Chapitre 1

Roi, mais surtout père.


Ils étaient réunis devant le grand pont-levis qui gérait les entrées et les sorties du château. Il devait y avoir plus d'une centaine de personnes qui attendaient ; qu'elles soient soldates, mères, pères ou mêmes enfants. Toutes et tous étaient inquiets de savoir s'ils allaient, ou non, retrouver leur Roi vénéré. Ce dernier avait ordonné aux troupes d'aller se réfugier au royaume, pendant que lui allait s'occuper personnellement de son ennemi juré. Son armée avait eu beau l'empêcher d'y aller seul, il ne l'avait pas écoutée… Ce roi était têtu, et cela faisait deux bonnes heures à présent qu'on n'avait plus aucune nouvelle de lui.

Ils attendaient alors dans l'imposante cour du château. Plusieurs dalles en pierre étaient posées d'une façon semblant aléatoire sur le sol, afin de créer un chemin qui menait dans les différentes et innombrables portes de la demeure du roi. La lune était haute dans le ciel et ne laissait entrevoir sa lumière qu'à l'entrée du palais. Elle était comme repoussée par les torches déposées contre les murs afin d'éclairer les alentours. Ces mêmes murs étaient en roche et ils reflétaient une couleur rouge due à la lave. Celle-ci entourait quasiment la totalité du royaume, son but étant de créer une protection autour de lui.

Les minutes se firent de plus en plus longues et surtout insoutenables, notamment pour une petite tortue qui avait les mains collées l'une contre l'autre : comme si elle implorait Dieu de sauver son roi. La terreur et l'inquiétude se virent dans son grand regard émeraude, où se reflétait le pont qui attirait l'œil de tous. Mais ce jeune Koopa regardait bien plus loin que ce même endroit, sans jamais cligner des yeux : craignant de rater l'arrivée de son héros adoré. Il regardait donc scrupuleusement chaque parcelle de l'extérieur, que ce soient les arbres, la pelouse sans éclat, sans oublier le ciel qui s'étalait sur l'éternel horizon dans la nuit sombre.

L'atmosphère se faisait beaucoup plus glaçante que précédemment, et l'unique bruit que l'on pouvait entendre était le son qu'émettait le crépitement des flammes, comme si la lave avait pris possession de l'air. Le jeune Koopa se pressa un peu plus contre son père et l'enlaça toujours plus fort à travers ses bras. Ce dernier lui caressa lentement la tête dans l'intention de le rassurer, néanmoins rien n'y faisait : la tortue était paralysée et seuls ses tremblements de terreur incontrôlés la faisaient bouger. Et si le roi était… ?

« Préparez-vous à fermer le pont ! »

Ces paroles-ci retentirent comme une cloche à travers chaque paroi du vaste château, étant donné qu'elles étaient prononcées dans un cri. De manière impulsive, le Koopa leva la tête en direction de cette fameuse voix qu'il reconnaitrait entre mille autres. Dans un élan de joie, il bouscula la plupart des soldats afin de se frayer un chemin près de l'entrée. La tortue s'immobilisa instantanément, voyant au loin, à travers maintes feuilles d'arbres, une silhouette imposante se dessiner petit à petit. Au moment où cette dernière se pressait un peu plus, l'ombre qu'elle constituait sur le sol s'élargit au fur et à mesure que les formes et couleurs du roi se firent plus reconnaissables. Deux sorciers de haut rang s'envolèrent d'un coup du rassemblement à l'aide de leur balai ensorcelé. Puis, ils levèrent chacun leur sceptre doré vers les rouages du pont-levis. Ils possédaient respectivement un capuchon rouge et vert ; ces couleurs, inhabituelles pour un Kamek, prouvaient leur grade élevé. Or le regard des individus était beaucoup plus concentré sur le roi.

Alors que le soulagement envahit la foule, un étonnement vint s'installer : dans les bras du roi se trouvait le prince inconscient. La peur prit vite possession des soldats ; même du plus brave des sbires. Plus les deux sujets royaux se faisaient visibles, plus on pouvait apercevoir le piteux état dans lequel la progéniture du roi se trouvait. Dans cette frayeur insoutenable, le roi avait déjà traversé le pont dans son intégralité et les sorciers lancèrent alors un sort afin de hisser le pont-levis. À cet instant, un bruit strident et sourd se fit entendre dans l'enceinte de la cour, ce qui angoissa toutes les personnes assemblées au plus haut point. Une fois le pont entièrement relevé sous les ordres du roi, la brise emporta quelques feux provenant des torches, ce qui plongea le château dans une plus grande obscurité que précédemment. C'est à ce moment que Sa Majesté se dressa amplement devant tous ceux qui s'inquiétaient pour lui il y a quelques instants.

Personne ne se risqua à dire la moindre chose, et le silence se prolongeait à travers tout le royaume. Le souffle du roi se faisait plus audible de seconde en seconde, tandis que des étincelles et de la fumée sortirent par sa bouche et ses narines. Il avait un air hargneux, les sourcils plissés jusqu'à son museau, lui-même étant retroussé. On voyait dans le faible reflet de son regard qu'il avait juste envie de cracher toutes les flammes qu'il avait accumulées dans le fond de sa gorge. Ses deux yeux rouges regardaient un à un ses soldats comme s'ils étaient tous les fautifs de ce qui arrivait à son fils, mais son expression s'adoucit lorsqu'il posa son regard sur lui. Du sang coulait de ses lèvres, tandis que des blessures étaient visibles partout sur son corps. Il avait également une faible entaille dans sa carapace et son front était bandé de son éternel foulard, probablement pour arrêter un saignement persistant. Le souffle du prince était assez lent, mais cela suffisait pour soulager l'intégralité des personnes présentes, y compris le roi.

« Sir… ! Nous allons nous occuper de Junior… Allez donc vous reposer. »

Cette affirmation avait été donnée par une Koopa Troopa aux yeux d'un violet profond. Mais au moment où elle avait tendu ses bras pour recevoir le jeune prince, elle reçut comme réponse un vif secouement de tête. Elle n'eût pas le temps de lui demander le « pourquoi » que l'imposante tortue lui avait dès lors tourné violemment le dos.

« Je m'occupe de mon fils., clama-t-il en insistant sur les deux derniers mots, Personne n'entre, ou même ne sort du château ! Chargez tous les canons de Bill Balls et de Bob-ombs ! Les Hammer Bros, vous montez la garde ! Vite ! Sur les tourelles ! Les Skelerex, Koopas Troopas et Paratroopas prendront la relève. »

Les quatre groupes désignés levèrent, à ce moment, leur main vers leur front comme signe de loyale obéissance. Les autres sbires se décalèrent afin de laisser un passage entre eux qui menait à la demeure royale. Lorsqu'il eut vérifié que les Ha se dirigèrent bien vers les tours du château, le roi emprunta le chemin qui avait été fait par ses sujets et prit la grande double porte qui menait aux couloirs des chambres. Quant au jeune Koopa, il s'était, une nouvelle fois, réfugié derrière son père, doté d'un sourire aux coins de ses lèvres : c'était la première fois qu'il allait dormir dans le château.

Les lents pas du roi résonnaient dans les longs corridors, alors qu'il marchait sur le côté gauche du tapis rouge et déroulé. Il avait un air hésitant sur tous les mouvements qu'il faisait, une lourde boule se formant un peu plus, chaque seconde, dans son estomac. Il ne pouvait s'empêcher de culpabiliser chaque fois que le souffle de son fils se faisait sentir contre son torse. Sa devise du « Je suis roi, DONC le meilleur, DONC vous m'obéissez » avait soudainement disparu de son expression, ce qui était impensable venant du roi.

Il ouvrit lentement la porte qui se trouvait à sa gauche à l'aide de sa queue, les bras étant déjà occupés par le corps du jeune prince. Il balaya alors du regard l'endroit qui n'était autre que la chambre de son fils. La lumière de la lune passait à travers la pièce et s'échoua sur le lit en forme de carapace disposé au fond de la salle. À côté de ce dernier se trouvait un bureau où des pinceaux, des crayons et des planches étaient soigneusement posés. En ce qui la concerne, la poubelle était remplie de boules de papier, dont la plupart étaient entassées sur le sol.

Le roi ne put s'empêcher de faire un long soupir discret avant d'avancer vers le lit. Il y déposa lentement son fils, et le recouvrit d'une épaisse couverture verte. Il fit en sorte que celle-ci soit correctement lisse sur Junior, la réajustant pour défaire quelques plis. Une fois cela fait, il regarda le visage du prince. Malgré les circonstances, il semblait si paisible… comme si rien ne lui était arrivé de la journée. Le roi déposa sa lourde patte contre la joue gelée de son fils et se retourna face à la porte qui était restée entrouverte.

Lorsqu'il se remit à marcher, il découvrit sur le chemin plusieurs prototypes de robots miniatures ici et là. Ce n'était pas de simples robots pathétiques que l'on achetait dans une boutique spécialisée, mais c'était Junior, lui-même, le créateur de ces petits bijoux. Le roi eut un léger sourire, mais… il retomba vite à la réalité, en repensant à la seule façon de protéger son fils. Il savait que cela allait faire mal, aussi bien à son fils qu'à lui-même… Mais il fallait absolument le faire. Après tout, qui serait là, si son fils mourait ? Et pire que tout… Il ne lui resterait plus aucune famille biologique dans ce vaste monde… Il fallait prendre cette décision, oui ! Il irait lui en parler dès demain, quand ils se seront reposés.

Le roi se déplaça alors nonchalamment, mais assurément vers sa chambre. Oui ; c'était de loin la meilleure chose à faire.


« J'AI FAIM ! »

Le prince tapait ses couverts sur la grande table en bois qui se trouvait vers la gauche dans la cour. Le soleil commençait à peine à se lever, tandis que tous les soldats ayant dormi ici se levèrent à peine de leurs tentes. De nombreuses servantes étaient dans les grandes cuisines du château, à préparer les plats de « Monsieur » ainsi que ceux des autres sbires.

Junior était seul à une table. Vu son humeur, il était impossible de savoir ce qu'il lui était arrivé la veille ; seulement ses blessures le trahissaient. Il avait bien tenté d'en cacher une majorité, notamment en baissant son foulard jusqu'au torse, ou bien en remontant ses bracelets au niveau de ses coudes. Il avait même détaché ses cheveux pour qu'ils se posent sur une bosse située sur le front. Mais malheureusement, plusieurs bleues, croutes et plaies restaient pour autant visibles.

Les autres soldats, parents et enfants étaient pour une grande partie en train de discuter entre eux, assis sur quelques bancs. Une servante Boo arriva, ses cheveux translucides étant attachés par un nœud sur l'arrière de sa tête. Elle déposa alors une assiette de gaufres et de tartines face au prince. Celui-ci ne se fit pas attendre et commença à dévorer son assiette, sourire aux lèvres, sans la moindre marque de remerciement. Le fantôme se tourna vers une seconde servante, cette fois-ci, une Magikoopa.

« Il ne lui aura pas fallu beaucoup de temps pour s'en remettre, chuchota-t-elle entre deux gloussements »

La première servante hocha la tête avec un léger sourire et toutes les deux retournèrent dans le château. Junior avait presque dévoré les trois quarts de son assiette, tandis qu'il essayait d'enlever les miettes qu'il avait accumulées sur son foulard. Il ne vit même pas que derrière lui, une grande file de personnes attendaient de recevoir une assiette que des servantes leur donnaient. Parmi eux, il y avait le jeune Koopa qui attendait également auprès de son père. Il n'arrêtait pas de faire des allers-retours visuels entre le prince et les servantes à quelques pas de lui.

Après avoir reçu leurs assiettes comme tous les autres, les deux Koopas Troopas se dirigèrent un peu plus loin. Ils s'assirent près d'un coin de lave où la jeune tortue regardait les étincelles qui en jaillissaient. Il mangea alors rapidement son petit déjeuner et se remit à regarder Junior. Mais au moment où il lui sembla que le prince le regardait en retour, il détourna timidement le regard, et se pencha par-dessus la rambarde pour regarder de plus près la lave.

« Il t'intimide tant que ça ? Tu ne dois pas le voir différemment sous prétexte que c'est un prince. »

Le Koopa tourna légèrement la tête et vit son père le regarder avec insistance. Il souffla vaguement…

« C'est pas ça papa…, grommela-t-il tout en posant son menton sur la rambarde, Bowser Junior et moi avons le même âge… Et lui… bah, il a déjà accompli plus de choses que moi. C'est injuste ! J'aimerais tellement me battre moi aussi !

— Oh, mais, Kaoryl… tu auras tout le temps pour faire comme lui. Tu n'es simplement pas prêt.

Pas prêt ? Mais c'est quand que je le serais moi ?, il fit la moue en relevant la tête vers son père. »

Ce dernier se mit à pouffer un léger rire, avant de prendre une bouchée de sa gaufre. Il leva ses yeux verts vers son fils, qui avait l'air d'avoir mal pris sa réaction.

« Entraine-toi avant.

J'aimerai tellement partir à l'aventure pour ça…

Eh bien ? Qu'est-ce que tu attends ? »

Une illumination scintilla dans le regard de Kaoryl avant qu'il ne lâche la rambarde pour faire un grand sourire. Mais un bruit de portes et des enfants courant tous à un seul et même point lui changèrent les idées. Il se mit à les suivre, et s'arrêta entre un jeune Maskass et un autre Koopa.

« Qu'est-ce qui se passe ? »

Il n'eut aucune réponse, simplement une patte levée en direction du roi, venant de l'enfant masqué. Kaoryl ouvrit légèrement la bouche en voyant Bowser à moitié endormi qui avait refermé les portes du château et qui avançait vers la grande table, en passant juste devant les enfants. Alors qu'il allait rejoindre son fils, il s'arrêta sans raison apparente au milieu de la foule.

« Il va falloir que vous appreniez que je n'aime pas être dérangé au réveil, les gamins.

— Cette réaction est digne d'un vieux Koopa, et non d'un roi, si vous voulez mon avis, Bowser. »

Un « han » inspiré se fit bruyamment entendre, vu qu'il venait de différentes personnes en même temps. Le roi fut contraint, au même nom des autres, de se tourner vers le son de cette voix. Il tomba nez à nez avec un jeune Boo, portant des lunettes bleues. Le plus impressionnant avec ce Boo était qu'il avait les yeux d'une couleur similaire à ceux du roi ; noirs aux reflets rouges.

« Ce n'est pas un Boo qui va me faire la morale mon gars. Je sais ce que j'ai ou non à dire ; de nous deux, c'est quand même moi qui décide.

Si vous le dites. Mais bon, ce n'est pas moi qui aurais pris la décision d'enfermer tout le monde dans le royaume pour contrer une menace qui n'existe pas.

Une menace qui n'existe pas ?! LE ROYAUME CHAMPIGNON EST TOUT, sauf une menace qui n'existe pas !

Avez-vous kidnappé la princesse Toadstool ? Non. Il n'y avait aucune raison pour que le royaume Champignon vienne ici… – il parla un peu plus bas – Même si l'on devrait surtout parler des deux frères moustachus… quand ce n'est pas que le héros en rouge qui vient ici. »

Un grognement provenant de la gorge du roi se fit entendre, alors qu'il lui tourna le dos férocement, s'approchant de la table où son fils l'attendait avec impatience. Mais un brouhaha s'en suivit où les enfants critiquaient (en bien ou en mal) le comportement qu'avait eu le Boo. Quant à Kaoryl, il ne l'avait pas lâché du regard, et il le regarda même s'en aller vers les estrades des centres d'entrainement. Lorsque le Koopa voulut se retourner pour voir Bowser, il vit le Maskass qui regardait toujours le Boo.

« Qu'est-ce que tu penses de sa réaction, toi ? demanda Kaoryl »

Mais comme précédemment, il ne reçut aucune réponse, sauf un pointage du doigt en direction de Bowser… Kaoryl le regarda soucieux… Mais il se rendit compte que Bowser était plus motivé que jamais à discuter avec son fils, avec le sourire.

« Tu penses… qu'il avait fait ça pour… détendre le roi… ? »

Il reçut cette fois-ci un hochement de la tête en signe de réponse.

« Je trouve ça bizarre quand même… »

Le Maskass hocha à présent les épaules et se tourna cette fois-ci vers la tortue. Maladroitement, Kaoryl le dévisageait sans grande discrétion… étonnamment, il vit plusieurs entailles dans le masque de son interlocuteur, et sa cape semblait déchirée à certains endroits. Le Koopa Troopa ne réussit à rien dire, c'était vraiment étrange… voire inquiétant, qu'un enfant semble aussi blessé. Mais, le jeune masqué s'en alla, sans rien demander, au même titre que tous les autres futurs sbires qui s'étaient éparpillés.

De son côté, Bowser s'était assis lourdement sur la chaise en face de son fils, il mangeait beaucoup plus lentement que le prince, mais quelque chose d'autre l'intriguait. Il posa sa fourchette sur le côté avant de regarder Junior droit dans les yeux. Intimidé, le futur roi prit sa mèche de cheveux pour la rejeter en arrière, mais elle retomba de plus belle devant ses yeux, et il détourna le regard gêné.

« Ne deviendrais-tu pas… emo ?

Hein ?! Quoi ?! Mais n'importe quoi, papa !

Tant mieux. Je comprends que l'on doit avoir l'air d'être anticonformiste. Dis-moi… pourquoi tu caches ton front ?

Je ne veux pas que… quand les gens me regardent… Qu'ils se disent que j'ai encore perdu… C'est tout… »

Le roi se mit à rire gentiment, en posant son poing sur la table. Ses yeux s'échouèrent dans les yeux de son fils, qui avait baissé la tête. Gêné par la réaction qu'avait pu avoir son père, Junior grattait la table en bois de ses griffes, créant des entailles plus ou moins importantes.

« Junior. »

Ce dernier leva une nouvelle fois la tête, regardant son père, tout en étant intimidé. C'était bien la première fois que le prince se sentait aussi mal en compagnie de Bowser. Il avait l'impression que tout l'univers se moquait de lui, et cette impression se fit de plus en plus présente lorsqu'il balaya la cour du regard. Plusieurs personnes le dévisageaient, et plus particulièrement les enfants, alors qu'ils s'étaient tous dispersés de part et d'autre de la cour.

« Tu as toutes les raisons d'avoir honte de moi… Je ne vaux pas mieux que les toads., s'enquit Bowser Junior tout en soupirant

Ne te dénigre pas comme ça. Tu es bien plus doué qu'un simple toad. Et pour en avoir effrayé des milliers rien qu'en ma présence, je peux te le confirmer. »

Bowser Junior eut un léger rire à la vision des toads criant et s'enfuyant, juste pour avoir vu une seconde son père débarquer à l'improviste.

« Tu ne t'es pas enfui lors du combat. Tu as combattu jusqu'à ce que ton corps ne le supporte plus Junior., sourit paisiblement son père, Je suis certain que Luigi aurait abandonné à la moitié de ce que tu as parcouru.

— Luigi aurait réagi comme les toads, de toute façon. »

Les deux se mirent à rire à gorge déployée. Lorsque l'atmosphère fit un peu plus paisible, Bowser prit une grande inspiration… Il fallait absolument qu'il parle à son fils de choses sérieuses… Mais les mots ne lui venaient pas… Comment pouvait-il lui dire « tu n'as plus le droit de combattre », après lui avoir sous-entendu qu'il était plus fort que les toads et même plus fort que Luigi ? Il regarda alors son fils qui coiffait ses cheveux d'une queue de cheval, laissant un bleu apparent sur son front.

« Ce sont des cicatrices de ta volonté…, sourit Bowser d'un regard déterminé, Ils prouvent que tu as donné le meilleur de toi-même et non ta faiblesse. Tu comprends ? »

Junior hochait légèrement la tête en se levant de sa chaise, avec un grand sourire. Il remit ses bracelets correctement et monta son foulard pour cacher sa bouche.

« Je vais dans ma chambre pour chercher de nouveaux prototypes beaucoup plus puissants ! »

Bowser sourit en faisant signe de la tête. Son fils se mit à marcher, tête haute, vers le château, ne lançant un regard à personne pour montrer son importance. La plupart des gens le suivaient des yeux ; certains étaient impressionnés, d'autres se demandant s'il ferait — ou non — un bon roi. Quant à lui, le roi des Koopas finissait de manger plus lentement qu'à son habitude. Il n'avait pas réussi à parler à son fils… et voilà que ce dernier cherchait encore des moyens d'anéantir le plombier… croyant qu'il pourrait se battre à nouveau. Le roi plaça alors sa patte contre son menton, l'air pensif. Il réfléchit alors au différend qu'il avait eu avec le jeune fantôme plutôt. « Mais bon, ce n'est pas moi qui aurais pris la décision d'enfermer tout le monde dans le royaume pour contrer une menace qui n'existe pas. ». Il se souvint du regard qu'avait porté le Boo à son égard ; un regard sarcastique et sans gêne. Que voulait-il dire par « une menace qui n'existe pas » ? « Avez-vous capturé la princesse Toadstool ? »… Le Royaume Champignon ne se retournerait contre lui, qu'à cause du kidnapping d'une princesse ? N'y a-t-il que ça qui compte pour ce royaume ? Une princesse n'ayant même pas le plein pouvoir… ? Que c'est enfantin !

« Quand je serai le roi de ce pitoyable royaume, les choses vont changer., sourit-il d'un air menaçant, Les personnes ne vivront plus de peur, mais de force ! Montrons-leur de quoi l'on est capable à ces minus !

— OUAIS ! »

Il se retourna en souriant, la majorité son armée avait levé le poing en chœur. Il n'avait pas eu pour but de se faire entendre, mais maintenant qu'il en était à ce point, il se mit debout sur la table d'un simple saut, regardant la foule qui se dressait devant lui.

« La prochaine fois, on les battra !, s'écria-t-il, En attendant ce jour, entrainons-nous pour redoubler d'efforts ! »

Il leva à son tour le poing en l'air et cracha quelques flammes pour témoigner de son autorité. Un brouhaha se fit entendre par la suite, ses soldats discutant des plans à suivre pour parvenir à leur fin. Du haut de sa chambre, Bowser Junior regardait le spectacle en souriant de sa fenêtre ; ils étaient tous plus motivés que jamais, même après une défaite. Et lui, il l'était encore davantage. L'erreur rend plus fort, après tout. Quelques sbires se dirigèrent aux camps d'entrainement, tandis que d'autres dirent au revoir à leurs familles pour rester dans les troupes. De son côté, le jeune Kaoryl regarda son père avec tristesse.

« Tu vas encore t'entrainer plusieurs mois ?, demanda-t-il en secouant son pied sur le sol

Je suis désolé, Kaoryl., s'excusa-t-il d'un ton tremblant, Mais, je te donne l'autorisation de mener ta propre aventure, d'accord ? »

Les yeux du Koopa s'ouvrirent en grand, et un sourire s'afficha sur son visage. Son père mit sa main sur la joue de Kaoryl, les yeux pétillants de fierté.

« Fais simplement attention à toi, d'accord ?

— Oui papa !

Mark, tu viens ?, s'impatienta un Koopa Paratroopa »

Ce dernier était imposant, et situé dans une troupe de tortues de races différentes. Le père fit un dernier regard à son fils, rempli de tendresse avant de s'en aller en courant vers la troupe. Il se retourna une dernière fois, faire signe à son fils de la main… Puis parti au même titre que les autres vers les salles d'entrainement, laissant le jeune Koopa seul au bord des larmes. Mais il se ressaisit vite, en se disant qu'il allait réussir à être, lui aussi, dans l'armée du roi. Il se mit alors à réfléchir quelques instants sur le « comment s'y prendre », et le meilleur moyen, pour lui, restait de se renseigner à toute cette assemblée de soldats plus forts les uns aux autres. Il eut un sourire en ayant cette idée, et il alla de ce pas demander conseil aux armées qui croisèrent son regard.

De son côté, Bowser Junior avait étalé plusieurs prototypes de robots miniatures, et listait les inconvénients de chacun. Il était agenouillé sur le sol, son calepin dans la main, réfléchissait minutieusement et scrupuleusement à la façon dont le héros du royaume champignon parvenait à les battre chaque fois. Mais la tâche était beaucoup plus compliquée qu'il ne le pensait ; le plombier trouvait toujours un moyen de se débattre et à retourner ses inventions contre lui. Cependant, Junior ne s'en faisait pas ; il savait pertinemment qu'ils allaient — lui et son père, réussir à battre ce maudit moustachu. Peu importe si ça allait prendre des années, peu importe si ça allait prendre des siècles… Il n'y avait que la victoire qui comptait et tous les moyens étaient bons à prendre pour parvenir à cettedite victoire.

Alors que Junior s'apprêtait à dévisser un bras de l'un de ses robots, trois cognements se firent entendre. Il comprit vite qu'il s'agissait de quelqu'un qui tapait à la porte. Il soupira alors longuement, pensant que c'était encore l'une de ces servantes qui voulait à tout prix nettoyer sa chambre. Il se leva alors nonchalamment et marcha vers la porte en l'ouvrant d'une traite.

« Je n'ai pas besoin de vos services., râla-t-il, Je suis occu… »

Alors qu'il décida enfin de regarder la personne qui se trouvait face à lui, une gêne vint l'envahir et il se mit à rire nerveusement en laissant entrer son interlocuteur.

« Désolé p'pa, je t'ai pris pour quelqu'un d'autre

Le roi s'infiltra alors dans la chambre de son fils, d'un regard plus ou moins stoïque, ce qui angoissa un peu plus Junior. Pour autant, il ne laissait rien paraitre… ne voulant pas que son père voie sa gêne. Il suivit alors ce dernier du regard qui s'installa sur son lit dans un long soupire avant de regarder son fils dans les yeux. Ce dernier fronça légèrement les sourcils dans l'incompréhension, ayant assez peur de ce que son père venait faire ici, ça ne lui ressemblait pas de réagir de la sorte.

« Papa… T'as quelque chose à me dire ?

Assieds-toi, Junior. »

En avalant difficilement sa salive, le prince prit sa chaise de bureau et la glissa en face de son père, avant de s'assoir timidement dessus. Un silence s'en suivit, Bowser cherchant ses mots plusieurs instants, n'arrivait pas à s'empêcher de regarder avec détail tous les éléments qui se situaient dans la pièce ; particulièrement les minirobots étalés ici et là. Mais lorsqu'il croisa de nouveau les yeux de son fils, il souffla légèrement… Ce regard était le même que le sien, et c'était difficile pour lui d'interdire une chose aussi essentielle à son fils. Mais il le fallait…

« Tu… Je t'interdis de combattre de nouveau contre le Royaume Champignon jusqu'à nouvel ordre.

Hein ? Quoi ?! Tu plaisantes j'espère ! »

Junior fit un léger bond en arrière en voyant le visage désolé de son père. Il ouvrit de moitié sa bouche, puis secoua la tête, les sourcils froncés.

« Pourquoi tu me fais ça à moi ?!, s'écria-t-il en se levant brutalement, Tu vas laisser les Koopalings se battre, et moi ? Je dois rester en retrait ? Tu… tu préfères te battre avec des personnes qui ne sont même pas tes propres enfants !

Junior… c'est pour…

— C'est pour quoi ? M'insulter ? Me déshonorer ? Me dire que je suis inutile ?

Je te rappelle que tu parles à ton père là, Bowser Junior ! »

Le cri du roi fit faire un sursaut à Junior. C'était rare que son père lui criât dessus comme il venait de le faire ; c'était normal pour les sbires, mais pas pour son propre fils. Mais le prince ne se calmait pas pour autant, serrant ses poings en accumulant tous ses cris dans le fond de sa gorge.

« Je ne veux pas te perdre ! Je ne veux pas que tu laisses ta vie lors d'un combat., avoua difficilement Bowser

C'est sûr, toi tu ne risques jamais ta vie., grogna-t-il dans un soupir

— Je suis adulte, moi. Tu n'es qu'un enfant.

Oh oui, c'est vrai. Excuse-moi papa… J'avais oublié que les Koopalings étaient majeurs !

— Mais pourquoi reviens-tu toujours à ces avortons, Junior ?! Laisse les en-dehors de ça.

Tu leur accordes plus d'importance qu'à moi. Pourquoi ? Parce que je n'arrive pas à me battre ?

TU ES MON SEUL FILS ! Tu es mon descendant ! Je ne veux pas que tu meures ! Je ne veux pas que tu laisses une armée entière seule après mon départ… je veux quelqu'un après moi, et ce quelqu'un ; c'est toi ! »

La tristesse vint envahir le cœur de Junior. Il était rare que Bowser se mette à dire ses sentiments haut et fort, lui qui était toujours le type à enfermer ses sentiments dans une boite, et à avaler la clé. Le prince fronça cependant les sourcils dans l'incompréhension, détournant son regard vers le mur de droite. D'un mouvement lent et lourd, Bowser se leva du lit, se dirigeant vers la porte, mais avant qu'il s'en aille, il attendit un certain temps, et il eut raison.

« Ne crois pas que je vais rester dans ma chambre, enfermé, à ne rien faire., s'exclama-t-il, Tu m'as interdit de me battre contre le Royaume Champignon, n'est-ce pas ? Eh bien, je vais partir et dire à tous les autres qui je suis, et de quoi je me mêle. »

Resté à l'encadrement de la porte, Bowser ne tourna que la tête. Sa silhouette imposante aurait fait trembler de terreur n'importe qui si cela avait été dans un autre contexte. Mais cette fois-ci, il semblait adouci par un visage interrogatif. Il vit, du coin de l'œil, son fils ranger ses prototypes… Mais il souffla, lui-même n'en revenant pas de ce qu'il s'apprêtait à dire.

« Il en est hors de question Junior. Tu restes dans ta chambre jusqu'à nouvel ordre. »

Le roi partit… Mais Junior claqua la porte violemment, créant une secousse dans la pièce. Comment son père pouvait le punir de la sorte ? Il ne pouvait accepter cela, et il prouvera à tous et même à son père qu'il n'est pas un boulet.