L'esprit embrumé par l'alcool de la veille, il regardait son visage dans le miroir de sa salle de bain. Il transpirait abondement, ses yeux étaient cernés. Il prit rapidement une douche. Cela lui permit de chasser en partie les rêves et les cauchemars de la veille. Cinq minutes plus tard, Harry sortit un peu plus d'aplomb. Il passa à la cuisine se faire un café. Sur la table de sa cuisine, des bouteilles vides. Il prit un sac en plastique pour les jeter et faire du vide. Il n'était pas fier de ça. Cependant, c'était la seule solution qui lui permettait de calmer ses angoisses. Harry était plongé dans ses songes devant toutes ses bouteilles quand son téléphone portable bipa. Oui, depuis quelques temps il essayait au maximum de vivre comme un moldu. Il le prit et vit qu'il avait reçu un message d'Hanselm. C'était un hollandais expatrié aux Etats-Unis qui animait un cercle de discussion pour les anciens combattants. Ce message lui demandait si Harry comptait venir à la réunion ce soir-là.

Il y a deux ans et demi. Harry rentra dans un bar, au hasard des rues. Il ne prêta pas attention à l'endroit. Il voulait juste boire. Il avait besoin de boire. Il rentra donc et s'assit au comptoir. Il commanda un JaegerMeister qu'il vida cul sec. Les yeux dans le vague, il enchaîna avec des bières. Il avait la tête baissée, ne regardant que son verre et le contenu. Le bar était bruyant. Des jeunes gens s'amusaient. Ils dansaient, insouciant. Harry les enviait. Lui n'avait jamais connu cette légèreté. Sa vie n'avait été qu'un enchaînement de chaos. Il pensait à ses amis, à son amour… Ron, Hermione, Ginny… Harry était convaincu qu'à présent ils le détestaient. S'il avait tué Voldemort plutôt Fred serait vivant. Tonks et Rémus seraient vivant. Sirius serait vivant… Finalement il ne disait pas qu'il avait vaincu le mage noir, mais il pensait avoir échoué. Il était parti car il avait vu la désolation de Ron et Ginny à la mort de Fred. Il en était responsable. Il ne pourrait plus les regarder dans les yeux désormais. Alors profitant d'une accalmie après la bataille, et d'un moment d'inattention, il s'éclipsa. Quittant Poudlard, il récupéra des affaires au Square Grimmaud, son argent et s'en alla, seul dans la nuit. Il ne savait pas où aller. Il se rappela alors une carte postale de sa tante Pétunia. Bâton Rouge, en Louisianne. Va pour les Amériques, se dit-il. Et il transplanna. Après quelques jours d'errance, il se trouva un petit studio peu cher. Il y emménagea. Harry reprit conscience de son environnement, du bar, des jeunes gens, quand un homme d'une soixantaine d'année s'assit au comptoir, à côté de lui. Il commanda une bière. Tout en la sirotant il regardait Harry. « Ah fils, je connais ce regard. Toi t'as vécu des trucs. Ce genre de trucs qu'aucune autre personne ne peut comprendre. T'as vu la mort. Je suis comme toi. J'ai vu des choses au Viet-Nâm tu sais… On s'en remet vraiment jamais… Pourtant on peut apprendre à vivre avec. Ecoute, j'anime un cercle de parole sur la 46ème, tu pourrais peut être passer à l'occase' ? Au fait moi c'est Hanselm ». Et l'homme lui tendit la main. Harry la prit sans trop de réelle conviction. Il était resté silencieux durant son monologue. «Moi c'est Harry. Ecoute mec, je suis plutôt du genre solitaire. Je peux pas te garantir que je viendrais ». Il est vrai qu'Harry ne savait pas quoi faire. Il lui fallait du temps pour faire deux choses. Déjà se décider s'il voulait s'ouvrir à d'autres gens, d'autant plus des moldus. Et s'il s'ouvrait à eux, il devrait mentir. Et cela le mettait mal à l'aise. Il resta cloitré chez lui des jours, pesant le pour et le contre. Un soir, plus sobre que les autres, il se dit que tant pis, il irait. Il n'avait rien à perdre et il ne serait pas obligé de parler. Il se rendit donc à l'endroit qu'Hanselm lui avait indiqué plusieurs jours auparavant. La soirée était fraiche. L'immeuble se situait dans un quartier animé de la ville. Un ancien quartier français qui avait gardé des accents européens. La communauté haïtienne s'était par la suite installée ici et le quartier s'était teinté d'une ambiance insulaire, le vaudou flottait dans l'air. Même si Harry avait fui son ancienne vie, ce quartier ressemblait au chemin de traverse, c'était le trait d'union entre deux cultures particulières. Des rues colorées, des gens aux terrasses des bars et des cafés. La vie était insouciante pour ces gens. Malgré une certaine pauvreté, ils profitaient de chaque instant pour vivre. Il s'imagina alors dinant en tête à tête avec Ginny, puis filant boire un verre avec Ron et Hermione. Il eut un pincement au cœur. Il savait que cela ne pourrait plus se produire désormais. Il ne reverrait sans doute jamais ces amis. Et c'était peut-être mieux ainsi, la culpabilité l'écrasait. Il rentra dans l'immeuble pour chasser ces idées. Le cercle se réunissait au rez de chaussée, dans une salle spacieuse. Des chaises en metal disposées en cercle, une table avec du café et des donuts. Dès qu'il entra il vit Hanselm en pleine discussion avec un autre jeune. Cependant, Hanselm le vit, et abrégea sa discussion et vint vers lui. « Ah Harry ! Je pensais pas te voir de sitôt ! Des fois, des gars mettent des mois avant de se décider ! Mais je suis vraiment content que tu sois là. » Pendant qu'il lui parlait Harry remarqua qu'il lui manquait une jambe. Cela n'était pas visible au premier coup d'œil car il portait un long pantalon cargo mais un mouvement d'Hanselm avait découvert sa cheville, et il avait alors vu une prothèse en métal à l'endroit ou aurait dû se trouver de la peau. « Ah ça… Un souvenir du Vietcong à Da Nang ! Mais bon maintenant elle et moi on s'est bien apprivoisé » Hanselm avait di cela en riant. « Ecoute Hanselm, j'apprécie ton invitation, mais je suis plus venu par curiosité qu'autre chose, fin il y a des choses difficiles à exprimer. » Harry ne savait pas trop pourquoi il était venu en fin de compte, un cercle de réunion de vétérans moldus. Ron s'arracherait certainement les cheveux s'il était là. « T'inquiète mon pote, tu vois O'Brian là bas ? Le mec avec la barbe rousse là. Ca fait bientôt 10 mois qu'il vient régulièrement mais on a jamais entendu sa voix, mais c'est pas grave. Je suis convaincu que rien que le fait de venir, ça aide déjà bien. T'es pas obligé de parler. Tu vas juste écouter des mecs qui te comprennent et qui ont sans doute la même histoire que toi. Tu verras ça fait du bien de ne plus se sentir seul ». Harry en doutait. Y avait-il ici un seul homme qui s'était consciemment livré au plus puissant des mages noirs ? Cependant Harry hocha la tête et s'assit sur une chaise, imitant les autres. La réunion allait commencer. Aujourd'hui c'était Jerry qui parlait. Un pilote d'hélico qui avait été déployé en Somalie il y a quelques années. Durant une mission de reconnaissance, son appareil avait été abattu. Jerry avait été le seul survivant du crash. Il était resté trois jours seul, blessé, affamé et assoiffé, près de la carcasse de son appareil. Cela avait choqué Harry. Il avait évidemment grandi chez les moldus, mais ses dernières années il avait complétement mis entre parenthèse l'actualité moldue. La réalité de la guerre le frappa. Et effectivement, cela lui fit du bien d'entendre d'autres histoires. Au cours des mois qui suivirent, Harry assista à différentes réunions. Elles suivaient toutes le même schéma. Une soirée, une histoire. Un membre racontait une partie de sa vie, ou un évènement qui l'avait traumatisé. Harry écoutait toujours silencieusement. Certains de ces soldats étaient des vrais durs à cuire. Certains avaient touché l'enfer du bout du doigt. Seulement Harry lui avait connu le diable en personne. Plus le temps passé et plus Harry ressentait le besoin de parler de ce qu'il ressentait. Il se sentait proche de ces vétérans. Une certaine complicité régnait dans le cercle. Aucun jugement, de la camaraderie… Harry n'avait pas trouvé des amis à proprement parlé, mais des camarades. Seulement Harry ne pouvait pas leur dire de but en blanc ce qu'il avait vécu. Il devait inventer une histoire. Il se mit à regarder les actualités, à lire les journaux moldus. Et un soir, il prit la parole.

« Bonsoir, vous le savez sûrement je m'appelle Harry. Comme vous l'entendez sûrement avec mon accent, je ne suis pas américain. (Il y eut des rires dans la salle). Comme vous, j'ai fait la guerre. A vrai, dire je n'ai jamais connu que ça. Quand j'étais petit je vivais au Liban avec mes parents, mon père et ma mère travaillaient ensemble dans les services de renseignements, un couple sortant tout droit d'un James Bond vous voyez ? Quand j'eu un an, le chef local du Hamas a découvert que mon père travaillait pour le MI6. Il a fait exploser sa voiture avec une bombe… sauf que mes deux parents étaient dedans. Par chance, et quelle chance… , c'est une nourrice qui s'occupait de moi. Le consulat britannique m'a rapatrié d'urgence en Angleterre. J'ai grandi chez ma tante et mon oncle dans la banlieue de Londres. Vous vous dîtes certainement que j'ai eu de la chance de posséder de la famille. Cependant, j'aurai souhaité grandir dans un orphelinat, je vous jure. Ma tante détestait mes parents. Je pense qu'elle était jalouse de ma mère. Elle vivait avec une sorte de Sean Connery, voyageant sans arrêt… Je sais que mes parents étaient vraiment heureux. Elle s'est vengée sur moi. Elle m'a dit que c'est mon père qui avait tué ma mère dans un accident de voiture. Elle m'a dit qu'il était alcoolique et qu'est à cause de la boisson qu'ils avaient eu un alcoolique. Grandir en se disant ça… c'est terrible, vraiment. On se dit qu'on est le fils d'un alcoolo qui a brisé sa famille, ca fou en l'air un gosse. J'aurais certainement terminé moi-même alcoolique si un ami de mon père ne m'avait pas dit la vérité. Il est venu à la maison le jour de mes 11ans. Il m'a révélé le vrai visage de mes parents. Il m'a dit aussi qu'il pouvait me faire entrer dans une école privée un peu particulière. C'était une école militaire qui formait des agents de renseignements. Ces agents devaient vivre parmi la population sans trahir leur couverture. Ici ces agents feraient parti de la Homeland Security, vous voyez ? Bref, j'y suis allé. J'étais bien trop heureux de marcher sur les traces de mes parents. On nous a apprit plein de choses là-bas : se défendre, métamorphoser son apparence, de la chimie… Je faisais parti de l'équipe sportive… J'ai vraiment trouvé une nouvelle famille là-bas. Cet endroit a été mon premier foyer. Un plus je me suis lié d'amitié avec Ron et Hermione. On est vite devenu inséparable ! Hermione était un génie, vraiment. Niveau théorie c'était incroyable de la regarder trouver une solution à tous les casses têtes. Ron lui, était un fin stratège, en plus d'être un ami loyal. Quant à moi j'étais l'homme d'action du trio, premier arrivé, dernier parti, fin vous voyez… Cette formation a duré sept ans. A la fin, le supérieur de mon père est venu me voir. On s'est assit et on a parlé un moment. Grâce à votre CIA, le gouvernement britannique avait retrouvé l'émir responsable de la mort de mon père et ma mère, Jedhu-Zohor. Alors, le MI6 a monté une unité spéciale pour le traquer, lui et ses lieutenants. Entre nous on a avait des codes pour en parler. Lui on l'appelait Vous-savez-qui et ses soldats c'étaient les mangemorts. Ouais je sais c'est étrange mais ça nous est venu comme ça, un jour que nous étions sous e feu ennemi. Puis depuis c'est resté. Cette traque a duré 3 ans. Trois longues années de guérillas et d'escarmouches. J'ai vu beaucoup de mes amis tombés sous les balles des mangemorts. Et puis un jour, on a reçu une info d'une source locale. Vous-savez-qui préparait un assaut sur notre base d'opération avancée, ambiance Da Nang vous voyez ? Alors on l'a attendu. Ca été l'enfer, je vous assure. Il pleuvait des frappes de mortier, de balles et de grenades. Au milieu de ce chaos, je l'ai vu, devant moi. Il été venu lui-même mener l'assaut, comme une bravade à notre encontre. J'étais à couvert avec Ron et Hermione derrière des sacs de sable. Ron tirait à feu nourrit sur un emplacement de mangemort. Puis, je sais pas, j'ai perdu le contrôle. J'ai sauté les sacs de sable. J'ai traversé le no man's land. Par miracle, les balles ne m'ont même pas effleurées. Je suis arrivé à la tranchée ennemie. Je l'ai vidée entièrement, mais je vous jure que je ne me souviens de rien, c'était comme si mon corps ne répondait plus de rien. J'étais en mode automatique, un soldat guidé uniquement par ses pulsions. Et puis je suis arrivé là où Vous-Savez-Qui été replié. Je l'ai abattu moi-même. Et vous savez quoi ? J'ai toujours pensé que ce jour me donnerait une sorte de libération. Mais en fait, j'ai juste tué un être humain. Je croyais que cela me permettrait de revivre, de tourner la page. J'ai vu tellement de gens mourir… des amis, des collègues, des connaissances… Je n'ai pas pu supporter rester dans ce milieu. A la fin de mon contrat je suis parti, seul dans la nuit. J'ai pris un avion au hasard, et me voilà… depuis je bois pour oublier. Mais toutes les nuits je vois leur visage dans mes cauchemars. » La voix d'Harry baissa progressivement. L'assemblée ce soir devait comporter une dizaine de membres. Tous comprenaient la douleur du jeune homme. Hanselm posa la main sur son épaule. « Merci Harry. Vraiment. C'est un gros progrès qui tu viens de faire. Ici nous te comprenons. On est tous passé par là…. »

Harry reprit conscience. Sa première prise de parole l'avait marquée… C'était il y a deux ans. Le groupe de soutient avait bien augmenté. La récente guerre en Irak avait apporté son lot de vétérans. Les gens venaient puis repartaient. Certains restaient une heure, d'autres un mois. Cependant une vraie complicité s'était tissée avec Hanselm. En 1967 et 1968 il avait été au VietNâm. Il en été ressorti avec une jambe en moins et sa jeunesse sacrifiée. Sa fiancée l'avait quittée car il s'était mis au Whisky pour oublier. La boisson le rendait violent, il l'avait cogné plusieurs fois. Hanselm en avait eu honte, longtemps. Depuis il allait mieux. Le départ de sa femme avait été un électrochoc. Il était sobre depuis 27ans désormais et avait trouvé une nouvelle motivation. Il devait aider les gens qui avaient été comme lui. Harry avait ressenti chez lui la même douleur qui l'habitait. Il ne pouvait s'empêcher de faire un parallèle entre Dumbledore et Hanselm. Les deux étaient si sages, si réconfortants… Il relu le message d'Hanselm sur son téléphone. Oui il irait à la réunion de ce soir, au moins pour essayer de rester sobre.