé. A ce moment là sur la jetée, elle avait pensé voir son âme sous le masque qu'il portait toujours. Elle avait voulu croire que peut-être, il pensait les mots qu'il avait prononcés et qu'il était sincèrement attiré par elle, même s'ils n'avaient aucun avenir ensemble.

Tout comme elle l'avait pensé sincère quand il lui avait présenté ses excuses le soir du bal, ou quand, après l'incident de la cuisine, il était venu la voir à nouveau et qu'il lui avait fait valoir que même s'ils servaient des divinités ennemies, leurs rôles étaient aussi de faire en sorte de limiter les dégâts et qu'il était de leur devoir de trouver la solution la moins mauvaise pour tous. Son arrogance masquait une intelligence fine, sa beauté quasi diabolique un être bien plus sensible et hanté par ses propres tourments qu'il ne voulait le laisser paraître. C'est ce qu'elle avait commencé à croire.

Et même lors de la cérémonie des saphirs, malgré son acte de guerre ouverte, elle n'avait pas été en colère contre lui. Parce que oui, une part d'elle avait compris et accepté qu'il servait Poséidon tout comme elle servait Odin.

Et son regard alors qu'ils étaient confrontés l'un à l'autre... Son regard qui lui disait de lui faire confiance malgré ce qu'il était en train de faire. Comme pour la protéger, la soutenir, ou lui présenter des excuses à nouveau... Son cosmos l'avait aidée à ne pas sombrer alors qu'Odin la consumait de l'intérieur dans sa folie emplie de haine...

Hilda avait laissé Kanon l'approcher. Une part d'elle avait commencé à lui faire confiance. Une part d'elle avait eu envie de se laisser séduire, parce qu'il représentait cette liberté qu'elle avait toujours désirée. Parce qu'au-delà de leurs différents, elle avait vu un homme avec ses failles, ses blessures, mais avec une intelligence et une force de caractère hors du commun. Il avait dirigé lui aussi un royaume pendant de longues années, il avait commis des actes atroces qu'il regrettait lui aussi. Il la comprenait. Du moins le croyait-elle.

Mais à son réveil et en se rendant compte qu'elle avait été enlevée et enfermée là, c'était une autre certitude qui avait pris place dans son esprit.

Il l'avait enlevée et c'était prémédité. Comment expliquer autrement l'endroit où elle se trouvait, toute la garde-robe déjà emplie de vêtements pour elle, la sortie verrouillée? On n'enfermait pas quelqu'un qu'on venait de sauver. Et lorsqu'en colère, elle l'avait attaquée, lui reprochant son attitude du soir d'avant, faussement humble et totalement hypocrite puisqu'il savait alors très bien ce qu'il ferait le lendemain, elle avait eu un deuxième doute horrible. Et elle avait posé la question. Poséidon avait-il ordonné à Kanon d'essayer de la manipuler en la séduisant?

Il n'avait même pas nié. Il avait répondu en plaisantant. Avait-il réussi? Il souriait. Il l'avait séduite et ça aussi c'était prémédité. Un ordre de Poséidon.

Tout ses grands discours n'étaient que du vent.

Ce qu'elle avait cru voir sous le masque n'était rien d'autre qu'un autre faux-semblant dissimulant une réalité plus sombre.

Comment pouvait-on être aussi attirée par un être qui n'avait aucun scrupule? Comment n'avait-elle rien vu?

Elle resserra brièvement ses propres bras autour d'elle-même. Le nœud dans son ventre lui faisait mal et sa gorge la serrait atrocement, alors que sa colère se muait peu à peu en souffrance, et qu'elle prenait conscience de tout.

Et Kanon était loin d'être le plus grand de ses problèmes dans le fond.

Ce qu'elle avait fait était impardonnable.

Debout près de l'une des fenêtres, elle sentit des larmes brûlantes couler sur ses joues, en silence. Qu'avait-elle fait? Elle n'avait même pas respecté la toute première des règles qui liaient toutes les prêtresses d'Asgard : Ne pas mourir ; Ne pas disparaître sans laisser de succession. Elle n'y avait même pas pensé une seconde. Et désormais, si Odin la rejetait, qui pourrait le prier et permettre à l'équilibre d'être préservé? Freiya n'avait pas un cosmos assez développé. Personne d'autre que la famille des Polaris ne pouvait supporter le cosmos d'Odin plus de quelques heures...

Pour la première fois de sa vie, elle s'était rebellée et avait quitté la cage. Elle avait pris sa propre décision, face à Odin. A quoi servirait-elle maintenant? Quelle existence pour une prêtresse impie, reniée par la divinité qu'elle servait? Prisonnière d'une divinité ennemie... Responsable d'une catastrophe à l'échelle du monde parce que sans Odin pour geler les pôles et son cosmos à elle pour servir de relai, ce serait un déluge à nouveau.

Elle avait envie de hurler mais aucun son ne pouvait franchir ses lèvres à part des sanglots. Parce qu'elle pleurait tellement désormais qu'elle avait du mal à respirer. Elle se laissa tomber au sol, incapable de rester debout, les larmes dévalant le long de ses joues.

Le peu de raison qui lui restait à son réveil, la colère qui l'avait tenue, l'adrénaline et le stress liés au fait de se savoir prisonnière, toutes ces émotions l'avaient empêchée de céder à la panique et lui avaient permis de rester maîtresse d'elle-même, dans un premier temps et de faire face au Dragon des mers. Mais seule désormais, c'était la peine, l'angoisse et la réalisation de la violence de ce que qui s'était produit, qui dominaient son esprit. La douleur. Le sentiment de trahison envers un dieu qui empli de haine, aurait sacrifié tout ses serviteurs qui l'adoraient pourtant. Elle avait toujours pensé Odin comme l'être le plus noble qui soit. Il avait chuté lourdement de son piédestal, et elle aussi. Elle avait trahi et avait été trahie elle-même, deux fois, par Odin et Kanon. Et pire que tout, elle ressentait un immense sentiment de culpabilité, presque trop puissant pour que son esprit puisse le contenir, face à la nouvelle catastrophe que ses actes allaient engendrer.

Elle avait tout perdu mais ce n'était rien face au fait qu'elle avait mis en danger des millions de vies, simplement en voulant sauver Asgard, une fois de plus. En se sacrifiant, elle avait commis un crime. Elle avait créé une catastrophe pire que celle qu'elle avait engendrée avec l'anneau. Et pourtant, son cœur la trahissait, parce qu'au delà de la culpabilité, il était déchiré plus que tout par Kanon. Kanon qui avait joué avec elle. Kanon qui avait tout prémédité. Kanon, à qui une part d'elle regrettait d'avoir résisté, parce qu'à défaut de conserver un honneur inutile, elle aurait au moins eu des souvenirs agréables pour accompagner son cœur brisé. Pensée stupide indigne d'une reine... Même son esprit l'abandonnait.

Elle était stupide, stupide, si incroyablement stupide. Et elle en était presque morte. Et le monde allait subir une catastrophe à cause d'elle.

Recroquevillée sur elle-même, Hilda avait du mal à respirer, ses doigts se crispaient contre sa poitrine. Elle ne contrôlait plus rien. Ses larmes étaient en train d'emporter avec elles toutes les digues qu'elle avait passé sa vie à construire et à renforcer. Sa fierté lui intimait de se reprendre, mais elle en était incapable, alors que la confusion et la foule des émotions la rongeaient. Sa respiration était saccadée, son bas-ventre noué douloureusement la torturait, tout son corps tremblait et la seule chose qu'elle arrivait encore à faire était de pleurer.

Comme lorsqu'elle était prisonnière de l'anneau, elle était seule. Et elle ne maîtrisait plus rien. Mais c'était de sa propre faute cette fois. Elle avait mal et aurait voulu hurler, mais elle ne pouvait émettre aucun son, trop secouée par ses propres larmes et assommée par sa peine et ses regrets.

Elle ne sentit pas tout de suite la couverture posée avec délicatesse sur ses épaules, comme un cocon de chaleur, doux et rassurant.

Elle ne réalisa la présence de Kanon que lorsqu'il l'attira contre lui, faisant basculer son dos recouvert par la couverture contre son torse, ses bras se serrant autour d'elle par l'arrière, son menton posé sur le haut du crâne d'Hilda.

Elle aurait voulu se débattre. Mais elle se retrouvait assise au sol, calée dos à lui, emprisonnée dans sa chaleur. Il la serrait simplement, sans un mot. Sa fierté lui hurlait de se dégager, mais dans son état, elle n'en avait plus ni le courage, ni la force, incapable d'articuler un mot. Elle ne voulait pas qu'il la voit en état de faiblesse, c'était pire que tout. Ses sanglots reprirent de plus belle.

Evidemment qu'il n'était pas parti. Depuis quand aurait-il obéi à un ordre qu'il n'avait pas envie d'entendre? Et d'ailleurs, une fois suffisamment dégelé, Kanon avait eu une sacrée envie de s'expliquer avec Hilda. Il avait hésité, mais sa colère avait été plus forte que lui. Parce que certes Hilda avait toutes les raisons d'être furieuse contre lui, mais il avait aussi le droit de s'expliquer. Sauf qu'une fois qu'il s'était décidé à la suivre, il s'était attendu à tout sauf à ce qu'il avait eu devant les yeux. Et son arc-en-ciel d'émotions, passé de l'inquiétude à la culpabilité, puis au soulagement de la voir vivante et en bonne santé, puis à la colère née de sa capacité hors du commun à le mettre hors de lui, tout avait stoppé en la voyant là, effondrée sur elle-même, immensément vulnérable, toutes ses barrières détruites, inconsciente qu'il se tenait là. Elle allait mal et c'était à cause de lui. Elle avait failli mourir et c'était aussi à cause de lui. Comme Saga, il l'avait détruite... Il avait été incapable de se retourner et de la laisser seule. Parce qu'il savait trop bien ce qu'elle était en train de vivre pour l'avoir vécu lui-même. La mort qui rôdait, la sensation d'avoir tout perdu, le monde qui s'écroule autour de soi. Une immense culpabilité lui avait sauté à la gorge et lui avait aussitôt serré les entrailles, doublée d'une envie irrépressible d'essayer de réparer ce qui pouvait l'être.

Alors il avait fait la seule chose qu'il pouvait faire : être là, comme pour Saga lorsqu'il menaçait de perdre pied. Parce que la voir ainsi était aussi atroce que de la voir se jeter sur le trident de Poséidon. Parce que sa chaleur contre lui ne devait pas s'éteindre. Jamais. Il ne pouvait pas accepter qu'elle puisse s'effondrer.

Au moins, elle ne l'avait pas gelé sur place. C'était peut-être un progrès. Une fois sa colère passée puis sa crise calmée, il espérait qu'ils pourraient enfin parler de manière apaisée. Parce que s'il avait agi ainsi, c'était pour Poséidon, mais aussi pour Asgard. Il espérait simplement qu'à défaut d'accepter ce qu'il avait fait, elle comprendrait.

Il essaya de formuler les bonnes paroles et finit par parler doucement, afin de ne pas la brusquer.

"Vous êtes en état de choc. C'est une réaction normale." Murmura-t-il lentement, la tenant toujours contre lui. "Je vais rester ici. Je ne vous laisserai pas seule. Je suis désolé de ce que vous avez eu à subir par ma faute. Je n'ai jamais eu l'intention de vous blesser."

Il ne pouvait pas voir l'expression de son visage. Mais il était certain qu'elle l'avait entendu. Parce que ses sanglots se firent encore plus lourds. Elle resta immobile pourtant, assise et lui tournant le dos, mais toujours dans son emprise. Elle lui faisait l'effet d'un animal sauvage blessé trop assommé pour se débattre. Il savait qu'elle allait certainement lui reprocher d'être resté, et sans doute encore plus de l'avoir prise dans ses bras, mais tant pis. Il ne pouvait pas la laisser seule ainsi.

Après un temps indéterminé, à la fois terriblement long et incroyablement court, durant lequel il la tint ainsi contre lui, elle finit par se calmer, demeurant immobile et silencieuse, ne bougeant que pour essuyer les quelques larmes qui coulaient encore parfois, ou resserrant les pans de la couverture autour d'elle, autant que pouvait le lui permettre l'étreinte de Kanon, qu'il refusait de desserrer, et contre, étonnamment, elle ne luttait pas, comme engourdie par la chaleur rassurante qu'il dégageait. Il avait fermé les yeux et demeurait immobile, le menton toujours posé sur la tête de la prêtresse, dont les mèches argentées venaient lui chatouiller le bas du visage. Si elle n'avait pas été aussi triste, il aurait adoré le moment, qui lui permettait de la tenir ainsi contre lui et d'apprécier chaque nuance de son parfum, chaque détail de sa manière de respirer, tels d'infimes et minuscules trésors après avoir pensé la voir cesser de vivre, par sa faute.

Ce ne fut que bien plus tard qu'elle finit par rompre le silence.

"Je t'avais dis de disparaître de ma vue." Il ne relâcha pas l'étreinte autour d'elle, demeurant parfaitement immobile. Notant intérieurement qu'apparemment, elle était définitivement passée au tutoiement le concernant même si le ton n'avait absolument pas dégelé, bien que prononcé d'une voix faible.

"J'ai obéi. Techniquement... Je suis dans votre dos..." Il la sentit se crisper et ajouta aussitôt. "Je ne pouvais pas partir sans clarifier la situation... "

"Je pense au contraire que les choses sont très claires. Odin est séparé de sa prêtresse, toi et Poséidon pouvez créer un nouveau raz-de-marée sans que cette fois, quiconque ne puisse l'arrêter. Me garder prisonnière ici vous assure qu'Odin ne puisse plus m'utiliser comme relai, s'il venait à me pardonner ou avoir besoin de moi à nouveau. Vous avez détruit le lien entre Odin et les armures divines. Et même Athéna aura du mal à lutter contre Poséidon en pleine possession de ses moyens. C'est parfaitement pensé et d'une froideur totale."

Kanon fronça les sourcils, forcément vu sous cet angle...

"Vous n'êtes pas prisonnière ici et je suis désolé pour l'incident de la porte. C'est moi qui l'avait verrouillée afin qu'aucun serviteur ne puise vous déranger dans votre repos, et c'est vrai aussi, pour vous empêcher de vous enfuir et de vous perdre, désorientée, si je ne m'étais pas réveillé pour vous éclairer sur la situation. Poséidon a toujours des appartements prêts pour ses invités. Vous n'imaginez même pas le luxe et l'abondance qui règnent ici. Votre présence ici n'était pas préméditée de ma part. Quant à Poséidon, il n'a aucune intention de provoquer un nouveau raz-de-marée. Et d'ailleurs, il n'a absolument pas besoin de provoquer la fonte des glaces pour pouvoir faire un nouveau déluge si ça l'amuse."

"Comme s'il était possible de connaître les intentions d'un dieu... Moi aussi je croyais connaître Odin." La voix était calme mais douloureuse. "Je pensais te connaître toi aussi."

"Hilda, je vous assure que ni mes intentions ni celles de Poséidon ne sont malveillantes envers vous, Asgard ou le reste du monde. Poséidon ne m'a jamais donné l'ordre de vous faire de mal et encore moins celui de vous enlever. Je vous ai amenée ici parce que je savais que vous pourriez y être soignée et protégée. Et en ce qui me concerne et ce que j'ai fait, je ne regrette rien, sauf le fait de vous avoir blessée contre ma volonté. J'ai négocié avec Poséidon. Il a toujours revendiqué Asgard. Il a toujours voulu avoir un domaine à la surface. Moi ou un autre général, peu importe, il aurait agi concernant les saphirs. J'ai accepté de l'aider parce que j'étais le plus apte à agir et il le savait. En échange de mes services, je lui ai demandé de libérer Odin."

A ces dernières paroles, il la sentit se figer brièvement.

"Je suis toujours en colère. Lâche-moi Kanon."

Il obéit à regret, enlevant ses bras d'autour de ses épaules, la laissant se détacher de lui. Elle tourna légèrement le visage vers lui, lui jetant un œil par dessus son épaule, alors qu'elle resserrait un peu plus la couverture autour d'elle, ayant froid désormais que le contact entre eux était rompu. Il l'observa en silence, demeurant assis au sol, près d'elle, alors qu'elle se tournait pour pouvoir lui faire face. Son visage était un mélange de résolution, de tristesse et d'épuisement. Son regard d'un bleu acier scrutait les pupilles aigue-marine du Dragon des mers, comme cherchant à pouvoir lire en lui. La situation était surréelle. La reine d'Asgard et le général en chef de Poséidon, assis, pieds nus, sortis tous les deux du sommeil, elle en longue robe bleue nuit, lui avec la même chemise froissée et le pantalon qu'il avait sous son écaille, qui reposait dans le boudoir à côté, les chevelures emmêlées, se jaugeant l'un l'autre.

"Pourquoi devrais-je te croire?" Finit-elle par demander, ne détachant pas son regard du sien. Instinctivement, Kanon comprit immédiatement qu'il tenait là sa dernière chance de réparer ce qui pouvait l'être. Il prit quelques secondes de réflexion avant de répondre, le plus posément possible.

"Poséidon n'a pas besoin d'Odin, c'est vrai. Il pourrait très bien geler les pôles sans son aide. Mais il sait qu'avec la présence d'Odin, Asgard sera de nouveau un royaume préservé du climat polaire, où la vie pourra s'épanouir librement à nouveau. Il préfère disposer d'un royaume le plus prospère et le plus florissant possible. Et Odin lui épargnera l'énergie nécessaire à geler les pôles. Il a un réel intérêt à libérer Odin, certes, sous conditions. Quant-à ma motivation elle est très simple : Payer ma dette. J'ai toujours été sincère depuis que je vous ai présenté mes excuses pour la guerre que j'ai causée."

Il brûlait d'envie de faire glisser ses doigts sur le visage d'Hilda, de réinstaurer un contact, parce que ses mots ne lui semblaient pas suffisants, mais il demeura immobile, ne la quittant pas du regard. Il inspira profondément puis décida d'être le plus sincère possible.

"Je n'ai jamais oublié ce que vous m'avez dis, ce soir là, lorsque vous avez accepté mes excuses et demandé l'aide de Poséidon si un conflit venait à se déclarer contre Zeus. Que je devais vous aider à libérer Odin, pour que vous et votre peuple puissiez être enfin libres de vivre dans un monde où ces terres désolées n'existeraient plus. Avec la libération d'Odin, vous serez tous enfin libérés du climat hostile d'Asgard et j'aurai payé une partie de ma dette. A défaut d'effacer ce que j'ai fait, je voulais au moins compenser en partie mes torts... Je sais que libérer votre peuple du froid est votre souhait le plus cher. Même lorsque vous avez souffert de l'anneau à cause de moi, vous n'avez pas poursuivi un autre but. Vous êtes noble Hilda. Je savais que vous n'approuveriez pas ma méthode. Comment auriez-vous pu trahir les guerriers divins et votre serment en Odin? Mais j'ai vu au-delà. Je crois en la paix, durable, entre Odin et Poséidon, et en Asgard libérée de ses souffrances. Et vous... vous seriez enfin libérée de ces heures de prière qui vous détruisent et vous épuisent peu à peu, même si vous ne vous en plaignez jamais. Poséidon vous considère comme la souveraine légitime d'Asgard. Il vous rendra votre statut. Et vous savez que je dis la vérité parce qu'une part de vous me fait confiance. Sinon, vous n'auriez pas réagi comme vous l'avez fait lors du rituel."

Elle baissa le visage, détournant le regard et semblant déstabilisée, comme ce soir là, sur la jetée.

"Je te faisais confiance, mais..." Elle s'interrompit en sentant l'une de ses mains se poser contre sa joue, glissant ses doigts délicatement sous son menton pour la forcer à relever le visage vers lui.

"Mais?" Elle sentit sa propre voix se bloquer dans sa gorge et son souffle se couper, alors qu'il l'observait avec un mélange intense de sincérité et de désir contenu, mais bien présent, dans son regard aigue-marine. Il incarnait la tentation la plus pure et la plus absolue. C'était déraisonnable, impossible, et tentant comme le diable alors que la chaleur de ses doigts contre son visage l'attirait comme un aimant. Son regard était autant empli de respect que d'un pur appel à la luxure. Et elle avait envie d'avoir confiance, y compris en ce que ce regard promettait, alors même que c'était totalement insensé.

L'atmosphère avait totalement changé en l'espace de quelques secondes, dés qu'il l'avait touchée de nouveau, et ils en étaient parfaitement conscients tous les deux. Parce que le visage d'Hilda manifestait clairement son trouble. Parce qu'elle ne l'avait pas repoussé mais avait fixé son regard au sien, comme hésitante. Et que cela ne faisait que renforcer l'envie grandissante de Kanon de l'aider à se décider. Pourtant le peu de raison qui lui restait dans le cerveau, sous forme d'un mini Dragon des mers, lui soufflait que c'était une très mauvaise idée de faire quoi que ce soit, après le choc qu'elle venait de subir. Parce qu'il voulait être certain que c'était bien ce qu'elle souhaitait elle aussi.

"Vous devriez retourner dormir. Il fait encore nuit, même si le ciel ne l'indique pas. La prochaine fois que nous nous verrons, vous serez à nouveau vous-même et vous aurez pu réfléchir à tête reposée à tout ce qui s'est passé ces dernières heures." Il fit errer ses doigts de la joue d'Hilda vers sa nuque, alors qu'assis face à elle, il appuyait son autre main au sol, se penchant vers elle. Leurs visages étaient si proches désormais qu'elle pouvait sentir son souffle sur sa peau. "D'ici là, et si vous décidez de me faire confiance à nouveau, soyez certaine d'une chose: je n'ai absolument pas renoncé à vous et ce n'est pas votre attaque de tout à l'heure qui va glacer mes ardeurs, loin de là... La prochaine fois que nous serons seuls Hilda, je compte rendre coup pour coup. " Il sourit puis s'écarta, se relevant souplement, avant de tendre la main à la femme face à lui, pour l'aider à se remettre debout.

...


...

Le masque froid et délicatement ciselé du casque d'Hadès l'observait, comme attendant une réponse à une question pourtant non formulée. L'armure semblait respirer. Ereshkigal ne fut même pas surprise en la voyant soudainement se mouvoir. D'un pas lent, la protection descendit de son piédestal, posant un premier pied métallique sur le sol couvert de marbre, puis un second dans le même son de claquement, alors que ses ailes bruissaient derrière elle dans un chuintement de métal d'une noirceur absolue, mais pourtant lumineuse et étincelante.

Fascinée, la déesse ne bougeait plus, alors que lentement, la silhouette de l'Ange de la mort approchait d'elle, ses pas résonnant dans le vide. L'armure était si vivante que le reste autour était comme flou et indistinct.

La déesse demeura parfaitement immobile, son cœur battant plus vite pourtant, alors que l'un des gantelets se levait vers elle et comme au ralenti, vint lui caresser la joue. La protection ne semblait pas souffrir de son contact, la caresse du métal était à la fois froide et douce contre sa peau.

Elle avait plongé son regard vert sombre dans les yeux sans expression du masque, comme y cherchant des mots que l'armure ne pouvait pas prononcer. Il lui semblait comprendre sa demande pourtant, instinctivement. Comme un langage qui n'avait pas besoin de paroles.

"Je ne peux pas te sauver de toi-même." Souffla Ereshkigal. "Personne d'autre que toi ne peut faire ton deuil."

L'armure interrompit son mouvement sur sa joue, mais s'approcha un peu plus, presque dans une étreinte, les entourant de ses ailes déployées, trois immenses paires d'ailes aux plumes flamboyantes de beauté. Son autre gantelet rejoignit le visage de la déesse, alors que le masque s'approchait d'elle, appuyant son front de métal contre celui d'Ereshkigal. Elle sentit des mots se former dans son esprit, mais à peine avait-elle pensé en saisir le sens que déjà, celui-ci lui échappait.

La babylonienne ferma les yeux, essayant de retenir l'idée qui disparaissait de son esprit, mais perdit le faible contact télépathique avec l'armure.

Elle sentit une caresse froide sur ses lèvres, comme un baiser d'adieu au goût de métal et de sang, alors qu'une douleur atroce la transperçait de nouveau et que les plumes de l'armure se plantaient dans son dos, la déchirant de part en part, comme en Azura.

Ereshkigal se réveilla en sursaut, son rythme cardiaque encore accéléré par le rêve qui venait de se dissiper. Comme toujours depuis qu'elle avait quitté son royaume, elle mit plusieurs secondes à se calmer, ne réalisant pas immédiatement où elle se trouvait: Giudecca, le palais des Enfers. Elle n'arrivait pas à dormir en Elision. Cet endroit lui rappelait trop les jardins suspendus de Babylone. Les Enfers lui étaient plus supportables et lui rappelaient Azura. Elle s'y sentait bien plus en sécurité que dans le pseudo paradis Elyséen.

Pourquoi avait-elle rêvé d'Hadès? Et pourquoi diable était-elle en train de fantasmer sur une armure?! Certes, le symbole était évident, mais... Hadès?! Il était mort vivant. Totalement mort vivant. Et pourtant... ce qu'elle avait vu dans son atelier... Confuse, elle fronça les sourcils puis inspira profondément pour se calmer. Sans pouvoir le justifier, elle avait l'impression que cette idée qu'elle n'avait réussi qu'à effleurer dans son rêve sans pouvoir la formuler était importante, comme si elle avait devant les yeux la réponse à un problème tout en refusant de la voir.

Elle écarta les draps de soie noire qui la couvraient et s'assit sur le bord du lit, passant une main sur son visage, alors que ses cheveux d'un blond pâle retombaient éparpillés autour de sa silhouette nue. Elle se leva puis, dans une lumière blanche fantomatique, qui contrastait avec l'obscurité quasi totale du lieu, elle fit se matérialiser un long peignoir de soie lamée d'argent autour d'elle. Machinalement, elle en attacha la ceinture, puis traversa la chambre afin de s'approcher de l'une des hautes fenêtres et d'écarter l'un des rideaux épais pour observer le ciel rougeoyant des Enfers. Vu la position des étoiles et la faible luminosité, il faisait encore nuit.

Elle n'avait plus sommeil. Que devait-elle faire? Et que voulait-elle?

Elle frémit, sentant le cosmos d'Hadès, lointain mais bien présent, se mêler au sien.

"Tu souhaites me parler?"

"Tu ne dors pas?"

"Je travaille mieux la nuit et je dormirai bien assez dans peu de temps. Que veux-tu? J'ai eu l'impression que tu m'appelais."

"Je ne t'ai pas appelé mais il est possible que je t'ai maudit à distance." Il y eut un silence. "Même en rêve les ailes de ton armure font un mal de chien..."

"Pourquoi rêves-tu que j'essaie de te tuer à nouveau Ereshkigal?"

"J'imagine que tes fantasmes morbides doivent influencer les miens."

"Si tu fantasmes que je te tue, cela peut se régler aisément..." Elle pouvait presque deviner à distance le visage froid mais certainement orné d'un sourire ironique d'Hadès. "... mais ce serait dommage, je commence à m'habituer à ta langue de vipère." Elle sourit du compliment, enrobé d'une bonne dose d'acidité.

"Rappelles-t-en la prochaine fois que je te traiterai de mort vivant en face à face."

"Il me semble que tu as oublié mesquin."

"Je vois que tu tiens à tes titres honorifiques plus qu'à ton propre royaume infernal..."

"Puisque tu ne dors pas, que dirais-tu de poursuivre cette conversation de vive voix? Si tu me rejoins en Elision, nous pourrions joindre l'utile à l'agréable... La douce musique de tes insultes m'aidera certainement à achever mes nouvelles esquisses. Je suppose que tu n'as rien de mieux à faire à cette heure..."

"Venant d'un olympien, ce n'est pas le genre d'invitation nocturne qui peut rassurer..." Répondit-elle, ironique.

"Je suis... presque flatté. Je te remercie de ne pas m'estimer également impuissant. Voilà un malentendu que je me serai empressé de rectifier... Si je n'étais pas mort vivant bien entendu." Se moqua-t-il ouvertement avant d'ajouter un "Je t'attends" parfaitement neutre et qui n'acceptait pas la contradiction. Elle sentit le cosmos d'Hadès la quitter.

Bien plus loin en Elision, le dieu des Enfers passa une main auréolée de cosmos devant la toile qu'il peignait, sans la toucher, figeant les pigments afin de les sécher. Un fin sourire amusé ornait ses lèvres. Il observa quelques minutes son œuvre, encore inachevée, puis fit apparaître un drap sur la toile afin de la couvrir. Il se tourna et posa le pinceau qu'il tenait encore entre les doigts dans un bol d'eau à proximité, avant de s'éloigner dans la lueur des bougies qui flottaient partout dans l'atelier, maintenues en l'air par son cosmos et créant des ombres fantasmagoriques sur les nombreux tableaux de l'endroit, leur donnant un aspect étrangement mouvant et comme ayant une vie qui leur était propre.

Lorsqu'il fut rejoint une vingtaine de minutes plus tard par Ereshkigal, il était debout sur la terrasse à l'extérieur de son atelier et contemplait le ciel nocturne d'Elision. Tandis que la déesse approchait dans son dos, il demeura immobile, fixant les astres. Sa silhouette sombre, avec sa chevelure de jais, semblait plus noire que le ciel nocturne aux teintes bleutées.

"Il paraît que tu es capable de déplacer les planètes..."

"Ce n'est rien à côté de te faire déplacer toi." Dit-il avant de quitter sa contemplation des étoiles pour observer la nouvelle venue, qui se tenait désormais à ses côtés. Ereshkigal observait le ciel elle aussi. Il ne voyait d'elle que son visage, sa silhouette étant cachée par une longue cape d'un velours sombre, rouge ou noir, il n'aurait pas pu en être certain dans la pénombre, seulement éclairée par la lumière de l'atelier, qui passait entre les colonnes ouvertes donnant sur la terrasse, à plusieurs mètres de là. "Manifestement tu n'aimes pas Elision." Constata-t-il. "Ta présence ne s'y trouve que lorsqu'elle y est requise."

"N'y vois rien de personnel. J'ai grandi dans un pseudo paradis similaire et je n'y ai pas que des bons souvenirs, loin de là. Les Enfers sont plus rassurants, en ce qui me concerne."

"Que tu préfères les Enfers à Elision... Tu es la seule personne que j'ai rencontrée à penser ainsi."

"Même toi? Tu vois pourtant la beauté des Enfers, pour les avoir créés."

"Je n'ai pas de préférence. Je donne la même valeur à ces deux mondes. Ils font partie de moi de manière égale."

"Mais tu passes ton temps ici..." Elle marqua un temps d'arrêt mais termina tout de même d'exprimer sa pensée, fixant toujours les étoiles. "Parce qu'elle y repose?"

"Souhaites-tu réellement aborder ce sujet? Nous devions discuter de ton armure."

"Avant cela, je souhaite te parler."

"Concernant?" Elle quitta du regard le ciel étoilé et fixa son attention sur le visage d'Hadès, qui l'observait. Dans la pénombre, la pâleur de son teint, qui contrastait avec ses mèches sombres, était presque irréelle, rendant son regard étrangement plus profond. Il aurait presque pu ressembler à une statue, si un vent léger ne faisait pas voleter les mèches près de son visage.

"Perséphone. Je n'aurais pas dû te menacer de la détruire. Il n'y a qu'à toi que revient le droit de la laisser partir. Je pense qu'elle t'empoisonne et je suis du même avis que les titans là dessus. Mais je n'ai pas le droit de te forcer à quoi que soit. Tu dois faire ton deuil seul. J'ai été brutale avec toi. Tu es si... désincarné? Désintéressé de tout? Je suis souvent tentée de te provoquer juste pour te pousser à réagir. Mais je respecte ce que tu incarnes. Même si certaines de tes décisions sont parfaitement stupides et littéralement suicidaires et ça, je suis certaine que même toi tu en es conscient..."

"Sans ta dernière phrase, je me serai inquiété que tu ne te sois blessée à la tête en venant ici..." Répondit-il au bout de longues secondes de silence. "Tu devrais rêver plus souvent que je te tue si cela te rend aussi conciliante. Peut-être devrais-je demander à Hypnos de se pencher à ton chevet..."

"Je suis sérieuse Hadès..."

"Moi aussi. Je ne me répèterai pas: Tu n'as pas à me présenter d'excuses pour avoir exprimé tes pensées. Tu es mon égale. Et tu n'as fait que respecter ce que je t'ai demandé de faire depuis le début, en me donnant ton opinion honnête, même si brutale, et en me faisant savoir clairement lorsque tu penses que je me trompe. Je n'ai pas besoin d'être ménagé. Tes excuses auraient été largement insuffisantes si tu étais passée à l'acte, c'est évident. Mais je ne crois pas que tu aurais franchi ce pas."

"Alors ne me pousse pas à le franchir en persistant dans ton idée de disparaître."

"Pourquoi ma décision te perturbe tant? Tu auras un royaume de plus sur lequel régner. Tu aurais dû mourir en Azura et tu vas me succéder. J'ai été témoin de pires destins..."

Elle croisa les bras, mais répondit calmement, levant le menton et plongeant son regard droit dans le sien.

"Je n'accepterai pas de te succéder Hadès. Ma place n'est pas ici mais en Azura et tu le sais."

"Que vas-tu retrouver là-bas? Ta vie n'y est qu'un immense champ de bataille..."

"Au moins je n'ai pas renoncé à me battre."

"Une guerre sans fin ne vaut pas mieux qu'un sommeil éternel."

Elle décroisa les bras et se mit à rire légèrement, secouant la tête.

"Tu es en train de me sermonner sur comment je dois vivre ma vie? Toi? Tu te rends compte de l'absurdité de la situation? Mais je te remercie d'enfin reconnaître que ton pseudo suicide est parfaitement stupide. Et que vos pseudos guerres saintes ne valaient guère mieux, parce qu'en matière de guerres sans fin..."

"Le fiel de tes paroles n'a d'égal que ta capacité à entendre ce qui t'arrange..." Il souriait pourtant, dans la pénombre. Il fit demi-tour, quittant la vue de l'horizon sombre clairsemé d'étoiles pour faire face à la direction de son atelier. "Suis moi Némésis, j'ai besoin de ton opinion."

Quelques minutes plus tard, sa cape d'un rouge sombre abandonnée sur la méridienne de soie noire sur laquelle elle était assise, jambes croisées, la déesse s'était penchée sur les dessins éparpillés sur la table basse face à elle et les examinaient en silence. Certains croquis étaient clairement inachevés, d'autres plus aboutis. En silence, et comme toujours alors qu'elle réfléchissait, les doigts de sa main libre semblaient pianoter une mélodie inaudible alors que de l'autre main, elle passait d'une page à l'autre.

En cette heure tardive de la nuit, elle portait une tenue assez simple par rapport à ce qu'elle pouvait arborer habituellement. Un pantalon noir, prêt du corps mais pas moulant, accompagné d'une tunique d'un or sombre, à manches longues, asymétrique, qui dégageait l'une de ses épaules, et qui était enserrée à la taille par une large ceinture de cuir. Elle ne portait ni maquillage ni bijou, sauf une fine chaîne dorée sur le front, qui rejoignait sa chevelure tressée en une natte épaisse sur le côté.

Lorsqu'elle releva le visage des dessins pour chercher Hadès du regard, celui-ci était debout, un peu plus loin, semblant perdu dans ses pensées. Il avait le regard posé sur une étagère emplie de livres, désordonnée et contenant également ça et là des matériaux divers de peinture. Il demeurait immobile, comme cherchant mentalement une future lecture parmi ce qu'il contemplait.

Elle ne pouvait voir que son profil. Comme toujours le dieu était vêtu de couleur sombre, mais comble de la fantaisie infernale, il avait pour une fois quitté ses toges habituelles pour une longue veste noire, à l'encolure haute et brodée d'argent, fermée en haut par une broche ouvragée puis tenue ensuite jusqu'à la taille par des agrafes en argent, et dont les motifs, en noir sur noir, dans un jeu de matières de soie et de velours, faisaient des lignes en V qui convergeaient vers sa taille, accentuant ses épaules, soulignant sa carrure, et dont le bas, ouvert sur un pantalon noir, tombait dans un drapé proprement royal. Il portait sa tenue parfaitement coupée avec l'élégance naturelle d'un Prince. Sa chevelure lui faisait son habituelle couronne de noirceur et retombait librement contre lui. L'espace d'un instant, Ereshkigal ne put s'empêcher de repenser au rêve qui l'avait tirée du sommeil. Il dégageait la même mélancolie silencieuse que son armure. Il était cependant incroyablement plus attirant. Surtout pour un mort-vivant.

"Ton verdict?" Elle ne fut pas surprise de voir qu'il s'était rendu compte qu'elle l'observait.

"Sur toi ou tes projets d'armure?" Répondit-elle presque malgré elle. Il se tourna légèrement et elle fut bientôt confrontée au bleu cyan de ses pupilles.

"J'ignorais que tu avais un jugement à porter sur moi. Tu ne te prives pas de le faire habituellement. Alors?"

"Fascinant." Dit-elle sans préciser de quoi elle parlait, provoquant un demi-sourire ironique sur le visage d'Hadès. Elle finit cependant par baisser le regard et saisir l'un des feuillets pour le lui montrer. "J'aime ce concept. Les autres me laissent indifférente. Et tu le savais déjà... C'est le seul que tu as parfaitement achevé." Elle reposa le dessin sur la table basse et demeura assise, silencieuse quelques instants, alors qu'elle avait baissé le regard, comme cherchant ses mots. "Il y aura besoin d'adaptations, mais l'idée... l'âme est là..." Elle releva le regard vers lui. "Je me sens..." Elle ne termina pas sa phrase.

"Comprise?" Compléta-t-il. Elle sourit alors qu'il était neutre, comme discutant d'un fait parfaitement normal.

"Vue avec acuité... serait plus précis. C'est assez inhabituel..."

"Ce n'est pas surprenant. Personne n'ose regarder la mort en face... Hadès signifie "l'Invisible" et Ereshkigal, "la Dame de la Grande Terre"... Même la signification de nos noms n'est qu'un euphémisme de ce que nous incarnons. Les dieux jumeaux, toi et moi, nous ne sommes que les différentes incarnations d'une vérité unique, mais jamais reconnue. La mort est l'ultime non dit et la grande invisible."

Tout en parlant, il s'était approché et il se tenait debout face à elle, toujours assise.

"En ce qui te concerne, invisible n'est pas un adjectif qui me serait venu à l'esprit immédiatement. J'en ai beaucoup des qualificatifs te concernant... Pourtant en y réfléchissant et surtout en voyant ce dessin que tu as fait, je me dis que le vrai toi porte sans doute bien son nom... Il faut une âme vivante pour concevoir une telle armure. Elle me prouve qu'une part de toi n'a pas renoncé à vivre. Et que cette part est le véritable Hadès, presque invisible..."

"Tu passes trop de temps avec Hypnos et Thanatos."

"Et toi trop de temps enfermé à l'intérieur de ton propre esprit. Tu étais bien plus vivant en Azura lorsque nous nous sommes entre-tués avec allégresse. Je n'ai rien contre la peinture, mais tu manques cruellement d'activités plus violentes, si tu veux mon opinion."

"Est-ce une manière de me proposer un duel ou de me demander de m'entraîner avec toi? Tes blessures..."

"Mes blessures guérissent vite. Tes spectres n'ont pas le niveau et tes titans me regardent comme si j'étais un serpent empoisonné... Ce que je ne peux pas leur reprocher. J'ai besoin de reprendre l'entraînement. Tu peux te joindre à moi."

Il ne répondit pas immédiatement. Il se pencha pour récupérer le carnet empli de croquis, perdu parmi les feuillets laissés libres sur la table basse et y glissa la proposition qu'elle avait sélectionnée, puis il s'assit souplement dans un large fauteuil qu'il venait de matérialiser en un instant, et qui n'était pas là quelques secondes plus tôt. La main appuyée sur le côté de son visage, la tête penchée, il observa Ereshkigal avec l'ombre d'un sourire ironique flottant sur ses lèvres.

"Donc, tu n'as surtout aucun autre partenaire d'entraînement potentiel, puisque personne n'est assez puissant ni assez suicidaire ici pour te faire face, sauf moi..." Son sourire s'accentua, alors que satisfait, il faisait apparaître dans sa main libre un fin crayon, qu'il fit tourner entre ses doigts, avant de le poser sur le carnet de croquis. "Dis-moi, comment puis-je tirer profit d'une telle situation? Accepterais-tu de me servir d'animal de compagnie?" Une lueur mi ironique mi amusée brillait dans ses prunelles bleues.

"Incroyable, tu fais de l'humour maintenant?"

"Je suis, comme toujours, très sérieux. Si j'accepte de te consacrer une heure de mon temps pour l'entraînement, chaque jour, je souhaite obtenir en échange une heure de ton temps, chaque soir, pour me tenir compagnie ici. Je pourrais te former en tant que Reine du monde souterrain et t'instruire sur les Enfers et Elision, mais aussi me moquer de toi cruellement ou bien profiter de ta douce voix au timbre voilé pour me lire de la poésie pendant que je serai en train de peindre. Il s'avère qu'Hypnos se lasse de jouer de la musique pour mes oreilles et que sa voix n'est pas aussi mélodieuse que la tienne..."

"Et puis quoi d'autre? Que je te serve de soubrette?" Dit-elle en haussant un sourcil.

"Ne me tente pas de te rappeler à l'ordre." Sourit-il. "Tu te souviens de la punition infligée lorsque tu profères des inepties... Mes intentions sont parfaitement pures."

"Parfaitement pures et tordues."

"Est-ce ta réponse?"

"Si c'est vraiment tout ce que tu demandes..." Elle prit un instant pour réfléchir. "Ca me semble... plutôt honnête?"

"Parfait." Il s'installa plus confortablement dans son fauteuil et ouvrit son carnet de dessins, commençant à griffonner à l'intérieur. Ereshkigal vit apparaître sur la table basse devant elle un livre qui n'y était pas quelques secondes plus tôt.

"Hadès?" Prononcé d'un ton interrogateur.

"Je suis tenté de commencer à faire jouer notre nouvel accord dés maintenant." Dit-il en ne relevant pas le visage de son carnet, griffonnant toujours. "Considères cela comme un test pour voir si je souhaite valider ou non ce marché."

Elle soupira, puis saisit le livre à la couverture en cuir légèrement élimée. Aucun titre n'était visible sur la couverture. Elle ne le découvrit qu'en tournant la page de garde: Une saison en enfer d'Arthur Rimbaud.

"Tu as un sens de l'humour bien à toi..." Fut le seul commentaire de la déesse, avant qu'elle ne commence à lire à voix haute le premier texte du recueil qu'elle tenait entre les mains.

Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient.

Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. – Et je l'ai trouvée amère. – Et je l'ai injuriée.

Je me suis armé contre la justice.

Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c'est à vous que mon trésor a été confié !

Je parvins à faire s'évanouir dans mon esprit toute l'espérance humaine. Sur toute joie pour l'étrangler j'ai fait le bond sourd de la bête féroce.

J'ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils. J'ai appelé les fléaux, pour m'étouffer avec le sable, avec le sang. Le malheur a été mon Dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l'air du crime. Et j'ai joué de bons tours à la folie...

Absorbée par sa lecture, Ereshkigal ne vit pas l'expression songeuse qui hantait désormais le visage d'Hadès alors qu'il l'écoutait tout en l'observant. Si elle avait levé les yeux vers lui en cet instant, peut-être y aurait-elle vu la réponse qu'elle cherchait.

...


...

"Pourquoi?"

Ishtar sourit en coin et termina de remplir la tasse de café qu'elle tenait en main, avant de la donner au guerrier divin, assis sur l'un des tabourets hauts près du plan de travail de la cuisine du temple du Dragon des mers.

Mime ne savait pas où la déesse avait passé la non nuit, éclairée comme le jour, du domaine sous-marin, et quant à Saga, il semblait dormir encore. Le blond avait été surpris de trouver la divinité dans la cuisine, à son réveil, en train de leur préparer le petit déjeuner. Et là, torse nu, les cheveux en bataille, il s'était retrouvé nez-à-nez avec elle avant d'être forcé à s'asseoir pour être servi par elle.

"Pourquoi quoi Mime?"

"M'avoir sauvé hier."

"Les membres d'une même famille se protègent non? Tu sais que mes chevaliers sont plus que des soldats à mes yeux."

"Kanon ou Shaka, vous avez une relation spéciale, mais moi?"

"Tu es mon petit dernier." Dit-elle d'un ton très sérieux tout en furetant dans les placards du temple de Kanon, heureusement tenus toujours pleins par la nuée efficace et zélée de serviteurs qui officiaient dans le domaine sous-marin.

"Ishtar..." Elle soupira et quitta son exploration des placards.

"Si c'est si important pour toi... Que veux-tu que je te dise? Quand je t'ai ramené à la vie, tu étais celui dont le cosmos a le plus résonné avec le mien. Peut-être parce que ta peine m'a rappelé la mienne." Il y eut un silence, au cours duquel elle saisit une autre tasse et se versa un café pour elle-même, avant de s'asseoir près de Mime. "Je ne te l'ai jamais dit, mais lors de ma dernière vie humaine, j'ai tué mes parents adoptifs moi aussi. Tu ressembles à l'humaine que je pensais être il y a encore peu de temps. Et tu portes une ombre qui ressemble à celle que j'ai longtemps portée. Tu te détestes toi-même. Je t'ai aidé hier Mime, parce que tu mérites d'être aidé. Et je t'ai choisi à mes côtés parce que ton âme est magnifique même si tu ne le vois plus. Si tu n'as plus de rêves mais que de la peur ou des regrets, il est normal que ta propre vie te soit insupportable."

"Avoir des rêves? J'ai assassiné injustement l'homme qui m'a élevé, et ce qui me déchire le plus est de ne même pas savoir pourquoi je m'en veux : De regretter de l'avoir fait ou au contraire, qu'une part de moi continue à être heureuse de l'avoir fait? Parce que même si sous sa dureté j'ai finalement compris trop tard qu'il m'aimait comme un fils, il a quand même fait de ma vie un Enfer. Il a tué mes parents. Son entraînement a fait de moi le guerrier que je suis en détruisant l'enfant que j'étais. Toute ma vie n'a servi qu'à ça. Faire de moi une arme alors que je hais la violence. Même ma musique a été transformée en outil de destruction. J'ai l'impression parfois qu'il ne me reste rien, même pas moi. Et tu me traites comme si tout pouvait aller bien..."

"Un enfant est contraint de subir. Un adulte peut choisir. Tu n'as pas à te sentir coupable d'aimer ou de détester cet homme. Les deux sont légitimes et relèvent de ton droit le plus absolu. Le plus important pour toi est de faire en sorte que ton avenir ne soit plus conditionné par ton passé. Je ne peux pas voir l'avenir Mime et t'assurer que tout ira toujours bien, mais je peux t'offrir un présent auprès de moi."

"Tu ne te soucies pas de moi parce que je suis un guerrier divin. Ca me dépasse. Mais je voulais t'en remercier. Sincèrement. Même Hilda, je sais bien qu'elle ne pense pas ainsi, mais depuis notre résurrection à tous, je me suis toujours senti comme un pion qu'on a ramené juste pour garder le lien avec les armures. Parce que nous étions utiles. Il n'y a que toi, étrangement, qui a l'air de te soucier de moi... pour moi... et ça depuis aussi loin que je me souvienne. Pour mon père, je n'étais qu'un enfant à transformer en guerrier. Et une fois le guerrier créé, j'étais seul. Toujours. Odin, Poséidon, peut importe le dieu à servir, la solitude dans la servitude est la même. J'ai accepté Poséidon parce que j'ai vu ce qu'il voulait pour Asgard. Mais il reste un dieu. Les humains ne sont que des pions pour lui, à de rares exceptions. Mais toi... Lorsque tu as défendu Saga, Kanon et moi hier, tu pensais ce que tu disais. C'était gravé dans ton cosmos. Je ne comprends pas pourquoi une déesse comme toi pourrait vouloir me sauver. Mais ça m'a donné envie d'y croire un instant."

"On aime parce qu'on aime. Il n'y a aucune raison pour aimer. Mais si tu en as besoin, je peux t'en trouver plein d'autres des raisons parfaitement légitimes et égoïstes de tenir à toi, outre le fait que tu me rappelles un peu moi."

Elle posa sa tasse de café et sourit amusée, alors qu'elle se penchait vers Mime, assis sur le tabouret près du sien. Avec le regard pervers de la babylonienne posé sur lui, il regretta soudain amèrement d'être torse nu.

"Raison supplémentaire numéro un: Qui d'autre pourra m'aider à dégonfler l'égo de Kanon sinon? Raison supplémentaire numéro deux: Imagines les possibilités d'une déesse de l'amour qui dispose de quelqu'un qui peut lire dans les pensées! Je pourrais jouer à Cupidon avec ton aide, tellement de possibilités! Et puis surtout, dernière raison et sans doute la plus importante d'entre toutes : Je ne peux pas te laisser mourir alors que tu ne t'es encore jamais envoyé en l'air. Ca serait indigne de moi non?"

Elle observa Mime avec une lueur taquine dans son regard vert alors qu'il piquait un fard monumental, presque digne de Shaka au début de leur relation, lorsque la Vierge portait encore bien son nom.

"Encore en train de traumatiser le gamin?" Les interrompit la voix du propriétaire des lieux, revêtu de son écaille, qui venait d'entrer dans la cuisine.

Mime se leva aussitôt à son arrivée et un silence lourd de sens régna dans la pièce, alors que le représentant de Poséidon toisait son cadet en attendant les reproches qu'il était certain qu'il allait recevoir d'une seconde à l'autre car amplement mérités.

Mime fut assis de force par la main d'Ishtar sur son bras, qui tapota ensuite sa tête comme on le ferait à un animal mignon et obéissant.

"Quand on adopte un petit, il faut l'élever non? Laisses-moi lui apprendre les choses de la vie Kanon... J'ai décidé que Mime était mon fils spirituel. " Plaisanta-t-elle, faisant immédiatement retomber la tension.

"J'ai mon mot à dire?" Protesta Mime. Ishtar haussa les épaules alors que Kanon répliquait.

"Tu peux tenter, mais elle n'en fera qu'à sa tête, comme toujours. Je te conseille d'accepter ton sort. C'est lourd à porter, surtout si tu lui sers d'ours en peluche. Si tu veux, on peut monter un groupe d'entraide pour prier ensemble pour le retour de Monsieur Parfait..."

"Bonjour Saga!" Le coupa Ishtar, tout en jetant un œil menaçant à Kanon, dont le jumeau venait lui aussi de débarquer, en mode bas de pyjama et torse nu tout comme Mime. Après avoir foudroyé du regard le Dragon des mers, la déesse sifflota en jetant un regard approbateur au Gémeau. Le chevalier d'or était l'image même de la tentation, avec sa musculature puissante mais pas imposante, juste dessinée ce qu'il fallait, voilée et dévoilée par sa chevelure océane. L'expression abdominaux en béton ne lui rendait pas justice - c'était du marbre, le marbre d'une statue sculptée par un créateur amoureux d'elle. Et avec son pantalon qui s'agrippait amoureusement au bas de ses hanches, il était un appel ambulant à la débauche pour quiconque doté de vision.

"Saga, il va vraiment falloir que je m'occupe de ton cas! Impossible que tu restes célibataire avec un corps pareil" Finit par dire Ishtar, tout en le détaillant avec un immense plaisir. La déesse regretta soudain amèrement d'avoir été inconsciente quand elle avait ramené à la vie les chevaliers d'or en tenue d'Adam. Autant d'éphèbes taillés comme ça, c'était une vision qu'on ne voyait pas en plusieurs millénaires.

"Je me sens sale" Gémit Kanon. "Ishtar arrête tout de suite de le reluquer! Et toi Saga, va mettre un T-shirt!"

"Tu ne vas pas me priver d'être complimenté par une déesse?" Répondit Saga en croisant les bras. '"Je reste là tant que je n'ai pas de café. Et des explications aussi..."

Mime, qui venait de goûter son café fit une grimace.

"Pour les explications, franchement, tu crois que Kanon voudra t'en fournir? Comme si c'était son genre... Et pour le café, je suis désolé Ishtar, je sais que tu y as mis tout ton cœur mais... Il est vraiment infect..." Commenta Mime, provoquant un silence puis le sourire amusé des jumeaux.

"Je m'y colle." Finit par dire Kanon, après avoir volé la tasse de Mime et reniflé le jus de chaussettes à l'intérieur. "Ishtar, tu es une déesse resplendissante et en tant que telle, tu es née pour te faire servir. C'est clair..." Fit Kanon avec un immense sourire hypocrite, puis ajouta d'un air beaucoup plus sérieux "Et ne protestes pas! Par respect pour tout ce qui est beau et saint dans ce monde, et à commencer par le café!"

"Comment ça je ne peux que me faire servir?! Il y a plein de choses que je sais super bien faire de mes mains vous savez!'

"Pitié..." Commenta Mime, baissant la tête, alors que les jumeaux échangeaient un nouveau regard amusé et commençaient à s'affairer de concert dans la cuisine, où Saga avait déjà eu le loisir de prendre ses marques.

"Kanon, tu as passé la nuit avec Hilda?" Demanda Ishtar à brûle-pourpoint, sa curiosité insatiable n'y tenant plus.

"Oui mais même si j'aime ta vision des choses, les faits réels sont bien moins excitants que tu ne les imagines. Elle va bien et a faillit me geler sur place ce matin. Nous avons eu une petite explication. Elle est avec Poséidon en ce moment. Je pense qu'elle voudra te voir après Mime. Poséidon aussi d'ailleurs. Il semblait assez curieux te concernant, puisque tu as gardé ton armure..."

"Tu es au courant que c'est Mime qui a pris pour toi? Siegfried l'a agressé." L'informa Saga.

"Désolé." Fut le seul commentaire de Kanon, alors qu'il cherchait dans les placards de quoi accompagner le café qui coulait à nouveau. "Sacré Siegfried. Il n'a pas fini de s'énerver le héros de pacotille."

"Pacotille? Tu n'y vas pas de main morte..." Commenta Mime.

"C'est un abruti. Quand on a une fiancée comme Hilda, on ne la laisse pas dépérir. Je vais me faire un plaisir de lui montrer ce qu'est un vrai Dragon qui tient à son trésor."

"J'ai raté un épisode?" Demanda Saga. "Je pensais que tu voulais juste t'amuser un peu parce qu'elle te résiste?"

"Hilda est à moi." Affirma Kanon avec la certitude absolue que seul lui pouvait arborer tout en gardant un air supérieur et parfaitement intraitable. "Et Saga, un peu de respect pour mes sentiments je te prie."

"Ca c'est un bon Dragon! Tu as tout mon soutien!" Se moqua Ishtar. En silence, Saga leva les yeux au ciel, désespéré autant par son jumeau que par la déesse.

"Si tu as quelque chose à dire Saga, ne t'en prives pas." Rétorqua Kanon au geste silencieux de son aîné.

"Tout va bien, il est juste jaloux." Répondit Ishtar. "Son petit frère va voler de ses propres ailes loin de lui. Je crois que c'est le mot sentiment qui l'a achevé. Tu m'as surprise aussi d'ailleurs."

"J'ai dis ça moi? Vous êtes en plein délire."

"Il recommence dans la mauvaise foi dragonnesque là non? Mime?" Demanda Ishtar. Le guerrier divin jeta un œil à Kanon, qui soutint son regard avec une lueur de défi dans les yeux.

"Je ne vous décrirais pas précisément l'état de ses pensées, on dirait une adolescente amoureuse. Et apparemment, il a l'impression qu'Hilda ne va pas tarder à céder à ses avances. Par respect pour ma souveraine, j'arrêterai ici ma lecture."

"Et ma vie privée Mime?! Je vais te buter!"

Et tandis qu'Ishtar émettait un "Hiiiii" ravi et fort peu divin en battant des mains et que Saga poussait un nouveau long soupir, les deux anciens colocataires couraient l'un après l'autre dans la cuisine, l'un pour sa survie, l'autre pour apaiser sa soudaine soif de vengeance, dans un exemple manifeste de ce que Shaka appelait l'influence du chaos d'Ishtar sur son entourage

...


...

Depuis le départ de son maître, Voltaire n'avait que peu quitté l'intérieur du vihara, passant le plus clair de son temps à dormir, parfois au pied ou parfois sur le couvercle de l'urne sacrée de l'armure d'or de la Vierge. Et à cette heure-ci, le chaton blanc au pelage duveteux était en train de ronfler paisiblement sur ladite urne, allongé de tout son long, avec une patte suspendue dans le vide.

La chambre était paisible et propre, fonctionnelle mais dénuée de toute décoration inutile. Un chaud soleil entrait par la fenêtre, faisant glisser ses rayons sur les moustaches et le pelage du félin endormi. Moustaches qui frissonnèrent, alors que le chat relevait la tête, ses grandes oreilles ayant perçu des pas familiers qui s'approchaient. Il s'étira souplement puis se mit à miauler d'impatience.

Une silhouette apparut bientôt devant la porte entrebâillée et le félin sauta du haut de l'urne pour se rapprocher de son maître. Arrivé près de lui, ses miaulements prirent fin. Le chaton gonfla le pelage et la queue, comme ayant soudainement face à lui un étranger.

L'homme face à lui se baissa, s'agenouillant pour présenter ses doigts devant le museau du félin, qui les renifla avec appréhension. La confusion du petit animal semblait totale. L'odeur était familière. L'aura, ancienne, puissante et profonde, ne l'était pas, même si toujours d'une sérénité absolue.

"Toi aussi tu as changé depuis ta dernière incarnation." Murmura son maître. "Je ne t'avais pas reconnu jusqu'à présent Radjah. Pardonne-moi."

Le chaton (et ex tigre cleptomane expiant son karma dans l'enveloppe corporelle d'un chat) poussa un miaulement comme en réponse à la voix sereine qui s'était adressée à lui et finalement rassuré, frotta son museau et le côté de sa tête contre la main tendue vers lui.

"Tu vois, je ne suis pas si différent non?" Le félin se mit à ronronner sous la caresse faite sur le haut de sa tête, alors qu'un regard bleu empli de compassion et d'un amour absolu se posait sur lui. "Viens, il est temps pour nous de partir. Le cycle de la haine doit être remplacé par celui de la bienveillance. La voie est devant nous."