Harry ouvrit la porte de son appartement. Un vestibule donnait sur l'entrée de l'immeuble. L'appartement du jeune Potter était au rez-de-chaussée d'un immeuble situé en plein cœur de Bâton Rouge dans un quartier qui était constamment animé. Le mois de mai débutait et une chaleur régnait. Harry sortit, malgré l'heure tardive, en simple chemise verte, manche relevée. Il était habillé d'un jean et de vans noire au pieds. Il s'était coupé les cheveux, et cela lui donnait un air d'adulte. Il devait se fondre dans son personnage de vétéran de l'armée britannique. La tenue négligée qu'il arborait dans les couloirs de Poudlard ne pouvait avoir lieu ici. Son appartement donnait sur une grande avenue animée, ou le bruit du trafic ininterrompu des voitures remplissait l'air. Cela n'avait pas gêné Harry, qui grâce à cela avait obtenu une petite ristourne sur son loyer. En effet, Harry n'aimait pas le silence. Quand il n'entendait rien, il pensait. Et il ne voulait pas penser. Voilà pourquoi il était souvent saoul à la tombée de la nuit. La nuit la vie s'arrête, même dans une ville aussi animée que Bâton-Rouge. Pour éviter de penser à ce qu'il s'était passé il y a 3ans, Harry avait développé des techniques. Durant la journée, il faisait du sport, pratiquait la guitare et la batterie. Il s'était mis à consommer de la culture moldue : livres américains, films français… Il faisait tout pour occuper son esprit. De ce fait, il n'avait que peu de nouvelles de « son » monde, du moins de la société sorcière britannique. Harry achetait de temps en temps The Wizarder, le journal sorcier local pour s'assurer qu'une catastrophe n'était pas en cours. Cependant un jour, un article lui avait plus de mal que les autres. Le reporter, Erwin Lancaster, journaliste sportif avait débriefé la rencontre amicale de quidditch entre les Red Froggies, club de Bâton-Rouge et les Harpies de Hollyhead. Son cœur s'était serré lorsqu'il avait vu une photo de Ginny sur son balai. Quelle était belle...Une pensée fugace s'était glissée, et s'il rentrait ? Cet article datait de 6mois. Force est de constater qu'Harry n'était pas rentré. Le poids de la culpabilité était trop lourd.

Harry sortit donc de son immeuble et marcha le long de l'avenue. Il se rendait à la réunion des vétérans présidée par Hanselm. Elle avait lieu a 20H30, il n'était que 19h45, Harry était en avance. Alors comme à son habitude, Harry s'arrêta au Red Furnace, une boulangerie pâtisserie. Cela faisait quelque temps qu'il ramenait des donuts pour le groupe. Une façon pour lui de s'intégrer. Il passa le porche en brique de l'établissement. Une douce odeur de pain chaud se dégageait. Même à cette heure si, le pain sortait des fours. La ville, avait gardé quelques traditions bien françaises. L'amour de la boulange en était une. Et puis, Emma, la jeune vendeuse avait toujours été sympathique avec Harry. Elle devait avoir dans les 25ans, blonde, fine et élancée, elle avait été toujours cordiale avec lui. Il se surprenait à apprécier la discussion qu'il pouvait avoir avec elle. Il sentait mois le besoin d'être sur la défensive. Il avait vaguement raconté son passé moldu, et son air compréhensif ne l'avait pas irrité. Cela faisait quelques mois que les deux jeunes discutaient régulièrement en attendant que la commande d'Harry soit prête. En temps normal, le jeune Potter se sentait lourd, vidé de toute énergie, de toute envie. Mais quand il était à proximité d'elle, il oubliait fugacement ses problèmes et pouvait se prétendre être un jeune homme banal. Il s'interrogeait des fois sur le pourquoi du comment de cette relation commerçante. En effet, il n'était pas un bout en train captant l'attention des gens aux alentours. C'était elle qui avait initiée ce fameux rituel, tout d'abord dans une logique purement commerciale. Cependant avec le temps, une habitude s'était créée. Harry passait les mardis et les jeudis soir vers 19h40 à la boutique chercher ses donuts pour la réunion. Etant un horaire assez tranquille, les deux jeunes gens pouvaient causer plusieurs dizaines de minutes sans être dérangés.

-« Salut Em ! Je vois que ça bosse dur ici ! ». En effet, la vendeuse était accoudée sur le comptoir. Elle attendait certainement que la fournée du soir soit prête. Elle avait le regard plongé dans un livre. C'était le même depuis près de 3 semaines, Les frères Karamazov. C'est Harry qui lui avait conseillé.

-« Ah Harry ! T'es retard dis donc ce soir ! ». Quand elle le vit, elle posa le livre et son visage s'illumina.

-« Oui j'ai pas vu l'heure filer ahah ! Il n'y a pas foule ce soir ! »

-« Ah bah c'est la faute au match de foot de ce soir. On affronte les Broncos de Denver. Je pense que ça se passera bien ! Entre nous Harry, les broncos sont pas une bonne équipe… Au fait ! Tu sais que demain c'est mon anniversaire ! Pour fêter ça je t'invite au resto ! »

-« Emma, tu mens très mal, dit il en rigolant, je sais que ton anniversaire en octobre. Mais si tu insistes pourquoi ! Tu passes me chercher vers 20H ? ». A peine eut il dit ça qu'il se demanda s'il n'avait pas fait une erreur. Il réalisa qu'il avait dit cela sans réfléchir, du tac au tac.

-« Vendu ! Ah d'ailleurs ta commande est prête ! Tiens un assortiment, comme d'habitude. J'ai mis notre fameux classique trois chocolats, mais aussi une petite nouveauté. Je ne te dis pas ce sue c'est, tu devras trouver tout seul. J'espère que l'aimeras, j'ai eu cette idée ce matin. »

-« Ca marche ! Tu sais tes pâtisseries font fureur auprès d'Hanselm et des gars. Tu devrais songer à ouvrir une succursale là-bas. Je te prédis un bénéfice important. »

-« C'est grâce à toi ! Si tu n'étais pas là ce vieux bougon d'Hanselm n'aurait pas eu l'idée de venir les chercher chez moi. Mais je te remercie vivement de la publicité que tu m'offres. D'ailleurs le resto demain sera une façon de te montrer ma gratitude ». En disant cela elle lui fit un clin d'œil qui fit rougir Harry. Elle avait de très beaux yeux bleus. En vérité, elle ressemblait beaucoup à Fleur, la femme de Bill.

Les deux jeunes gens s'entendaient bien. Cependant Harry avait peur de cette complicité naissante. S'attacher à une personne le mettait mal à l'aise. De plus, il ne se sentait pas capable d'assumer une telle relation. Harry était souvent morne et morose, ressassant son passé. Même si progressivement il avait réduit sa dépendance à l'alcool, il retombait quelques fois dans ses travers. Certaines nuits, la présence de Rémus, Fred et Sirius était trop forte. Il faisait régulièrement un cauchemar où toutes les âmes parties durant la guerre le regardaient, lui disaient que c'était sa faute. Il n'avait pas été assez bon. Il n'avait pas battu Voldemort assez rapidement. Et voilà que depuis quelques semaines, Harry avait mal en pensant à Ginny. Cet article, Emma, tout tournait dans sa tête. Il se disait qu'elle avait dû refaire sa vie. A quoi bon ressasser le passé. Pourquoi ne pourrait-il pas en faire autant ? Et puis il repensait à cette journée, lorsque Gryffondor gagna la coupe de quidditch et que Ginny et Harry s'enlacèrent pour la première fois. C'était sûrement le plus beau souvenir qu'il lui restait.

Emma avait senti qu'Harry était brièvement reparti, parti dans un monde fait de souffrances. Avec le temps elle avait appris à le connaître et à détecter ces moments. Elle connaissait son passé au sein de l'armée. Il avait dû voir des choses affreuses. Elle le trouvait sympathique et très mignon, mais il était souvent sur la réserve. Sa timidité, même si cela lui donnait un air charmant, traduisait une certaine souffrance. Emma était douée pour analyser les gens. Elle comprit qu'avec lui, il ne fallait pas être pressé. Ne pas poser trop de questions.

Le carillon du four retentit. Indiquant, qu'une nouvelle fournée était prête, il permit aux deux jeunes gens de reprendre pied. Harry, l'air gêné, récupéra sa commande, et paya. Ils se mirent d'accord pour se retrouver devant la boulangerie à 19h50 le lendemain. Ils se firent la bise comme à leur habitude. Harry se glissa dans la chaleur de la soirée naissante. Il arriva peu après à la réunion, la boulangerie n'étant qu'à quelques blocs de maisons. Il entra dans l'immeuble. Une dizaine de participants seraient ici ce soir. Harry salua le groupe et s'installa sur une chaise. Jimmy, prit la parole. Il raconta pendant 30minutes sa descente aux enfers. Falloujah, une bombe artisanale, son unité qui passe dans une rue étroite… Son beau-frère qui était dans la même unité que lui laissa sa vie dans la cité des sables. Lui rentra, et annonça la nouvelle à sa sœur. De chagrin, elle se suicida quelques semaines plus trad, incapable de supporter la perte de l'amour de sa vie. Et pendant des années, Jimmy s'était senti coupable : aurait-il pu éviter la mort de son beau-frère, de sa sœur ? L'alcool avait alors remplacé l'espoir. Et puis il avait vu la lumière. Un soir, aussi saoul qu'à son habitude dans un bar de Nouvelle-Orléans, sa sœur lui était apparue. Elle lui dit que ce n'était pas sa faute et qu'il fallait qu'il vive pour garder son souvenir en vie. Depuis ce jour, il ne buvait plus. Ce récit avait choqué Harry. L'histoire de Jimmy était troublante. Son récit coïncidait avec ce que lui-même avait vécu, à peu de choses près.

Cette nuit fut compliquée pour Harry. Le récit de Jimmy faisait resurgir trop de questions et de douleur qu'il avait enfouie. Comment avait réagi Ginny, Ron, Hermione ? Un immense sentiment de culpabilité l'assaillait. Il ne dormit pas mais fut tiraillé pour les fantômes de son passé.

Il réussit à rester sobre et se leva avec un regain d'espoir. En se levant, il se dit qu'il fallait peut-être recommencer à vivre. Cela faisait 3 ans aujourd'hui que Voldemort avait disparu. Devrait-il commencer une nouvelle vie, loin de la magie ?