Note de l'auteur: Coucou tout le monde, et merci pour l'attention que vous portez à la fanfiction !
Avant de poursuivre, sachez qu'en plus d'essayer de vous faire communiquer toutes mes idées via cette fanfiction, l'un des petits objectifs et de ne citer le nom "Mario" aucune fois (à part ici et dans le titre, mais vous m'avez compris ahah) !
Chapitre 3
Les convictions d'un prince
Ses griffes cliquetaient nerveusement sur son bureau, alors que son museau était froncé de mécontentement. Il n'arrivait toujours pas à digérer les paroles que son père lui avait dites hier. Il avait toujours eu tout ce qu'il désirait, et avait toujours eu l'autorisation nécessaire à faire ce qu'il voulait. Alors pourquoi les choses devenaient-elles tout à coup aussi difficiles et différentes ? Pourquoi les choses ne se déroulent-elles pas simplement comment elles se sont toujours déroulées ?
Il grogna de rage avant de frapper violemment son bureau de son poing, faisant tomber au passage quelques prototypes de robots qui étaient étalés dessus. Ses pupilles semblaient se dilater, alors que sa respiration était un peu plus intense. Il ne voulait pas se calmer, mais simplement tout casser… Cette situation était tout bonnement injuste ! Il se leva brusquement, tout en faisant tomber sa chaise au passage, qui fit un bruit monstre dans la chambre. Du revers de sa main, il fit tomber les archétypes de machines restantes de sa table, puis se retourna pour faire dos au bazar qu'il avait fait. Les poings toujours serrés, il ferma les yeux instinctivement.
Toutes ses bagarres, toute cette « mise en danger » qu'il avait subie depuis des années ! Il a appris plusieurs choses depuis son enfance et depuis qu'il se battait contre le Royaume Champignon au côté de son père, pour au final tout lui enlever ? C'est comme si son père lui faisait confiance lorsqu'il était petit, et que maintenant qu'il commençait à grandir, on lui interdisait de faire tout ce qu'il avait toujours fait jusque maintenant. Pourtant, à présent il avait 15 ans, et ça devrait être l'inverse, on devrait lui faire beaucoup plus confiance pour qu'il gagne son indépendance.
L'empêcher de se battre contre le Royaume Champignon, s'était lui interdire tout ce qu'il était, et tous ceux en quoi il croyait. Qu'allait-il faire à présent de ses journées ? Rester au château regarder les soldats s'entrainer pour que lui ne puisse même pas intervenir ? Dessiner inutilement dans sa chambre, ou créer des robots qu'il ne pourra jamais utiliser ?
En prenant soin de rétracter les pointes de sa carapace, il se jeta lourdement sur son lit, tout en fronçant les sourcils et regardant le plafond. Il se sentait impuissant, et ce sentiment avait calmé légèrement son énervement. Il ressentait plus de la tristesse, mais se sentait toujours légèrement hors de lui. Il ne trouvait pas d'échappatoire, comment son père qu'il avait toujours aimé et idolâtrer pouvait lui faire ça ? C'était irréel…
Il entendit trois coups frapper à sa porte, puis il roula des yeux tout en prenant une grande inspiration pour souffler bruyamment par la suite. Il s'assit simplement, alors qu'il croisa ses bras, en regardant la porte sans dire un seul mot. Il savait déjà de qui il s'agissait, et clairement il ne voulait voir personne actuellement. Puis trois autres coups un peu plus fort se firent réentendre dans la pièce.
« Jeune maître ? Votre dîner est servi., articula difficilement la voix d'une femme derrière la porte, Votre père vous attend, laissez-moi vous y emmener. »
À la voix peu rassurée et pas du tout reconnaissable de la personne, Bowser Junior en conclut rapidement qu'il s'agissait d'une nouvelle servante du royaume. Il vit la poignée se baisser, laissant apparaître devant lui une jeune Lakitu tenant son nuage de transport sous son bras.
« E-excusez-moi…, s'enquit-elle en rougissant lorsqu'elle vit Junior, Vous ne répondiez pas… Je pensais qu'il n'y avait personne, et pour en être sûre je…
— Dis à mon père que je n'ai pas faim, et que je n'ai pas envie de le voir. »
Déboussolée, la servante fit de gros yeux tout en se grattant la joue et en ne sachant pas quoi faire. Elle regarda quelques instants dans les airs, puis reposa son regard sur le prince qui la fixait du regard, comme pour lui ordonner de partir d'ici.
« Mais votre père a exigé que vous me suiviez pour vous accompagner au repas…
— Eh bien, moi, j'exige de ne pas m'y rendre.
— Mais enfin, maître… Il faut quand même que vous mangiez, vous ne pensez pas, ce n'est pas raisonnable…
— Et ce n'est pas raisonnable de me forcer à faire quelque chose que je ne veux pas ! »
Son ton était beaucoup plus sévère, et son regard fusillait à présent la servante, qui s'excusa en se penchant légèrement vers l'avant, et qui referma la porte. Junior souffla de soulagement. Il avait gagné, car elle était nouvelle, mais il savait pertinemment que s'il s'agissait d'une ancienne servante, elle aurait trouvé le moyen de le faire craquer, que ce soit émotionnellement ou avec force.
Puis s'il avait s'agit d'un kamek, il aurait simplement fallu d'un coup de magie pour le forcer à être devant son père.
Cependant, l'inquiétude l'envahit. C'était la première fois qu'il refusait de souper avec son père, du moins la première fois qu'on n'avait pas réussi à le convaincre de venir. Il ne savait pas du tout où les conséquences allaient le mener. Ce n'est pas réellement qu'il regrettait son acte, mais il ne voulait pas se confronter une nouvelle fois à son père… Têtus comme les deux étaient, ils allaient rester sur leur position, et cela n'allait pas changer pour autant.
Les minutes passaient sans que Bowser Jr. ne bouge de là où il était. Il était en tailleur, tout en regardant les innombrables prototypes qui se trouvaient par terre. Il se demanda si c'était nécessaire de réparer celui qui était cassé au vu des circonstances, mais il ne put réfléchir longtemps que sa porte s'ouvrit d'un coup violemment, cognant par le coup contre le mur. Il vit l'imposante carrure de son père se dresser devant sa porte, alors que Kamek était derrière lui un peu plus inquiet.
« Maître… Je vous l'ai déjà dit, mais calmez-vous… Il s'agit de Junior…, grinça le Magikoopa. »
Le roi fit un mouvement de main en direction de son bras droit pour le faire taire, alors qu'il fixa du regard Junior, qui n'avait pas bougé et qui restait à regarder le sol sans broncher. Il fallait se douter que ce moment allait arriver. Mais étrangement, il n'arrivait pas à lever les yeux pour regarder les deux personnes qui s'étaient à présent aventurées dans sa chambre.
« Tu m'expliques ce que signifie tout ça avant que je m'énerve, Junior !
— Je crois que c'est trop tard pour ça, Roi Bowser.
— Épargne-moi ton sarcasme Kamek, je t'en supplie ! »
Le kamek se racla légèrement la gorge dans la gêne, tout en regardant furtivement de droite à gauche par-dessus ses lunettes. Puis il les remonta et se gratta le bras.
« T'expliquer quoi ?, grogna Junior, T'expliquer que je ne veux pas te voir, car tu ne me fais pas confiance ? Bah, voilà, tu le sais !
— Par contre, tu vas me parler autrement !
— Oh, excuse-moi monsieur le Roi ! Je ne savais pas que je devais te parler comme tous les soldats le font !
— Je suis ton père, tu me dois le respect !
— Tu crois que tu m'as respecté en m'interdisant ce que tu n'interdiras jamais aux Koopalings !?
— Peut-être parce qu'ils sont toujours plus utiles que toi ! »
Comme si on lui avait arraché les mots de la bouche, Junior resta sur son lit, la bouche ouverte et dans l'incompréhension la plus totale. Analysant les mots prononcés par son père, un à un, il sentait la colère encore plus l'envahir.
« Dégage de ma chambre !
— Jun…
— Dégage ! Dégage ! Dégage ! Je ne veux plus te voir !
— Ne vous dites pas des choses que vous regrette…, tenta Kamek en panique
– Je veux qu'il dégage ! »
Bowser, qui semblait plus inquiet, regarda Kamek un instant. Ce dernier lui fit signe de la tête de partir de la chambre. Pour une fois, le roi l'écouta et sortit tout en fermant la porte. Le Magikoopa se retrouva seul face à Junior et décida de s'assoir près de lui tout en étant gêné de ce qui venait de se passer.
« Comment il a pu me dire ça ? Me dire ouvertement qu'il préfère les Koopalings à moi ! J'étais là quand il avait besoin d'aide ! J'ai toujours été là ! Je ne me suis jamais défoulé ! J'ai toujours fait de mon mieux, comment est-ce qu'il peut me dire ça !? »
De plus en plus, sa voix tremblait, et il sentait que ses yeux le piquaient. Mais il ne pouvait absolument pas se résoudre à pleurer, donc il fit de son mieux tout en levant les yeux dans les airs pour se retenir de verser ne serait-ce qu'une larme.
« Vous savez jeune maître, quand on est en colère on dit des choses qui dépassent nos pensées… Et votre père ne le pensait pas…
— Pourquoi il me l'a dit alors ?
— Je… sûrement pour… vous secouer un peu ?
— Pour me faire du mal ! Dis la vérité Kamek ! »
Le sorcier baissa la tête en soupirant doucement. Il retira les lunettes de son nez, et les essuya sur sa cape. Il ne savait pas comment réconforter des mots aussi blessants pour le prince, et il se sentait mal pour lui. Il comprenait sa colère, mais il ne voulait pas que cette dispute continue de plus en plus.
« Maître Bowser Jr., votre père préfère que vous lui en vouliez, plutôt que vous vous m'étiez en danger en allant contre sa restriction. Vous devriez prendre le temps de comprendre qu'il fait ça pour votre bien, et non pour vous mettre des bâtons dans les roues. Prenez le temps d'y réfléchir. »
Le prince ne répondit rien, tout en détournant le regard mollement. Il faisait mine de rien avoir entendu alors que son mentor se leva doucement et se rapprocha de la porte. Il jeta une nouvelle fois un coup d'œil en direction du futur roi. Il savait au fond qu'il l'avait entendu et avait pris mentalement note de ce qui avait été dit. La tristesse lui donna un léger frisson, mais il fallait qu'il reste fort pour le roi et le prince. C'était dans des moments comme ça qu'il détestait son « métier », essayer de ne pas prendre parti, mais faire en sorte que tout le monde soit heureux.
Junior lui faisait beaucoup penser à Bowser lorsqu'il était jeune, mais il y avait toujours une différence entre les deux qu'il n'arrivait pas à déceler, et au fil des années, ça l'avait toujours déconcerté. Cela faisait en sorte qu'il ne savait pas toujours comment réagir face à Junior, car des choses qu'il aurait dites à son père par le passé ne fonctionnent pas sur lui… Et il a l'impression de se retrouver dans la même impasse aujourd'hui. Il ouvrit la porte, et passa dans l'encadrement.
« Sachez juste que vous êtes tout ce que votre père a, et vous êtes sa plus grande fierté. »
En prenant soin de faire en sorte que Junior l'ait écouté, il se tourna une nouvelle fois vers le couloir et ferma la porte délicatement derrière lui, laissant le prince seul dans sa propre réflexion.
Il décida enfin de lever le regard en direction de la porte, comme pour vérifier qu'ils étaient bien tous partis. Et les paroles de Kamek cogitèrent dans sa tête, comme un disque rayé. Il mit ses poings contre ses tempes et grogna bruyamment, créant de la fumée par la même occasion, tout se mélangeait dans sa tête, que ce soient les paroles de ses deux tuteurs ou les mots que lui-même avait dits… Et même la discussion qu'il avait eue à l'aube. Tout semblait le rattraper en une fraction de seconde.
« Pourquoi !?, hurla-t-il »
Les heures avaient défilé, et la nuit était tombée. Le prince était sous la couette, il n'avait pas bougé de son lit depuis, ne prenant pas la peine de fermer ses volets, ce qui créa une ambiance assez éclairée due à la lune qui faisait scintiller le sol de sa chambre, où jonchait un tas de robots miniatures. Il semblait plus calme que plutôt, même si ses sourcils étaient toujours froncés dans la colère et l'incompréhension. Il ne trouvait pas le sommeil ce qui n'était absolument pas habituel pour lui, et cela l'agita un peu plus de minutes en minutes. Il n'avait jamais fait d'insomnie, et en y réfléchissant, il n'aurait jamais voulu connaître cette sensation.
Il se tourna une énième fois dans son lit, faisant face au mur. Mais il crut voir dans les reflets de la pierre le visage de son père, ce qui le fit instinctivement tourner sur le dos pour regarder le plafond. Mais son mouvement se fit arrêter par un grognement venant de son estomac. Ce n'était pas une très bonne idée finalement de ne pas manger, comme lui avait dit la servante. Mais dans le cadre actuel, cela aurait peut-être été pire s'il avait mangé avec son père et les choses auraient beaucoup plus compliquées… ou alors plus simple ? Il ne le savait pas réellement au fond.
Une chose était sûre, il fallait qu'il mange un truc. Et il ne voulait pas se faire repérer par quelqu'un. Il se leva lourdement et marcha jusqu'à sa porte, puis sans vraiment y réfléchir, il se retourna comme pour voir ce que son père voyait d'ici quand il lui avait parlé. Mais en regardant de nouveau la porte, il pensa à la grandeur du roi contrairement à lui ce qui le fit soupirer. Il ouvrit la porte et ferma doucement derrière lui pour éviter qu'on l'entende. Les couloirs étaient seulement éclairés par quelques lanternes, et un tapis rouge se dessina sous ses yeux. Il avança le long du corridor, et passa devant plusieurs appartements, comme celui de son père qui se distinguait des autres par une double porte bien rouge et des ornements à l'image de Bowser.
Étrangement, il se sentait de plus en plus petit devant la porte de la chambre de son père, il s'arrêta devant. C'était la première fois que cette sensation le traversait, le fait de se sentir minuscule devant l'imposante puissance de son père. Ils étaient toujours au coude à coude, et ce soir, il se sentait comme s'ils étaient ennemis. Des frissons le traversèrent, à travers sa carapace, et il décida d'avancer un peu plus vite en direction de la cuisine pour enlever ce malaise qu'il subissait depuis quelques instants déjà.
« Vous vous êtes enfin décidé à sortir de votre chambre, mini maître ? »
Ce ton narquois derrière son dos ne le surprenant même pas, il s'arrêta une nouvelle fois en levant les yeux au ciel, sans même se retourner.
« Laisse-moi Ludwig.
— Très bien. Y a des restes dans le réfrigérateur, votre père n'a pas beaucoup mangé après ce qu'il s'est passé. »
C'est à ce moment que Junior décida de se retourner. Il vit l'un de ses rivaux avancer, lui faisant dos, seule sa crinière bleue semblait bouger au rythme de ses pas. L'une des terreurs de Bowser était au courant de la dispute, c'était obligé que tout le reste de la bande fût également au courant, ce que Junior ne voulait absolument pas… Finalement, c'était déjà trop tard. Il souffla et reprit sa route beaucoup plus rapidement pour éviter de croiser une autre personne qu'il ne voulait pas voir.
Au bout du couloir se trouvait une grande pièce beaucoup plus grande et bien plus éclairée que l'endroit où il était. Il s'agissait de la salle à manger qu'il connaissait que trop bien. Il s'aventura discrètement dans la pièce vide, et une grosse table se dressa face à lui, qui prenait presque toute la largeur de la pièce. Il avança le long du mur où étaient disposés maints portraits de son père et lui, puis arriva enfin dans la cuisine du château. Il n'était pas très rare qu'il s'y aventurât pour grignoter quelques trucs, mais ce n'était jamais pour se servir de la nourriture lui-même.
Il ouvrit l'une des portes du frigo, et pris une assiette qui était au centre. Tout était agencé par apport à la portion qu'il prenait d'habitude… C'était sûrement Kamek qui avait tenu à lui préparer quelque chose au cas où il se lèverait pour manger. Il ferma la porte et mit son assiette au micro-onde tout en faisant un bond pour s'assoir sur le bord de l'évier. Comme à son habitude, la cuisine était d'une propreté irréprochable. Il pouvait voir son reflet dans le fond du lavabo, et aucune vaisselle ne traînait, à part pour décorer les murs.
Avant que le micro-onde ne sonne pour signaler la fin du réchauffement de son repas, Junior l'ouvrit pour éviter de faire du bruit, et récupéra l'assiette entre ses pattes. Il commençait à marcher en direction de la salle à manger pour rebrousser chemin, tout en mangeant une cuisse de poulet sur la route, mais son visage devint bleu en voyant son père s'installer à la table, accompagné de Kamek, et de la servante qui restait debout derrière eux. D'un mouvement rapide, Junior se cacha derrière le mur, tout en priant que personne ne l'ait vu rentrer dans la cuisine.
« Je ne sais plus quoi faire avec lui…, souffla Bowser dans la tristesse, Tu aurais fait quoi à ma place, Kamek ?
— Je ne vous ai jamais empêché de faire quoi que ce soit maître. J'ai toujours répondu à vos caprices, même s'il s'agissait d'un danger. Car je pensais pouvoir toujours être là pour vous protéger…, s'enquit le sorcier en posant ses coudes sur la table, Mais c'est différent avec vos obligations… Vous ne pouvez pas tout le temps être sur son dos. »
Les deux vieux amis se regardèrent un instant. Puis Bowser leva la tête en passant sa main dans son cou. Jamais il n'aurait pensé que tout cela serait aussi difficile, mais il ne pouvait pas se résoudre à mettre son fils d'autant plus en danger. Kamek avait raison, et il avait bien essayé de reproduire l'éducation qu'il avait reçue de son mentor et tuteur, mais avec toutes les choses qu'il devait faire et préparer pour affronter le Royaume Champignon, c'était compliqué de garder un œil sur sa progéniture.
Junior avait entendu les paroles des deux membres de sa famille, ce qui lui fit baisser le regard. C'était ça, ils n'avaient pas assez confiance en lui pour le laisser se débrouiller tout seul. Alors qu'auparavant, ça aurait été l'inverse. Il était si nul que ça ? Pourtant il s'était entraîné depuis des années à se battre, il avait même affronté des soldats, et en était sorti vainqueur. Alors pourquoi cette soudaine manque de confiance qui s'imposait à présent ?
Il avait toujours donné le meilleur de lui-même, même s'il était tête en l'air et fonçait dans le vide, ça avait toujours été dans le but de réussir tout ce qu'il entreprenait. Oui, il n'avait jamais réussi à vaincre le héros du Royaume Champignon, mais c'était le cas de tous les soldats, non ? C'était quelque chose que même son père et Kamek n'avaient pas réussi à faire. Alors, pourquoi lui en vouloir d'échouer là où tout le monde avait échoué avant lui ?
Depuis son escapade sur l'île Delphino, il savait que sa vocation serait de combattre le royaume adverse, aussi jeune fût-il à ce moment-là, il ne voulait pour rien au monde changer de direction. Même à ce moment-là où il n'était pas si fort qu'aujourd'hui, on lui faisait entièrement confiance, alors pourquoi une défaite de plus faisait en sorte que tout devait s'effondrer maintenant ?
« Plus on se combat, plus ses blessures sont sévères et plus on s'inquiète pour lui… ça me fait mal au cœur, mais il faut qu'il reste en sécurité ici.
— Très bien Maître. Il va falloir prévoir notre prochain assaut, et faire en sorte de ne pas attirer l'ennemi vers le château.
— Tu penses qu'on peut avoir les fonds pour créer une autre base et tenter d'affronter ma… mon ennemi juré là-bas ?
— Il faudrait de nouveau voir avec maître van Hasten pour cela. Seul un avocat pourra nous sortir de cette impasse financière. »
Une impasse financière ? Une nouvelle base ? Et en plus, il voulait littéralement enfermer Junior ici ? C'était surnaturel ce qu'il se passait pour le prince. Il ne comprit pas tout, mais ça lui suffisait pour perdre de plus en plus patience. Il entendit un bruit de chaise et compris vite avec le vacarme que c'était celle de son père.
« Bonne nuit Kamek. Laëtitia, tu pourras vérifier si Junior s'est bien endormi ? »
Les pas du roi résonnèrent dans la salle, et s'estompèrent peu à peu. Alors que Bowser avait quitté la salle, Laëtitia était sur le point de suivre, mais Kamek l'attrapa par le bras pour la retenir et pointa du doigt la cuisine. Ils avancèrent tous les deux vers la salle, même si la servante n'était pas sûre de comprendre. Et lorsqu'ils entrèrent, ils virent le prince assis par terre, l'assiette entre les jambes. Il leva les yeux vers les deux employés du château, et souffla en tournant le regard.
« Asseyez-vous au moins à la table. Votre père ne reviendra pas avant demain matin. »
Il obéit sans broncher, et se leva pour s'assoir à la table. Kamek prit également place près de lui. Il commença à manger sans un bruit sous le regard avisé du Magikoopa. Il tenta de savourer cet instant sans même penser à ce qu'il s'était passé quelques minutes auparavant. Son regard se tourna vers la servante.
« Tu peux t'assoir, ça me stresse d'avoir quelqu'un derrière moi. »
La servante se mise à rougir et obéit quand elle se rendit compte que c'était à elle qu'on parlait. Elle s'assit face à Kamek, assez mal à l'aise de ce qu'il se passait. Elle regarda alors la table, et le sorcier regarda assez interrogativement le prince. Il ne pensait pas qu'il serait aussi courtois avec une servante… Son père n'avait jamais réagi de cette façon. Après tout, elles étaient là pour travailler et non se reposer.
« Tu sais que je n'obéirais pas à papa.
— Et c'est ce qui me fait peur…, répondit Kamek en hochant la tête
— En tant que futur roi, je ne peux pas me permettre de reposer dans ma chambre pendant que vous combattez. Je serais aussi fort que papa. Vous tomberez de haut quand vous le saurez. »
Après cette phrase, il finit la viande qu'il avait dans les mains et s'essuya la bouche du revers de la main.
« Personne n'a jamais douté de vos compétences…
— On n'en serait pas là si c'était le cas.
— Encore une fois, si votre père fait tout ça, c'est simple—
— Simplement dans le but de me protéger ? Il l'aurait fait depuis toujours si c'était que ça. Tout ce que j'ai toujours demandé, c'est que l'on me fasse confiance. Et ça a toujours été le cas jusqu'à maintenant, non ? Je me suis battue contre des soldats manipulés, je me suis battu contre des géants robots, des monstres, des dragons et même contre Ma… Rah! Pourquoi je me justifie ! Bien évidemment que mon père me fait simplement plus assez confiance pour combattre ! En plusieurs années, c'est la première fois qu'il m'interdit ça.
— C'est de la peur, pas du manque de confiance…
— La peur qui découle d'un manque de confiance, bien joué Kamek. »
Au ton qu'employait le prince depuis le départ, Kamek savait que discuter avec lui était inutile, et qu'il allait forcément toujours trouver un truc à redire. Aussi insistant que Bowser, ce qui l'agaçait un peu, mais il avait été habitué à se retrouver impuissant face aux deux membres de la garde royale. Junior se leva beaucoup plus délicatement que son père, ayant laissé la moitié de son assiette, ce qui était inhabituel pour lui. Il s'apprêtait à partir.
« Junior ?
— Hm ? »
On pouvait voir les joues du sorcier rougir dû au fait qu'il n'avait pas employé de formules de politesse en appelant le prince, et il se sentit légèrement mal. Mais en voyant que son interlocuteur avait répondu naturellement, il se dit qu'il n'avait pas dû faire attention à ce dérapage.
« Ne faites rien que vous regretteriez. C'est tout ce que je demande.
— Je ne suis plus un enfant, Kamek. »
Il se dirigea dans sa chambre.
La nuit avait été très longue pour le prince qui avait du mal à se lever de son lit. Les cernes creusaient ses écailles, alors qu'il fit un bâillement bruyant. Mais il finit quand même par se lever nonchalamment, et il lança un regard par la fenêtre. Presque personne n'était dans la cour, ce qui était étrange pour une matinée. Ses yeux se posèrent sur la table de dehors où ils avaient mangé avec son père la veille. Ce moment où son père l'avait encouragé à continuer de se battre malgré ses blessures. Et maintenant, il se retrouvait à ne plus avoir le droit de se battre du tout.
Il s'assit mollement sur sa chaise de bureau, tout en réfléchissant à tout ce qu'il s'était passé. C'était la première fois qu'il s'était retrouvé dans une situation pareille, et même si cela faisait moins de 24 h, le temps paraissait si long.
Il prit rapidement un stylo et gribouilla sur une feuille sans trop y réfléchir, bien que ses pensées étaient sur autre chose : son père. Était-ce parce que sa force avait diminué qu'il s'était fait battre aussi violemment par ce fichu humain à la salopette ? Avait-il fait quelque chose de mal ? Au fond, ça ne pouvait pas être la faute de son père. S'il faisait ça, c'est qu'il avait forcément une bonne raison. Et la raison c'était qu'il n'était pas assez fort pour être compté dans les troupes du roi… son propre père.
En prévisualisant ce qu'il venait de dessiner, il vit qu'il avait fait la Junior-Mobile. Il fronça les sourcils en y repensant et froissa le papier avant de le jeter dans la poubelle. C'était donc ça… Il n'arrivait pas à se battre sans équipement, et c'était pour ça que quand il en était dépourvu, il se retrouvait à perdre en force. Il se retourna et vu tous les prototypes de robots étalés par terre, il donna un coup de pied dans quelques-uns, avant de se frotter le visage. Il n'était pas fort, juste dépendant ! Que ça l'énervait !
La porte de sa chambre s'ouvrit, laissant apparaître une jeune tortue imposante. Une crête bleue était sur sa tête, alors que ses deux dents avant été bien visible. D'un soufflement exagéré, Junior balança son crayon dans la tête de l'individu.
« Aïe ! Vous pourriez faire un peu plus attention quand même !
— On t'a jamais appris à frapper à la porte !? »
Le Koopaling se baissa pour ramasser le stylo, puis le posa sur le coffre près de la porte, les sourcils froncés, et les joues rouges dans l'énervement. On voyait qu'il commençait vite à perdre patience.
« Je m'excuse, maître., cracha-t-il sans cacher qu'il était irrité
– Qu'est-ce que tu m'veux Larry ?
— Juste, vous prévenir que tout le royaume est au courant que vous n'avez plus le droit de combattre. On doit tous s'assurer que vous ne vous mêliez pas des affaires qui ne vous concernent plus.
— Qu'est-ce que ça peut te foutre ?
— C'est dans ton int… je veux dire dans votre intérêt que vous soyez tenu informé de cela. »
Cette voix n'était pas celle de Larry, elle était beaucoup plus grave et semblait moqueuse. Junior se déplaça légèrement sur la droite pour voir que derrière la tortue aux cheveux bleus s'en trouvait une autre avec des lunettes de soleil.
« Roy ! Tu m'as ramené toute ta clique où ça se passe comment ?
— Non, y a juste Roy et moi…, s'enquit Larry »
Le second Koopaling s'avança en entrant dans la chambre de Junior. Il marcha jusqu'à la hauteur du prince, et la différence de taille entre les deux créa un malaise dans la pièce. Roy profita de sa taille imposante pour regarder le futur roi de haut.
« Vous êtes la risée du royaume. Franchement, j'aurais honte à votre place. Ne plus avoir le droit de se battre, alors que vous êtes prince ! Non, mais, je me serais enfui si j'étais vous. Je serais parti loin, très loin pour ne plus qu'on me retrouve.
— N'essaye pas de me faire peur, Roy.
— C'est t— vous qui me faites peur ! Qu'est-ce que le royaume va devenir maintenant qu'il n'a plus de prince en qu'il peut avoir confiance ? Tu as dû décevoir tout le monde. »
La tortue se retourna vers son ami, non sans lâcher un sourire conquis en voyant que Junior n'avait pas répliqué à ses dernières paroles. Il avança vers la porte avec Larry, et sortie de la chambre.
« Roy, t'es allé un peu fort non ?
— C'est les ordres de Ludwig, j'ai fait que suivre. »
La porte se referma sur eux violemment.
« Je vous déteste., grommela Bowser Jr. tout en cognant contre le mur »
« Tu as dû décevoir tout le monde. » C'était la première fois que quelqu'un d'autre que Bowser le tutoyait, et c'était aussi la première fois qu'on lui avait dit de telles choses. En parallèle, les paroles de son père résonnèrent dans sa tête : « Peut-être parce qu'ils sont toujours plus utiles que toi ! »… Le poing serré, il voulait crier, mais il se retint pour ne pas laisser s'échapper les flammes qu'il sentait monter dans sa gorge. Son cœur semblait lui faire mal tandis que ses sourcils se fronçaient de plus en plus.
Il ne pouvait rien faire pour regagner la confiance de tout le monde… C'était tout sauf ce qu'il voulait. Tout semblait lui lâcher dans son corps tant le mélange de tristesse et de colère bouillonnait en lui. Les seules paroles qu'il eut en échos dans sa tête c'était le « J'aurais fui, fui, fui, fui. ».
Pourquoi est-ce que personne ne pouvait le prendre au sérieux ? Pourquoi est-ce que tout le monde, à cet instant, devait lui tourner le dos ? Ce n'est pas comme s'il ne faisait rien depuis tout ce temps ! Pourquoi est-ce que tout le monde semblait vouloir qu'il ne soit plus là ?
Il ferma ses yeux. Il allait leur montrer. Il fallait qu'il leur montre à tous de quoi il était capable. Lorsqu'il ouvrit les yeux, il semblait déjà plus serein. Il enjamba la fenêtre, et une fois dans l'encadrement, regarda une dernière fois derrière lui.
« Désolé papa. »
